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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 10:39

CINQ FOIS CRIFO

 

Une sélection de cinq romans de Thierry Crifo...

 

« OBSESSION ELLE » (2004, Coll.Rail Noir)

En prison pendant quatre ans, Marc Voisin n’a pas cessé de penser à Eléonore. C’est à cause de son amour pour elle qu’il a été détenu. Il en sort aujourd’hui. Personne ne l’attend dehors. Ill ne veut pas être hébergé par des amis, refusant leur pitié. Dans le bus, à la gare, il retourne à la vie réelle. Dès ce premier jour, son but est la rue du Commerce. Eléonore habitait là ; elle y vit encore. Marc s’installe à l’hôtel Zola, au 2e étage, juste en face de chez elle, de la fenêtre de sa chambre.

Il y a quatre ans… Marc attendait Eléonore à la Gare de Lyon. Il lui offrait un voyage vers le Sud et le soleil. Elle n’était pas au rendez-vous. Bien qu’elle fut injoignable au téléphone, Marc ne paniqua pas : un malentendu, sans doute. Elle avait laissé sur le répondeur de Marc un message de rupture, pas hostile mais définitif. Il chercha à comprendre, la relança par courrier, rôda autour de chez Eléonore. Un soir, il s’énerva devant sa porte. Il frappa avec violence un voisin voulant le calmer. Ce sentiment d’abandon, il tenta de l’expliquer à son procès. La jeune femme n’y assista pas. On le décrivit comme immature et narcissique. Marc ne se pensait pas possessif : Eléonore l’avait trahiundefined, alors qu’il l’aimait... Il n'en a pas fini avec Elle...

En 2002, Thierry Crifo publia la nouvelle « Retour de flamme » dans le recueil « Billets brûlés » (Baleine). Voici une version longue de ce texte. Le sujet est simple : une brutale rupture. Mais, pour en évoquer les circonstances et les effets, l’auteur nous présente un récit subtil. Une histoire sombre et psychologique, très réussie. Le style personnel de Thierry Crifo ne manque pas d’une belle originalité.

 



« J’AIME PAS LES TYPES QUI COUCHENT AVEC MAMAN » (2004, Le Masque)

Bénédicte est une ado de 14 ans et demi, qui en paraît 18. Elle affiche un look gothique, tête rasé, vêtements informes masquant un joli corps qu’elle refuse. Son père est décédé depuis 8 ans. Elle vit avec sa mère, femme active. Plutôt, elles se croisent dans le même appartement. Souvent, elles ne se parlent que par messages téléphoniques. Parfois, Béné rencontre chez elles les amants de sa mère. Elle déteste ces « gros ventres » venant sauter sa mère dans « la chambre à niquer ». Béné voudrait une maman comme Meryl Streep, pas une telle salope... éné est attirée par les femmes. Elle aime sa copine Rosy, fiancée avec Marco. Et la belle Leïla du bar lesbien Chez Nénette. Et aussi Fanfan, batteuse d’un groupe hardcore.

Béné sait depuis 4 ans que son père s’est suicidé. Sa mère le lui avait caché. Une fois, Béné incendia la voiture neuve d’un amant de sa mère. Avec le même type, elle simula plus tard une agression sexuelle. Malgré un non-lieu, il ne s’en est jamais remis. Solitaire, Béné fait des films. Avec sa caméra, mais surtout dans sa tête. Bénédicte a disparu. Absente, sa mère alerte tardivement la police...

L’esprit tourmenté d’une ado habitée de profondes rancœurs n’est pas facile à décrire. Ce très beau portrait dépasse le simple « mal de vivre », exprimant toute la complexité de la jeune Bénédicte. Outre la psychologie, l’auteur propose aussi un subtil suspense autour de la disparition de l’héroïne.

 

« FEMMES DANS LA VILLE » (L’idée Bleue, 2006)

Recueil de deux nouvelles.

Les portes de la liberté. Maryse, 40 ans, sort de prison après trois ans de détention. Elle redécouvre la normalité, le plaisir d’un repas dans une brasserie et d’une après-midi sensuelle avec le serveur. Le soir, elle prend le train pour Paris. Elle remarque une jeune fille suspecte, qui dérobe bientôt le portefeuille d’un homme âgé. Maryse l’oblige à le rendre. Le vieux monsieur la remercie. A la gare Montparnasse, la jeune voleuse a été arrêtée. On désigne Maryse comme témoin. Elle refuse de dénoncer la fille. Vu sa situation, Maryse risque d’être impliquée. La policière qui l’interroge est compréhensive. L’avenir de Maryse s’annonce heureux…

Marguerite et les dimanches. Marguerite, 79 ans, est veuve depuis quelques mois. À Saint-Mandé, son appartement est bien ordonné. Restant très active, elle aide volontiers le voisinage. Elle a de vieilles copines, fréquente la Maison de Quartier. Elle participe à des activités théâtrales. M.Bertrand, l’animateur, l’attire plus que ce vieux dragueur de Gustave. Pour Marguerite, le dimanche est sacré. Ce jour lui rappelle tant de souvenirs liés à son défunt mari, Ernest. Et puis, il y a la coiffeuse et le marché. Ce dimanche-là, elle ne se réveille pas dans son état normal. Sortie hâtivement, elle ne retrouve plus ses repères. Marguerite est perdue…

Deux textes qui expriment une fois encore un réel plaisir d’écriture, caractéristique chez Crifo. Très réussis, ces portraits de femmes décrivent un moment majeur de leur existence. Deux histoires sensibles, attachantes, de belle qualité.

 

« FLAMBEUR » (Editions Le Passage, 2006)

Flambeur n’est pas n’importe quel quidam dans la foule anonyme. Il appartient à l’aristocratie des joueurs. C’est un as de la roulette, un champion des casinos, un roi des grosses mises. Les jeux d’argent sont toute sa vie. S’il perd, s’il doit retourner à un quotidien sans attrait, il n’existe plus. Dès qu’il en a de nouveau les moyens, quitte à s’endetter un peu, le frisson du jeu l’envahit. Sa destination préférée, c’est la Station Balnéaire. On y fait des efforts de promotion pour attirer la clientèle, en particulier les amateurs de jeux de hasard. Selon son rituel, Flambeur s’installe, se prépare. Au casino, il jauge les autres joueurs, flaire l’atmosphère. Il est dans son univers.

L’excitation monte. Flambeur sait gérer ses pulsions, pour que la chance soit avec lui. Des échecs, des déconvenues, il en a connu : cette fameuse course hippique qui pouvait lui rapporter le pactole, si le 4e n’avait été battu d’un rien ; ce « Tapis Vert » qu’il rata à cause du stress. Jouer à la Station Balnéaire, où se côtoient vacanciers, miss d’un jours, seniors, amants en week-end, autochtones commerçants : les sensations sont ici bien plus fortes. Près de Flambeur, ce Crétin gagne et frime, sans l’impressionner. Flambeur calcule et théorise. S’il est en veine, si la tactique est bonne, cette fois ce sera un coup magistral...

Ce très beau « portrait d’un joueur » n’est certes pas une histoire criminelle. Pourtant, le jeu assassin détruit la vie de Flambeur, héros solitaire et pitoyable qui se marginalise. Thierry Crifo peaufine ses descriptions des personnages ou de la Station Balnéaire. Le tableau n’est pas figé. L’action progresse par petites touches, ver l’inéluctable destin de Flambeur.

 

« PATERNEL A MORT » (Le Masque, 2006)

Cadre supérieur parisien surmené, le père de Sophie se montre exagérément protecteur avec sa fille majeure. Inventant des prétextes à ses absences, il passe des nuits entières à surveiller Sophie en cachette. Il admet mal que sa princesse intouchable, sa « liebellule », vive sa propre vie. Trop nerveux, il est parfois violent avec des inconnus. Il en oublie même l’anniversaire des 23 ans de Sophie. Son petit ami, ce Fred à barbichette fils de médecins, il ne l’aime pas du tout. Pourtant, Sophie et Fred déménagent pour habiter ensemble. Le père rôde autour du nouveau domicile de sa fille.

Il néglige sa femme Marthe et leur cadette Marie, 13 ans. Après de sévères disputes conjugales, Marthe pourrait bien se laisser tenter par le beau Marco, un copain de Fred. Sophie est heureuse dans son nid douillet pour petit couple normal. Epanouie, elle pense déjà à un bébé. Son père rumine ses souvenirs dans l’ancienne chambre de sa fille. Il écoute en boucle cette cassette qu’elle enregistra pour lui à 12 ans. Sa collègue Elisabeth “La Louve” cherche à le séduire : premier essai raté en club échangiste, puis rendez-vous au Lutetia qui se termine encore plus mal. Son idée fixe est incompatible avec le sexe. Son décalage avec le monde réel se creuse toujours davantage....

