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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 05:11

 

Le Grand prix de Littérature policière sera remis en mains propres à Donald Ray Pollock le mardi 23 octobre à 18h30 (à la BILIPO, 48-50 rue du Cardinal Lemoine, 75005 Paris). En effet, l’auteur de Le Diable, tout le temps (Albin Michel) sera en France du 22 au 26 octobre 2012. Ce roman est un vrai chef d’œuvre.

POLLOCK-2012Arvin Russell est né au printemps 1948 à Meade, Ohio. Deux ans et demi plus tôt, son père Willard était démobilisé, après avoir fait la guerre dans le Pacifique. Une meurtrière expérience pour un jeune Américain né en 1924. Il rentrait chez lui à Coal Creek, en Virginie Occidentale. Il allait y retrouver sa pieuse mère Emma et son vieil oncle. Déjà, sa mère projetait de le marier à Helen, brave fille laide. En chemin, Willard avait fait halte à Meade, pas l’endroit le plus agréable du monde. Néanmoins, il y revint afin d’épouser Charlotte, belle serveuse de bar. Le couple s’installa bientôt dans une maison isolée de la vallée boisée de Knockemstiff. Le propriétaire, arrogant avocat local cocufié par son épouse, ne fit jamais de cadeau à Willard. Le malheur s’abattit sur la famille alors que le petit Arvin était encore enfant. Charlotte agonisa chez elle pendant plusieurs mois. Bien qu’il ait aménagé un autel dans une clairière voisine, les prières incessantes de Willard ne suffirent pas à améliorer l’état de sa jeune épouse, sans rémission. Il utilisa des méthodes sacrificielles, qui n’y changèrent rien. Arvin assista à cet infernal processus.

Confié à sa grand-mère, Arvin partit vivre en Virginie Occidentale. Il serait élevé par Emma et l’oncle de son père Willard. La grand-mère avait déjà recueilli chez elle Lenora, la fille de son ex-protégée, la laide Helen. Celle-ci avait connu un sort terrible. Quand un duo de prédicateurs illuminés vint faire son show à l’église de Coal Creek, elle s’amouracha de l’un d’eux. Malgré son comportement délirant, la pauvre Helen finit par l’épouser. Elle eut une fille, avant d’être victime de la folie de son mari. Le duo de prêcheurs disparut ensuite de la circulation, participant à un spectacle forain à travers le pays. Un jour, son grand-oncle confia à Arvin le seul héritage de son père, un pistolet Luger. Cette arme n’est efficace qu’à courte portée, l’adolescent le comprit bientôt. Toutefois, Arvin n’avait besoin que de sa force pour se venger de ceux qui s’attaquaient parfois à la faible Lenora.

Au début des années 1960, Sandy et Carl formaient un couple de malfrats qui enlevait et tuait les autostoppeurs sur les routes américaines. La sexy Sandy était l’appât, son compagnon photographe Carl était le shooteur. Leurs victimes, ils les appelaient des modèles. Soldats en vadrouille ou semi-vagabonds, le couple n’en épargnait aucun, pour quelques dollars. Leurs méfaits accomplis, ils revenaient dans l’Ohio, à Meade. Serveuse se prostituant à l’occasion, Sandy était la sœur de Lee Bodecker, le shérif de la ville et de la région de Ross County. Sa réélection à ce poste n’était pas acquise d’avance, car Bodecker acceptait des arrangements qu’il valait mieux taire. Et si l’on apprenait que Sandy faisait la pute, ce serait plus difficile. Encore ignorait-il les massacres d’autostoppeurs par Carl et Sandy. Quand il aura dix-huit ans, Arvin voudra revenir à Meade, Ohio. Peut-être pour effacer les traces du Diable que son père y a laissées…

 

Un pur joyau du roman noir, une intrigue remarquable, une histoire magnifique racontée avec une parfaite maîtrise. Pourtant, ces superlatifs ne suffisent pas à traduire l’émotion ressentie à la lecture de ce livre. Émotion, oui, car l’ensemble des personnages sont crédibles, jusqu’à une vérité absolue. D’une piété excessive comme la grand-mère Emma ou monstrueusement cyniques tels Carl et Sandy, fou de douleur comme Willard au point d’accomplir d’incroyables sacrifices ou d’une supériorité illusoire tel l’avocat Dunlap, tous sont l’expression de la réalité. Beauté envoûtante et tragique de leur destin, aussi paumés que soient la plupart de ces protagonistes.

Quant aux décors de l’Ohio, il faut dire que l’auteur est natif de Knockemstiff, localité à laquelle il consacra son premier recueil de nouvelles. Pollock, qui y fut longtemps ouvrier, sait sans nul doute ce que représente la détresse d’une population, dans un coin aussi perdu de l’Amérique. Quant à la construction du récit, elle est tout simplement exemplaire. Ce roman magistral méritait effectivement d’être récompensé par le Grand prix de Littérature policière 2012.

