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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 04:55

Chicago, novembre 1931. Auteur d'une altercation mortelle, Harper Curtis prend la fuite. Il est pourchassé dans Grant Park, où se sont réfugiés les miséreux, victimes de la Grande Dépression. Frôlant le lynchage, il est seulement blessé au pied. Harper réussit à se faire soigner au Mercy Hospital. À sa sortie, il est comme guidé vers un quartier très pauvre de la ville. Une maison, dont il a dérobé la clé à une victime, semble l'attendre. Le cadavre fraîchement assassiné d'un certain Bartek, peut-être le propriétaire du lieu, gît dans cette maison. Harper y trouve aussi une valise pleine de dollars en gros billets, un vrai pactole. Il découvre là une chambre étrange, tel un mausolée dédié à la mort de plusieurs femmes. Face à ces noms féminins qu'il a tracés, aux objets hétéroclites qu'il doit laisser près des corps, une pulsion habite le violent Harper. C'est la Maison qui lui réclame de les tuer.

S'attaquer à La Luciole, danseuse de cabaret, lui laisse quelques séquelles physiques supplémentaires. Toutefois, les victimes à venir ne vivent pas uniquement à son époque. Grâce à la Maison, il voyage à volonté dans le temps. Quand il ouvre la porte, c'est sur l'année qu'il a choisi entre 1929 et 1993. Ce qui lui permet d'approcher d'abord ces filles, plus ou moins longtemps avant le moment où il a décidé de les assassiner. C'est le cas de l'étudiante en sociologie Jin-Sook, repérée dès 1988, cinq ans avant de la tuer. Ou de Zora, jeune Noire croisée dès 1932, qu'il ne supprimera qu'en 1943, alors veuve et mère de famille. Et de l'ambitieuse étudiante Julia Madrigal, supprimée en 1984. Ou de Willie Rose, employée d'un cabinet d'architecture, proche des idées sociales, en 1954. Et d'une Catherine, d'une Margo, de toutes celles dont la Maison exige le sang.

Arrêter ce jeu sinistre, Harper y songe parfois, brièvement. “Il pourrait quitter la Maison et ne jamais revenir. Prendre tout l'argent et fuir. S'établir avec une gentille fille. Renoncer aux meurtres, aux sensations qui l'envahissent quand il tourne la lame du couteau, que les entrailles chaudes de sa victime se répandent et qu'il voit mourir la flamme dans ses yeux.” Fasciné par ses meurtriers voyages, magnétisé par les objets qu'il dépose près des cadavres, Harper continue jusqu'à ce que son hypothétique liste soit close.

Née en août 1968, Kirby Mazrachi est élevée seule par sa mère Rachel. Se pensant artiste, un peu droguée, Rachel a trop souvent l'esprit absent pour s'avérer maternelle. C'est sans doute ce qui accélère la maturité de Kirby. Dès 1974, Harper va venir à la rencontre de cette victime désignée, mais il est bien trop tôt pour la tuer. Ce n'est que le 23 mars 1989 qu'il va la poignarder, lors d'une promenade avec son chien. Gravement blessée, sa force de caractère aide Kirby à survivre. Moralement, elle s'en remet mal, d'autant que son agresseur a disparu presque sans laisser de traces. Le seul indice est un vieux briquet, un objet pour collectionneurs. Toujours hors sujet, Rachel ne peut rien pour sa fille. Kirby se fait engager comme stagiaire dans un journal de Chicago. Si Dan Velasquez s'occupe de la rubrique sports aujourd'hui, il fut journaliste d'investigation sur des cas criminels. Gagner la complicité de Dan, afin qu'ils retrouvent ensemble son agresseur, tel est le but de Kirby. Un dangereux parcours attend la jeune femme, jusqu'à localiser Harper Curtis...

Lauren Beukes : Les lumineuses (Presses de la Cité) -Coup de Cœur-

Voilà assurément le plus surprenant suspense de l'année, ainsi qu'un des plus intelligents. Ce pourrait être l'histoire d'un tueur en série peu différent de la moyenne. Mais les raisons de sa violence obsessionnelle sont moins ordinaires. Et la manière dont il commet ses meurtres est carrément étonnante. Tels beaucoup de serial killers, Harper est itinérant. Ce n'est pas géographiquement qu'il voyage, c'est dans le temps. L'auteure utilise ce postulat issu de la littérature Fantastique, certes. On ne quitte pourtant pas le domaine du polar, car c'est bien le crime qui reste le moteur de ce roman. Traquer un assassin aussi spécial, ça suppose déjà une multitude de situations complexes pour la jeune Kirby.

Pour originale qu'elle soit, l'idée initiale ne suffirait peut-être pas à convaincre. L'auteure va nettement plus loin. Dans la construction extrêmement habile du récit, dont Harper et Kirby constituent les deux lignes principales. Surtout, c'est un vrai portrait de l'Amérique qui est ici dessiné, à travers l'évolution de Chicago. La terrible crise économique de 1929, les chantiers qui transfigurèrent cette ville au fil des décennies, la place des Noirs et la dure vie de toute la population modeste, l'ombre du maccarthysme planant même sur les moins militants, et divers autres aspects sociologiques sont abordés en toile de fond. Sans ces subtiles précisions qui ne nuisent nullement au tempo du roman, l'intrigue manquerait de véracité. Digne d'un Stephen King au mieux de sa forme, un “suspense riche”, un polar supérieur, magnifiquement maîtrisé.

