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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 04:55

Luke Paige est originaire de Grenville, une bourgade sans aucun charme d'Alabama. Il n'y est plus retourné depuis qu'un drame secoua sa famille, une vingtaine d'années plus tôt. Après ses études supérieures, il est devenu enseignant au Clarkston Collège. Il n'a jamais changé d'établissement. Il a été marié à Julia Bates, qui a repris son métier d'infirmière depuis leur divorce, et vit à Chicago. Il possède une petite notoriété en tant qu'écrivain sous son nom complet, Martin Lucas Paige. Ses livres traitent d'épisodes marquants dans l'histoire des États-Unis. Luke admet n'avoir jamais eu la carrière qu'il espérait en tant qu'auteur, sans doute faute d'un talent puissant. Il se contente d'être juste publié.

Au moins a-t-il échappé définitivement à la ville étriquée de son enfance. Certes, il était proche de sa mère, Ellie. Il lui semblait qu'elle n'était pas véritablement heureuse. Car son père Doug fut un personnage fantasque, qui n'accorda guère d'attention à Luke. Il tenait une boutique, le Variety Store, toujours plus ou moins au bord de la faillite. Il subvenait à peine à leurs besoins. C'est Ellie qui encouragea son fils à faire de brillantes études. Elle avait un album familial baptisé “Le voyage de Luke”, recensant les épisodes méritoires de sa vie. Tel ce jour où il fit un discours remarqué dans son école, un exposé s'inspirant de formules trouvées dans un livre de référence, à vrai dire. Trop rustre, peu cultivé, son père ne s'intéressait pas à cet album, selon le souvenir de Luke.

Alors qu'il donne une conférence dans un musée, une femme aborde Luke. Visiblement, elle cherche à avoir une conversation avec lui. Il s'agit de Lola Faye Gilroy, aujourd'hui âgée de quarante-sept ans. Elle fut au cœur de l'affaire meurtrière qui se déroula jadis. Elle était la maîtresse de son père. Informé, Woody Gilroy, le mari de Lola Faye, abattit un jour Doug Paige, avant de se suicider. Du moins, telles furent les conclusions logiques du shérif Tomlinson. Lola Faye n'avait pas d'alibi sérieux. Luke non plus, parti se balader dans la région en voiture. Les faits restaient peu contestables. Native comme son mari d'un bled dans la montagne, Plain Bluff, Lola Faye n'avait déjà pas une réputation excellente. Le drame faisant bientôt d'elle une paria, elle dut quitter Grenville.

Suite au crime, la mère de Luke tomba dans la dépression. D'autant que, alors qu'ils devaient payer les dettes de Doug Paige, les trente mille dollars que son père avait réussi à préserver des créanciers étaient introuvables. Cet argent, avait-il prévu de le dépenser en s'en allant avec Lola Faye ? Bien que suivie médicalement et protégée par son fils, Ellie Paige décéda quelques temps plus tard. Malgré la sympathie de leur voisin, le bijoutier Klein, et l'amour que la jeune Debbie Todd éprouvait pour Luke, c'était l'occasion pour lui de réaliser ses rêves. Égoïstement, peut-être. Même si Lola Faye, avec ce prénom de bouseuse, est loin d'être aussi cultivée que lui, leur rencontre prend la forme d'un bilan...

Thomas H.Cook : Dernière conversation avec Lola Faye (Points, 2014) – Inédit – Coup de cœur –

Qu'il s'agisse d'un roman noir, aucun doute. Car cette longue conversation évoque la vie d'une poignée de personnes dans une ville modeste du sud des États-Unis. Grenville ne possède aucun attrait aux yeux du héros. Dans un décor dénué d'intérêt, sa population est trop terre-à-terre, vit trop simplement, à l'image de ses parents ou de Lola Faye. Même le drame qu'il a traversé dépasse la mesure de cette bourgade tranquille. Le temps a passé, les deux protagonistes survivants de l'affaire ont vécu chacun une existence sûrement moins satisfaisante qu'ils l'auraient souhaité. Après s'être renseignée avec précision via Internet, Lola Faye vient faire le point sur de possibles “apparences trompeuses”.

Pour autant, ce n'est pas exactement l'aspect criminel qui prime ici. Avec la subtilité qu'on lui connaît, Thomas H.Cook suggère qu'une autre version de l'histoire rendrait davantage responsable tel ou tel. Il s'amuse même avec la notion de “films noirs”, puisque subsistent des ombres et que Lola Faye est idéale dans le rôle de la femme fatale. Meurtre, suicide, argent disparu, décès prématuré de la mère du héros, jamais ni le sordide ni le mélo n'ont leur place dans le récit. Toutefois, le thème principal est ailleurs, en filigrane.

Ce dont nous parle l'auteur, c'est de l'ambition parfois excessive, de la réussite sociale et personnelle. Être un brillant étudiant, viser une carrière supérieure, pourquoi pas ? Mais, ce ne doit pas être au détriment de soi-même et des autres. Être aveuglé par son but, au point de mépriser ses origines, ça ne rend sûrement pas heureux, épanoui. La psychologie est un des points forts de ce roman (inédit), comme généralement chez cet auteur. Cette longue et riche “dernière conversation avec Lola Faye” nous offre aussi une réflexion sur la vie de chacun d'entre nous. Oui, à l'évidence, Thomas H.Cook est un grand écrivain.

