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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 06:05

 

Au Quai des Orfèvres, le commandant Gorin est chef de groupe à la Criminelle. Il est assisté du fidèle Garnier et du jeune Pensec, peu endurci mais plein de bonne volonté. Policier efficace âgé d’une quarantaine d’années, Philippe Gorin apparaît taciturne de nature. HERIOT-2013Le récent décès de sa mère a accentué son malaise intérieur. Côté cœur, Gorin vit depuis un an avec la belle Évelyne. Tous deux s’entendent à merveille, même si elle a un peu bousculé les habitudes de célibataire de Gorin. Néanmoins, la principale passion du policier reste son métier : Chaque affaire, rencontre, défaite ou victoire le régénérait, lui faisant franchir des paliers successifs dans la compréhension des autres. Il y puisait son énergie.

Alors qu’il vient de recevoir personnellement une lettre anonyme codée, Gorin est chargé d’enquêter sur le meurtre d’un inconnu. Non loin du Sacré-Cœur, l’homme a été tabassé à mort. Les policiers ignorent encore qu’Antoine Louvain, critique littéraire, avait improvisé une filature à travers Paris. Il suivait un grand rouquin suspect aux airs de moujik, un rustaud ayant rencontré des personnes élégantes, dont une très belle femme et une sorte de Lord. Le rouquin était un russe nommé Vadim Smirnoff. Vu l’importance de sa mission en cours, il a préféré éliminé un gêneur tel que Louvain, avant de s’envoler vers Khabarovsk. Une ville proche de la Chine, où Vadim entretient des contacts pour un projet aussi secret que risqué.

Un schizophrène s’est évadé d’un hôpital psychiatrique, faisant plusieurs victimes, avant de rejoindre la femme qui l’a incité à s’échapper. Elle a préparé un refuge provisoire pour ce malade mental dangereux. Elle le baptise Faust, prenant elle-même le pseudo de Némésis. Le monstre va vite passer à l’action. Le cadavre d’un SDF est découvert décapité sur l’Île-aux-Cygnes, îlot de la Seine au centre de Paris. Salut Gorin ! T’as le bonjour de Faust ! Tel est le message que le tueur a laissé sur les lieux, aussi incompréhensible que la lettre anonyme pour Gorin. Le cadavre de Louvain est identifié, ce qui n’offre guère de pistes aux enquêteurs. Il était trop solitaire pour avoir des ennemis l’exposant à une mort si brutale.

La belle commissaire Laura Antonelli est aujourd’hui un des piliers de la DCRI, au même titre que son collègue Marbot de la DGSE, un homme aux allures de Lord. S’apercevant que Vadim est recherché par la Crim’, Laura renoue avec Gorin, bien qu’une certaine tension persiste entre eux. Elle ne lui révèle rien de l’affaire qui relie son service avec le Russe. Le plus délicat est de ne pas se laisser prendre de vitesse par Gorin, dont elle connaît la ténacité. En effet, tandis que Faust rôde toujours autour du policier, s’en prenant bientôt à sa compagne Évelyne, Gorin va devoir s’éloigner de Paris pour approcher de la vérité, bien aidé par Pensec. Peut-être fera-t-il aussi la lumière sur un aspect plus personnel ?…

 

Apparu dans La femme que j’aimais, Gorin est un personnage complexe, flic pur et dur, mais aussi un homme tourmenté : Tout le monde convenait qu’il était probablement l’un des meilleurs limiers qu’ait jamais eu la Crim’, mais son caractère renfermé, sa difficulté à communiquer avec ses collègues, ses brusques sautes d’humeur, l’avaient marginalisé. Peu nombreux auraient été ceux prêts à le soutenir en cas de coup dur. La rumeur l’accusait même de faire preuve, parfois, de plus de compassion pour les criminels qu’il arrêtait que pour ses collègues policiers.

