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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 07:40

Stéphane Néguirec est natif de Guingamp. Ce jeune Breton possède une âme vagabonde. Il a préféré ses spectacles poétiques, plutôt qu'une vie stable auprès de son épouse et de ses enfants, à Saint-Malo. Ses voyages l'ont mené de plus en plus loin, jusqu'à Cotonou, métropole la plus importante du Bénin. Stéphane n'a que de vagues projets, cherchant seulement à s'intégrer parmi la population de ce pays africain tropical.

Il s'est installé dans un logement fort modeste du quartier de Tokpota, à Porto Novo. Il n'est pas le dernier à profiter des nuits béninoises, dans les bars où certaines filles ne disent pas non à son fric. Ayant été agressé en compagnie d'une jeune pute, il reçoit l'aide d'une belle Ghanéenne, qui se fait appeler Déborah Palmer. Elle le paie pour pouvoir vivre un temps chez lui.

C'est dans une tigresse en peluche que la jeune femme cache son pactole. Le couple étant à nouveau agressé chez Stéphane, ils trouvent refuge dans une auberge minable. Déborah propose alors de le payer pour devenir l'épouse du Breton. Un mariage blanc, d'autant qu'elle n'est pas attirée par lui. Le faussaire Ignace leur procure sans tarder les documents censés officialiser leur union. En cas de contrôle, ces “faux” grossiers ne feraient pas un instant illusion. Peu après, le couple est encore attaqué. Cette fois, ils sont enlevés par les sbires d'un chef musulman. Les Blancs kidnappés ont une certaine valeur, même si un Français vaut moins qu'un Américain. Le ravisseur va bientôt céder Stéphane à un vrai islamiste, qui a fait préparer un cercueil pour son otage.

Ansah Ossey est un Ghanéen qui se fait appeler Jésus Light. Avec des complices, il a été l'auteur d'un gros braquage dans son pays. Mais ses amis ont été abattus, et sa compagne Paméla a fui avec le conséquent butin. C'est au Bénin que Jésus pense la retrouver. Il est bientôt confronté à un commissaire de police corrompu, qui lui prend l'argent qu'il gardait. Sans le sou, il contacte un ami pêcheur prêt à l'aider. Pas gratuitement : “Non mais, quel était ce pays étrange où, pour rendre le plus élémentaire des services, on pensait d'abord à vous essorer ?” La meilleure piste est une coiffeuse qui doit savoir où se cache Paméla. Jésus pense à l'obliger à le conduire jusqu'à elle. Mais les Africaines savent réagir... Quant à Stéphane et Déborah, ils vont tout faire pour sortir des griffes de l'islamiste...

Florent Couao-Zotti : La traque de la musaraigne (Éd.Jigal, 2014)  ─ Coup de cœur

Précisons d'abord que Florent Couao-Zotti, écrivain béninois, n'est pas un néophyte, ayant à son actif une œuvre reconnue bien au-delà de son pays. C'est avec finesse qu'il utilise le langage, épicé de certains mots typiques. Ceux-ci sont présents, définis dans un glossaire, sans être envahissants. Sans doute faut-il retentir que les Zems sont des taxis-motos très utilisés au Bénin, que les kpayos évoquent toute marchandise de contrefaçon, ou que l'axuévi est l'alcool le plus consommé ici. Chaque titre de chapitre est une formule de type proverbiale, telle “Le chameau ne se moque pas des bosses des autres”.

Il convient de savourer le récit, délicieusement écrit. En témoigne cet extrait, qui dépeint en quelques lignes l'ambiance nocturne entre Cotonou et Porto Novo : “La nuit avait drapé les rues de ses ombres noires, massives et épaisses. Les réverbères les froissaient à peine à travers leurs éclairages attiédis et pâlots, comme si les responsables de la société d'électricité publique avaient peur d'en relever la puissance. Sur la chaussée, les automobilistes et les motocyclistes roulaient comme à l'habitude, à l'emporte-pièce, zigzagant à l'humeur, freinant à l'inspiration, tournant à l'instinct.”

