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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 04:55

Novembre 1971. Edgar Fillot est directeur de la PJ, au Quai des Orfèvres. D’ici peu, il va goûter à une retraite méritée après une longue carrière dans la police. Avec son épouse Mathilde, ils iront s’installer dans les Landes. Pour l’heure, Fillot a pour assistant Harald Dumarais, sympathique colosse et authentique limier, âgé de trente ans. Il a de quoi être surpris par la lettre anonyme qu’il vient de recevoir, car elle concerne une des premières enquêtes auxquelles il participa. Le 16 mai 1937, dimanche de Pentecôte, une femme de vingt-neuf ans fut poignardée dans le wagon de 1ère classe du métro, où elle se trouvait seule passagère. Il était 18h37. Aucun témoin ne vit l’assassin. D’origine espagnole, cette Dolores Rinconada était une jeune veuve, une coquette ouvrière qui fréquentait volontiers les bals populaires parisiens.

Bien qu’il y ait depuis longtemps prescription, Edgar Fillot a conservé un dossier personnel sur cette affaire qui n’a jamais été résolue. Dolores Rinconada fut un temps employée par une agence de détective. On la soupçonna d’accointances avec des services d’espionnage. On imagina qu’elle ait pu être exécutée par la Cagoule, l’extrême droite fascisante. C’était un crime de sang-froid, pas l’œuvre d’un fou, Fillot en est certain. La chronologie minutée des faits est établie, mais le coupable – sans doute présent aux alentours – ne fut jamais inquiété. Ce que confirme la lettre anonyme. Elle émane d’un ancien étudiant en médecine qui fut le soupirant de la belle Dolores. Harald Dumarais et son supérieur prennent très au sérieux ce courrier. D’autant que le correspondant inconnu ajoute un détail, seulement connu des policiers et du meurtrier.

Même si le procureur Chambérand est un vieil ami de Fillot, il ne peut autoriser l’ouverture d’une nouvelle enquête. Il vaut mieux qu’il ignore leurs investigations officieuses. À la Fac de Médecine, les recherches dans les archives risquent fort de rester infructueuses pour Harald. Pourtant, grâce à sa ténacité, le policier déniche l’identité d’un doctorant de 1942. Les indices semblent correspondre. Alors qu’arrive la retraite landaise pour Fillot et la patiente Mathilde, alors que ce grand diable romantique d’Harald a probablement trouvé l’amour avec sa Jeanne-Jane en cours d’enquête, est-il encore temps de pourchasser l’assassin de Dolores ? Trente-cinq ans plus tard, tant de choses se sont passées depuis le meurtre du soir de la saint-Honoré 1937…

David Morales Serrano : 18h37 (Éd.De Borée, 2017)

— … Liotard a bien essayé de la faire parler, mais il n’y avait que des râles qui sortaient de sa bouche. Pauvre fille… Ah, voilà le croquis de la scène de crime et voilà un schéma du déroulement supposé des faits. C’étaient des brouillons.
Dumarais a pris les documents que je lui tendais et s’est mis à les examiner consciencieusement, professionnellement. J’avais l’impression de lui donner en pâture une faille de ma carrière ce qui, en tant que supérieur hiérarchique, me dérangeait un peu, mais en tant qu’enquêteur cela me ravissait car j’étais persuadé qu’il allait m’aider à le refermer. Au bout de quelques minutes, il a annoncé :
— Joli travail ! Vous étiez doué en dessin…

Ce roman s’inspire d’un dossier criminel bien connu : l’affaire Lætitia Toureaux. À quelques détails près, puisqu’il ne s’agit pas d’une reconstitution de l’enquête. Par exemple, si la vraie victime était d’origine italienne, Dolores Rinconada est native d’Espagne. Le directeur de la PJ Edgar Fillot est un clone de Max Fernet, le véritable directeur, qui mit un terme à ce dossier dans les années 1960. La lettre reçue ici par les policiers doit beaucoup à la confession écrite en novembre 1962 par un médecin de Perpignan, qui s’accusait d’être l’assassin de Lætitia Toureaux.

Resté énigmatique, le "crime du métro" suscita quantité d’hypothèses, car la victime apparut bien moins sage que son statut d’ouvrière le laissait supposer. Espionne, ou plutôt agent infiltrée pour dénoncer les anti-fascistes ? La version est plausible. Quant au rôle de la Cagoule, on ne peut nier que l’extrême droite exécutait souvent d’éventuels ennemis. La jeune femme n’ayant pas la réputation d’être chaste, un motif plus intime est possible. Quoi qu’il en soit, c’est un cas de "crime parfait" qui figure dans les annales. Dans cette fiction, David Morales Serrano introduit donc des différences, conservant la même base.

La belle intelligence de ce roman, c’est d’éviter de nous présenter un récit linéaire, façon "rapport de police". Fluidité et souplesse sont au rendez-vous. Non seulement le narrateur Edgar Fillot laisse, dans certains chapitres, la parole à son adjoint Harald, mais sont aussi restituées les ambiances du début des années 1970 et de 1937. Policiers et meurtriers ne sont, finalement, que des êtres humains.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 04:55

Il affiche une certaine nonchalance. Ses vêtements sont un peu passés de mode. Il circule dans le vieux Combi de ses parents. Il cultive le souvenir de sa jeune compagne disparue. Il ne dit jamais non aux occasions alcoolisées. Ce grand rouquin qu’est Léo Tanguy exerce l’activité de cyber-journaliste, publiant ses articles sur son site internet. Généralement, il sillonne la Bretagne, sa terre d’origine, ses racines. Cette fois, c’est dans les Cévennes, du côté de Saint-Hippolyte-du-Fort, qu’il va traîner ses guêtres. Le Vidourle est un fleuve qui se jette dans la Méditerranée, pas dans l’Atlantique, c’est dire le dépaysement pour Léo. Il est invité aux noces de son amie Maïa, une belle Antillaise, avec le musclé Sébastien.

