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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 05:55

En ce début 2014, paraît un format poche “double” qui rassemble deux aventures du juge Ti. Robert van Gulik (1910-1967) popularisa en Occident ce personnage, qui exista réellement et connut les plus hautes fonctions (Juge Ti, 630-700). Frédéric Lenormand est l'auteur d'une nouvelle série des enquêtes du Juge Ti, restituant avec justesse la Chine du 7e siècle, sous la dynastie T’ang. Dans ce volume “Panique sur la Grande muraille” se situe à l'automne 671. Le juge Ti dirige la ville de Lan-Fang, à l'ouest de l'empire, non loin du désert de Gobi. Dans la seconde histoire, “Le mystère du jardin chinois”, l’intrigue est délicieusement tarabiscotée, pleine d’humour, jusque dans sa conclusion. Les personnages sont vraiment savoureux. En ces lieux mystérieux où rôde la mort, le héros amnésique mène une enquête pleine de rebondissements. La fluidité narrative nous entraîne à partager ses mésaventures, d'une façon très agréable.

Frédéric Lenormand : Panique sur la Grande muraille + Le mystère du jardin chinois (Points, 2014)

Voici un survol du scénario de “Le mystère du jardin chinois”.

En l’an 669, sous le règne de l’impératrice Wu, le juge Ti (âgé de 39 ans) est sous-préfet de Pou-Yang, importante cité sur le Grand Canal impérial qui traverse la Chine du nord au sud. Une étrange “guerre du ciel” provoque la mort massive des volailles et des oiseaux migrateurs dans le district. Pris dans une attaque de canards fous, le juge Ti tombe au sol et perd la mémoire. Émissaire du Censorat, l’inspecteur Peng Shen l’envoie se reposer à la campagne avec ses trois épouses et ses enfants. Ils trouvent asile dans la luxueuse propriété d’un négociant en thé, Hu Nong. Le juge Ti s’y fait passer pour un médecin.

Le domaine se compose de quatre jardins, chacun symbolisant une saison, créés par le jardinier taoïste Ding Quon et son assistant eunuque Rossignol. Le juge Ti se pose bientôt des questions sur les invités de leur hôte, qui reste invisible : un militaire loyal et rigide, un moine bouddhiste plus ambitieux que religieux, un peintre célèbre, une voyante alcoolique parfois inspirée, une hautaine dame de cour, et tout un personnel qui ne voit jamais Hu Nong. Au centre des quatre jardins, un enclos difficile d’accès, doté d’une laide décoration. C’est là que le propriétaire semble se cacher, dans une tour vouée à la méditation. Quand le juge Ti explore l’endroit, il parait vide.

Les invités sont là pour voir éclore le mythique lotus bleu. L’improbable miracle se produit : les fleurs bleues sont remarquables. Le militaire est chargé de veiller à ce que personne n’y touche. Le juge est certain qu’il s’agit d’un trucage. Si la mort suspecte du moine bouddhiste ne les a guère affectés, l’empoisonnement de l’économe du domaine signifie que le danger se précise autour d’eux, qui restent prisonniers ici...

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 05:55

On dit de Karl Kane que c'est le meilleur détective privé de Belfast, et le plus discret. Si ce n'étaient des tracas de santé, quelques impayés de longue date et une pension alimentaire à régler, Karl Kane pourrait exercer paisiblement son métier. Il est assisté de Naomi, sa secrétaire et jeune amante, native de Derrybeg dans le Donegal. Différence d'âge notable, car Kane approche de la cinquantaine. Un client, Bill Munday, l'engage pour s'informer sur un cadavre découvert au Jardin Botanique. Ce qui permet à Karl Kane d'apurer un peu ses dettes. Son ex-beau-frère Mark Wilson étant policier, le détective fréquente sans fraterniser son équipe de flics. C'est chez eux qu'il apprend que la victime avait trois impacts dans le crâne.

Selon Chris Brown, un des contacts de Kane, ce Wesley Milligan fut huissier avant une dégringolade sociale. Il devint simple gardien de prison. Il aurait organisé des partouzes avec des détenues junkies pour des gentlemen. Karl s'adresse à l'ancienne épouse de Milligan. Celle-ci a pour amant un jeune ex-taulard du genre agressif. À la fois Jekyll et Hyde, le plus souvent brutal, le défunt ne manquait pas d'ennemis, dit sa veuve. Après avoir rendu son rapport à M.Mundy, le client de Karl cherche des renseignements sur un second meurtre, très récent. Un certain Joseph Kerr est mort après avoir rencontré une femme séduisante et musclée, peut-être une prostituée. En effet, cette “Suzy” paraissait ne rien ignorer de la vie privée de Kerr, et désirait le faire longuement souffrir.