Racontée avec une tendre ironie, l'histoire s'attache autant aux personnages qu'au décor du littoral citadin béninois. Nous suivons d'un côté les mésaventures de Jésus Light, qui a beaucoup de mal à retrouver sa compagne. Et d'autre part, un jeune Breton égaré sur le continent africain. “Ça faisait trop longtemps qu'on le roulait dans la confiture... Il voulait savoir désormais avec quelle genre de pâte on allait le pétrir.” Bien que l'intrigue ne soit pas absolument mystérieuse, le suspense est bien réel, et les rebondissements incessants. Un roman captivant et écrit avec style, jouant avec le langage, comment ne pas adorer ?

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 05:55

Capitaine de police expérimentée au Quai des Orfèvres, âgée de trente-neuf ans, Isabelle Mayet vient d'obtenir sa mutation à Nantes. C'est parce que sa mère souffre de la maladie d'Alzheimer que cette dynamique blonde frisée a dû faire ce choix. Une nomination bien accueillie à la brigade criminelle nantaise. Sauf par le lieutenant Bruno Farge qui visait le poste attribué à Isabelle. Très vite, elle se met dans le bain. Un cadavre a été trouvé dans le bunker de l'île Héron, sur la Loire. Pas un endroit facile d'accès, bien que faisant partie de l'agglomération de Nantes. Rempli de bouteilles vides et de sacs poubelles éventrés, le blockhaus est repoussant. C'est pourtant là que vivait un sexagénaire prénommé François, façon ermite. Les autorités ignoraient sa présence.

Selon l'amie qui le ravitaillait, ce sont les rayonnements électromagnétiques qui ont rendu cet homme malade. D'où, peut-être, cette consommation excessive de boissons alcoolisées. Le médecin légiste confirme qu'il s'agit bien d'une mort par cirrhose. La mort n'étant pas suspecte, ça ne nécessite plus une enquête. Néanmoins, Isabelle Mayet insiste. Lors du nettoyage du bunker, elle a déniché la clé d'une trappe. En explorant seule ce souterrain, elle risque de restée enfermée dans ce mausolée de béton. À une sortie, elle découvre le cadavre du chien de l'ermite, poignardé avec un sang-froid de pro du combat. L'ermite est bientôt identifié. François Bertignac fut policier aux RG de Nantes, avant ses problèmes de santé graves et sa retraite.

Isabelle possède plusieurs éléments. La photo d'une jeune femme, datant de 1975. Le vieil ordinateur de l'ermite, dont le disque dur mérite d'être exploré. Et un énigmatique tatouage AAA, auquel Bertignac s'intéressait. Teresa Aguirre, tel était le nom de la jeune fille du cliché. C'était une opposante chilienne, que Bertignac connut à l'époque de ses études. Selon un de ses anciens collègues, ils furent très intimes. À part un silure, poisson de grande taille, le plongeur qui visite l'épave du bateau de l'ermite n'y voit rien de déterminant. Tandis que la mère d'Isabelle a tendance à fuguer, se présente une double piste sérieuse. En 1995 et en 2001, deux jeunes femmes furent agressées et tuées à Nantes, sans que les enquêtes aboutissent. C'est aux Archives qu'Isabelle trouve le lien entre les deux cas. Pour aller au bout de son enquête, elle va mettre sa vie en péril...

Sylvain Forge : La Trace du silure (Éditions du Toucan, 2014)

C'est aux lecteurs de romans policiers authentiques, que s'adresse ce suspense inscrit dans la très bonne tradition du genre. En effet, la progression de l'intrigue débute par un mort singulier, passe par diverses pistes à éclairer, et nous entraîne jusqu'à un final teinté d'angoisse. Entre les services d'enquêtes et les acronymes de la police (SRIJ, FNAEG...) dont il ne faudrait pas abuser, on baigne dans une ambiance qui se veut proche du réel. L'héroïne fait preuve d'intrépidité, autant que d'intuition. Ce qui la conduit dans certaines situations délicates. Elle ne laisse pas insensible le charmeur substitut Samuel Vanneck, mais doit aussi penser à sa mère souffrante. Un contexte bien dessiné, donc.

