Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 04:55

Veuf, Mark Walpen élève ses jumeaux Zoé et Elliott, aidé de son amie intime Anook, et de son père Ralph, ex-diplomate. C'est Barbara Apfelbaum qui a succédé à Ralph Walpen à la tête du réseau Ambassador assurant l'interface avec les autorités. Le Sword, un service de renseignements géostratégiques indépendant et neutre basé en Suisse, a été créé par Mark Walpen, qui dirige cet organisme. Le Sword s'est doté d'unités d'action, les Faucons, intervenant dans le monde entier. Notre époque étant toujours davantage troublée, Mark Walpen et son équipe se doivent d'être sur tous les fronts. Bien qu’ils soient parfaitement entraînés, les Faucons ne sont pas à l’abri de lourdes pertes en opérations.

Quand des imams salafistes sont visés aussi bien en Égypte qu’à Londres, à Brest ou à Istanbul, on peut craindre que soit en train d’émerger des islamistes encore plus radicaux que les djihadistes actuels. Quand se produisent le même jour un attentat à Berne, et un détournement d’avion à l’aéroport de Genève-Cointrin, il serait hasardeux d’y voir un lien direct. Si la police locale est capable de prendre d’assaut l’avion, il vaut mieux compter sur les Faucons du Sword pour régler le problème. Par ailleurs, le président du Comité International Olympique et son épouse ont été enlevés. C’est un proche du chef de l’État russe, qui n’aurait pas du tout apprécié que ses athlètes dopés soient sanctionnés.

Malgré la sécurisation optimale du domicile de Mark Walpen, les jumeaux Zoé et Elliott ont été kidnappé, et l’agent qui les protégeait a été sauvagement assassiné. Même si ses enfants sont assez forts pour rester vivants, Mark est conscient qu’ils sont en péril. Après un détour par l’Égypte, leurs ravisseurs les ont envoyés au Pakistan. C’est l’agent Rebecca et ses coéquipiers qui vont suivre cette piste jusqu’au Waziristan, la région la moins sûre du monde. La mort y guette les Faucons, mais la juive Rebecca est tenace. Pendant ce temps, deux autres dossiers internationaux s’avèrent préoccupants. La Corée du Nord de Kim Jong-un, soutenue par la Chine, reste au premier plan des inquiétudes occidentales.

On craint que les Nord-Coréens lancent une guerre bactériologique contre leurs ennemis. Pour l’heure, ils envoient des commandos dans les ports voisins, en Corée du Sud, afin de détruire trois tankers. Si l’affaire est en partie un échec, elle accentue la tension entre la dictature de Corée du Nord et ses adversaires… L’autre dossier qu’étudie Mark, c’est la disparition en Afrique d’un médecin de l’OMS, le Professeur Ayer. C’est un expert du virus Ebola, qui cause ponctuellement quantité de morts. Il n’est pas interdit de penser que ces épidémies sont voulues par certains laboratoires secrets. Une équipe du Sword se rend au Liberia, en Sierra Leone et en Guinée, les pays touchés par le virus…

Mark Zellweger : Xtrême Préjudice (Éd.Eaux Troubles, 2017)

Les pirates de l’air ne parurent pas si soucieux que cela et les laissèrent entrer en leur indiquant les hôtesses qui attendaient derrière eux à la hauteur des toilettes. Pendant ce temps, l’équipe de Paul et Rebecca s’avançait. La porte avait été déclenchée très discrètement par une hôtesse dès l’arrivée de Pasang dans l’avion. Quatre Faucons manipulaient délicatement l’échelle mobile pour la repositionner dans l’axe de la porte. Les autres grimpèrent avec des chaussures en caoutchouc. Ils s’immobilisèrent à l’entrée de la porte, mais encore sur la plate-forme d’accès de l’échelle.
Paul laissa Rebecca prendre le commandement de l’assaut, celle-ci ayant une parfaite mobilité et une meilleure souplesse que le chef des combattants qui portait son exosquelette. Le colonel attendait le feu vert de Sven, qui devait leur signaler que le moment était propice pour une attaque arrière simultanée avec celle de l’avant…

Après “L’envol des Faucons”, “Panique au Vatican”, “Double jeu”, c’est déjà le quatrième épisode des aventures internationales de Mark Walpen et de son entourage. Analyser les faits saillants de l’actualité mondiale, comprendre sur le terrain les réalités présentes, avant que n’entrent en action les Faucons exposés à des dangers mortels, tels sont les rôles que le Sword s’attribue. Cette fois, on s’attaque même aux enfants de Mark, lequel doit conserver son sang-froid flegmatique et toute sa lucidité. Des solutions, il en existe toujours pour quelqu’un comme lui. Toutefois, les différentes branches de son équipe sont confrontées à des situations extrêmement critiques.

Ce qui est séduisant dans les romans de cette série, c’est le parallèle avec les véritables faits : Corée du Nord agressive, attentats islamistes, épidémie Ebola… Y compris avec une incursion au Waziristan, zone géographique contrôlée des groupes talibans afghans et pakistanais ainsi que par Al-Qaïda. Mark Zellweger manie avec un très beau savoir-faire cet ensemble d’éléments, dans une intrigue mouvementée et captivante.

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
commenter cet article
28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 04:55

Gustave Flicman est un jeune policier de la Grosse Cité, une métropole géante. Depuis ses récents exploits, il a été engagé dans le service de sécurité du Président. Ça le change du commissariat. Surtout, ça devrait logiquement l’éloigner des Lutins Urbains de l’Université d’Onirie. Le Professeur B., Loligoth et toute leur clique l’ont trop souvent entraîné dans des aventures non désirées. À cause de leurs pouvoirs, Gustave ne maîtrisait plus rien. Déjà qu’en famille, avec sa flopée de sœurs, il n’a guère de tranquillité. Agent de la sécurité présidentielle, ça sera certainement plus cool. Même si, ce jour-là, c’est le chef d’État du Pépettochistan qui est reçu au Palais. Avec son fiston, un caractériel infernal. Mais bon, il s’agit d’un pays-ami, vu qu’ils possèdent de grosses ressources en pétrole.