D'après le médecin légiste, ami d'enfance de Karl, la meurtrière a utilisé du phosgène, un produit mortel plutôt rare. Elle s'en est servie de façon aussi astucieuse que symbolique. Quand l'indic Chris Brown est abattu, malgré le passé chargé de celui-ci, Kane doute que ce soit une vengeance de dealers. Le détective visite l'appartement de Chris, récupérant le manuscrit de ses souvenirs, que la victime devait publier. Sentant une menace, Kane fuit précipitamment les lieux. Si le meurtre du petit cambrioleur Andy Fleming passe inaperçu, celui de l'agent immobilier McCully figure dans la même série criminelle. On trouvera trace de la mort d'un nommé Donaldson, qui n'est pas sans lien avec Milligan et Kerr. La piste de la tueuse, ressemblant à une actrice connue, se dessine finalement. Mais le principal coupable de cette affaire reste dangereux...

Sam Millar : Les chiens de Belfast (Éd.Seuil, 2014)

Après d'autres titres de Sam Millar, voici la première aventure de l'enquêteur Karl Kane. “Pour dire la vérité, je ne suis pas tout à fait un civil. Disons un borderline pseudo-flic. Ils n'ont pas encore trouvé exactement dans quoi me ranger.” C'est parmi les détectives de la meilleure tradition, qu'on peut le classer. Encore que ses références puissent étonner : “[Kojak] c'était un flic chauve qui avait toujours une sucette à la bouche et disait : Qui prend soin de toi, beauté... J'ai un noir secret que je vais te confier... J'ai toujours voulu être Telly Savalas, mais avec des cheveux.”

Toutefois, Humphrey Bogart en trench-coat mastic est aussi un de ses modèles : “Je peux faire un Bogart correct dans la pénombre d'un sept heures du soir.” Un détective digne de ce nom ne doit pas manquer d'ironie, se montrant narquois envers la police : “Qu'est-ce que tu as à toujours remonter les gens comme des pendules ? demanda Wilson. ─ Si je le fais, c'est qu'ils ont une clé dans le cul, répondit Karl du tac au tac.” Un personnage qui a de la répartie, on aime ça.

Le “privé” prend une bonne dose de coups, lorsqu'il va farfouiller dans les plus répugnants cas criminels, c'est la règle. Même si son client et sa rémunération disparaissent, il est déjà trop engagé pour stopper net. Vu le niveau de cruauté dont fait preuve l'assassin, nul doute qu'il s'agisse d'une vengeance. Outre le contexte autour de Karl Kane, l'efficace construction du scénario nous apporte, progressivement et en louvoyant, les éléments nécessaires du dossier. Les bonnes histoires de détectives sont toujours aussi excitantes, Sam Millar nous le prouve.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 05:55

C'est un vallon sans charme, sinistre, masqué du soleil par une falaise. “Une terre d'ombre et rien d'autre, lui avait dit sa mère, qui soutenait qu'il n'y avait pas d'endroit plus lugubre dans toute la chaîne des Blue Ridge. Un lieu maudit, aussi, pensait la plupart des habitants du comté, maudit bien avant que le père de Laurel n'achète ces terres.” Laurel Shelton a environ vingt-cinq ans en cette dernière année de la première guerre mondiale. Amputé de la main gauche, son frère Hank est revenu du Front en Europe, pour s'occuper de la ferme de leurs défunts parents. Médaillé de la Purple Heart, il projette d'épouser Carolyn Weatherbee, avec qui Laurel pense qu'elle s'entendra bien. Recruteur de l'armée, Chauncey Feyt ne compte pas sur Hank. Par contre, il espère que le prochain retour au pays de Paul Clayton, héroïque grand blessé, va galvaniser le patriotisme local.

