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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 04:55

À la fin juin, le couple Gamache séjourne au Manoir Bellechasse, luxueuse auberge des Cantons-de-l'Est, au bord du lac Massawippi. C'est dans cette hôtellerie construite tout en bois qu'ils comptent célébrer leurs trente-cinq ans de mariage. Armand Gamache est un policier chevronné de la Sûreté du Québec. Son épouse Reine-Marie est bibliothécaire. Ils sont là pour se reposer, profiter de la baignade, et du service stylé du Manoir. Mme Dubois en est depuis longtemps la propriétaire. Entre la chef de cuisine Véronique Langlois et le maître d'hôtel Pierre Patenaude, les clients ne peuvent qu'être satisfaits. Certes, le jeune serveur Elliot joue au rebelle, mais ça trouble peu l'activité de l'auberge. Les Finney, une famille d'Anglos du Québec, est également réunie ici. Gamache s'interroge à leur sujet.

Bert et Irene Finney sont les parents âgés de ce groupe. Leur fils Thomas est l'aîné, marié à Sandra, tous deux sexagénaires. Sa sœur Julia Martin ne se joignait pas jusqu'à là à ces réunions familiales. Elle est l'épouse d'un homme d'affaires, en prison pour détournement de sommes conséquentes. La sœur cadette Marianna est présente avec son enfant, Bean. Curieux prénom pour un môme asexué de dix ans, mais sa mère garde quelques secrets vis-à-vis de sa famille. Arrivent bientôt ceux que les Finney nomment leur frère Spot et sa femme Claire. En réalité, ce sont de vieilles connaissances du couple Gamache. Il s'agit de Peter et Clara, les artistes peintres du village de Three Pines, où l'inspecteur-chef mena plusieurs enquêtes. Pas plus que Julia, Peter et Clara ne sont heureux d'être venus.

Les Finney ont inauguré la statue de leur ancêtre Charles Morrow aux abords de l'auberge. Gamache note la tension régnant au sein de la famille. Julia s'énerve, regrettant d'être là, et Clara cache mal son envie de s'en aller au plus tôt. Le personnel est assez tendu, lui aussi. Par une nuit de tempête et d'orage, chutant de la stèle où elle est posée, la statue cause une victime parmi ses descendants. S'il ne comprend pas comment ça s'est passé, Gamache est convaincu qu'il y a meurtre. Il convoque ses collègues Jean-Guy Beauvoir et Isabelle Lacoste. Ce n'est qu'alors que les Finney découvrent qu'il est policier. Tous sont interrogés sur leur relation avec la victime. Selon le peintre Peter, ils forment une famille avide et cruelle. Tandis que Reine-Marie Gamache va fouiner du côté de Three Pines, son époux poursuit l'enquête avec ses adjoints...

Louise Penny : Défense de tuer (Actes Noirs, 2013)

C'est le quatrième opus des aventures d'Armand Gamache, de l'anglo-québécoise Louise Penny. Peut-être faut-il le rappeler : plutôt que l'action brutale et rythmée, la romancière préfère les ambiances feutrées, les descriptions précises des décors autant que des faits et gestes, les portraits nuancés et la psychologie des personnages. Le meurtre ne se produit qu'après une grosse centaine de pages, ce qui indique que l'auteure a pris son temps pour installer son sujet. Et elle a eu parfaitement raison, car cette méthode offre une densité plus crédible ensuite. D'ailleurs, le lecteur est prévenu : “Ce n'est jamais bon signe dans une réunion familiale. Plus ils sont retors, plus ils sourient” confie Clara.

Au centre de l'intrigue, les Finney appartiennent à un milieu très aisé, ce qui n'empêche nullement les mésententes. Ni l'amertume de l'aïeule regrettant l'essor des francophones : “Nous avons perdu nos enfants. Ils sont partis travailler dans une langue qu'ils pouvaient parler. Vous êtes peut-être devenus maîtres chez vous mais nous, nous sommes devenus des étrangers, nous n'étions plus les bienvenus dans notre pays.” Outre Gamache et son épouse, le sympathique inspecteur Beauvoir, l'agente Lacoste, tous les protagonistes ont leur rôle à jouer dans cette affaire. Sur la traduction, un très léger bémol : les titres d'œuvres se traduisent aussi en français (“La lettre à Élise” et non “Für Élise”, ou même “Little Orphan Annie”). Plus agaçant que grave, toutefois. L'essentiel reste que Louise Penny nous présente une subtile histoire, pleine de raffinement et de beau suspense.