Le voici qui s’occupe d’une affaire meurtrière terriblement mystérieuse. Si Gorin n’en possède pas les clés, le lecteur est mieux informé que lui. Car on ne nous cache pas l’évasion de Faust, la filature de Louvain, le voyage de Vadim, le rôle de chaque protagoniste, bien d’autres péripéties singulières et énigmatiques. Il s’agit davantage d’un roman d’aventures, avec ses multiples méandres et son atmosphère où planent tant de questions, plutôt qu’une enquête classique balisée. Il convient de se laisser porter par l’action, d’en suivre les héros même s’ils obéissent à de sombres motivations. Un palpitant suspense, dans la grande et belle tradition du genre.

 

Un roman chroniqué aussi chez Marine, ici.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2013
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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 06:01

 

Le mouvement politique Ligne Rouge est composé d’activistes révolutionnaires de gauche extrême. Cette organisation, totalement opaque et structurée selon un système très complexe de réseaux et de sous-réseaux, est dirigée par un Comité Permanent. Celui-ci suit les élucubrations dialectiques de son leader, ex-prof qui s’est rebaptisé Mao. Issus pour la plupart du PCR, le parti plus modéré du défunt Zeller, les militants de Ligne Rouge ne rejettent nullement l’action violente. Ainsi ont-ils récemment saccagé un grand sex-shop de la rue Saint-Denis, n’épargnant pas ceux qui s’interposaient.

MARTY-2013Ils sont pistés par les hommes du policier Gonzales-Roux, dont Gilles Baudouin. D’autant plus aisément qu’il y a un traître parmi les membres du premier cercle de Ligne Rouge. Le médiatique psy Thomas Jacadie collabore avec l’équipe de policiers. S’il lui semble reconnaître la voix de Mao, le psy hésite longtemps à livrer cette info aux enquêteurs. D’autant qu’il ne néglige pas sa clientèle privée. Dont l’étudiante mal dans sa tête Hélène Damade, fille du plus célèbre animateur télé de France. Côté flics, l’affaire progresse quand Najla, étudiante d’origine tunisienne impliquée chez Ligne Rouge, est assassinée. Vivant plus ou moins en couple avec elle, le coupable désigné a pour pseudo Politzer.

En fuite, il parvient à semer le policier Baudouin. Avant de se réfugier dans le local d’une jeune prostituée chinoise, Lu. Sans explication, celle-ci le protège. Politzer et Lu font un détour par chez le vieux Dong, oncle de Lu, dont le rôle est incertain au sein de la communauté chinoise. Malgré l’intervention de ses jeunes cousins, le couple embarque l’argent de Dong. Ils vont se planquer dans un taudis où vit une population sino-juive accueillante, bienveillante. Mao n’est pas resté inactif entre-temps. Après un article accusant la police d’avoir éliminé Najla, il diffuse un communiqué affirmant qu’ils ont aussi supprimé Luxembourg, un autre de leurs militants. En réalité, l’ordre de l’exécuter émanait de Mao.

Celui-ci se concentre principalement sur le gros coup en préparation, celui du 24 décembre. Pour Mao, marquer l’opinion ne signifie pas se faire apprécier de la population, au contraire. Tant mieux si l’unité nationale se fait contre leur action. Ayant pour but commun de retrouver Lu, Baudouin et le vieux Dong font une alliance de dupe. Toujours plus paumée, Hélène Damade trouve un relatif répit chez le psy Thomas Jacadie. Politzer a repris contact avec Mao et le Comité Permanent. Toutefois, le succès de Ligne Rouge ne change probablement rien à sa perpétuelle fuite…

 

Voilà un roman inclassable, ni l’étiquette thriller politique ni celle de polar ne collant précisément. La forme du récit est celle d’un suspense riche en sombres péripéties, sans nul doute. Les conditions criminelles ont d’ailleurs le mérite de ne pas être aussi stéréotypées que dans de nombreux romans. L’action est assortie d’une réflexion, le thème abordé étant l’étude du terrorisme à la française.