Ça se passe dans un mas rénové en gîte qui est la propriété de Paolo, oncle de Sébastien. Cet Italien a vécu une jeunesse militante, agitée, d’activiste ayant dû s’exiler. S’installer dans la montagne cévenole, bon moyen de tourner la page, de se faire oublier en vivant une vie plus tranquille. Encore que, depuis quelques temps, ce territoire intéresse des industriels voulant exploiter le gaz de schiste. Sachant les conséquences dramatiques sur l’environnement, un comité local s’y oppose, dont Paolo fait partie. La menace est réelle car Paul Debors, héritier d’un notable d’ici, est prêt à vendre ses terrains. Il lui arrive de provoquer la population organisant des meetings contre les projets liés au gaz de schiste.

Les noces de Maïa et Sébastien réunissent un grand nombre de leurs amis. Un "mariage" tout en symboles, une belle façon de faire une vraie fête. Léo ne croise pas si souvent des jeunes femmes aussi excitantes que la sculpturale Angelina, fille de Paolo. Il tombe illico sous son charme, mais n’est pas assuré que puissent exister des affinités entre un Breton pur beurre et une ravissante Italienne décomplexée. Au lendemain de la fiesta, Paolo est embarqué par les gendarmes. On l’accuse d’avoir agressé Paul Debors, qui passe bientôt de vie à trépas. Le boulanger Julien explique la situation à Léo. Il y a eu une altercation entre Paolo et Debors lors du dernier meeting, en effet. Mais l’Italien n’a tué personne.

Léo mène sa petite enquête au village. Il pose des questions à la brune Marielle, qui tient un bistrot d’habitués. Il interroge Gégé, militant devenu beaucoup plus modéré avec l’âge, quelque peu en froid vis-à-vis de son fougueux ami Paolo. Gégé laisse entendre qu’il y aurait une autre piste, Paul Debors ne maquant pas d’ennemis. En réalité, Paolo possède un véritable alibi, mais la personne concernée ne tient nullement à s’exposer. Dans les Cévennes comme ailleurs, les rancœurs peuvent être tenaces : même trente ans après, on ne peut exclure qu’il s’agisse d’une vengeance…

Sylvie Rouch : De l’eau dans l’gaz – Léo Tanguy (Éd.La Gidouille, 2017)

— Les seules personnes qui ont besoin d’une preuve de son innocence, ce sont ceux qui sont venus ici ce matin, qui l’ont emmené sans sommation et qui vont pas le lâcher de sitôt !
— On peut voir les choses autrement, intervient Léo pour clore ce différend stérile entre les deux femmes. Maintenant qu’on a la certitude que Paolo est innocent, trouvons qui d’autre aurait pu s’en prendre à Debors. Vous n’en avez aucune idée ? demande-t-il à Jeanne.
— Malheureusement non. Des gens qui n’aimaient pas beaucoup le fils Debors pas plus qu’ils n’aimaient son père avant lui, j’en connais beaucoup. C’était pas quelqu’un de charismatique et personne le portait vraiment dans son cœur… Mais de là à le suivre jusqu’à son domicile et à le tabasser à mort… non, je ne vois pas.

Sylvie Rouch fait partie des auteurs qui, voilà bientôt dix ans, imaginèrent le personnage de Léo Tanguy. Elle publia en 2008 le deuxième titre de la série, "L’immobilier flambe, le SDF brûle". Par ailleurs, elle a écrit plusieurs romans noirs dont "Meuf mimosas" (1998, un épisode du Poulpe), "Corps mort" (2006, Prix ‘Polar dans la ville’ du festival de Saint-Quentin-en-Yvelines), "Décembre blanc" (2010), ainsi que des nouvelles et des livres pour la jeunesse. Elle signe aujourd’hui une nouvelle enquête de Léo Tanguy, journaliste atypique, fouineur et décalé, curieux des dysfonctionnements de la société et des crimes que cela entraîne parfois. Léo n’est pas un justicier cherchant à tout prix le coupable, c’est plus sûrement un témoin de notre époque, pas si sereine.

Le gaz de schiste ! Au nom de l’indépendance énergétique, ce serait l’avenir. Des écolos-médiatiques seraient même favorables à des "expérimentations" ciblées, en France. L’air contaminé par les déchets, la pollution des sols, la santé publique, des sites remarquables détériorés par ces exploitations, les exemples catastrophiques dans d’autres pays ? Pas grave… Vive le progrès, qui détruit tout pour devenir très vite rentable. La perplexité des populations risquant d’être touchées par ces projets peut se comprendre. Les lobbies de l’énergie et de l’industrie ont aussi leurs arguments. Tel est le contexte de cette intrigue, s’inscrivant dans l’esprit du roman noir, qui va ainsi plus loin qu’un simple polar d’enquête. Si l’ambiance est tendue, ça n’interdit pas quelques francs sourires.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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24 juin 2017 6 24 /06 /juin /2017 04:55

Avec son collègue et mari, le sergent Jim Chee, l’agente Bernadette Manuelito est membre de la police navajo, dont la juridiction s’étend sur la réserve indienne, située en Arizona pour l’essentiel. Le couple habite à Shiprock. Ils se montrent respectueux des traditions et de la culture navajo. Lors d’une récente affaire, le lieutenant retraité Joe Leaphorn – que tous deux admirent – a été grièvement blessé. Sa compagne Louisa reste auprès de lui le temps de sa convalescence. Bernie et Jim Chee s’accordent quelques jours de vacances du côté de Monument Valley. C’est dans ces décors que John Ford tourna les extérieurs de ses mythiques westerns. Paul, un frère de clan de Jim Chee, qui compte y organiser des visites touristiques, a invité pour quelques jours le couple amoureux du désert.

Malgré le charme du site, Bernie est bientôt inquiète. Sa jeune sœur Darleen a encore une fois laissée seule leur mère Mama, diminuée physiquement. Bien que chargée de veiller sur elle, Sœur Cadette est partie s’enivrer, avant d’être placée en dégrisement. Bernie est de retour chez Mama, s’occupant de tout. Elle reste en contact avec son supérieur Largo, au sujet d’une arrestation intervenue juste avant ses congés. Le comportement d’un conducteur nommé Miller était fortement suspect. Il a tenté une forme de corruption, et il y avait des boîtes de terre avec un fusil dans le coffre de son véhicule. En panne, la caméra de sécurité n’a pas filmé l’arrestation. Selon Largo, rien d’illégal n’est retenu contre Miller. Rentrant chez Mama, Darleen semble prête à devenir plus raisonnable.