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 04:55

Durant cet été 2013, grâce à l'excellente initiative des Éditions Campanile, cinq romans de Jean-Pierre Ferrière sont à nouveau disponibles en format poche, dans une collection baptisée Rose&Noir. Ont été choisies quelques-unes des meilleures intrigues de ce grand auteur populaire. Après “Des relations de plage, continuons à explorer l'œuvre de Ferrière, avec Meurtres en bonus.

Dans ce suspense au contexte actuel, Jean-Pierre Ferrière transmet toujours son plaisir d’écrire, de nous raconter sur un ton souriant une très bonne histoire. Il crée une certaine connivence avec son public. Qu’on ne s’y trompe pas : si ses romans sont fluides et peu noirs, ils sont diablement bien construits, malins, impeccables. Il utilise souvent le thème du cinéma, que ce cinéphile passionné connaît mieux que quiconque. Cette fois encore, on est convaincu. Du pur bonheur !

Jean-Pierre Ferrière : Meurtres en bonus (Éditions Campanile, 2013)

Le film Ligne de Cœur est édité en DVD plus de trente ans après sa sortie en salles. Cette œuvre méconnue était l’adaptation d’un roman de Frédéric Lanvin, comédien devenu célèbre depuis. Ce qui provoque des réactions chez les acteurs du film et la veuve du réalisateur, c’est l’un des bonus : une interview audio illustrée de photos. Pierre-François de Waz, star de l’époque dont ce fut le dernier rôle, ironise sur la médiocrité de ses partenaires et du cinéaste. Les artistes du film se retrouvent bientôt à Sarrebach, en Alsace, où de Waz vit avec son épouse Alma. Installés au Grand Hôtel, ils veulent exiger des explications sur les propos de l’octogénaire. Bien qu’ayant reçu des lettres anonymes, de Waz est moins inquiet que sa femme. Celle-ci alerte les policiers locaux, qui vont s’intéresser aux clients de l’hôtel.

Frédéric Lanvin est furieux contre de Waz. Son inséparable ami de trente ans Édouard Seguret espère toujours fortune et gloire dans son ombre. Catherine Cartier, vedette féminine du film, riche veuve, n’a pas changé physiquement et voudrait reprendre sa carrière d’actrice. Gloriane Saint-Jean, excentrique veuve du réalisateur, défend la mémoire de son époux. Elle est accompagnée de l’ex-acteur Fabrice Fontaine. Ce brocanteur homo sait tirer profit de leur amitié, et de toute opportunité. De Waz est assassiné. En état de choc, son épouse reste prostrée. Le SRPJ étant trop occupé, les policiers Mayence et Lucas enquêtent. Les comédiens, qui se soupçonnent mutuellement, font de bons suspects. En visionnant le film et ses bonus, Mayence et Lucas pensent interroger Margot Monestier, qui interviewa de Waz. Ils vont apprendre qu’elle a disparu. Une photo du couple de Waz est trouvée par Lucas chez Margot à Paris, ce qui peut aider Alma à sortir de son mutisme. Il y aura d'autre morts dans ce petit cercle d'amis”...

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2013
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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 04:55

Excellente nouvelle, en cet été 2013 : cinq romans de Jean-Pierre Ferrière sont à nouveau disponibles en format poche. On aura l'occasion d'évoquer ici ces titres, qui démontrent la richesse d'inspiration et la subtilité de ce romancier. La passion de Ferrière depuis son plus jeune âge, c'est l'écriture. Une carrière d'auteur qui débute en 1957, et qui se poursuit encore aujourd'hui, ça mérite d'être salué. De même, on ne peut qu'applaudir cette initiative des Éditions Campanile. Pour leur collection Rose&Noir, ont été choisies quelques-unes des meilleures intrigues de ce grand auteur populaire.

Pour commencer, évoquons “Des relations de plage”. Un suspense bien réel, même si l’aspect purement criminel n’est pas ici l’essentiel. On attend de savoir comment va évoluer le chassé-croisé, et se dénouer la situation. Cette comédie douce-amère nous présente surtout un jeu de dupes tortueux à souhaits, donc très réussi. L’humour ironique de l’auteur est un régal. En particulier dans la caricature des snobinards parisiens. Jean-Pierre Ferrière évoque l’homosexualité avec une sympathie amusée. Une intrigue riche en péripéties, servie par une narration fluide et souriante, c’est toujours un savoureux plaisir de lecture.