 

Extrait - Le shérif Bodecker, en visite chez sa sœur, situe le style de l’auteur :

GPLP-2012-2En haut des marches, il y avait un petit palier que Sandy appelait le patio. Un sac d’ordures renversé était posé dans un coin, des mouches vertes rampant sur des coquilles d’œuf, du marc de café et des emballages de hamburger roulés en boule. À côté de la rambarde en bois se trouvait une chaise de cuisine capitonnée et, en dessous, une boite en fer blanc à moitié pleine de mégots de cigares. Vu la façon dont-ils vivaient, pensa-t-il, Carl et Sandy étaient pire que les «colorés» de White Heaven et que les péquenauds de Knockemstiff. Mon Dieu, comme il détestait les ploucs. Chaque matin, à tour de rôle, les détenus de la prison du comté lavaient son véhicule ; les plis de son pantalon kaki étaient aussi tranchants que des lames. D’un coup de pied, il dégagea de son chemin une boite de conserve vide et frappa à la porte, mais personne ne répondit.

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 05:07

 

Bien que publié au printemps 2012, Arab Jazz de Karim Miské (Éd.Viviane Hamy) reste dans l’actualité puisqu’il a été primé fin septembre. Une intrigue criminelle mais, davantage encore, un regard sur notre époque.

MISKE-2012Hôtesse de l’air, Laura Vignola a été assassinée chez elle, dans un immeuble du 19e arrondissement de Paris. Elle est morte d’hémorragie après avoir été mutilée, torturée. La jeune femme était issue d’une famille de Niort adepte des Témoins de Jéhovah, avec laquelle elle avait rompu tout contact. La police a été alertée par un appel téléphonique venant du 18e. Les flics de ce quartier n’ont pas trouvé de témoins, ou sont réticents à collaborer avec leurs collègues du 19e. En réalité, le premier qui a découvert le cadavre, c’est Ahmed Taroudant, voisin de la victime. Âgé de trente ans, ce métis arabe vivote en touchant l’Allocation Adulte Handicapé. Il fut suivi par le Dr Germain, un psy, suite à une sévère dépression. La passion d’Ahmed, ce sont les polars classiques ou moins bons qu’il achète au bouquiniste brocanteur du coin, le vieux M.Paul. Par ailleurs, Ahmed se laisse souvent envahir par des rêves et des réminiscences de son passé tourmenté.

N’ignorant pas qu’il ferait un parfait suspect, d’autant que la belle Laura n’était pas insensible à son charme, Ahmed prétend ne rien savoir face aux enquêteurs. Un curieux duo, ces deux protégés du commissaire Mercator. La rousse Rachel Kupferstein, Juive ashkénaze, admiratrice d’Ellroy comme Ahmed, s’interroge sur le possible sens religieux du meurtre de Laura. Sceptique face aux croyances, elle est certaine qu’on a voulu souiller la victime. Son partenaire Jean Hamelot est fils de communiste de Saint-Pol-de-Léon. Ce Breton lunaire préfère Horace Mac Coy ou Hammett, parmi les valeurs sûres du roman noir. Au commissariat, Rachel sait pouvoir se fier au jeune flic Kevin Gomes, beaucoup moins à leur collègue Meyer. Selon Gomes, les parents de Laura sont des Témoins de Jéhovah aux convictions extrémistes. De son côté, Ahmed doit reprendre quelques séances chez le psy, s’il veut avoir l’esprit clair afin de contribuer à l’enquête sur la mort de sa voisine.

Rachel et Jean espèrent que les amies étudiantes de Laura leur offriront une piste exploitable. Si le crime est religieux, faut-il suspecter plutôt parmi les jeunes le Juif hassidique Ruben ou le prêcheur musulman Moktar. Politisés au temps de leur groupe de rap 75-Zorro-19, ils s’investissent désormais dans l’excès religieux. Le rôle du coiffeur juif Sam ou d’un imam autoproclamé du secteur resterait autant à déterminer. Je ne sais pas ce que cache cet assassinat, mais il est bien à l’image du quartier. Avec des fous de Dieu postés à tous les carrefours résume Rachel. Peut-être, l’origine du crime vient-elle de New York. Là-bas, Dov Jakubovicz, un juif rasta intello, a créé un hallucinant produit, la psilocybine, distribué sous le nom de Godzwill avec l’aide de Susan et James Barnes, frères et sœurs. Ahmed, Rachel et Jean pourront-ils vraiment éclairer les mystères de cette affaire ?

 

MISKE-GPLPCe roman (dont le titre s’inspire du White Jazz de James Ellroy) a été récompensé par le Grand prix de Littérature policière 2012. Un très bon choix du jury. Certes, les trois principaux personnages sont amateurs de polars, ce qui offre déjà une complicité avec les lecteurs. Ahmed et son mur de livres, les passionnés s’y reconnaîtront. Deuxième atout favorable, ces trois-là ont un passé compliqué, chargé, qui induit sans doute leur difficulté quant à l’approche du sexe. L’ombre de Freud et de Lacan plane sur leur personnalité, autant que leur vécu familial.