Jim Chee a été engagé pour compléter l’encadrement policier d’un tournage de film, près de Monument Valley. Sa première mission consiste à retrouver Melissa, une jeune femme de l’équipe, supposément perdue dans le désert. Fascinée par le paysage, elle faisait des photos. C’est avec elle que Jim Chee découvre une curieuse sépulture récente. Après avoir réglé un incident causé par deux adolescentes, intruses autour du tournage, Jim Chee va enquêter sur cette tombe "anormale". Il est accompagnée de Rosella Tsinnie, une policière navajo expérimentée et rugueuse, l’équivalent de Joe Leaphorn qui l’a formée.

Pour elle, il peut s’agir d’un coup de pub, vu que le film en tournage est une histoire de zombies. Mais le producteur nie la chose. Par ailleurs, on a trouvé des traces de sang dans une chambre d’auberge des environs, ainsi qu’un singulier bijou perdu. Bernadette fait la connaissance de l’élégant David Oster. Ce technicien de San Francisco est expert en énergie solaire, qui pourrait devenir une richesse du désert. L’agent du FBI Jerry Cordova arrive à la rescousse, concernant l’affaire de l’automobiliste Miller. Mais, avec ou sans son chien Buddy, ce conducteur n’est sans doute pas l’homme le plus dangereux de la région. L’opinion de Joe Leaphorn ne serait pas inutile à Bernie comme à Jim Chee, avant un final qui risque d’être explosif…

Anne Hillerman : Le Rocher avec des ailes (Éd.Rivages, 2017)

D’ordinaire, elle dormait toute la nuit sans interruption, continuait de sommeiller en dépit du vacarme des orages estivaux, des soucis qu’elle rencontrait dans son travail, des complications qu’elle vivait avec sa mère, sa sœur ou Chee. Mais cette fois, elle ne parvenait pas à fermer l’œil, s’agitait. Elle tenta de se concentrer sur sa respiration et sur les techniques de maîtrises du stress qu’on lui avait enseignées pendant sa formation au métier de policière. Mais au lieu de s’assoupir, son esprit revenait sur les événements récents et les faisaient tourner en rond dans sa tête comme autant de stimulations mal venues.
Le Lieutenant, son mentor, qui se remettait de sa blessure par balle au cerveau. La prochaine fois qu’elle le verrait, elle lui parlerait de l’étrange nervosité de l’homme aux boîtes remplies de terre. Leaphorn s’intéressait à ce qui sortait de l’ordinaire. Elle revit la façon dont il lui avait souri, pour la première fois après l’agression, quand elle l’avait vu la semaine passée. Ce souvenir lui apporta la paix.

Joe Leaphorn et Jim Chee, de la police tribale navajo, sont des personnages que créa Tony Hillerman (1925-2008) pour une série de suspenses ethnologiques, dix-huit aventures dont douze ensemble. Sa fille Anne Hillerman (née en 1949) a décidé de poursuivre ces enquêtes avec les deux héros. Mais c’est l’agente Bernadette Manuelito qui est vraiment au centre de “La fille de la Femme-Araignée” et de “Le Rocher avec des ailes”, les premiers titres qu’elle a concoctés. Dans ce nouvel épisode, l’ex-policier Leaphorn reste très affaibli, ne s’exprimant que par écran interposé. Chacun de son bord, Jim Chee et sa compagne Bernie mènent l’enquête sur des cas apparemment sans lien, dans des lieux différents. Il n’est pas exclu que leurs investigations puissent se rapprocher.

L’intrigue énigmatique est bien présente, ne manquant pas de péripéties. Les tracas familiaux de Bernadette "humanisent" cette héroïne, qui n’est pas que policière. Mais c’est aussi – ou en priorité – du territoire navajo et de sa culture dont il est question dans cette histoire. “Le Rocher avec des ailes” désigne un site typique, où furent tourné des westerns de qualité, ce qui offre une opportunité touristique au peuple navajo. Dans l’esprit des suspenses de son père, Anne Hillerman nous présente des descriptions et des éléments de cet univers que les Amérindiens entendent préserver. Excellent roman.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 04:55

Trois-Rivières est une grande ville québécoise, à mi-chemin entre Montréal et Québec, sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, dans la région de Mauricie. Jean-Sébastien Héroux y est inspecteur de police, dirigeant une équipe d’enquêteurs consciencieux. Âgée de dix ans, Mélodie Cormier a disparu quelques jours plus tôt. Elle a bien été conduite à l’école par le car scolaire, mais on ne l’a plus vue ensuite. D’importants moyens sont mis en œuvre pour la retrouver, Héroux et tous ses collaborateurs cherchant des indices. On ne peut guère soupçonner les délinquants habituels. La police sait qu’un pick-up noir a été remarqué dans le même secteur, ce matin-là.

Gilbert Cormier, père de Mélodie, possède un véhicule correspondant. Ses activités n’étant pas absolument nettes, le suspecter n’est pas interdit. Même si son épouse ne le croit pas coupable. Cette dernière reconnaît un élastique à cheveux de sa fille Mélodie. Cet élément peut s’avérer accusateur contre le père. Des témoignages sont concordants, et son alibi ne tient pas. L’inspecteur Héroux lui met la pression, afin qu’il dise la vérité. En fait, il avait rendez-vous avec une strip-teaseuse employée dans un club qu’il fréquente. Le policier vérifie, mais ça reste une piste beaucoup trop fantomatique.

Marco Genest est un étudiant de vingt-trois ans. Ses parents sont décédés récemment, de façon accidentelle, alors qu’ils randonnaient dans une forêt glaciale. Un message anonyme adressé à Marco affirme lui apporter bientôt une explication à ce double décès. Toutefois, les "confessions" qui vont suivre ne semblent pas avoir de rapport direct. Son amie Josée Dusseault adore les énigmes. Elle s’est jointe à lui pour l’aider dans ce troublant jeu de piste. Les révélations de l’inconnu concernent un de ses jeunes voisins, puis un professeur de mathématiques, puis un commerçant pratiquant le golf. À chaque fois, c’est avec une grande perversité que l’anonyme a manipulé des faits pour incriminer ses cibles.

