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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 04:52

En ce début des années 2000, André Pastrella est âgé de vingt-deux ans. Suisse d'origine italienne habitant Genève, il ambitionne une carrière d'écrivain. Vivotant grâce à des jobs incertains et de courte durée, André garde l'espoir de publier ─ s'il parvient à venir au bout d'un premier livre. Ces derniers temps, il s'est trouvé le modèle parfait. “La volonté portait désormais un nom : Arturo Bandini, alias John Fante. J'avais trouvé mon alter ego. Les mots n'étaient plus une supposition, ils existaient, on pouvait les écrire comme ça.” Il dispose même d'un semblant d'univers stable, en la personne de sa voisine âgée aveugle. Mais celle-ci va être bientôt hospitalisée. André engage une jeune femme pour lui faire la lecture. Il s'avoue ne pas être insensible à la belle Karla, une Polonaise.

Le décès de la vieille voisine correspond à la fin de son job du moment. André voudrait bien rester en contact avec l'attirante Karla. Un soir, quand son voisin Bernard – un foutu taré qui parle de lui à la troisième personne, Bébert – est agressé par deux Colombiens, André intervient. Ce qui lui vaut quelques bosses : “Je me sentais comme Philip Marlowe quand il est amoché. Le style en moins.” Pour éviter d'autres ennuis, Bébert cache chez lui un paquet de drogue. Voilà André receleur, encore qu'il se sente surtout pigeon. Tandis que s'installe à côté une nouvelle voisine, la jeune pianiste Juliette, André gagne quelques sous comme figurant sur un tournage. C'est dans un club à strip-tease qu'il retrouve “sa” Karla. Mais elle fuit tout rapprochement avec lui, ne montrant aucun sentiment.

La jeune femme ayant vite disparu du club, André aidé par Bébert doivent secouer le personnel pour obtenir des infos. Hélas, Karla est déjà en partance. En manque de femme, André va rencontrer des prostituées toutes nommées Cindy. La manière directe est plus efficace et excitante que la mélancolie avec les putes, il s'en aperçoit. Car ce n'est pas dans ses boulots qu'il peut s'éclater, ni avec sa voisine Juliette. Des soirées traînassantes, où ils ne partagent que de l'alcool et des joints, ça ne fait guère évoluer leur improbable relation intime. On a cru Bébert mort, il s'est réfugié sous le soleil de Miami. Laissant ainsi son paquet de drogue à la disposition d'André. Le pactole ? Après une hospitalisation pour occlusion intestinale, les galères continent pour l'écrivain en herbe…

Joseph Incardona : Le cul entre deux chaises (BSN Press, 2014)

Avec des romans noirs singuliers tels que “Remington” (2008), “220 volts” (2011), “Trash circus” (2012) ou “Misty” (2013), Joseph Incardona s'est taillé une belle réputation chez les lecteurs de polars. L'éditeur suisse BSN Press a l'excellente idée de rééditer son tout premier titre, datant de 2002, dans une version entièrement révisée. C'est un bon moyen de redécouvrir les débuts de cet auteur plein de talent. De la fantaisie, il n'en manquait déjà pas, on pourra le vérifier ici.

André Pastrella, l'anti-héros, est quelque peu le double d'Incardona (comme Bandini, pour John Fante). Il serait très facile de le qualifier de loser, de ne voir qu'une facette, celle de l'éternel perdant. Avec son voisin Bébert, ils font la paire dans le genre vaincus d'office. En réalité, André accumule les expériences de vie, certes rarement florissantes. Dans ses boulots de grouillot, ça ne va jamais très loin. Avec les femmes, ce n'est pas une réussite. La seule qui l'aimait bien était aveugle, c'est dire. Ces ratages divers et variés, voilà ce qui rend évidemment sympathique le pauvre André, circulant dans sa Fiat hors d'âge. Et ça nous fait beaucoup rire. Par exemple, quand il se retrouve à l'Hôpital Cantonal, il espérait mieux : “Je ne sais pas, moi, la clinique Rothschild, l'hôpital Beaulieu, un truc classe, des infirmières roulées comme des pin-up et des mousses diététiques au dessert.” Un roman animé diablement agréable, aucun doute.

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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 04:55

Jean-Baptiste Rolant est marié depuis vingt-quatre ans à Mylène. Ils ont eu deux enfants, désormais adultes. Leur fille est mariée, en Irlande. Leur fils est étudiant. Le couple habite à Issy-les-Moulineaux. Ils possèdent aussi une maison à Étretat. Encore que ces dernières années, Mylène préfère qu'ils séjournent à Deauville ou à Honfleur. Elle est journaliste pour un magazine, Paris-Monde. Jean-Baptiste s'est associé avec son ami Max. Tous deux dirigent une agence de communication fonctionnant très bien. Jean-Baptiste est conscient que vingt-quatre années de mariage se sont écoulées. Plutôt dans l'harmonie, selon lui, puisqu'il se répète qu'il n'a jamais cessé d'être amoureux de sa femme.

