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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 04:55

Parmi les nouveautés en format poche de ce printemps 2015, deux excellents suspenses à retenir, en particulier pour leur aspect psychologique.
 

Jan Costin Wagner : L’hiver des lions (Babel Noir, 2015)

En Finlande, Kimmo Joentaa est policier à Turku, à l’ouest d’Helsinki. Jeune veuf, il reste très marqué par le souvenir de sa épouse Sanna. De service à la veille de Noël, Kimmo vit une nuit animée. Il fait la connaissance de “Larissa”, qui ne masque guère sa volonté de le séduire, avant que son ami et collègue Tuomas Heinonen ne débarque chez lui déguisé en Père Noël. Il a des problèmes de couple, à cause de son addiction aux jeux d’argent. Sur le matin, Kimmo apprend qu’un meurtre vient d’être commis en forêt. La victime est Patrik Laukkanen, le médecin légiste local. Difficile tâche d’annoncer la triste nouvelle à sa compagne, mère de leur bébé. Quant aux circonstances du crime, une constatation s’impose : “On dirait que son assaillant a frappé sous le coup de la colère. Il y a des coups de couteau répartis au hasard sur presque tout le buste.”

Un meurtre similaire est commis à Helsinki. La victime est Harri Mäkelä, un fabricant de faux cadavres pour le cinéma. Kimmo devine le point commun entre les deux hommes. Ils ont participé au talk-show télévisé le plus suivi du pays, celui de l’animateur Hämäläinen. Dans l’émission intitulée “Les maîtres de la vie et de la mort”, la prestation du légiste Patrik Laukkanen fut réussie, et Harri Mäkelä montra trois exemples de faux cadavres réalistes. Kimmo visionne le DVD du programme, sans noter de détails particuliers. Interrogé par les enquêteurs, l’assistant de Mäkelä explique les méthodes du défunt. Regardant à nouveau le DVD, Kimmo se demande si un des mannequins ressemble à un mort bien réel. L’animateur Hämäläinen est agressé dans un couloir de la télévision. Il ne se souvient de rien d’anormal concernant l’émission avec les autres victimes. Kimmo note que l’agresseur a poignardé moins vivement l’animateur. La piste de personnes décédées dans certains types d’accidents, en train ou en avion, parait plausible...

Nous voici en Finlande durant la semaine du 24 décembre au 1er janvier. Ce roman d’enquête baigne dans un troublant climat psychologique, ce qui le rend d’autant plus intense. L’état d’esprit du policier Kimmo Joentaa constitue le principal atout de cette histoire. Marqué par son drame personnel, il fait preuve d’empathie envers tous, collègues ou témoins, proches de victimes. Seule la belle “Larissa” échappe à sa perspicacité. Dans l’ombre, on découvre par petites touches une autre personne, jouant un rôle essentiel. Les portraits sont joliment précis et nuancés. Un suspense riche en finesse, à l’ambiance véritablement prenante.

Polars poche 2015 : Jan Costin Wagner (Babel Noir) & Robert Crais (Pocket)

Robert Crais : Suspect (Pocket, 2015)

Âgé de trente-deux ans, Scott James est policier en uniforme à Los Angeles. Il fait équipe en patrouilles avec Stephanie Anders. Scott espère intégrer bientôt une unité d'élite. Cette nuit-là, tous deux assistent à un accident de la circulation entre un camion et une Bentley. Mais quand intervient une Gran Torino, une fusillade éclate. Le couple de policiers est visé, même si ce sont les occupants de la Bentley qu'on ciblait. Stephanie Anders est abattue, Scott James en sort gravement blessé. Neuf mois et demi plus tard, il a toujours des séquelles post-traumatiques et physiques, qu'un psy a du mal à soigner. Pendant tout ce temps, l'enquête sur la mitraillade n'a pas vraiment avancé. Scott James a été accepté dans la brigade canine, l'unité K9. Pour le recaser, plutôt que grâce à ses compétences.

Leland, le patron, ne voit pas d'un bon œil que Scott choisisse le berger allemand Maggie. Cette chienne a appartenu au corps des Marines, en Afghanistan. Elle souffre de stress post-traumatique, comme Scott, ne supportant pas le bruit des coups de feu, handicap majeur. L'idée de Leland est d'inciter Scott à renoncer à ce boulot. Néanmoins, le couple fonctionne assez bien. La chienne ne tarde pas à adopter son nouveau maître. L'inspecteur Orso et sa collègue Cowly relancent l'enquête sur la fusillade. Scott retourne souvent sur les lieux, maintenant avec Maggie. Il s'est aperçu que les cambriolages sont fréquents dans ce quartier. Pas impossible qu'un braqueur présent cette nuit-là ait pu voir quelque chose de précis. Scott étudie les témoignages et la reconstitution des faits dans le dossier mis à sa disposition…

Un suspense diablement sympathique, par un romancier chevronné. Concernant l'intrigue criminelle proprement dite, Robert Crais sait ménager ses effets. Après la scène-choc de la fusillade, il va distiller les menus indices, les possibles pistes. Il nous présente un policier plutôt solitaire, persévérant à chercher des éléments sur la mort de sa partenaire. Un thème classique et solide. Idem pour l'aspect psychologique. Ce qui séduira bon nombre de lectrices et de lecteurs, c'est la nouvelle partenaire du policier, pesant quarante kilos. D'autant que certaines scènes sont “vues par” Maggie, la chienne militaire. La relation entre un animal (capable d'un véritable dressage) et son maître (directif sans dureté) apparaît effectivement bien décrite. Un polar ne fonctionne pas sans un scénario sérieux et une narration fluide : des atouts favorables bien présents dans ce “Suspect”.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 04:55

