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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 04:55

À New York, le dentiste Craig Sheldrake et son épouse Crystal sont divorcés. Craig a demandé au cambrioleur Bernie Rhodenbarr de s’introduire chez son ex-femme en son absence, et d’y récupérer un maximum de bijoux et des montres, ainsi que les quelques centaines de dollars qu’il trouvera. À l’époque de leur mariage, ces bijoux étaient un placement pour masquer des sommes non-déclarées. Bien que l’immeuble soit sécurisé, Bernie Rhodenbarr n’éprouve aucune difficulté à pénétrer dans l’appartement. Pensant être tranquille pour la soirée, il remplit sans se presser la mallette qu’il a apportée. Mais Crystal est de retour plus tôt que prévu, en compagnie d’un amant d’un soir, comme souvent. Bernie est obligé de se réfugier dans la penderie de la chambre de Crystal, où il risque d’étouffer si les ébats de la femme du dentiste s’éternisent.

Bernie a juste oublié sa mallette dans une pièce de l’appartement. Il se retrouve bientôt enfermé à clé dans ce fichu placard. Il est témoin auditif du meurtre de Crystal Sheldrake, qu’il constate avant de quitter les lieux. Sans sa fameuse mallette, qui a disparu. Jillian Paar est la svelte et menue assistante du dentiste Craig Sheldrake, et sans nul doute son amante. Jillian n’ignore pas que Bernie est un cambrioleur, et pense le plus grand mal de l’ex-épouse de son patron. Dès le lendemain, elle contacte Bernie afin de lui apprendre l’arrestation du mari de Crystal. Elle ne peut pas vraiment fourni d’alibi au dentiste. Bernie ne tarde pas à la rejoindre. Deux duettistes de la police, pas franchement désopilants, viennent les interroger. C’est ainsi que Bernie et Jillian vont savoir que la victime a été tuée avec un scalpel de dentiste. Un indice un peu trop évident pour désigner le mari.

Face aux deux flics Todras et Nyswander, Jillian et Bernie font semblant d’être ensemble. Par la suite, elle et lui vont mener chacun leur petite enquête. Dans les bistrots fréquentés par Crystal, Bernie est obligé de s’alcooliser mais ça porte ses fruits. Grâce à Frankie, une amie proche de la victime, il situe trois hommes possiblement suspects. Peut-être furent-ils des patients du dentiste, c’est à vérifier. À ce stade, Ray Kirschmann – “le meilleur flic qu’on puisse se payer avec du fric” – pointe son nez dans cette affaire. La moitié du butin, voilà ce qu’il réclame, après avoir fait part de ses déductions à Bernie.

Pendant ce temps, Craig Sheldrake a été libéré, après avoir balancé le cambrioleur aux flics. Pour se dédouaner, Bernie suit ses principales pistes. L’artiste-peinte Walter Grabow n’est pas facile à retrouver, et il vaut mieux ne pas s’éterniser avec lui. Quant au nommé Knobby, c’est un barman logeant dans un studio pas du tout propre. Bernie y découvre une mallette. Pas la sienne, mais celle-ci contient une forte somme en billets. Ça sent la combine à haut risque, il est donc préférable de cacher ladite mallette au plus tôt. Quand un témoin de l’affaire est assassiné, Bernie devient plus suspect que jamais pour les flics…

Lawrence Block : Le monte-en-l’air dans le placard (Super Noire, 1979)

Jillian était incontestablement une charmante jeune personne. De plus, je préférais de beaucoup être appelé Bernie, plutôt que M.Rhodenbarr que j’avais toujours trouvé un peu pompeux. Ses doigts sentaient bon les épices, et il semblait raisonnable de supposer que cela ne se limitait pas à ses doigts. Jillian était le tendre objet de Craig, bien sûr, ce qui ne me dérangeait pas car je n’avais aucune intention d’aller semer la discorde dans les relations passionnelles d’autrui. Ce n’est pas mon genre. Je ne vole que des espèces et des objets inanimés. Malgré tout, on n’a pas besoin d’avoir des visées sur une jeune personne pour apprécier sa compagnie. Et si Craig était reconnu coupable, Jillian se retrouverait sans emploi et sans amant, tout comme je serais sans dentiste, donc nous n’aurions aucune raison de ne pas nous consoler mutuellement.
Mais pourquoi bâtir des châteaux en Espagne ? Un salaud n’avait pas seulement tué Crystal Sheldrake. Il avait eu le culot de voler les bijoux que j’avais déjà volés. Et j’avais la ferme intention de lui faire payer ça.

Ce roman a été transposé au cinéma en 1987 sous le titre “Burglar”, un film d’Hugh Wilson avec Whoopi Goldberg, dans le rôle principal. Bernie devient Bernice Rhodenbarr, cambrioleuse californienne. Avec un Carl, à la place de sa meilleure amie Carolyn. Le flic malhonnête Ray Kirschmann est présent, mais c’est la dentiste Cynthia Sheldrake qui embauche Bernie et son mari qui sera assassiné. Lawrence Block aurait peu apprécié cette version de son roman. Il est vrai que l’image de la pétulante Whoopi Goldberg colle assez mal avec celle du libraire-cambrioleur Bernie Rhodenbarr. Et que l’ambiance new-yorkaise joue son rôle dans cette série de romans.