Vendredi de printemps en fin de journée, un nouveau week-end en Normandie s'annonce pour le couple. Quand Jean-Baptiste rentre chez eux, il trouve un mot de son épouse sur la table : “Je ne rentrerai pas”. Ça ne ressemble pas à une formule d'adieu, estime-t-il. Dans un premier temps, il éprouve de l'incompréhension, mais pas encore de l'inquiétude. Il essaie de joindre Mylène par téléphone, laissant des messages sur son répondeur. Est-elle juste trop occupée pour répondre ? Jean-Baptiste s'en va rôder autour des locaux du magazine. Dans un bar voisin, il rencontre deux employées de Paris-Monde connaissant sa femme, Babeth et Caroline. Babeth suggère que Mylène peut avoir un problème de santé.

Le samedi matin arrive. Contacter des copines de son épouse ? Elle n'en a pas qui soient vraiment intimes. Jean-Baptiste téléphone à ses enfants et à ses beaux-parents. Après la visite de Max, c'est dans les rues de Montparnasse, dans les boutiques fréquentées par Mylène, que Jean-Baptiste tente vainement de retrouver sa trace. Recherches illusoires, et pourtant nécessaires à ses yeux. Il dîne même dans le restaurant où ils avaient, tant soit peu, leurs habitudes. Entre-temps, Mylène a téléphoné à leur fille. Elle est donc en vie, ce qui est pour l'heure l'essentiel. Jean-Baptiste déniche une adresse dans les papiers de son épouse. Il semble bien que ce soit celle d'une psychologue pour couples.

Le dimanche, Jean-Baptiste se rend à Deauville et à Honfleur, passe par leur maison d'Étretat. Ce n'est visiblement pas sur la Côte Normande que se cache Mylène. Celle-ci a appelé ses enfants, affirmant que Jean-Baptiste la cocufiait effrontément. Il s'insurge, nie avoir eu la moindre maîtresse. Le lundi, chez eux, il trouve dans la comptabilité de Mylène des traces de rendez-vous médicaux. Si elle avait besoin de soins, elle n'en a jamais parlé. Le premier contact entre Jean-Baptiste et la psy pour couple consultée par son épouse s'avère tendu. Il a l'occasion de recroiser la brune Caroline, attentive à ses confidences. Si leur couple se reformait, Mylène se serait jamais plus la même. Mais est-ce possible ?…

Gilles Bornais : J'ai toujours aimé ma femme (Éd.Fayard, 2014)

C'est le dixième roman de Gilles Bornais, qui s'est fait connaître par des romans noirs et des polars historiques très vivants. Il change de registre, présentant un suspense intimiste qu'il qualifie de “roman d'amour noir”. On peut même dire qu'il s'agit d'une intrique basée sur l'introspection. Pas d'action tonitruante, ni de péripéties spectaculaires au programme. Néanmoins, c'est un récit animé de multiples questions. Principalement sur les rapports entre épouse et mari, entre femme et homme aux aspirations différentes : “Si ma vie de couple avait été un long parcours en voiture… disons un aller entre Paris et Nice, alors j'aurais songé en arrivant à destination que le trajet avait été agréable parce que l'autoradio avait passé de la bonne musique. Et c'est ici qu'il est, le mirage ! Si j'avais fait bonne route, c'est d'abord parce que la voiture avait bien roulé.”

Séparations, divorces, simples faits de société qui finissent par paraître naturels. Certains en attribuent commodément la faute à la “société”, étant responsable de la dégradation de la famille. On parlait autrefois de “ménages”, on dit aujourd'hui “couples”, ce qui n'a pas le même sens, en effet. Parfois, un conformisme bourgeois créait une usure. De nos jours, la part d'égocentrisme de chacun n'est-elle pas ce qui domine entre conjoints ? Moi d'abord, et regardez comme nous sommes heureux. Sauf que l'un(e) s'en va, quand même. “Qu'avais-je fait pour être puni ?” malgré les tentations “à chaque fois mes sentiments me rappelaient à l'ordre et au bonheur” s'interroge le héros, doublement myope. Illustration d'un couple moins parfait qu'en apparence, cette histoire explore avec réussite la relation homme-femmes.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2014
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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 04:55

Ce nouveau recueil d'enquêtes du commissaire Maigret réunit six romans courts : Le client le plus obstiné du monde, On ne tue pas les pauvres types, Menaces de mort, Maigret et l'inspecteur Malgracieux, Le témoignage de l'enfant de chœur, Ceux du Grand Café. À cause de ce format intermédiaire entre roman et nouvelle, ce ne sont peut-être pas les plus célèbres textes de Simenon. Néanmoins, ils s'avèrent fort sympathiques. Pour cette édition, ils sont mis en valeur par les illustrations de Loustal. Ses nuances de gris-noir et son trait épuré conviennent idéalement aux histoires racontées ici par l'auteur. Les dessins accompagnent très agréablement la lecture. Autre atout favorable, c'est une belle édition avec couverture rigide, ce qui devient rare.