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 04:55

En 2023, l’Égypte se compose de deux groupes sociaux très éloignés. Au Caire et dans ses faubourgs, la plus grande partie de la population vit misérablement. Électricité, eau propre et tous signes de confort ont disparu. Les véhicules ne circulent plus guère, car le pétrole a été remplacé par le pyrol, carburant dont les pauvres ne disposent pas. Sans emploi fixe, on survit dans la crasse. Trafics de mauvais produits, prostitution, bandes violentes, le pays est livré à lui-même. Quelques-uns sont employés par les riches, tels des esclaves. À l'opposé, les nantis vivent désormais à l'abri, dans des colonies sécurisées par d'anciens soldats américains. C'est à Utopia, ville fortifiée située sur la côte nord du pays, qu'habitent les plus fortunés des Égyptiens. Ils n'ont aucun contact avec les Autres, ce peuple dont ils se méfient.

Ces nababs se sont affranchis de toute religiosité. Formant une Fédération, ils se considèrent comme une famille, celle de l'élite. Ici, les pères se sont enrichis dans le commerce de médicaments, d'acier, de viande, etc. Leurs enfants n'ont pas à se soucier de l'argent. Si les maîtres d'Utopia pratiquent une débauche discrète, leur progéniture se cache à peine pour abuser de la phlogistine, la plus explosive des drogues. Ces jeunes ont tout, ne mesurant pas l'esprit décadent qui les habite. Certains tentent une expérience, ressemblant à un rite de virilité. Il s'agit de sortir d'Utopia, d'aller capturer un Autre, puis d'organiser une chasse avec leur victime dans la colonie. Au pire, il faut ramener de cette expédition un trophée humain. Cette violence est “un exutoire à l'ennui” pour les enfants des Égyptiens aisés, une excitation devenant nécessaire.

S'aventurer hors de la colonie n'est pas sans danger. Toutefois, ceux qui l'ont déjà fait téléphonèrent bien vite à leurs pères, afin qu'un hélicoptère vienne les rapatrier. Un jeune de seize ans, fils unique du “roi du médicament”, menant une vie sans limite, se dopant à la phlogistine, va tenter l'expérience. Il entraîne avec lui dans ce délire son amie Germinal. Adopter un aspect crasseux pour quitter Utopia et se fondre dans la miséreuse population qu'il méprise, ce n'est pas trop difficile. Ils s'attaquent à la hideuse prostituée Somaya, mais sont vite repérés. C'est grâce à l'intervention de Gaber qu'ils échappent à la foule, provisoirement. Habitant un taudis avec sa sœur Safeya, le borgne Gaber est un homme cultivé. Ce qui ne sert guère dans ce monde où le peuple est inconscient de sa déchéance. S'il a entrepris de protéger les deux jeunes d'Utopia, ce n'est pas pour l'argent. Gaber a une idée bien plus noble en tête...

Ahmed Khaled Towfik : Utopia (Ombres Noires 2013) -Coup de Cœur-

Roman noir d'anticipation, telle pourrait être la catégorie où classer cette fiction. Elle a été écrite avant les révoltes qui ont secoué en particulier l’Égypte. Sans doute annonçait-elle des mouvements populaires, mais le message va au-delà de ce qui s'est produit. Que la société égyptienne soit inégalitaire, on l'imagine aisément. Comme dans tant d'autres pays, le fossé se creuse de plus en plus profondément entre classes dirigeantes et peuple. Les classes moyennes, celles qui assurent le bon fonctionnement d'une nation, vont-elles s'appauvrir à ce point dans les dix ou quinze ans à venir ? C'est ce que suppose l'auteur.

“Maintenant seulement, je comprends pourquoi nous nous sommes retranchés dans Utopia. Il n'y a plus rien dans ce monde que la misère, des visages faméliques et des yeux exorbités, affamés, sauvages. Il y a trente ans, ces gens avaient encore quelques droits, mais aujourd'hui, c'est de l'histoire ancienne.” Il est certain que ces havres réservés aux puissants, que de semblables ghettos de riches existent déjà, là-bas ou chez nous. Dans un avenir pas si lointain, la population continuera-t-elle à se résigner ? On peut supporter de vivre sans confort, “mais vivre sans rêve est insupportable” nous enseigne ici le borgne Gaber. Le rêve, c'est aussi garder son libre arbitre, son indépendance, sa volonté d'agir. Et la religion n'est assurément pas le remède aux maux d'une société, nous dit-il.

C'est sous la forme d'un récit à deux voix, que nous est racontée cette histoire aux allures de fable. Une narration en cinq actes, entre le jeune chasseur d'Utopia et la proie, Gaber. La limpidité est volontaire, afin que le propos soit accessible. Sombre et forte intrigue, qui devrait inciter à la réflexion, partout dans le monde. Un roman remarquable.