Jean-Pierre Ferrière : Des relations de plage (Éd.Campanile, 2013)

Deux mondains parisiens séjournent à Cannes : Edwina Lotten, la cinquantaine, riche veuve d’un industriel suisse du chocolat; et Gabriel de Tellers, homosexuel oisif et fortuné. Quand ils remarquent Serge et Christine, jeune couple provincial en vacances, c’est surtout au séduisant Serge qu’ils s’intéressent. Il est l’objet d’un pari : à qui aura en premier des rapports sexuels avec lui. Edwina n’est pas toute jeune, mais Serge n’est pas attiré par les hommes. Leurs chances sont donc égales. Pour écarter Christine, Edwina invite à Cannes le fils de son mari, Guillaume. Le jeune homme n’est pas insensible au charme de Christine. Quand le couple rentre à Chasseneuil-sur-Loir, leurs nouveaux amis les y accompagnent. Pas si naïfs, Christine et Serge se servent d’eux. La nuit ou Serge provoque la mort du vrai mari de sa compagne, ils ont de parfaits alibis grâce à Guillaume et Edwina. Vraiment amoureuse de Serge, Edwina pense avoir gagné le pari.

Gabriel n’était pas dupe du comportement du couple. Il a suivi et filmé Serge cette fameuse nuit. Il l’oblige à venir vivre à Paris avec lui. Pendant plusieurs mois, Gabriel n’obtient rien de lui. Serge tente sans succès de faire cesser le chantage. Pendant ce temps, en Suisse, Edwina est rajeunie par la chirurgie esthétique. Christine s’est installée avec Guillaume à Paris. Edwina est de retour à Neuilly. Bientôt, Serge fuit Gabriel pour vivre avec la quinquagénaire. Il lui avoue la vérité. Gabriel se renseigne sur Christine. Il s’arrange pour la croiser, et lui parle du mariage. Enceinte de Guillaume, la jeune femme veut récupérer Serge. Quand couple d’amants sera à nouveau réuni, elle pourra faire croire à Serge qu’elle attend un enfant de lui. Guillaume n'a pas dit son dernier mot.

- Lire aussi "Meurtres en bonus". 

 

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2013
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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 05:55

En cette année 1952, le commissaire San-Antonio appartient toujours aux services secrets français, sous les ordres directs du boss. (“Le grand patron est un gringalet qui mesure près de deux mètres et qui a autant de cheveux qu'une ampoule électrique. Il est élégant comme Anthony Eden, et parle dans une langue châtiée ― ce qui ne l'empêche nullement de savourer le pittoresque de mon langage à moi.”) Un scientifique anglais, le professeur Stevens, aux faux-airs de Léon Blum, collabore avec les savants atomistes français. Une formule secrète a récemment disparu de son coffre-fort. Le supérieur de San-Antonio estime que la principale suspecte est Héléna Cavarès, la secrétaire du professeur. Cette jeune femme à la beauté remarquable est actuellement sous surveillance policière.

San-Antonio sait déjà qu'un petit malfrat, Ferdinand, a été engagé pour commettre un vol rue Gambetta, à Boulogne-Billancourt. C'est-à-dire au domicile du professeur Stevens. Un moyen d'expliquer, a posteriori, que la formule secrète ait été perdue. Peu après sa mission, Ferdinand est buté à son domicile. Le bistrotier voisin a noté qu'un type au regard étrange est sorti de l'immeuble, probablement le tueur. Planquant près de chez Stevens, San-Antonio prend bientôt Héléna en filature. Elle a un rendez-vous intime avec son amant, Charles Maubourg. Le policier tente une autre piste, le Champignon Bar, un club de la rue Fontaine. Là, un appel téléphonique anonyme l'envoie dans une propriété de Louveciennes. San-Antonio y découvre le cadavre décapité d'Héléna.