Fort heureusement, ça reste de la fiction. Les trotskistes et idéologues divers de l’ultra-gauche des années 1970 ont préféré le pragmatisme à la révolution armée. Leur entrisme politique et social a cédé la place à une complicité avec les dirigeants économiques, à l’exemple de cet énarque ex-gauchiste : Puisque les cycles de production profitables étaient de plus en plus courts, Collioure en avait tiré une conclusion pratique, ne jamais rester plus de trois ou quatre ans sur un marché… D’où toute une stratégie de rotation du capital extrêmement rapide…

Toutefois, à l’inverse de l’extrême droite pratiquant le populisme, on peut imager qu’il reste des nostalgiques purs et durs, adeptes de théories marxistes apprises par cœur. Si tel était le cas, leur fatale stratégie serait suicidaire, absolument plus en adéquation avec le monde actuel. Le gouffre existant entre la réalité et leurs objectifs se creusant toujours davantage, leur marginalité irait en grandissant. Si la politique au quotidien ne manque pas de complexité, les partisans d’actions violentes sont encore plus contradictoires. On l’aura compris, c’est un suspense qui incite à réfléchir sur nos convictions, autant qu’un roman très convaincant.

- Le cœur de la jeune Chinoise est disponible dès le 3 janvier 2013-

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2013
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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 06:38

 

Parmi les premiers titres de 2013 en format poche, La place du mort de Pascal Garnier (Points) nous permet de redécouvrir le talent de cet auteur.

Quadragénaire parisien, Fabien Delorme est le fils d’un couple séparé tôt. Il était issu de deux fantômes, avec l’absence de l’une et le silence de l’autre pour tout lien de parenté. Chacun d’eux robinsonnait son petit bout d’existence, voilà tout. GARNIER-2013Cela explique que son propre couple avec Sylvie n’ait pas longtemps été guidé par la passion. Et peut-être aussi, qu’ils n’aient pas voulu d’enfants. Par contre, ils sont restés proches de Gilles, copain divorcé de Fabien, et de Laure, grande amie de Sylvie. Ce week-end de trois jours, ils l’ont encore passé chacun de son côté. Fabien était chez son père, en Normandie. Au retour rue Lamarck, un message sur le répondeur émane de l’hôpital de Dijon. Sylvie a trouvé la mort dans un accident de voiture. Il se rend sur place, reconnaît le corps. Il avoue au policier qui l’interroge qu’il ignore ce que Sylvie faisait dans cette région. Elle s’y trouvait avec un certain Martial Arnoult, son amant, mort également dans l’accident.

Veuf et cocu, une situation qui plonge Fabien dans une dépression alcoolisée. Il sera absent aux obsèques de Sylvie. Il s’installe chez son ami Gilles, s’occupant ponctuellement de l’enfant en bas âge de celui-ci, fainéantant volontiers avec son copain Gilles. Pourtant, Fabien garde une vague idée en tête. Il connaît l’adresse de Martine Arnoult, la veuve de l’amant, âgée d’une petite trentaine d’années. L’autre m’a piqué ma femme, je vais piquer celle de l’autre. Fabien commence à surveiller l’immeuble de la rue Charlot où habite Martine. Il la prend en filature, alors qu’elle est généralement accompagnée d’une quinquagénaire, Madeleine. Il va même visiter clandestinement l’appartement de Martine en son absence. Les deux femmes ont prévu des vacances à Majorque. Ayant modifié légèrement son aspect physique, Fabien s’offre le même séjour touristique.