Durant l'absence de son frère, Laurel a végété dans ce vallon, tel un fantôme, quasiment seule. À part leur voisin septuagénaire Slidell, nul n'a jamais estimé les Shelton du côté de Mars Hill. D'autant que Laurel, avec sa disgracieuse tache de naissance sur le visage, possède une réputation de sorcière. Encore aujourd'hui, quand Slidell, Hank et elle vont au village, on l'évite car on la juge maléfique. Certaines rebuffades sont supportables, d'autres peuvent entraîner des altercations. Laurel a remarqué la présence d'un inconnu déguenillé dans un recoin du vallon, car il joue à merveille de sa flûte argentée. L'homme étant mal en point, Laurel le ramène chez eux. Il a avant tout besoin de soins et de repos. Un message écrit indique qu'il se prénomme Walter, qu'il est muet, et vient de New York. Laurel s'éprend bientôt de cet invité, apportant un peu de luminosité dans sa vie morne.

Quand Walter est requinqué, Hank l'engage pour l'aider durant quelques jours. Pour un musicien, il se débrouille fort bien dans les travaux de terrassement. À l'occasion d'une veillée avec Hank, Slidell et des amis, Walter montre son talent de professionnel à la flûte. Après un baiser d'adieu à Laurel, il rejoint la gare locale. Pourtant, Walter ne prend pas le train pour New York, car un agent de sécurité rôde dans la station. Il retourne à l'abri du vallon, ce qui ravit Laurel, qui ignore ce qui a contrarié son départ. Deux mois plus tard, Chaucey Feyt profite d'une fête patriotique pour lancer une pétition contre un professeur d'allemand de Mars Hill, suspect selon lui d'espionnage. Comme un “sortilège bienfaisant”, Laurel et Walter sont devenus intimes. C'est grâce à son ancienne institutrice, Mlle Calicut, que la jeune femme commence à découvrir les secrets de Walter...

Ron Rash : Une terre d'ombre (Éd.Seuil, 2014)

Il existe des auteurs qui rédigent de bonnes histoires mais se soucient peu de l'écriture, ou à l'inverse des stylistes qui négligent les intrigues. Avec “Un pied au paradis”, “Serena”, et “Le monde à l'endroit”, on a vérifié que Ron Rash concilie admirablement le littéraire et les thématiques fortes. Qu'importe l'étiquette “roman noir”, c'est un authentique écrivain, d'une rare puissance évocatrice. Il le prouve une fois de plus avec ce fascinant “Une terre d'ombre”.

Loin d'une aimable romance au cœur de la campagne américaine, voilà un récit d'une magnifique densité. Dans cette vallée encaissée et sombre, le drame couve malgré des instants de bonheur que la jeune héroïne a bien mérités. Omniprésente, l'émotion est ici courageuse, fière, affirmée, elle n'a rien de pleurnicharde. Les personnages centraux (Laurel, Hank, Slidell) ont connu déjà trop d'épreuves pour s'apitoyer sur eux-mêmes.

Une bourgade d'autrefois, il y a près de cent ans, dans les Appalaches. Une population qui pratique une sorte de mesquinerie naturelle, d'intolérance congénitale. Un patriotisme de façade exacerbé par le premier imbécile venu, le “sergent” Chaucey étant un planqué. De vieilles rumeurs calomnieuses de sorcellerie, savamment entretenues. Quelques rancunes comme celle de Jubel Parton, caïd d'opérette obligé de faire profil bas devant Hank. Des gens détestables, d'autres plus neutres dont la naïveté amène des problèmes. Et puis Walter, muet sur ses secrets. La lucidité du vieux Slidell, marqué tôt par la mort, risque de ne pas suffire. Un roman réaliste et crédible, poignant et humaniste, supérieur. De ceux qui vous hantent encore, une fois la lecture terminée.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 05:55

Zach Jordan est un policier new-yorkais affecté depuis trois ans au NYPD-Red, unité d'élite de la police new-yorkaise chargée de protéger les VIP. Côté sentiments, il est ami avec Cheryl Robinson, une psy des services de police qui vient de vivre une rupture amoureuse. Le coéquipier de Zach Jordan étant indisponible, on lui adjoint une nouvelle collègue, pour une mission temporaire. Il s'agit de Kylie MacDonald, une blonde aux yeux verts qui fut sa petite amie naguère. Elle est aujourd'hui mariée à un sémillant scénariste et producteur de télévision, Spence Harrington. Celui-ci travaille avec les Studios Silvercup, complexe de production cinématographique installé à New York depuis peu. À la fois, Zach est ravi de retrouver son ancienne copine Kylie, mais il redoute leurs rapports à venir.