Après “Le tueur du dessus” (1978), “Le monte-en-l’air dans le placard” (1979) est la deuxième aventure de Bernie, sur les onze romans dont il est le héros (jusqu’en 2016). Son amie lesbienne Carolyn Kaiser ne figure pas encore au casting. Habitant dans la 71e Rue, côté West End, il n’a pas encore repris la librairie Barnegat Books sur la 11e Rue-est de Greenwich Village. Fortement soupçonné, il a tout intérêt à se sortir du pétrin en retrouvant le vrai coupable : intrigue classique du polar. Évidemment, c’est la tonalité enjouée de Lawrence Block qui fait toute la différence. Bernie étant un charmeur, on verra s’il a des chances de garder la belle Jillian. S’il doit parfois filer en vitesse, il aime beaucoup ruser avec la police, et improviser une identité-bidon afin d’obtenir des renseignements. Nul doute qu’il saura tirer profit de cette histoire, pourtant mal engagée. Le roman noir peut s’avérer souriant, en voici la preuve.

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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 06:09

Aux États-Unis, à la fin des années 1950. Marié depuis deux ans à la blonde Mona, Ted Lindsay est journaliste à Louisville. Du moins l’était-il jusqu’au sinistre départ de sa compagne. Ted s’est alors enfoncé dans la dépression. Le docteur Strom ne préconisa qu’une seule thérapie : un changement de vie radical, ailleurs. C’est ainsi qu’il est parti s’installer à New York. Ted n’a pas tardé à trouver un job de serveur de nuit dans un bar-restaurant de quartier, chez Grace. Ce n’est pas très loin de la 73e Rue Ouest, où il loge. Ted n’oublie pas complètement Mona, mais débute pour lui une existence routinière. Sans femme, donc sans rapport sexuel, ce qui commence à lui turlupiner la virilité.

Un jour, dans la rue tout près de son studio, Ted flashe sur une brune, qui représente pour lui l’idéal, la femme de ses rêves. Certes, il a bien tenté une torride relation avec la rousse Rosie Ryan. Une bombe sexuelle, certainement. Une nymphomane qui l’aurait vite mis à plat, s’il avait persévéré. Tandis que la brune inconnue, c’est autre chose de beaucoup plus fort. Il a l’intuition que c’est le destin qui passe, qu’il ne doit surtout pas louper. Il réussit à découvrir l’identité de la jeune femme : Cinderella Sims. Toutefois, le premier contact avec celle-ci s’avère très tendu, car elle le braque avec un flingue. Elle exige de savoir pourquoi il la surveille. Ted ne lui cache rien, avant que ce soit à son tour de s’expliquer.

Cindy a été employée dans un casino du Nevada. Elle y fut témoin d’une embrouille, où un pigeon se fit arnaquer par un petit groupe d’escrocs, dirigé par un nommé Reed. Boulot de professionnels, pour un joli pactole : 50.000 dollars en billets de vingt. Sauf que c’est Cindy qui a ramassé le butin et s’est enfuie avec, jusqu’à New York. Où Reed et sa bande ont de bonnes chances de la retrouver, craint-elle. Ted accepte de protéger Cindy, prête à lui céder la moitié de la somme ; à lui céder son magnifique corps, aussi. Ayant le projet depuis longtemps de diriger son propre hebdo local, Ted imagine déjà une vie future avec Cindy. Encore faut-il se débarrasser de la menace, le gang de Reed n’étant pas loin.

Non sans risques, Ted est parvenu à récupérer le paquet intégral de dollars. Peu après, le couple prend l’avion pour Phoenix (Arizona), s’espérant hors de portée de Reed. C’est là que Ted commence à s’interroger sur l’histoire que lui a racontée Cindy. Rocambolesque quand même, ce scénario. Et puis, tous ces billets ont-ils réellement la moindre valeur ? La rencontre entre Cindy et lui, est-ce totalement le hasard ? Le périple du couple va les entraîner de Phoenix jusqu’à San Francisco, puis à un bungalow délabré à la lisière de Madison City dans le Nevada. Avec Reed et ses hommes à leurs trousses…

Lawrence Block : Cendrillon, mon amour (Éd.Seuil, 2003)

J’évaluai mes chances de lui casser la gueule et conclus qu’elles étaient infimes. Même sans arme, il m’enverrait très certainement au tapis. Avec l’arme, j’étais fichu. Il me suffisait de sortir de ma cachette pour signer mon arrêt de mort. Je songeai quelques instants au plaisir que ce serait de ne pas être mort. La perspective de saigner plusieurs heures sur le trottoir et de passer quelques jours à la morgue, allongé sur une dalle grise et froide, et plusieurs éternités au fond d’un trou à Riker’s Island n’avait rien d’alléchant.
Et donc ? Une autre possibilité s’offrait à moi. Je pouvais faire demi-tour, longer le hall dans l’autre sens, échanger en marmonnant des politesses absurdes avec l’imbécile de portier et m’en aller. Ça ne me ferait pas courir grand danger. Ce serait un jeu d’enfant. Je dirais un tendre au revoir à Cinderella Sims, un autre tendre au revoir à cinquante mille dollars, et basta. Ça valait mieux que de dire un tendre au revoir à la vie, non ?