De retour chez Stevens, il s'avère que le scientifique a été enlevé. Quant au cadavre d'Héléna, il n'est plus dans la maison de Louveciennes lorsque les flics s'y pointent. San-Antonio s'aperçoit d'un indice étonnant : bien qu'Anglaise, Héléna parlait plutôt roumain. L'ombre d'un certain Schwartz plane autour du commissaire. C'est au Champignon Bar que l'enquêteur espère trouver des réponses. En réalité, il va être kidnappé par Schwartz (qui ressemble à Boris Karloff) et Bauhm, son homme de main. Avec la complicité de la belle Héléna, bien vivante. Évidemment, bien que fatigué par sa nuit d'investigations, San-Antonio résiste et s'échappe, en embarquant Héléna. Après quelques mésaventures, il retourne au domicile de Stevens afin d'avoir le fin mot de cette affaire...

San-Antonio : Mes hommages à la donzelle (Pocket, 2013)

Après Laissez-tomber la fille” et “Les souris ont la peau tendre”, c'est le troisième San-Antonio publié dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir, en 1952 (pour les puristes, sa quatrième aventure). Pour la première fois, on nous présente physiquement le chef du commissaire. Il deviendra “le Vieux”, mais apparaît ici tel un pro de l'espionnage, pas trop caricatural. On évoque la silhouette d'un flic, peut-être esquisse du futur Bérurier : “Un gros type surnommé Bouboule, qui est un spécialiste de l'interrogatoire. C'est pas qu'il ait de grandes facilités d'élocution, mais il a les pognes les plus éloquentes que j'aie jamais vues... Bouboule s'y entend comme pas un pour rectifier la physionomie de ses contemporains.”

L'atout principal de cette histoire, c'est l'unité de temps qui renforce l'action. Ça démarre vers quatre heures de l'après-midi, pour se conclure une vingtaine d'heures plus tard. Entre-temps, les coups de théâtre divers et variés se sont succédés à bon rythme, sur fonds d'espionnage. À propos de théâtre, l'auteur cite à plusieurs reprises celui du Grand-Guignol, auquel Frédéric Dard collaborait alors. Sa tonalité langagière se dessine de plus en plus dans ce roman, mais il mise encore davantage sur les péripéties que sur l'humour. Suspense et action au programme, pour une intrigue riche en rebondissements.

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 05:30

Fiona Griffiths est âgée de vingt-six ans. Elle vit à Cardiff, au Pays de Galles. Voilà environ trois ans qu'elle est entrée dans la police. N'ayant pas encore une réelle expérience d'enquêtrice, on lui confie des tâches routinières. Par exemple, en ce moment, elle vérifie les comptes de Penry, un ex-flic devenu escroc. Les relations de Fiona avec ses collègues restent mitigées. Peut-être savent-ils plus ou moins qu'elle a eu de sérieux soucis de santé à la fin de son adolescence. Ou est-ce parce que la jeune femme peu liante ne fonctionne pas à la caféine et aux boissons alcoolisées. L'inspecteur divisionnaire Dennis Jackson est le supérieur de Fiona. Homme aux sourcils broussailleux, il se montre plutôt bienveillant avec elle. S'il est ferme quand Fiona dépasse les bornes, comme lorsqu'elle cogna un témoin en légitime défense, Jackson sait aussi écouter les hypothèses de sa protégée.

Janet Mancini avait le même âge que Fiona. Prostituée occasionnelle, se droguant parfois, elle semblait capable de mener une vie plus normale. Car elle voulait garder sa fille April, six ans, et bien s'en occuper. Suite à un appel téléphonique, on les a retrouvées mortes dans une maison crasseuse d'un quartier pauvre de Cardiff. Le double meurtre apparaît l'évidence, d'autant que la tête de la petite a été fracassée par un évier. Sur les lieux, se trouvait la carte bancaire du riche Rattigan. Cet homme d'affaires a disparu dans un crash aérien, il a quelques temps. Il semblait avoir joué un rôle dans le dossier de l'escroc Penry, tous deux possédant des parts sur un ou plusieurs chevaux de courses. Une photo prise sur un hippodrome atteste qu'ils étaient proches. L'inspecteur Jackson accepte que Fiona soit associée à l'Opération Lohan, nom de l'enquête sur le meurtre des Mancini.