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 05:29

 

Âgé de vingt-neuf ans, vivant avec sa compagne Mimi Vautier, Jacques Daniel est barman au Havre. Chaque soir, il rejoint «Au buveur d'étoiles», le bar appartenant à Françoise Deligny. Jacques n'ignore pas que celle-ci dispose de relations très haut-placées, jusqu'au préfet. Pour le barman, l'essentiel reste de faire son job. BD-LE HAVRESa patronne s'éclipse en milieu de soirée, tous les jours. La clientèle de ce 20 décembre n'est pas tellement différente de l'habitude : une blonde gothique obsédée par son portable, un couple d'amoureux buvant de la Guiness, un lascar trop violent, des consommateurs ordinaires. Et Michel Tagorre, notable local, influent acteur économique, président du club de foot.

Un homme plein de charisme et de projets. Arrive encore un client inhabituel, Fred Valda. Le barman est content de le revoir, car ils ont été ensemble au lycée Claude Monet. Par contre, venant de perdre son emploi, Fred Valda n'est pas trop en forme. Il a rendez-vous ici avec Tagorre. Jacques Daniel se demande ce que les deux hommes peuvent avoir en commun.

Au petit matin, le barman rentre chez lui. Sa compagne n'est plus là. Elle lui a laissé un message de rupture, peu explicatif. Ayant besoin de prendre l'air, Jacques entend en ville une info qui l'inquiète. Une jeune femme a été retrouvée, flottant sur les eaux du port, avec une balle dans la tête. Ce serait une belle fille blonde d'environ trente ans, portant un manteau de cuir noir. Ce pourrait fort bien être Mimi, pense Jacques.

Puisque c'est le lieutenant de police Grivert qui est chargé de l'affaire, le barman demande à le voir. Il lui fait part de sa vive inquiétude. Flic bienveillant, Grivert le rassure bientôt. La victime est une blonde gothique, Juliette Fribourg. Pas de doute, c'est celle qui a passé la soirée «Au buveur d'étoiles», consultant sans cesse son portable. Ce soir-là, Françoise Deligny ne cache pas son mécontentement. Elle a été informée que son barman s'était adressé à la police. Sans doute devrait-il oublier cette affaire, et laisser un autre policier (Lantinel) rechercher Mimi. Mais Jacques a plutôt confiance en Grivert, se méfiant des notables...

 

C'est le Tome 1 de cette excellente bédé, très proche du roman graphique. Le scénario est signé Jean-Blaise Djian et Popopidou. Les dessins en noir et blanc sont de Jay. «Chaque nuit, [Jacques] voit et entend tellement de trucs, qu'il aimerait bien se poser un jour sur un coin de table. Il a en tête de quoi écrire un roman sur du n'importe quoi by night.» Le Havre, ville portuaire à la réputation grisâtre, se prête assurément aux sombres intrigues à suspense. D'autant que nous sommes ici fin décembre, où les nuits sont longues, et que le décor central est un bar à l'ambiance jazz fréquenté par les noctambules. Ainsi que par certains notables, aussi puissants qu'antipathiques.

Soulignons le patronyme du barman, clin d'œil à un célèbre bourbon, ce qui est de circonstance. Grivert ressemble un peu au comédien Pierre Tornade (1930-2012), qui joua si souvent des rôles de policiers. La ville du Havre et la Haute-Normandie sont parfaitement suggérés par les dessins. Une histoire qui apparaît assez solide (nous verrons ce qu'il advient au second tome). Mystérieuse, la tonalité est aussi amusée : «Décidément, le monde est petit. Et si ça continue, le Buveur d'étoilesva devenir la salle d'attente du Docteur Coïncidence. Madame Guiness semble apprécier l'effet que son médicament produit sur son auditeur.» Une bédé polar de belle qualité, dont on attend la suite avec impatience.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Coups de Cœur
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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 05:55

 

1929, le régime fasciste est désormais installé en Italie, idolâtrant son clairvoyant chef Mussolini. En Sicile, l’École des Mines de Vigàta comptera dès cette rentrée un étudiant Noir, venu y poursuivre sa scolarité. CAMILLERI-2013-FayardLa prudence s’impose au sujet de prince Ghrané Solassié, neveu du Négus d’Éthiopie, Haïlé Sélassié. Le Duce ayant des vues expansionniste sur l’Abyssinie, il convient de traiter avec grands égards cet étudiant. Nul ne voit d’inconvénient à le côtoyer, sauf M.Müller, Allemand nazi de la première heure, inquiet d’une telle fréquentation pour son fils. L’information a circulé à Vigàta comme à Montelusa, entre École des Mines, préfecture, siège local du parti, commissariat de police, et dans l’ensemble de la population. On a trouvé une pension de famille qui va héberger l’étudiant, au frais de l’État. C’est qu’on espère qu’il vantera la générosité des Italiens auprès de son oncle.