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 04:55

Début 1993, Oliver Cross débute comme ambulancier à la Station 18 de Harlem. Il compte de nouveau tenter l'examen d'entrée en médecine. Ce qui lui vaudra d'être surnommé “Le Légiste” par ses collègues. Ollie admet être moins combatif que sa petite amie Clara, déjà admise en médecine. Chez les urgentistes new-yorkais, il va devoir s'accrocher. D'abord, éviter d'être éjecté comme le jeune Phelps, venu du Tennessee rural, jamais inséré dans le groupe. Sauver un vieil asthmatique dominicain, ne pouvoir rien faire pour une fille tomber d'un immeuble, écarter un clodo alcoolo d'un restaurant propre, appeler les flics si des toxicos mineurs les menacent, tel est le quotidien de leurs interventions. Ollie a de la chance d'opérer en duo avec le solide Gene Rutkovski. Cet ex-militaire est un urgentiste expérimenté, fonceur mais bien moins brutal que leur collègue LaFontaine.

Après quelques erreurs pardonnable, Ollie finit par être mieux apprécié dans leur groupe, quand il réussit à mâter un chien très méchant. Il réalise que savoir doser son altruisme est indispensable dans ce job. D'autant qu'Harlem dans ces années 1990 reste un quartier violent, où l'on ne respecte guère les ambulanciers de la minable Station 18. Comme le flic Pastori, il convient parfois de férocement rappeler à l'ordre des petits voyous. Imaginer rester indifférent à ce qui les entoure est impossible. Surtout quand il s'agit de découvrir un cadavre dans sa vermine, ou même de calmer un jeune suicidaire d'un milieu clean. Après “Le Légiste”, Ollie risque d'être surnommé “La Mère Teresa de Harlem” s'il montre trop d'empathie. À la Station 18, l'ambulancier confirmé Reggie Verdis joue déjà ce rôle de perpétuel Bon Samaritain. Il est vrai qu'il faillit emprunter une voie plus religieuse.

Sa relation avec Clara devient tendue, car elle éprouve de l'animosité pour Rutkovski, et ne comprend guère que c'est un métier où il faut s'impliquer à fond. De son côté, s'il reste discret sur sa vie privée, Rutkovski a sa part de problèmes avec son ex-quatrième épouse. Il conseille à Ollie de ne pas s'éterniser dans ce job, s'il veut une vie équilibrée. Entre Mitch Green, boxeur du niveau de Mike Tyson qu'il faut maîtriser, et un concert des Fugees qui vire très vite à l'émeute, peu de répit pour les urgentistes en cet été caniculaire.

Ce n'est pas le mordant LaFontaine qui calme l'ambiance au boulot. Quand Rutkovski et Ollie interviennent chez une junkie venant d'accoucher d'un bébé sans vie, c'est le début des ennuis. “Mort-né. Une toxico accro au crack séropositive qui a continué à prendre de la méthadone pendant sa grossesse. Tu t'attendais à quoi ?” Sauf que le scénario est autrement interprété par la hiérarchie et par les médias. En espérant que Rutkovski soit réintégré, Ollie fait désormais équipe avec le bienveillant Verdis...

Shannon Burke : 911 (Sonatine Éd., 2014) – Coup de cœur –

Shannon Burke utilisait un contexte new-yorkais proche dans son premier titre paru en français, “Manhattan Grand-Angle” (Série Noire, 2007). Cette fois, se servant de sa propre expérience d'ambulancier à New York, il va très loin dans le réalisme. D'abord, le Harlem décrit ressemble d'assez près à l'enfer : “Des rues sales, des stations de métro délabrées, des poubelles qui débordent, des rats, des terrains vagues un peu partout... Les districts les plus violents étaient le 32e à West Harlem et le 34e à Washington Heights. C'était précisément la zone que notre unité quadrillait, et nous en étions fiers.” Dans de pareilles conditions, une sérieuse force de caractère est indispensable pour tenir. Des extraits de la formation des ambulanciers, cités dans le récit, indiquent qu'on essaie de les préparer. Les cas décrits par l'auteur sont nettement plus “parlants”, bien évidemment.

Cette histoire est puissante, sans lyrisme excessif, par la tonalité de son témoignage. Chez les urgentistes, existe un panel de comportements. Ça va du plus soucieux des autres comme Verdis, au plus cynique tel que LaFontaine (qui affirme “Pour préserver l'objectivité et la distance professionnelle qui s'imposent, le mieux pour un ambulancier, c'est de détester ses patients”). Et des pros vraiment compétents comme Rutkovski, pouvant finir par éprouver des états d'âme négatifs. Plus qu'une vocation, leur métier devient addictif chez la plupart de ces ambulanciers, primordial tout en étant conscients qu'ils ne sauvent pas tant de gens. Parce que dans cette population, soit de purs toxicos, soit de pauvres mal soignés, beaucoup sont à la frontière de la misère avec un pied dans la tombe.