Marco et Josée cherchent à identifier l’inconnu, en retrouvant les lieux indiqués. Quelques noms apparaissent, qu’ils vont croiser avec une autre info. Naguère, M.Ariel a logé chez lui successivement plusieurs jeunes gens. Peut-être l’anonyme veut-il les aiguiller sur une voie erronée ? Marco et Josée reçoivent une nouvelle "confession", et ils ne tardent pas à réaliser qu’il évoque la disparition de Mélodie Cormier. L’inconnu ne cache pas qu’il a fait en sorte que le père soit fortement suspecté. À l’heure où l’adversaire rencontre Marco, avec l’intention de le séquestrer, Josée se rend chez les policiers. Héroux et son équipe prennent son témoignage au sérieux. Mais l’anonyme est très habile…

Guillaume Morrissette : L’affaire Mélodie Cormier (City Éditions, 2017)

— …Je trouve qu’on fait exactement ce qu’il veut. Et j’aime pas ça. On n’a même pas le temps de réfléchir à ce qui nous arrive : les renseignements arrivent vite, mais on sait rien sur lui. Ça fait deux jours qu’on court, et je vois pas le bout ! C’est quoi son idée ? Il pourrait encore nous faire courir pendant un mois. OK, j’aime bien les énigmes, c’est cool, mais ça me fait un peu peur. Théoriquement, il peut avoir caché des dizaines de tubes comme celui-ci. Je te le dis, j’aime pas ça.
— Alors, on fait quoi ? On arrête tout ?
— Non. Ce que je veux dire, c’est que peu importe ce qu’il y a dans ce tube, le but c’est toujours de trouver qui est ce type, et pas de chercher des solutions à ses énigmes comme des débiles. On a déjà pas mal de pistes à suivre, et j’suis certaine que ça va finir par nous mener quelque part. Si on cherche par nous-mêmes qui il est, j’aurai au moins le sentiment qu’on a une petite longueur d’avance sur lui. Il a peut-être des renseignements au sujet de ta famille, mais faut pas oublier qu’il est un peu dérangé.

Ce roman de Guillaume Morrissette a été initialement publié par Guy Saint-Jean Éditeur, au Québec. Il a été doublement récompensé en 2015 par le Prix Saint-Pacôme du premier polar, ainsi que par le Prix coup de cœur attribué par le Club de lecture de Saint-Pacôme. Il s’agit là de distinctions majeures concernant la littérature policière au Québec. Auteur quadragénaire, Guillaume Morrissette est enseignant à l’Université de Trois-Rivières. Ce qui explique qu’il soit à l’aise avec les décors de cette intrigue.

Une affaire machiavélique ? Oui, mais – même si l’inspecteur Héroux et ses adjoints ont un rôle effectif – il ne faut pas s’attendre à une stricte enquête de police. Car l’autre ligne du récit, autour de Marco et Josée, est également cruciale. On ne doute pas un instant que la disparition de la fillette et que les investigations du duo aient un lien direct. Si tout commence par une sorte de malsain jeu de piste, on imagine assez tôt que l’adversaire se manifestera physiquement. Ce qui va fatalement compliquer le sort de Marco, pour lequel on peut s’inquiéter. Ainsi que pour la petite Mélodie Cormier, évidemment. Les policiers font régulièrement le point, pour avancer dans ce dossier. Voilà donc un pur suspense, fort bien agencé, qui tient en haleine ses lecteurs.

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 04:55

Ce roman est sélectionné pour le Grand Prix de Littérature Policière 2017.


Âgée de quarante-huit ans, Marion Sanders est médecin à Hambourg. À ce point de sa vie, elle ressent le besoin de s’éloigner de l’Allemagne. Marion doit faire un court séjour à Paris avant de partir pour une mission de Médecins Sans Frontières. Plutôt qu’en Afrique, c’est en Jordanie qu’on va l’envoyer. Entre-temps, elle s’installe chez de vieux amis parisiens. L’octogénaire Louise Bonnier et son mari Greg habitent rue Guynemer. Quand elle était enfant, sa propre mère l’ayant délaissée, Marion fut en partie élevée chez eux. Au musée Carnavalet, dans une expo photo sur l’exil, elle remarque celle d’une jeune femme qui lui ressemble beaucoup. Le cliché fut pris à peu près à l’époque de sa naissance.

Jean Morel est le neveu de Louise Bonnier. Son obscur métier l’entraîne depuis longtemps dans des régions du monde en crise, en guerre. Tel un conseiller international, Morel a noué bon nombre de relations dans les pays du Moyen-Orient. Parfois, il facilite la sortie de réfugiés menacés, comme c’est le cas actuellement en Syrie, où règne une guerre civile larvée. La petite Zahra, cinq ans, a été exfiltrée de ce pays, mais elle constitue un cas plus particulier. Car Morel connaît Elaine, la mère de la fillette, une Occidentale ayant épousé un haut responsable syrien. Afin de protéger la fragile et mutique Zahra, il la confie à sa tante Louise, qui a toujours eu un bon contact avec les enfants.

Claude Baptiste est un agent de la DGSE, les services secrets français. Quinquagénaire au grand sang-froid et à l’allure solide, il enquête sur les liens entre la Syrie et des personnes installées en France. Sur cette affaire, il est assisté de Leroux, un jeune agent de la DGSI, la sécurité intérieure. La mort de Zahit Ayan, réfugié syrien, et les coups de feu visant un enseignant d’Orléans, lui confirment le rôle nébuleux de Jean Morel. Que, dans l’immédiat, Claude Baptiste veut protéger afin d’en savoir davantage sur ses réseaux. S’étant rendu à Marseille, Jean Morel est impliqué dans un attentat commis à la frontière italienne, dont la cible était le ministre de l’Intérieur français. Une façon de faire pression sur Morel.