Il s’agit du magnifique portrait d’un père stressé, possessif à l’extrême, qui dérape jusqu’à l’inévitable drame. Ce récit noir, empreint de schizophrénie, est finement raconté. Des personnages fort glissant sur une pente fatale...

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 10:30

Huit romans de Christian Denis

[contact : 06.79.45.04.43]

 

« BON A TIRER » (Liv'Editions, 2002)

Patrice est le véritable auteur des romans policiers signés par Balizaire, personnalité médiatique. Ce soir-là, Patrice va publiquement dévoiler la supercherie. Il apporte d’incontestables preuves. Balizaire crie au complot, menace ! Mais Patrice l’a discrédité devant la France entière. Tandis que Balizaire disparaît (momentanément ?) Patrice voit reconnaître ses mérites. Il est publié, commence à vivre de ses écrits. C’est de façon insolite qu’il rencontre Annabelle. Celle-ci débarque à Paris, venant d’Angoulême. Issue d’une famille ultra conformiste, la jeune fille veut changer de vie. Sans prévenir06--DENIS-2.JPG ses parents, elle devient la compagne de Patrice.

Leur voyage en Irlande est moins réussi que prévu. Un homme les suivait. Un sbire de Balizaire ? Ce type va subir quelques ennuis de santé. Retour à Paris, où Anne – que le couple a connu aux îles d’Aran – les rejoint bientôt. Annabelle supportant mal la pollution parisienne, Patrice et elle s’installent en Anjou. Richard, un petit voyou, est surpris par Anne alors qu’il cambriolait l’appartement de Patrice. Il est payé par Balizaire, lequel cherche à se venger. Patrice va de nouveau lui tendre un piège. Cette fois le « gros » Balizaire ne peut plus nuire à Patrice. Mais il surgit dans la maison campagnarde du couple, menace de les tuer. Heureusement, un ange gardien veille et intervient.

Balizaire s’est réfugié dans un monastère. Alors que le père d’Annabelle (homme aux idées farfelues ou visionnaires) les rejoint, Patrice s’interroge sur la repentance de Balizaire. Il n’a pas tort. Profitant de la naïveté des moines, Balizaire subtilise le manuscrit ignoré écrit par le défunt frère Athanase – ainsi que deux incunables, qu’il vend pour se refaire une santé financière. Habilement, il refait parler de lui en bien, puis se présente comme l’auteur du livre sur Saint-Augustin (œuvre d’Athanase). Patrice devine vite une nouvelle arnaque. Bien difficile à prouver, car les soupçons ne suffisent pas. Une visite à la sœur du moine décédé leur offre de quoi griller définitivement l’imposteur…

 

« ACCORD PARENTAL SOUHAITABLE » (Liv'Editions, 2002)

Par hasard, Jeanne apprend ce que Gérard a manigancé 19 ans plus tôt pour l’épouser. Mariage sans passion, trois enfants – dont Béatrice, l’aînée. Jeanne cause la mort de son mari. Un accident, en apparence. Catherine, l’amie de Jeanne, a son rôle dans cette sombre affaire. François, séduisant jeune universitaire, est gêné par une maladie de peau, qui nuit à ses relations avec les filles. Jocelyne (étudiante) et lui pouvaient former un couple idéal. Un problème surgit. Il cherche son salut dans la fuite, refusant un poste important.

Les années passent. Devenu historien reconnu, écrivain et enseignant, François rencontre Jeanne. Malgré les filles de celle-ci, une opportunité pour tous deux. « Histoire d’amour » intéressant peu l’égocentrique Emmanuel, ami de François. Lui n’est pas si attaché à Catherine. Durant des vacances en commun, il séduit la jeune Béatrice. Est-ce par crainte de Catherine que la jeune fille disparaît ? Jeanne et François la retrouvent dans les Alpes, soignée pour dépression...

 

« PETITS MEURTRES NANTAIS » (Editions d’Arçay, 2005)

Louis-Marie Le Goupil est un publicitaire nantais indépendant. Homme cultivé, amateur de bourgogne blanc, marié à Agathe, il a deux enfants. Il dirige son agence avec succès. Un soir, il croise un groupe de jeunes femmes en goguette, menées par Alexandra. Une des copines enterre sa vie de célibataire. Louis-Marie passe la nuit avec leur amie Caroline. Dès le lendemain, il déchante. La rencontre ne doit rien à sa séduction. Ce n’était qu’un jeu entre filles. Pourtant, il reste obsédé. Il engage Caroline pour une campagne de pub. Ayant appris qu’elle a un petit ami, il ne renonce pas.

Caroline a été étranglée, alors que Louis-Marie venait de passer deux jours avec elle en secret. La police n’a pas de meilleur coupable. Le publicitaire emprisonné, son agence décline et sa femme prévoit de divorcer. Quand une amie de Caroline est à son tour assassinée, Louis-Marie est disculpé. Grâce à son livre «  La publicité dans la littérature », il connaît une certaine notoriété. Il est bientôt rejoint par ses enfants, qui ne supportent plus leur mère maniaque de la propreté. Alexandra, meneuse du groupe de jeunes femmes, devrait être interrogée. Mais le tueur reste dangereux. Les enquêteurs trouvent un suspect sérieux, un homme s’étant fait plumer comme un pigeon lors d’une autre virée entre filles. Pour Louis-Marie, l’affaire n’est pas terminée…

 

« MASSACRE A LA FAUTE-SUR-MER » (Éditions d’Espard, 2006)

L’oncle Sébastien, son neveu Pierre, l’inspecteur Renaudin, et leurs compagnes, sont en vacances à La Faute-sur-Mer, en Vendée. Le sharpeï alcoolique La Dent est là aussi. Marcel, un vieil ami de Sébastien, vient de se faire égorger. Il lui avait demandé de veiller sur son petit-fils, Benoît. Cet ex-étudiant aux Beaux-Arts abuse de la bibine. Il n’est pas impliqué dans le meurtre de son aïeul. Marcel avait retrouvé de la drogue et une forte somme, perdus par des trafiquants. Sébastien et Pierre ne tardent pas à découvrir où il a caché cette fortune (de mer).

Logeant chez le vieil Émile Raballand, un trio d’Américains menacent Sébastien. Brad Pitbull et ses copains Indiens sont les émissaires des trafiquants. Dopé, le sharpeï s’occupe de Brad. Quand ce dernier est égorgé, on soupçonne les Indiens en fuite. Sous l’influence de sa nouvelle amie Céline, Benoît se remet au dessin et à la peinture. La jeune femme est moins innocente qu’elle paraît. Arrêtés, les Indiens nient les meurtres. Sébastien s’interroge sur Émile Raballand, victime d’une attaque cérébrale qui entraîne son décès. C’est son employée, Yvonne, qui hérite de sa ferme. La jeune Yvonne n’est pas si demeurée qu’on l’a dit. Benoît et elle rénovent la ferme pour en faire un vrai gîte et organiser une expo.

 

« LA DUCHESSE DES NANTAIS » (Editions E.C.D., 2006)

L’oncle Sébastien, son neveu Pierre, et leur tribu incluant l’inspecteur Renaudin, vivent à Nantes. Lors d’un vide-grenier dans son quartier, Sébastien achète de vieux cahiers. Il s’agit d’un manuscrit relatant l’histoire de Françoise d’Amboise, Duchesse de Bretagne au 15e siècle. Respectée par le petit peuple, cette dame pieuse et riche aurait laissé un trésor caché. Sébastien situe bientôt l’endroit où il serait dissimulé. Il acquiert ce terrain de deux hectares. Sur une telle surface, les fouilles s’annoncent fastidieuses. Sous prétexte d’archéologie, les scouts de l’intégriste abbé Souiller peuvent apporter une aide utile. A défaut de trésor, on déterre un menhir d’un intérêt historique relatif. Pourtant, la propriété attire beaucoup de monde : une rave-party sauvage, où un petit dealer égare une précieuse clé ; le gourou des « Gaéliens », escrocs dont les projets seront contrariés ; Merlin, un vieux Celte susceptible et rancunier ; des malfrats, dont le chien alcoolique de Sébastien va s’occuper ; des gens du voyage, invités par on ne sait qui… Pendant ce temps, les fouilles restent vaines. Le mystérieux ultime message de la Duchesse n’éclaire guère Sébastien et les siens. Le policier Renaudin enquête, lui, sur les meurtres du dealer de la rave et d’un indic...