S'il avait cherché à nous apitoyer, Shannon Burke serait passé à côté de son sujet. Bien au contraire, il montre que vivre à Harlem en ce temps-là, c'est accepter d'être en marge. Y compris pour ces urgentistes mal considérés de tous. Toute la dimension sociale du roman noir, dans cet univers vécu où règne l'incessante présence de la mort. C'est remarquable !

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 04:55

Une petite ville d'Ontario, au Canada, sur la rive du lac Kissinan, en 1980. Leland King, dit Lee, est de retour après avoir passé dix-sept ans en prison. C'est surtout parce que sa mère n'en a plus pour longtemps à vivre que ce quadragénaire revient ici. Il y retrouve sa sœur Donna, mariée au pasteur Barry, de l’Église du tabernacle galiléen. Le couple a deux enfants d'environ sept ans, plus le fils de Donna âgé d'à peine dix-huit ans, Pete. Celui-ci est employé dans une station-service, après avoir quitté le lycée.

En prison, Lee a appris le métier de menuisier, profession qui lui plaît vraiment. Grâce au pasteur Barry, il dispose d'un petit logement, et il a été engagé par l'entrepreneur Clifton Murray. Lee préférerait s'occuper plus de menuiserie que de charpentes. Néanmoins, il sympathise vite avec son collègue Bud. Helen, la serveuse de l'Owl Café où Lee prend ses habitudes, ne tarde pas à l'attirer. Femme d'expérience, elle le surnomme Œil-de-velours.

Retraité de la police locale, Stan Maitland vit avec son chien Cassius à Echo Point, non loin du lac. Sa fille est mariée avec l'actuel chef de la police, homme strict ne supportant pas que son beau-père se croit encore enquêteur. Pourtant, ayant découvert le corps de la jeune Judy Lacroix après son suicide, Stan trouve que c'est suspect. Il reste informé grâce à son ami et ex-collègue Dick. Il interroge la sœur de Judy, qui lui confirme que cette fille était gravement souffrante. Certes, une récente déception amoureuse peut expliquer le geste fatal de Judy. Stan remonte la piste jusqu'à Colin Gilmore, un petit voyou qui a pour QG le relais routier North Star. L'ancien policier est rapidement éjecté de ce bar, et doit subir le vif mécontentement de son gendre.

Bien qu'ils n'appartiennent pas aux mêmes milieux religieux et scolaires, Pete est tombé amoureux de la jeune Emily, admirable pianiste. Ce qui suscite la jalousie de Roger et de ses violents amis, du même lycée qu'elle. Emily n'est autre que la petite-fille de Stan, et la fille du chef de la police. Ce dernier tient à l'œil Lee, et cache peu son aversion pour Pete. Sans doute est-ce le retour de son oncle sorti de prison, autant que cet épisode romantique, qui incitent le garçon à se poser des questions sur ses propres origines. Car il ne sait rien de son père. Pete reste en retrait vis-à-vis du pasteur Barry, dont la croyance lui paraît excessive. Il se demande pourquoi l'homme d'église a engagé une certaine Mrs Adams, avec laquelle Pete fut intime à une récente époque.

De son côté, Lee s'est remis à boire quelque peu d'alcool, Helen n'hésitant guère elle aussi à en abuser. Il a renoué avec un de ses amis de jeunesse, le fêtard Speedy. Celui-ci le met en contact avec Colin Gilmore, mais Lee n'a pas envie de s'associer aux affaires louches de ce type, au risque de glisser sur une mauvaise pente. Un accident mortel lié à un chantier de Clifton Murray va remettre en cause la bonne volonté de Lee. Stan Maitland est venu en aide à Lee en cette occasion, réalisant que celui-ci n'est pas le monstre qu'il conduisit jadis en prison. Si Pete a été proche de son oncle, les révélations que Lee lui confie sur le passé ne seront pas sans conséquences...

Matt Lennox : Rédemption (Éd.Albin Michel, 2014) – Coup de cœur –

Un roman remarquable, magnifique...

On n'a presque envie de n'ajouter ni commentaire, ni superlatif. Peu importe l'étiquette qu'on voudra lui attribuer, polar noir ou autre, ce livre possède cette force qui n'appartient qu'aux grands romans. Un homme qui sort d'une longue peine de prison et revient dans sa ville, voilà le postulat le plus ordinaire qui soit. Pour captiver sur ce sujet, il est donc indispensable de concevoir une intrigue supérieure, et de la maîtriser. C'est effectivement le cas de cette histoire, si justement nuancée.

Lorsqu'on évoque une population issue du quotidien, ayant une vie plutôt simple, la notion de bons et de méchants s'efface ou devient plus relative. Des préjugés contre un ancien condamné existent. Le pieux entrepreneur Murray n'est pas si correct qu'il l'affiche. Les obsessions soupçonneuses de l'ex-flic Stan peuvent agacer, de même que l'attitude de son gendre. La bande autour de Colin Gilmore inspire une méfiante antipathie. On est perplexe concernant des gens trop bienveillants comme le pasteur Barry et son Église du tabernacle galiléen. Pourtant, malgré les défauts de chacun, l'auteur invite ses lecteurs à observer ce microcosme avec tolérance et humanisme, sans les accabler.