Le Sword est un service de renseignements géostratégiques indépendant et neutre basé en Suisse. Créé et dirigé par Mark Walpen, avec l'appui de son père diplomate Ralph, cet organisme s'est doté d'unités d'action, les Faucons, capables d'intervenir dans le monde entier. Ils ont même étoffé depuis peu ces groupes, entraînés discrètement à Zermatt. En ces vacances de Noël, Mark et ses deux enfants séjournent dans cette station, avec son amie Anook. Ils seront bientôt rejoints par Ralph Walpen, auquel on vient de soumettre un cas assez délicat. Repos relatif pour Mark qui, tandis que ses nouveaux Faucons seront prêts à opérer dès de début janvier, continue à observer la situation internationale.

Choisi par les cardinaux quelques mois plus tôt, le nouveau pape Anastase V est d'origine chinoise. Il s'est montré beaucoup plus réformiste qu'on l'imaginait, bousculant le dogme et les hypocrisies vaticanes, voulant inscrire le catholicisme dans le siècle actuel. Dès le 6 janvier, il entreprend un voyage en Australie puis en Asie. Du côté de la Chine, il semble y avoir du changement aussi, le président Zang Ying Ye ayant nommé un vice-président plus jeune et réformateur que les cadres garants de l'orthodoxie. Par contre, des attentats ont secoué le Tibet toujours chinois par annexion, peut-être le fait de partisans du Dalaï-lama. Au cœur du Vatican, c'est un drame passionnel qui a causé la mort de quatre personnes, chez les Gardes Suisses. La version officielle évoque un suicide le l'assassin.

Dans la principauté italienne de San Martino della Cima, il y a aussi un problème. Ralph Walpen est contacté par la mère australienne de la jeune princesse. Voilà deux ans, Kathleen Parker a épousé le prince Paolo Spinola. Depuis quelques temps, la mère Hannah Parker ne parvient plus à joindre sa fille. Sous le charme de l'Australienne, Ralph demande à Mark d'intervenir dans cet État indépendant. Ce n'est pas si facile, mais l'Israélienne d'origine Rebecca, éminent membre des Faucons, réussit à s'infiltrer au sein de l'hôpital où la princesse consulte souvent. Sans témoin, Kathleen avoue à Rebecca qu'on attend d'elle qu'elle produise un héritier princier. Si elle souhaite fuir dès que possible, il faut mettre au point une opération d'envergure pour l'exfiltrer en rusant avec les autorités.

De passage à Paris, Ralph rencontre secrètement le Dalaï-lama en personne. Grâce au pape Anastase V, des accords étaient en bonne voie avec la présidence chinoise. À cause des récents attentats, ils risquent d'être caducs, alors que le Dalaï-lama ignore s'ils ont été l'œuvre de ses partisans ultras. Le pape doit interrompre son voyage durant plusieurs jours, s'arrêtant à Honk Kong. On annonce qu'il est souffrant, soignant une maladie virale. Par un cardinal suisse, Ralph apprend qu'en réalité Anastase V a disparu, probablement enlevé. Ce même ecclésiastique pense que, dans le cas des quadruples morts chez les Gardes Suisses, il s'agit d'un complot. Anne Jordan, mère du supposé coupable "suicidé", est certaine également que le Vatican masque la vérité.

Il est temps pour les Faucons de Mark Walpen d'entrer en action, dans quatre directions différentes. Aucun d'eux n'ignore la grosse part de risque, en particulier d'entrer en Chine sans autorisation. Chevronnés, l'ex-officier français Paul de Séverac et son collègue indien Deepak Singh sont chargés de l'affaire tibétaine. Sur place, ils peuvent compter sur les moines bouddhistes. Tandis qu'une deuxième équipe se rend à Rome pour enquêter sur le Vatican, Rebecca et son groupe s'occupent de la princesse. Ralph accompagne à Honk Kong la quatrième équipe, qui espère retrouve la trace du pape Anastase V…

Mark Zellweger : Panique au Vatican (Éd.Eaux Troubles, 2015)

Dans “L'envol des Faucons” (2014), les lecteurs avaient fait connaissance avec le Sword et les Faucons de Mark Walpen. Les voici de retour, pour un deuxième roman d'aventures. Depuis les histoires d'espionnage de la Guerre Froide jusqu'à des thrillers plus proches du monde d'aujourd'hui, existe une grande tradition d'intrigues internationales aux récits fort mouvementés. Toutefois, avant que ses héros ne partent en mission, Mark Zellweger se donne le temps de nous présenter en détail personnages et contextes. Ensuite, place aux scènes périlleuses et agitées, à travers la planète.