 

« TERREUR AUX SABLES D’OLONNE » (Editions ECD, 2007)

Esthète philanthrope, l’oncle Sébastien est toujours entouré de sa tribu : sa compagne Annette, son neveu Pierre et son épouse Aurélie, l’inspecteur Renaudin avec sa smala. Sans oublier l’abbé Souiller, le prêtre intégriste, de nouveau actif grâce au pape Benoît XVI. Une vieille dame des Sables d’Olonne a raconté à l’abbé une histoire de « trésor maudit », caché quelque part dans l’ancienne ferme de sa famille. Le prêtre en parle à Sébastien, qu’il sait expert en la matière. Selon un ami journaliste, bien renseigné sur le contexte de l’affaire, il ne s’agit pas d’une légende. Intéressé, l’oncle Sébastien loue une villa dans la région des Sables d’Olonne, pour lui et les siens. Il n’est pas seul à connaître l’existence du trésor. Ex-prostituée, Mylène est la petite-fille de la vieille dame. Elle s’est installée dans le secteur avec une bande de motards patibulaires. Sébastien s’avoue sensible au charme de Mylène.

Pour calmer l’agressivité des motards, Sébastien fait appel à Moïse, le gardien de sa propriété en Val de Loire. L’Estonien Moïse et son ami Irakien Rachid sont d’anciens militaires aux méthodes efficaces...

 

« HECATOMBE A LA ROCHE-SUR-YON » (E.C.D., 2007)

Le jeune Aziz, d’origine marocaine, a trouvé un ciboire ancien, objet religieux de grande valeur. L’oncle Sébastien est informé de cette découverte. Toujours en quête de trésor, cet esthète nantais se renseigne. Le ciboire peut provenir du butin d’un mythomane qui, durant la Révolution Française, se prétendit évêque de Vendée. Si Aziz, rappeur inspiré, fait confiance à Sébastien, il ne lui indique pas où il trouva l’objet. Dans sa cité, Aziz se méfie des intégristes musulmans. Au nom de l’Islam, les barbus veulent le racketter. Ce qui n’arrange pas le moral du Chibani, le père d’Aziz.

Quand le jeune homme est assassiné, Sébastien charge Rachid (un de ses protégés, ancien baroudeur) d’infiltrer la communauté où vivait Aziz. Cette initiative attire l’attention de Sylvie Morel, séduisante commissaire de la DST. Sébastien et elle ont la même cible, mais l’enjeu est très différent : lui vise le trésor, elle sait qu’un terroriste va venir ici préparer un attentat. En l’absence de sa compagne, Sébastien devient intime avec la jolie policière. Rachid repère un autre objet catholique chez les intégristes musulmans. Preuve qu’ils possèdent les pièces religieuses trouvées par Aziz. Le terroriste est arrivé. Sébastien et la commissaire pensent qu'il vise une free party, une rave près du site d’une pittoresque guinguette...

 

Et un roman-jeunesse : « COUP DE GENIE » (Editions ECD, 2006)

Si Mlle Lepetit était plus juste avec Kévin Martin, bientôt 12 ans, tout irait mieux pour lui en classe. Petits délinquants, les frères Bastard le prennent parfois pour cible. Dans sa famille recomposée, le beau-père de Kévin est un crétin rendant sa mère dépressive. Le jour où il trouve une lampe de poche usagée, la vie de Kévin change radicalement. La lampe abritait un génie nommé Hugo, qui exauce les vœux de Kévin. Ça lui rend bien service, à condition de ne pas en abuser. Sous la surveillance de Sir Walter et de son ami Max, Kévin est progressivement initié au sein de leur Confrérie. Il utilise les lunettes à lire dans les pensées des autres, apprend que les nains de jardin ne sont pas seulement décoratifs.

Quand son collège reçoit des élèves Suédois, Kévin tombe amoureux de Suzan. Le magique chewing-gum qui permet de parler des langues étrangères aide Kévin à conquérir Suzan. Grâce à l’avion d’un manège secret, Hugo et Kévin voyagent loin et vite. Pourtant, Sir Walter et Max savent que des dangers guettent leur jeune protégé...

 

[contactez directement Christian Denis : 06.79.45.04.43]

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 16:25

 

« DES AVOCATS AVISES »


C'est, bien sûr, un clin d’œil aux titres de la série Perry Mason publiés autrefois dans la collection Un Mystère. S’il reste le maître absolu en ce domaine, d’autres personnages ne doivent pas pour autant être oubliés.

Qu’il s’agisse de Me Loursat, l’avocat alcoolique de Les inconnus dans la maison (de Georges Simenon, Gallimard, 1940) ignorant ce qui se passait sous son toit et plaidant la cause d’un jeune homme moins favorisé que ses « amis » de bonne famille… ou de Paul Biegler, déroutant avocat mi-blasé mi-combattif, de Anatomie d’un meurtre (de Robert Traver, Calmann-Lévy, 1958) défendant le lieutenant Manion, jugé pour avoir tué l’agresseur de son épouse, la trop belle Laura Manion… les avocats font partie des grands héros classiques de la Littérature policière. C’est bien naturel, puisque toute affaire élucidée – ou supposée telle – finit en justice. On parle de « romans de prétoire » pour qualifier ce genre d’ouvrages. Abusivement, car les séances au tribunal ne constituent jamais l’essentiel du récit. undefined

En effet, dans un roman comme dans la réalité, le rôle d’un avocat ne commence pas à la première audience des Assises. L’élaboration du dossier de la défense est primordial, et souvent difficile. Parfois, il faut établir quelle est la personnalité d’un accusé qui reste muet – comme dans Plaidoyer pour l’absent (d’Alain Page, Fleuve Noir, 1968) où l’assistant de l’avocat devra retrouver des témoignages de moralité favorables à cet homme qui, après des débuts artistiques prometteurs, a peut-être manqué de chance. La plupart du temps, il s’agit logiquement de découvrir le vrai coupable. Les enquêteurs s’étant fourvoyés, l’avocat doit reconsidérer l’ensemble des faits. Là où un défenseur réel se contente des pièces du dossier, l’avocat de roman prend une part active dans la recherche de preuves. Il met tout en œuvre pour sauver son client, prenant des risques pour démêler une situation complexe.

Il n’est pas question de recenser tous les avocats de romans (auxquels il conviendrait d’ajouter les juges d’instruction, les présidents des Assises, les procureurs, et autres districts attorneys, personnages-clés d’une multitude d’histoires). D’ailleurs, beaucoup n’entreraient pas dans le cadre qui vient d’être défini : les avocats meurtriers ou les avocats assassinés, par exemple. Intéressons-nous à trois d’entre eux ayant fait l’objet de séries. Le nom de Perry Mason vient immédiatement à l’esprit. C’est le champion toute catégorie en la matière, avec environ 80 romans, des millions d’exemplaires vendus, des adaptations télé. Voilà 70 ans qu’il existe, et il n’a quasiment pas vieilli. Mais évoquons d’abord deux de ses collègues, moins prestigieux mais aussi sympathiques : l’américain John Adams (du français Jean-Pierre Garen) et Valentin Roussel (d’André Héléna – sous le pseudo de Noël Vexin). Le premier ne totalise que dix-huit titres, le second dix-sept. Néanmoins, on aurait tort de minorer leurs qualités. Faisons plus ample connaissance avec ces héros, leur entourage, leur clientèle et leurs méthodes, avant de retrouver l’inusable Perry Mason.

 

JOHN ADAMS, de J.P.Garen (Fleuve Noir Spécial Police, 1961-1982)

 

John Adams est avocat dans une ville de Californie, Pin City – qui deviendra Big Pine. Il se décrit lui-même ainsi : «… Je mesure un mètre quatre-vingt-cinq et pèse dans les quatre-vingt dix kilos. Ma profession d’avocat ne me prédispose pas particulièrement aux sports violents, seulement j’ai fait la guerre de Corée dans les Marines et j’ai gardé un certain entraînement » (Poursuite sans espoir, 1963). Il est marié à Sylvia, une jeune veuve qu’il a rencontrée et défendue dans Justice à rendre (1961), premier roman de la série. Elle sera plusieurs fois directement mêlée aux affaires de son mari. Adams est associé à Patrick Sheldon (marié à Jane), leur cabinet est prospère : « Quoi que dix ans plus jeune que moi, c’est Pat Sheldon qui a provoqué notre association. Cette installation à l’âge de trente-cinq ans, après une sanglante aventure et mon mariage, a constitué un changement radical de mon existence » (Défense sans pitié, 1963). Si cet associé est présent dans l’histoire, il n’y tient généralement (comme Jane) qu’un petit rôle, devenant de plus en plus insignifiant. C’est dans Morte sous la pluie (1964) qu’il est le plus concerné par l’affaire.

