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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 05:55

Zoran est un type instable, pas le gars capable de jouer au funambule sur le filin fragile de sa vie. Péter la forme ou péter les plombs, c’est alternatif pour Zoran. Il voyage aller-retour du pôle nord au pôle sud, sans arrêt. Dans leur verbiage codifié, les psys appellent ça "bipolaire". Qu'il ait besoin de repos, aucun doute, alors pourquoi pas en Corse. Il y rencontre Betty, la suit pour un bref séjour dans la secte insectophile d’Erwin. Ce n’est pas ça qui rendra Zoran moins cyclothymique maniaco-dépressif. Voilà l’ancien qualificatif pour bipolaire. De même que test VIH ne serait pas aussi perturbant que dépistage du SIDA. L’ayant introduit chez Erwin, Betty accuse Zoran de l’avoir contaminée.

S'il y a un coupable, c'est fatalement ce gros con de tatoueur malpropre. Sans délai, Zoran retrouve l’animal, et le supprime presque. Il s’attarde dans l’officine bordélique, où il découvre un flingue datant de l’époque d’Adolf. Normal, ce foutu tatoueur quasi-occis fricotait avec les nazillons de la bande à Lucky. Des motards bons aryens, qui ont échangé leurs cerveaux sans valeur contre des abonnements au PSG. Surtout, Zoran dégote les treize kilos de Vendredi 13, qui devaient assurer la fortune des nazillons. Cette drogue de synthèse, ça pue pire que la merde que c’est, mais ça fait décoller vertigineusement. Encore faut-il avoir des clients pour cette puissante saloperie. Il est évident que le brutal Lucky et ses tarés White Skins ne tarderont pas à vouloir récupérer leur bien.

Attention, il y a également Mattéo, le mac de Fadimatou et Pamela, qui vient de sortir de prison. Cette came, avec son complice Raymond, il tente de se l’approprier. Méfiance encore, Lisandru et Pasquale Albertoni sur le coup, eux aussi. Corses, comme Mattéo, gérants du club de jeux d’argent L’Odalisque, ce sont des rusés. En particulier Pasquale, froideur incarnée et tête du duo. Il ne faudrait pas négliger Jean-Claude Prédoin, dit JC. Flic plus raciste que la moyenne, viré de la BAC, c’est le roi des ripoux. Son honnête collègue Stef a bien du mérite, à supporter un pareil facho. Peut-être que Zoran vendrait plus facilement sa dope du côté de Marseille ? Pas du tout satisfaisant, alors rendez-vous à Monaco avec Pasquale, mais gare à l’embrouille. Retour à Paris, pas forcément au calme pour Zoran…

Pierre Hanot : Tout du tatou (Éd.Pocket, 2015)

D'emblée, évitons la fausse route, la gourance d’estimation, l'erreur à ne pas commettre. Ne confondons pas avec les bête-sellers simplifiés d’un Marc Guillaume, évoqués pages quatre-vingt-onze et suivantes. Un petit polar distrayant, un suspense sympa à défaut d’être original ? Que nenni ! Chez Pierre Hanot, l’écriture inspirée est virevoltante, imagée, pétaradante, embrasée, ricanante, enjouée, mordante. Les chapitres sont courts, afin d’exprimer la tonalité rythmée des aventures de Zoran et des autres.

Les portraits ne sont pas dessinés façon aquarelle à l’eau tiède ; on taille dans le vif, mais avec le doigté indispensable. Si le gourou est un escroc, on le démontre par l’exemple. Le flic ripou, il ne suffit pas de dire qu’il est détestable, on prouve son militantisme haineux. Et si on met en scène des Corses, on n’omet pas quelques dialogues en langue locale, n’en déplaise aux pinzuti. De l’action, de la baston, ou du flingue efficace, ça ne manque pas dans cette histoire : “Devant leurs dénégations, il avait exhibé son flingue, langage des signes déchiffrable même par les sourds-muets. Un des lascars ne savait pas lire. Pasquale avait soigné la ponctuation en lui imprimant sa crosse dans l’arcade sourcilière…”