Soulignons certaines allusions ou des clins d'œil. Alter-ego du pape François, Anastase V apparaît encore plus favorable à des réformes de fond (la pédophilie, les préservatifs). Comme une certaine princesse monégasque native de Rhodésie-Zimbawe, celle qui est ici captive de son époux vient aussi d'un lointain pays, l'Australie. Le crime au Vatican s'inspire du cas d'Aloïs Estermann, commandant de la Garde Suisse, et de son épouse Gladys abattus en mai 1998 par le vice-caporal Cédric Tornay, qui se suicida ensuite. Une affaire mal éclaircie, disons-le. Évidemment, “Panique au Vatican” est une fiction, donc sans lien avec ces exemples. Pour ce qui est de la situation du Tibet, elle est du domaine de la réalité. L'auteur s'offre la présence du Dalaï-lama, en guest-star. De l'action et une intrigue mondiale, voilà de quoi séduire les amateurs de polars trépidants.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 04:55

Daniel Trokic est commissaire à Århus, ville portuaire du Danemark. Âgé de trente-huit ans, il est célibataire, vivant avec sa chatte Hirsute. Daniel Trokic a des origines croates par son père, même s'il a principalement vécu ici. Néanmoins, les guerres de Yougoslavie sont présentes dans son esprit. Si les Croates sont amnésiques quant au conflit, ce n'est pas son cas. Une jeune femme blonde de vingt-sept ans aux yeux vairons a été égorgée dans le bois où elle faisait son footing du samedi soir. Mère d'un enfant de trois ans, cette Anna Kiehl suivait toujours le même parcours, proche d'un étang. Sur son cadavre nu, est posé un bouquet de ciguë séchée. Difficile d'interpréter cet éventuel symbole. Étudiante, mais donnant aussi des cours, Anna Kiehl était enceinte de plusieurs semaines. Deux voisins pensent qu'elle est rentrée, puis sortie à nouveau le soir où elle a été assassinée.

Le marginal Tony Hansen ferait un suspect plausible, car sa version est douteuse quant à son emploi du temps. Étudiante thésarde, Irene n'est pas claire sur sa relation avec Anna. Fâchées ou pas ? Son supérieur impose à Daniel Trokic que Lisa Kornelius l'assiste dans son enquête. Il n'a aucun atome crochu avec cette experte en informatique. Les fichiers et les mails de l'ordinateur d'Anna ne peuvent être que partiellement récupérés, sans qu'on sache qui est intervenu sur la mémoire de l'appareil. L'appartement d'Anna, désordonnée, semble avoir été nettoyé par l'assassin. L'hypothèse d'une mauvaise rencontre de hasard apparaît de moins en moins crédible. La jeune sociologue Isa Nielsen a un peu connu Anna qu'elle croisait faisant son jogging, mais elle ne peut renseigner utilement Daniel Trokic.

L'ADN sur un collier ayant appartenu à Anna permet de faire avancer l'enquête. Ces traces sont celles de Christoffer Holm, chercheur en psycho-pharmacologie, disparu depuis huit semaines à son retour du Québec. Bel homme, Holm était l'auteur du livre “La zone chimique”, traitant de neuropsychologie et du rôle des antidépresseurs. Nul doute qu'il ait été intime avec la victime. Des plongeurs vont devoir fouiller l'étang près du lieu du crime, où il y a une chance de retrouver son corps. L'une des pistes mène à une secte locale, L'Ordre doré, bien que le lien avec Anna Kiehl reste très confus. Pourtant, un des membres de cette secte connaîtra bientôt une mort suspecte.

Si Irene a menti en disant ne pas savoir qui était Holm, il faut avouer que ce séducteur jonglait avec les conquêtes. À l'hôpital psychiatrique où il fut employé, on confirme aux policiers qu'il avait démissionné. Pour poursuivre ses recherches sur un antidépresseur miracle, certainement. Voilà qui intéresserait la société pharmaceutique Procticon. Alors qu'il retourne dans l'appartement d'Anna, Daniel Trokic est mis KO par un agresseur fantôme, avant de découvrir une main tranchée momifiée. Holm avait rédigé un dernier rapport sur ses travaux, qui vient d'être volé chez sa sœur Elise où il l'avait caché…

Inger Wolf : Noir septembre (Éd.Mirobole, 2015)

Il s'agit du troisième roman de la danoise Inger Wolf traduit en français, après “Nid de guêpes” et “Mauvaises eaux”. C'est un solide suspense, où se présentent diverses pistes dans l'enquête menée par le policier Daniel Trokic. Amateur du groupe de rock-métal allemand Rammstein, ce solitaire reste marqué par l'image de la Croatie. Et par le cas de Milan, qui fut ami avec son frère Mirko et lui-même, avant de participer à la tourmente guerrière. Son collègue policier Jacob, qui a connu la Croatie d'alors, serait le seul à comprendre ce qui perturbe Trokic.

Dans l'affaire en cours, il se montre professionnel, affichant une certaine fermeté quant au monde actuel : “C'est à chacun de se prendre en main. Pourquoi toujours rejeter la faute sur son environnement ? C'est complètement stupide. Tu diras ce que tu veux, mais les hommes ont de tout temps connu le stress… Je pense simplement que les gens abordent l'existence de la mauvaise manière. Et puis, on en revient toujours au fait que nous sommes tous responsables de notre propre vie.” Dans ces conditions, pas sûr qu'il puisse sympathiser avec les gens qui rejettent la société, tels ceux de la secte L'Ordre doré.