Outre le cas de Lee, dont on verra si ce nouveau départ est rédempteur ou non, on suit aussi celui du jeune Pete. Il traverse une étape cruciale de sa vie, probablement un point de non-retour vers la maturité. Pour l'oncle et le neveu, l'expérience n'est pas exempte de dureté... Un reflet de la vraie vie, cruelle parfois, où nul n'est jamais héroïque.

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29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 04:55

Lee est âgé d'une vingtaine d'années. Sa sœur Claire et son mari Graeme restent sa seule famille. Il était ado quand leurs parents décédèrent dans un accident de voiture. Lee a rapidement mal tourné. La délinquance l'a bientôt mené en prison. Il sut faire face à un dur comme le nommé Morris. Il semble même qu'il ait causé la mort de quelqu'un, là-bas. Employé par le caïd Marcel, le repris de justice Josef est un truand vieillissant, qui a toute sa vie été trop tourmenté pour se montrer brillant. Il a repéré Lee à sa sortie de prison, lui faisant miroiter une existence facile s'il bossait pour lui. La première mission importante du jeune malfaiteur consistait à intervenir chez la famille Stella, mêlée au trafic du caïd Marcel. Guère impressionnés, ils lui ont tiré dessus, puis ils ont déposé son corps dans un motel miteux, avec la valise de Lee contenant l'argent de Marcel, pas plus de 6000 $.

Wild est un médecin généraliste quinquagénaire aux yeux bleus, mais à l'allure fatiguée. Morphinomane, il a plusieurs fois tenté de décrocher, sans succès. Sa dépendance lui a fait commettre une erreur médicale. Wild vient de tout quitter, fuyant les suites judiciaires de cette affaire. Il s'est arrêté dans ce même motel minable où Lee gît, gravement blessé. Si le médecin peut nettoyer la plaie, il est incapable de retirer la balle du corps. La patronne du motel les obligeant à s'en aller, Wild envisage de se rendre chez son vieux maître, le Dr Sherman, qui saura opérer Lee. Sur le trajet, une première halte oppose le duo à deux étudiants, un frère et une sœur, qu'ils doivent menacer. Rien ne garantit leur silence. Wild et Lee font étape dans un second motel, où leur véhicule est remarqué par une patrouille de police. Malgré l'état de santé de Lee, le duo doit s'enfuir au plus vite.

De son côté, Josef remonte la piste. 6000, c'est une broutille, mais le caïd Marcel n'aime pas se faire doubler. Le vieux Josef apprend que Lee a une sœur, s'adresse aux Stella, interroge la patronne du motel où on déposa le corps sanglant du jeune homme, découvre qu'un docteur s'occupe du blessé... La morphine dérobée par Wild est utile pour calmer les douleurs de Lee, tandis que le duo continue le voyage dans un wagon de marchandise. Dans une gare de triage, Wild est arrêté tel un vagabond par un agent de sécurité. Bien que faible, Lee intervient pour le sauver avant l'arrivée de la police. Vaille que vaille, le duo arrive jusqu'à la maison du Dr Sherman. Il est trop tard pour que celui-ci puisse les aider. Plein d'angoisse, Wild n'a d'autre choix que d'essayer d'extraire le projectile du corps de Lee...

Chris Womersley : La mauvaise pente (Éd.Albin Michel, 2014) – Coup de cœur –

Le Destin, beaucoup de fictions traitent ce sujet. La première qualité d'un roman noir consiste à nous montrer, soit comment le Destin avance vers une inexorable fatalité, soit la possible lueur de rédemption qui sauvera le (ou les) héros. Il ne suffit pas de nous dire que ceux-ci se sont lancés dans une fuite éperdue, encore faut-il nous révéler d'où ils viennent. Et, peut-être, quelle est “la faute” qui les a entraînés dans leurs mésaventures. Ces circonstances (car il n'y a jamais de raison unique) ne peuvent pas être identiques pour un médecin drogué, un jeune voyou, et un truand déclinant. Une fiche de police ne suffirait pas à décrire tout cela. Aussi faut-il fouiller dans leurs vies, revenir sur le passé respectif de chacun, explorer même leurs cauchemars, pour les connaître tant soit peu.

C'est là que réside le talent de Chris Womersley, dans cette écriture maîtrisée qui donne une force au contexte et un réalisme crédible à ses personnages. Par exemple, il décrit ce motel comme une frontière entre banlieue et campagne, entre la civilisation et l'incertain. Ou bien, quand le docteur est arrêté par un vigile, son incapacité à se défendre s'avère poignante. Et puis Josef, affligé d'un tic qui l'amène à gratter son tatouage, un détail fait pour être retenu. Sans compter l'expérience carcérale de Lee, qui lui revient en mémoire tel un bilan négatif tandis que son état de santé empire. L'auteur ne tombe pas dans la facilité qui eût été de passer d'un rapport conflictuel entre Lee et le Dr Wild, qui se serait transformé en confiance complice. Non, chacun garde son propre état d'esprit.