Afin de faire concurrence à Los Angeles, le maire de New York a décidé de valoriser encore davantage sa ville. L'évènement, c'est “Hollywood sur Hudson”, un festival de cinéma qui réunit les plus grands noms de la profession, et va attirer le public. Toutes les équipes du NYPD-Red sont mobilisées pour la sécurité du festival. Dès le premier jour, un invité est victime d'un empoisonnement criminel à l'hôtel Regency. Le quinquagénaire Sydney Roth était un producteur de cinéma comptant plus d'ennemis que d'amis, il est vrai. Durant la même matinée, l'acteur Ian Stewart est assassiné sur un tournage au Studio Silvercup. Ce séducteur mûr a été abattu par son épouse comédienne, utilisant une arme chargée de vraies munitions. Erreur d'inattention de l'armurier, innocent mais qu'on arrête.

Ian Stewart, tué pour raison sexuelle ? “Pour eux, l'adultère n'est pas un mobile criminel. C'est juste un mode de vie” relativise Kylie. Arrive la première soirée de gala, au Royal City Hall. L'établissement est l'objet d'une sécurité maximum. Dans sa robe élégante, Kylie observe de l'intérieur, tandis que Zach suit la fête via les caméras de surveillance. Ce qui n'empêchera pas qu'un cocktail molotov soit lancé sur un des prestigieux invités. Grimé en technicien, le coupable a trompé tout le monde, avant de réussir à s'enfuir. Celui qui se surnomme Le Caméléon est plutôt un figurant qu'un acteur.

De son vrai nom Gabriel Benoit, celui qui a planifié cette série de meurtres vit avec son amante Lucy Carter, mais il a agi seul pour ces trois premiers crimes, afin que son scénario reste sans faille. Un imprévu : Mickey Peltz, ex-accessoiriste spécialisé dans les explosifs, a compris que Gabe Benoit est l'auteur des meurtres. Sans doute pas un allié fiable en ces circonstances. Par contre, Peltz pourrait renseigner la police. Aiguillonnés par la capitaine Delia Cates, leur supérieur, Zach et Kylie poursuivent leur enquête tous azimuts. Le mari de Kylie, Spence Harrington, risque de troubler la suite et de se mettre en péril, en se mêlant de cette affaire. Les brigades canines de New York ne seront pas inutiles pour retrouver une piste. Mais déjà, Gabe Benoit a programmé un final explosif...

James Patterson - Marshall Karp : Tapis rouge (Éd.L'Archipel, 2014)

Tant pis s'il faut le répéter à chaque fois qu'on évoque un roman signé James Patterson : sa première grande qualité, c’est la fluidité de sa narration. Quelles soient dangereuses, criminelles ou souriantes, les situations sont claires. En ne cherchant pas à exagérément noircir le mystère au risque de l'alourdir, le tempo nous offre ces rebondissements et ce feu d’artifice de péripéties mouvementées qu'attendent les lecteurs.

Nous sommes dans une Amérique actuelle, comme l'indiquent certaines séries télé citées. Outre les héros, les protagonistes sont décrits de façon enjouée. Le “méchant” étant identifié, il ne s'agit pas strictement d'un roman d'enquête. D'un côté, nous suivons les méfaits de ce Caméléon, mettant en place les étapes du scénario qu'il a imaginé. Dans le camp des policiers, c'est à la première personne qu'est racontée l'affaire, par Zach. On n'y ménage pas ses efforts pour dénicher et contrer le redoutable adversaire.

L'univers du cinéma, même à la sauce new-yorkaise, participe à la dédramatisation de l'ambiance. D'autant que la partenaire Kylie est à l'aise dans ces milieux. Coécrit avec Marshall Karp, l'ambition de ce roman est à la fois d'être divertissant et diablement agité. James Patterson est un maître en matière de comédie policière à suspense. On a plaisir à lire ces histoires aux chapitres courts, pleines de vivacité, qu'il exploite à merveille.