Évidemment, la cérémonie a été perturbée ! Un géant gris seulement vêtu d’une culotte de peau, armé d’un gourdin, a dérobé le jouet fétiche (un serpent en peluche) du prince-héritier, le fils du dictateur du Pépettochistan. Le voleur a des airs de Yéti, d’Abominable Homme des Neiges. Il disparaît bien vite. Aïe, c’est le genre d’incident qui n’est pas sans conséquence, peut-être une 3e guerre mondiale. Le chef de la Brigade de Répression de l’Onirisme, le "Supérieur Inconnu" de Gustave, exige que soit résolu le problème. Facile à dire. Voilà le Professeur B. et ses Lutins qui s’invitent à leur tour, Gustave aurait dû s’en douter. Qui le policier retrouve-t-il à l’Université d’Onirie ? Le fameux Yéti, qu’on appelle Groumf. Il s’exprime comme les humains, mais il est doté de pouvoirs étonnants.

Pour récupérer le serpent en peluche, Gustave est bien obligé de suivre Groumf et son petit ami, Le Troll. Il doit même leur servir de chauffeur, au volant de son 4x4. Les ennuis ne tardent pas : le duo cause quelques incidents dans un fast-food. Il vaut mieux prendre la poudre d’escampette. Ils se retrouvent dans une station-service au milieu de nulle part. Le vieux Skell et ses quatre fils ont l’air de zombies. Là encore, ça risque de tourner au pugilat. Puis, les voilà aux prises avec un camion-citerne ante-diluvien qui les pourchasse. Le conducteur est sûrement un agent secret au service du président du Pépettochistan. Il y a vraiment danger, pour Gustave, Groumf et Le Troll. Le jeune policier espère un peu de répit dans l’hôtel tranquille où ils font une pause. Sauf que c’est un hôtel hanté.

Gustave a le sentiment que le duo de joyeux compères si facétieux est en train de faire de sa vie une épouvantable hallucination perpétuelle. Son "Supérieur Inconnu" ainsi que le Professeur B. seraient bien avisés de venir lui donner un coup de main. D’autant que les voici maintenant menacés par un hélicoptère de combat. À force de semer la pagaille, Groumf s’est attiré un tas d’ennemis. Peut-être faudra-t-il que Don Quichotte et Sancho Panza interviennent dans la bataille ?…

Renaud Marhic : Le péril Groumf – Les Lutins Urbains, tome 4 (Éd.P’tit Louis, 2017)

Gustave se retourna. Le Groumf serrait dans sa patte une énorme valise de cuir d’où dépassaient une manche de chemise et une jambe de caleçon à pois. Sur son dos, on apercevait un large sac supportant une paire de skis, une gourde, des godillots, un club de golf, cinq ou six casseroles et une pompe à vélo. (Pour sa part, Le Troll tenait sur une épaule un bâton au bout duquel pendait un balluchon ainsi qu’un superbe filet à papillons).
Gustave n’eut pas le temps de se frotter les yeux. Déjà, le Professeur B. l’attirait à lui.
— Ah, mon jeune ami… Je crois que nos deux compères sont sur le départ. Il me semblait justement qu’ils préparaient un grand voyage.
— Hein ? Sursauta Gustave. Et dans ce cas-là, je fais quoi ?
— Mais… précisément ce que vous êtes en train de faire : leur emboîter le pas.

Cette série de romans endiablés s’adressent aux jeunes lecteurs. Les trois premiers tomes (“L'attaque du Pizz'Raptor”, “Le dossier Bug le gnome”, “Les lutins noirs”) ne manquaient ni de fantaisie, ni de péripéties agitées. Il en est de même avec “Le péril Groumf”, aussi entraînant et amusant que les précédents. L’ambiance peut rappeler les westerns ou les road-movies, avec des rencontres toutes plus surprenantes les unes que les autres. Clins d’œil au camion-fou du film "Duel" de Spielberg, aux héros de Cervantès, ainsi qu’à cet "Hotel California" du groupe Eagles peuplé de fantômes captifs. Le brave Gustave Flicman est toujours autant dépassé par les événements. Mais on l’excuse, ce n’est franchement pas de sa faute. Et surtout, ses mésaventures sont très drôles. Le "Petit Reporter de l'Imaginaire" raconte tout cela avec beaucoup d’humour. Des romans vivement conseillés aux enfants (et, pourquoi pas, aux plus grands).

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
commenter cet article
26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 04:55

Fils unique d’une institutrice et de père méditerranéen inconnu, le jeune Skander Corsaro tient la rubrique culturelle du journal Le Courrier du Sud-Ouest. Grâce à son article sur la Vénus datant de quinze mille ans découverte dans la grotte de Combéjac, son rédacteur-en-chef lui fait de plus en plus confiance. Il invite Skander à s’intéresser à un village de la région, Mont-Rouquel, sur les pentes de la montagne éponyme, au sud du Massif Central. Cette bourgade pittoresque n’exploite guère ses atouts touristiques et culturels. Pourtant, cinq ans plus tôt, le défunt maire avait lancé un projet en ce sens, qui a disparu avec son décès. Pharmacienne et maire de Mont-Rouquel, Mme Gaulimot s’est empressée de se débarrasser de l’idée. Par contre, la secte des Sentinelles du Mystère s’est développée ces dernières années dans le secteur. Janusz Cazrninski, dit le Pasteur Jean, en est le gourou.