Les deux meilleurs amis de John Adams sont Joe Scott et Bill Landon. Joe tient un snack-bar (puis un restaurant) que l’avocat fréquente très souvent, pour y faire le point sur le dossier en cours. Joe est un chaud lapin, qui n’hésite pas à aider Adams quand il doit se battre physiquement. Bill Landon est journaliste au « Pin City News », un informateur précieux et complice. En face, police et justice s’allient pour lui rendre la tâche difficile. Le capitaine Cartling est un policier efficace, qui sait rester juste : « La porte s’ouvre brutalement, et le capitaine Cartling apparaît. C’est un homme massif d’une cinquantaine d’années, les épaules légèrement tombantes, mais il ne faut pas se laisser abuser par son apparence car sous la couche de graisse roulent encore de solides muscles » (Malheur à la défense, 1964). C’est un enquêteur sérieux, sachant admettre ses erreurs, se basant sur les faits et non sur les rancœurs ou les impressions partisanes du district attorney. Laissons Adams nous présenter le D.A. : « Hillary Himes est petit, ventripotent et joufflu. Son crâne dégarni et brillant pourrait servir de publicité à une marque d’encaustique. Sa petite taille lui a donné sans aucun doute des complexes car il a un caractère épouvantable, mais je sais pour l’avoir affronté lors de précédentes affaires qu’il est aussi tenace qu’un bouledogue et aussi rusé qu’une tribu de renards » (Une semaine pour la défense, 1971). Un rude adversaire, très Américain dans sa mentalité bornée.

Quelle est la clientèle de John Adams ? Variée, puisqu’il défend aussi bien un petit truand de Los Angeles qu’un pompiste de Sun City. Mais ce sont souvent les proches de l’avocat qui sont en accusation. A commencer par son épouse Sylvia, plusieurs fois en cause, et par son ami Joe. Il assurera aussi la défense de son pire ennemi, le D.A.Himes. Et, restant dans la tradition, Adams sera en personne obligé de s’expliquer devant la Justice : « Voir un avocat accusé d’un crime n’est pas chose courante, à Pin City tout au moins, et cela attire la foule des grands jours. – Etat de Californie contre John D.Adams. Audience préliminaire, annonce le juge » (Dangereuse hospitalité, 1965). Sa méthode d’investigation est active et musclée. Outre les renseignements obtenus par Bill Landon, Adams affronte volontiers la partie adverse ou les suspects probables pour obtenir des preuves – quitte à se montrer quelquefois très violent. L’action est privilégiée, les séances au tribunal ne représentant en moyenne qu’un petit quart du récit. La plupart du temps, l’avocat n’a qu’un court délai pour préparer la défense de son client – ce qui donne une évidente vivacité à l’histoire. Plus que les intrigues, ce sont les conditions de chaque enquête – racontée à la première personne par l’avocat – qui priment, et donnent leur saveur à ces romans.

 

VALENTIN ROUSSEL, de Noël Vexin (Ditis-La Chouette, 1956-1961)

 

André Héléna créa ce personnage de série après en avoir discuté avec Frédéric Ditis, qui venait de lancer la collection « La Chouette ». Dans la postface de La croix des vaches (Fanval Noir, 1988) Ditis précisait : « Ce n’est pas au hasard qu’il avait décidé de faire de son héros un avocat. Le code de procédure pénale n’avait pas de secret pour lui. Gilles Perrault, qui appréciait ses romans et qui à cette époque était avocat, m’avait fait remarquer qu’Héléna ne commettait jamais la moindre erreur dans les scènes se déroulant au Quai des Orfèvres ou dans les descriptions des interrogatoires. Il était parfaitement au courant des méthodes de la police judiciaire… » En effet, Valentin Roussel ne plaide guère au tribunal, mais on le voit face à des juges d’instruction ou à la police, défendant habilement ses clients.

« - Roussel, Valentin, Roger, Alexis, 104 rue de Rennes, avocat » se présente-t-il au secrétaire d’un commissariat dans Ces messieurs de la famille (1956). Il n’est alors qu’un jeune avocat plein d’ambition. Au fil de ses aventures, il gagnera clientèle et prospérité, s’installant avenue Mozart avec sa compagne. Celle-ci se prénomme Roberte. Elle est journaliste à « Soir de France ». Une jeune femme dynamique qui participe aux affaires de Valentin (sous le prétexte d’en tirer des reportages). Gaston, rédacteur en chef du journal, apporte de l’aide à son ami avocat dans les premières histoires.

Ce n’est qu’au septième roman que Valentin bénéficiera d’une secrétaire : « Maintenant, Mlle Perlin était là en permanence (…) Il pouvait se payer une employée, et ce n’était pas là un mince triomphe. De plus, Mlle Perlin avait une excellente qualité. Elle n’était pas belle (…) C’était à cause de ces désavantages multiples que Roberte avait contraint Valentin à choisir Mlle Perlin parmi la foule des jeunes femmes accourues à son appel, non parce qu’elle était jalouse mais l’air bon chien de la pauvre fille lui avait plu » (Descente à Pigalle, 1958). Mlle Perlin jouera un rôle à part entière dans les aventures de l’avocat. Valentin Roussel se doit d’avoir un interlocuteur dans la police : ce sera le commissaire Chennier. Considérant que tous les flics se ressemblent, il le décrit peu : « Chennier le regarda et haussa les épaules. L’homme avait la quarantaine, il y avait donc assez longtemps qu’il était dans la police. Ce n’étaient sûrement pas les spectacles sordides qui lui avaient manqué » (Crochet au cœur, 1957).

La clientèle de Valentin Roussel vient de tous les milieux : des jeunes voyous qu’il essaie d’extraire de la mouise avant qu’ils ne s’y enfoncent, aussi bien que des gens modestes mal préparés aux problèmes. En s’embourgeoisant, il enquêtera Du côté de Passy (1959) et rencontrera la baronne de Cuxac (Diamants d’avril, 1960) ou M. de Puyvalador (Arrivederci Paris, 1960). S’il ne respecte pas toujours la stricte légalité, il est assez malin pour ne pas risquer sa carrière. S’il fréquente la faune de Pigalle, au point d’assister à certains règlements de compte entre bandes, il ne copine pas exagérément avec les truands (dans la postface déjà citée, Ditis ajoutait : « Il m’a toujours semblé aussi qu’il parlait très bien des hommes du Milieu. Que d’ailleurs il méprisait. » C’est absolument certain). Ses aventures permettent de découvrir les coulisses du monde des jeux d’argent clandestins, des Halles, de la boxe, des boites de nuit servant de façades aux truands, des receleurs, etc… On ne peut pas parler de méthodes d’enquête : Valentin est averti d’une sale affaire, ou il trouve un cadavre, ou il est consulté par un brave homme inquiet… et voilà notre héros plongé dans une nouvelle histoire mouvementée, aux nombreux rebondissements (le savoir-faire de l’auteur est indéniable). Les intrigues ne sont pas aussi simplistes qu’on pourrait le croire. Ce qui est remarquable, c’est la narration plutôt souriante de ces aventures, l’auteur ayant sans doute réalisé qu’on n’attire pas le public sans une dose d’humour.

Rappelons qu’il fut encadré pour les premiers romans de la série par Simone Sauvage, puis par Claire Cailleaux.

 

PERRY MASON, d’Erle Stanley Gardner (Presses de la Cité, Gallimard)

 

On ne présente plus l’avocat Perry Mason. Dans sa toute première affaire écrite en 1933, en réponse à une visiteuse, il livre une véritable profession de foi : « - D’accord, moi je suis différent. Si je me suis fait une clientèle, c’est parce que je lutte pour mes clients (…) Les gens ne viennent pas me trouver parce que ma tête ou mon mobilier les ont séduits, ou parce qu’ils ont fait ma connaissance à un club. Ils viennent me trouver parce qu’ils ont besoin de moi. Ils viennent me trouver parce qu’ils attendent que je fasse quelque chose pour eux » (Sur la corde raide, Gallimard, 1951).