On ne présente plus le commissaire Maigret. Tranquille fonctionnaire de police, il enquête de préférence au cœur de la population simple, celle du quotidien de son époque : “Quel genre de crime pouvait avoir été commis dans une maison pareille, habitée par des petites gens, qui sont ordinairement des braves gens ?” La plupart de ces intrigues datant ici de 1946, Maigret jouit déjà d'une belle réputation, y compris chez les chauffeurs de taxis : “Cela faisait plaisir de retrouver la rue, le taxi, le chauffeur qui avait eu le temps d'aller prendre un blanc vichy au plus proche bistrot et qui s'essuyait les moustaches. ─ Où allons-nous maintenant M.Maigret ? Car tous les chauffeurs le connaissaient, et cela aussi faisait quand même plaisir.” Bien sûr, bières et sandwiches sont indispensables pour mener à bien les investigations du commissaire et de son équipe : Lucas, Janvier, Torrence.

Georges Simenon / Loustal : 6 enquêtes de Maigret (Omnibus, 2014)

Deux exemples des romans proposés dans cet ouvrage :


 "On ne tue pas les pauvres types" (1946) : La chaleur de l'été règne sur Paris. La veille au soir, un meurtre a été commis dans un immeuble modeste de la rue des Dames. Maurice Tremblet allait se coucher, quand il a été atteint d'une balle. Il menait pourtant une vie tranquille entre son épouse et ses enfants, ses horaires réguliers, son emploi de caissier rue du Sentier. Sa fille Francine est vendeuse dans un Prisunic non loin de là rue Réaumur. À part qu'il avait horreur du bruit, selon sa femme, un type ordinaire. Il est probable qu'on ait tiré depuis une chambre de l'hôtel d'en face. C'est l'inspecteur Lucas qui est chargé de retrouver ce Jules Dartoin qui occupa la pièce. Tout ce qu'on saura de lui, c'est qu'il a une maladie de foie.

Pendant ce temps, le commissaire Maigret se rend chez l'employeur de Maurice Tremblet. En réalité, il a donné sa démission sept ans plus tôt, sans en préciser la raison. La jeune Francine est appelée à témoigner. Au moins en partie, elle connaissait le secret de son père. Selon un marchand d'oiseaux du Quai du Louvre, Maurice Tremblet (sous le nom de M.Charles) lui achetait fréquemment des canaris. On finit par repérer une maison de pêcheur à la ligne, Quai de la Gare. C'est en remontant la piste d'un joueur de billard que Maigret et son équipe découvriront la vérité sur les vies de Maurice Tremblet.

 

"Le témoignage de l'enfant de chœur" (1946) : Le commissaire Maigret est en mission pour six mois dans une ville de province. Mme Maigret y séjourne avec lui... Justin, “un petit bonhomme de douze ans, blond, maigre, déjà volontaire” est enfant de chœur depuis deux ans. Avec les quelques sous que ça lui rapporte, il veut acheter un vélo. La veille au matin, avant six heures, il allait servir la messe quand, rue Sainte-Catherine, il vit un cadavre allongé sur le trottoir. Justin aperçut l'assassin qui s'enfuyait. Lui-même courut se réfugier dans la chapelle de l'hôpital. “Maigret comprenait cela. Le havre, ce n'était pas le porche administratif avec son portier méfiant et revêche, ni cette cour froide où passaient de silencieuses civières : c'était la sacristie chaude près de la chapelle, ou une bonne sœur allumait les cierges de l'autel.” Le policier fut lui aussi enfant de chœur, autrefois.

Mais on ne trouva aucun cadavre dans la rue en question, et le voisinage affirma n'avoir pas perçu de bruits autour de six heures. Toujours réveillé tôt, un vieux magistrat d'à côté est le plus catégorique. Selon Maigret, il éprouve de l'animosité envers Justin. Souffrant, Maigret doit s'aliter, bonne occasion de réfléchir. Le témoignage de Justin est crédible : “Les enfants sont incapables d'inventer, parce qu'on ne bâtit pas des vérités avec rien du tout. Il faut des matériaux. Les enfants transposent peut-être, mais ils n'inventent pas.”

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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 04:54

Ce n'est qu'à partir de septembre 1981 que Christian Napier s'interroge sur l'histoire de sa famille. Né en mars 1936 à Truro, en Cornouailles, il est donc âgé de quarante-cinq ans. Dans les années 1960, Chris tenta une aventure musicale. Il épousa la chanteuse Melody Farren (de son vrai nom Myfanwy Probin) qui eut son heure de gloire. Bien que divorcés, elle l'aida financièrement quand il créa une activité sérieuse à Pangbourne. Le commerce de voitures anciennes de prestige, telle est la vocation de l'entreprise Les Décapotables de collection Napier. Ça fonctionne plutôt bien. D'autant que Chris ne boit plus une goutte d'alcool, son vieux démon, depuis une dizaine d'années. Il a une sœur aînée, Pam, mariée à Trevor Rutherford. Leur fille Tabitha se marie, ce qui donne l'occasion à Chris de revenir à Tredower House, qui est désormais un hôtel de luxe appartenant au couple Rutherford.