 

- "Tapis rouge" est disponible dès le 2 janvier 2014 -

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 05:55

Ex-citadins, Mina et Jonathan se sont installés depuis une dizaine d'années dans le Berry, “aux confins d'une campagne désertique parce que désertée.” Il ont acquis et rénové une maison située sur l'écluse de Neuilly-en-Dun, à cinquante kilomètres au sud de Bourges. Âgé de trente-sept ans, Jonathan est apiculteur, vend les produits de son potager, et se charge de divers bricolages. Plus jeune d'un an, Mina est guide-conférencière dans un petit château des environs, s'occupe de la maison et de leur fils Romain, dix ans. Ils ont une chienne, Câline. Près de ce canal inutilisé, l'isolement des lieux leur convient fort bien. Mina a un jeune frère, Léonard, qui vit dans la Drôme, lui aussi à l'écart du monde. Mais sans le confort que s'est accordé le couple, sa conception de l'argent étant plus radicale.

Un nouveau voisin vient habiter à quelques centaines de mètres de chez eux. La maison vétuste de l'écluse des Presles sera à son tour à rénover. Vladimir Martin porte le même nom de famille, très courant, que Mina et Jonathan. À peine plus vieux que le couple, il dit avoir fait un héritage, et exprime le besoin d'oublier sa vie passée. Toutefois, Vladimir est beaucoup plus connecté au monde, via Internet, que ses voisins. Il se montre charmant et généreux envers Mina, Jonathan et Romain. Peut-être sa manière de dépenser à outrance est-elle exagérée. Il s'intéresse à la discothèque du couple, l'intégrale du blues depuis les origines. Pendant les travaux chez lui, il s'installe chez les Martin, mais cet insomniaque consacre plus de temps, durant ces nuits, à explorer le décor qu'à sommeiller.

Mina et Jonathan ignorent que Vladimir peut s'avérer autoritaire, dominateur. Lorsqu'il achète en urgence une Volvo rouge identique à celle des voisins. Quand la mûre coiffeuse locale est sexuellement séduite par lui, sans qu'il marque d'émotion. Ou encore dans l'extrême soin autour des travaux de rénovation de sa maison. Par contre, face au rejet de la société de consommation par Léonard, Vladimir se montre offensif. Arguments vifs, que Mina approuve au lieu de défendre son frère. Par ailleurs, Vladimir se rapproche du petit Romain auquel, entre autres cadeaux onéreux, il offre une coûteuse canne à pêche. Au retour de quelques jours de vacances, Jonathan s'aperçoit que le voisin a acheté une chaîne hi-fi et une collection de blues comparable à la sienne. Il y a de quoi s'interroger, se montrer moins aimable avec Vladimir, et même irritable dans son couple...

Olivier Bordaçarre : Dernier désir (Éd.Fayard, 2014)

Certains romans ont besoin d'une flopée de protagonistes pour donner leur pleine mesure dans une galerie de portraits, voire de suspects. Pas moins convaincantes, au contraire, des histoires telles que celles-ci offrent une intrigue plus intimiste. Il suffit de quatre personnages, d'un pittoresque cadre rural, d'un été caniculaire au pays de George Sand et d'Alain-Fournier. Lorsque, sur fonds de musiques de blues lancinantes, le Diable s'immisce dans ce paisible univers, l'orage risque de bientôt gronder. Car, l'hypocrisie étant la clé de voûte de la manipulation, on ne nous cache guère les intentions sournoises de Vladimir.

Pour l'essentiel, les “situations à problèmes” proviennent de l'entourage immédiat. C'est là que réside le danger, si un élément vicié se glisse dans les relations de proximité. Face à de nouveaux venus dans un immeuble ou un quartier, rester sans méfiance apparaît comme un signe de faiblesse. Il serait utopique de croire à des rapports humains sans nuages, de nier l'usure même légère des couples, d'imaginer que l'argent n'est pas corrupteur, de compter sur un bonheur éternel. Voilà l'amère expérience que, dans leur décor pourtant enchanteur et harmonieux, vont vivre les Martin.

Pour qu'un suspense psychologique fonctionne, la technique ne suffit pas. Quand l'écriture se veut précise, soignée en restant fluide, décrivant les faits tout en fouillant l'âme des héros, c'est là que l'auteur fait mouche. Olivier Bordaçarre parvient avec subtilité à nous faire partager la sourde oppression intérieure qui gagne Jonathan Martin et ses proches. Un scénario diaboliquement prenant, qui fascine du début à la fin. Un roman remarquable.