Mais que serait Perry Mason sans Della Street ? C’est M.B.Endrèbe, traducteur d’une grande partie de la série, qui la décrit le mieux : « Dévouée corps et âme à son employeur – qu’elle appelle « patron » et dont elle est discrètement amoureuse – Della Street est d’un loyalisme à toute épreuve. Jamais prise de court par les réactions imprévues de l’avocat, il lui arrive même de prévenir par ses initiatives les demandes de Perry Mason, tant elle est habituée à penser comme lui. Elle est toujours prête à le seconder dans ses recherches, au risque même de se compromettre personnellement (…) En sus de quoi, elle est fort jolie, extrêmement féminine, et possède un cœur prompt à s’émouvoir devant une cause désespérée… » (Préface de l’Omnibus Objection, votre honneur, Presses de la Cité, 1990).

Le troisième pilier des aventures de Perry Mason est le détective privé Paul Drake, prêt 24 heures sur 24 à enquêter pour son voisin avocat. Lui aussi mérite bien d’être présenté : « Paul Drake, le détective, ne ressemblait en rien à l’idée qu’on se fait généralement du directeur d’une agence privée. Il était grand, avec un long coup tendu en avant. Ses yeux globuleux, à fleur de tête, avaient une perpétuelle expression d’amusement secret. Pour lui, le meurtre était un petit incident sans importance de la vie quotidienne » (La jeune fille boudeuse, Gallimard, 1951). Dans le personnel de Perry, outre Jackson – un obsédé des textes de loi – on ne peut oublier la standardiste Gertie, amusante jeune femme souvent pleine de bon sens qui joue parfois un rôle fort utile à son patron.

Le lieutenant Tragg est la plupart du temps chargé des enquêtes de police. Entre Mason et lui, on note un grand respect mutuel. Tragg est un pro, consciencieux, cherchant uniquement la vérité, ouvert à toute hypothèse si elle s’appuie sur des faits. A l’opposé, le sergent Holcomb représente le flic obtus ne cherchant qu’à nuire à l’avocat et à ses clients. Il est aux ordres du District Attorney. Les relations entre Perry Mason et le D.A.Hamilton Burger sont tendues, voire houleuses : « Les reporters et Mason savaient déjà que Burger serait frustré de la belle publicité qu’il escomptait (…) les rédactions se disputeraient les clichés montrant le district attorney , le visage convulsé de rage, essayant maladroitement de boxer Mason, tandis que l’avocat esquivait légèrement l’attaque » (La femme futée, Un Mystère, 1955). Si, estimant la cause facile, Burger laisse ses substituts s’en occuper au début du procès, il intervient ensuite soit parce qu’il pense triompher, soit pour contrer Perry Mason quand il prend l’avantage. Au final, il est évidemment battu par l’astucieux avocat.

Pour l’essentiel, la clientèle de Perry Mason est féminine – même quand il accepte de défendre des hommes, des femmes sont concernées de près. Ces jolies femmes peuvent être aussi bien serveuses de bars ou filles de milliardaires, risquer une accusation de meurtre ou vouloir sauver celui qu’elles aiment. L’important est que la situation soit insolite et attise la curiosité de Mason. Car c’est bien lui qui choisit sa clientèle. Ses honoraires varient selon les personnes, et sont parfois symboliques. Il peut engager de gros frais pour mener à bien une affaire. Pour comprendre sa méthode, il faut se souvenir que toutes les intrigues sont extrêmement compliquées. Il commence donc par glaner, en personne ou grâce à Paul Drake, un maximum de renseignements et d’indices. Au besoin, il complique encore plus les choses pour égarer la police – risquant d’être lui-même inquiété. La deuxième phase est généralement destinée à effectuer un premier tri parmi les suspects et les hypothèses possibles. Ce n’est que dans le dernier tiers du récit, consacré au tribunal, qu’on approchera peu à peu de la vérité. Toutefois, ce schéma comporte de multiples variantes. Sans doute est-il préférable de ne pas chercher à comprendre trop vite le nœud de chaque affaire. Il est plus prudent de suivre les péripéties de l’histoire afin d’en saisir tous les éléments. Le style de l’auteur étant plutôt simple, et la narration entraînante, on se laisse vite prendre au jeu. Même le grand Raymond Chandler adorait çà, nous dit-on. (Lire aussi les portraits de Perry Mason et Della Street dans L’almanach du Crime 1980 de Michel Lebrun, Editions Guénaud)

 

Il existe des points communs entre ces trois héros, mais aussi des caractéristiques fort différentes. Bien que proches, John Adams est nettement plus violent que Perry Mason – mais moins subtil lorsqu’il interroge les témoins au tribunal. Valentin Roussel entre plus vite dans le vif du sujet que ses deux confrères. Les clients de Perry Mason sont moins francs que ceux de John Adams. Ce dernier et Valentin Roussel ont une vie privée, on ne sait rien de celle de Perry Mason. Ces nuances (et quelques autres) font la particularité de chacun. Intrigues et narration n’ont pas non plus exactement la même forme. Mais laissons aux lecteurs le plaisir de les comparer, de les redécouvrir.

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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 16:18

DEUX AUTEURS BRESTOIS :

CHRISTIAN BLANCHARD & YANNICK LETTY

 

Christian Blanchard est né le 20 juin 1959 à Dieppe. Titulaire d’un DESS de sciences humaines, il a été professeur de dessin industriel, puis proviseur. Il crée en 2004 à Brest les Editions du Barbu, publiant ses romans. Le héros des cinq premiers titres est Claude Le Noan. Célibataire de trente ans, ce passionné d’informatique et de photo, vit seul dans sa maison des Monts d’Arrée, en Bretagne. Son amie de cœur est lieutenant de police à Rennes. Après deux aventures à suspense, l’état psychologique de Le Noan se dégrade. Il devient accro à l’alcool et aux drogues dures. Dans La double « O », il est confronté à une dangereuse secte. Le chemin de souffrance l’amène à enquêter sur ses troubles origines, face à un adversaire sans pitié et bien renseigné. Pour Résiliences, il est impliqué dans une expérience risquant de le traumatiser définitivement. Cette très noire série explore les limites de la dépendance et de la résistance humaine. Sans rapport avec les précédents, Chairs amis est aussi extrême. Il s’agit d’une descente aux enfers dans le monde du vice avilissant et morbide. De jeunes hommes sont piégés afin d’assouvir les fantasmes de cruels obsédés. Les romans singuliers de Christian Blanchard s’adressent en priorité à un public adulte aux nerfs solides.

Bibliographie [Editions du Barbu, « Suspense et romans noirs »]

La mort des sens (2004) ; Incendie(s) (2005) ; La double « O » (2005) ; Le chemin de souffrance (2005) ; Résiliences (2006) ; Chairs amis (2006) ; Le théorème du Singe (2007) ; Que les gens sont laids! (Pamphlet, 2007)undefined

 





















Yannick Letty
est né le 16 mai 1959, Brest. De formation scientifique (océanographie), il a été pendant une douzaine d’années instituteur dans de petites écoles rurales du Finistère, avant de devenir professeur de sciences de la vie et de la terre. L’héroïne de ses romans est Marguerite Coadou. Dans Empreinte génétique, elle est inspecteur de police. Après dix ans à Paris, elle est de retour à Brest. Elle doit y affronter des souvenirs marquants. Elle enquête sur une série de meurtres, visant des employées d’un centre de recherche. Le principal suspect est l’ancien compagnon de Marguerite. Les analyses ADN sont formelles. Refusant d’y croire, la jeune femme interroge les proches de son ami. Jusqu’à ce qu’une autre piste s’impose. Pour Mémoire de sang, Marguerite a démissionné de la police et ouvert une librairie. Elle mène deux enquêtes parallèles. L’une concerne une affaire vieille de trois siècles, jamais élucidée, évoquée dans un récit de l’écrivain Anatole Le Braz ; l’autre, sur la mort d’un retraité, auteur d’un manuscrit racontant la 2e Guerre en Bretagne. Avec sa voisine et amie, Marguerite découvre des secrets oubliés. Poupées russes a pour décors les Alpes, où la brestoise va passer ses vacances d’hiver. Elle vient en aide à une jeune russe pourchassée. Une étrange clinique Italienne est au centre d’un trafic d’êtres humains. Seul l’inspecteur Pietramorta accepte de croire Marguerite. Avec lui, elle tente de regagner la France. Mais des tueurs sont à leurs trousses. Sur leur chemin, une forteresse cache de sombres expériences. Dans Passé décomposé, Marguerite enquête sur sa famille, tenant de comprendre ce qui a conduit sa mère et sa grand-mère à la folie. Pendant ce temps, un tueur enlève des femmes de la région. L’histoire de Brest, autrefois bombardée et rasée, plane sur cette affaire. Toute guerre est traumatisante ; celle d’Irak est à l’origine de ce roman.