Grâce à l'ADN décelé dans la maison du crime, la police cible quatre suspects. Fiona et sa collègue Jane Alexander doivent interroger une cinquième personne, la prostituée Stacey Edwards, qui connaissait Janet Mancini. Après avoir obtenu plus d'infos sur elle, les deux enquêtrices arrivent trop tard : Stacey a été supprimée. C'était bien elle qui avait alerté la police anonymement. Jackson ne reproche rien à Fiona, car il la sent déterminée et assez imaginative. La policière essaie de s'imprégner de l'esprit des victimes. Le visage de la petite April l'accompagne au quotidien. En famille, entre ses parents et ses deux sœurs plus jeunes qu'elle, Fiona évacue le sentiment de danger qui l'habite. Elle peut toujours compter sur le psy Edward Saunders, qui l'aida à sortir de sa dépression. Elle se rapproche de David Brydon, collègue flic qui ne la juge pas. Les investigations de Fiona progressent, mais les risques grandissent aussi...

Harry Bingham : La mort pour seule compagne (Presses de la Cité)

Un ordinaire roman d'enquête ? Certainement pas. Certes, il y a des mystères, des pistes, des suspects, et l'intrigue criminelle est permanente, très tendue. Pourtant, ce qui nous donne envie de poursuivre la lecture, c'est la vie de Fiona Griffiths. Une vraie Galloise qui s'éloigne de temps à autres de la citadine Cardiff, pour ne pas oublier ses racines. “Voici le véritable Pays de Galles. Le vieux Pays de Galles. Pas celui créé par les Victoriens, tout en charbon, acier, ports et usines. Mais le pays des Celtes. De l'opposition... Opposition à l'envahisseur. Un grand bras d'honneur multiséculaire. Ici, la population parle le gallois, parce qu'elle n'a jamais parlé autre chose...” Profitons-en pour saluer l'écriture impeccable de l'auteur, bien mise en valeur par la traduction de Valérie Malfoy.

Si Fiona reste quelque peu en décalage, la jeune femme est bien plus inspirée que les forces de police de Cardiff dans cette affaire. On la sait plus fragile que d'autres flics, plus sensible à la mort pour des raisons personnelles. En retrait par rapport à sa famille, aussi, et pas seulement parce que son père n'a pas toujours été très net dans ses activités. À la fois, Fiona ne manque pas de maturité ni d'intelligence, mais elle est encore à la merci des troubles qui ont perturbé son passé. L'aspect psychologique alourdit parfois un récit. Ici, à l'inverse, c'est le moteur qui fait avancer l'héroïne, et qui rend le suspense de plus en plus excitant. La nuit qu'elle passe dans un endroit insolite, par exemple, lui permet d'entamer la dernière étape de cette aventure. On espère la retrouver dans des romans à venir, car Fiona est un personnage très attachant.

Un suspense à découvrir absolument.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2013 Livres et auteurs
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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 04:55

Né en 1820, Pellegrino Artusi est un ancien négociant. Âgé de plus de soixante-dix ans, il connaît un immense succès avec “La Science en cuisine et l'art de bien manger”. C'est le tout premier livre recensant la majorité des recettes de cuisine italienne. Mi-juin 1895, ce gastronome aux remarquables moustaches blanches, vêtu d'une redingote, est invité dans un château de Toscane, par le baron Bonaiuti de Roccapendente. À cette époque, l'unification de l'Italie est encore récente. L'aristocrate règne toujours, à l'ancienne, sur ses terres et sur sa maisonnée. Gaddo, le fils aîné, se prend pour un grand poète. Il espérait que son père eût invité un véritable écrivain, et non Artusi. La désinvolture quelque peu agressive de Lapo, l'alcoolique fils cadet, le rend encore plus déplaisant que Gaddo.

La jeune Cecilia, unique fille du baron, s'estime trop prisonnière des traditions. Douée pour les études et la médecine, elle rêve d'un brillant avenir, mais les femmes restent confinées dans la société italienne d'alors. La mère du baron, Speranza, est une vieille dame acerbe, acariâtre, en fauteuil roulant. Mlle Barbarici, sa demoiselle de compagnie, est une personne effacée qui subit le mauvais caractère de l'aïeule. Cosima et Ugolina sont deux cousines âgées vivant au château, des femmes malveillantes aussi stupides que leur roquet, le chien Briciola. Pellegrino Artusi n'est pas le seul invité. Le photographe d'art Ciceri a également été convié, sans qu'on sache pour quelle raison. Le gastronome devra amadouer Parisina, la cuisinière, s'il veut qu'elle partage avec lui ses bonnes recettes.