 

- "Dernier désir" est disponible dès le 3 janvier 2014 -

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2014
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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 05:55

Certains passionnés de polars choisissent le format poche, pour des raisons budgétaires bien faciles à comprendre. Pour eux, voici trois romans disponibles dès le 2 janvier 2014, qu'ils pourront inclure dans leurs collections...

 

Leighton Gage : "Le sang des maudits" (Points)

Mario Silva est originaire de São Paulo. Avocat de formation, il s’est engagé dans la police fédérale brésilienne il y a trente ans. Son choix s’explique par l’agression mortelle dont furent victimes ses parents. Pour retrouver le malfaiteur tatoué qui se faisait appeler Cobra, il lui aura fallu sept années. La précieuse montre de son père fut le fil conducteur de son enquête parallèle. Face au coupable, la justice de Mario Silva fut immédiate. Plus tard, ce fut le mari de sa sœur qu’on tua dans des circonstances analogues à la mort de ses parents. Cette fois, Mario Silva ne tarda à découvrir le criminel. Devenu adulte, son neveu Hector Costa, le fils de sa sœur, intégra lui aussi la police fédérale. Âgé maintenant d’une trentaine d’années, Hector est “delegado”, adjoint de son oncle inspecteur principal.

Cascatas do Pontal est une ville de 250.000 habitants à l’ouest de l’État de São Paulo. C’est dans un hélico affrété par une grosse société de fertilisants agricoles, que l’évêque Dom Felipe y débarque pour inaugurer une nouvelle église. Le prélat est abattu par un tireur d’élite, dont la police du colonel Ferraz retrouve bientôt l’arme supposée. Le meurtre d’un ecclésiastique est une affaire d’état, qui exige que Mario Silva se rende sur les lieux. Il y est précédé par Hector, qui rencontre l’arrogant chef de la police locale. Le colonel Ferraz accuse implicitement les activistes du Mouvement des Sans-Terre. Ils auraient ainsi vengé le meurtre de leur leader local, Azevedo, et de sa famille. Ici, les propriétaires terriens restent hostiles aux lois de réquisition qui bénéficieraient aux paysans pauvres...

Cette première enquête de Mario Silva traduite en français est une excellente surprise. On est loin des clichés exotiques du Brésil. L’action se déroule aujourd’hui dans ce pays, ne masquant pas sa réalité sociopolitique. Depuis la prise de fonction du président Lula en janvier 2003, certaines réformes ont été appliquées. Mais l’influence de l’Église catholique, des puissants propriétaires terriens, et des multinationales, reste très importante. C’est une véritable guerre permanente qui oppose les paysans sans terres et les propriétaires. Pourtant, l’État rachetant les terres inutilisées, il n’y a pas de spoliation. Il est probable que la hiérarchie de l’Église catholique prenne le parti des plus riches, comme toujours, ainsi que le suggère l’auteur. Quant à la corruption et aux abus de pouvoir, même la démocratie ne peut guère y mettre fin. Leighton Gage souligne également que le Brésil est un pays où règne une sorte de violence naturelle, sans doute impossible à éradiquer.

3 polars format poche : Leighton Gage, Odile Bouhier, Thomas H.Cook

Odile Bouhier : "De mal à personne" (10-18)

1920. Le commissaire Kolvair passe quelques jours de vacances chez sa sœur, quand il reçoit un appel téléphonique de la police lyonnaise. L’industriel Firmin Dutard a été assassiné. Riche patron d’une usine d’automobiles, il a été poignardé dans la cour du Grand Hôtel. Rentré à Lyon, Kolvair constate vite qu’on dispose de fort peu d’indices. Le tueur a utilisé “un banal couteau, outil courant chez les paysans et les ouvriers qui préparent leurs casse-croûte”. Le professeur Salacan se trouvant à Cambridge pour un congrès, Kolvair ne peut compter que sur les déductions de son assistant, Jacques Durieux. Il espère aussi l’aide de la belle Bianca Serragio, brune quadragénaire dont il est amoureux, et aliéniste réputée. Le journaliste Armand Letoureur suit cette sanglante affaire, ainsi que prochaine exécution publique à Lyon, par le bourreau Anatole Deibler.