Certes, le célèbre Quai de la Fosse nantais n'est plus le repaire mal famé qui lui valut une sinistre réputation. Mais peut-être masque-t-il encore des mystères. Car ce roman est aussi l'occasion de visiter Nantes, des quais de l'Erdre aux rives de la Loire, jusqu'au port de Trentemoult. Le détour par l'île Héron, méconnue car c'est un site protégé, ne manque pas d'intérêt. Ces détails participent à l'affaire, ce qui évite le genre balade touristique. Le sujet s'avère plus large, puisqu'un des aspects sombres évoque des temps funestes en Amérique latine. Avec une narration classique, et des chapitres assez courts, Sylvain Forge nous a concocté un suspense vivant qui se lit avec grand plaisir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 05:55

Né en 1967 à Nantes, vivant dans le Morbihan, Stéphane Heurteau est scénariste et dessinateur de bédé depuis 2001. S'il a déjà beaucoup d'albums à son actif, il s'est fait connaître d'un plus large public grâce à la série Fanch Karadec (Éd.Vagabondages). Il est le scénariste des trois aventures (à ce jour) de cet enquêteur breton. Au printemps puis à l'automne 2013, il publie chez Coop Breizh les deux tomes de "Sant-Fieg". Le premier est intitulé "Rachid", le second "Armel".

Il s'agit d'un roman graphique dont l'action se passe à Crozon, dans le village de Saint-Fiacre. À travers le personnage de Rachid, l'histoire se passant dans les années 1960 évoque les conséquences de la Guerre d'Algérie. Les débuts de l'autonomisme breton et les rivalités entre plusieurs personnages sont aussi au cœur de l'intrigue. Dans la seconde partie, son fils Armel revient dans la région. Cette BD fort humaniste a été primée à Cognac, Prix Polar du meilleur one-shot 2013.

Le Grand prix de la BD bretonne attribué à Stéphane Heurteau

Dimanche 16 février 2014, Stéphane Heurteau était un des invités du Salon "Penn ar BD" (salle de l’U.G.S.E.L, quartier de Kerfeunteun, à Quimper). Il s'est vu décerner le Grand prix de la BD bretonne pour "Sant-Fieg" (aujourd'hui disponible en coffret avec les deux tomes). Stéphane Heurteau a été choisi grâce au vote des internautes. Par ailleurs, les patients du service hématologie de l'hôpital Morvan de Brest devaient attribuer le prix "Espoir". Ils ont désigné le même album, donc doublement récompensé.

Ci-dessous, cliquez pour lire mes chroniques sur ces deux tomes.

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 05:55

Mémé Cornemuse est bien décidée à débarrasser le plancher, direction les Amériques. Fini de tourmenter ses contemporains, de déclencher des cataclysmes sur son passage, elle va rejoindre l'amour de sa vie à Hollywood, Jean-Claude Van Damme. Pour Mémé, l'acteur belge est une sorte de Dalaï-lama musclé de la pensée profonde, ou creuse, ça dépend. Après avoir passé ses dernières vacances dans une roulotte près de la mer du Nord avec un tueur en série, après avoir brièvement épousé un flic jouant les travelos, après avoir été concierge dans un immeuble où elle a fichu le souk, après avoir décimé les importuns croisés au hasard de ses aventures chaotiques, Mémé tient à concrétiser ce rêve qui doit la propulser vers l'homme de sa vie. Toutefois, le cyclone Cornemuse menace encore pour un temps, car elle a besoin d'argent avant que quitter définitivement le Vieux Continent.

Grâce ou à cause d'une émission de télé, Mémé Cornemuse s'invite chez des bourgeois avec leurs mômes. C'est quand même pas pour y jouer les bonniches. Dès l'arrivée, elle donne le ton (genre “Mon voisin le tueur”, avec la vieille dans le rôle de Bruce Willis). Mémé prive les gosses de leur poste de télé, supprime le voisin râleur, dégoûte la fille de ses hôtes des robes de princesses. Elle ne tarde pas à quitter cette famille irrécupérable, non sans avoir piqué leur fric dans le coffre fort et bousillé un tableau de Dufy. C'est en camionnette qu'elle poursuit sa route, après avoir vaguement transformé l'engin façon baraque à frites. Faut pas s'attendre à ce que, même à quinze Euros la portion, le fritkot de Mémé vous serve de la première qualité. Mémé n'est guère réceptive aux réclamations, sortant son flingue à la moindre contrariété, faut-il le rappeler.