À moto, Skander Corsaro part découvrir ce village, niché dans un paysage naturel à l’état brut. Il sympathise bien vite avec la gouailleuse épicière Liza, et avec le vieux couple qui tient l’auberge locale. Quant à la maire-pharmacienne, elle a tout l’air d’une chieuse. Près du donjon, cette nuit-là, Skander assiste à un rendez-vous secret. Anatole Klimbert, treize ans, rencontre son amie Ludivine Galard, douze ans. Le journaliste connaît déjà la gamine, la môme-écureuil, qu’il a prise en stop sur sa moto. D’origine polonaise, Anatole a été adopté par des adeptes de la secte, et il s’avère clairement que son père le maltraite. Peu après, Skander apprend que Ludivine semble avoir disparu. Il réussit à entrer en contact avec Anatole, qu’il va bientôt retrouver nuitamment dans le cimetière. Le garçon ignore ce qui s’est passé et apparaît plutôt inquiet quant au sort de Ludivine.

Dans cette contrée, Skander croise des personnes sympas et d’autres énigmatiques. Le bibliothécaire Félix, un grand Noir s’interrogeant sur l’avenir de l’Humanité, entre dans la première catégorie. Il est conscient de la dualité des opinions existant à Mont-Rouquel. Le projet culturel du défunt maire, par exemple, créa de grosses tensions. Singulier, l’Indien qui rôde dans les parages l’est certainement. Celui que l’on peut l’appeler Robinson vit dans un grotte, un véritable foutoir. Heureusement qu’il est intervenu quand Skander s’est retrouvé face à un sanglier. Un autre villageois, venu d’ailleurs, laisse perplexe le jeune journaliste. Ce comédien surnommé MacBeth est capable de prendre de multiples visages. Se familiarisant avec Mont-Rouquel, Skander se dit que l’ambiance y est shakespearienne par certains aspects. Félix ne fait-il pas penser à Othello ?

Le journaliste comprend bientôt les liens familiaux, très orageux, entre quelques habitants du cru. À son tour, Anatole paraît avoir disparu. Est-ce pour fuir son père infect ? Celui-ci va être victime d’une flèche mortelle, peut-être tirée par Robinson. L’épicière Liza raconte à Skander que l’actuelle maire mise beaucoup sur le projet d’implantation ici d’un groupe pharmaceutique, ce qui rapporterait une manne financière. En compagnie de ses amis Tonio et Nigel, Skander s’est inscrit à un stage d’archéologie dans la grotte de Combéjac. Non loin de là, la veuve anglaise de l’ancien maire habite dans un pavillon assez exotique. Nul doute qu’elle connaisse des détails intéressants sur la vie locale. Sur la piste des deux enfants disparu, le commissaire Dubourg entre finalement en scène. Skander compte surtout sur lui-même pour éclaircir toute cette affaire…

François-Henri Soulié : Un futur plus que parfait (Le Masque, 2017)

Mais je crois qu’on est lecteur comme on est alcoolique. Avant même d’avoir rencontré sa première bouteille ou son premier livre. La passion des bouquins m’est revenue très vite. Comme dit le proverbe favori de Tonio : "Chassez le naturiste, il revient au bungalow". Avec ses 891 volumes, ma bibliochambre est à la fois mon île et mon trésor. J’ai toujours eu davantage de chance avec les livres qu’avec les filles. Il suffit que j’entre dans une librairie pour tomber direct sur l’auteur qui a écrit pour moi. C’est une espèce de flair quasi infaillible. Je renifle le bouquin qui fera mon bonheur à des mètres à la ronde. Alors qu’avec les filles, j’ai toujours le nez plus ou moins bouché.

François-Henri Soulié a été récompensé en 2016 par le Prix du premier roman au Festival de Beaune, pour “Il n’y a pas de passé simple” (Le Masque). Voici une deuxième aventure mettant en scène le même héros. Il n’est évidemment pas indispensable d’avoir lu le précédent roman. Malgré son faciès typé, Skander Corsaro parvient à gagner la confiance de quelques habitants d’une bourgade endormie, confinée dans un repli identitaire guère justifié. Il est vrai que l’on est en présence de toute une galerie de personnages originaux, à Mont-Rouquel. Un couple d’aubergistes qui préfère revisionner des épisodes de Columbo plutôt que d’accueillir des clients, un duo de mômes en mauvaise posture, ou une épicière dont la compagne n’est plus tout-à-fait elle-même, pour ne citer que ces exemples.

Le scénario multiplie les péripéties autour du jeune et dynamique journaliste. S’il s’agissait d’un film, il nous paraîtrait "entièrement tourné en décors naturels" dans cette bourgade, avec de majestueux paysages dans les environs. On est là dans des sites pouvant évoquer l’Aubrac, le Quercy ou les Causses avoisinants, sans les situer trop précisément. L’intrigue est énigmatique à souhaits, sur une tonalité entraînante et enjouée (il y a même un poisson rouge de couleur jaune dans son bocal). Ce qui n’empêche ni des passages plus émouvants, ni des moments plus sombres. Entre autres, il est question de l’avenir des êtres humains, d’un transhumanisme pas si idyllique. Du suspense, des rebondissements, des portraits souriants, pour une histoire sans le moindre temps mort. Excellent roman.

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
commenter cet article
23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 05:55

Cicéron Angledroit est l’héritier naturel du détective Nestor Burma dans le Val-de-Marne. Du moins exerce-t-il la même profession, mais avec un dilettantisme certain. Le qualifier de fin limier serait très exagéré. Il passe moins de temps en filatures et enquêtes, qu’à boire le coup avec ses amis René et Momo, rois des tire-au-flanc, des bras-cassés hors-catégorie. Cicéron consacre ponctuellement quelques heures à sa fille en bas-âge, Elvira Angledroit, dont s’occupe la mère du détective. Pour les galipettes, il ne choisit pas entre la pharmacienne mariée Brigitte et la fliquette sexy Vanessa. Il se laisserait volontiers tenter par d’autres donzelles, si ça se présentait. Son emploi du temps est assez chargé.