Le commissaire interroge le personnel du Grand Hôtel, qui n’a pas remarqué grand-chose. Sauf la présence d’un gamin à proximité du lieu du crime. Il est possible que les coups fatals aient été portés par un enfant, en effet. Kolvair réalise un portrait du jeune garçon, qu’il compare à une photo prise par Letoureur. Au fichier des mineurs délinquants, on trouve la trace d’un enfant de onze ans, Thibaud, ressemblant fort au portrait. Un suspect qui convient au procureur Pierre Rocher et à l’inspecteur Legone, des Brigades du Tigre. Ce dernier applique sa méthode pour faire avouer le gamin, qui n’a guère un profil de criminel et n’était pas à Lyon au moment des faits. Peu importe, on envoie Thibaud à la colonie pénitentiaire de Mettray, où on le matera comme toutes les fortes têtes. Bianca Serragio, Jacques Durieux et le commissaire Kolvair analysent ensemble le cas de Thibaud, cherchant une alternative plus plausible...

Crime énigmatique, investigations autour d’une affaire mystérieuse, mais l’ensemble est enrichi par ses personnages et par son contexte. Rescapé de la Grande Guerre, Kolvair est un policier atypique. Intime de la séduisante Bianca, il est ouvert aux pistes offertes par les scientifiques. On commence à admettre alors ce type d'indices. L’autre aspect dans ce contexte, c’est l’évolution de la justice envers les mineurs. Si des lois existent pour les protéger, ou pour les juger dignement, on les écoute peu, et les bagnes pour enfants perdureront pendant de longues années.

 

Thomas H.Cook : "Mémoire assassine" (Points)

Au début des années 1990, Steve Farris est un quadragénaire employé dans un cabinet d’architecture. Petite famille ordinaire, avec son épouse Marie, et leur fils Peter. Steve a longtemps gommé de sa mémoire le drame qui le marqua à l’âge de neuf ans. La séduisante Rebecca prend contact avec lui. En vue d’un livre, elle étudie cinq cas criminels similaires. Il s’agit de pères de famille ayant abattu tous leurs proches. Rebecca possède déjà des documents relatifs au crime qu’a vécu Steve. Celui-ci accepte d’explorer les images de son passé, rencontrant certains soirs Rebecca à l’insu de son épouse. Le carnage inexpliqué se produisit le 19 novembre 1959, au cours de l’après-midi. Étant le seul rescapé de cette affaire, de nombreuses questions viennent à l’esprit de Steve.

Chez les Farris, il y avait d’abord le père, William, modeste quincaillier exprimant peu ses sentiments. Avec le recul, on peut se dire qu’il ressentait une sourde amertume, n’ayant pas eu la vie qu’il souhaitait. Après la guerre, il se maria avec Dorothy. Steve se souvient qu’on disait “la pauvre Dottie”, sa mère étant une femme effacée. Jamie, 17 ans, le frère aîné de Steve, était un garçon plutôt frondeur, qui se chamaillait fréquemment avec sa sœur Laura, 16 ans. Leur père semblait avoir une affection particulière pour elle, sans doute parce qu’il retrouvait chez Laura sa propre détermination d’antan. Ce funeste jour, Bill Farris extermina Dorothy, Jamie et Laura. Il attendit durant deux heures le retour de Steve, mais prit finalement la fuite. L’enquêteur Swenson retrouva sa voiture à la frontière du Mexique, ultime trace laissée par Bill Farris...

Un magnifique suspense psychologique. Il faut toute la virtuosité de Thomas H.Cook pour entrelacer passé et présent, pour souligner les détails insignifiants d’autrefois et les scènes du quotidien ordinaire ne prenant un sens qu’en raison du triple crime. L’ambiance chez les Farris apparaît par petites touches, sans laisser augurer un tel drame. Aucune précision n’est évoquée par hasard. Il n’y a pas de monstrueux secret de famille derrière tout cela, juste une dégradation qui s’accélère entre ces gens. La finesse avec laquelle on nous raconte leur vie est absolument fascinante. Quant aux derniers rebondissements, il convient de les savourer avec délectation.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 05:55

Il se nomme John-Fitzgerald Dumont, mais on l'appelle Fitz. C'est un Parisien pur jus, âgé de trente ans en cette année 2013. Si son frère aîné Howard est un cador de la finance, Fitz a eu d'autres ambitions. C'est-à-dire, faire la fête plusieurs nuits par semaine, draguer des jeunes femmes consentantes, s'alcooliser à outrance, et dealer de la drogue de bonne qualité pour vivre cette vie. Certes, comme avec l'avocate Daniela, il arrive à Fitz d'oublier comment il arrive dans le lit d'une de ses conquêtes. En général, il maîtrise les problèmes, même s'il a déjà été mêlé à deux affaires agitées. Ce qui explique que ses relations avec son ex Jessica, commissaire de police, sont moyennement au beau fixe. Au besoin, il peut compter sur ses amis, l'agent de sécurité Moussah, et la jeune prof de lycée Déborah. Si ses parents veulent une fiancée présentable, cette dernière peut faire illusion.