Le hasard lui permet de lier connaissance avec le duo de femmes. Fabien sent que Madeleine est particulièrement vigilante, le soumettant à une sorte d’examen de passage. Il sera difficile d’écarter Martine de Madeleine, dont il apprend bientôt quel est son lien avec sa cible. Néanmoins, à la faveur d’un incident qui bloque Madeleine, Fabien et Martine deviennent intimes. Probablement insuffisant pour éloigner définitivement la jeune femme de sa protectrice. Si, de retour à Paris, Martine et Fabien se revoient, il sent bien que leur relation ne doit pas durer : Il se promit de ne jamais refoutre les pieds chez Martine. Malgré tout, quand ils sont invités dans la propriété campagnarde de Madeleine, Fabien accepte d’y aller avec Martine. C’est là que les évènements vont s’accélérer…

 

Il y a des histoires nécessitant un scénario alambiqué, spectaculaire, pour plaire aux lecteurs. Et d’autres intrigues comme celle-ci, simples et quotidiennes, qui ne sont pas moins percutantes. Avec un héros admettant la banalité de sa vie, qui considère l’existence avec une certaine désinvolture. Une paire d’amis, un duo de femmes complètent le casting, outre le père de Fabien. Séduire Martine, c’est plus une idée puérile qu’une vengeance de cocu. On se doute que l’expérience n’en restera pas à des situations ordinaires. Une accumulation d’épreuves l’attend.

Il ne faut donc pas se fier au format, car c’est un suspense d’une belle densité que concocta Pascal Garnier (1949-2010). Fluidité du récit, descriptions aussi brèves que précises : L’orchestre se composait d’un organiste chauve portant un costume éreinté, d’une chanteuse blond platine moulée dans un fourreau lamé qui tenait plus de la couverture de survie que de la robe, et d’un bassiste avachi et avare de notes. Cette tonalité limpide, empreinte d’une ironie nuancée, est fort séduisante. Et la seconde moitié du livre nous montre qu’il s’agit effectivement d’un roman criminel très réussi.

-La place du mort est disponible dès le 3 janvier 2013-

 

De Pascal Garnier : "Lune captive dans un oeil mort" - "La théorie du panda". L'oncle Paul évoque aussi des romans de cet auteur, ICI, et LA, ou encore ICI.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2013
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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 06:08

 

À Winthrop, George Gates est expert pour rédiger des portraits de personnalités locales, articles destinés au journal de cette petite ville. Cet écrivain a longtemps voyagé à travers le monde, ne négligeant pas d’en observer les facettes sombres. Finalement, il fonda une famille ici. Désormais, il vit seul, son fils Teddy ayant été enlevé et assassiné sept ans plus tôt. On n’identifia jamais le criminel. COOK-2013-1N’avoir pas su protéger son fils rend maussade George Gates, aujourd’hui encore. Ancien flic, Arlo McBride ne put conclure deux enquêtes. Celle concernant Teddy, et une autre sur la disparition d’une poétesse de la région, Katherine Carr. Un suicide, selon la version officielle, peu satisfaisante. Par ailleurs, le cas de la jeune Alice, douze ans, ne peut laisser George Gates insensible. Atteinte de progéria, maladie du vieillissement accéléré, elle est très lucide sur son cas. Passionnée d’histoires à suspense, elle va l’aider dans ses investigations sur l’affaire Katherine Carr.

La disparition, quelque peu mélodramatique, de cette femme de trente et un ans date d’une vingtaine d’années. Si elle logeait en centre-ville, c’est qu’elle avait été violemment agressée un peu plus tôt dans la ferme isolée où elle habitait. Après cette attaque, elle vécut presque en recluse, sortant peu, n’écrivant officiellement plus. En réalité, Katherine avait confié un manuscrit à son amie Audrey. Celle-ci accepte d’en prêter une copie à Georges Gates. Alice et lui vont le lire, l’étudier, le disséquer. Curieuse histoire mettant en scène un nommé Maldrow et son Chef, qui semblent animés de mauvaises intentions envers Katherine Carr elle-même. Encore que le rôle de Maldrow soit moins limpide que celui d’un simple tueur. Le scénario ressemble aux prémices de la disparition de Katherine, qui fut en effet surveillée par un inconnu pendant quelques temps. Du moins peut-on le penser, car les témoignages ne sont nullement clairs, à ce sujet non plus.