Ce roman de Lawrence Block fut publié sous le pseudonyme d’Andrew Shaw, nom collectif utilisé aussi par Donald Westlake (et d’autres) pour une collection de romans "sexy". En effet, quelques scènes assez chaudes pour l’époque parsèment cette histoire. Ce livre fut exploité sous plusieurs titres : “$20 Lust” puis “Cinderella Sims”. Il n’a été traduit qu’en 2003, quand Lawrence Block a intégré ce polar dans sa bibliographie.

Il en est au tout début de sa longue carrière de romancier quand il l’écrit. Pourtant, on sent de la maturité dans cette intrigue. Notamment dans la manière d’évacuer les étapes précédentes qui ne servent plus à alimenter le récit. Exit le souvenir de Mona, puis fini le bistrot de Grace, dès que Ted Lindsay est lancé dans une aventure qui se doit d’avancer à bon rythme. Quand vient le moment de "faire le point", nul besoin de multiplier les pages. L’action redémarre bientôt. N’espérons pas que triomphe la moralité dans ce noir conte de fées version Lawrence Block.

Outre une forme d’humour, on peut noter la concision des descriptions, qui suffit pourtant à indiquer le climat général : “Le quartier était intéressant. Plein de gouines et de pédés – les plus discrets du lot, ceux qui ne se voyaient pas habiter le Village – plus une bande d’Irlandais qui venaient picoler dans les merveilleux bars de Columbus Avenue, une pincée de Portoricains et un échantillonnage des divers specimen qu’on rencontre à Manhattan. Le quartier se composait de petits magasins, de bars et de commerces dans Columbus Street et Amsterdam Avenue, et de magasins plus importants et de restaurants dans la 72e. Il y avait surtout des maisons de grès brun, avec parfois un immeuble en brique dans les rues adjacentes. Ceux qui aiment ça tombaient de temps en temps sur un arbre…” Un roman de Lawrence Block qui ne manque pas de qualités.

Lawrence Block : Cendrillon, mon amour (Éd.Seuil, 2003)
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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story Lawrence_Block
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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 06:02

En cet automne, voilà sept mois que l’ancien cambrioleur Bernie Rhodenbarr a repris la librairie Barnegat Books sur la 11e Rue-est à Greenwich Village, au cœur de New York. Il était temps qu’il mène une vie normale, même si le policier Ray Kirschmann doute qu’il se soit rangé. Non loin de là se trouve le salon de toilettage de son amie lesbienne Carolyn Kayser, son "âme-sœur". Celle-ci étant souvent esseulée, ils passent leurs soirées à picoler ensemble. Mais pas ce soir-là car Bernie — qui n’a effectivement pas cessé son activité de cambrioleur — va opérer dans le quartier chic de Forrest Hills Gardens. Chez ce Jesse Arkwright, il y aurait quantité d’objets de valeur à dérober. Bernie n’est là que pour un livre, une édition introuvable de Rudyard Kipling.

C’est un nommé M.Whelkin qui lui a promis une très belle somme contre “La libération de Fort Bucklow”, un ouvrage antisémite de Kipling. Il n’en reste qu’un seul exemplaire, avec une dédicace à l’écrivain H.Rider Haggard, grand ami de l’auteur. Jesse Arkwright semble avoir acquis ce livre au détriment de M.Whelkin, vrai collectionneur décidé à le récupérer. Le vol lui-même ne pose pas de problème à Bernie, qui a rendez-vous avec son client. Entre-temps, un Sikh surgit chez Barnegat Books et oblige le libraire à lui remettre “La libération de Fort Bucklow”. Bernie est quand même plus malin que ça : il détient toujours le livre. Néanmoins, il se demande comment le Sikh était informé du vol. Le rendez-vous avec son client M.Whelkin est fixé chez une certaine Madeleine Porlock.

Bernie ne s’est pas suffisamment méfié de cette femme, qui l’a endormi avec un puissant somnifère. Quand il retrouve ses esprits, Madeleine Porlock a été assassinée et le revolver a été placé dans la main du libraire. Fâcheux, d’autant que la police ne tarde pas à pointer son nez. Bernie prend la fuite, avant de se réfugier dans l’appartement de Carolyn Kaiser, absente en journée. Par la radio, il apprend sans grande surprise qu’on le recherche pour meurtre. Au retour de Carolyn chez elle, Bernie dresse le bilan des événements. Il n’a pas gagné un dollar dans tout ça, et sent qu’on a monté un scénario bien moins simple qu’il y paraît. Carolyn enquête sur M.Whelkin, dont on ne sait s’il est Anglais ou Américain, tandis que Bernie s’intéresse à la piste Madeleine Porlock, supposée psychothérapeute.