Pierre Hanot est un virtuose vocabulaire décapant, du tempo agité et de l’idée frappante. Du polar qui secoue, de la noirceur pimentée d'humour, que ça fait du bien !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 05:55

Rescapé du camp d'extermination nazi d'Auswitch-Birkenau, Jacob Weisen s'arrangea pour devenir Américain. Son interlocutrice Ava Levinsky ne pouvait que favoriser son dossier. Jacob ne faisait-il pas partie de ces héros anonymes qui refusèrent la fatalité ? Son ami Isaac Becker, interné dans le même camp, avait écrit en cachette un ouvrage intitulé “Le livre des spectres”. Une sorte de témoignage sur la vie et la mort à Birkenau. Manuscrit dont s'empara l'officier hitlérien Kleinmann, qui le garda dans son bureau. Isaac Becker et Jacob Weisen prirent de gros risques pour récupérer ce “Livre des spectres” : il fallut tuer Kleinmann. Tandis que Jacob parvenait à faire sortir l'ouvrage du camp, bien empaqueté, Isaac fut mortellement persécuté par les nazis revanchards.

Jacob supposa que “Le livre des spectres” avait dû disparaître dans une ferme polonaise non loin d'Auswitch. Mais, une fois obtenue la nationalité américaine, d'abord sous le nom de Jack Wise, puis reprenant son identité, Jacob ne souhaitait qu'une chose : ne plus jamais reparler de cet épisode. Non pas à cause d'une pudeur courante chez les anciens prisonniers des camps de la mort. Plus simplement, parce que cette version héroïque était presque totalement mensongère. Certes, Isaac Becker fut une victime des nazis après avoir éliminé Kleinmann pour retrouver "son livre", objet qui disparut dans la tourmente de la fin de la guerre. Mais Jacob n'était nullement l'ami d'Isaac Becker et n'a pas participé à la scène, telle qu'il la décrivit pour convaincre Ava Levinsky.

Quelques années plus tard, à New York, il retrouva par hasard la jeune femme, qui devint bientôt son épouse. Les autorités juives ayant la culture de la mémoire, Jacob fut obligé de renouveler publiquement son témoignage sur l'affaire du “Livre des spectres”. Ce qui eut un certain impact international, quand des médias relayèrent sa version. Toute sa vie, jusqu'en 2011, Jacob porta ce fardeau du mensonge. Pourtant, dès 1952, d'autres gens suivirent le parcours du fameux livre-fantôme. Même si les noms de Bronka Kaczmarek, Daniel Epstein, Max Baumarten, Ernst Flech, n'évoquaient rien pour Jacob. Si on retrouvait l'objet, il était décidé à répondre qu'il s'agissait d'un faux, bien imité, mais que ce n'était pas le livre qu'il avait empaqueté, qui causa la mort d'Isaac Becker…

Reed Farrel Coleman : Le mythe d'Isaac Becker (Ombres Noires, 2015)

Il est bon de préciser que le résumé qui précède ne dévoile rien d'autre que ce qui est très tôt expliqué autour de Jacob Weisen. Un personnage dont la vie d'après-guerre est basée sur une version fausse. Dans l'interview qui conclut cette novella, Reed Farrel Coleman le voit comme “un être pragmatique qui est piégé dans la toile de ses propres mensonges”. Éprouver ou pas de l'empathie pour cet homme, n'est pas forcément ce qui vient à l'esprit du lecteur. Car, dans cette collection de l'éditeur Otto Penzler, c'est toujours “le livre” qui est au centre des romans courts proposés.