Alice recherche des renseignements sur les criminels historiques, car il y est fait allusion dans le manuscrit. George Gates interroge Ronald Duckworth, voisin qui fut suspecté d’être l’inconnu traquant Katherine. Il était hospitalisé quand elle a disparu, suite à une violente agression très bizarre. Étant enfant, le fils d’Audrey assista, lui, à l’attaque subie par Katherine à la ferme. La réaction de celle-ci le marqua : J’ai vu son visage quand elle s’est retournée après avoir regardé cet homme. Ce n’était pas le visage d’une victime, mais celui d’une femme qui avait bien l’intention de rendre coup pour coup. Peut-être George devrait-il fouiner sur la piste d’un ex-employé de l’ancien abattoir, ou porter attention aux propos de cette femme inconnue qui s’adresse à lui ? Des types au passé criminel ou louche, il en est question autour de lui. Tandis que la mort avance, George essaie de percevoir la présence concrète du mal, comme semblait la ressentir Katherine…

 

Il existe de multiples manières de raconter une histoire. Avec Thomas H.Cook, il ne faut pas s’attendre à une enquête balisée. Marie-Caroline Aubert, son éditrice française, avait bien raison d’évoquer dans une récente interviewun suspense gothique, frôlant le surnaturel, où l'on passe souvent de l'autre côté du miroir. Envoûtant, étrange, d'une construction très élaborée comme toujours. Plus que jamais, cet auteur expérimenté cultive les ambiances. Avec lui, on s’enfonce dans un épais brouillard de mystère, d’où aucune réponse ne parait pouvoir émerger.

Peut-être n’est-ce pas nécessaire, d’ailleurs. Car, en souvenir d’une rencontre à Vienne (Autriche), c’est au non-visible que s’intéresse finalement le héros de ce roman. Ce qu’il résume ainsi, au dénouement : Une étrange lumière intérieure diffusait un éclat légèrement bleuté sur son visage, et sur ce visage, je lus toute une myriade de sentiments : chagrin, douleur, perte, pitié, et à cet instant, le bizarre et le fantastique, les touchers fantomatiques et les évènements insolites, les curieuses coïncidences et les coups du sort inexplicables se pétrifièrent dans mon esprit au point que j’eus la sensation d’être soudain tout au bord d’un étrange précipice face à une insondable infinité de possibles. On remarque bien ici l’écriture raffinée de Thomas H.Cook, idéalement traduite par Philippe Loubat-Delranc. Quant au scénario, il s’avère diaboliquement fascinant. Encore un titre remarquable de cet écrivain de qualité supérieure.

-L’étrange destin de Katherine Carr est disponible dès le 3 janvier 2013-

 

D'autres titres de Thomas H.Cook : Au lieu-dit Noir-Etang - Les leçons du Mal - La preuve de sang - Les instruments de la nuit - Les feuilles mortes - Les ombres de la nuit - Mémoire assassine - Les ombres du passé.

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 06:05

 

Né fin 1950 à Trenton (New Jersey), Max Zajack ne tient nullement à aller faire la guerre au Vietnam, en ce début des années 1970. Par contre, Max s’imagine futur écrivain célèbre, bien qu’il n’ait encore rien écrit de concret. Pour l’heure, il doit se contenter de jobs médiocres pour survivre. Ayant été viré de la fabrique de bière qui l’employait, SAFRANKO-2013Max opère un repli stratégique chez ses parents, Jake et Bash, à Trenton. Pas de tendresse à attendre de leur part, vu qu’ils voient leur fils comme un pur raté. Ne sortant ni d’Harvard, ni de Princeton, issu d’une famille d’ouvriers d’une ville industrielle sordide, n’ayant aucune relation dans les milieux littéraires, Max s’entête malgré tout à croire en son avenir d’écrivain. Ses lectures multiples sont ses bouées de sauvetage, surtout l’œuvre d’Henry Miller. Pour le reste, Max enchaîne les boulots les moins passionnants du monde.