En chemin, Mémé fait quelques rencontres. Dont le jeune Félix, qui recherche les traces familiales de son passé, ce dont il devrait s'abstenir. Lui, il aurait pu fournir l'accès direct à Jean-Claude Van Damme, mais Mémé l'ignore. Quant au personnage fantomatique venu lui annoncer sa dernière heure, c'est quand même pas la Camarde qui va impressionner la Mémé. Et puis, faire une bonne action pour surseoir à sa propre mort, c'est pas trop dans la nature de Mémé Cornemuse. La voilà qui débarque au Havre, y croisant fatalement le rockeur local, gloire de la ville depuis quarante ans, Little Bob. Engagée sur un navire, Mémé passe bientôt de la plonge à la bouffe, remplaçant le légitime cuisinier Mamadou. Le ferry n'allant pas à New York, Mémé fait escale sur les plages d'Ostende. Sans renoncer pour autant à retrouver prochainement son “fiancé”...

Nadine Monfils : Mémé goes to Hollywood (Éd.Belfond, 2014)

Écartez-vous de son chemin, dès que votre apercevrez son ombre : Mémé Cornemuse est de retour. Une vieille dame inoffensive, juste un peu obsédée par les chansons d'Annie Cordy, et dont les lubies se sont fixées sur Jean-Claude Van Damme, pensez-vous ? Gare aux imprudents qui confondraient ce typhon vertigineux avec une simple bourrasque. Car c'est de la lave en fusion qui éclabousse tout ce qui l'approche, entraînant son monde dans un tourbillon d'embêtements (pour être poli). Par contre, on reste à l'abri du danger tant qu'on se contente de lire les délirantes tribulations de Mémé Cornemuse. C'est même un excellent remède afin de ne pas sombrer dans la morosité, pour chasser la sinistrose.

Il est plutôt improbable que Mémé parvienne au terme de son voyage vers la Californie, on s'en doute. Ce qui ne nous empêche pas de voir défiler quelques célébrités. Et autres personnages divinement caricaturaux, bien sûr. D'une fantaisie débridée, les romans de Nadine Monfils font penser à l'univers de Charles Trenet. À son “Jardin extraordinaire”, en particulier : “Pour ceux qui veulent savoir où ce jardin se trouve/Il est vous le voyez au cœur de ma chanson/J'y vole parfois quand un chagrin m'éprouve/Il suffit pour ça d'un peu d'imagination.” Suivre les méandres humoristiques des aventures de la pittoresque Mémé, c'est laisser libre cours à nos envies d'excentricités. Faisons-nous plaisir grâce à cette savoureuse comédie populaire, au sens noble du mot. Merci Nadine Monfils !

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 05:55

Annabelle, quarante-cinq ans, est reporter pour le grand journal quotidien marseillais. Séparée de sa famille, elle reste en grande partie attachée au souvenir de son défunt amant, Pierre Saint-Gilles. Son idylle avec le policier Jean-Louis Paoli n'a pas duré, mais ils sont toujours proches. En privée, Annabelle est une raffinée, amatrice de bons vins. Mais son professionnalisme prend souvent le pas sur sa vie perso. Elle est amie avec Noémie Cajner, photographe au journal. Quadragénaire mariée depuis longtemps à Marc, mère de leurs deux filles, Noémie ambitionne une exposition dans le cadre de “Marseille capitale de la culture”. Elle a de bons contacts avec Merlot, qui décide de l'attribution des budgets. Ce qui amène Noémie à s'absenter quand elle est de service au journal.

Une fusillade s'est produite au Plan D'Aou, quartier sensible marseillais. Puis l'intervention des flics s'est mal passée, un policier ayant été abattu. Annabelle est parvenue à assister au faits divers, sans Noémie. Des clichés, elle a dû en acheter à Cholan, un photographe indépendant présent aussi sur place. Le coûteux tarif demandé lui reste en travers de la gorge. Certes, Annabelle tient un superbe scoop, et les photos seront signées par Noémie. Le duo de tueurs avait exécuté quatre Comoriens, dont on a retrouvé les macchabées sur les lieux, avant de buter le policier. Jean-Louis Paoli est sur la piste de ces tueurs Blancs, des pros venus des Balkans. Annabelle adresse de virulents reproches à Noémie pour son absence, et récupère l'essentiel de la somme qu'elle a versée à Cholan.