Bibliographie [Editions Terre de Brume, « Granit Noir »]

Empreinte génétique (2001) ; Mémoire de sang (2002) ; Poupées russes (2003) ; Passé décomposé (2006)

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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 16:16

Deux romans de Renaud Marhic

« Schisme'n'Blues » (Terre de Brume, 2003)

Le narrateur est un journaliste quadragénaire désabusé, exagérant les beuveries. La chronique hebdomadaire de cet anti-conformiste athée est supprimée. Heureusement, il a Sandya. Cette étudiante en histoire pourrait être sa fille ; c’est sa « p’tite caille ». Parmi tous les « revendicatifs neuneux » lui proposant des sujets improbables, Désiré Cailleron lui présente un curieux dossier... Le Grand Schisme d’Occident date d’il y a six siècles, époque où les papes siégeaient en Avignon. Nombreuses furent les embrouilles pour qu’ils retournent à Rome. Une tendance de la chrétienté s’y opposa, celle de Benoît XIII. Soutenus par saint Vincent Ferrier, ses partisans et lui résistèrent jusqu’à leur apparente extinction. Cailleron pense qu’existent encore des « papes de l’ombre ». Cailleron a disparu. Avec Sandya, le journaliste visite les sites évoqués dans son rapport. A commencer par l’île du Comte, devenu centre de villégiature, où il reconnaît des symboles de la papauté sécrète. Ici furent reçus des puissants de ce monde. Des enjeux stratégiques et géo-politiques justifieraient qu’ils aient tenté des alliances avec les descendants de Benoît...

Les sectes, les sociétés secrètes, les Eglises, ce sont les sujets de prédilection de Renaud Marhic. La vie et l’œuvre de Benoît XIII ne nous sont certes pas familières. Mais la narration vivante entraîne les lecteurs dans les arcanes de ce lointain schisme. On suit avec grand plaisir les ironiques mésaventures du héros. Ce loser très crédible est en quête d’une incertaine vérité qui n’intéresse plus que lui – et nous. L’écriture peut déconcerter, mais elle offre le ton adéquat au récit. Un roman plutôundefinedt original, fort convaincant.

« Teminus Brocéliande » (AK Editions, 2007)

Etudiant rennais, Christophe R. a disparu au cœur de la forêt de Brocéliande, au “Val sans retour”. La mère du jeune homme engage un profiler afin de retrouver son fils. Si le parcours de Maël Mac’Herig est particulier, il connaît bien les affaires de “playing killers”. Pourtant, il se sait mal accepté par les spécialistes. Christophe R. a laissé des textes et autres signes, qu’il s’agit de décrypter... L’étudiant tente d’explorer un monde parallèle, où vit la troublante Linoï. N’ayant pas toutes les clés, il traverse des scènes éprouvantes dans cet étrange Méta-Monde. Il participe à un Jeu de l’Oie animé par un gnome, suit la “Caravane des Semences” jusqu’à la cité de Versalia, survole des paysages inconnus, fréquente un bar issu du passé, cherche en Arcadie les traces du Grand Pan, aperçoit parfois Linoï... Grâce à un appel à témoins sur une radio indépendante, Mac’Herig tient une piste sérieuse. Christophe R. et ses amis satanistes se réunissent en secret. La cérémonie qui se prépare risque d’être fatale à Christophe R. La police intervient. Le quiproquo frôle la bavure. Par ailleurs, l’étudiant était en contact avec un mystérieux bouquiniste...

Le jeune disparu nous entraîne dans ses délires fantasmagoriques, “de l’autre côté du miroir”. On le suit avec curiosité dans cet univers décalé. Néanmoins, l’auteur est plus cartésien qu’il y paraît. L’ésotérisme démoniaque et les mythes celtiques sont ici le prétexte (bien documenté) à une vraie enquête. S'il ne manque pas d’expérience, le solitaire Mac’Herig se laisse convaincre par des faux-semblants. Marhic maîtrise avec subtilité le rythme de ce kaléidoscope, avant d’en décoder les images. Un “thriller féerique”, déroutant, atypique. Un roman d'une belle originalité.
- Cette collection est désormais rééditée par les Editions du Barbu, coll.
Polars & Grimoires -

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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 15:51

Viviane Veneault : La disparue des Baronnies
(Ravet-Ance07-VENEAULT-copie-1.JPGau, Polars en région n°4, décembre 2007)


Dans ce village de la Drôme, vivent trois amis. Homme mûr, Paul produit des abricots, avec sa famille. Veuf de 48 ans, Stanislas est un romancier reconnu. Jeune gendarme, Manu a de l’ambition. Dans l’intention d’aider son protégé Paco, qui ignore encore le secret de sa naissance, Paul rend visite à la vieille et acariâtre Mme Raplin, grand-mère du jeune homme. Il aimait bien Mina, la défunte fille de celle-ci. Dans sa fureur, Mme Raplin est prise d’un malaise. Paul s’enfuit, sans lui apporter d’aide. Par la suite, il hésite à se confier à Stan, et ne parvient pas à en parler à Manu. La disparition de Mme Raplin n’est que tardivement signalée par son voisin, Raoul Malvers, qui était absent. Voulant se dénoncer, Paul tergiverse. Gagné par des idées suicidaires, il est gravement blessé dans un accident de la route. Manu enquête sur le cas de la vieille dame. Sans être suspect, le vieux voisin ne dit sans doute pas tout ce qu’il sait.

C'est le qualificatif « roman de secrets » qui convient ici. Tous les protagonistes dissimulent des aspects de leur vie, de leurs sentiments. Les personnages annexes ne sont pas moins dignes d’intérêt. Non pas un « pur polar », mais une intrigue psychologique très réussie.

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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 11:26

GERARD ALLE EN DEUX QUESTIONS undefined

 

Né en 1953, Gérard Alle est un romancier guidé par une exigence de qualité, dans un univers proche du roman noir. Depuis ses débuts chez Baleine en 2000, il a publié six romans, dirigé ou participé à plusieurs recueils de nouvelles, et sorti en 2007 Les papys féroces, regroupant trois courts “romans gris”. Sur RayonPolar.com, il a largement répondu à deux questions qui l'inspirent.

 

Claude Le Nocher : Dans quelle mesure le roman doit-il être le reflet de la réalité ?

Gérard Alle : Le rapport à la réalité est en effet préoccupant. Je vois le romancier comme un conteur. Il doit être capable de faire avaler des couleuvres au lecteur. Plus la couleuvre est grosse tout en restant consommable, plus le livre est réussi. C'est sans doute l'intérêt premier de l'écriture de fiction, car chacun peut constater à quel point la réalité est déjà incroyable et peu crédible. La fiction doit nous affranchir des contraintes de l'espace et du temps. Dans ce sens, les contraintes de la langue sont parfois un frein à l'imaginaire et au basculement nécessaire du point de vue. Il faudrait pouvoir écrire à la première personne quand il s'agit de toucher le réel de l'émotion, du ressenti, au plus près, et passer à la troisième personne quand on veut donner de la distance. Il faudrait en même temps pouvoir écrire au présent, pour être au plus près de l'action, et au passé, pour installer la narration. Il faudrait aussi être ici et ailleurs, au même instant, et puis vivant et mort. Il faudrait se débarrasser de la structure même du langage, parfois, pour traduire l'urgence, la fulgurance d'un instant.  G--rard-ALLE.JPG

Mais la réalité est le port d'attache du lecteur. Et il faut l'entraîner à larguer les amarres. Pourquoi ? Parce que l'imaginaire c'est l'aventure de l'esprit, la subversion. Celui qui n'entre jamais dans l'imaginaire d'un auteur a peu de chance de libérer le sien, d'imaginer sa propre vie, et risque fort de se laisser dicter ses choix. Mais il ne faut pas oublier pour autant le port d'attache. Le réel contient sans doute toutes les merveilles du monde, là, à portée de la main, dans notre quotidien. Mais notre sensibilité est émoussée, on ne veut pas voir, on ne veut pas entendre, on ne veut pas savoir, on veut oublier, aussi. Embrasser dans l'instant toute la réalité passée, présente et à venir est sans doute quelque chose d'insupportable pour notre cervelle et nos sens. Et comme notre vision de la réalité est forcément partielle, il faut changer de temps en temps d'angle de vue.