Enfin et surtout, religions et communautarismes sont au centre de cette histoire complexe. Un thème actuel, omniprésent dans cet arrondissement bigarré dont l’auteur se plait à décrire l’ambiance. Ahmed ou Rachel ont pris de la distance par rapport aux croyances. À l’inverse, on observe ici une radicalité dans la pratique religieuse, les intégrismes de tous bords manipulant les esprits et les trafics. Banalisé par une intégration relative dans la société, un phénomène pas si aisé à décrypter. Le roman noir témoigne de telles questions sociétales, c’est bien ce que fait Karim Miské dans cette sinueuse et passionnante histoire.

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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 05:21

 

C’est au roman La jeune morte de Michel Carnal, que fut attribué le Grand prix de Littérature policière en 1964. Un suspense plutôt astucieux, riche en énigmes. L’ambiance italienne de l’époque y est fort bien décrite. Si un reporter est ici le principal enquêteur, l’histoire est racontée à plusieurs voix.

CARNAL-GPLP1964À Rome, le tranquille inspecteur Cesare Castelli est appelé pour un accident peut-être suspect. Une jeune femme a fait une chute du cinquième ou sixième étage d’un immeuble neuf et vide. Le policier reconnaît la victime, venue quatre jours plus tôt à son bureau dans le but de déposer plainte. Âgée de vingt-cinq ans, elle se nommait Caterina Vedelli. Il semble bien que ce soit un suicide. Toutefois, il apparaît que son sac à main a disparu. Or, il pouvait contenir de mystérieuses lettres.

Vérification faite, la jeune femme s’était présentée à Castelli sous une fausse identité. Le policier contacte le jeune journaliste Lorenzo Lupo, originaire des Abruzzes comme lui. Ambitieux, Renzo flaire là une affaire qui pourrait l’aider dans sa carrière. Car végéter dans l’honnête journal de M.Rospolli, ce n’est pas ce que vise ce séducteur de Renzo. Encore faudra-t-il convaincre son patron de publier ses articles, si l’histoire s’avère sulfureuse.

Castelli a déterminé que la victime s’appelait Rafaela Coeli. Elle vivait dans un garni avec un certain Guido Pavalli. Elle eut un modeste rôle dans un médiocre film, quelques années plus tôt. Le suicide est de plus en plus probable. Ce n’est pas le questeur Di Pirone qui l’empêchera de clore le dossier. Car le délégué d’un ministère lui a demandé d’étouffer l’affaire. Venant de Gênes, ayant vainement contacté la police, Mme Ramello s’adresse au journal de M.Rospolli. C’est sa fille Maria qui est la victime, affirme-t-elle. Après Caterina et Rafaela, la voici donc qui se prénomme Maria. La jeune femme était venue à Rome dans l’espoir de faire du cinéma. Renzo ne manque pas de divers contacts, en particulier à Cinecitta.

Un technicien se souvient de Maria. Dans le seul film où elle joua, elle tenait le rôle de Caterina Vedelli. Renzo est donc sur la bonne piste. Maria Ramello fut imposée sur ce film par le beau-fils de l’homme d’affaires Giarello. Ayant bien connu Maria, la danseuse Livia Canale confirme tout cela à Renzo. C’est bien vers le vieux mafieux Giuseppe Giarello (soixante-treize ans) que convergent les infos recueillies par le journaliste. Alors qu’en est-il de Rafaela Coeli, s’agissait-il d’un faux nom ou d’une autre personne ? Quant à son compagnon Guido Pavalli, où est-il donc caché ? Renzo va faire un détour par chez les Jésuites pour obtenir d’autres indices. Peut-être qu’en effet, il finira par connaître une belle réussite à l’issue de cette affaire…

 

CARNAL-1964Le Grand prix de Littérature policière fut décerné le 1er juin 1964 à Michel Carnal pour son roman La jeune morte (Fleuve Noir). Le jury était composé de Pierre Boileau, Thomas Narcejac, Michel Lebrun, Maurice-Bernard Endrèbe, Maurice Renault, Robert Margerit, Robert Beckers, P.A.Fernic, Philippe Gery, Henri Thibault, et le Dr Guillaume. Ce n’était pas la première récompense pour cet auteur, déjà lauréat du Grand prix du Roman d’espionnage en 1960, avec Agitation clandestine (Presses de la Cité).

De son vrai nom Michel Beaudet (1928-2008), il signa aussi sous les pseudonymes de Norman Chang-April et de Michel Lespart, plus quelques titres sous des pseudos collectifs (Gil Darcy, Alain Ray, Pierre Lucas). Son épouse aurait publié au Fleuve Noir sous le nom de Marie-Jacques Leygnac. Si Michel Carnal écrivit sous ce nom une quarantaine de romans d’espionnage, il n’est l’auteur que de trois romans policiers parus au Fleuve Noir : La jeune morte (1964), Il faut tuer Bourdeleau (1967), L’adonis enlisé (1978).