Quelques temps après, Noémie est retrouvée noyée à l'Estaque. Plus sûrement s'agit-il d'un suicide que d'un simple accident. À ses obsèques, c'est Annabelle qui prononce son éloge funèbre devant Marc, leurs filles, et le gratin marseillais. Grâce à la journaliste, le policier Paoli était au courant de la substitution concernant les photos. Il n'en a pas fini avec Cholan, car celui-ci est impliqué dans des vidéos X. Son rôle y est mineur, mais ce sont néanmoins des séances sadomasochistes. Dans un de ces films, feue-Noémie tenait la place principale. Est-ce un cas de paraphilie, tel qu'on pourrait le lire dans un roman de Michael Connelly, ou plutôt un chantage sexuel ? Quand Annabelle retrouve Merlot, ils sont visés par des tirs. Les hommes de Paoli veillaient, heureusement. Si l'affaire de Plan d'Aou commence à prendre tournure, celle autour de Noémie n'est pas moins glauque...

Annabelle Demais : Rose sang (Archipoche, 2014)

Personne ne peut faire preuve d'angélisme quant aux réalités criminelles marseillaises. Le comptage des exécutions, et des actes violents en tous genres, témoigne de la tension qui règne dans cette ville. Sourde menace, d'autant plus grave qu'il n'a plus guère de Parrains mafieux pour régenter le banditisme actuel, ce qui va de pair avec la corruption. Comment imaginer que l'artificielle “paix sociale” qui est affichée ici ne soit pas tributaire de l'argent sale ? Si les “cités” sont minées par les trafics et par le fric trop aisément gagné, cela ne doit pas masquer les questions qui pourraient se poser autour des élites phocéennes. Et dire que cette ambiance nauséeuse dure depuis une bonne centaine d'années !

Il n'est pas difficile de décrypter le pseudo de l'auteur : (Anna) Belle de Mai, du nom d'un quartier marseillais bien connu. Quant à savoir si c'est une femme ou un homme qui se dissimule derrière, gardons-nous d'émettre des hypothèses. Certes, notre Annabelle est largement décomplexée. En pays marseillais, on se flattera volontiers de ses prouesses sexuelles ou de sa collection de conquêtes, c'est vrai. En ce sens, le roman s'inscrit dans une tradition locale bien ancrée. Et le type de films évoqués existe bel et bien, aussi médiocres soient-ils probablement. Cette intrigue part donc du principe incontestable que le pouvoir, c'est l'argent plus le sexe. Et c'est ainsi qu'Annabelle est entraînée dans une aventure tumultueuse, qui n'est pas sans danger pour son entourage comme pour elle. Un polar mouvementé, dans la bonne tradition.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 05:59

Âgé de soixante-quatre ans, ce new-yorkais a connu un certain succès en publiant quatre thrillers. Alors qu'il craint que sa santé décline, il veut connaître un ultime moment de gloire. Commettre une série de crimes parfaits, d'anthologie, ça ne s'improvise pas. Il est marié à la secrétaire du directeur d'un collège privé. Son épouse se mésestime elle-même, restant admirative de son héros écrivain. Ce dernier va s'inspirer du Petit Chaperon Rouge pour son chef d'œuvre criminel, un conte plus sanglant à l'origine. Il se baptise le grand Méchant Loup. Il adresse des messages menaçants à trois femmes rousses, concluant par ce mots : “Et comme la petite fille du conte, vous avez été choisies pour mourir.”

Les trois victimes désignées ? La Rousse n°1 est le Dr Karen Jayson, quinquagénaire qui exerce dans le Massachusetts. Elle vit seule avec ses deux chats. Pleine de compassion pour les malades, dans sa vie privée, elle aime jouer les humoristes sur scène. La Rousse n°2 est Sarah Locksley, trente-trois ans. Depuis un an, elle a abandonné son métier d'institutrice après un drame familial. Dépressive, elle s'abrutit d'un mélange d'alcool et de médicaments, vivant nue chez elle dans le désordre. La Rousse n°3 est Jordan Ellis, dix-sept ans, étudiante dans une école privée préparant à l'université. Depuis le divorce de ses parents, elle n'est plus si bonne élève. À cause de ses cheveux roux, elle se sent aussi à l'écart des autres. C'est une excellente sportive, ce qui plaît au Grand Méchant Loup.