Au fil du récit, leurs portraits s'étoffent, ce qui ajoute une intensité grandissante à leur périple. Sombre histoire, oui. Mais s'il s'agit d'un noir suspense où l'échec est très présent, l'écriture de Chris Womersley reste longtemps porteuse d'un espoir. Un roman de qualité supérieure, assurément proche de l'excellence.

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 04:55

En 1996, dans le Kentucky, entre Pirtle County et Lake Holloway. Âgé de vingt-trois ans, Cole Prather est le fils de Lyda Skaggs. Voilà de nombreuses années que Lyda ne tient le coup que grâce à des médicaments. Elle se les procure comme elle peut, ce qui lui permet de faire bonne figure. Lyda a un autre enfant, Fleece Skaggs, demi-frère aîné de Cole. Son mari légitime semblant l'avoir abandonné, elle eut ensuite un bébé d'un autre homme. Pourtant le père de Fleece, Bethel Skaggs, revint malgré tout. Cole croit se souvenir du jour où ce Bethel Skaggs fut abattu en public, sans que ça suscite d'émotion parmi la foule présente. Près du lac, la Loi et la Justice restent des notions relatives. Même aujourd'hui, nul n'irait dénoncer le trafic de drogues de Mister Greuel, par exemple.

D'une démarche claudicante, ayant été peu scolarisé, Cole Prather alla habiter chez son oncle Ronnie quand il était ado. Depuis, il effectue de petits jobs dans le secteur, en partie sur les chantiers de son oncle. Cole voudrait devenir plongeur sous-marin professionnel, peut-être du côté de la Louisiane. Il sort avec l'étudiante Shady Beck, sans qu'elle soit sa petite amie. Fille d'un pédiatre-gentleman-farmer et d'une maman qui l'a couvée, Shady a été un temps la copine de Fleece Skaggs. Elle ne dédaigne pas la drogue, aime fréquenter des garçons quelque peu coriaces, elle qui a été élevée du côté huppé de Lake Holloway. Encore que, si elle cherche à acquérir de l'expérience, “la vraie vie” version Lyda Skaggs lui apparaît bien peu attrayante. Néanmoins, elle traîne avec Cole dans les ruines de l'ex-séminaire St Jérôme ou à la carrière, où l'on se procure aisément de la drogue.

Fleece, le demi-frère, qui fait du trafic de drogue pour Mister Greuel, a disparu avec un lot important. Sa voiture carbonisée laisse planer le mystère. Lyda pense pourtant qu'il ne les a pas abandonnés. Bien qu'affaibli par une maladie de plus en plus invalidante, Lawrence Greuel veut savoir où sont passés Fleece et la drogue. Il ne compte pas sur son dégénéré de fils Spunk pour l'y aider, mais incite Cole à le retrouver. Depuis trente-quatre ans, le caïd Greuel a pour adjoint Arley Noe, qui sera peut-être un jour son successeur. Celui-ci ne montre aucun sentiment envers personne. Pas même à l'égard de Fleece, dont on peut se demander pourquoi Mister Greuel lui a accordé tant de confiance. Seule Lyda pourrait sans doute apporter une réponse à cette question.

Cole cherche des indices sur son demi-frère, sans mener une véritable enquête. Frère Gil Ponder, le prédicateur local, ne serait pas d'un grand secours pour Cole. Tandis que l'état de santé de Greuel empire, le jeune homme finit par approcher les trafiquants de la bande du chevronné Crutchfield. Pas hostile, il apporte quelques clés à Cole : “Je connais les gars dans ton genre. Le frère et le fils dévoué. Tu appartiens à une espèce qui remonte au temps de la Bible. Même si cette longue lignée ne m'aide pas vraiment à comprendre cette espèce. Ses motivations.” L'heure des choix sonnera bientôt pour Cole...

Kirby Gann : Ghosting (Seuil, 2014) – Coup de cœur –

Il semble que Donald Ray Pollock, Grand prix de Littérature policière 2013, Trophée 813 et Prix Mystère de la critique 2013 pour “Le Diable, tout le temps”, ait été sincèrement élogieux envers ce roman. On comprend son enthousiasme, car “Ghosting” est un roman fascinant. L'intrigue présente une facette noire du terroir américain, au cœur d'une contrée rurale déshéritée, où la vie ne paraît pas comporter de véritables règles : chacun s'en sort comme il peut. Les “maris” de Lyda Skaggs, les sermons trop optimistes du prédicateur, les chantiers bricolés par l'oncle Ron-Ron, un gardien de locaux en ruines dépassé, un vieux trafiquant malade qui ne contrôle plus grand chose, Shady compensant la dette de Cole envers son cousin, et tant d'autres scènes nuancées permettent de cerner cet univers. Une ambiance assez fantomatique, des existences “au ralenti” pour des gens confinés dans leur monde.