Grâce au couple de sympathiques voisins de Mrs Porlock, le libraire en cavale s’introduit dans l’appartement de la défunte. Outre des signes fétichistes, Bernie y trouve le précieux livre. Il va être bientôt en contact avec le commanditaire du Sikh, le maharadjah de Ranchipur, de nouveau avec M.Whelkin, et avec un autre acheteur potentiel de l’ouvrage. Ray Kirschmann, dont le jeune collègue Francis Rockland a été blessé en marge de cette affaire, ne refusera pas un peu d’aide à Bernie. Quant à démontrer son innocence en poussant le coupable aux aveux, il faudra jouer serré…

Lawrence Block : Vol et volupté (Série Noire, 1981)

C’est vrai que je me faisais vieux. C’est vrai que je redoutais de me faire dévorer par des chiens de garde, tirer dessus par des propriétaires irrités et enfermer par les autorités dans quelque cellule à l’épreuve des rossignols. Vrai, vrai, tout était vrai, et alors ? Rien de tout cela n’avait d’importance quand j’étais dans le demeure de quelqu’un, avec tous ses biens étalés devant moi comme un festin sur une table de banquet. Je n’étais pas si vieux que ça, bon Dieu ! Ni aussi effrayé.
Je n’en suis pas autrement fier. Je pourrais raconter des tas de sottises sur le criminel grand héros existentiel de notre époque, mais pourquoi ? Je n’y crois pas moi-même. Je ne suis pas fou des criminels et le pire dans les prisons, c’est d’avoir à en fréquenter. J’aimerais mieux vivre comme un honnête homme au milieu d’honnêtes gens, mais je n’ai encore trouvé aucune carrière honnête qui me procure autant de plaisir. J’aimerais bien qu’il existe un équivalent moral du cambriolage, mais il n’y en a pas. Je suis un voleur-né et j’adore ça.

Après “Le tueur du dessus” (1977) et “Le monte-en-l’air dans le placard” (1979) parus dans la collection Super Noire, “Vol et volupté” (1981) est la troisième aventure de Bernie Rhodenbarr, libraire d’occasion new-yorkais et cambrioleur impénitent. Jusqu’en 2016, onze romans de la série ont été traduits en français. On ne dénigrera pas la traduction, mais le titre original eût été séduisant : "Le cambrioleur qui aimait à citer Kipling". Peu importe que le livre anti-Juifs attribué à cet écrivain ait existé. La réputation colonialiste et militariste de Rudyard Kipling donne à penser que son caractère fut basé sur des préjugés de ce genre-là. Cette histoire évoque également H.Rider Haggard, son contemporain et son ami, écrivain peut-être un peu oublié désormais.

On notera un hommage appuyé de Lawrence Block au personnage de Parker, héros dur et cynique des romans signés Richard Stark (D.Westlake, 1933-2008). Grands amis, ces deux auteurs prolifiques présentent certains points communs. Toutefois, Bernie Rhodenbarr est plus souriant que la plupart des protagonistes chez Donald Westlake. Il se revendique professionnel du cambriolage (à l’opposé de l’impréparation des petits braqueurs), opère avec méthode et sang-froid, tout en affichant une part de dilettantisme. Accusé cette fois d’un meurtre, il ne panique pas : le véritable assassin ne lui échappera pas. Carolyn Kaiser va s’impliquer afin qu’il résolve le problème (au risque que son amante Randy se fâche). Une intrigue qui débute "en douceur" avant d’adopter une tonalité plus énigmatique, qui alimente un passionnant suspense. Pas de réédition depuis 1981, hélas.

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 05:11

Malgré la concurrence du livre numérique, la librairie Barnegat Books existe toujours au cœur de New York. Située sur la 11e Rue-est à Greenwich Village, elle est tenue depuis de nombreuses années par Bernie Rhodenbarr. Il est propriétaire de l’immeuble où se trouve sa boutique. À quelques pas de là, le salon de toilettage Poodle Factory est dirigé par son amie lesbienne Carolyn Kayser. Déjeunant ensemble ou partageant leurs soirées, Bernie ne cache rien à cette fidèle copine. Ni ses rencontres amoureuses, même si le mariage ne fait nullement partie de ses projets. Ni son activité parallèle, plus rémunératrice que la vente de livres, car Bernie est un cambrioleur émérite. Certes, le policier Ray Kirschmann a parfois failli le coincer, mais le libraire lui certifie ne plus être un voleur.

Il existe toutes sortes de collectionneurs. Œuvres d’art, livres rares ou objets insolites, on voit parfois des gens se passionner et payer cher pour alimenter leurs collections. C’est le cas de l’anonyme M.Smith, qui contacte Bernie. Il veut se procurer le manuscrit original de la nouvelle “L’étrange histoire de Benjamin Button”. Il ne s’intéresse pas à la littérature de Francis Scott Fitzgerald. Encore qu’il ne soit pas indifférent à un texte proche de cette nouvelle, dû à un écrivain européen oublié. Bernie se débrouille donc pour aller dérober le manuscrit de Fitzgerald au musée Galtonbrook. Si M.Smith paie comme prévu, Bernie va bientôt comprendre la vraie nature de la collection de son client. Ce dernier aura plus tard une seconde mission à lui confier, qui doit se dérouler en deux temps.