Pendant l'entre-deux-guerres, les grands-parents de Chris exploitaient une petite épicerie à Truro. La grand-mère Adelaïde vendait, à l'étage, des vêtements de mode à crédit. Le père de Chris, Melwyn (marié à Una), prit la suite du commerce parental. Adelaïde avait un frère, Joshua Carnoweth, grand-oncle de Chris. Le temps de la ruée vers l'or était clos ou presque quand il tenta sa chance en Amérique. Néanmoins, dans le Yukon canadien et en Alaska, il en trouva assez pour faire fortune. Le grand-oncle Joshua s'engagea durant le premier conflit mondial, puis revint s'installer à Truro. Il fit l'acquisition du domaine de Tredower House. Joshua prit pour gouvernante son ex-fiancée, veuve d'un M.Lanyon. Les Lanyon vécurent chez le grand-oncle durant de nombreuses années. Le dernier fils de la lignée, Nicky Lanyon, fut durant leur enfance le meilleur ami de Chris Napier.

Les premiers souvenirs de Chris remontent à l'époque de la Seconde guerre mondiale, et aux années suivantes, agréables pour l'enfant qu'il était. Tout bascula durant l'été 1947. Avec un complice, son ami Edmund Tully, Michael Lanyon assassina le grand-oncle Joshua. Bien que l'exécutant ait certainement été Tully, ce dernier ne fut pas condamné à mort. Étant l'instigateur, le père de Nicky Lanyon fut pendu. Pourquoi éliminer leur protecteur ? Il semble que Joshua ait prévu de modifier son testament, bien davantage en faveur de la famille de sa sœur Adelaïde, les Napier. En effet, après la mort de Michael Lanyon, ceux-ci purent jouir de la fortune de Joshua et développer leurs commerces. Aujourd'hui retraité, le policier George Treffry enquêta sur le meurtre de Joshua. Un cas limpide à ses yeux. Michael Lanyon fut d'autant plus justement condamné qu'il fit tuer son bienfaiteur.

Nicky avait une sœur, Michaela, née après la mort de leur père. Leur mère s'était remariée avec Neville Considine, qui prit en charge les deux enfants. Michaela a disparu depuis seize ans, probablement victime d'un tueur en série. Personne ne l'a vraiment cherchée. Après le suicide de Nicky, Emma Moresco contacte Chris. C'est Michaela, qui vit sous cette fausse identité. Il va la tenir informée de son enquête, et plus si affinités. Par contre, une femme se faisant appeler Paula Lucas, Laura Banks ou Marilyn Buckley, rôde autour de la famille Napier. Elle semble animée de mauvaises intentions, à l'égard de Chris mais aussi de Trevor Rutherford. Depuis sa libération, on ne trouve plus signe de vie d'Edmund Tully, le complice. Chris essaie d'exploiter cette piste. Témoin au procès Lanyon, Sam Vigus va faire douter encore davantage Chris. Il ira jusqu'au bout de ses découvertes…

Robert Goddard : Le retour (Sonatine Éd., 2014) – Coup de cœur –

Sachant que ce n'est pas en une quarantaine de lignes qu'on résumera ce genre d'histoire, il est toujours délicieux de synthétiser un tel livre. On peut bien révéler deux ou trois éléments, car quantité d'autres surprises attendent les lecteurs – et le héros. Notons une première subtilité, à son sujet : en effet, Chris mène “une sorte d'enquête”. Qui n'a rien à voir avec des investigations policières. Il s'informe en tâtonnant, se remémore l'époque, rend visite à des gens qu'il a connus, subit divers déboires. Homme mûr, il conserve un flegme bienvenu. Ce n'est pas strictement la justice qui le guide, mais le besoin de savoir.

Si la formule “secrets de famille” est très souvent exagérée pour présenter une intrigue, il faut reconnaître qu'elle s'applique ici. Non seulement, le destin des Napier et celui des Lanyon est intimement lié depuis les grands-parents, mais leur sort à tous reste marqué d'une proximité depuis par ces faits initiaux. Y a-t-il une faute à l'origine ? Le grand-oncle Joshua a-t-il commis une erreur, autrefois ? Là encore, il existe davantage de finesse dans le récit. Car tous les protagonistes, y compris des personnages annexes, possèdent une véritable densité : chacun a joué (ou joue encore) un rôle à part entière dans l'affaire.

La méthode narrative rappelle quelque peu certains romans de Thomas H.Cook. Le passé côtoie le présent de façon très naturelle, sans qu'une transition soit indispensable. Parfaite description de la vie d'antan, il faut le souligner. D'ailleurs, Chris assume : “Vivre dans le passé. Cette phrase est toujours employée de façon péjorative, comme si le passé était nécessairement inférieur au futur, ou en tout cas moins important. On ne reproche jamais à personne de regarder vers l'avant, seulement de regarder en arrière. Mais la vérité, c'est que nous vivons bel et bien dans le passé, que ça nous plaise ou non. C'est là que notre vie prend forme. Quelque part devant nous, près ou loin, c'est la fin. Mais derrière, enveloppé dans les nuages de l'oubli, se trouve le commencement.” (traduction Élodie Leplat).