À son arrivée, le prince Ghrané est sous surveillance policière. Débarquant du train sans bagages, pauvrement vêtu, il affirme avoir été détroussé à bord par deux voyageurs. Un geste politique, estime le parti fasciste local. Ce qui ne va pas empêcher Ghrané de faire un détour par le principal bordel de Vigàta, sans payer les passes. Le commissaire Spera comprend tôt qu’il s’agit d’une source d’ennuis. Peu après, le prince est hospitalisé, souffrant d’inappétence. Là encore, on peut vérifier son goût pour les belles femmes. On comprend que Ghrané a besoin d’une famille d’accueil. Âgée de dix-sept ans, vivant avec son père veuf, amoureuse du beau prince Noir, Ninetta (Antonietta) est ravie de l’accueillir chez eux. Pas bien difficile de deviner la combine qu’ils ont monté, mais les officiels n’y voient que du feu. Et continuent à financer tous les besoins du neveu du Négus.

De grosses sommes sont dilapidées dans l’opération autour du prince. Puisqu’on insiste pour qu’il écrive à son oncle une lettre favorable au régime italien, Ghrané négocie et dépense énormément. Hormis ces tractations tous azimuts, il trouve de l’argent auprès du fils Müller, homosexuel épris de lui. Une rencontre à Rome avec le Duce serait un grand projet, mais le prince n’y tient guère. S’il arrange un mariage pour le père de Ninetta, c’est qu’il a son idée. Il cause quelques troubles çà et là, mais préfecture et parti fasciste local s’arrangent pour éviter le scandale. Quand on pense que la mine locale est ensorcelée, un simulacre d’exorcisme suffit à calmer les rumeurs, bien qu’on puisse soupçonner le prince. Il sème encore la pagaille au Cercle des Nobles de Montelusa, qui feraient mieux de ne pas réagir. L’étudiant finit par prendre le train pour Rome, où il doit rencontrer Mussolini…

 

À l’origine de cette histoire, il y a un fait réel, un neveu d’Haïlé Sélassié ayant réellement étudié dans une École des Mines sicilienne à l’époque. Andrea Camilleri a entièrement réinventé cet épisode, qui ne causa nul troubles comparables avec ceux de sa fiction. C’est sous forme de pièces du dossier (et non d’un roman linéaire) qu’il nous présente la curieuse affaire. Échanges de conversations, de courriers, de rapports, de télégrammes, d’impressions, qui nous permettent de cerner les faits. Avec une ironie grinçante, il nous montre la bureaucratie fasciste dans toute sa ridicule splendeur, avec ses combinaisons politicardes, sa certitude de tout contrôler. Au final, une opération aussi onéreuse que chimérique.

Bien avant le célèbre policier Salvo Montalbano, il existait déjà un commissaire de police très compétent à Vigàta. Giacomo Spera n’est jamais vraiment dupe du jeu auquel s’amuse Ghrané Solassié, rusé prince abyssin. Une lucidité de l’enquêteur qui lui fera risquer des sanctions… Même en connaissant son œuvre, on ne peut qu’être admiratifs devant la virtuosité d’Andrea Camilleri. Car l’intrigue n’a rien de simpliste et, si la tonalité nous fait sourire, la caricature de l’imbécillité générale apparaît fort juste. Ce n’est pas encore cette fois que le Maestro sicilien décevra ses admirateurs.

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 05:52

 

Son grand-père Alexandre Millar venait d’une famille très protestante. Sa grand-mère Elizabeth O’Neill était une catholique militante. Ce fut elle qui imposa la religion de la famille. Sam Millar vécut son enfance à Belfast, dans le quartier de Lancaster Street, durant la décennie 1960. Pas facile d’être un catholique pauvre dans ce secteur où défilaient régulièrement les Orangemen, venant les provoquer. Pas simple, quand on a une mère dépressive alcoolique et un père au caractère dur. Les catholiques sont comme des soucoupes en Irlande du Nord : près de la tasse, mais jamais autorisés à savourer son contenu disait-il avec colère.MILLAR-2013

Et puis, il y eut la manifestation meurtrière du 30 janvier 1972. Avec son frère aîné Danny, Sam en revient sain et sauf, mais marqué par la violence des Anglais. À quatorze ans, c’est le début de sa conscience politique. Alors qu’il commence à travailler aux abattoirs, un deuxième acte va frapper Sam. Son meilleur ami Jim Kerr, dix-sept ans, est assassiné par un protestant. Désormais, pour Sam, c’est la fin de la soumission aux Beefs et aux Orangemen extrémistes.

Toutefois, l’action politique le mène très vite en prison, à Long Kesh. Pas question d’être assimilé aux vulgaires détenus, puisqu’il est prisonnier politique. Évoquer le cycle de brimades sévères face à la Rébellion des plus décidés de l’IRA, dont Sam fait partie ? Le bras de fer entre les réfractaires au travail et à l’uniforme des prisons, les traitements de plus en plus dégradants ? La pression permanente, la puanteur à laquelle succède des bains obligatoires, façon nazis ? Des alliés au sein de Long Kesh, des personnages autant chez les détenus que parmi les matons ? Tout cela, seul Sam Millar peut savoir au fond de lui ce que représenta ce long tunnel. Huit ans de prison, de guerre psychologique. Puis arriva la mort de Bobby Sands, le plus symbolique des martyrs de la cause nord-irlandaise. Négocier avec l’ennemi ou tenter de s’évader ? Sam Milar les aura à l’usure. Il est finalement relâché.