Avec une belle habileté, l'auteur fait en sorte que le récit n'apparaisse pas linéaire. Il nous invite à voyager géographiquement et dans le temps. Il n'est jamais inutile de souligner les atrocités d'Auswitch-Birkenau. On peut considérer que Reed Farrel Coleman y ajoute la notion de destin, l'existence de certains ayant un "arrière-plan" plus négatif, plus sombre qu'ils ne le montrent. Si, par définition, une novella n'est pas un texte long, ça peut offrir une intensité non négligeable. Ce que démontre “Le mythe d'Isaac Becker”.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 05:55

Beatrice Kaspary est policière à la Brigade criminelle de Salzbourg, en Autriche. Âgée de trente-six ans, mère de deux enfants, Jakob et Mina, elle est divorcée d'Achim. À cause de son métier, Bea apparaît moins proche que son ex-mari de leurs enfants. Hoffmann, le supérieur de la jeune femme, l'apprécie modérément. Il semble un peu absent, ayant des soucis du côté de son épouse. Bea peut compter sur son partenaire Florin Wenninger, sur leur expert en informatique Stefan, et d'autres collègues. Des campeurs en promenade ont découvert les cadavres d'un couple dans une forêt de la région salzbourgeoise. La fille a été étranglée, tandis que l'homme a été abattu par balle. Pas de viol, mais tous les deux portent des traces d'ecchymoses, et des signes qu'ils ont été ligotés.

On ne tarde pas à identifier l'homme, un étudiant nommé Gerald Pallauf. D'un naturel peu ordonné, il était très actif sur les réseaux sociaux d'Internet. Il hébergeait depuis peu une certaine Sarah, venue d'Allemagne, sans doute pas vraiment une amie intime. Pallauf fait figure de type inoffensif, qui n'aurait pas acheté clandestinement l'arme volée qui l'a tué. En effet, la version officielle serait qu'il a étranglé cette Sarah avant de se supprimer. Trop incohérent, estime Bea. Le médecin légiste confirme : “La victime masculine était de faible constitution. Pas du tout entraînée. S'il y avait eu lutte entre les deux, la femme aurait eu le dessus”. La police identifie à son tour la seconde victime, Sarah Beckendahl, originaire de Hanovre. Un informateur anonyme fixe rendez-vous aux policiers, mais ne se présente pas finalement. C'est sur une toute autre piste que se lance Bea.

Gerald Pallauf et Sarah Beckendahl faisaient partie de “Vive la poésie”, groupe d'échange littéraire sur Internet. Bea créée un faux compte Facebook et s'inscrit pour participer à ce groupe, sous le pseudo de Tina Herbert. Elle en explore l'historique, retient quelques noms d'intervenants. Quand le corps d'un nommé Rajko Dulović est retrouvé dans la rivière Salzach, la policière est convaincue qu'il s'agit de leur informateur anonyme. Il n'avait pas de rapport avec la poésie. Saturé de drogue, on peut penser que c'était un junkie. Bea suit les réactions du groupe à l'annonce de la mort de Gerald et Sarah. Avec Florin, elle se rend chez Helen Crontaler, créatrice de “Vive la poésie”. Cette dame appartient à un milieu aisé et intellectuel, plutôt condescendante avec les membres de "son" groupe, ce qui agace Florin.

Ce n'est pas de la part d'Ira Sagmeister que le duo de policiers peut espérer de l'aide. La jeune femme ne se montre pas coopérative, voire hostile. Bea continue à suivre l'activité de “Vive la poésie” sous son faux nom. On y cite des textes d'auteurs confirmés, on évoque ses propres goûts musicaux. Bea essaie d'amadouer certaines personnes. En particulier Ira, dont elle discerne le caractère secret. Si un meurtrier se cache au sein du groupe, il risque d'y avoir de nouvelles victimes. Et Bea pourrait se trouver en grand danger…

Ursula Poznanski : Tout un poème (Presses de la Cité, 2015)

Quelques titres d'Ursula Poznanski sont disponibles en français : “Sous haute dépendance” (Bayard Jeunesse), et dans la série dont Beatrice Kaspary est l'héroïne : “Cinq” (Presses de la Cité, Sang d'Encre) réédité chez Pocket sous le titre “Ça ressemble à un jeu”. Après “Tout un poème”, on retrouvera Bea avec Florin Wenninger dans “Stimmen”, pas encore traduit, où il sera question de psychiatrie. Ici, ce sont donc les relations via Internet qui sont explorées par cette auteure autrichienne née en 1968. Chacun connaît sans doute les "forums" dédiés à une thématique, rassemblant des passionnés. En règle générale, les rencontres sont assez rares ou fugaces dans "la vraie vie" entre membres d'un forum. Peu de contacts, mais néanmoins un plaisir en commun. On peut imaginer aussi que certains les utilisent à des fins plus nébuleuses.