Si Cole est au centre de l'histoire, précisons que d'autres protagonistes jouent également un rôle majeur. Rien ne prête réellement à sourire par ici, et l'humanisme est rare parmi ces gens ténébreux. Ce n'est pas le premier roman nous décrivant une étape décisive dans la vie d'un jeune campagnard américain, en effet. Ce qu'il convient de souligner, c'est la construction habile et maîtrisée du récit. Progressivement, nous faisons connaissance avec cette population, et c'est ainsi que nous allons découvrir ce qu'ils taisent. Plutôt que des secrets, ce sont leurs raisons d'assumer un mode de vie peu reluisant, un climat lourd, ou de quitter un jour la région sans explication. Un noir suspense riche en finesse, envoûtant car terriblement crédible. À ne pas manquer.

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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 05:55

Dans les Vosges, aujourd'hui. D'une belle allure, Martel a longtemps dilapidé sa jeunesse, claquant tout son fric. Après un temps dans l'armée, il s'est assagi, s'occupant de sa mère avant de la placer dans une coûteuse maison de santé. Martel est syndicaliste à l'usine Velocia, fabriquant des fournitures pour l'automobile. La crise s'y fait de plus en plus sentir, confortant le rôle social de Martel. Il gagne un bonus en assurant la sécurité de spectacles locaux avec son jeune collègue Bruce, adepte du bodybuilding. Insuffisant à surmonter son endettement. Alors il a piqué dans la caisse du CE. Il risque de gros ennuis. C'est alors que la direction déménage sans prévenir une machine de l'usine. L'excitation gagnant le personnel, il va manœuvrer pour masquer son détournement. Il doit se méfier de la belle Sonia Meyer, la DRH pas si conciliante, qui pourrait entraver ses projets.

Circulant dans sa vieille SAAB, Rita Kleber est inspectrice du travail. Elle est restée amie avec son ex-compagnon Laurent, architecte aisé qui habite près de chez elle. Elle exerce son métier avec fermeté, mais humainement, sans chercher à nuire aux entreprises de la région. Elle est assez attirée par Martel, le beau syndicaliste. Par hasard, Rita recueille une jeune inconnue, probablement étrangère, fuyant elle ne sait quoi.

Le vieux Pierre Duruy habite une bâtisse isolée, qu'on nomme La Ferme. Il s'est installé là peu après la guerre d'Algérie. Il fit partie des commandos d'exécuteurs de l'OAS, qui eurent tout intérêt à faire oublier leurs exactions. Bientôt veuf, disposant d'une part du trésor de l'Organisation, il éleva sa fille dans ces conditions. Duruy est le grand-père de Bruce. Et de Lydie, jeune délurée qui s'est acoquinée avec une bande de copains de son lycée professionnel.

C'est de La Ferme que s'est échappée la jeune inconnue. Elle prétend s'appeler Victoria, dix-huit ans. Rita préfère éviter de la confier à la police. La fille risque de beaucoup plaire à son frère artiste, Gregory, qu'il vaudrait mieux calmer. Martel et Bruce ont accepté un job bien payé pour le compte des frères Benbarek, les caïds du secteur. Il s'agissait d'aller à Strasbourg kidnapper une prostituée. Ils ont été payés, mais la pute a disparu. Bruce va tenter de la retrouver, sympathisant avec un apprenti et un jeune chômeur qui l'ont vue. S'impatientant, les Benbarek s'en prennent à Martel. Armé, il a bien l'intention de réagir. Victor Tokarev, le mac russe de la prostituée, ne peut rester passif sur ce coup. Il envoie son homme de main, Jimmy Comore, du côté d'Épinal. Alors que l'usine est sur le point de fermer et que la neige s'étale sur les Vosges, l'affaire autour de Victoria pourrait entraîner quelques victimes...

Nicolas Mathieu : Aux animaux la guerre (Actes Noirs, 2014) – Coup de cœur –

Certains romans nous présentent des héros d'exception, des personnages au charisme ou au destin remarquables. Ici, l'auteur a choisi l'inverse. Évoquant un coin de France qu'il connaît, il dresse le portrait de gens modestes, issus de la population ordinaire. Des ouvriers d'une usine obsolète passée de deux cent-cinquante à quarante salariés, qui va droit vers la fermeture. Un syndicaliste sans autre pouvoir que de claquer l'argent du CE. Une inspectrice du travail qui, à titre privé comme dans son métier, est pleine de bonne volonté mais influe peu sur les événements. Un combinard tel le jeune Bruce, dépassé par ses plans bancals. Des adolescents du lycée pro, dont le présent est aussi cafouilleux que l'avenir est incertain. Des truands d'une envergure bien relative, quand même dangereux. Plusieurs générations, dont un ancien de l'OAS dont la famille s'effiloche, ou de vieux ouvriers nostalgiques des glorieuses luttes d'antan.

Voilà le quotidien de tous ces gens-là, le reflet réaliste d'une bonne partie des Français. Dont ceux qui croient pouvoir se débrouiller alors qu'ils sont définitivement largués. La crise n'est pas seule responsable de leurs maux. Derrière les discours volontaristes, les décideurs économiques et politiques ont, de longue date, choisi d'ignorer cette population de base. Alors ils vivotent, chacun pour soi, sans perspective ni fric, rêvant à peine d'une vie meilleure. Ou s'engagent dans des histoires probablement foireuses.