Tout en cherchant à résoudre l’énigme de la photo de son sosie, Marion Sanders s’occupe de la petite Zahra, car Louise est souffrante – et bientôt hospitalisée. Apprivoiser l’enfant n’est pas impossible, mais en a-t-elle le temps d’ici son départ ? Claude Baptiste s’invite chez les Bonnier, ne cachant pas qu’il recherche des informations sur Jean Morel. Il n’est pas le seul : Moshe Katzman, agent du Mossad israélien, voudrait débrouiller l’affaire, lui aussi. Sans doute existe-t-il des documents syriens ultra-secrets explosifs, dont quelques services veulent s’emparer. Ayant découvert des éléments sur son passé personnel, Marion part avec Zahra, direction une maison isolée en Bretagne, dans la région brestoise. Rien ne prouve qu’elles y seront en complète sécurité…

Alex Berg : La fille de la peur (Éd.Jacqueline Chambon, 2017) – Coup de cœur –

Quand Marion et Zahra prirent le chemin de la maison, sept heures sonnaient au clocher de Saint-Sulpice. Marion se demandait si elle devait raconter à Louise ce qui s’était passé dans le parc. Elle avait été profondément émue d’entendre chanter la petite fille et elle savait que Louise serait heureuse d’apprendre la nouvelle, mais en même temps elle craignait que la vieille dame ne mette trop la pression sur l’enfant.
La petite main de Zahra était dans la sienne, pleine de confiance, et Marion avait le sentiment que la fillette s’ouvrirait un jour à elle, à condition qu’elle soit plus souvent avec elle. Mais quand ? Ces derniers jours, malgré son maigre temps libre, elles avaient passé beaucoup d’heures ensemble, au point que Marion avait dû reconnaître que Zahra était une parfaite excuse pour éviter de s’occuper de ses propres affaires. Elle avait seulement pris le temps de retourner au musée pour s’informer de la provenance de la photo. La conservatrice s’était montrée serviable et professionnelle, mais ce professionnalisme n’était pas exempt de curiosité. Marion n’était pas la première à frapper à sa porter et à chercher des informations supplémentaires.

Ce qui apparaît vite frappant à la lecture de “La fille de la peur”, c’est le fait que plusieurs thèmes – complémentaires – y soient abordés. Le premier, c’est le cas de la petite Zahra, qui peut symboliser la tourmente de l’exil pour les réfugiés. Une partie ont la capacité de s’insérer, mais la plupart n’ont pas cette force de caractère, et deviennent fatalement des apatrides. Toutefois, le parcours de Zahra est, déjà, plus compliqué qu’il le semble…

Le deuxième thème concerne certains personnages dont on ne mesure pas l’influence, les fonctions. Louise Bonnier, quatre-vingt-deux ans, appartient aux sphères occultes proche du pouvoir, quel que soit le régime. Son neveu Jean Morel se situe dans des cercles aussi discrets, observateur international des conflits, diplomate sans titre exact. Ces experts géopolitiques de terrain, parfois appelés "négociateurs", existent-ils et agissent-ils en marge de nos Services de Renseignement ? On a tendance à le penser.

La troisième thématique, c’est la quête d’identité. Même avec un statut social avantageux – Marion Sanders étant médecin en Allemagne, on n’est pas à l’abri du questionnement. Le schéma familial standard ne s’applique pas dans tous les milieux. On évite de parler de tel cousin qui aurait fait un mariage consanguin, de telle tante dont on croit qu’elle a mal tourné, par exemple. Rien de bien grave, souvent. Mais des secrets plus surprenants ressurgissent quelquefois, installant un mal-être. Ou une envie de tourner la page.

Certes, “La fille de la peur” est un roman d’espionnage sur fond de contexte actuel. Mais Alex Berg nous présente une intrigue bien plus riche et subtile, avec des héros nuancés et empreints d’humanisme. Coup de cœur pour ce suspense d’excellence.

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 04:55

Elmore Leonard (1925-2013) fut un des écrivains les plus respectés aux États-Unis. Il publia une cinquantaine de romans et de recueils de nouvelles. Une bonne partie de ses titres furent adaptés au cinéma et à la télévision. Il fut aussi habile dans les histoires de type western que dans les intrigues policières et les romans noirs. Ce recueil présente les toutes premières nouvelles, inédites, d’Elmore Leonard. Perfectionniste, il l’est déjà dans ces textes construits et écrits. Talent et inventivité ne suffisent pas, il en est conscient et donne sa propre tonalité aux récits. Certes, il progressera beaucoup au fil de ses romans à venir, mais ces huit nouvelles témoignent de sacrées capacités d’auteur.

Elmore Leonard : Charlie Martz et autres histoires (Rivages/Noir 2017) – Inédit –

Charlie Martz – Quand à l’époque du Far-West, un étranger arrive à cheval dans une petite bourgade, c’est sûrement qu’il a des comptes à régler. Le barman du saloon et Smitty l’Allemand renseignent volontiers cet inconnu. Il dit s’appeler Billy, et qu’il a déjà naguère rencontré Charlie Martz. Ici à Mesilla, on trouve que Charlie n’est pas très efficace pour faire respecter la Loi. Mais qui sait ce que réserve le proche avenir ?

Un, horizontal – Vivotant au Mexique, Stan Ellis est revenu dans la région de Detroit pour s’occuper de son frère cadet Cliff. Celui-ci s’était acoquiné avec la mafia, qui a fini par tenter de le supprimer. Aigri, il s’alcoolise, végétant en fauteuil roulant. Stan a la mauvaise idée de provoquer le caïd Marty Carrito. Ce dernier et son sbire Buddy ne sont pas de ceux qu’on impressionne si facilement. Il serait préférable que Stan et Cliff quittent au plus tôt le secteur, avant que l’ambiance y devienne mortifère.