Rédigeant le suivi de son projet, l'écrivain sait déjà que ses cibles n'ont pas de solutions concrètes pour réagir. La médecin appelle la police, mais il y a trop peu d'indices pour que soit lancée une enquête. L'ex-institutrice récupère l'arme de son défunt mari Ted, qui fut militaire et pompier, un Colt Python 357 Magnum. Plutôt se défendre que se suicider avec ce revolver. Même si Sarah, comme Karen, se laisse parfois perturber par des ombres ou des bruits inquiétants. La jeune Jordan s'angoisse moins, gardant une vie d'étudiante. Elle se renseigne en détail sur la version originale du conte, pensant y trouver de quoi contrer ce Grand Méchant Loup. Elle n'espère pas de soutien ni auprès du directeur de l'école, ni d'aucun psy (“Un psy avec un gros flingue, voilà ce qui m'aiderait”).

Les surveillant toujours, le Grand Méchant Loup adresse une vidéo via YouTube à ses trois cibles. Il les a filmées d'assez près, comme s'il sortait du bois pour les attaquer. Karen se renseigne, mais il semble aisé de publier dans l'anonymat des vidéos sur ce média. Jordan est plus habile avec Internet. Outre la sienne, elle retrouve vite celles destinées aux deux autres. Elle entre en contact avec le Dr Karen Jayson. Toutes deux vont sympathiser sans délai. Un détail final de la vidéo pour la Rousse n°2 leur permet d'identifier Sarah. À trois, elles peuvent espérer contrer plus facilement le Grand Méchant Loup. Mais peut-être est-ce là ce qu'il a prévu ? Au moindre incident, tant que son épouse ne s'en mêle pas, il peut compter sur son habile réactivité pour poursuivre son plan. Des failles, il y en a toujours, côté assassin, mais surtout côté cibles. Qui survivra à ce jeu meurtrier ?...

John Katzenbach : Le loup (Presses de la Cité, 2014)

Il n'y a pas à faire de commentaire sur un tel suspense signé John Katzenbach, Grand prix de Littérature policière 2004 pour “L'analyste”. Ce romancier gère son intrigue avec une rare maestria. S'il s'agissait simplement d'un “jeu du chat et des souris (rousses)”, ce serait déjà très réussi. Un tueur en série qui s'efforce de se montrer plus astucieux que la moyenne, un postulat classique et souvent bienvenu. L'auteur va plus loin, car il met en scène un écrivain, censé mener la danse. Ce personnage fait part aux lecteurs de toute sa conception de ce qu'il va illustrer, de sa psychologie et de ce qu'il pense (à tort plus qu'à raison) être celle de ses futures victimes.

C'est là que Katzenbach s'avère magistral. Ces passages “mise au point” ne sont jamais ennuyeux. Ces réflexions sur son métier ne ralentissent nullement le récit. “Tourner la page doit être pour le lecteur une nécessité absolue. À quoi bon raconter une histoire su elle ne résonne pas dans l'esprit du lecteur longtemps après qu'il a tourné la dernière page ? L'écrivain et le tueur s'efforcent tous deux de créer une œuvre durable.” Quant au trio de rousses, il serait inconcevable que dans le monde actuel, elles soient de banales “traquées”, inertes face au danger. Des initiatives, elles vont en prendre. Ce qui alimente en permanence l'action et multiplie les sympathiques péripéties. Une histoire à dévorer, si le Grand Méchant Loup des contes d'antan nous en laisse un morceau.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 05:55

Pour Noël 1759, le roi Louis XV offre à la population une belle fête autour de la Seine avec un grand feu d'artifice. Ce qui n'empêche pas le lieutenant général de police Sartine de se méfier des réactions du peuple envers la monarchie. Cette nuit-là, un jeune homme vêtu tel un moine est assassiné dans une ruelle sombre. Après un étudiant et un apprenti, ce semble être le troisième meurtre d'une même série, visant des hommes de moins de vingt-cinq ans. Volnay, le commissaire aux morts étrange, et son père toujours attifé en moine mènent l'enquête.