Après avoir fait du démarchage téléphonique sans espoir, c’est dans une banque qu’il décroche formation rémunérée. La vérification comptable ne risque pas de le mettre en transes. Traînant un peu trop avec ses copains, il est de plus en plus souvent en retard. Guère assidu, Max en profite pour lire en cachette. On ne va pas le garder à la banque, d’autant qu’un incident sans rapport avec lui l’oppose aux vigiles de l’établissement.

Tant d’écrivains ont commencé par le journalisme. Max postule donc dans un quotidien, où il s’occupera des sports. On lui trouve un autre journal pour l’employer, à Philadelphie. Aucune chance de sympathiser avec son supérieur, exigeant et même caractériel. Rétrogradé aux infos générales, il ne va pas vraiment briller. Des incendies, la mort d’une marginale sexy, l’interview d’une voyante, pas de quoi calmer son chef. Qui le virera sous un prétexte.

Côté relations féminines et sexuelles, Max subit un certain blocage. Si sa chaude collègue Lindsay finit par de désinhiber, il fait ensuite un flop en tentant de plaire à la belle Babette. Août 1974, Richard Nixon démissionne après le Watergate, et la menace d’être envoyé au Vietnam s’estompe pour Max. Un job vite abandonné dans un fast-food, un autre de livreur d’annuaires où il est impossible de tenir le rythme, ça ne s’arrange pas. Avec des potes, ils vont monter un groupe musical, les Fat Paycheck, pour lequel Max écrit quelques chansons. Se produisant dans les bars glauques, entre bagarres et coups de feux, impossible d’espérer devenir des rock stars. Un manager sévère leur donne le coup de grâce, ne leur trouvant pas le moindre talent. Les galères ne sont pas près de cesser pour Max, qu’il s’agisse d’emplois ou de femmes…

 

Nul doute que le héros Max Zajack soit l’alter ego de l’auteur, qui nous raconte ainsi les tribulations erratiques de ses jeunes années. C’est le quatrième titre de Mark SaFranko retraçant le parcours de cet anti-conformiste, dans une Amérique qui lui correspond si peu. Un pays puissant, malgré le cuisant échec du Vietnam et les déboires de son président, où gagner sa vie n’a rien de facile pour un type sous-qualifié comme ce rêveur. La tonalité pourrait être terriblement sombre. Se faire virer, pour lui, c’est le plaisir de retrouver la liberté. On aura compris que le récit baigne dans l’autodérision, Max persévérant dans ses impasses. L’écriture d’une admirable souplesse et des chapitres courts, voilà qui donne envie au lecteur de suivre le narrateur dans ses mésaventures.

On ne peut classer ce livre parmi les polars et les romans noirs, encore qu’on se rapproche de ces derniers. Néanmoins, outre les références livresques de Max, il nous narre un épisode qui met en scène la ténébreuse Patricia Highsmith, bel hommage. Mark SaFranko, un excellent écrivain qui mérite de figurer dans la liste des auteurs actuels à retenir.

-Travaux forcés est disponible dès le 2 janvier 2013-

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2013
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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 05:11

 

Désormais disponible chez Folio, La preuve de sang nous permet de continuer à explorer les remarquables romans de Thomas H.Cook.

Kinley est auteur de livres sur des cas criminels réels, ouvrages documentés sur les contextes d’affaires singulières, basés sur les dossiers et les témoignages qu’il recueille. Sans doute cette passion lui a-t-elle été transmise par sa grand-mère Grannie Dollar, décédée deux mois plus tôt. COOK-2012-FolioQuand il était enfant à Sequoyah, elle lui lisait des récits de La Gazette de la Police évoquant de monstrueux crimes. Il y eut aussi, dans sa jeunesse, plusieurs cas de disparitions inexpliquées dans cette ville de Georgie où ils habitaient. Ce quadragénaire solitaire vit à New York, dans un petit appartement avec vue sur les hauteurs de Broadway. Quand il apprend la mort soudaine de son seul véritable ami, Ray Tindall, Kinley retourne à Sequoyah. Serena, la fille de Ray, est contente de sa présence. Lois, l’ex-épouse du défunt, se montre quant à elle franchement désagréable.