Souvent, imaginer, ce n'est pas inventer de toutes pièces une situation, mais c'est coller ensemble deux situations réelles ou vécues qui n'avaient rien à voir au départ; c'est aussi créer un personnages en assemblant les morceaux épars de plusieurs caractères bien réels. La littérature est là au moins pour nous proposer d'aborder les choses sous un angle inattendu. Tout part du réel, l'important c'est de ne pas y rester. Le reflet pur et simple de la réalité est sans intérêt. Il faut pour le moins que le reflet trouble nous trouble, que le miroir déformant nous déforme. S'il fallait donner un seul exemple, je citerai cet écrivain irlandais (Joyce ? Becket ? Oscar Wilde ?... je ne sais plus) qui a dit : “La réalité n'est qu'une hallucination due au manque d'alcool.”

 

Le roman peut-il cultiver la prise de conscience citoyenne sur l’environnement et l’écologie (respect de la nature et du cadre de vie, pollutions évitables et risques pour la santé) ? 

Gérard Alle : Il est toujours risqué d'utiliser la fiction romanesque pour essayer de faire passer un message, quelle que soit la pertinence de ce message. Il m'est arrivé de décrire certaines dérives agri-environnementales, notamment dans un roman intitulé Il faut buter les patates [Baleine, 2001], et l'absence de réaction de la part des lobbies mis en cause montre à quel point la littérature n'est pas faite pour changer le monde - tout au plus peut-elle changer les gens (une personne, ici ou là, pourra être chamboulée par la lecture d'un ouvrage). En fait, les coupables sont cyniques, sûrs de leur puissance, et les citoyens, quelque peu fatalistes, alors, l'inertie est immense.

Le plus efficace - j'entends au sens littéraire du terme, est peut-être la science-fiction, le roman d'anticipation, quand il nous projette dans un avenir inquiétant et nous oblige à refuser cette fatalité. Le roman noir, aussi, peut nous bousculer, en nous faisant voyager dans la réalité glauque d'un complexe chimico-oligo-mafieux du fin-fond de la Russie ou de la Chine, par exemple, mais il risque, alors,  de nous faire croire que le danger vient d'ailleurs, alors qu'il vient surtout de nous-mêmes.

Le roman que je suis en train d'écrire en ce moment, troisième d'un cycle intitulé Lancelot fils de salaud (*), nous projette dans une vingtaine d'années. La technologie y côtoie le chaos, plein de choses en lesquelles nous croyons aujourd'hui ne fonctionnent plus, ou par intermittence; il y a des vieillards séniles dans les maisons; il fait un brin plus chaud, ce qui permet de faire du vin en Bretagne et même en Suède (en fait ce sont les amplitudes climatiques qui augmentent, ainsi que les tempêtes). Le chaos qui règne dans certaines zones fait des dégâts socialement, mais il permet aussi des expériences originales, lorsque les hommes savent désobéir et se réinventer un vivre ensemble.

En fait, la question centrale, dans ces histoires de littérature et d'écologie est celle du contrôle social. Agiter la peur de la pollution, de la maladie et de la mort est très contre-productif, politiquement parlant : si tout est foutu, pourquoi se battre ? Si l'on joue avec cette matière explosive, il faut aussi, en face, jouer avec l'utopie. Aujourd'hui, nos enfants nous entendent dire à longueur de temps que le monde est pourri, et que leur vie sera plus dure que la nôtre. Or, demain leur appartient et sera ce qu'ils en feront. En ce sens, le catastrophisme littéraire est réactionnaire. Vive l'utopie !

 

(*) La fugue de l’escargot et L’arbre aux chimères. En 2007 est paru Les papys féroces, tous aux éditions Coop Breizh. 

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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 11:22

DOMINIQUE SYLVAIN 
« L’absence de l’ogre », le nouveau roman de Dominique Sylvain, est sorti en mai 2007 (Editions Viviane Hamy). On y retrouve la commissaire retraitée Lola Jost, et son amie américaine Ingrid Diesel.
Brad, un jardinier aux allures de grizzli, originaire de La Nouvelle-Orléans, vit à Paris sous une fausse identité. Il est recherché pour le meurtre de Lou Necker, une rockeuse. Ingrid le connaît bien, et doute de sa culpabilité. La et elle enquêtent, dans les parcs parisiens, et au Centre Artistique Jarmond, squat où vivait la victime. Mais une regrettable opération immobilière, un livre sur un botaniste d’autrefois, l’ambition de l’épouse d’un policier, la réaction des jardiniers de Paris, l’alcoolisme contrarié de Brad, et quelques autres problèmes compliquent cette affaire… Un roman foisonnant et palpitant, réellement entraînant. 
Dominique Sylvain a longuement répondu à trois questions sur le site www.rayonpolar.com, autant sur ses goûts littéraires, que sur sa propre écriture. Une manière d’approcher cette excellente romancière…

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Claude Le Nocher : Dans la Littérature Policière, quel romancier vous a le plus marqué, et a peut-être influencé votre propre écriture ? 
Dominique SYLVAIN : Plutôt qu’un auteur, je citerai un trio : Chandler, Leonard, Montalban. J’ai eu le coup de foudre pour Chandler étant ado. L’élégance de son style, son romantisme désabusé, son humour raffiné et mélancolique et le charme de Philip Marlowe m’ont enthousiasmée, et remuée. Quand j’ai commencé à écrire des polars, en 1993/94, j’ai tout de suite voulu mettre en scène un privé. J’ai choisi un personnage féminin, Louise Morvan, mais lui ai donné quelques aspects du caractère de Marlowe, plus ou moins consciemment. Louise est un rien cynique et désabusée, mais reste une grande romantique capable de panache, pour la simple beauté du geste. Elle a un côté « chevalier blanc » comme Marlowe, et « ni Dieu ni maître ». Comme lui, elle boit pas mal, accumule les relations sentimentales sans suite, se coltine physiquement avec ses adversaires, vit chacune de ses enquêtes comme un voyage initiatique. Elle est intuitive, mais pas seulement : elle mouille sa chemise pour arriver à ses fins et mise sur la logique. C’est une bagarreuse, et une raisonneuse. Mes deux nouvelles héroïnes, Ingrid Diesel et Lola Jost, ont ces deux points communs avec Louise, et Marlowe.

J’ai découvert Elmore Leonard et son humour subtil avec « Freaky Deaky », l’histoire d’un héros cool et malin aux prises avec des ex-activistes des années 60 reconvertis dans le gangstérisme. J’ai été épatée par sa technique. La fluidité de son style, sa manière de bâtir une histoire en trouvant des angles inédits, sa mécanique du suspense rigoureuse et qui ne laisse pas voir les coutures. Son univers est réaliste et jubilatoire. Quand il écrit une scène de séduction, Leonard ne tombe jamais dans la mièvrerie ; il sait parler de la connivence et de l’amitié comme personne, ses scènes d’action sont redoutablement efficaces et la violence n’y est jamais gratuite. Ses héros ont un charme irrésistible, notamment Chili Palmer dans « Get Shorty » (mon polar favori). Leonard prend son temps et accélère sans prévenir pour écrire une scène d’action magistrale, sans un effet de trop, sans une virgule inutile (la scène de massacre entre dealers dans « Out of Sight » est un modèle du genre). Ses méchants sont particulièrement réussis : le duo entre le tueur à gage indien et le petit blanc hystérique de « Killshot » est un morceau de bravoure. Comme tous les grands auteurs américains, Leonard est également très rigoureux dans les détails techniques ou historiques. J’admire ce professionnalisme. La rigueur mariée à une imagination impressionnante, c’est de la dynamite.

Un peu plus tard, je me suis plongée dans Manuel Vazquez Montalban pour lire tous ses Pepe Carvalho à la suite. La proximité du français et de l’espagnol, la qualité des traductions m’ont permis de goûter sans réserve la grande beauté de son style. Il m’arrivait quand j’avais un coup de mou pendant l’écriture d’un roman, d’ouvrir un Montalban au hasard et de lire quelques pages pour me redonner de l’énergie. Son écriture est à la fois délicate et puissante, sa vision du monde lucide et élégante, en grande partie parce qu’il n’assène jamais de leçon politique. Il donne à voir à des lecteurs adultes, leur offre un univers complexe et sensuel, et un regard singulier. Je crois que c’est Montalban qui a dit que le politique finissait toujours par transparaître, et que du coup il n’était pas nécessaire de durcir le trait.