Sam s’est installé à New York, dans le Queens. Clandestin, il fréquente le milieu des casinos plus ou moins illégaux, tolérés, rançonnés. Il pourrait y trouver sa place, en tant que croupier. À moins qu’il ne choisisse de suivre son ami Ronnie Gibbons, qui compte ouvrir son propre casino. Sam reste méfiant, il n’a pas tort. Autour de Ronnie, l’organisation familiale fausse le projet. Et cette cliente âgée à l’allure digne, mieux vaut ne pas être trop gentil avec elle. Ratage sur toute la ligne. Connaissant Tom, un ex-flic aujourd’hui agent de la Brinks, Sam songe à un braquage de leur entrepôt.

La première tentative, avec Ronnie, échoue presque inévitablement. Avec la complicité de son copain Marco, en janvier 1993, la seconde est la bonne. Trois minutes. C’est tout ce que ça nous prit. D’une facilité effrayante. En sortant du bâtiment pour aller récupérer le fourgon, un drôle de sentiment me parcourut. J’étais déçu. Ça ne me paraissait pas naturel. Trois ans de préparation et c’était bouclé en trois minutes. Pour une obscure raison, c’est moi qui me sentais volé. De l’adrénaline, oui, mais pourtant un coup de branquignol, mal exécuté. Plus de sept millions de dollars dans la tirelire de Sam et Marco, quand même.

Sam Millar se crée une façade respectable, en ouvrant une boutique de bédés de collection qui tourne bien. Époux de Bernadette, père de famille, accepté dans le quartier, tout irait à peu près bien. Sauf qu’il est urgent de trouver un endroit où planquer le butin. Il peut compter sur le Père Pat, un prêtre irlandais hors norme, qui dispose d’un appartement. Depuis l’attaque du dépôt de la Brinks à Rochester, tous les flics sont sur les dents. Sam est bientôt dénoncé, observé par la police sans qu’il s’en doute. L’appartement servant de planque est sous surveillance. Pat et Sam tombent dans les griffes des enquêteurs, tandis que l’essentiel du butin se volatilise. L’avocat de Sam est un cador. On frôle l’abandon des charges contre son client, qui va écoper du minimum. L’avenir s’éclaircit tant soit peu pour Sam Millar, qui retrouvera une Irlande du Nord plus apaisée…

 

Il y a des livres autour desquels il n’est pas indispensable d’argumenter. Comme une évidence, cet ouvrage est de qualité supérieure, voilà tout. Cette histoire n’est pas de la fiction, il s’agit d’une autobiographie. MILLAR-2013Ou plutôt d’un polar-vérité, s’il faut imaginer une étiquette plus précise. Le parcours d’un type pas ordinaire, son témoignage. Digne d’un incroyable scénario à suspense, c’est vrai.

Quelquun ayant traversé de telles mésaventures aurait le droit de se prendre pour un héros. Sam Millar a assez d’humour, de dérision, et prend suffisamment de recul, pour éviter ce piège de l’autosatisfaction. Il a lutté, s’est rebellé face à l’inhumanité, pour une cause qu’il estimait juste, avant de réaliser un des plus gros braquages perpétrés aux Etats-Unis. Ce n’est pas la notion d’échec ou de réussite, ni même aucun jugement, qui importent pour lui, c’est d’avoir vécu ça. Des épreuves, des humiliations, des hasards. Rafler sept millions de dollars, et ne pas savoir quoi en faire. Pas le destin de tout le monde.

Encore faut-il être capable de transcrire avec talent ce que l’on a enduré, d’en dire le maximum sans se flatter, se glorifier. Sam Millar y parvient, car c’est un véritable écrivain. Et sans doute faut-il souligner la complicité de Patrick Raynal, son traducteur, qui transcrit les nuances de ce texte. L’un des meilleurs polars de l’année est autobiographique : il mérite le plus chaleureux Coup de cœur.

- On the Brinks est disponible dès le 7 mars 2013 -

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 05:56

 

Quand on a le beau privilège de lire le nouveau roman de Stephen King quelques semaines avant sa sortie, bien difficile d’attendre la date officielle pour l’évoquer. D’autant que les thèmes qui y sont abordés étaient prometteurs. Ce n’est pas la veine horrifique qu’exploite ici le maître Stephen King. KING-2013Le genre Fantastique oui, puisqu’il s’agit de voyages dans le temps. Sans rien dévoiler, on peut affirmer que l’auteur va beaucoup et habilement jouer avec le paradoxe. Retenons que c’est principalement un grand roman d’aventures, fascinant tout au long de ses 900 et quelques pages. Est-il nécessaire de préciser que le résumé ci-dessous effleure seulement le trajet mouvementé du héros dans cette longue histoire ? Un aperçu de ses plaisirs et de ses déboires, en somme.