Le commissaire Théophile Saint Antoine, le supérieur de Vanessa, confie une mission au détective. Chaque jour, une femme mystérieuse débarque du train en gare de Vitry à 8h15 en modifiant quotidiennement son aspect. Elle a été repérée par une caméra sophistiquée. La suivre, c’est à la portée de Cicéron. D’autant que l’énigme va être bien vite résolue. Sa ravissante notaire lui soumet un autre problème. Elle est très inquiète au sujet de Gérard Manvussa, son mari, producteur-télé d’émissions débiles, pléonasme. Cet hyperactif n’a plus donné signe de vie depuis quelques jours. On peut craindre un enlèvement autant qu’une simple fugue. Cicéron promet de s’occuper de l’affaire, dès que possible.

De son côté, le commissaire Saint-Antoine écope d’un noyé, retrouvé dans la Seine près du Port-à-l’Anglais. Il est rapidement établi que le cadavre n’est pas celui de Gérard Manvussa, l’inconnu ne semblant pas être recherché par des proches. Faute de mieux, le commissaire demande à Vanessa et à Cicéron d’enquêter en binôme public-privé. On sait juste que la victime a été tuée dans une baignoire, avant d’être jetée à la Seine, dans "un coin à brochets". S’il devient incollable sur les brochets, pas sûr que ça fasse tellement avancer l’enquête du détective. Par ailleurs, il contacte au studio de télévision l’assistante de Manvussa. Les derniers échanges téléphoniques du disparu peuvent offrir des indices.

Il n’est pas impossible que le grand patron d’une chaîne de télé soit impliqué dans cette histoire. Pas le genre de bonhomme haut-placé qu’on suspecte sans preuve. Pas mort du tout, Gérard Manvussa s’adresse à la police pour expliquer qu’il était juste en voyage à l’étranger. Tout s’explique ? Pas exactement. Le détective reste troublé par “la simultanéité des faits. Manvussa disparaît pour rencontrer un type mystérieux venu de loin et que personne ne connaît dans le coin, et un autre mystérieux mec que personne ne connaît dans le coin est repêché dans le même coin.” Drôle de sac-de-noeuds à démêler…

Cicéron Angledroit : Hé cool, la Seine ! (Éd.du Palémon, 2017)

J’appelle le commissaire :
— Vous avez du nouveau pour votre cadavre ?
— Pas vraiment. Le légiste a juste confirmé qu’il était bien mort noyé. Il y a environ quarante-huit heures. Il a reçu un coup sur la tête mais ça peut aussi venir de la chute. On n’est pas très avancés. Aucune disparition, à part la vôtre, n’a été déclarée. Et comme ça ne correspond pas. Au moins on sait qu’en quarante-huit heures, il n’a pas pu venir du Mont Gerbier de Jonc, c’est déjà ça. Ça limite le périmètre.
— Surtout que c’est la Loire qui prend sa source au Mont Gerbier de Jonc.
— Faites pas chier !

Six aventures au compteur pour Cicéron Angledroit, vaillant détective vitriot (de Vitry-sur-Seine, qui se trouve "logiquement" dans le Val-de-Marne). Tous ces titres sont disponibles aux Éditions du Palémon, désormais. C’est de la pure comédie sur fond d’intrigue policière, que nous propose l’auteur. Le héros doit davantage à San-Antonio qu’aux grands "privés" de la littérature polar. Récit fluide et tonalité enjouée, on respecte les caractéristiques du genre. Avec une galerie de personnages prêtant à sourire. En tête desquels, l’alter-ego de Bérurier, en la personne de René, un homme qui ne mourra pas de soif. Momo, handicapé en recherche d’un statut social, n’est pas mal non plus. Quant au policier Saint-Antoine, ce sympathique pantouflard vieillissant délègue plus qu’il agit. Ce roman, qui ne manque pas de péripéties, fait partie des agréables divertissements qu’on apprécie pour leur bonne humeur. Quand polar et humour vont de pair, ne boudons pas notre plaisir.

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
commenter cet article
21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 05:55

On ne trouverait pas un seul Français qui ne connaisse cette adresse mythique, le 36 quai des Orfèvres, siège de la Police Judiciaire parisienne. Le commissaire Maigret y est pour beaucoup, assurément. Et bon nombre d’affaires criminelles évoquées dans les médias ont été confiées aux enquêteurs de ces services. Exiguïté et vétusté des locaux entraînent le déménagement des policiers, à l’automne 2017. Pourtant, le "36" restera dans la mémoire collective, c’est certain, car c’est un lieu chargé d’histoire.

Chaque citoyen porte un regard personnel sur la police. Non pas "pour ou contre", mais selon l’image que nous nous forgeons de ce métier. C’est en les côtoyant dans leur quotidien que Patricia Tourancheau nous permet ici de rencontrer quelques-uns de ceux qui ont appartenu à la PJ depuis une quarantaine d’années.

Si l’on n’oublie ni le criminologue Alphonse Bertillon (1853-1914), ni les installations façon musées recelant encore des objets liés aux affaires criminelles ou sexuelles d’autrefois, la police dont nous parle l’auteure est celle d’aujourd’hui. Au cours de la décennie 1970, une nouvelle génération de policiers est arrivée. Des flics de choc, pour répondre à un grand banditisme percutant, violent. Il serait impossible de faire l’impasse sur Jacques Mesrine, sa confrontation avec le commissaire Broussard, sa mort prévisible. Parmi les tireurs, il y avait l’inspecteur Fiamenghi – qui ressemblait beaucoup à Belmondo, étant jeune. Il témoigne des circonstances. Toutefois, la notion de "super-flic" est à relativiser. Surtout quand on constate que des ex-cadors de la police se sont reconvertis dans la politique ou dans le privé, cadres supérieurs à des postes de "conseillers".