Serena pense que le décès de son père peut s’avérer suspect. Pour s’en assurer, Kinley consulte les rapports officiels, avant de s’adresser au vieux docteur Stark, médecin et coroner. Ray étant cardiaque, rien de surprenant à ce qu’une longue marche dans le canyon ait provoqué cette crise fatale, selon Stark. Si Lois est furieuse que Kinley ait entrepris une enquête, c’est qu’elle a dérobé certains des dossiers de son ex-mari. Ceux pouvant concerner Dora Overton, l’amante de Ray. Kinley rencontre bientôt cette femme, qui lui révèle que son ami cherchait de nouveaux indices sur une vieille affaire touchant le propre père de Dora. Trente-sept années plus tôt, le modeste ouvrier Charles Overton fut condamné à mort à l’issue d’un procès de cinq jours. On l’accusait du meurtre de la jeune Ellie Dinker, seize ans, dont le corps ne fut jamais retrouvé.

Se plongeant dans les minutes du procès, Kinley vérifie que la procédure fut bien respectée. Overton fut arrêté sans opposer de résistance. On découvrit dans son camion la robe ensanglantée de la victime et ses chaussures. Pièces à conviction capitales durant le procès, faute de cadavre. Cacher le corps, mais garder ces vêtements d’Ellie Dinker, l’avocat de Charles Overton souligna cette contradiction. Aujourd’hui, il confie à Kinley que son client devait être coupable, sans qu’on puisse comprendre ses motivations. Dans les dossiers du procès, les témoignages sont clairs et, en effet, plutôt accablants. Pourtant, on oublia de noter qu’Overton était souffrant le jour de la disparition. Le réquisitoire du procureur Warfield fut brillant, autant que fut solide la plaidoirie de la défense. Kinley rencontre encore Ben Wade, enquêteur de l’époque. C’est dans le canyon où est mort Ray et, pour partie, dans son propre passé, que Kinley retrouvera les clés de cette affaire…

 

Thomas H.Cook utilise ici le même schéma scénaristique dont il se servira dans un autre roman quelques années plus tard, Les instruments de la nuit. Un écrivain enquête sur un cas ancien, où une jeune fille a disparu et où un ouvrier fut le suspect principal, afin de rétablir la vérité. Avec des bases similaires, on peut aboutir à des romans assez différents, comme le démontra autrefois William Irish en développant diverses histoires de vengeances.

La toile de fond est une petite ville paisible, et même endormie. En près de quarante ans, les mentalités n’y ont pas changé. Une condamnation évidente, un dossier classé, mais surtout pas mal de non-dits, qui prouvent progressivement que l’ambiance locale n’était pas si sereine. Si la transcription du procès sert beaucoup, témoignages et images personnelles du héros complètent les investigations.

L’intrigue serait touffue sans l’habileté de l’auteur à construire un récit limpide, parfaitement fluide. Caractéristique de la manière dont Cook captive ses lecteurs : présent et passé ne font qu’un, subtilement entrelacés, d’autant que des témoins d’alors ou leurs descendants vivent toujours à Sequoyah. C’est avec un luxe de détails factuels et psychologiques que cet excellent suspense apparaît d’une belle intensité.