“L'assassin a pratiqué la même méthode d'égorgement que pour les deux précédents crimes et tranché la langue avec son couteau”, constate le Moine. Une lettre écrite en cyrillique indique que le dernier mort serait Russe. Dans un premier temps, aucun autre point commun flagrant n'apparaît entre les trois victimes.

Le duo interroge Mme de Boissie et sa fille muette, qui ont vaguement connu l'étudiant en médecine assassiné. La belle veuve se montre peu coopérative. Volnay engage deux petits mendiants, Séverin et son jeune frère Baptiste, pour observer ce quartier. Dans le même temps, des affiches annoncent une prochaine Fête des Fous, sans en préciser la date. Une ou plusieurs journées prétextes à des débordements, ce qui inquiète fort Sartine. Il a chargé son agente Hélène de découvrir les instigateurs de cette Fête. Ce qui donne au Moine et à la jeune femme l'occasion de renouer intimement.

Diplomate en Russie, le chevalier d’Éon est actuellement à Paris. Sachant qu'il ne dépend pas du ministre des affaires étrangères Choiseul, mais qu'il est proche du roi, Volnay et Sartine ont à l'œil cet orgueilleux personnage. Il affirme ne pas connaître Podovski, le troisième mort.

La piste la plus troublante pour Volnay est celle des jansénistes. Ce mouvement religieux a été développé par le défunt diacre François de Pâris. Des gens se réunissent sur sa tombe, au cimetière Saint-Médard. Il semble s'y produire des miracles. Si des femmes hystériques y retrouvent la santé, comme ont pu le voir Volnay et le Moine, ces séances spectaculaires peuvent aussi bien relever de la supercherie. Le nombre de pratiquants augmente depuis quelques temps. Les parents de Scipion Le Franc, une des trois victimes, s'adonnent à des cérémonies assez brutales à l'abri des regards. Le père Cottu est un diacre janséniste particulièrement excité, qu'on peut suspecter. Le lien entre les trois morts viendrait-il des préparations d'un apothicaire, dites “hivernales”, dans le quartier où vit Mme de Boissie ? Entre la Fête des Fous qui approche et le rôle obscur du chevalier d’Éon, Volnay va devoir démêler les fils emberlificotés de cette affaire...

Olivier Barde-Cabuçon : Tuez qui vous voulez (Actes Noirs, 2014)

Après “Casanova et la femme sans visage” (Prix Sang d'Encre 2012) et “Messe noire” (Prix Historia du roman policier 2013), désormais disponibles en poche chez Babel Noir, voici la nouvelle enquête du commissaire aux morts étranges. On y retrouve avec grand plaisir ce policier qui, s'il est sous les ordres de Sartine, se plaît à contourner son autorité lorsque c'est utile. Il tient cet état d'esprit de son truculent père Guillaume qui, usurpant sans vergogne la qualité de moine, aime à s'amuser. Celui-ci est un érudit qui reste un partisan du progrès, tant scientifique que social. La seule qui sache l'émouvoir, c'est la séduisante Hélène, mais il n'oublie jamais qu'elle est employée par Sartine. De son côté, Volnay se montre assez maladroit avec l’Écureuil, sa jeune amie, ex-prostituée employée grâce à lui dans une librairie.

On croise dans cette intrigue le fameux chevalier d’Éon (1728-1810). Il nous est présenté comme un personnage ambitieux, dont la réussite est certainement légitime, s'impliquant sans doute un peu trop dans des secrets internationaux. Par ailleurs, on peut compter sur le Moine pour nous expliquer en détails les origines de la Fête des Fous, où s'inversaient les valeurs traditionnelles. Autre élément mis en valeur ici, le jansénisme. Ce mouvement ultra-religieux et politique apparaît avoir engendré, au nom d'une foi aveugle, d'étranges pratiques proches de la démence. À ce stade du règne de Louis XV, la contestation monte au sein de la population, prenant diverses formes comme celle-là. La fébrilité de Sartine témoigne des inquiétudes du pouvoir royal. C'est toute cette ambiance qui, au-delà d'une simple enquête, séduit dans ce roman et dans cette excellente série. Une fois de plus, Olivier Barde-Cabuçon nous a concocté un suspense historique très convaincant.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 05:55