S'étalant sur une huitaine de jours seulement, l'intrigue se compose de courts chapitres destinés à donner de la vivacité au récit. Avec certaines scènes volontairement elliptiques, autour de la vie privée des enquêteurs notamment, afin de ne pas ralentir le rythme. On ne tarde pas à réaliser que l'autre victime, Holm, est assurément un des pivots de l'affaire en question. Ça ne nuit nullement au mystère criminel. Indices, hypothèses et passages plus agités sont au programme de ce polar fort bien maîtrisé.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 04:55

Quimper, au cœur des années 1970, un samedi de septembre qui s'annonce ordinaire. Le sous-directeur de l'agence quimpéroise du Crédit Breton, Robert Ganne, est un passionné de chasse et d'armes. La veille, à Lorient, sa banque a été braquée par un trio. S'il devait arriver la même chose ici, Ganne est prêt à répliquer avec un flingue de combat. Son ami Michel Lagarde, ostréiculteur à Riec-sur-Belon, et lui sont en train de créer une milice bien armée. Illégal, certes, mais ils estiment qu'il y a trop de voyous qui rôdent, surtout autour des bals de la région. Et que c'est à eux de remettre de l'ordre au plus tôt.

Justement, dans un bistrot proche de la gare de Quimper, on trouve Didier et la blonde Camille, si peu farouche. Fils de bonne famille, Didier a glissé toujours davantage dans la délinquance, de petits trafics en braquages divers. Voilà trois mois qu'il poursuit à travers la France son périple chaotique de malfaiteur endurci. Depuis quelques jours, Camille et lui écument la Bretagne, échouant ce samedi-là à Quimper. La belle blonde sans culotte ne tarde pas à exciter un trio de ferrailleurs, Riton et ses frères. Avec ces trois marginaux pas trop futés, Didier tient l'occasion de jouer à nouveau au chef de bande. Il suffit de voler des voitures, avant d'aller semer la pagaille dans le coin, pour le plaisir.

Pour Jean-Pierre Le Du et Marie Dorval, c'est le grand jour, celui de leur mariage célébré dans la cathédrale Saint-Corentin. Jean-Pierre est un jeune homme assez commun, Marie est une jolie brunette, qui fait une mariée délicieuse à regarder. La noce donne lieu au cérémonial habituel, avec apéros dans un bar et pause dansante dans un club, avant qu'on se retrouve au restaurant pour un grand repas festif. On mange et on chante, comme le veut la tradition, et même la mémé Dorval entonne des refrains approximatifs.

Dans son Opel Commodore, accompagné de ses miliciens aux airs de brutes, sans attendre son complice banquier, Michel Lagarde est parti en expédition contre d'éventuels fauteurs de troubles. Le petit groupe déjà échauffé joue facilement la provocation. De leur côté, Didier et ses comparses se sont progressivement excités. C'est en se dirigeant vers les Montagnes Noires qu'ils vont s'offrir une apothéose, tombant sur un couple de jeunes mariés. Pour Jean-Pierre et Marie, le romantisme cède vite la place à l'horreur, face à ces racailles déchaînées. Le bilan de la journée, c'est l'inspecteur Cornou, de Quimper, qui l'a finalement sous les yeux, grâce à de multiples photographies. Un samedi sanglant, un vrai carnage. Dont la police traque les responsables encore vivants…

 

Il serait injuste de considérer ce roman comme une simple réédition. D'abord, parce qu'à travers une postface actuelle, Hervé Jaouen nous raconte sa découverte du roman noir et ses débuts d'écrivain, ainsi que la genèse de ce premier livre. Il faut lire les préfaces de Pierre Magnan et Jean-Baptiste Baronian rendant hommage à l'auteur. En outre, cette édition présente “six nouvelles pour finir la noce”, des textes savoureux. Publié en 1979, “La mariée rouge” fut le premier titre de la collection Engrenages aux Éd.Jean-Goujon. Il est bon de rappeler que cette intrigue fit l'effet d'un électrochoc dans l'univers polar.

Avec des auteurs tels J.P.Manchette, J.Vautrin ou P.Siniac, les histoires avaient pris une nouvelle tonalité, d'un réalisme dur et souvent cynique. En plus du fait de décentraliser son sujet en Bretagne, Hervé Jaouen y ajoutait du vivant, du vécu quotidien, et une escalade de la violence sans nul doute surprenante. Un mariage sympathique mais banal, des voyous plutôt insignifiants, un digne banquier : on ne vas se laisser longtemps bercer par la routine d'un samedi provincial. Dès les premières pages, on réalise qu'il est question de meurtres et de viols, que le récit va fatalement baigner dans le sang. Il ne s'agit plus d'un bon suspense classique, mais d'un coup de poing aux tripes des lecteurs.

Il convient encore de souligner la construction du récit et le style narratif. Nous suivons en parallèle les protagonistes, chaque parcours étant raconté sur un ton différent. Un point commun, pourtant : ces portraits sont sans concession, sans pitié. Tous se trouvent impliqués dans un maelström qui va ravager leurs vies. Aujourd'hui, autant qu'à l'époque de sa parution initiale, “La mariée rouge” reste un roman plein de force, un des polars les plus marquants de ce genre littéraire.

Hervé Jaouen : La mariée rouge + six nouvelles (BibliOmnibus, 2015)

Hervé Jaouen est aussi diablement convaincant dans des textes plus courts. Bel exemple avec “L’argent de la quête”. Dans les années 1950, Youenn est le second fils d’une famille modeste. D’origine rurale, ils habitent un petit logement du quartier Sainte-Anne. Youenn est en maternelle "sous l’église" dans la classe de Sœur Odile. Enfant souffreteux, il apprend vite à lire et à écrire. Sœur Odile s’arrange pour qu’il n’aille pas en primaire à l’école laïque. Youenn adore se retrouver avec son père, syndicaliste affirmé qui n’aime ni les riches, ni "la curaille". Youenn ne nie pas les avantages de l’enseignement reçu, mais choisit d’être un athée respectueux. Son grand frère agace toute la famille en jouant au Monsieur. Il veut influencer leur mère pour que Youenn n’entre pas en 6e à l’école publique. L’astucieux gamin n’a pas dit son dernier mot… Ici, Hervé Jaouen restitue l’exact état d’esprit de la population modeste de l’époque. Politisés ou non, ces gens éprouvaient un respect méfiant envers la religion. La rébellion de Youenn constitue une étape importante pour lui…