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 06:38

 

Aux Éditions Belfond, Nadine Monfils nous donne plusieurs rendez-vous en cette année 2012. Dès le mois de juin, sera rééditée la série Commissaire Léon (le flic qui tricote en cachette depuis qu’il a arrêté de fumer, incarné par Michel Blanc au cinéma dans “Madame Édouard). MONFILS-2012-1Elle comporte dix histoires et paraîtra en cinq volumes. Aujourd’hui, c’est avec La petite fêlée aux allumettes que nous pouvons déjà retrouver Nadine Monfils…

 

Pandore n’est certainement pas la plus tranquille des villes. Les morts suspectes ou carrément criminelles s’y succèdent. Geste de défense pour la jeune Nake, qui a poignardé un dragueur plouc nommé Éric Mornier. Celui-ci n’avait guère de contact avec son puant père, ce qui n’empêche pas ce Max Mornier de décréter qu’il vengera son fils. Le décès de la grand-mère de Nake, qui a élevé la jeune fille, n’est pas vraiment naturel non plus. Elle n’était sans doute pas la gentille mamie qu’imaginait Nake. En cherchant des traces de sa famille, elle s’aperçoit que quelques secrets restaient cachés. Elle trouve aussi une boite d’allumettes. Chaque fois que Nake craque une allumette, elle a la vision d’un crime en train de se produire. En effet, plusieurs fillettes sont assassinées à Pandore.

Ce sont des indices fort approximatifs que recueille l’inspecteur Cooper. Pattes de chats dans la bouche, mutilations, fillettes portant des vêtements qui ne leur appartenaient pas. Une copine de la première victime prétend qu’un loup et un fantôme rôdait autour d’elles. Quant aux parents, rien de très fiable dans leurs témoignages non plus. D’autant que Tina Dex, la mère de la deuxième gamine, a des activités plus qu’étranges. L’inspecteur Cooper ne compte guère sur ses adjoints. L’un, Capsule, aime trop la pipe. L’autre, Michou, est un homosexuel extraverti. D’ailleurs, ce dernier se transforme chaque nuit en travesti sous le nom de Betty. Ce qui, en écoulant un peu de drogue, lui donne l’occasion de croiser Max le vengeur. Ainsi que Nake, que Betty n’a pas l’intention de trahir.

MONFILS-juin2012Mémé Cornemuse, c’est comme une tornade causant beaucoup de dégâts sur son passage depuis qu’elle a décidé de ne plus respecter aucune norme. Adepte du philosophe belge Jean-Claude Van Damme, Mémé Cornemuse ne cherche jamais d’excuses à ses actes. Entre tâter les boules des messieurs, faire exploser la maison en bord de mer de l’inspecteur Cooper, et s’occuper du ménage de celui-ci, l’emploi du temps de Mémé Cornemuse est chargé. De son côté, Nake s’interroge sur le mystérieux locataire de sa grand-mère. Fait-il partie de ces hommes aux chapeaux melons, porteurs de mort à Pandore ? L’enquête sur les meurtres des fillettes, Cooper et son équipe s’en préoccupent parfois. On peut déjà affirmer que, si l’assassin est arrêté, un dénouement festif se prépare…

 

Il était une fois, dans un monde semblable à celui des contes de fées, des gens qui ne seraient pas gentils, mais pas haïssables non plus. Dans ce moderne Pandémonium, il y aurait des flics pas spécialement consciencieux, des parents qui s’en fichent de leurs gamines, des types aux allures inquiétantes, et une mémé infernale essayant de comprendre l’esprit de Jean-Claude Van Damme.

MONFILS-MijadeSe plonger dans un roman de Nadine Monfils, c’est pénétrer dans un univers où tout repère a été gommé d’un coup de baguette magique ou maléfique. Il en faut du talent pour captiver avec de sanglants meurtres pour rire, accompagnés de mystérieuses visions issues du flash d’une allumette. Tout cela s’inspirant en partie de l’imaginaire d’enfance, et des authentiques contes bien plus cruels que ceux racontés aux mômes. En guest-star, la mémé Cornemuse de Les vacances d’un serial killer nous déride le neurone de la rigolade. Une potion à base de délire déstressant, un efficace remède contre la morosité, une médication sans effets secondaires néfastes, voici ce que nous offre Nadine Monfils pour passer un excellent moment de lecture.

 

Par ailleurs, Nickel blues de Nadine Monfils est réédité aux Éditions Mijade.

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