Le titre indique le jour fatidique de l’assassinat de Kennedy, 22 novembre 1963. Toutefois, il ne s’agit pas d’éléments supplémentaires autour du rapport Warren, pas plus que de mon hypothèse sur le complot. Il suffit de visionner les 486 images du film Zapruder (à peine trente secondes), dont l’image 313, pour ne jamais oublier. Utilisant certes cet épisode célèbre, c’est bien une palpitante fiction, riche et structurée. Par une magnifique reconstitution du passé, le lecteur a vraiment le sentiment de participer à cette époque-là. Aucun détail n’est superflu pour restituer l’ambiance d’alors. Des moments intensément noirs, des passages plus souriants, un foisonnement de péripéties, et même une passion amoureuse, voilà le programme concocté par l’auteur. Il fallait toute la maturité d’un écrivain tel que Stephen King, pour parvenir à un suspense aussi magistral.

 

En 2011, Jake Epping est prof d’anglais au lycée de Lisbon Falls, dans le Maine. Divorcé sans enfant, âgé de trente-cinq ans, il apparaît peu émotif, s’adaptant à sa solitude. Il a ses habitudes au restaurant bon marché d’Al Templeton, autre célibataire, installé dans une longue caravane en alu. Quinquagénaire atteint d’un cancer terminal, son ami Al révèle à Jake son grand secret. Il vend peu cher ses hamburgers, car achète la viande en 1958, au tarif de l’époque. Al s’est aussi constitué une jolie cagnotte en pariant sur les résultats sportifs de ce temps-là, dont il avait les résultats. Qu’il soit resté juste quelques heures ou plusieurs années dans le passé, il n’était absent que deux minutes en temps daujourd’hui. Selon le principe du paradoxe, est-ce que ses voyages dans le temps ont modifié le passé au profit du futur ? Pas toujours, car chaque retour au passé est une remise à zéro, effaçant le précédent voyage. Le cas de la jeune Carolyn Poulin, qu’il voulut protéger, prouve la complexité du phénomène. Quant à cette brèche vers le passé, il est probable qu’elle disparaîtra le jour prochain où la caravane-restaurant d’Al devra dégager les lieux.

Grâce à Al, Jake voyage jusqu’au 9 septembre 1958, à 11h58, point de départ obligé dans l’Amérique d’alors. L’usine textile polluante de Lisbon Falls est en pleine activité, et la boutique Kennebec Fruits du père Anicetti sert une goûteuse bière de racinette. Les tarifs sont dérisoires, et le commerce prospère. Les gens sont encore décontractés, même si tout n’est pas idyllique. Retour à notre époque auprès d’Al, qui va de moins en moins bien. Comme ces voyages ne comptaient que pour deux minutes, Al ne s’est pas contenté d’allers-retours. Il y a fait des séjours de plusieurs années. Il approcha même un certain Lee Harvey Oswald, sa femme russe Marina et leur fille. Son idée était de l’abattre préventivement, afin qu’il n’assassine pas le président John Fitzgerald Kennedy. On ne s’improvise pas tueur, même pour changer le destin du monde, dans un virage à 180°. Fatigué, Al demande à Jake de remplir cette mission. Quelques mois avant Dallas, Oswald voulut assassiner le général Walker. C’est à ce moment-là qu’il faudrait intervenir. Jake a une raison plus personnelle d’accepter d’aller vivre dans le lointain passé.

La famille de son ami Harry Dunning fut massacrée par leur père dans la région en octobre 1958. Seul survivant, ayant récemment raconté son drame, Harry garda des séquelles marquantes. Puisqu’il doit séjourner un certain temps dans ces années-là, autant commencer par cette affaire. Toutefois, revenu en 1958 sous le nom de George Amberson, Jake est obligé de s’adapter à ce style de vie. KING-2013L’accueillant secteur de Lisbon Falls lui facilite les choses. Par contre, la ville de Derry (où vit la famille Dunning) est moins chaleureuse. Peut-être parce que des enfants y ont été tués peu avant. Le père d’Harry y est boucher. Jake se trouve un allié pour le supprimer. Blessé dans cette affaire, il revient en 2011. Il apprend quel fut le nouveau destin d’Harry. Jake repart bientôt en 1958, décidé à suivre son propre plan concernant le boucher Dunning, et rusant pour sauver la jeune Carolyn Poulin. S’affichant écrivain, Jake s’établit un temps comme enseignant en Floride. En août 1960, il part s’installer à Dallas, métropole qu’il n’aime pas. Et ce n’est pas le propriétaire de l’appartement qu’il loue, un effroyable raciste, qui va le réconcilier avec cette ville en tous points violente.