Dans le décor des Cornouailles, une fascinante saga familiale racontée avec maestria, un roman d'une magnifique intensité. Ce suspense de Robert Goddard, le quatrième publié en France, s'avère absolument remarquable.

- "Le retour" de Robert Goddard est disponible dès le 28 août 2014 -

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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 04:55

À Paris, en 1835. Ancien soldat napoléonien, le sergent Mallet est concierge d’immeuble sous les arcades de la rue de Rivoli. Avec sa femme, ils ont eu une fille : “À dix-neuf ans, au moment où commence notre récit, la physionomie d'Eudoxie était décidée, et un peu trop caractérisée pour une femme. Ses grand yeux noirs très vifs, très éclatants, manquaient de douceur. Sa bouche, à l'expression dédaigneuse et résolue, souriait rarement pour laisser voir de fort belles dents.” Eudoxie est couturière, disposant d'un petit atelier dans l'immeuble, et aide quelque peu son père. Depuis deux ans, au sixième étage, habite le jeune poète allemand Frederik Halsener. Ce fils de général est idéaliste et généreux, ainsi que studieux afin d'obtenir une notoriété méritée.

Bien qu'Eudoxie soit amoureuse de lui, Frederik Halsener est totalement insensible aux attraits de la jeune fille. En fréquentant le Jardin des Tuileries, il a été ébloui par une jolie femme accompagnée de sa grand-mère malade. Surveillant ces deux dames, il s'aperçoit que la belle inconnue a un homme dans sa vie. Si cette Diane admire la poésie de Frederik, leur véritable rencontre n'intervient qu'après le décès de la grand-mère. Encore faut-il que Diane raconte son parcours de vie au jeune Allemand. Après la vente de leur propriété de Valcy à M.Bernard, la grand-mère de Diane favorisa un mariage entre elle et l'acquéreur. Quand il organisa une fête électorale en vue de son élection comme député, l'union entre l'industriel M.Bernard et Diane ne fit bientôt plus de doute.

Le romantisme de Diane se heurte vite aux réalités de couple, à la vulgarité de son mari : “Et quel culte pouvait m'inspirer cet homme sans élévation d'esprit, qui n'était bon que par le calcul […] habile et borné, sensuel et dur, vaniteux et courtisan ?” Cinq années d'un mariage bien sombre. Évidemment, dès qu'elle a croisé Frederik, ce fut le coup de foudre. Diane doit se montrer prudente : le couple se retrouve clandestinement chez Frederik pour préparer sa fuite. La fouineuse Eudoxie va apprendre l'identité de Diane. Jalouse et rageuse, elle s’empresse d'alerter l’époux cocufié. M.Bernard et son frère ne peuvent que réagir face à cette infâme trahison de Diane…

Louise Colet : Un drame dans la rue de Rivoli (Archipoche, 2014)

Née à Aix-en-Provence le 15 août 1810, Louise Colet est décédée à Paris le 8 mars 1876. Si elle fut une poétesse honorée par quelques prix et fréquentant les salons littéraires de son époque, on a oublié son œuvre. On retient plus volontiers qu'elle fut la maîtresse de Gustave Flaubert, du politicien Victor Cousin, d'Alfred de Vigny, d'Alfred de Musset et d'autres. On pourrait l'imaginer telle une arriviste prête à tout pour sa gloire. Sans doute s'inscrivait-elle plutôt dans le romantisme de son temps : “Sans l'amour, qu'est la vie ? Une voie douloureuse, environnée de ténèbres, où rien ne nous soutient, où rien ne nous éclaire. Avec l'amour, la route s'aplanit, une clarté sereine nous conduit ; nous ne sommes plus seul à souffrir, à douter, à attendre !”

Il ne faudrait pas oublier que, durant ce 19e siècle, les femmes comptent peu, y compris dans la bonne société d'alors. Même cultivées, possédant certains talents, on ne les dirige que vers le mariage : “Que nous apprend-on, hélas, sur le mariage ? Qui de nous a lu, jeune fille, le texte de ces lois qui disposât à jamais de notre liberté, de notre fortune, de nos sentiments, de notre santé même, de tout notre être enfin, de ces lois faites non pour nous protéger mais contre nous, de ces lois dont la société a fait des devoirs et qui deviennent des supplices lorsque l'amour ne les impose point ?” Hypocrisie bourgeoise qui conduit à des “mariages de raison”, des unions arrangées autorisant peu de libertés aux épouses. Une situation à laquelle les femmes ne purent s'opposer que rarement.