… Je ne voyais pas comment cela pourrait arranger les choses que j’aille trouver la police. Pour eux, [Cliff] n’était qu’un criminel qui avait récolté ce qu’il méritait. Si celui qui lui avait fait ça était arrêté, il se retrouverait libre comme l’air avant que vingt-quatre heures ne se soient écoulées. Aucune preuve. Une douzaine de types déclareraient sous serment qu’ils buvaient une bière en sa compagnie à l’instant précis où Cliff avait servi de cible. Si quelque chose pouvait être fait, il allait falloir que ce soit par moi. Je ne m’illusionnais pas au point de croire que j’allais anéantir l’organisation toute entière, ni même la branche de Detroit, mais il y en avait un qui allait payer. Celui qui avait décrété que Cliff n’était plus indispensable.

Arma Virumque Cano – Harry Myrold est exaspéré par la circulation urbaine à Detroit, en ces années 1950. Rentrant chez lui, il prend dans son automobile une jeune auto-stoppeuse. Cette étudiante a environ l’âge de sa propre fille. Réminiscence scolaire, un vers en latin lui revient en mémoire. Peut-être le latin l’a-t-il aidé pour sa réussite sociale. Généreusement, il fait un détour pour amener sa passagère près de chez elle.

Le Cow-boy – Au temps du Far-West, Chick Williams est un cow-boy de dix-sept ans. Se disant un peu plus âgé, ce jeune prétend posséder une certaine maturité. Ce dont doute fortement son collègue Ace, qui a une douzaine d’années de plus que lui. À la "cantina" du village, Chick rencontre la belle Luz. Pour lui, c’est le coup de foudre immédiat. Il imagine un futur en rose avec la jolie petite Mexicaine. Chick n’a qu’une hâte, la revoir très vite.

La coupe italienne – Elaine et Roy sont mariés depuis sept ans. Adepte du sport, Roy a une fâcheuse tendance à confondre compétition et rivalité. Y compris face à son voisin Grady, époux d’Inez. Ce soir-là, ce n’est pas la nouvelle coupe de cheveux d’Elaine qui calmera son irritabilité. Surtout que, par ailleurs, Grady est nettement mieux placé que lui pour devenir président du club de bowling. Encore une humiliation pour Roy…

Confession – En Arizona, à l’époque du Far-West. Un anonyme offre plus de trois mille dollars au père Schwinn. Voilà qui lui sera bien utile pour son église Saint-Antoine. Mais cette grosse somme n’a rien d’un miracle. C’est probablement le butin d’un braquage qui a causé un blessé grave dans les environs. Le prêtre se renseigne au relais des diligences d’Al Rindo, auquel appartenait l’argent dérobé. Oui, ces trois mille dollars seraient la propriété de Rindo. Deux des trois complices ont la ferme intention de récupérer le magot, laissé au père Schwinn par leur comparse. Que ce soit par le chantage, par la menace, par l’affrontement direct. Le prêtre cherche la meilleure solution…

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 04:55

Roman inédit sélectionné pour le Grand Prix de Littérature Policière 2017.

 

Automne 1921. Jeremy Nelson est un pianiste de jazz âgé de vingt-cinq ans. S’il sait venir d’une famille cosmopolite, il ignore à peu près tout sur ses parents. C’est pourquoi Jeremy a séjourné en Angleterre. Il espérait qu’un ancien libraire parisien, Victor Legris, serait en mesure de le renseigner sur ses origines. Mais ce dernier s’est montré très prudent sur la période, autour de 1895, où il a pu connaître la mère et le père de Jeremy. De retour à Paris, le pianiste loge dans l’immeuble d’Helga Becker, chargée par Victor Legris de garder un œil sur Jeremy. Pour subsister, il joue dans une gargote, "La Dame Blanche". Il lui arrive de faire des remplacements dans des cabarets, où le ragtime et le one-step ont davantage de succès auprès du public faisant la fête.

Denver Southern, un ami musicien de Jeremy, semble être décédé de mort naturelle. Mais un autre homme, Robert Escaudain, décorateur pour le spectacle, a succombé dans des conditions identiques. À chaque fois, on retrouve un serpent non loin du cadavre, ainsi qu’une même carte postale. L’illustration est une reproduction d’un tableau dû à Piero di Cosimo, représentant Simonetta Vespucci. Cette très jolie femme posa en son temps pour Botticelli, et mourut jeune. Le musicien et le décorateur ont-ils été mordus par une vipère aspic, ou est-ce la peur qui a causé leur mort ? Ces reptiles appartiendraient-ils à un fakir, pour un numéro de music-hall ? Il est possible que ces décès aient un lien avec "La tour de Babel", une salle de spectacle située rue Bergère.

Si son amie de cœur Camille est absente de Paris actuellement, Jeremy peut compter sur une poignée de fidèles relations. Il y a Jacob et son jeune frère, le débrouillard Sammy, qui espèrent trouver leur voie dans l’effervescence parisienne. Et aussi Léa Lavergne, mère de turbulentes jumelles, qui tient une boutique et s’avère protectrice envers Jeremy. Quand celui-ci s’en vient rôder dans les coulisses de "La tour de Babel", il apprend la mort récente d’une danseuse ayant travaillé ici. Cette Muriel Watrin est décédée alors qu’elle participait à un spectacle au théâtre du Chatelet. Là encore, il est question de serpents. Le pianiste interroge Sophie Lemerle, épouse du directeur de "La tour de Babel", avant de s’adresser à son mari Renaud Lemerle. Ce dernier affiche une certaine sincérité.