Le "36" fait aussi dans le VIP. Lorsque, dans le cadre de l’affaire Marković, Alain Delon et son entourage sont impliqués dans ce meurtre nébuleux. À cette occasion, on chercha à atteindre Georges Pompidou et son épouse Claude. En particulier à travers des photos la montrant nue, grossiers trucages. L’un des habitués du "36" fut Serge Gainsbourg. En tant qu’ami de la Maison, où il avalait des apéros bien tassés dans les bureaux directoriaux. Il eut également besoin des policiers quand sa fille Charlotte faillit être kidnappée. Et quand sa compagne junkie Bambou fut sous l’emprise d’un dealer envahissant. Les addictions de l’écrivaine Françoise Sagan, qu’elle ne contestait pas, lui valurent de fréquenter le "36". Mais les missions ordinaires de la PJ ne se résument pas aux célébrités du show-biz.

Patricia Tourancheau : Le 36 – Histoires de poulets, d'indics et de tueurs en série (Éd.Seuil, 2017)

On comprend aisément que les relations entre la police et le banditisme soient complexes. Il n’y a pas d’action policière possible sans indics, sans renseignement, sans infiltration de milieux interlopes. Certains flics bien sapés font la tournée des cabarets, glanant des infos çà et là. D’autres entretiennent un copinage douteux pouvant provoquer leur chute, tel le cas de Michel Neyret. Du flic modèle au fric qui gangrène, il n’y a qu’un pas. Franchir la frontière, c’est ce que fit le policier "John" en volant 52 kilos de cocaïne au cœur du "36", en juillet 2014. On ne sait ce qu’est devenu ce conséquent lot de drogue. On se demande encore comment ce membre de la PJ crut tromper ses collègues.

Dans d’autres cas, ce sont des indiscrétions profitant à des truands, qui firent tomber des "grands flics". Tel Philippe Féval, descendant du romancier Paul Féval, qui se retrouva derrière les barreaux. Leur avocate Anne-Laure Compoint a intérêt à être une battante, malgré ses airs de Barbie.

Les hauts responsables de la police sont généralement conscients de l’aspect politique de leur fonction. Un changement à la tête du pays amène des mutations, des nominations de nouveaux venus. Ça reste des professionnels, souvent respectés par les commissaires qui étaient en poste avant eux. Même si le cas de Frédéric Péchenard peut donner à réfléchir. Quant aux ministres Roland Dumas ou Dominique Strauss-Khan, d’anciens responsables de la PJ se souviennent parfaitement d’eux. L’occasion d’évoquer le parcours de Christine Deviers-Joncour, et le scandale de l’affaire ELF. Même éloignés du premier cercle du "36", la plupart des ex-commissaires semblent toujours les bienvenus. Notamment lors des multiples "pots" faisant partie de la tradition du siège de la police.

Aux commandes de la brigade criminelle, le divisionnaire Riou se rend compte – une fois de plus – qu’il faut "se méfier de ses premières impressions", des évidences et de ses intuitions, "ne pas orienter l’enquête dès le départ, mais explorer toutes les pistes pour refermer une à une les portes", les hypothèses. Il a déjà vu un mari jaloux ayant maquillé le meurtre qu’il avait commis en agression fatale. Il a démonté un simulacre d’accident de voiture par un autre époux ayant supprimé sa femme pour toucher l’assurance-vie. Il a même été confronté, incrédule, à un "suicide de deux balles dans la tête ! Le deuxième coup avait été déclenché par une réaction nerveuse" […] Rompu aux crimes violents, Patrick Riou, que ce compagnonnage avec la camarde incommode, encaisse mal les drames de la solitude. Comme ce décès naturel d’un veuf des Hauts-de-Seine, ignoré pendant six ou sept mois…

Patricia Tourancheau consacre une large place à la Mondaine, les brigades luttant contre le proxénétisme. Il est vrai que Paris compta quelques figures notables en ce domaine. Qui ne se souvient de Fernande Grudet (1923-2015), plus connue sous le nom de Madame Claude. Son cheptel se composait uniquement de très jolies femmes. Pensait-elle vraiment donner ses lettres de noblesse au "plus vieux métier du monde" ? Elle fut protégée par les autorités durant longtemps. Tout comme Lucienne Goldfarb, dite Katia la Rouquine. Tous les renseignements qu’elle transmettait aux enquêteurs étaient précieux, c’est exact. Il y eut également Madame Simone qui, comme ses consœurs, poursuivit clandestinement ses activités malgré les interdictions. Elle aussi apporta d’importants témoignages aux flics. Le proxénétisme, ce sont principalement des affaires bien plus sales et sordides.

Dans ce livre, est retracé en détail un cas criminel jamais élucidé, celui du "Grêlé". Tout commença avec le meurtre de la petite Cécile Bloch, onze ans, au troisième sous-sol d’un immeuble du 19e. Il y aura d’autres agressions sur des mineures autour de cet âge. La police établit bientôt un portrait-robot crédible du suspect. Au fil du temps, les enquêteurs se disent que le visage du suspect n’était peut-être pas si "grêlé" qu’on l’a cru. Et que ce prédateur insaisissable était probablement moins marginal dans sa vie que l’on pouvait le penser. Des avancées plus ou moins directes, il y en eût dans cette affaire. Malgré des investigations sérieuses et fouillées, pas de résultat probant en trente ans.

La plupart des livres sur le "36" sont très intéressants. Celui de Patricia Tourancheau s’avère véritablement passionnant. En grande partie, parce que c’est la police actuelle ou récente qui est à l’honneur. Au-delà de l’aspect documentaire et des portraits, c’est du vécu des policiers dont il est question. Si l’on retrouve ces "personnages" dans de brèves présentations au final de l’ouvrage, c’est en les suivant dans leur rôle de policiers que l’on se sent au plus près de leurs réalités. Un flic, fût-il au top-niveau, reste un être humain entre force, lucidité et (parfois) faiblesses. Un des meilleurs livres sur la PJ, pas de doute.