Bien qu'il s'agisse d'un roman littéraire romantique, l'intrigue comporte des aspects assez sombres. Par exemple, le processus qui conduit la jeune et candide Diane au mariage avec M.Bernard. Le dénouement est fatalement plus proche du mélodrame que du cas criminel. Témoignant du style d'écriture de ce siècle, la narration et la construction du récit restent très agréables. Louise Colet, une auteure à redécouvrir. Ce volume réédite un deuxième roman de Louise Colet, “Une histoire de soldat”, où une femme brave tous les dangers pour suivre son bien-aimé jusque sur les champs de bataille, romantisme à l'état pur.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2014
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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 04:55

À Londres, en mai 1856, après une carrière déjà bien remplie, William Monk est le chef de la police fluviale, basée au commissariat de Wapping. Il est marié à Hester, ex-infirmière militaire durant la guerre de Crimée. L'ancien bordel de Squeaky Robinson, c'est elle qui l'a transformé en clinique accueillant des prostituées malades ou blessées. Squeaky gère le difficile équilibre des comptes de l'établissement. William et Hester ont adopté quelques années plus tôt Scuff, un gamin des rues, aujourd'hui âgé de quinze ans. Il leur porte un véritable attachement. Séchant parfois l'école, Scuff s'intéresse aux enquêtes de Monk.

Le Princess Mary est un navire touristique, une sorte de bateau-mouche qui navigue sur la Tamise. Sous les yeux de William Monk et de son adjoint Orme, le navire explose, causant une vaste panique. Certains passagers sont sauvés, mais on comptera cent-quatre-vingt cadavres. Dès le lendemain, Monk fait une plongée en scaphandre, vérifiant que le bateau a été saboté par un explosif posé à sa proue. “Il y avait de nombreuses victimes. Sans parler de leur famille, ces gens méritaient que justice soit rendue, que la lumière soit faite sur les événements de la veille au soir. Il n'avait pas le droit d'oublier.”

Mais Monk est aussitôt déchargé de l'enquête par son supérieur Lydiate. Pourtant, la police métropolitaine n'est pas aussi accoutumée aux lieux. Que savent-ils des “gens invisibles”, qui vivent autour du fleuve : “Les livreurs, les cochers, les bonnes […] Les hommes qui chargent et déchargent, qui nettoient, qui rangent, qui nous conduisent à terre ou nous emmènent sur l'eau” ? Ami de Monk, le policier Runcorn admet que cette affaire comporte un aspect international. Initiative française, la construction en cours du Canal de Suez nuit aux intérêts anglais. Or, il y avait de riches investisseurs sur le Princess Mary.

On a arrêté un Égyptien, Habib Beshara. Hester assiste à son procès. Des témoins disent avoir vu rôder cet accusé étranger autour du bateau. Quand tombe le verdict, Beshara est condamné à la pendaison. Comme il est malade, sa peine sera commuée en détention à vie. Peu après, Beshara est agressé en prison. Runcorn ne cache pas ses sérieux doutes à Monk. Il faut une contre-enquête. Le chef de la police Lydiate admet la même incertitude, vu le contexte politique. Le ministre Lord Ossett rend finalement l'enquête à la police fluviale. Déjà, à la clinique d'Hester, on interroge des prostituées présentes sur le bateau.

Après avoir rencontré des rescapés, Monk s'entretient avec les magistrats du procès, qui sont convaincus de la culpabilité de Beshara. Le directeur de la prison n'est pas coopératif, lui non plus. “Et si un navire entier avait été coulé dans le but de tuer un seul individu ?” se demande Monk. De retour de voyage, l'avocat Oliver Rathbone a son rôle à jouer afin d'éclaircir une affaire égyptienne qui pourrait impliquer la haute société britannique...

Anne Perry : Du sang sur la Tamise (Éditions 10-18, 2014)

Anne Perry écrit plusieurs séries historiques. Outre une dizaine de “Petits crimes de Noël”, celle consacrée à Charlotte et Thomas Pitt compte près de trente titres, situés dans la décennie 1880. Il y a aussi deux romans unitaires (À l'ombre de la guillotine, Du sang sur la soie) et la saga des Reavley, cinq aventures ayant pour contexte la Première Guerre Mondiale. Actuellement, on peut redécouvrir les trois premiers titres réédités en un seul volume. Ici, c'est la vingtième enquête de William Monk que nous propose Anne Perry.

Couvrant une grande partie du 19e siècle, l'époque victorienne symbolise la puissance de l'Empire britannique : maîtrise des mers, révolution industrielle, finance florissante, armée puissante. Mais rares sont les classes sociales qui tirent profit de ces avantages. La plus grande partie de la population est très pauvre, à l'image de ceux qui vivotent autour de la Tamise. C'est ce petit monde-là que fréquentent Monk, homme d'honneur au caractère anxieux, et le jeune Scuff. Leur ami avocat Rathbone est plus proche de l'aristocratie. Il n'ignore pas combien est corrompue la classe dirigeante, lui-même ayant subi quelques désagréments à cause de cela. Anne Perry prend le temps de nous immerger dans le climat d'alors car, vu le contexte, mener une enquête sérieuse ne peut se faire dans la précipitation. L'ambiance importe autant que le mystère, et c'est fort agréable.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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17 août 2014 7 17 /08 /août /2014 07:30

Voici un extrait du nouveau roman d'Elena Piacentini “Des forêts et des âmes” (Ed.Au-delà du raisonnable, 2014). Mémé Angèle, grand-mère corse du policier Leoni, rend visite à Aglaé, dans le coma à l'hôpital, après avoir été attaquée. Elle tente de la réconforter, espérant une réaction. 