Le policier Denis Koster enquête sur le cas d’Ambroise Fridelance. Celui-ci est illustrateur pour la collection “Effroi” de l’éditeur Serge Demare, installé rue Mazarine. Il est marié à Régine, qu’il appelle Ginette, handicapée depuis un accident de voiture. Acariâtre, son épouse incite Ambroise à réclamer une augmentation. Demare refuse, prétendant que le contexte de l’édition n’est guère florissant.

Ambroise se documente pour illustrer la couverture du roman “Le tam-tam de l’angoisse”, d’Euloge Zonta. (“Apportez-moi une couverture qui saigne” exige Demare). Il s’aperçoit alors qu’il possède un vieux tabouret valant une fortune. En effet, ce siège design est de Paul Leneuf, collaborateur de Le Corbusier. Les quatre exemplaires sont censés avoir brûlé à l'aéroport de Bamako, lors d'un coup d'état. De fait, il n’en reste qu’un exemplaire, celui d'Ambroise. Qui vaudrait dans les cent mille Euros. Son “amie” journaliste Nora Bellois confirme à Ambroise la valeur de l’objet. Elle le met en contact avec Maurice Macquart, censé être un commissaire-priseur expérimenté et fiable.

Pour Ambroise, la vente aux enchères de ce tabouret unique signifie la fin de ses soucis financiers. Son éditeur est beaucoup plus sceptique. Il lui explique les rouages de ce genre d’opération, une arnaque, dont seul Macquart profitera. “Votre commissaire-priseur, il va se mettre en cheville avec un des gros marchands de meubles sur la place de Paris, qui sera seul a enchérir... Résultat, votre tabouret va partir au prix de base, vingt mille Euros.” Ambroise a bientôt confirmation que Demare a raison. Il tente de récupérer l’objet déposé chez l’expert, mais il devrait s’acquitter d’énormes frais.

Ambroise engage une avocate, Me Rabichon-Loisel, afin de faire valoir ses droits. Ce qui ne résout concrètement rien. Certes, le chantage exercé par Macquart se plaiderait, mais un procès ne serait pas gagné d’avance. Furieux, Ambroise force la porte de l'expert commissaire-priseur, et exige son tabouret. C'est là que la situation finit par s'embraser... Koster et Nora poursuivent ensemble l'enquête, interrogeant dans la banlieue lilloise l'auteur du roman “Le tam-tam de l’angoisse”...

Romain Slocombe : Envoyez la fracture (Pocket, 2014)

Prix Mystère de la critique 2014 pour “Première station avant l'abattoir” (2013), Trophée 813, Prix Calibre 47, Prix Nice Baie des Anges pour “Monsieur le Commandant” (2011), le talent incontestable de Romain Slocombe est récompensé depuis quelques temps. Ce qui fait plaisir à ceux qui suivent de longue date cet auteur, artiste multi-facettes. La réédition en format poche, et à petit prix, de “Envoyez la fracture” est un bon moyen de se rendre compte de ses qualités.

Ce pourrait être la simple histoire d’un brave type naïf, qu’on essaie de filouter, qui défend maladroitement ses intérêts. En réalité, entre témoignages et scènes directes, la construction de ce roman court est très habile. L’auteur entretient un sympathique suspense. Les mésaventures d’Ambroise sont racontées avec une subtile ironie. Romain Slocombe évoque ici le mobilier design, les douteuses ventes aux enchères, la sorcellerie africaine. Il rend aussi hommage à l’édition populaire (Fleuve Noir, Ditis) et à ses illustrateurs, comme Gourdon. Extrêmement plaisant à lire, un vrai polar souriant.

En 2009, Claire Devers a adapté cette intrigue pour un téléfilm éponyme, avec Laurent Stocker, Clotilde Hesme, Léa Drucker, Michel Aumont, Judith Chemla.

 

- “Envoyez la fracture” est disponible dès le 13 février 2014 -

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