Au matin, le cadavre du majordome Teodoro Banti est retrouvé dans un cellier lui servant de pièce de service. L'endroit étant verrouillé de l'intérieur, il faut faire appel à un ouvrier pour ouvrir. Si Pellegrino Artusi flaire le pot de chambre de la victime, c'est à cause des asperges. Quant au Dr Bertini, médecin de la famille, il refuse la mort naturelle. Teodoro a été empoisonné avec de la belladone se trouvant dans le porto. Artistico, le délégué à la sécurité publique, est alerté. Les méfaits dont il s'occupe d'ordinaire sont des broutilles. Il interroge respectueusement le baron et ses deux arrogants fils. Ces derniers désignent illico Pellegrino Artusi comme le coupable probable. Le délégué Artistico possède assez de psychologie pour comprendre que le gastronome est honnête homme.

Alors que Pellegrino Artusi sympathise avec la jeune Cecilia, quelqu'un tire un coup de feu sur le baron Bonaiuti de Roccapendente. La chevrotine blessant l'aristocrate, il faut de nouveau faire appel au Dr Bertini. La personne ayant commis cet acte n'est visiblement pas habituée à manipuler une arme. Le photographe Ciceri a tiré un cliché de la femme qui a visé le baron. Rapidement, on l'identifie et on l'arrête. Toutefois, ce n'est pas elle qui empoisonna le porto bu par le majordome, Pellegrino Artusi en est tout aussi certain que le délégué Artistico. Ces fouineurs vont s'approprier la formule de Sherlock Holmes : “Éliminez l'impossible. Ce qui reste, quoique improbable, doit forcément être la vérité.”

Marco Malvaldi : Le mystère de Roccapendente (Éd.10-18, 2013)

C'est une savoureuse comédie policière qu'a mitonné Marco Malvaldi pour les lecteurs. Il faut souligner que Pellegrino Artusi a réellement été un pilier de la gastronomie italienne. Le procédé consistant à utiliser un personnage connu en guise de détective amateurs n'est pas neuf. Sans se limiter à une stricte énigme, l'auteur ajoute astucieusement une tonalité enjouée qui offre un certain piment à l'intrigue. Il ne s'agit nullement de caricaturer, mais de dessiner avec soin les protagonistes, en notant leurs petits ou grands défauts. Ou leurs éventuelles qualités. Les dialogues sont également délicieux : “Voilà un an, il a essayé de la coincer dans un angle, et il s'est pris un coup de genou sous la ceinture qu'il s'en rappelle encore. Si avant c'étaient des paupiettes, elle lui en a fait des escalopes.”

Le contexte est essentiel, évidemment. Si la république italienne est unifiée, la noblesse garde ses prérogatives. Une telle famille aristocratique continue à dominer la région, sans doute au-delà de ses propriétés. Tous ont été élevés dans un esprit supérieur, incluant une bonne dose d'impunité, n'ignorant pas que cela ne s'applique que sur “leurs terres”. Bien qu'on soit dans une période charnière pour l'Italie, ils restent ce qu'ils sont. Les classes dominantes préservent leurs privilèges, hier comme aujourd'hui. Toutefois, le Dr Bertini leur rappelle ici que tout ne s'achète pas. Un souriant et succulent suspense.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2013 Livres et auteurs
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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 04:55

En 1962, Grangognant-au-Mont-d'Or est une ravissante commune rurale de quatre cent habitants située à une trentaine de kilomètres de Lyon, dans les vignobles. Bien moins pittoresque, on y commet des actes criminels. Élève de l'école primaire, Jean Charron a disparu. Puis c'est l'instituteur qui a été égorgé. Son cadavre a été découvert le lendemain par sa jeune et timide collègue Rosette. Un second élève, Louis Dubois, a disparu à son tour. C'est l'inspecteur de police Bérurier, de la PJ parisienne, qui est chargé de résoudre l'affaire par son supérieur, le Vieux. Il se fera passer par le nouvel instituteur, même si ses méthodes ont peu de chances d'être approuvées par l'Académie. Bien qu'en vacances, le commissaire San-Antonio va, avec la bénédiction de sa brave femme de mère Félicie, aider l'inculte Bérurier à mener à bien sa mission.