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 05:55

 

Le grand public a surtout retenu de Michel Quint “Effroyables jardins”. Un roman remarquable qui ne doit pas occulter l’œuvre antérieure de cet écrivain. Car c’est bien le polar qui lui a permis de lancer sa carrière d’auteur. Avec déjà un beau succès, couronné par le Grand prix de Littérature policière 1989, pour “Billard à l’étage”. Ce titre fut publié à l’origine chez Calmann-Lévy, avant d’être réédité dès 1993 au catalogue Rivages/noir.QUINT-GPLP1989

 

C’est le printemps dans ce petit port, quelque part entre Marseille et Nice, autour de son bassin abritant quelques bateaux. On est dans une presqu’île, dont on ne peut repartir qu’en rebroussant chemin ou par la navette côtière. Tout près du port se trouve le Bar de la Marine, un bistrot d’habitués tenu par Zé. Si son chat Bertolt n’apprécie pas les nouveaux venus, il le fait savoir bien vite. Un panneau indique une salle de billard, à l’étage. Quand ce jour-là, se présente un inconnu, Bertolt ne réagit guère, et Zé sympathise bientôt. Puisque c’est la St Joseph, cet étranger adopte le prénom en question. Sa voiture est en panne, juste à côté du bar. Amical aux yeux de Zé, Joseph ne tarde pas à s’installer dans la salle de billard. Il fait la connaissance de la poignée de clients passant leurs soirées ici.

Il y a Bastien le retraité taciturne, Chef le brigadier de gendarmerie toujours vêtu d’un survêtement militaire, Violette la propriétaire d’une boutique de mode, et le garagiste Samson, qui cherche longuement le motif de sa panne. Que vient faire Joseph dans cette bourgade, sinon “tuer le temps”. Pourtant, Zé reste convaincu que c’est un tueur à gages, probablement venu le supprimer. Ce qui n’empêche pas la connivence entre eux. Zé accepte que Joseph passe la nuit dans la salle, dormant sur la table de billard. Au matin, il prétend avoir été témoin d’un meurtre, là-bas sur le bassin. Il est possible qu’il ait rêvé, qu’il ait fait erreur. La salle de billard est, c’est certain, un excellent poste d’observation. Surtout quand on utilise les jumelles de Zé. La victime, c’est probablement la jeune Ida.

Ida, dix-neuf ans, “une bannie battant la campagne, presque crue sorcière, folle il va sans dire, demeurée la pauvre, qui en eût douté. Ida. L’attardée, la muette de naissance, la fille unique des vieux pharmaciens du port, celle qu’on rencontrait partout à toute heure…” Malgré les rumeurs, “Ida n’était pas une pute d’occasion ou une nymphomane offerte, elle était la sirène de ces lieux. Elle choisissait ses enchantements.” La robe que Violette récupère dans le bassin, donnée à Ida ou peut-être dérobée par elle, confirme le témoignage de Joseph. D’ailleurs, Chef se souvient qu’un an plus tôt, elle fut impliquée dans un incident, affaire de mœurs possible. Manquant de cadavre, le gendarme va mener une enquête officieuse. Sur la mort d’Ida, et aussi sur cet énigmatique étranger prénommé Joseph.

Autour de vagues parties de billard dans la moiteur, à l’étage, chacun livre peu à peu sa vérité. Ce n’est pas pour la rentabilité que Zé tient son bistrot, lui qui fut ministre d’un chef de tribu africain. Il admet qu’Ida l’a envoûté, tout comme le garagiste Samson, dont l’épouse Colette n’est pas jalouse. Bastien n’a pas grand-chose à ajouter. Selon Chef, il parait qu’Ida est partie en voyage avec sa tante, dit son père pharmacien. Joseph ne sait trop si Mme Régnier est cette parenté, ou si c’est une autre figure de la bourgade. Il se souvient d’être passé dans ce bar, étant enfant, mais il se peut que ce soit ailleurs. Dans le bassin, le yacht du maire (le Dr Bessières) masque-t-il quelques partouzes ou autres projets magouilleux ? Si Joseph est bien le tueur à gages imaginé par Zé, sera-t-il assassin ou victime ? Un sombre dénouement s’annonce dans la salle de billard, et ailleurs…

 

Rien à voir avec des compétitions de billard pro, dans des locaux équipés crûment éclairés, où les rétros sont habiles, où rares sont les fausses queues. L’ambiance n’en est pas moins fiévreuse dans cet espace réservé à quelques amis, cette vigie surplombant ce petit port méditerranéen. Ce qui amène là le mystérieux Joseph, il le dit : “Ce que je cherche ? Rien. Moi, rien. Je suis là, c’est tout. Et je vois, et j’entends. Ida, je ne la cherche pas, elle vient, tout doucement, et tu verras que, même morte, je l’aimerai mieux que vous tous.” Explication floue, tel l’ensemble du récit. Non pas que nous manquions de détails sur chaque protagoniste, sur la vie de la disparue Ida, sur le contexte politico-économique de cette petite ville côtière. Au contraire, la narration nous renseigne amplement.