Dans le comté de Denholm, se trouve la petite commune de Jodie, 1280 habitants à l’époque. Pas si éloignée de Dallas, cette ville respire la tranquillité. C’est là qu’il va trouver son bonheur. Grâce au proviseur Deke Simmons et à sa compagne, Jake obtient un poste d’enseignant. Il va surtout tomber follement amoureux de la bibliothécaire Sadie Dunhill. La séparation d’avec son dangereux ex-mari n’est pas close, pour la jeune femme. Il est temps de s’occuper de l’assassinat visant le Général Walker, donc de se mettre sur les traces de Lee Harvey Oswald. Quand arrivera le 22 novembre 1963, Jake et Sadie vont jouer un rôle héroïque lors de cette journée historique. Néanmoins, le résultat de toute cette expérience n’est pas forcément à la hauteur des espérances de Jake…

-Ce roman sort autour du 1er mars 2013, renseignez-vous dès maintenant-

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Coups de Cœur
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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 05:55

 

Ce n’est pas un roman. Avec le diable raconte une histoire vraie et récente, qui s’adresse assurément aux amateurs de polars.

Natif de Kankakee, petite ville de l’Illinois frontalière de l’Indiana, à une heure au sud de Chicago, James Keene n’était pas un saint. KEENE-LEVIN-2013Il fut élevé par un père qu’il respectait, une force de la nature qui fut agent de police puis pompier, avant de se croire doué pour le business. James Keene se lança très tôt dans des activités lucratives, au point de devenir dans les années 1990 un des principaux dealers de drogue du secteur. Beau mec, sportif, il monta un solide réseau de vente, traitant avec les puissants fournisseurs, se mouillant parfois pour ses amis. Alors que le fric coulait à flots, Keene s’arrangea longtemps pour ne pas se faire prendre. Il dépensa sans compter, aidant financièrement son père nul en affaires qui dilapidait tout cet argent sans se poser de questions. La famille à laquelle ils appartenaient avait beaucoup fréquenté les ripoux en tous genre de la région, il est vrai.

Bien que prudent, Keene était néanmoins pisté par les Stups. On finit par l’arrêter. Au procès, il écopa d’une peine de dix ans de prison. Une éternité, mais il avait le soutien moral de son père. James Keene s’adapta aussi bien que possible dans les prisons où on l’enferma, malgré la menace de gangs violents. Il y côtoya même un authentique tueur de la Mafia et son fils, aussi mafieux et aussi sympa que lui. Quelques temps plus tard, le procureur Beaumont proposa à Keene une curieuse mission en échange d’une large remise de peine. Il s’agissait de trouver le moyen de recueillir les confidences de Larry Hall. Ce tueur en série était incarcéré pour les meurtres de plusieurs adolescentes et jeunes femmes.

Sans doute le principal enquêteur, Gary Miller, était-il parvenu à des aveux. Mais la justice manquait d’éléments, en particulier dans les cas des ados Jessica Roach et Tricia Reitler. Il fallait fournir des preuves, autant pour les familles des victimes que pour établir le crime fédéral. James Keene hésita avant d’accepter la mission. Quand il réalisa que l’état de santé de son père déclinait, il accepta afin de sortir pour être auprès de lui. Larry Hall était enfermé à Springfield, sinistre prison médicalisée dont on ne s’évadait pas. Keene y fut transféré, sans savoir comment il mènerait à bien sa mission. Par hasard, un premier contact eut lieu, qui était nettement prématuré. Un caïd mafieux incarcéré là fit comprendre à Keene qu’il devait éviter toute relation avec les criminels tueurs d’enfants, dont Larry Hall.

Originaire de Wabash, bourgade de l’Indiana, Larry Hall et son jumeau naquirent dans une famille désorganisée. Sa scolarité fut médiocre, avant qu’il n’obtienne un bon job d’agent d’entretien. Ayant beaucoup moins de charisme que son frère, Larry Hall n’avait pas de petite amie. Il traficotait des véhicules anciens, tout en participant à des reconstitutions historiques en costumes. C’est ainsi qu’il adopta un aspect physique façon dix-neuvième siècle. Ces fêtes traditionnelles l’amenant à voyager, il se trouva plusieurs fois près de lieux où des victimes fut agressées et assassinées. Dès son premier interrogatoire, il concède : Parfois, je rêve que je tue des femmes. Mais je crois que c’est juste un rêve. Des documents de sa main attestent d’intentions criminelles, mais pas du passage à l’acte. Au bout de quatre mois à Springfield, James Keene va réussir à apprivoiser Larry Hall…

 

Il s’agit ici d’une histoire qu’on nous garantit absolument vraie. Dans la fiction, romans ou films, les affaires de tueurs en série s’avèrent parfois convaincantes. Encore qu’on prête trop d’intelligence à ces personnages pervers. Certes, ces meurtriers disposent d’un instinct les aidant à passer inaperçus, à ne pas tomber trop vite dans les griffes de la police. Ils ne sont pas si habiles, jouant seulement sur le fait que des enquêteurs tardent à faire le lien entre leurs crimes. Dans la plupart des cas, ce ne sont pas des recoupements de fichiers qui vont les faire repérer, mais l’opiniâtreté d’un ou plusieurs policiers. Dans cette affaire, le flic Gary Miller va se sentir longtemps seul, certains de ses collègues ne voyant en Larry Hall qu’un brave type moyennement équilibré. Un coupable qui évoque des trous noirs au moment de chacun des meurtres, pas facile dans ces conditions de rétablir toute la vérité.