C'est sans précipitation qu'Ursula Poznanski installe la part criminelle de son récit. Certes, il y a rapidement trois meurtres. Mais elle prend soin de dessiner les personnages (Florin contrarié vis-à-vis de sa petite amie Anneke, la vie de famille de Bea s'étiolant…) dans un début classique d'enquête, avec interrogatoire de témoins. Bien sûr, il faut un peu de temps à la policière pour "intégrer" le groupe “Vive la poésie”, et surtout pour comprendre les liens possibles entre plusieurs contributeurs. Ce tempo est bien celui qui convient dans le cas présent. À partir du meurtre suivant, le dernier tiers de l'histoire nous éclaire progressivement sur l'origine des faits. Un suspense maîtrisé et de bon niveau.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 05:55
Voilà de bonnes nouvelles : “Welcome to the Unwalkers Club” 

Mes camarades du site Unwalkers (Le Boss, Caco, Wollanup, Raccoon, et Jean Oubly… oups, et j'en oublie) diffusent leurs “Chroniques noires sans langue de bois mais avec part pris revendiqué”, des entretiens, news et coups de chaud. Tout ça étant accompagné d'une page Facebook active, qui swingue pas mal aussi. Pas besoin de faire leur éloge, ils ont une vraie tonalité que l'on aime.

Entendez-vous Le Boss ricaner ? Taka croire qu'on va se contenter d'Internet, dit-il dans sa barbichette.

En ce début décembre 2015, “Welcome to the Unwalkers Club” est publié aux Éditions Unwalkers, avec des nouvelles signées Marin Ledun, Philip Leroy, Gilles Vidal, Eric Maravélias, Larry Fondation, Jacques Olivier Bosco, Thierry Di Rollo, Gianni Pirozzi, Thomas Day, Carl Watson, Pat Caza, JC, Ghislain Gilberti, Guillaume Gonzales, Pierric Guittaut, Mikhaïl W. Ramseier, Benoît Minville… Sacré plateau d'auteurs, pas vrai ? Et, avec ce recueil collectif, un CD rock du groupe Unwalkers.

Voilà de bonnes nouvelles : “Welcome to the Unwalkers Club” 

Les Éditions Unwalkers ne demandent en échange que 10 € seulement, c'est un vrai cadeau. Yapluka commander aux adresses suivantes :

 

Jean-Marc Fanti – 12 rue du collège – 38200 VIENNE

bloglitt@unwalkers.com

fanti.jean_marc@aliceadsl.fr

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements Polar_2015
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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 05:55

En 1497, l'Italie est morcelée, se composant de divers États, de la république de Venise au royaume de Sicile, en passant par la royaume de Naples et quelques autres. La république de Florence fut longtemps dirigée par la famille des Médicis, qui en restent les banquiers discrets. Régnant sur les États Pontificaux, Rodrigo Borgia, le pape Alexandre VI, garde un œil depuis Rome sur ses puissants voisins florentins. Avec son conseiller, l'évêque Adriano Castellesi, le pape commence à s'agacer des prêches publiés sous forme de pamphlets par le moine dominicain de San Marco, à Florence, Jérôme Savonarole. Estimant corrompue l’Église catholique, ce tribun plaide avec virulence pour un retour aux doctrines de la Foi, dont la pauvreté et la chasteté seraient les bases. S'il ne cherche pas le schisme, le moine Savonarole utilise son influence pour que Florence soit symbole de chrétienté exemplaire.