Bernie va vivre une brève relation avec une certaine Janine (est-ce son vrai prénom?). La jeune femme estime qu’il ne concorde pas avec le plan marital qu’elle s’est fixée. Ce qui est assez probable. Quant au policier Ray Kirschmann, il vient voir Bernie à la librairie au sujet d’un cambriolage ayant peut-être entraîné un décès. Il ne le soupçonne pas d’être le coupable. D’ailleurs, on ne sait trop de quoi est morte la vieille Mme Ostermaier. Le choc de tomber sur le voleur en rentrant chez elle ? Peu probable. Après autopsie, la véritable raison laissera sceptique Bernie et le policier. Ray Kirschmann note que le libraire utilise inconsciemment le terme “d’intrus” plutôt que de dire “le cambrioleur”. Il est vrai que la mise en scène apparaît trop soigneuse pour être signée par un simple voleur.

La nouvelle mission, en deux temps, commanditée par M.Smith a pour but de rencontrer M.Leopold, un excentrique logeant dans un immeuble ultra-sécurisé. L’objet unique désiré par M.Smith appartient, à son moindre niveau, à l’Histoire des États-Unis. Bernie ne va pas le voler, mais il peut compter sur Chloe Miller pour s’en charger à sa place, contre une belle rétribution. Elle fera même en sorte que M.Leopold ne suspecte pas le libraire. Pas sûr que toute cette opération laisse un bénéfice à Bernie. Pas plus que de résoudre, avec le policier Ray, le curieux cas du décès de Mme Ostermaier…

Lawrence Block : Le voleur qui comptait les cuillères (Série Noire, 2016)

Tout ce que fait ce manuscrit, ai-je dit, c’est de traîner au sous-sol. Je serais tenté de dire "de prendre la poussière", mais il faudrait qu’il soit à l’air libre pour que la poussière puisse se déposer dessus, alors qu’il est dans une boîte où personne ne le voit jamais. Il est répertorié et catalogué, parce que sinon Smith ne serait pas au courant de son existence, mais comme il porte le titre original de Fitzgerald, les gens du musée ne savent pas ce que c’est. Et ils ne le sauront très probablement jamais parce que personne, là-bas, ne s’y intéresse assez pour le découvrir. Tu sais où se manuscrit devrait être ? À Princeton, avec le reste des archives de l’auteur, et la seule façon dont il pourra y parvenir est que mon ami Smith mette la main dessus et le lègue à l’université…

Voilà bientôt quatre décennies que sévit le libraire Bernie Rhodenbarr, ce pur new-yorkais originaire de l’Ohio. C’est certainement le dernier gentleman-cambrioleur, dans la lignée d’Arsène Lupin. Encore qu’il fasse plutôt référence à Raffles, héros créé par le beau-frère de Conan Doyle, plus célèbre dans le monde anglo-saxon. Si le productif Lawrence Block a écrit par ailleurs des suspenses plus sombres, les aventures de Bernie sont davantage destinées à sourire. (Notons le comique de répétition, avec les portions de cet “Écluse Panama” que Carolyn et Bernie testent à chaque déjeuner). Toutefois, ne nous y trompons pas, la construction du récit montre la superbe maîtrise narrative de l’auteur, toute en souplesse et en péripéties croisées.

Commerçant dans le civil, cet "as de la cambriole" n’en a pas moins une vie personnelle, qui fait autant partie intégrante de l’intrigue. Soulignons que, bien que respectueux de l’objet-livre, Bernie n’est pas aveugle concernant les nouvelles technologies et les modes de vente actuels. Quant aux couples gays ou lesbiens, le sujet est également illustré ici.

On peut supposer que les détails historiques évoqués au cours des tribulations de Bernie soient exact. Par exemple, Alexander Roda Roda (1872-1945) fut bien un écrivain d’autrefois. De même pour l’orfèvre juif américain Myer Myers (1723-1795). Savoir si on y ajoute une part fictionnelle, quelle importance lorsque c’est aussi bien raconté ? Voilà ce qui fait le charme des romans de cet auteur : on se laisse bien volontiers porter par le récit. Encore un excellent titre de Lawrence Block !

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 04:55

New York, au début des années 1990. Matt Scudder y fut policier, à l'époque où il vivait à Long Island avec son épouse et leurs deux fils. La pression du métier de flic et l'alcoolisme ont entraîné Matt Scudder dans une sale affaire. Parrainé par Jim Faber, il est désormais abstinent, et suit régulièrement les réunions des Alcooliques Anonymes. Il vit avec Elaine, une call-girl pas exigeante à son égard, qui a plutôt une bonne influence sur lui. Scudder s'affiche détective privé. S'il fait des vacations ponctuelles pour une grosse agence, le reste de ses missions est officieux. Frôler l'illégalité ne le dérange pas. Son sens de justice personnel peut l'amener à régler en personne quelques comptes. Même si son meilleur ami, le truand Mick Ballou s'est mis au vert en Irlande, Scudder garde de multiple contacts dans la faune new-yorkaise.