 

« La vieille dame poussa un long soupir en découvrant la forme menue et immobile.

Mais on pourrait en mettre quatre comme vous dans le même lit !

Elle s’approcha et vint tapoter l’oreiller dont elle testa le moelleux.

Mm, le confort ne s’est pas arrangé à ce que je vois. Demain Aglaé, je vous amènerai un coussin en plumes, ce sera plus confortable. Aglaé, c’est un très joli prénom. J’avais une cousine qui s’appelait comme ça. Elle n’était pas bien grosse non plus. Quand vous irez mieux, vous viendrez manger à la maison, que je vous remplume un peu.

Par habitude, mémé Angèle passa sa main sur le front encore enfantin et sentit un frissonnement parcourir la peau tiède. Elle balança la tête d’un air navré et tira une chaise pour s’asseoir à côté du lit.

Pierre-Arsène m’a expliqué, pour vous. Je sais que vous ne vous sentez pas à l’aise avec les gens, que vous les évitez. Mais les gens, c’est la vie et la vie, on a beau faire, on peut pas l’éviter. C’est ce que j’arrêtais pas de répéter à cette tête de mule. Quand sa femme est morte, vous pouvez me croire, il n’était pas en meilleur état que vous. Il était pour ainsi dire allongé en-dedans. Maintenant, il s’est redressé et j’ai bon espoir. Mais,je veille au grain.

Elle fit rouler la main de Fée entre ses paumes comme pour réchauffer un oisillon tombé du nid.

Regardez-moi ces petites mains toutes neuves, on dirait une page blanche. C’est pas comme les miennes ! Mes doigts sont tous tordus. Mì ! Celui-là, je n’arrive plus bien à le plier.

Un extrait de “Des forêts et des âmes” d'Elena Piacentini (2014)

Entre son pouce et son index, elle tira sur la peau du dos de sa main jusqu’à monter un petit chapiteau.

Sur le dessus il y a des tâches et la peau elle est aussi fine que du papier à cigarettes. Figurez-vous que je me suis brûlée tellement de fois que je crains même plus le chaud. Je peux sortir un plat du four sans torchon ! Un jour, c’est ce que je vous souhaite, vous aurez des mains comme les miennes. Pas des mains lisses, non. Des mains qui ont fait leur vie et qui en ont vu de belles. Et c’est pas sur les ordinateurs et l’Internet que vous allez les user, et l’écrire, votre vie. Tout ça, c’est du vent. De l’immatériel, comme vous dites. La preuve c’est que quand il y a une panne de téléphone, pfff, plus rien. Et pendant ce temps, l’herbe, elle continue de pousser et les oiseaux de chanter. Je ne sais pas s’il vous reste encore de la famille, Aglaé, mais si c’est le cas, Pierre-Arsène la retrouvera. Vous pouvez lui faire confiance. En attendant, il y a des personnes qui tiennent à vous. Pas des fantômes derrière des écrans, mais des personnes qu’on peut toucher. Tiens ! À commencer par Grégoire qui monte la garde devant votre chambre. Sous ses airs bourrus, il ne l’avouera jamais mais je peux vous dire qu’il est sacrément secoué. D’ailleurs, c’est ceux qui paraissent les plus forts qui sont les plus sensibles. Un peu comme les artichauts. Je vous dis pas le travail que c’est de les nettoyer et de les préparer. Toutes ces feuilles, ça en fait des couches de cuirasse à enlever. Après, on a les doigts tous noirs. Mais à l’intérieur, le cœur est tendre. Un deliziu ! Je vous mitonnerai un plat d’artichauts au brocciu pour votre retour, vous m’en direz des nouvelles.

« Mais pour ça, il faut décider de revenir parmi les vivants. Je vous comprends, vous savez. Combien de fois, je me suis dit que ça pourrait être agréable de ne pas se lever, d’arrêter de lutter, de ne plus avoir ce poids à supporter sur les épaules. Oui, ça m’est arrivé de le penser. Avant de poser le premier pied par terre. Après, avec tout ce qu’il y a à faire dans une maison, on est dans le mouvement et c’est la vie qui vous porte. La vie et les gens. Moi, c’est Pierre-Arsène et maintenant Lisandra. Un jour, quand j’aurai fait ma part, que la petite elle sera lancée, je laisserai aller. Mais pas avant. Parce que même dans les plus grandes peines, il y a des petites victoires à remporter et de la joie à prendre. Moi, ce que j’aime, c’est boire le premier café, seule le matin, et regarder les moineaux qui prennent leur bain dans la gouttière. Ils me font toujours autant rire à faire leur toilette en s’ébouriffant comme des diablotins. S’ils m’amusent encore, c’est que mon heure n’est pas encore venue et que je tiens bon la barre. Il ne faut pas lâcher, Aglaé. Je ne sais pas ce que vous avez déjà enduré, mais moi, je crois que ça vous a empêché de voir ce qu’il y a de bon et de beau. Il y a sûrement plein de choses que vous avez ratées. Croyez-moi, elles valent la peine qu’on s’accroche…