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
commenter cet article
20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 05:55

Le quadragénaire William Carvault est agent immobilier à Bourges, métier qu’il exerce avec un dilettantisme certain. Ce Berruyer fut naguère policier, viré à cause de méthodes exagérées. Il s’essaya comme détective privé, mais les écarts adultérins finirent par lasser cet homme d’action. Aujourd’hui, Wiliam est en couple avec Heike Ziegler, commissaire de police à Bourges. Ils viennent d’avoir un bébé, Jan. Originaire d’Alsace, sa compagne reste très alémanique par son caractère affirmé. Quant à William, l’esprit jeune père de famille, ce n’est pas tellement son sujet. Tiraillements sévères dans le couple, donc. Du côté de son meilleur pote, ça ne va guère mieux. Depuis que sa petite amie l’a largué, Roger a du vague à l’âme. Un peu de mouvement dans sa vie, de violence même, lui ferait du bien.

Tandis que Heike enquête sur une série de meurtres de femmes, martyrisées avant d’être tuées, William est contacté par Youssef Bekkouche et Djamila, qui habitent non loin de chez lui. Mourad, le demi-frère de la jeune femme, a récemment disparu avec un ami. Il est à craindre qu’il soit parti pour le djihad en Syrie. Lorsque William explore l’ordinateur de Mourad, il y retrouve des vidéos de tortures infligées à leurs ennemis par des islamistes. Les inquiétudes de Djamila et Youssef semblent se confirmer. Avec Youssef, William s’invite à la mosquée. Il est fort possible qu’un imam autoproclamé, El Zarbi, ait incité Mourad à partir en guerre. L’influence de ce "religieux" (qui se prénomme Killian, en réalité) est assez relative, il a plus l’air d’un ringard que d’un spécialiste des sourates.

Bonne occasion pour Roger de se remonter le moral, en aidant William à secouer quelque peu l’imam El Zarbi. S’il n’est pas sans lien avec des djihadistes, il ne connaît guère Mourad et son ami. Par contre, grâce à une photo, une piste se dessine du côté de la Belgique. Heike étant absente pour cause d’enquête, voilà William contraint de s’occuper du petit Jan. Djamila et Youssef souhaitent qu’il poursuive ses investigations à Bruxelles, quitte à ce qu’eux-mêmes se chargent du bébé. Il vaudrait mieux que Heike n’apprenne jamais cette initiative, effectivement assez hasardeuse. Direction l’outre-Quiévrain pour Roger et William, qui n’ignorent pas que des bases arrières du terrorisme se situent en Belgique.

Mis à part un énergumène tatoué rencontré dès leur arrivée, William et Roger trouvent sans tarder un témoin, l’employée d’hôtel Maria, qui a croisé – et même donné un coup de main à – Mourad et son ami. Elle ne les a pas trouvés dangereux, animés de motivations terroristes. Il semble que le tueur de femmes sévissant dans la région de Bourges ait, lui aussi, fait le voyage jusqu’à Bruxelles. Malgré son courage, Roger ne peut l’intercepter ; il est même blessé par le criminel. Si son pote (qui a dégoté une copine pour l’héberger) ne peut rentrer immédiatement en France, William est prié de retourner dans son pays. Il a encore des questions à poser au pseudo-imam El Zarbi…

Luc Fori : Vade retro Satanas (Pavillon Noir, 2017)

Je préfère ignorer pour ne pas relancer les hostilités. Le tatoué n’a rien entendu et se croit maintenant obligé de nous faire la conversation dans un sabir personnel où il mélange joyeusement le français, l’anglais et le batave agricole. C’est assez dur à suivre et je dois parfois me reculer un peu pour éviter son haleine acidifiée par les nombreuses bières qu’il a dû ingurgiter. Si j’ai bien compris, il est question d’un voyage unique – et inique – qu’il a fait en France dans sa jeunesse… Il est arrivé Gare du Nord, et là… terrific, mijn god, des putains et des negers partout. Comment tu supportes ça ? Zonde overal… le péché partout !

On n’est pas convaincus que des terroristes, quel que soit leur combat, soient dotés d’un grand sens de l’humour. On est "priés" de ne pas plaisanter sur leurs croyances. Il est vrai que le sujet n’a rien de comique, s’agissant d’attentats barbares. Néanmoins, Luc Fori montre qu’il est possible de traiter la question avec le sourire. C’est donc sous forme de "comédie policière" qu’il évoque les djihadistes. Que des fanatisés soient extrêmement dangereux, c’est sûr. Ceux-là trouveraient n’importe quel prétexte pour pratiquer la guérilla et exterminer des gens, dans un esprit kamikaze, on le sait. La riposte ne peut qu’être aussi "radicale" que leurs attaques.

Problème ultra-sensible, personne ne dira le contraire. On peut également présenter les choses avec une drôlerie sympathique, dans un roman à suspense où prime l’action avec ses péripéties débridées. L’auteur revendique une poésie à la Prévert, l’idée rabelaisienne de jouir de la vie, et des aventures agitées héritières de Frédéric Dard/San-Antonio. Le précepte qu’il a adopté est donc “Faites l’humour, pas la guerre”. Évoquer des thèmes très sérieux et le contexte actuel de cette façon amusée, c’est une excellente chose. Voilà un roman à conseiller !

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
commenter cet article
18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 05:55

Les Izards, c'est ce quartier du nord de Toulouse où a grandi Mohamed Merah. Un ensemble urbain ghettoïsé, devenu plaque tournante du trafic de drogue dans la région. Noureddine Ben Arfa dirige un réseau sévissant dans quelques-unes des tours du quartier. Avec sa bande, ils s'approvisionnent de façon innovante : des rottweilers ayant ingurgité des sachets de drogue passent la frontière hors des points de contrôle, avant d'être récupérés. Voilà ce qui permet à Noureddine Ben Arfa de développer son commerce illégal. Comme il joue les indics pour le Renseignement Intérieur et les Stups, il est à peu près tranquille. D'autant qu'il évite de leur parler du chenil clandestin qu'il abrite dans un ancien entrepôt, et de l'intensification de ses activités de deal.