Jeremy rencontre une cousine aînée de la défunte Muriel. Cette Hélène fut un temps la compagne d’un charmeur de serpents. La piste la plus prometteuse à suivre est sans doute celle d’Émile Courlac, un auteur de théâtre écrivant sous pseudonyme. Entre-temps, une femme venue d’Angleterre a des révélations étonnantes à apporter au jeune pianiste. Et pas seulement sur ses parents. Alors que Jeremy Nelson doit animer au piano une fête organisée par la mondaine Muguette de Vermont, un quatrième meurtre est commis. La fameuse carte postale certifie qu’il s’agit de la même série. Témoin direct, le musicien craint des ennuis. Même si on l’identifie, le fantomatique assassin risque de disparaître…

Claude Izner : La femme au serpent (Éd.10-18, 2017) – Inédit –

Jeremy posa la carte postale de Simonetta sur sa table de chevet. Le serpent enroulé autour de la chaînette offrait une vague ressemblance avec l’hôte de Denver Southern : ventre clair, dos foncé, environ soixante-dix centimètres de longueur, espèce inconnue. Qui serait assez inconséquent pour projeter un meurtre en comptant sur la bonne volonté d’un serpent ? Pourtant, la carte postale du tableau signé Piero di Cosimo, destinée à Denver, n’était pas un cadeau fortuit. Avait-on voulu le menacer ? Pouvait-on succomber à une morsure de ce type de reptile ? "Tu as trop d’imagination, abandonne."
Il cala le traversin contre la tête du lit et s’allongea, les mains sous la nuque, en attendant l’heure d’affronter les mélomanes de 'La Dame Blanche'.

Victor Legris a été le héros d’une douzaine de polars historiques à suspense, une série qui a connu un très grand succès. Les sœurs Claude Izner ont entamé avec “Le pas du renard” une nouvelle série de romans qui ne sont pas moins excitants. Les atouts sont nombreux et variés. Jeremy Nelson, le héros, est un personnage bohème en quête d’identité. Certes, à toute époque, des gens ont perdu trace de leurs proches. Mais à la fin du 19e siècle et au début du 20e, entre Europe et Amérique, vécurent des personnages aventureux dont les méandres de la vie furent aussi aléatoires que compliqués. Reconstituer leurs parcours n’a donc rien de simple pour le jeune musicien de jazz.

Jeremy Nelson mène une sorte d’enquête sur des morts hautement suspectes. Tel est le moteur de l’intrigue, avec ses rebondissements et ses surprises. On imagine bien qu’il ne s’agit pas là d’investigations balisées, comme le feraient des policiers. Toutefois, ce que l’on retient, c’est l’ambiance parisienne d’alors magnifiquement restituée par les auteures. En ces Années Folles qui débutent, Paris est une ville aux multiples facettes, à la fois populaire et artistique. Tristan Tzara, Foujita, Cocteau et quelques autres commencent à s’imposer tandis que, dans cette faune aux talents parfois relatifs, d’autres créateurs restent plus anonymes. Le music-hall et le cabaret offrent spectacles et loisirs à foison, sans nuire à la fréquentation des bistrots d’habitués. Parmi la population, tous ne nagent pas dans le luxe, mais tous estiment avoir leur chance "d’exister" dans cet univers parisien.

On prend un grand plaisir à suivre le jeune jazzman Jeremy dans ses vivantes tribulations, de Londres à Paris, entre son enquête sur une série de crimes et son besoin de trouver des précisions sur le passé de sa famille. Un suspense franchement agréable.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 04:55

Cet ‘Omnibus’ rassemble sept romans d’Erle Stanley Gardner, ayant pour héros l’avocat Perry Mason : Cœurs à vendre, La prudente pin-up, Jeu de jambes, L’Hôtesse hésitante, Gare au gorille, La nymphe négligente, La vamp aux yeux verts. En postface, Jacques Baudou évoque les comédiens qui incarnèrent ce personnage à l’écran, en tête desquels Raymond Burr. Il recense les adaptations télé et cinéma des enquêtes de Perry Mason.

Les romans d’Erle Stanley Gardner connurent très vite un immense succès. Aux États-Unis, bien sûr, car un avocat défendant généralement de jolies femmes dans des situations compliquées, c’était une formule excitante. En France aussi où, dès 1936, les premiers Perry Mason furent traduits dans la collection Le Scarabée d’Or, des éditions Gallimard. C’est surtout après-guerre, dans les années 1950, que l’auteur devint un des piliers de la collection Un Mystère, aux Presses de la Cité. C’est ainsi que Perry Mason connut une grande popularité chez les lecteurs français.

Les intrigues de cette série de suspenses ne se résument pas aux procès, aux plaidoiries, tels de simples "romans de prétoire". Elles débutent par un cas très énigmatique, avec son lot de détails insolites. L’avocat et sa secrétaire Della Street ne sont jamais dupes de la version initiale – souvent mensongère en grande partie – qui leur est présentée. Que des clientes les prennent pour des naïfs amuserait plutôt le duo. Bien qu’assisté par Paul Drake, détective privé, c’est Perry Mason qui mène ensuite les investigations. Il n’est pas rare que, au gré des nombreuses péripéties, l’avocat se trouve impliqué en personne dans un crime, risquant sa carrière. Ce qui ne l’inquiète que modérément, car il se sait assez habile pour s’en sortir. Ensuite, quand vient le moment de plaider au tribunal, à lui d’être malin et subtil pour désigner le vrai coupable, et les arcanes de l’affaire.

Parmi les sept romans proposés dans l’Omnibus “Perry Mason L’avocat justicier”, survolons-en deux qui sont exemplaires des dossiers traités par Perry Mason.

Erle Stanley Gardner : Perry Mason L’avocat justicier (Omnibus, 2017)

“La prudente pin-up (1949)” - À Los Angeles, l’avocat Perry Mason défend les intérêts du jeune Finchley, sérieusement blessé dans un accident de voiture. Au service de l’avocat, le détective Paul Drake a passé une annonce pour retrouver un témoin de l’affaire. Le courrier anonyme reçu par Perry Mason apparaît trop explicite pour ne pas être un peu douteux, ce que pense aussi Della Street, la secrétaire de l’avocat. Mason fait ainsi la connaissance de Lucille Barton, une ravissante jeune femme, empêtrée dans son dernier divorce en date. Elle a été témoin de l’accident, en effet. Ce qui conduit Perry Mason au propriétaire de l’automobile, Stephen Argyle. Un second témoignage affirme que le coupable de l’accident est un nommé Daniel Caffee.