L’importance du chat Bertolt ou le comportement singulier de la jeune fille peut-être morte, nous avons droit à tous les détails. Pourtant ce quasi-huis clos est un chassé-croisé de faux-semblants. Par exemple, Zé est tendre avec Violette, mais pas amoureux. Ou le cas de la pièce moteur justifiant la panne de voiture de Joseph. Ou encore la méfiance du gendarme Chef envers cet étranger. Et, bien sûr, la troublante sympathie entre le mûr Zé et son cadet Joseph. Voilà ce qui fait la force de ce noir suspense, telle l’eau coulant entre nos doigts, la vérité de chacun est fuyante. L’écriture inspirée de M.Quint sert admirablement l’intrigue. “Alors Joseph partit à la poursuite de Violette qu’il rattrapa, grâce à ses jumelles de sept lieues…” et s’ensuit une scène de jeu entre gamins. Un vrai petit chef d’œuvre du polar, à savourer avec le même plaisir aujourd’hui qu’hier…

 

En 1995, “Billard à l’étage” a été adapté pour un téléfilm réalisé par Jean Marboeuf, sur un scénario de Nicolas de Spengler, Jean Marboeuf, Michel Quint, et François Guérif. Avec Jean-Marc Thibault (Ben, dans le roman : Zé), Clovis Cornillac (Joseph), Françoise Arnoul (Violette), Michel Fortin (Chef), Jean-Marie Denis (Samson), Jacques Chailleux (Bastien), Marie-Dominique Toussaint (Ida), André Penvern, Pierre Cognon, Violeta Ferrer. Le tournage a eu lieu à Cucq, Audinghen, Tarlinghen, Escalles, dans le Nord Pas de Calais, et non dans le Sud où se situe l’action du roman.

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 05:09

 

Voilà cinquante ans, le Grand prix de Littérature policière fut décerné à Pierre Forquin pour Le procès du Diable, en 1962. De son vrai nom Pierre Basson, cet auteur publia pour l’essentiel (six titres sur sept) chez Denoël, en particulier dans la collection Crime-Club. Sorti en 1961, Le procès du Diable était son quatrième roman. Il s’agit d’un suspense judiciaire, l’histoire étant racontée par l’accusé.FORQUIN-62-1

 

Âgé de quarante-cinq ans, Jacques Marennes est industriel en tissage, une grosse entreprise d’une ville de province. Marié, père de deux enfants, il vient de passer treize mois en prison. Il est aujourd’hui jugé pour le meurtre de Juliette Leroy, sa maîtresse de trente-deux ans, traductrice dans l’édition. Ils étaient amants depuis six années. Le 9 mars de l’année précédente vers 20h40, elle a été abattue de deux balles d’un revolver appartenant à l’accusé, portant ses empreintes, trouvé sur le lieu du crime. Marennes ne possède pas d’alibi car, au même moment, il faisait une promenade vespérale, sans témoin. L’homme qui partageait la vie de Juliette Leroy à Paris, un voyou prénommé Henri, avait retrouvé sa trace. Voilà pourquoi Marennes avait confié à son amante quelques jours plus tôt. Il nie avoir assassiné la jeune femme, bien que tout l’accable.

Le Président du tribunal semble équitable, l’avocat joue correctement son rôle, et les jurés sont attentifs. En particulier le Premier Juré, un ancien commandant dans toute sa rigueur militaire. Le commissaire chargé de l’enquête vient exposer les faits. Il n’y a eu ni effraction, ni agression, et la victime était d’une moralité sans problème. Gardien de l’entreprise de Marennes, Gaston Bridel prétend avoir compris que son patron avait rendez-vous avec la victime. Mais il est quelque peu dur d’oreille. Une ancienne employée, au caractère offensif, affirme que Marennes la menaça un jour avec son revolver. Ce qui confirme la réputation colérique de l’accusé, et qui contrarie fortement celui-ci car c’est exagéré.

Mlle Delpestre, amie de Juliette, Marennes s’en est toujours méfié, la trouvant plus sournoise que timorée. Afin d’établir que l’amant était un jaloux, elle cite un incident s’étant produit entre Juliette et lui, sur la route de Marseille à Cassis. Au deuxième jour du procès, les premiers témoignages restent défavorables à l’accusé. Puis vient le tour de son épouse, Germaine Marennes. Elle savait qu’il avait une maîtresse, mais dit qu’il n’a jamais été question de divorce entre eux. Ce qui n’est pas vraiment exact, mais elle a ses raisons. La défense présente enfin un témoin-clé qui peut, ou non, faire basculer le jury d’Assises. Il dit avoir plusieurs fois remarqué un homme suspect autour de chez la victime…

On peut se souvenir de ces grands procès de l’après-guerre (affaires Dominici ou Marie Besnard), que le public suivait alors avec passion à la radio ou dans les journaux. Les romanciers utilisèrent également cet engouement pour le judiciaire. Déroulement classique d’un procès, plus quelques retours en arrière pour fixer les détails de la vie privée de l’accusé, la construction du récit apparaît peu novatrice, mais très solide. Même si Marennes ne nous est pas antipathique, on ne peut jamais exclure sa culpabilité. Sa position de patron apporte certains inconvénients à sa défense, de même que sa relation adultérine. Le défilé des témoins illustre l’ambiance provinciale de l’époque, sans la caricaturer. Si la tonalité est plutôt feutrée, comme il sied dans ces débats, les faits se dessinent progressivement. Le suspense concerne le verdict, bien sûr, mais aussi la vérité du dénouement. Un roman de belle qualité, méritant sans doute ce prix littéraire.