Âge de trente-trois ans, Kenan Khoury est un trafiquant de drogue, pas un dealer mais un importateur de stocks. Avec son frère Peter, de deux ans son aîné, ils sont issus d'une famille chrétienne libanaise. Kenan ne nie pas qu'il fait un métier sale, mais il a toujours été réglo avec tout le monde. Ex-junkie, Peter a cru s'en sortir par la boisson. Sevré, il est aussi un habitué des réunions d'A.A., moins assidu que Matt Scudder. Kenan Khoury est marié avec Francine, d'origine Palestinienne. Alors que la jeune femme fait des achats, elle est enlevée par trois hommes dans un fourgon bleu. Très rapidement, les ravisseurs vont réclamer une rançon d'un million de dollars. Kenan Khoury négocie à quatre cent mille. Avec Peter, ils livrent le fric exigé. Mais ils ne retrouvent finalement que le cadavre dépecé de Francine, en plusieurs paquets. Qu'ils vont incinérer clandestinement.

Kenan Khoury engage Scudder, offrant un bel acompte, afin de découvrir les coupables. Il y a bien eu des témoins du kidnapping dans le quartier, mais le trio est mal identifiable. Scudder contacte le flic Joe Durkin, au sujet d'une affaire similaire qui s'est produite un an plus tôt. Il existe quelques points communs. Une préparation de l'enlèvement de Francine paraît improbable, s'il ne s'est rien passé d'autre entre-temps. Son copain l'ado black TJ attire l'attention de Scudder sur les cabines téléphoniques du secteur. Plus tard, grâce à un duo de hackers appelés les Kong, ils vont explorer le réseau et les appels vers chez Kenan Khoury.

Dans les archives du New York Times, Matt Scudder découvre le cas d'une étudiante agressée à peu près comme Francine. Il tente d'en savoir plus en s'adressant à un flic des Homicides de Brooklyn, John Kelly. Intéressé par ces crimes, celui-ci pourrait jouer son rôle le moment venu. D'ailleurs, même si Scudder parvient à identifier les ravisseurs et à reconstituer les faits, peut-être vaudra-t-il laisser la police et le FBI se charger de conclure. Pourtant, l'affaire risque de prendre une autre tournure…

Lawrence Block : Balade entre les tombes (Série Noire, 2014)

La série consacrée par Lawrence Block à Matt Scudder comporte dix-huit titres. Cette aventure était la dixième vécue par l'ex-policier devenu détective. Elle nous est présentée avec une nouvelle traduction, signée Mona de Pracontal, pour la Série Noire. Car une adaptation cinématographique a été réalisée d'après cette intrigue. Le film, avec Liam Neeson dans le rôle de Scudder, sort en France dès le 15 octobre 2014. Voilà une bonne occasion de redécouvrir un des excellents romans de Lawrence Block.

Dans la meilleure tradition des histoires de détectives, Matt Scudder est un pur citadin, qui connaît presque la moindre ruelle new-yorkaise, et un homme tourmenté. Sa sobriété et sa relation avec son amie prostituée l'aident à conserver un bon équilibre. Connaître les contacts utiles et savoir au besoin jouer franc-jeu avec d'anciens collègues, naviguer entre la légalité et ce qui ne serait pas autorisé, tels sont les atouts de Scudder. Il ne faut pas s'attendre à une enquête menée tambour battant, l'urgence ne servant à rien puisque la victime est morte. La vie continue pour Scudder et son entourage, tandis que progressent ses investigations : c'est ce qui crée l'ambiance de cette “Balade entre les tombes”. Un authentique et savoureux roman noir, doté d'un héros fort attachant.

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 06:48

 

C’est dans la collection "Robert Pépin présente…" chez Calmann-Lévy qu’est publié le nouveau suspense noir de Lawrence Block Entre deux verres

À New York, dans le quartier Saint-Paul, vers 1980. Matthew Scudder est un ancien flic, divorcé, à l’occasion détective privé sans licence. Il entretient une relation avec une femme, Jan, sans former un véritable couple. Alcoolique repenti sevré depuis un an, Matt occupe l’essentiel de son temps à suivre le programme des Alcooliques Anonymes. C’est ainsi qu’il retrouve Jack Ellery, qu’il a connu dans le Bronx quand ils étaient mômes. Matt sait déjà que son copain d’enfance, devenu un petit malfrat, a été épinglé par la police. Il a même fait quelques séjours en prison. BLOCK-2011Jack s’est assagi en suivant les préceptes des A.A. Parrainé par l’homosexuel rigide Greg Stilman, Jack a vite progressé dans les étapes du programme. Depuis un certain temps, il cherche à réparer ses torts auprès de plusieurs anciennes victimes, louable initiative.

Matt croise une autre fois Jack, qui a cette fois-là le visage tuméfié d’un type sévèrement tabassé. Concentré sur sa propre cure et peu soucieux de renouer avec lui, Matt apprend la mort de Jack par Greg Stillman. C’est un meurtre, mais ce cas minable n’intéresse guère le policier Dennis Redmond. Par contre, en tant que parrain du défunt, Greg Stillman est plus troublé.