Ce dimanche-là va s'avérer un brin contrariant. Un client VIP, le député Georges Venard, valeur montante de la République, a besoin d'être livré en drogue. Quand Fitz arrive au domicile de Venard, celui-ci vient de se suicider. Ou d'être trucidé par l'homme qu'il vient de croiser dans l'escalier. Rien qui concerne Fitz, donc il n'est pas utile de s'y attarder. Sauf qu'un visiteur inconnu l'attend dans son appartement, avec l'intention de l'éliminer. Il vaut mieux appeler Moussah à la rescousse. Malgré l'agilité du Noir agent de sécurité, le tueur s'enfuit. Il est fort probable que la menace qui plane soit en rapport avec la mort de Georges Venard, et que ses proches amis soient autant pistés que Fitz. Il se réfugie chez Moussah, à Châtillon, où Déborah rapplique bientôt. Ce ne sont pas les hypothèses qui manquent au trio, même s'ils ne comprennent guère qui veut la peau de Fitz.

Quand l'adresse de Moussah est repérée par leurs adversaires, il est prudent que les trois amis se cachent dans une chambre d'hôtel. Grâce au hacker Bob, qui joue quelque peu les anges gardiens pour Fitz, ce dernier fait le portrait-robot de l'inconnu vu dans l'escalier de Venard. Grâce à une manipulation scandaleusement illégale, on parviendra à identifier cet homme. Jérôme Sultan, un ponte d'un grand groupe industriel, semble bien n'avoir rien à se reprocher. Par contre, suite à ladite manipulation, Fitz est recherché par les flics. Il assomme même l'adjoint de Jessica, venu fouiller son appartement. Être traqué, ça ne peut pas durer plus longtemps. Aussi Fitz décide-t-il de glaner suffisamment d'infos, en partie via le hacker Bob, afin de contre-attaquer. Son ennemi n'est pas un amateur, il va donc falloir ruser et bluffer pour s'en sortir...

Olivier Gay : Mais je fais quoi du corps ? (Le Masque, 2014)

Cette troisième aventure de Fitz peut aisément se lire sans avoir suivi les précédentes, car on cerne vite l'univers du personnage central. À la base, c'est un de ces frimeurs hantant les nuits festives, des semi-oisifs dealant sans en faire un gros bizness : “Mais je n'étais pas un citoyen lambda. Je m'approvisionnais une fois tous les deux mois auprès de narcotrafiquants russes, afin de fournir en cocaïne la jeunesse dorée parisienne.” Que des embrouilles lui tombent ponctuellement sur le nez apparaît assez légitime. Entraîné dans une virevoltante course-poursuite n'autorisant que peu de sommeil, il acquiert bientôt la sympathie du lecteur. La narration ne peut se faire que par le héros, pour la vivacité du récit, et pour transmettre les inévitables questionnements de celui-ci.

Le scénario se veut à l'image de notre époque immédiate. Entre portables et divers appareils informatiques, la technologie numérique est fort sollicitée. Encore qu'une bonne vieille cabine téléphonique permette d'être moins vite “tracé” par l'adversaire, on le verra. On frise parfois un peu la description GPS Paris-proche-banlieue, mais ce défaut reste limité. Les tribulations de Fitz, Moussah et Déborah, sont mouvementées à souhaits, baignant dans un certain mystère quant aux motifs réels de cette traque. Il est important de glisser une dose d'humour dans ces situations tendues : “Je me retrouvai rapidement devant une forteresse de béton, aussi lisse et laide qu'une chanson de Christophe Maé.” Cette histoire répond parfaitement à la définition du roman d'action et de suspense. Ce qui ne manquera pas de séduire les amateurs de polars trépidants.

- "Mais je fais quoi du corps ?" est disponible dès le 3 janvier 2014 -

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2014
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