Sergine Ollard est une grande blonde de trente-huit ans, célibataire, vétérinaire dans une clinique des Izards. Où elle impose son caractère fort à ses associés et aux employés de ce cabinet animalier. Une nuit de week-end, une collégienne lui demande de l'aide pour soigner un chien malade. Samia est la jeune sœur de Noureddine, d'ici peu promise à un mariage au bled. La vétérinaire accepte de s'occuper du rottweiler, souffrant d'une occlusion intestinale. Sergine comprend vite ce qu'on lui a fait avaler. Elle ne veut surtout pas que Samia soit impliquée dans ce problème. La vétérinaire ne peut hélas pas compter sur son ancien petit-ami Philippe, et doit se débrouiller. Deux jeunes Arabes interviennent peu après à la clinique pour reprendre le chien en soins.

Sergine pense qu'il s'agit de la bande de Noureddine. En réalité, ce sont les frères Nejib et Hamid Omane. S'ils ne tardent pas à tuer le rottweiler pour s'approprier la drogue, c'est pour le financement du terrorisme. Nejib est de retour du jihad en Syrie, et il a convaincu son cadet Hamid de préparer ensemble un attentat, sous l'égide d'un émir local. Habité de multiples doutes, le jeune Hamid n'est pas sûr qu'entamer une guerre des gangs contre la bande de Noureddine facilite leur projet explosif. S'il devait se retrouver seul durant l'action, aurait-il assez de détermination pour aller jusqu'au bout ? Côté Noureddine, on a compris qu'il fallait d'urgence déménager le chenil et planquer le stock de drogue, avant que la police puisse réagir.

Mariée à un instituteur, Nathalie Decrest est la plus gradée de la brigade de police censée s'occuper des Izards. Réaliste face à un quartier où les flics sont peu appréciés, elle fait son job aussi bien que possible. Même quand les Stups ou le Renseignement Intérieur font pression sur elle pour qu'aucun souci ne soit causé à Noureddine Ben Arfa. Ses collègues ont aussi un œil sur Nejib et Hamid Omane, sans lui en parler. La vétérinaire a été en contact avec la policière Decrest, mais ne lui a pas tout révélé. Sergine ne sait comment agir sans risquer d'aggraver le cas de Samia. Quand la bande de Noureddine envoie un avertissement aux frères Omane, ça peut précipiter le chaos dans ce quartier…

Benoît Séverac : Trafics (Éd.Pocket, 2017)

Pour l’instant, rien ne dit qu’ils savent que Samia est dans le coup ; mais Sergine entend encore la jeune fille dire "Tout se sait dans le quartier, tout le monde espionne tout le monde". Elle espère seulement qu’ils la laisseront tranquille, maintenant qu’ils ont le chien. En effet, ses deux agresseurs quittent la clinique sans rien ajouter, aussi discrètement qu’ils y sont entrés, emportant le rottweiler qui les suit péniblement, momentanément requinqué par la perfusion. Mais avec ce qu’il a, Sergine ne donne pas cher de lui. D’ailleurs, elle ne se fait guère d’illusions : les deux dealers vont le trucider pour réduire l’intussusception à leur manière et récupérer leur marchandise.

C'est avec une vraie lucidité que Benoît Séverac aborde un grand thème d'actualité : le terrorisme islamique, ses liens avec le banditisme. Il est toujours facile de désigner des fautifs, d'accabler les autorités ou les forces de l'ordre qui n'auraient pas pris conscience assez tôt de ce qu'on nomme "radicalisation". La génération endoctrinée, qui choisit le jihadisme, est née dans des familles pratiquant leur religion de manière conventionnelle ou traditionnelle. C'est la propagande qui conduit ces jeunes, qui ont eu souvent plus tôt l'expérience des trafics, vers un combat à la fois confus et meurtrier. Ils sont manipulés, contrôlés par de malfaisants guides.

Voilà ce que Séverac illustre par l'exemple dans cette histoire très dense. À travers le personnage de Sergine, la vétérinaire, il pose l'autre question essentielle : que faire face à ces situations, quelle peut être la position des citoyens ? De nature déterminée, la jeune femme espère protéger la petite Samia, orienter tant soit peu les enquêteurs, mais elle se trouve au cœur d'un contexte extrêmement compliqué, qui la dépasse fatalement. La fiction est au plus près de faits plausibles dans ce récit mouvementé. Précédemment publié sous le titre “Le chien arabe” (La Manufacture de Livres), un roman noir puissant, qui s'inscrit dans un des aspects les plus sombres de la sociologie actuelle.

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
commenter cet article
17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 05:55

Le corbeau : Pierre Besombes est thanatopracteur dans un funérarium normand. Son épouse Edwige est récemment décédée suite à un accident de cheval. S’il est compétent pour son métier, Besombes affiche un certain laisser-aller personnel depuis qu’il est veuf. Il ne paraît pas tellement regretter Edwige. Ces derniers jours, il a reçu cinq courriers anonymes faisant référence au traditionnel Jeu de l’Oie. Le contenu de ces enveloppes est énigmatique. D’autre part, Besombes est contacté par une femme, fort insistante, adepte d’une sorte de secte apocalyptique. Tout ça rendra-t-il Besombes dépressif ?

Sale temps pour les mouches : Après avoir effectué ses courses en grande surface, Marion attend que son petit-ami Grégoire vienne la chercher. Il est en retard. Jean-Luc, ancien copain de collège, propose à Marion de la raccompagner chez elle. Qu’il fasse un détour, ce n’est probablement pas de bon augure.

Le dernier crime de Guy Georges : En cette décennie 1990, le tueur en série Guy Georges a marqué les esprits, agressant mortellement plusieurs jeunes femmes à Paris. L’heure de son arrestation est imminente. Habitant le 14e, Julie n’est pas dans le secteur où opérait Guy Georges. Néanmoins, rentrer à la nuit tombée continue à l’inquiéter. Mais les conseils de son amie Claire, interne en médecine passionnée par cette série de crimes, devraient aider Julie si son chemin croisait celui de Guy Georges. D’ailleurs, l’homme qui la suit ce soir-là, c’est sûrement lui.