“Le disparu de Men Diaoul” : Vincent Lalumière était prof de math, mais préféra changer de profession. Passionné par les chiffres, il s'installa comme numérologue. Un métier que l'on peut même exercer en bord de mer, l'été. C'est là qu'une ravissante jeune veuve aborde Vincent. Gardien de phare, son mari Léon a disparu. Néanmoins, la belle Laura pense qu'il n'est pas mort comme on le croit. Certes, Vincent devrait se méfier, car toutes les séries de chiffres autour de Laura aboutissent à un 7 maléfique. Cependant, sous le charme de la jeune femme, il accepte d'aller avec elle en mer jusqu'au phare de Men Diaoul, où a péri son époux. L'ancestrale réputation diabolique de cet endroit n'est probablement pas usurpée, finalement… Les autres nouvelles : “Une trop fine mouche”, “Abus de phosphore”, “Interrogation écrite”, “Stang Fall”. Une excellente façon d'explorer ou de redécouvrir tous les talents d'Hervé Jaouen.

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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 04:55

En ce caniculaire été 1730, auteur de pièces de théâtre et comédien, Carlo Goldoni est âgé de vingt-trois ans. Sa troupe se produit dans toute l'Italie, mais il n'a pas encore accédé à la célébrité. De retour à Venise, il dirige les répétitions de sa pièce “Le sénateur dupe de lui-même”. Autre raison de revenir dans sa ville, c'est que Zorzi Baffo a de nouveau besoin de lui. Trois ans plus tôt, il enquêta auprès du chef de la chancellerie criminelle. Amateur de jolies femmes, brillant escrimeur, Zorzi Baffo est quelque peu sur la sellette depuis que la situation politique a évolué ici. Le sénateur Arto Massaro veut moraliser la Sérénissime, peuplée de trop de jouisseurs à son goût, tout en chassant aussi de la ville ceux qui n'en sont pas natifs. Il a créé les Milices de la Foi, sous le commandement de Girolamo Malarin. Venu de Rome, celui-ci traque sans relâche tous les contrevenants aux nouvelles règles.

Luca Roveri, “un homme ambitieux connu pour sa vie dissolue et les fêtes princières qu'il donnait dans ses villas de la terraferma”, a été empoisonné à la belladone. Malgré la pression des Milices de la Foi, Zorzi Baffo et Carlo Goldoni tentent d'enquêter. Peu après, se produit un autre empoisonnement semblable, dont est victime le marquis Alcide Manin de Citanova. Le chef de la "quarantia" criminelle reconnaît la jeune veuve du défunt. Elle fait partie de ces belles paysannes que Pietro Da Ponte, qui déteste l'hypocrisie régnant dans la bonne société vénitienne, transforme en (fausses) aristocrates. Avec la complicité amicale de Zorzi Baffo, qui authentifie les titres de noblesse de ces jeunes femmes. Pietro Da Ponte est, toutefois, repéré par Girolamo Malarin. Le chef des Milices de la Foi veut l'arrêter pour les deux meurtres à la belladone, mais Da Ponte parvient à prendre la fuite.

Le sénateur Massaro est de plus en plus puissant au sein du Conseil. Ce qui ne plaît pas du tout au vieux sénateur Flecchia, qui empêche son élection à la présidence. Pourtant, un incident maritime visant un navire vénitien pourrait, dramatique conséquence, redonner du poids à Massaro. À Zorzi Baffo, le sénateur Flecchia confie sa pensée : le double crime et cette attaque d'un bateau de Venise ont forcément un lien. Les deux enquêteurs ont retrouvé Da Ponte, se cachant parmi les marins dans les bas-fonds de la ville. Il n'est assurément pas l'assassin, mais Malarin le fait bientôt arrêter. Zorzi Baffo et Carlo Goldoni recherchent un marin turc et essaient de le faire parler. Avant que le sénateur Longhi, au profil similaire à celui des deux victimes précédentes, ne soit lui aussi empoisonné à la belladone, le duo doit trouver des preuves contre le commanditaire de ces crimes…

Thierry Maugenest : Noire belladone (Albin Michel, 2015)

Grâce à sa puissance économique due en particulier au commerce maritime, la République de Venise connut longtemps la prospérité. À l'époque évoquée, s'il est encore riche, cet État indépendant a beaucoup perdu de son rayonnement. Par contre, l'esprit festif est toujours très présent dans la Cité des Masques. Tel Zorzi Baffo, on fréquente volontiers les soirées orgiaques. On peut imaginer que, même si on n'est plus au temps de l'Inquisition, les autorités religieuses se mêlent d'imposer un nouvel ordre moral à Venise. Les “États du Pape” disposent de gros moyens financiers et politiques pour cela. Chasser les étrangers, les francs-maçons, les savants, les artistes, éternelle réponse liberticide et dogmatique des régimes dictatoriaux. L'humour satirique de Carlo Goldoni, auteur de théâtre encore débutant autant que passionné, est une réponse à ces abus de pouvoir.