 

FORQUIN-62-2Le livre suivant de Pierre Forquin, publié en 1962, s’intitulait Le printemps fait toujours un peu mal. Une intrigue fort mystérieuse, dans un décor simple. Un village de la vallée du Rhône, où l’hôtel local reçoit des clients attitrés. Il y a M.et Mme Martel, dont l’épouse est fort désagréable; Mlle Dumaine, jeune femme d’allure maladive; Binaze, un bonhomme quasi-transparent; Jordille, le marchand de grains qui ne loge pas là mais y prend ses repas; l’instituteur Vincent, qui a sympathisé avec Jordille et se sent attiré par Mme Dumaine. Un soir, il dérobe l’écharpe rouge de la jeune femme, afin de trouver un prétexte pour engager la conversation. Mais le train-train de ces gens va dérailler. La pulpeuse patronne de l’hôtel est retrouvée étranglée. Elle revenait de la gare d’une ville voisine, tandis que son mari allait à sa rencontre. Étranglée avec l’écharpe rouge de Mlle Dumaine. Impossible, se dit Vincent, puisque c’est lui qui possède encore cet accessoire. Il ne peut pas affirmer au commissaire qu’il existe deux écharpes identiques sans être suspecté. Selon la rumeur, Vincent passe pour l’amant de la victime. Les élèves comme leurs parents soupçonnent l’instituteur. Même Jordille n’épargne pas Vincent. Il existe bien d’autres pistes que le policier devrait exploiter…

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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 05:26

 

Beaucoup d’auteurs récompensés par le Grand Prix de Littérature policière ont connu une belle carrière d’écrivains. De Léo Malet à Caryl Férey, on n’en finirait pas de citer des noms tels que Manchette, Coatmeur, Daeninckx, Japrisot, Hervé Jaouen, Hubert Monteilhet, Frédéric Dard, Pascal Dessaint, Michel Quint, Brigitte Aubert et bien d’autres. Par contre, on a sans nul doute oublié des auteurs comme André Piljean, Pierre Forquin, Michel Carnal, ou Jean-Pierre Alem. À tort, car ce Grand Prix a toujours été attribué à des romans de haute qualité.

ALEM-1967Le Dictionnaire des Littératures Policières nous apprend que Jean-Pierre Alem était le pseudonyme de Jean-Pierre Callot, né il y a cent ans à Nancy, en 1912. Dans le domaine de la fiction, il fut l’auteur de romans d’espionnage (Cartes sous table (1959), La péniche aux berlues (1961), Tu reviendras Thomas (1976). Il a écrit deux romans policiers, La sourde (1946) et Le crocodile dans l’escalier (1967). C’est pour ce dernier suspense que Jean-Pierre Alem fut récompensé par ce prestigieux prix littéraire, il y a quarante-cinq ans.

 

Michel Verrier est un agronome âgé de vingt-six ans. Après cinq années passées en Indochine, il est de retour à Marseille dans les années 1960. Pour sa première nuit, il va dormir chez ses grands-parents, au 17 boulevard Gazzino, non loin du cours Pierre-Puget. Ce quartier fut celui de son enfance, avec ses cousins et cousines, au temps où les collections de son aïeul et le mystère des cochons de Saint-Antoine excitaient sa curiosité. Son grand-père Alphonse, ex-enseignant de soixante-seize ans, est quelque peu contrarié par la disparition d’un spécimen rare de scorpion. Le vol d’un tel objet de collection, non sans habileté, n’est pas si anodin aux yeux de Verrier. Si le grand-père soupçonne un de ses voisins, des membres de la familles ne sont pas moins suspects. L’état d’esprit de la branche des Sénac, son oncle et sa cousine Catherine, s’est parfois avéré malintentionné.

Le jeune agronome fait la connaissance de la nouvelle employée de maison de ses grands-parents, Julia. Cette beauté de dix-neuf ans, il la trouve à la fois fuyante, captivante et troublante. Il ne tarde pas à l’inviter, en tout bien tout honneur. Une étrange énigme vient troubler la quiétude de l’immeuble du boulevard Gazzino. Une dame a vu un crocodile vivant dans l’escalier. Verrier vérifie immédiatement que c’est exact. La bête féroce longue de trois mètres a déchiqueté un voisin, l’ex-commandant Robert Carreyas, un vrai carnage. Les Verrier abattent le crocodile et appellent la police. Le grand-père Alphonse est ennuyé, car c’est Carreyas qu’il suspectait du vol du scorpion. En outre, il a reçu le même jour un crocodile, empaillé celui-là. Le commissaire Perrin voudrait bien savoir d’où vient le reptile tueur, qui l’a amené là, car ce n’est quand même pas un animal d’appartement.