Une confession écrite par Jack donne cinq noms. Il souhaitait réparer ses torts vis-à-vis de ces gens. Si l’un est en prison, Matt veut retrouver les autres. Son ami indic Noir albinos Danny Boy l’aidera car Jack des hauts et des bas (le sobriquet d’Ellery) a laissé des traces dans les mémoires. Numéro un de la liste, Mark Sattenstein avoue que c’est lui qui a cogné Jack, sous l’effet de la colère. Pas un profil d’assassin. Les deux suivants sont aussi faciles à rencontrer.

Hal Crosby Hart, devenu conseiller politique, s’était fait arnaquer par Jack sur un traficotage de drogue. M.Dukacs, lui, avait été violemment braqué dans son commerce par Jack. Malgré son identité trop ordinaire, Robert Williams, dernier de la liste, est finalement retrouvé. Jack avait couché avec sa compagne Lucille. Un épisode de sa vie dont Scooter Williams se moque définitivement, car il y a bien longtemps que le couple n’existe plus.

Même si Greg Stillman estime qu’il a fait ce qu’il a pu, Matt n’aime pas l’idée de laisser l’enquête inachevée. D’autant que Jack fut mêlé avec un complice à un braquage ayant causé une victime. C’est le comparse non-identifié qui tira. Dans les maigres affaires de Jack, il y aurait peut-être un indice. Et puis la vie continue, Matt se rapproche de la belle Donna, plus libre que Jan. Pourtant, quand se produisent un meurtre bientôt suivi d’un curieux suicide, Matt a besoin d’aller au bout de la vérité…

 

Pour le décor, on nous décrit non sans nostalgie le New York d’il y a trente ans, avant les lois coercitives interdisant de boire, de fumer, de vivre. New York, en mutation perpétuelle : La ville se réinventait constamment et il s’y créait de plus en plus d’endroits destinés aux riches (…) En regardant les immeubles que l’on était en train de rénover de fond en comble, je me demandai ce qu’étaient devenus les gens qui les occupaient avant que quelquun ne vire leurs murs et leurs sols. Je décidai de penser à autre chose. «Bien sûr, me dit une voix intérieure. Oublie ces pauvres cons. La Ville va s’occuper d’eux, leur trouver une benne à ordures sympa où ils pourront s’installer.»

L’atmosphère se crée autour du sevrage de Matthew via les Alcooliques Anonymes. Réunions moralisatrices, bondieuserie et parrainage, nous suivons ça dans le détail. Quant au contexte criminel, si une enquête est menée sur les relations de la victime, rien à voir avec des investigations balisées. L’affaire semble peu évoluer, pourtant il existe bien un meurtrier dans l’ombre. Un roman riche, où Lawrence Block montre une fois encore les plus belles facettes de son talent.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Lawrence_Block
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22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 06:14

 

Le nouveau roman de Lawrence Block est intituléKeller en cavale” (Seuil Policiers). Un vrai suspense, qu’on lit avec un réel plaisir, tout simplement. Voici les grandes lignes de cette histoire, qui fourmille de péripéties plutôt souriantes.

Tueur à gages expérimenté, et passionné de philatélie, Keller a économisé assez d’argent pour prendre sa retraite. Néanmoins, il a accepté une ultime mission confiée par son associée Dorothea, pour le compte d’un certain “Appelez-moi Al”. Le voici à Des Moines, attendant le feu vert du commanditaire, non sans prendre un maximum de précautions. Il aurait pu aisément abattre la cible désignée, mais sait patienter. Quand John Longford, gouverneur noir de l’Ohio, est victime d’un meurtre, Keller comprend que ça sent le roussi. Quand toutes les télés diffusent la photo de son propre visage, le désignant comme étant l’assassin, ça ne peut qu’être un traquenard. “Il avait la chance d’être doté d‘une tête assez quelconque, sans traits distinctifs auxquels se rattacher, mais dès lors que plusieurs centaines de millions de personnes auraient vu la photo, ça tombait sous le sens que l’une d’entre elles le reconnaîtrait”.

Ayant dépensé une forte somme contre des timbres, Keller risque de manquer d’argent liquide pour regagner New York. Pas facile de changer de tête, ni de voiture. BLOCK-2010-AIntervertir des plaques d’immatriculation, tel est le subterfuge qui va lui permettre de brouiller les pistes. Ensuite, pas question de prendre le car ou le train. Il poursuit son périple sur la Route 30, ne dépense que pour l’essence, dort clandestinement dans un motel de l’Indiana. Dans une station-service, il est obligé d’éliminer le gérant qui l’a reconnu. Il empoche le fric, et prend la casquette du type, à l’effigie d’Homer Simpson. Bonne initiative : “Plus les gens regardaient Homer, moins ils prêtaient attention à Keller.” Il parvient à faire une halte en Pennsylvanie, avant d’apprendre une mauvaise nouvelle par le journal. Si Dorothea ne répondait pas au téléphone, c’est qu’elle a péri dans l’incendie criminel de sa maison. Keller réalise qu’il n’a plus d’alliés.