Connaissant parfaitement Venise et son histoire, c'est avec une belle aisance que Thierry Maugenest nous entraîne dans le contexte de 1730. Si la fluidité narrative est le principal atout de ce récit, ça permet au romancier de restituer l'ambiance d'alors avec précision, sans la moindre lourdeur. Les combats d'escrime avec les maîtres d'armes, les périples sur les canaux ou dans les sombres ruelles vénitiennes, les célèbres palais de la ville, servent de toile de fond à cette intrigue. Les deux héros s'avèrent franchement sympathiques, dotés d'une indépendance d'esprit remarquable, chacun étant à sa manière un homme d'action. Après “La septième nuit de Venise”, cette deuxième captivante aventure du duo se lit avec un franc plaisir. On a déjà envie de retrouver ces personnages dans de futures tribulations.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 05:30

La Calabre est cette région tout au sud de l'Italie, face à la Sicile. Alberto Lenzi y exerce le métier de magistrat depuis onze ans. Ce quadragénaire est divorcé de Marta. Leur fils Enrico n'a guère d'estime pour lui. Il est vrai que Lenzi est un fêtard, joueur de poker, et qu'il se plaît à jouer les séducteurs. Actuellement, il est l'amant de Marina, qui fait partie des carabiniers. Il passe souvent ses soirées avec des amis tels l'aristocrate Lucio ou son confrère juge, Giorgio Maremmi. Flemmard sans aucune ambition, Lenzi a une mauvaise réputation auprès du Parquet local. Néanmoins, un sombre évènement va le choquer : son ami Maremmi est abattu de deux balles par un tueur dans l'entrée de l'immeuble où ils habitent, ainsi que Marina, face au Tribunal.

Peu de temps auparavant, le juge Maremmi avait été menacé en plein procès par l'accusé, Manto. On peut supposer que la 'Ndrangheta, la mafia calabraise, soit comme souvent concernée. Il est probable que l'assassin soit le frère de Manto, en cavale. Lenzi se joint au groupe d'enquêteur dirigé par le substitut Fiesole et le chef des carabiniers, Brighi. Dans l'équipe, Lenzi remarque la fort séduisante Chiara Allegri, une Florentine qui pourrait bien remplacer Marina, même si elle garde certaines distances. Pour l'heure, l'enquête prime. Le caméras de surveillance donnent peu d'indices : soit le tueur a été très prudent, soit il a eu de la chance. Toutefois, la piste du frère de Manto reste la plus valable.

Âgé de soixante-quinze ans, Don Mico Rota est est prison depuis quatorze années. Ce vieux parrain d'une branche de la 'Ndrangheta espère toujours sortir, plaidant sa maladie au stade ultime. Il conserve une certaine puissance, malgré tout. Aussi, quand Manto est retrouvé égorgé en cellule dans la même prison, tout le monde pense que c'est sur ordre de Don Mico. D'autant qu'un symbolique béret enfoncé sur le crâne de Manto signifie qu'il était indigne de faire tuer un juge. Dans le même temps, on découvre un cadavre broyé sur le pressoir à olives de Don Peppino Salemi, un notable calabrais. Le corps du frère en fuite de Manto est bientôt identifié. De quoi apeurer à juste titre Don Peppino.

Le magistrat Lenzi parvient à prendre contact avec Don Mico Rota. Celui-ci ne trahira pas la famille mafieuse, mais il admet que Lenzi a raison : on a forcé sur les symboles visant la 'Ndrangheta pour ces trois meurtres, y compris celui du juge Maremmi. Ne pas se fier aux apparences, laisse entendre Don Mico. Quand il parle de “vaches et de chiennes”, que veut-il dire ? Lenzi et Lucio étudient le cas de Don Peppino Salemi. Convoqué, il se garde de s'expliquer. Le juge Maremmi enquêta sur une affaire de pollution, confirmée par les analyses d'un laboratoire indépendant.

Lenzi localise le site concerné, près des propriétés de Don Peppino. Bien qu'on y détecte des traces radioactives, le procureur est partisan de relativiser en évoquant des déchets toxiques. On va simplement nettoyer ledit site. Pourtant, il serait bon de s'interroger sur la famille Scorda, d'une autre branche de la 'Ndrangheta que celle de Don Mico. Et sur le rôle des ingénieurs, tel le petit Naniá. Bien qu'ils disposent d'éléments, deux autres meurtres se produisent, et l'enquête n'avance pas aussi logiquement qu'elle devrait. Alberto Lenzi est bien décidé à aller au bout de cette affaire, pour venger son ami Giorgio Maremmi…

Mimmo Gangemi : La revanche du petit juge (Éd.Seuil, 2015)

La société italienne est gangrenée par toutes sortes de compromissions, par l'affairisme et une part évidente de laxisme dès qu'il s'agit de dénoncer les sphères puissantes. L'ombre des mafias, comme la 'Ndrangheta, plane sur tous les trafics mais aussi sur des arrangements douteux. À vrai dire, c'est tout le système qui apparaît vérolé. Au point que dévoiler des agissements contraires à la loi peut conduire à la mort, on l'imagine bien. Voilà ce qu'illustre en détail cet excellent roman noir. Notons qu'il a été adapté en téléfilm pour la RAI, avec celui qui incarna le commissaire Montalbano, Luca Zingaretti (Lenzi) et son épouse Luisa Ranieri (Marina).