Mémé Angèle interrompit son monologue en entendant un léger coup frappé à la porte. À sa grande surprise, son petit-fils apparut dans l’entrebâillement... »

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2014
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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 04:55

Le 20 mai, le policier Camille Verhœven est de retour à Paris après un congé exceptionnel. Ce gnome d'un mètre quarante-cinq n'exclut pas de passer sa soirée avec Anne, son amie de cœur. Un rendez-vous qui va être compromis. Car, si Verhœven, a peu porté attention à l'actualité, elle va le rattraper. À 17H, une explosion s'est produite rue Joseph-Merlin. Cet attentat aurait pu être meurtrier, ayant provoqué la chute d'un échafaudage. Par miracle, on ne compte que vingt-huit blessés, modérément graves. Les techniciens des secours ont été prompts à intervenir en professionnels, il est vrai. L'instigateur de l'explosion se trouvait à proximité des lieux, filmant l'évènement sur son téléphone portable.

Ce jeune homme de vingt-sept ans se nomme Jean Garnier. Ou John, officiellement. Il ne tarde pas à se livrer à la police, réclamant de parler à un seul interlocuteur, Verhœven. Il sera bientôt reconnu par Clémence K, jeune femme qu'il croisa peu avant les faits. Quant aux démineurs, ils s'aperçoivent que l'on a utilisé un obus datant de la Première Guerre Mondiale. Jean Garnier explique à Verhœven comment il s'y est pris pour trouver ces obus et organiser les attentats. En effet, il affirme que six autres bombes attendent d'exploser, une par jour tant qu'il n'aura pas ce qu'il exige. L'expert en déminage de la police estime que la version de Jean est parfaitement plausible.

Jean Garnier réclame que sa mère Rosie soit immédiatement libérée, et qu'on leur donne une somme de plusieurs millions pour fuir en Australie. Cette femme de quarante-six ans est en prison pour avoir tué la petite amie de son fils. Tandis que Louis Mariani, l'adjoint distingué de Verhœven, s'occupe de la coordination de l'enquête, les policiers se rendent à Bagnolet. C'est là qu'habitent ensemble Jean et Rosie. Une perquisition qui confirme la vie basique de la mère et de son fils. Dans le quartier, Jean a la réputation d'être bricoleur, mais peu courageux. Nettement insuffisant pour comprendre les motivations du poseur de bombes, pourquoi il tient tant à partir au bout du monde avec sa mère.

L'Antiterrorisme a pris le relais de l'interrogatoire de Jean. Sans le moindre succès, celui-ci campant sur ses positions. Néanmoins, il accepte de confier à Verhœven qu'une bombe va exploser à 9H dans une école maternelle. Il y en a plusieurs centaines à Paris, des milliers en France. S'il faut évacuer tous le monde, ça ne va pas arranger les politiciens qui ont déjà du mal à gérer la crise due à cette menace. C'est par hasard qu'on va découvrir boulevard de Mulhouse un autre engin explosif, le cinquième programmé par Jean. Pour Camille Verhœven, il faut agir et comprendre au plus tôt l'attitude de Jean Garnier…

Pierre Lemaitre : Rosy & John (Le Livre de Poche, 2014)

Pierre Lemaitre a été récompensé par le Prix Goncourt 2013. Mais il était déjà connu et apprécié des amateurs de polars. Pour sa trilogie consacrée au policier Verhœven (Travail soigné, Alex, Sacrifices) ainsi que pour ses deux autres suspenses (Cadres noirs, Robe de marié). Dès ses débuts, il nous a épatés par la magnifique construction de ses intrigues. Son écriture, quelque peu discutable pour ses tous premiers titres, s'est bientôt améliorée, devenant réellement stylée. On le vérifie d'ailleurs dès le départ dans le présent roman. Il s'agit d'une histoire plus courte (140 pages, quand même), quatrième volet inédit de la trilogie Verhœven. Oui, ça devient une tétralogie, mais combien de gens comprennent le sens de ce mot ? Tandis qu'une trilogie, on a l'habitude.

À travers certains portraits (le gamin à la clarinette, la pucelle attendant son futur amant, la femme de ménage Farida, etc.) se dégage une part d'ironie. Certes, la menace reste redoutable et les faits dramatiques, mais l'auteur nous invite à prendre ainsi un peu de recul. Il offre également à Verhœven des comportements prêtant à sourire. Ce polar est aussi une manière de montrer à ceux qui l'ignorent encore que Pierre Lemaitre est, hormis son Goncourt, un excellent romancier dans cette catégorie.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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