Selon un des locataires, le scaphandrier Combernous, Robert Carreyas n’était pas un type honnête, en témoigne son comportement durant l’Occupation. Plus tard, Combernous livrera à Verrier des précisions essentielles pour comprendre cette affaire. La séduisante Julia risque maintenant d’avoir des ennuis avec la police, mais Verrier va lui fournir un alibi. Jeune orpheline plutôt riche, elle a trouvé le moyen de s’infiltrer au 17 boulevard Gazzino, une place d’employée de maison se libérant chez les grands-parents Verrier. Il semble que son idée était d’approcher son oncle, avec lequel elle n’avait pas de relations. Les amours de Verrier et Julia vont être perturbés par la présence d’un marin, Yves Le Guennec. Ancien soutier du navire Malacca, qui navigua dans les eaux de Malaisie, il est aussi concerné par ces mystères…

 

Soulignons encore que ce Grand prix de Littérature policière ne fut nullement usurpé. Car c’est une intrigue d’excellent niveau que concocta l’auteur. Le petit larcin concernant un scorpion n’est qu’une mise-en-bouche, avant l’apparition meurtrière du dangereux crocodile. S’improvisant enquêteur, le jeune homme s’interroge et collecte les indices. Je me laissais aller à imaginer de fantastiques histoires de sortilèges malais s’avoue l’imaginatif héros de cette énigme. Bon nombre de scènes sont destinées à faire sourire. On peut se figurer un acteur tel Noël Roquevert dans le rôle du grand-père, ou une jeune actrice de l’époque mi-espiègle mi-grave comme Dany Carrel dans celui de Julia. L’auteur utilise aussi certains décors marseillais, se référant à l’enfance de Verrier. Ce qui ajoute de la consistance à la crédibilité du récit. Un suspense parfaitement convaincant et bien écrit, même si quelques passés simples ne sont plus de mise aujourd’hui.

 

ALEM-1959Le premier roman d’espionnage de Jean-Pierre Alem Cartes sous table fut publié en 1959, le n°33 dans la collection Feux Rouges des éditions Ferenczi.

L’action se passe au Moyen-Orient. S’il est archéologue, fouillant des sites antiques dans cette région du monde, Michel Larsac est surtout un agent des services secrets. Il séjourne au Liban, fréquentant le riche négociant Kalgis, un vieil ami. Cette nuit-là, se déroule une soirée mondaine chez Kalgis, tandis que le Bretagne approche du port de Beyrouth. Ce navire marchand est soudain en perdition, avant de faire naufrage aux abords de la côte. Il est bien difficile de venir au secours des passagers. Plusieurs invités de Kalgis ont un lien avec le bateau, soit par rapport à la cargaison, soit connaissant un des passagers.

Michel Larsac réalise vite qu’il s’est passé quelque chose d’anormal sur ce navire. Un sabotage, peut-être. Une personne en est sûrement descendue lors de l’unique escale, au Pirée. La belle Monique de Beaulieu, de l’Ambassade, semble une alliée dans cette affaire. Parmi les Occidentaux vivant alors au Liban, les suspects ne manquent pas. Larsac va devoir affronter de multiples périls pour définir le rôle de chacun et, finalement, découvrir la vérité…

Une histoire mouvementée, et plutôt plus solide que la moyenne des romans d’espionnage de cette époque. Il est vrai que Jean-Pierre Alem fut aussi auteur de plusieurs ouvrages documentaires sur le véritable espionnage au Moyen-Orient, et d'un "Que sais-je?" de référence sur le Liban (plusieurs fois réédité).

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 08:45

 

Plusieurs articles ont déjà été consacrés à Jean Mazarin, connu aussi sous le pseudo d’Emmanuel Errer. Sa série ayant pour héros le commissaire Poirel reste de très bon niveau. MAZARIN-1982Le Grand Prix de Littérature policière fut décerné à Jean Mazarin, pour son roman "Collabo-song" (Fleuve Noir, 1982). Il s’agit d’un polar historique situé à Paris durant l’occupation allemande, en 1942-1943.

C’est l’histoire d’une femme, Laure Santenac. Elle est l’épouse de Georges, un médecin dont elle n’est guère éprise, qui a la réputation de séduire toutes les infirmières de son service. Laure s’ennuie loin de son Bordelais natal, dans cette ville qu’on appelait lumière, et sur laquelle la guerre est tombée comme un éteignoir. Elle a peu d’amies, à part Camille de la Roncière, qui habite avec un son mari Jean un hôtel particulier à deux pas des Jardins du Ranelagh. Ce couple mondain est de retour à Paris depuis peu.

Laure Santenac a-t-elle réellement conscience de causer la mort de son mari en passant un appel téléphonique anonyme ? Sans doute pas, puisqu’elle se contente de signaler la présence de tracts d’une organisation juive secrète. Par la suite, Laure commence à fréquenter le tout-Paris de la Collaboration, entrant sans hésiter dans ce monde trop facile qui veut ignorer la complexité de l’époque. MAZARIN-1982bElle prend un amant, Bernard, journaliste qui adhère lui aussi aux théories de ce temps-là. Laure sait finalement bien peu de choses à son sujet. Elle se laisse porter par l’hypocrisie générale. Les gens qu’elle côtoie, qui sont-ils ? Par exemple, quel rôle joue ce petit capitaine allemand, Hildsheim, que Laure trouve fort antipathique ?