Si l'intrigue criminelle est solide et convaincante, il faut aussi souligner d'autres qualités. Çà et là, le récit est parsemé d'expressions typiques calabraises, offrant un supplément d'authenticité au récit. L'auteur n'oublie pas de gratifier son histoire de passages plus souriants, en particulier dans la relation entre Lenzi et les femmes. Humour grinçant aussi, dans certains cas : “Ciccio Manto fut placé en isolement et mis sous pression. Il nia jusqu'au lait qu'il avait tété au sein de sa mère et afficha en permanence une expression dédaigneuse qui aurait mérité qu'on la prive de ses dents de devant. L'interrogatoire fut confié à un adjudant qui, bien qu'habillé en civil, donnait l'impression d'être en uniforme SS.” Un fort excitant noir suspense, au cœur d'une trouble réalité italienne.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 04:55

Anne Capestan, trente-sept ans, est commissaire de police. Six mois après qu'une bavure l'ait mise sur la touche, la voici réintégrée grâce au bon vouloir de Buron, directeur de la PJ, son mentor. Pas de quoi se réjouir, toutefois : c'est d'une brigade de placardisés dont elle hérite, des recalés d'autres services. Quarante noms, mais ils seront finalement bien moins nombreux. Leur mission consistera à réétudier des affaires non résolues. Ils vont disposer d'un ancien appartement rue des Innocents, en guise de bureaux. Capestan y est rejointe par José Torrez, un flic qui porte la poisse ; Lebreton, homo veuf depuis peu, venu de l'IGS où il enquêta sur la bavure de la commissaire ; Eva Rosière, flic s'étant enrichie en écrivant des polars et des scénarios de téléfilms ; Merlot, vieux policier alcoolique ; et le caractériel Orsini, qui joue un trouble jeu avec les médias. Une fine équipe.

Deux vieilles affaires attirent l'attention du groupe. La première sera confiée à Rosière et Lebreton. Il y a près de vingt ans, le marin Yann Guénan fut retrouvé dans la Seine, après avoir été exécuté. Fait majeur dans sa vie, lors du naufrage d'un navire à passagers, il put sauver des gens. Plus tard, il considéra Jallateau, constructeur du bateau, comme le grand responsable, élaborant un lourd dossier contre lui. Depuis, ce Jallateau s'est installé aux Sables d'Olonne, où il s'occupe de bateaux de plaisance. Le duo d'enquêteurs se déplacera jusqu'à lui, ce qui est assez confortable dans la Lexus d'Eva Rosière. L'homme est hostile, certes, ce qui ne le rend que modérément suspect. S'il existe une sorte de carnet de bord tenu par Yann Guénan, il faudrait que sa veuve Maëlle le leur confie. Si elle n'est plus en état de le faire, l'équipe de Capestan devra se débrouiller pour s'en emparer.

Outre le cas bientôt résolu d'un jeune dealer fils de ministre, la deuxième grosse affaire concerne le meurtre d'une dame âgée sept ans plus tôt. La commissaire Capestan et le flic poissard Torrez s'en chargent. Ancienne institutrice habitant Issy-les-Moulineaux, Marie Sauzelle était encore fort active. Elle semble avoir été victime d'un cambrioleur, qui a fait aussi disparaître son chat. Quelques détails ne concordent pas, quand même. La maison n'a été ni vendue, ni entretenue depuis le décès. Tout juste est-elle surveillée par un des voisins, Serge Naulin, qui n'inspire guère confiance aux deux policiers. Un déplacement à Marsac, dans la Creuse, est nécessaire pour interroger le frère de Marie Sauzelle. Qui les accueille mal, avant d'être plus courtois. Par ailleurs, grâce aux contacts d'Orsini, le cas du dealer "fils de" connaît une certaine médiatisation afin de ne pas enterrer le sujet.

Le groupe s'est légèrement étoffé, notamment avec la blonde lieutenant Evrard, ainsi qu'un expert en informatique et un brigadier. Malgré les avancées, le bilan des affaires Sauzelle et Guénan est peu encourageant. Anne Capestan doit remotiver son équipe : “Dans les films de guerre, celui qui dit "On va tous crever", il n'aide personne […] On enquête sans pression, sans procédure, sans comptes à rendre. On appartient toujours à la Police Judiciaire, on forme juste une branche à part.” Rosière et Lebreton ont déniché un possible lien entre les deux dossiers. La piste du jeune cycliste à l'allure colorée mériterait d'être suivie. Face à la position ambiguë du directeur Buron, Capestan et les siens vont devoir concurrencer leur collègue Valincourt et ses cadors de la Crim' du 36. Peut-être que la brigade de Capestan est moins ringarde, plus efficace, qu'on ne l'a cru…

Sophie Hénaff : Poulets grillés (Albin Michel, 2015)

La comédie policière est un genre dont les rouages doivent être parfaitement huilés, afin que l'intrigue fonctionne correctement. D'abord, c'est sous le signe de l'humour que va se placer le récit : “Et toi, Eva, de la famille ? ─ Oui, un chien et un fils. Mais des deux, c'est encore le chien qui téléphone le plus souvent, confia Rosière avec un haussement d'épaules fataliste.” L'auteure nous présente un groupe de flics déclassés. Elle parvient à éviter habilement un écueil courant, le risque de ne pas distinguer les personnages. Ici, chacun(e) possède assez de singularité pour être remarquable. On voit qu'il ne s'agit pas de tocards, mais de flics s'étant marginalisés au sein de la police. Entre l'exubérante Eva Rosière avec son chien Pilote, Torrez redoutant de provoquer des catastrophes, Lebreton et ses états d'âmes, on sourit beaucoup tout en apprenant à les apprécier.