Éléonore : Psychologue en investigations criminelles, Anne-Caroline s’intéresse au cas de Gérard Bauer. Cet ancien policier instable a été retrouvé, errant et amnésique, avec le cadavre torturé d’une jeune femme, Éléonore. Interné en psychiatrie, Bauer essaie de se souvenir. Il semble que cette victime et lui aient séjourné dans une étrange maison, en mauvais état, à l’abandon. Si ce lieu sinistre existe-t-il vraiment, elle devrait l’éviter.

Sarcome du capricorne : Joret est un commercial chevronné. À Moustapha Sylla, originaire de Bamako, et à son épouse la libraire Hélène, il a vendu de coûteux travaux pour leur maison. Même s’il n’apprécie guère les Africains, pourquoi ne pas arnaquer une fois de plus ce Sylla ? En ces temps de crise économique, la situation a changé. Totalement, même ! Si Joret compte le manipuler, Sylla a d’autres projets.

Rue des Boulets : Le brigadier-chef Hamelet n’est pas mauvais bougre. Un témoignage dénonce la présence d’un couple de Moldaves sans titres de séjour. Ils logent rue des Boulets, obligeant peut-être une famille à les accueillir. Lorsqu’il va vérifier sur place, l’intention du policier est de résoudre un problème, non pas d’en créer d’autres. Le mieux eût été qu’ils soient effectivement partis.

Nanotechnologies : Marie Cazin est une scientifique toulousaine spécialisée dans certaines technologies pouvant être exploitées par des terroristes. C’est pourquoi sa hiérarchie refuse qu’elle accepte la candidature d’une étudiante indonésienne, au CV pourtant convaincant. Entre-temps, cette dernière est venue directement tenter sa chance à Toulouse.

Hématomes : Anne est une sculptrice d’une trentaine d’années. Elle va séjourner dans la Meuse, dont elle est native, pour une résidence d’artiste. Dans un restaurant miteux, se produit un esclandre. Ce qui ravive pour Anne de mauvais souvenirs remontant à son enfance. Des morts suspectes et autres injustices jamais sanctionnées. Si elle a reconnu un des protagonistes d’alors, il est possible qu’elle soit en danger.

I’m just losing that girl : Dans un jardin public, la lycéenne Pauline a été verbalisée par un gardien intransigeant. Un témoin est intervenu pour plaider en faveur de la jeune fille, vainement. En fait, l’homme n’était pas là par hasard. S’il a défendu Pauline, pas sûr que ce soit par simple charité bienveillante…

Romain Slocombe : Hématomes (Belfond, 2017) - Recueil de nouvelles

Pierre Besombes débouche la bouteille et remplit le verre. Des mouches bourdonnent à travers la pièce – et dans la cuisine aussi. Plus encore dans la cuisine. Ce doit être les restes qui encombrent l’évier. Et la poubelle pleine, dont le contenu se déverse à l’extérieur. Il ouvre l’enveloppe. La cinquième depuis le début du mois.
Une photo, du même format que les précédentes. Elle représente un puits, au milieu d’un jardin. Pas n’importe lesquels : son jardin, son puits. Installé sur le canapé, Pierre Besombes avale un premier verre, sans eau ni glaçons, cul sec. Puis il se lève et prend le "Dictionnaire des Jeux de Société" dans la bibliothèque…

Depuis “Un été japonais” (2000) jusqu’à “L’affaire Léon Sadorsky” (2016), en passant par “Monsieur le Commandant” (2011) et bien d’autres titres, Romain Slocombe est un auteur très actif. Denses, tel “Première station avant l’abattoir” (2013), ou plus légers comme “Envoyez la fracture” (2007), ses romans se caractérisent par une tonalité personnelle et un indéniable perfectionnisme. Souvent, des faits ou lieux réels sont inclus dans le récit, même si la fiction prime.

Ce recueil regroupe neuf nouvelles (révisées) publiées depuis une dizaine d’années, pour divers supports. Un bon moyen de vérifier que Romain Slocombe est aussi très doué dans le texte plus court. Pour lui, la nouvelle ne se réduit pas aux portraits d’individus, aussi réussi que soit ce genre d’exercice. Il s’agit d’épisodes complets, avec leur contexte, leur ambiance, leur singularité. Des histoires aussi vivantes que sociétales. Des "instantanés", ce qui ne manque pas de logique puisque Slocombe est, par ailleurs, un photographe de talent.

Repost 0

Action-Suspense Contact

  • : Le blog de Claude LE NOCHER
  • Le blog de Claude LE NOCHER
  • : Chaque jour des infos sur la Littérature Policière dans toute sa diversité : polar, suspense, thriller, romans noirs et d'enquête, auteurs français et étrangers. Abonnez-vous, c'est gratuit !
  • Contact

Toutes mes chroniques

Plusieurs centaines de mes chroniques sur le polar sont chez ABC Polar (mon blog annexe) http://abcpolar.over-blog.com/

Mes chroniques polars sont toujours chez Rayon Polar http://www.rayonpolar.com/

Recherchez D'autres Infos Ici

Action-Suspense via Twitter

Pour suivre l'actualité d'Action-Suspense via Twitter. Il suffit de s'abonner ici

http://twitter.com/ClaudeLeNocher  Twitter-Logo 

Libres lectures

Petit rappel : Toutes mes chroniques, résumés et commentaires, sont des créations issues de lectures intégrales des romans analysés ici, choisis librement, sans influence des éditeurs. Le seul but est de partager nos plaisirs entre lecteurs.

Abonnez-vous à Action-Suspense, pour recevoir chaque jour mes chroniques et mes infos sur l'univers du polar. Facile et gratuit !

Spécial Roland Sadaune

Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

http://www.polaroland-sadaune.com/

ClaudeBySadauneClaude Le Nocher, by R.Sadaune

 http://www.polaroland-sadaune.com/