L’idée du procureur Beaumont est assez gonflée, disons-le. Il a bien compris que James Keene est un débrouillard, capable de fine psychologie, l’homme idéal pour faire parler l’assassin. KEENE-LEVIN-2013Par ailleurs, après avoir goûté à l’excès de fric, Keene sait par avance que la suite de sa vie sera forcément différente. Sans doute cherche-t-il, au-delà du marché passé avec le procureur, une forme de rédemption. Il n’en reste pas moins que c’est un défi, sachant qu’un tueur en série ne se livre jamais aisément, d’autant qu’ils ont souvent de la difficulté à formuler les faits. Il ne faut pas considérer ce récit tel une énième histoire sur un serial killer, mais comme un témoignage d’une véritable profondeur.

En effet, ce qui fascine dans ce livre, peut-être davantage que les aveux attendus, c’est le double parcours des protagonistes. Hillel Levin et James Keene ont reconstitué en détail, comme le prouvent une trentaine de pages d’annotations, la vie et l’état d’esprit de l’ex-dealer et du tueur en série. Le contexte est tout aussi scotchant. Par exemple, l’historique de la fort singulière prison de Springfield (Missouri) est aussi passionnant que le reste. Regard extérieur sur l’affaire et implication de l’intérieur se complètent merveilleusement. Il arrive que la réalité, aussi sordide soit-elle, nous apparaisse encore plus captivante que les polars.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Coups de Cœur
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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 06:02

 

Hervé Commère s’est fait connaître avec Les ronds dans l’eau (Fleuve Noir, 2011) et publie chez le même éditeur à l’automne 2012 Le deuxième homme. C’est son premier titre datant de 2009 qui est réédité chez Pocket.

Coup de cœur pour J’attraperai ta mort.

Âgé d’à peine trente ans au début des années 2000, Paul Serinen n’organise que des affaires magistrales, des coups d’anthologie. COMMERE-2012Détourner un camion contenant six mille sacs à main en croco d’une marque de luxe, livrer la marchandise à un receleur de Rotterdam, ça a demandé une grosse préparation, mais le succès est au rendez-vous. Il ne lui reste plus qu’à passer trois semaines à Jersey, le temps d’ouvrir un compte dans une banque off-shore. S’il projette déjà une prochaine opération aussi ambitieuse, la prudence est de mise. Après une période de doute entre paranoïa et errance, Paul Serinen finit par acquérir une maison à Étretat. La nouvelle affaire nécessite des comparses, à manipuler telles des marionnettes. Il s’agit de s’emparer d’une vingtaine d’instruments de musique, de coûteux violons qui vont bientôt rejoindre le stock du receleur de Rotterdam. Jolie réussite.

C’est à Courchevel que débute l’affaire suivante. Serinen y fait la connaissance de la belle Mathilde, qui y séjourne avec son frère Thomas. Leur père n’est autre que le plus important diamantaire d’Anvers, M.Verpratt. Il faut de la discrétion autant que de l’astuce pour braquer Thomas quelques semaines plus tard. Il revient de voyage avec le Magnolia, le plus gros diamant du monde. Toutefois, même si le coup est magnifique, le receleur de Rotterdam met doublement en garde Serinen. D’abord, le diamant est invendable. Surtout, Verpraat a mis un contrat sur la tête du cerveau de ce vol. Tant pis, il vaut mieux dissimuler le joyau. Tandis qu’il va se lancer dans une autre opération, Paul Serinen est arrêté par la police.

C’est un jeune couple, Alice et Matthieu, qui rachète la maison d’Étretat ayant appartenu à Serinen. Ils sympathisent vite avec des voisins de leur génération, qui s’installent peu après eux. Pourtant, au retour de leurs vacances, Matthieu s’aperçoit qu’il y a un problème. De gros travaux sur la maison ont été effectués durant leur absence. Et le couple d’amis voisins a brutalement disparu, cédant leurs biens à des inconnus. Bien que ça déplaise à Alice, Matthieu cherche la trace de l’ancien propriétaire, Serinen, dont il rencontrera les parents. Quant au couple disparu, il n’existe aucun signe qu’ils aient existé. Tout ça perturbant trop Alice et Matthieu, ils partent s’installer au Québec. Les années passant, ils y fondent leur famille. Néanmoins, Matthieu n’en a pas terminé avec ce périlleux mystère…

 

Coup de cœur ? Oui, parce que c’est une excellente surprise. Dans ce roman relativement court, 158 pages, l’ambiance offre une véritable densité. Qui ne se dément pas quand intervient le deuxième narrateur. Alors qu’il n’y a rien de commun entre un as du grand banditisme et un animateur sportif sans problème. Sauf, bien sûr, une maison à Étretat, région chère à Arsène Lupin. Indice d’une construction bien pensée, la continuité équilibrée du suspense sur les deux principales parties est donc l’atout majeur. Un aspect malin à souligner, le lecteur dispose de davantage d’éléments que Matthieu lorsqu’il mène sa petite enquête. Non pas qu’il s’agisse d’un roman d’une absolue perfection. L’essentiel reste que l’auteur parvient à nous captiver du début à la fin. Voilà effectivement ce que l’on demande à un très bon polar.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Coups de Cœur
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