Beaucoup de remue-ménage en perspective, donc. Et l'aspect enquêtes criminelles, alors ? Que l'on se rassure, notre petit groupe est là pour résoudre des énigmes obscurcies par le temps, mais pas si impossibles à comprendre pour eux. Un brin de ténacité, une petite dose d'astuce, de menus détails oubliés, des vagues pistes négligées, et les voilà sur la bonne voie. À l'occasion de Quais du Polar 2015 à Lyon, le nouveau prix "Polar en séries" (dont le but est récompenser un livre, roman ou BD choisi pour son potentiel d’adaptation en série TV) a été attribué à “Poulets grillés” de Sophie Hénaff. Jolie récompense, méritée, pour ce premier roman de l'auteure. Du suspense, de l'humour, des péripéties agitées, un polar très divertissant : tous les atouts sont réunis pour plaire aux lecteurs.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 04:55

À l'occasion des 70 ans de la Série Noire, cette collection réédite en un seul volume cinq titres de Jean-Bernard Pouy : Nous avons brûlé une sainte (1984) - La pêche aux anges (1986) - L'homme à l'oreille croquée (1987) - Le cinéma de papa (1989) - RN 86 (1992).

Deux exemples des intrigues de J.B.Pouy :

"L'homme à l'oreille croquée" : Dans le train qu’il emprunte de Nantes à La Rochelle, Marcel (15 ans et demi) rentre de vacances scolaires. Un grave accident se produit. Marcel reste bloqué plusieurs heures sous des tonnes de tôle. Il n’est pas seul : Marie-Claude, une jolie jeune femme, est bloquée avec lui, tout contre lui. En attendant les secours, il broie du noir. Ils sont finalement sauvés. Retour au collège, puis nouvelles vacances chez son copain Eric. Il est contacté par un type patibulaire, qui lui parle d’Arlette (le vrai prénom de Marie-Claude). Si elle est encore vivante, Marcel doit la retrouver, la prévenir du danger. Et c'est parti pour un pénible périple vers le Centre-Bretagne, ou elle se cache...

"RN 86" : Léonard ignore pourquoi son épouse Lucie avait tant changé depuis son retour d’un stage dans le Gard. Il ne comprend pas pourquoi elle s’est suicidée. Il se rend dans la région de Nîmes, s’arrête à Remoulins, sur la R.N.86. Non loin du fameux Pont du Gard, dont Lucie lui avait adressé une carte postale. Il lui semble que cet ouvrage majestueux est lié à la mort de sa femme. La gendarmerie, trop occupée à l’époque, n’a aucun motif de se souvenir de « l’accident » de Lucie. Ses amis de stages non plus ne renseignent guère Léonard. Vague piste, d’un blond nordique, vu avec elle. Le hasard conduit Léonard dans un luxueux hôtel de Castillon. Il y rencontre un écrivain original. Celui-ci se souvient de Lucie et de son amant…

Jean-Bernard Pouy : Tout doit disparaître (Série Noire, 2015)

Dans une interview pour L'Express du 5 mars 2015, Jean-Bernard Pouy répond qu'il n'a d'autre ambition que de raconter des histoires. À la question d'Eric Libiot : “Aujourd'hui, les frontières entre littératures "noire" et "blanche" semblent davantage poreuses ?”, J.B.Pouy répond : “[…] Le roman noir, lui, parce qu'il est militant, résiste à cette porosité. C'est la différence entre un auteur et un écrivain. Entre un type qui joue dans l'équipe de Mantes-la-Jolie et celui qui veut signer au PSG. Un écrivain se prend pour un écrivain, un auteur publie des romans. Je suis auteur. Un écrivain a un chat et écoute Mozart. Moi, du punk. Je suis un papier gras collé à la chaussure de James Joyce. Les écrivains peuvent se comparer à lui, je peux juste envisager d'écrire un roman aussi bon qu'un polar de Chandler. Cela ne m'est pas encore arrivé mais c'est possible.”

Voilà plus de trente ans que Jean-Bernard Pouy tutoie le polar. Ainsi que les lecteurs dans les festivals, sans hypocrisie, considérant que les amateurs de polars ne forment qu'une seule et même famille. J.B.Pouy est direct, cash, “à prendre ou à laisser”. Vous ne l'avez pas vu depuis six mois, un an ? Qu'importe, il s'adresse à vous comme si vous vous étiez quittés la veille. Vous débutez une conversation ? Il embraie sur une anecdote piquante, emprunte un jeu de mot à son ami Patrice Delbourg non sans le citer, conseille la lecture d'un auteur, ou évoque un projet qui verra ou non le jour. Si vous le croisez de temps à autre, il y a des chances qu'il vous adopte. C'est ainsi que grandit depuis trois décennies le cercle familial polardeux de Pouy.

Il n'est pas de ceux qui considèrent comme “sacré” ce qu'il écrit, romans ou nouvelles. Il ne vient pas vendre son dernier ouvrage, ni argumenter sur celui parmi ses livres qui surpasseraient les autres. Ça vous plaît, ses bouquins ? C'est tant mieux. Sinon, vous avez le choix dans tout ce qui est publié. Vous préférez lire d'autres polars, soyez certains qu'il ne s'en formalisera pas. Néanmoins, avec “Tout doit disparaître”, les lecteurs pourront redécouvrir quelques-uns des savoureux premiers titres de J.B.Pouy.

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