Ce dernier admet sa faute, et accepte d’indemniser le jeune Finchley. L’avocat se demande pourquoi on l’a d’abord mis sur la piste de Stephen Argyle. Et ce que lui veut vraiment Lucille Barton, dont l’histoire semble aussi confuse que peu crédible. Perry Mason et la jeune femme découvrent bientôt dans le garage de Lucille Barton le cadavre d’un certain Pitkin. Or, ce dernier est l’ancien époux de Lucille, et le chauffeur d’Argyle. L’avocat commet l’erreur de laisser la jeune femme téléphoner seule à la police. Ce qu’elle ne fait pas, et ce qui place Perry Mason dans une situation embarrassante. Même si le lieutenant Tragg n’est pas hostile envers l’avocat, il est chargé de l’incriminer dans ce meurtre-là.

Car un témoin a vu le couple au moment de la découverte du cadavre de Pitkin, alors que Lucille prétend ne l’avoir trouvé que plus tard. En outre, une empreinte de Mason figure sur l’arme du crime. L’avocat doit jouer avec la police et la presse, afin de contrecarrer le témoignage gênant pour lui. Cela lui donne l’occasion de ridiculiser le sergent Holcomb, son vieil adversaire peu scrupuleux. Toutefois, au tribunal, lors de l’audience préliminaire du procès intenté contre Lucille Barton, l’avocat doit jouer serré. Il s’agit de démontrer autant sa propre innocence que celle de sa cliente. Pour ça, face à l’argumentaire du D.A. Hamilton Burger, il doit prouver le rôle précis de chacun des protagonistes…

Tragg prit les clés que lui tendait Perry Mason et les examina avec attention tandis que son front se plissait.
— J’en ai tout naturellement déduit, enchaîna Mason, que Miss Barton désirait me voir obtenir le renseignement sans prendre la responsabilité de me le fournir. Aussi, quand elle est venue ici avec Arthur Colson, hier après-midi, j’ai profité de sa présence à mon bureau pour me rendre dans son appartement et ouvrir le secrétaire avec cette clé. Tout a parfaitement fonctionné, et il y avait bien un revolver ainsi qu’un petit agenda dans le casier supérieur droit. Si donc, lieutenant, vous pouvez découvrir la personne qui a écrit cette seconde lettre, vous ne serez probablement plus très loin de l’assassin de ce Pitkin, à supposé que vous ne vous soyez pas trompé et qu’il ait bien été assassiné…

“Gare au gorille (1952)” - L’avocat Perry Mason a récupéré des documents – journaux intimes et photographies – ayant appartenu à Helen Cadmus, une très belle jeune femme au cœur d’un dossier mal élucidé. Elle était la secrétaire du riche Benjamin Addicks. Par une nuit de tempête, alors que le yacht de son patron voguait vers l’île de Catalina, Helen Cadmus disparut en mer. Accident, suicide ou meurtre ? On peut supposer qu’Addicks fit en sorte d’étouffer l’affaire, ce dont il a le pouvoir. Alors que Mason et sa collaboratrice Della Street étudient les journaux d’Helen Cadmus, un émissaire d’Addicks offre à l’avocat une forte somme pour ces documents. Ce que Mason refuse, et ce qui titille d’autant plus sa curiosité. Que Benjamin Addicks possède quelques gorilles captifs et d’autres singes, qu’il soumet à des expériences scientifiques cruelles, ne le rend guère sympathique.

Par ailleurs, Addicks est en conflit avec une ancienne employée âgée d’environ cinquante ans, Mrs Joséphine Kempton, qu’il accuse de lui avoir volé un bijou et une montre. Perry Mason et Della Street trouvent là l’occasion de rencontrer Addicks chez lui. Sa propriété sécurisée a plutôt l’allure d’une prison d’État. Il augmente son offre financière pour les documents d’Helen Cadmus, mais l’avocat refuse toujours. Par contre, Mason ne tarde pas à dénicher la preuve de l’innocence de Mrs Kempton pour les vols. Elle lui en sait gré, ayant obtenu un petit pactole pour les désagréments qu’elle a endurés. Mrs Kempton témoigne de ce qu’elle sait sur la disparition d’Helen Cadmus. Sur le yacht, la séduisante jeune femme bronzait volontiers en petite tenue, et espérait être remarquée pour faire du cinéma. Était-elle proche d’Addicks par romantisme ou par intérêt ? Difficile de le préciser.

De chez Addicks, Mrs Kempton appelle au secours Perry Mason, qui rapplique bien vite. Un des gorilles s’est échappé de sa cage et a assassiné Benjamin Addicks. La police interroge l’avocat et Joséphine Kempton, sans brusquer celle-ci, qui est remise en liberté. Mason demande au détective privé Paul Drake de chercher un maximum de renseignements sur Addicks. Quantité de questions se posent sur l’origine de la fortune du défunt, sur la façon dont il négociait ses affaires – y compris à l’insu de ses deux principaux conseillers, sur les expériences d’hypnoses tentées avec les gorilles, et autres secrets d’Addicks. Mrs Kempton maintient son extravagante version du meurtre de Benjamin Addicks par un gorille énervé. Aucun jury de tribunal n’y croirait. La police possède de nouveaux éléments incriminant Mrs Kempton. L’avocat va encore devoir prendre des risques pour qu’éclate la vérité…

Comme, pour se rapprocher du paravent, Mason contournait un énorme bureau, il aperçut une femme effondrée derrière le meuble. La lumière tombait d’aplomb sur son visage et Mason n’eut aucune peine à reconnaître Mrs Kempton.
Alors l’avocat se précipita derrière le paravent. Un homme était étendu à plat ventre sur le lit, un grand couteau à découper enfoncé jusqu’au manche dans son dos. Le sang avait inondé le couvre-lit et éclaboussé le mur. En se penchant sur ce qui n’était visiblement plus qu’un cadavre, l’avocat découvrit une autre blessure, aux bords déchiquetés, sur le côté du cou.
Comme il ne pouvait plus rien pour l’homme, Mason revint vers Mrs Kempton mais, au même instant, la pièce toute entière retentit d’un coup terrifiant qu fut asséné contre la porte du couloir. Quelques secondes de profond silence suivirent, puis l’assaut se renouvela. Cette fois, la porte explosa littéralement à l’intérieur de la pièce, et le gorille apparut dans son encadrement, regardant Mason avec fureur…

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