Nicolas Mathieu réussit à décrire avec crédibilité cette France actuelle sans la caricaturer, sans la montrer plus médiocre qu'elle n'est. Certes, l'ambiance est sombre, fort peu souriante. Néanmoins, s'agissant d'un premier roman, l'auteur maîtrise avec une belle habileté son intrigue, l'univers de ses personnages. Bien qu'ils soient nombreux, on les situe sans difficulté. En particulier grâce à une souplesse narrative de bon aloi. Un vrai roman noir sur un aspect de notre pays, de nos régions, aujourd'hui.

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 07:40

Stéphane Néguirec est natif de Guingamp. Ce jeune Breton possède une âme vagabonde. Il a préféré ses spectacles poétiques, plutôt qu'une vie stable auprès de son épouse et de ses enfants, à Saint-Malo. Ses voyages l'ont mené de plus en plus loin, jusqu'à Cotonou, métropole la plus importante du Bénin. Stéphane n'a que de vagues projets, cherchant seulement à s'intégrer parmi la population de ce pays africain tropical.

Il s'est installé dans un logement fort modeste du quartier de Tokpota, à Porto Novo. Il n'est pas le dernier à profiter des nuits béninoises, dans les bars où certaines filles ne disent pas non à son fric. Ayant été agressé en compagnie d'une jeune pute, il reçoit l'aide d'une belle Ghanéenne, qui se fait appeler Déborah Palmer. Elle le paie pour pouvoir vivre un temps chez lui.

C'est dans une tigresse en peluche que la jeune femme cache son pactole. Le couple étant à nouveau agressé chez Stéphane, ils trouvent refuge dans une auberge minable. Déborah propose alors de le payer pour devenir l'épouse du Breton. Un mariage blanc, d'autant qu'elle n'est pas attirée par lui. Le faussaire Ignace leur procure sans tarder les documents censés officialiser leur union. En cas de contrôle, ces “faux” grossiers ne feraient pas un instant illusion. Peu après, le couple est encore attaqué. Cette fois, ils sont enlevés par les sbires d'un chef musulman. Les Blancs kidnappés ont une certaine valeur, même si un Français vaut moins qu'un Américain. Le ravisseur va bientôt céder Stéphane à un vrai islamiste, qui a fait préparer un cercueil pour son otage.

Ansah Ossey est un Ghanéen qui se fait appeler Jésus Light. Avec des complices, il a été l'auteur d'un gros braquage dans son pays. Mais ses amis ont été abattus, et sa compagne Paméla a fui avec le conséquent butin. C'est au Bénin que Jésus pense la retrouver. Il est bientôt confronté à un commissaire de police corrompu, qui lui prend l'argent qu'il gardait. Sans le sou, il contacte un ami pêcheur prêt à l'aider. Pas gratuitement : “Non mais, quel était ce pays étrange où, pour rendre le plus élémentaire des services, on pensait d'abord à vous essorer ?” La meilleure piste est une coiffeuse qui doit savoir où se cache Paméla. Jésus pense à l'obliger à le conduire jusqu'à elle. Mais les Africaines savent réagir... Quant à Stéphane et Déborah, ils vont tout faire pour sortir des griffes de l'islamiste...

Florent Couao-Zotti : La traque de la musaraigne (Éd.Jigal, 2014)  ─ Coup de cœur

Précisons d'abord que Florent Couao-Zotti, écrivain béninois, n'est pas un néophyte, ayant à son actif une œuvre reconnue bien au-delà de son pays. C'est avec finesse qu'il utilise le langage, épicé de certains mots typiques. Ceux-ci sont présents, définis dans un glossaire, sans être envahissants. Sans doute faut-il retentir que les Zems sont des taxis-motos très utilisés au Bénin, que les kpayos évoquent toute marchandise de contrefaçon, ou que l'axuévi est l'alcool le plus consommé ici. Chaque titre de chapitre est une formule de type proverbiale, telle “Le chameau ne se moque pas des bosses des autres”.

Il convient de savourer le récit, délicieusement écrit. En témoigne cet extrait, qui dépeint en quelques lignes l'ambiance nocturne entre Cotonou et Porto Novo : “La nuit avait drapé les rues de ses ombres noires, massives et épaisses. Les réverbères les froissaient à peine à travers leurs éclairages attiédis et pâlots, comme si les responsables de la société d'électricité publique avaient peur d'en relever la puissance. Sur la chaussée, les automobilistes et les motocyclistes roulaient comme à l'habitude, à l'emporte-pièce, zigzagant à l'humeur, freinant à l'inspiration, tournant à l'instinct.”

Racontée avec une tendre ironie, l'histoire s'attache autant aux personnages qu'au décor du littoral citadin béninois. Nous suivons d'un côté les mésaventures de Jésus Light, qui a beaucoup de mal à retrouver sa compagne. Et d'autre part, un jeune Breton égaré sur le continent africain. “Ça faisait trop longtemps qu'on le roulait dans la confiture... Il voulait savoir désormais avec quelle genre de pâte on allait le pétrir.” Bien que l'intrigue ne soit pas absolument mystérieuse, le suspense est bien réel, et les rebondissements incessants. Un roman captivant et écrit avec style, jouant avec le langage, comment ne pas adorer ?