Je suis allée à l’école du polar avec ces trois maîtres et j’ai mis des années à digérer leur technique, et à trouver ma propre voix. Dix ans au bas mot.

Claude Le Nocher : Réel ou réaliste, dans quelle mesure le roman doit-il être le reflet de la réalité ? 

Dominique SYLVAIN : Je n’ai pas de certitudes dans ce domaine. Plutôt des impressions variées. Les trois romans qui m’ont emballée récemment, « Lunar Park » de Bret Easton Ellis, « Kafka on the Shore » (Kafka sur le rivage) de Haruki Murakami et « White Teeth » (Sourire de loup) de Zadie Smith, réinventent un monde en partant (scrupuleusement) du nôtre. A partir de bases plausibles, ils nous embarquent dans un voyage stylistique, narratif, émotionnel d’autant plus fort qu’il est savamment architecturé. Les personnages s’expriment, s’habillent, vivent à peu près comme nos contemporains. Ils ont nos mauvaises habitudes et nos inquiétudes. Mais ce n’est que le début de l’aventure.

Ce qui est intéressant et source d’émotion, c’est que ces mondes recréés nous montrent des « reflets » de notre réalité. Dans le sens où le fantastique est juste derrière la porte. Comme dans ce roman de Murakami, « Danse, danse, danse » où le héros débarque dans une réalité parallèle grâce à l’ascenseur de l’hôtel du Dauphin. Le basculement du monde « réel » vers le monde imaginaire tient à peu de choses. C’est un froissement léger de la réalité, une discrète courbure de l’espace temps.

A priori, un roman qui est le reflet de son époque m’intéresse plus que celui qui est un reflet de la réalité. D’une part parce que la réalité est subjective : nous percevons le monde à travers le crible de nos sens, or, on sait par exemple que les couleurs n’existent pas dans l’absolu mais sont une production de notre perception. Et que la lumière est maîtresse du jeu. D’autre part parce qu’une époque englobe plusieurs réalités.

En revanche, j’émets un bémol concernant le polar. En tant que lectrice, je suis gênée par la réalité tronquée, et les histoires invraisemblables. Quand le revolver se comporte comme un pistolet, ou que les flics se prennent pour Prévert toutes les cinq minutes, ou au contraire passent leur vie à soigner leur gueule de bois, ou que les intrigues se résolvent à coups d’intuition subite. Il y a des éléments de réalisme de base qui me semblent indispensables, une fois ce fait admis, on peut décoller, délirer, réinventer, etc. Mais il faut un minimum. Et je crois que c’est pour cette raison que j’aime la façon dont le polar américain empoigne le réel. Même dans « Shutter Island » qui est un rêve, tout est réaliste. Ça n’empêche pas Dennis Lehane d’avoir un style éblouissant (à ne pas confondre avec un style joli) et de nous offrir un voyage vers des territoires mentaux à la fois connus et inconnus.

L’intéressant, c’est justement quand un auteur évoque une réalité proche de la nôtre et, dans le même temps, nous la fait voir sous un angle complètement nouveau. Un effet de proximité/distance difficile à réussir.

Souvent, pour écrire une scène, il est intéressant de partir du réel. On décrit la vitrine d’un magasin d’antiquité à Tokyo, située à côté d’un cimetière, et tout est vrai. Les objets dans la vitrine, l’allure déglinguée de l’enseigne en bois, les kanji écaillés sur la vitrine, le cri des corbeaux dans les arbres du cimetière. Et la fiction émerge d’autant mieux de cette réalité. Partir de données précises donne souvent du muscle à la fiction. Parce que l’histoire, les personnages obéissent alors à une logique. On en revient à l’histoire de l’ossature solide. Mais c’est pareil pour tous les arts. L’œuvre ne tient pas sans la composition.

D’autre part, j’avoue avoir un faible pour les auteurs qui osent se coltiner à la réalité, même s’ils en donnent une version subjective. Ils sont les plus courageux d’entre nous. Dans ce registre, j’admire Jonquet. Il est le seul à avoir osé travailler sur les émeutes de banlieues. Justement parce que c’est le sujet qui gêne, qui fâche, surtout à gauche. J’admire aussi « Les Particules élémentaires ». Ecrit dans un style volontairement plat, c’est un des rares romans français qui observe la réalité du déclin de l’occident. Pour moi, c’est un livre troublant. Il commence dans le marasme le plus réaliste, il finit comme un roman de science fiction. Tout comme dans « Lunar Park », le réel cède le terrain doucement à l’expression d’une sorte d’hyper réalité romanesque.

Claude Le Nocher : Qu’il s’agisse de la planification par un meurtrier avec préméditation, de la folie ou de la cruauté d’un tueur en série, de l’esprit de vengeance d’un assassin rancunier, les motivations des criminels de romans ressemblent-elles vraiment à la réalité, ou en sont-elles logiquement éloignées ? 

Dominique SYLVAIN : A mon avis, ces motivations ont plutôt intérêt à être logiques et vraisemblables. Et ça concerne tous les personnages et pas seulement les meurtriers. Il m’est arrivé de partir sur une histoire avec une grosse envie de feu d’artifice. Je me construisais mon petit opéra noir dans ma tête, avec l’intention de mettre les personnages au service de cette idée : il fallait que leurs motivations collent à mon projet pour obtenir l’effet escompté. Je les traitais comme des objets parfois, au lieu de les voir comme des êtres de chair et de sang, avec leurs propres désirs, leurs peurs, et surtout leur fonctionnement spécifique dans un écosystème économique. Aujourd’hui, j’ai changé de méthode. J’ai fini par comprendre qu’injecter du réel dans une histoire est un passage obligé, sinon on risque de déraper dans l’artifice, et d’écrire des histoires rocambolesques. J’ai compris qu’en veillant à toujours donner de vraies motivations aux personnages, on débouche sur des histoires intéressantes et touchantes aussi. C’est dans cet esprit que j’ai réécrit « Baka ! », mon premier roman qui était épuisé. J’ai revu toute l’histoire en donnant de vraies motivations à tous les personnages, même aux secondaires. Et cette deuxième version est à mon avis nettement meilleure que la première. Bien sûr, je recherche toujours le feu d’artifice et la jubilation, mais ça passe désormais par le travail sur le style, les inventions langagières, et l’angle d’attaque des scènes. Pour ce qui est des personnages, je me suis mise à les respecter, et à essayer de comprendre encore mieux leur vie. Même si je ne révèle pas tout, j’ai glané suffisamment d’informations pour les rendre plus denses. Par exemple, je dois savoir où ils vivent, visualiser leur rue, leur appartement, connaître une partie de leurs goûts, leurs moyens financiers, leurs amis, etc. Evidemment pour un meurtrier en série ou pour n’importe quel psychopathe, c’est plus délicat. Mais c’est jouable. Il faut se glisser un peu dans sa peau. Quelquefois, ça fatigue mais ça vaut la peine. Ce qui est difficile, c’est la cruauté. Il s’agit d’être plausible mais pas gore pour autant. Un détail suffit quelquefois, mais il faut réussir à le trouver. Il faut du temps, et de l’intuition. De la documentation aussi, mais pas seulement. Et il faut faire très attention parce que notre vécu est largement imbibé par la fiction visuelle, notamment celle des films et des séries policières. Il y a un panthéon grouillant de criminels sous nos crânes. Ils peuvent nous aider mais il faut savoir s’en dégager, trouver l’alchimie.

LES ROMANS DE DOMINIQUE SYLVAIN
Aux Editions Viviane Hamy : « Baka » 1995 - « Sœurs de sang » 1997 - « Travestis » 1998 - « Techno bobo » 1999 - « Vox » 2000 - « Strad » 2001 - « Cobra » 2002 - « Passage du désir » 2004 - « La fille du samouraï » 2005 - « Manta Corridor » 2006 - « L’Absence de l’ogre » 2007 - « Baka ! » mai 2007 (réédition du roman de 1995, dans une nouvelle version).
« Les passeurs de l’Etoile d’Or » (2004, Editions Autrement « Noir Urbain ») - « Mon Brooklyn de quatre sous » (2006, Editions Après La Lune « La Maîtresse en maillot de bain ») – Nouvelles dans « Petite ceinture » (2006) et « Bains Douches » (2007), Arcadia Editions 

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

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