San-Antonio trouve bientôt une photo pornographique dans le cahier d'un élève. Cette image licencieuse provient de chez une ancienne cantatrice, possédant une propriété dans ce village. Voilà qui attise la curiosité du commissaire. Mme Léocadie Soubise, chanteuse très âgée oubliée de tous, reçoit ce jour-là un douteux groupe de Lyonnais, lui offrant une partouze en guise de spectacle. San-Antonio se fait passer pour un impresario, dans le but d'approcher Léocadie Soubise. Sans doute est-il repéré, car une grenade ne tarde pas à viser la classe de l'école où le policier se trouve avec l'institutrice Rosette. Néanmoins, San-Antonio accompagne ensuite la cantatrice et ses amis à Lyon. La soirée au cabaret Le Mistrigri, appartenant à l'ami Arménien de Mme Soubise, n'a rien de folichonne. Avant que le policier raccompagne la cantatrice au village, elle est assassinée en voiture.

San-Antonio peut compter sur l'aide de l'inspecteur lyonnais Javer, de service cette nuit-là. Récupérant sa Jaguar (type E), il est plus à l'aise pour débuter son enquête. L'Arménien ne pourra pas le renseigner, vu qu'il est rapidement abattu. L'électrophone tourne-disque trouvé dans son coffre-fort devait servir à planquer quelque chose. Les filles du Mistigri, Berthy et Marysca, en savent probablement moins que le fêtard Léopold, ami du défunt Arménien et de feue-Mme Soubise. San-Antonio lui met la pression afin qu'il avoue à quels trafics il est mêlé, et qu'il cite des noms. Un autre complice, Jérôme, est supprimé à son tour, pendant ce temps-là. Une inconnue fixe un rendez-vous dans un bois de Limonest, à quinze kilomètres au nord de Lyon. Malgré Bérurier et l'équipe de l'inspecteur Javer, la souricière policière ne fonctionne pas. Bien que fatigué, San-Antonio ne renonce jamais...

San-Antonio : San-Antonio chez les gones (Pocket 2013)

San-Antonio évolue dans une région bien connue de son auteur. En effet, alors qu'il était journaliste autant qu'écrivain débutant, Frédéric Dard travailla à Lyon. Il s'y installa avec sa famille dans le quartier de la Croix-Rousse de juillet 1944 à mars 1949. D'ailleurs, il en profite pour citer et expliquer ici certaines références lyonnaises. Les équevilles (ordures ménagères), les portes d'allées (porches d'immeubles), péter la miaille (embrasser avec effusion), être tout mouillé de chaud (en sueur), on espère que ces expressions typiques ont survécu depuis un demi-siècle. Si Grangognant-au-Mont-d'Or est inventé, c'est un de ces villages d'alors avec son école primaire non-mixte, son bureau de poste où l'employée raccorde les appels téléphoniques. Et son café de la mairie où son Éminence l'inspecteur Bérurier va largement abuser du beaujolais, goût du terroir oblige. Et comme enseignant, il va se distinguer le tonitruesque Béru. On est en plein dans l'univers de San-Antonio.

Le style de Frédéric Dard est bien en place. En témoigne ce portrait: “Le suiffeux est à poil devant la porte de fer donnant sur l'entrée de l'immeuble... Tout en étudiant la question, il se gratte le dargeot. Je ne veux pas vous berlurer, mes mignonnes, mais le spectacle est de qualité. Ça vaut son et lumière à Versailles, croyez-moi. À loilpé, Ambistroyan [l'Arménien] fait plus gros qu'habillé. Il a la brioche ronde et tombante. Avec ses tifs gras décoiffés et sa barbe du petit matin, il ressemble à un gorille obèse.”

Quant à l'intrigue, on est dans un roman populaire d'aventure, une enquête bondissante et périlleuse. L'auteur n'oublie pas d'évoquer les classiques du genre, Fantômas (“Je me précipite. Effectivement, c'est bien l'entrée d'un souterrain. Alors là, on est dans un vieux Fantômas d'avant l'autre guerre, mes chéris. J'y peux rien, faut vous y faire”) et Arsène Lupin (“Le bouchon de cristal ! Quézaco ?”). En cette période de sa vie, Frédéric Dard est très inspiré, ça ne fait aucun doute. Et le résultat est excellent.