Son appartement new-yorkais n’est pas le sanctuaire espéré. Il y passe, le temps de s’apercevoir que ses dix gros albums de timbres de collection ont tous disparu. La police ou les amis de “Appelez-moi Al”, qu’importe ! Il récupère du fric qu’il avait planqué et file vers le Sud, du Mississippi jusqu’à La Nouvelle Orléans. Ayant changé de casquette pour faire plus “local”, Keller sauve une femme victime d’une agression. Bien que Julia ait reconnu son visage, elle ne craint pas de l’héberger. Ils ne tardent pas à devenir intimes. Grâce à Julia, Keller modifie suffisamment son aspect pour ne plus être identifiable. Il s’installe dans cette nouvelle vie. Employé sur les chantiers de Donny, il investit dans un pick-up. Une petite annonce dans un magazine dédié aux timbres va bientôt changer les choses. Un petit voyage de Des Moines à Portland s’impose pour régler définitivement ses problèmes…

Ce n’est pas complètement une “road story”, puisque le héros finit par trouver son paradis en Louisiane. Néanmoins, toute cette partie du récit est déjà très excitante. Comment traverser la moitié des États-Unis sans se faire repérer, constitue un bel exercice de style. Certes, on déplore le meurtre d’un quidam, moindre mal puisque c’était un adhérent de la NRA. Les mésaventures de Keller s’avèrent tragicomiques, entre autres grâce à la casquette "Homer". Ce qui offre une tonalité sans aucune lourdeur à cette histoire. On partage ses regrets pour la perte de son associée et la disparition de sa collection de timbres, mais aussi son bonheur de démarrer une vie “normale”. Un personnage extrêmement sympathique, avouons-le (déjà apparu dans “Le blues du tueur à gages”). Quant au talentueux savoir-faire de Lawrence Block, il est indéniable.

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 06:18

 

Disponible aujourd’hui chez Points policiers, “Heureux au jeu” de Lawrence Block est une histoire qui fleure bon l’atmosphère des sixties dans l’Amérique prospère, avec pro du poker, femme fatale et arnaque où le cave se rebiffe.

Ancien magicien, William Maynard est un tricheur professionnel. Il a dû fuir Chicago, où une partie de poker a mal tourné. Il s’est arrêté dans cette petite ville, le temps de se faire réparer les dents, et de remettre en place le pouce qu’on lui a déboîté. Quand on l’invite à jouer entre amis au poker, c’est pour Bill l’occasion de récupérer un peu de fric afin de poursuivre sa route. BLOCK-PointsIl est vite séduit par Joyce, l’épouse du riche avocat Murray Rogers, l’hôte de la soirée. De vingt ans plus jeune que son mari, Joyce a repéré les tricheries de Bill mais se tait. Quand elle lui rend visite, ils deviennent amants. Joyce avoue regretter sa vie aventureuse d’autrefois. Si elle mène une vie confortable, le contrat de mariage concocté par l’habile avocat ne fait pas d’elle l’héritière en cas de décès. Il faudrait trouver une combine pour escroquer son époux. Elle propose un faux kidnapping avec rançon, mais Bill estime que c’est trop aléatoire. L’idéal serait d’envoyer Murray Rogers en prison.

Grâce aux relations de l’avocat, Bill obtient un bon job dans cette ville, vendeur de fonds de placement. Ses nouveaux amis lui présentent une jeune femme, Barbara, absolument charmante. Impossible de se laisser aller au romantisme, car Bill garde en tête qu’ils n’évoluent pas tous deux dans le même monde. D’autant qu’il est en train de fabriquer le personnage d’August Milani, maître-chanteur. Bill le fait exister physiquement. Il créée aussi des fausses preuves solides contre Murray Rogers. Il s’agit de faire croire que l’avocat aurait assassiné Milani. Qu’importe qu’on ne retrouve jamais le cadavre, si tous les éléments accusent l’avocat. Toutefois, songeant à s’installer ici, Bill hésite à poursuivre. Mais Joyce fait pression sur lui. La mise en scène finale est parfaite. Murray Rogers est rapidement inculpé pour meurtre.

Joyce joue à l’épouse choquée, mais informe Bill que l’avocat a décidé de riposter, de prouver son innocence. Il en deviendrait presque sympathique à Bill, ce mari floué. Pourtant, quand il lui rend visite en prison, Murray Rogers lui annonce qu’il va plaider coupable, invoquer la démence passagère. C’est un bon moyen d’être libéré sous contrôle judiciaire, et de mener à bien sa vengeance…

Ecrit dans les années 1960, mais traduit depuis peu, ce suspense cultive notre nostalgie des solides romans noirs, où le héros est toujours dépassé par la situation, entraîné vers l’échec. L’état d’esprit de Bill évolue tandis qu’il met en place la machination. Entre confort et risque, un tel personnage ne choisit pas la facilité. Si l’affaire ne tourne pas à son avantage, l’ex-magicien court un réel danger. Il n’est pas nécessaire de vanter les qualités de Lawrence Block. Pour les amateurs de noirs suspenses s’inscrivant dans la meilleure tradition, c’est un pur plaisir.

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