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 05:55

Mourmelon-le-Grand est une commune champenoise du département de la Marne, non loin de Reims. Depuis Napoléon III, elle abrite un vaste camp militaires français. En 1958, elle doit compter plus de quatre mille habitants. Une garnison américaine est encore présente, en plus des nos soldats. On dénombre alors plus de soixante-dix bistrots, qui accueillent volontiers ces troupes en goguette. Comme celui de Lydie, “Les flots bleus”, qui élève seule sa fille Mireille. Le café de René Moncornet reçoit plutôt les ouvriers, dont ceux des abattoirs. Ça reste un des pivots de l'économie locale, cet endroit où passe le bétail. Maquignon et boucher, le quadragénaire Michel Garandeau y traite beaucoup de ses affaires. Celui-ci est l'époux de Françoise, plus jeune que lui.

Cette femme moderne est naturellement la cible des commères du coin, à l'esprit étriqué et aux propos fielleux. En ce moment, c'est une affaire de pédophilie troublant la population, qui excite les cancanières. Un commerçant de la ville figure en bonne place parmi les suspects. Les mêmes mauvaises langues ironisent sur Colette, jeune femme de milieu modeste, d'une beauté sauvage éclatante. Elle est mariée à Marco. Pompier entre autres fonctions, Marco est le factotum communal. Brave garçon, un peu ivrogne depuis que ça va moins bien avec la fougueuse Colette. Il n'est pas exclu qu'elle le trompe. Dans la famille Rogain, on trouve celui qu'on surnomme Le Goupil. Il fait office de garde-champêtre, faute d'être compétent en quoi que ce soit.

Charles-Émile Chartier est le personnage le plus respecté de Mourmelon. Adjoint au maire, et secrétaire de mairie, marié à l'effacée Mounette, il a perdu un bras durant la guerre. Ce qui n'empêche pas ce manchot d'organiser chaque année de main de maître le bal des pompiers. C'est tout un cérémonial, qui commence par la traversée à pied de la ville, afin que Charles-Émile puisse saluer son monde. Dans la salle prêtée par les militaires, il y a l'espace payant réservé aux élites qui vont aussi dîner, et la piste de danse destinée au reste de la population. Bien que musicien amateur, Michel Garandeau accompagne ce soir-là l'orchestre, et n'est pas le dernier à mettre de l'animation. La sensuelle Colette fait un passage très remarqué, danseuse plus endiablée que les autres.

Jacky, qui se surnomme Zaz car il cultive des allures de zazou, est très excité par la fête. Le bal est une fois encore une belle réussite, dont se félicite Charles-Émile. C'est alors qu'une alerte au feu mobilise quelques-uns des pompiers. Du sérieux, car un fort incendie se propage du côté des abattoirs. On va sortir un cadavre de femme des décombres. Anormal qu'elle se soit trouvée là. Il s'agit assurément d'un meurtre. Le brigadier Lapouge va mener une rapide enquête de gendarmerie, un coupable idéal faisant l'affaire...

Jérôme Bellay : Le bal des pompiers (Cherche-Midi Éd., 2014) ─ Coup de cœur ─

Depuis de nombreuses années, Jérôme Bellay est un personnage influent dans les médias. Sans doute a-t-il peu de temps à consacrer à l'écriture romanesque. On peut le regretter, car ce livre montre qu'il ne manque pas de talent. Pourquoi situe-t-il cette intrigue à Mourmelon-le-Grand ? Natif de Châlons-en-Champagne, l'auteur a vécu plusieurs années ici. Sachant qu'un ado de quatorze ans est le témoin des faits, plus que le réel narrateur, on peut supposer qu'il s'est servi de souvenirs de jeunesse. Avant tout, il s'agit de la chronique locale d'une époque, avec une très belle galerie de portraits. La traversée pédestre de la ville permet de rencontrer toutes les couches sociales de la population.

Soyons bien conscients que 1958 n'a pas grand chose de comparable avec notre temps. La guerre mondiale a laissé des séquelles, même si elle a donné du prestige à quelques-uns. Si la politique divise, on garde une certaine bonne humeur. L'économie française se porte de mieux en mieux, favorisant les notables d'après-guerre en une période où le petit commerce est roi. Les gens modestes habitent des maisons sans grand confort, mais on envisage de futurs HLM plus coquets. L'armée américaine joue un rôle modernisateur aux yeux de beaucoup : “La Jeep est à la mode. En slalomant entre les bouses, les péquenots du coin ont l'impression d'avoir passé une vitesse dans la modernité. Ils se prennent pour des fermiers du Wyoming, même s'ils utilisent cet engin militaire pour tirer des charrettes à foin... Les autres guettent les surplus.”

L'aspect criminel n'est nullement oublié. Dans ces années-là, un bal des pompiers est une fête incontournable. Mais, comme dans tout groupe, c'est alors que peuvent exploser les rivalités. Jérôme Bellay se sert parfaitement de tout le contexte présenté au fil de la soirée pour nous plonger dans le drame. Une histoire policière impeccablement réussie. Voilà qui mérite un Coup de cœur.

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