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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 04:55

Originaire de Corse, le policier Pierre-Arsène Leoni est en poste à Lille. Il habite avec sa grand-mère Mémé Angèle, qui s'occupe de Lisandra, la fille en bas-âge de l'enquêteur. Veuf, Leoni est l'amant d’Éliane Ducatel, médecin légiste qui l'épaule souvent dans son métier. Assisté de Baudouin Vanberghe, Leoni dirige une équipe efficace de la PJ lilloise. En cette journée neigeuse, ils sont appelés au cimetière de l'Est de la ville. On y enterrait Franck Bracco, ambitieux chef d'entreprise âgé de trente-cinq ans qui s'est suicidé. Le gratin de la franc-maçonnerie locale était présent. Lors de la cérémonie, Hervé Podzinsky a été abattu par un tireur. Rédacteur en chef des Échos du Nord, ce journaliste célibataire ayant “beaucoup de relations mais pas d'amis” n'avait rien d'un reporter de choc. Prudent, il n'aimait guère faire de vagues malgré quelques scandales récents secouant la métropole du Nord. Tout juste sait-on qu'il était un photographe multipliant les clichés.

Leoni se demande si les tirs visaient Podzinsky ou un des notables assistant aux obsèques. Plutôt que le franc-maçon André Kaas, la cible pouvait être Vincent Stevenaert. Fringuant sexagénaire, il est le patron d'une importante société d'immobilier et de travaux publics. L'entreprise d'informatique dirigée par le défunt Franck Bracco appartient à son groupe. Si le puissant Stevenaert n'est pas loin de divorcer à ses frais, il a des ennuis autrement sérieux avec Joost Vanbavel, “Le Flamand”. Celui-ci exige des explications sur la coûteuse embrouille qui lui a fait perdre un tas d'argent. Stevenaert n'a visiblement pas maîtrisé tous les rouages de cette affaire. Les policiers ne souhaitent pas tourmenter davantage la mère de Franck Bracco, choquée par la mort de son fils. Celle-ci est quelque peu soutenue par Florence, avocate qui était la compagne de Bracco. Qu'un vieux fusil militaire ait été utilisé par le tireur, ça n'offre pas de piste vraiment intéressante.

Franck Bracco “s'est immolé par le feu, probablement après avoir absorbé l'alcool et les médicaments retrouvés dans son véhicule”. Un suicide étonnant, selon Leoni. Il parvient à convaincre la procureure, obtenant une exhumation et une autopsie qui sera réalisée par Éliane Ducatel. Si la magistrate est quasiment aveugle, elle reste opiniâtre et sait flairer les dossiers cruciaux. Elle est contactée par la capitaine Maria Galeano de l'OCRGDF, Office central de la répression de la grande délinquance financière. Le dossier détaillé qu'on a fait parvenir à ce service concerne une énorme fraude touchant des entreprises lilloises. Pour prouver ces faits, Maria Galeano pourra compter sur la procureure et sur l'équipe de Leoni. Les policiers voudraient également joindre Paul Vasseur, collaborateur et meilleur ami de Franck Bracco. S'il est introuvable, la disparition de l'avocate Florence s'avère encore plus inquiétante. Leoni s'interroge aussi sur Olivier Duquesne, solitaire gardien du cimetière qui n'a que peu d'estime pour l'espèce humaine, préférant les chats...

Elena Piacentini : Le cimetière des chimères (Au-delà du Raisonnable, 2013) – Coup de cœur –

Voici la cinquième aventure du commandant Leoni, personnage créé par l'auteure depuis 2008. On ne peut nier qu'il s'agisse d'un roman d'enquête. Pourtant, le contexte exprime tout autant une véritable noirceur. D'une part, un vaste scandale financier couve derrière l'affaire purement criminelle. Du côté de Lille comme ailleurs, on trouve maints affairistes dénués de scrupules, imaginatifs quand ils montent des combinaisons fructueuses. Et puis, il faudrait aussi évoquer Nathalie et Milutka, deux amies intimes depuis leur adolescence, vingt ans plus tôt. Un couple féminin ayant traversé de douloureuses vicissitudes, qui a son mot à dire dans cette histoire. D'autres encore ont ici des secrets à cacher.

Légitimement fière de ses origines, Elena Piacentini nous gratifie de quelques expressions corses en version originale. Quant à son héros taciturne, elle nous rappelle (sans lourdeur) qu'il a traversé de précédentes épreuves. Heureusement qu'il est aidé par sa grand-mère, la délicieuse Mémé Angèle. On note certains clins d'œil souriants, mais la tonalité du récit reste plutôt énigmatique et sombre, comme il se doit. Construction impeccable de l'intrigue, faits relatés sur un tempo souple, pistes nuancées, écriture subtile et précise, ce roman possède d'excellents atouts. Il n'est pas trop tard pour découvrir l'univers de Leoni, et le talent d'Elena Piacentini.

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