En 1943, le Reich entame sa perte de vitesse. Les plus impliqués dans la Collaboration ont déjà compris qu’ils ont des choix à faire. Plusieurs parmi les truands de la Gestapo française ont senti le vent tourner. Quelle place pour Laure dans les bouleversement annoncés ? Elle s’exile dans la région de Bordeaux, logeant chez sa cousine dont l’époux est vigneron. Salutaire redécouverte d’un monde plus normal, mais son amie Camille la supplie de revenir à Paris. Le destin de Laure est en marche…

Paru en 1982 au Fleuve Noir, ce remarquable roman a été réédité en 1999 aux Éditions Zulma.

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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 07:10

 

Premier Coup de cœur 2011, le roman de Yishaï Sarid Le Poète de Gaza se place dans le contexte israélien d’aujourd’hui. Une fiction qui ne masque rien des réalités, une histoire très convaincante…

Agent confirmé des services secrets israéliens, son rôle consiste à empêcher les attentats suicide. Il passe une grande partie de son temps à interroger proches et amis des gens soupçonnés de terrorisme. La méthode psychologique ne donne pas forcément de bons résultats, aussi doit-on souvent rudoyer les témoins, les maltraiter au besoin. Marié à Siggie, père d’un enfant de quatre ans, l’Agent ne passe guère de temps auprès de sa famille. De plus en plus écœurée par cette situation, son épouse a accepté un poste à Boston où elle va s’installer bientôt, avec leur fils. Quand un incident mortel se produit lors d’un interrogatoire, son supérieur Haïm ne peut disculper totalement l’Agent. Prendre un peu de repos, quelques heures en famille au bord de la Mer Morte, ne suffit pas. D’autant qu’il a une autre mission en cours, dont les résultats apparaissent fort aléatoires.

SARID-2011Près d’un quart de siècle plus tôt, Dafna fut une romancière prometteuse. Mariée à un cinéaste inspiré, elle connut un beau succès avant de tomber dans un quasi anonymat. Se faisant passer pour un écrivain amateur ayant besoin de conseils, l’Agent prend des cours auprès de Dafna. Celle-ci cherche de l'aide pour son ami de toujours, le poète palestinien Hani. Atteint d’un cancer en phase terminale, pour qu’il vive paisiblement ses derniers jours, elle voudrait qu’il soit soigné en Israël. C’est par ce biais que l’Agent espère mettre la main sur le fils de Hani, chef présumé d’un réseau terroriste. Censé être un riche Israélien disposant de relations haut placées, l’Agent ne peut pourtant pas brusquer les choses. Dafna a un autre gros problème à régler. Consommateur de drogue endetté, son propre fils Yotam se cache et végète dans une cabane sur la plage de Césarée.

Selon l’arrogant jeune junkie, c’est le puissant Nokhi Azria qui est cause de ses problèmes. Yotam aurait passé pour lui de la drogue des Etats-Unis vers Israël, avant de détruire la dernière livraison. D’où cette dette, que Yotam est incapable de rembourser. Bien qu’Azria soit très protégé, l’Agent parvient à converser avec lui. Sans doute le financier n’est-il pas un saint, mais la version du jeune homme est loin de la vérité. Même si Yotam rentre à Tel-Aviv, il ne restera pas moins accro à la drogue. Très affaibli, le poète Hani s’est installé chez Dafna après un séjour à l’hôpital. Comme l’indiquaient de vieux rapports sur lui, c’est un modéré n’ayant jamais menacé le pays. L’Agent sympathise vite avec le Palestinien Hani, tout en sentant que Dafna n’est pas complètement dupe de leur relation. Même s’il mène a bien cette dernière mission, l’avenir de l’Agent reste incertain…

 

Ce sujet sensible et toujours actuel est traité de façon remarquable et nuancée par l’auteur. Il ne s’agit pas de l’histoire idéalisée d’un faucon devenant colombe, ce qui aurait peu de sens. Cet Agent fut recruté alors qu’il était étudiant, pour sa culture et son sens psychologique, pour préserver la paix. Le patriotisme est logiquement une notion très forte chez les Israéliens. On nous confirme ici l’efficacité des services secrets de cet État. Il serait vain de nier les attentats meurtriers perpétrés par des extrémistes. Toutefois, au nom de la sécurité d’Israël, tortures et mauvais traitements sont-ils acceptables ? Enfermer à Gaza toute une population palestinienne coupable, est-ce tolérable ? La politique israélienne considérant tous les Arabes comme de monstrueux ennemis est-elle justifiée ? Telles sont les questions sous-jacentes que pose Yishaï Sarid. Une normalisation pacifique entre Israël et ses voisins semble éternellement possible autant qu’improbable.

Bien maîtrisée, l’intrigue à suspense évite le manichéisme facile, le propos démonstratif. À travers les personnages, c’est la réalité humaine de chacun, leurs parcours individuels, qui importent. Même s’il ne peut afficher une vraie franchise, l’Agent devrait finir par le comprendre. Les lecteurs aussi, bien évidemment. Un roman d’une très belle justesse, carrément passionnant.

Disponible dès le 5 janvier 2011.

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