La décision papale est radicale : il faut éliminer le perturbateur hystérique Savonarole. Sur le conseil de Castellesi, c'est l'étudiant Stefano Arezzi qui fait son noviciat à Bologne (dans les États du Pape) qu'on envoie sur place. Il sera officiellement précepteur des enfants di Turca, dont le père est un riche drapier de Florence. La fidélité de Stefano est sans faille, mais l’Évêque lui fait donner quelques cours d'initiation soldatesque. Et un apothicaire va fournir au jeune novice franciscain une gamme de poisons, soporifiques ou mortels. Bien que sa mission soit assez urgente, Stefano observe d'abord la vie quotidienne florentine, dans les ateliers de son employeur autant que dans les rues et les débits de boisson. À Florence, on complote beaucoup, semble-t-il. Toutefois, la bourgeoisie commerçante évite de fâcher les dominicains, dont le poids moral pèse lourdement sur la ville.

Les religieux ont formé toute une troupe d'enfants, les Anges Blancs, qui quêtent des dons en leur faveur. Par ce biais, Stefano parvient à approcher des dominicains, dont il est vite apprécié. Mais d'autres mômes sont moins bien lotis, et c'est ainsi que Stefano peut aussi se renseigner sur la population ouvrière modeste de Florence. S'il parvient à rencontrer Savonarole, Stefano n'est pas prêt à le supprimer, d'autant que le prêcheur lui apparaît sincère. Par contre, les comploteurs Doffo Spini et ses amis imaginent poser une bombe sous la chaire où Savonarole tient ses discours enflammés. Pas une si bonne idée, selon le capitaine Molini, qui sert de contact entre Stefano et le conseiller papal. Si le jeune novice a pu assouvir quelques instincts sexuels au sein de la famille di Turca, il rencontre bientôt une femme qui l'impressionne, Antonella Serafini.

Organisant des fêtes en son luxueux domicile, cette splendide veuve passe sûrement pour une débauchée aux yeux des dominicains. Accueillant des membres de l'élite opposés au dogmatisme d'un Savonarole, Antonella Serafini dispose d'un certain pouvoir. Qu'elle choisisse Stefano pour amant n'aurait rien d'étonnant. Chez elle, le jeune homme fait la connaissance de l'érudit Nicolas Machiavel. Il ne se prétend pas devin, mais assure à Stefano que l'influence de Savonarole ne durera guère. De son côté, le pape est bon tacticien : c'est plus probablement par la ruse que par des tentatives d'assassinat qu'il pourra contrer Savonarole. Quant à Stefano, qui a sympathisé avec l'apprenti imprimeur Luigi, il lui faudra éviter d'être éclaboussé par les évènements florentins à venir…

Gérard Delteil : La conjuration florentine (Éd.Points, 2015) – Inédit –

Avant tout, il est bon de préciser qu'il s'agit d'un inédit, d'une première édition. Le format poche ne signifie pas systématiquement qu'un livre ait été publié précédemment en grand format, même si c'est la plupart du temps le cas. Romancier depuis 1984, cet auteur est issu de cette génération dont les livres étaient initialement publiés en "poche". Écrivain chevronné, Gérard Delteil sait pertinemment qu'on lit en priorité un polar historique pour son intrigue. Bien sûr, tout auteur se doit de rester en conformité avec l'époque et les ambiances qu'il utilise. Qu'il se soit largement documenté ne fait aucun doute. Mais c'est bien une fiction riche en aventures et en rebondissements que nous espérons, et non un ouvrage savant sur l'Italie de cette période. Néanmoins, tout est véridique.

À Florence, alors alliée au roi de France, la situation est complexe. La caste des notables, représentant ce qu'on nomme les Arts majeurs, doit s'accommoder de la pression de plus en plus forte des religieux dominicains. La férocité d'un orateur comme Savonarole n'est pas si rassembleuse à long terme. Car, concernant les inégalités sociales et le sort des femmes, ses paroles ne changent rien. Et s'entourer de jeunes adeptes endoctrinés, finit toujours par apparaître telle une menace. Dans les hautes sphères, on verra quelle sera la réaction du pape. Mais c'est surtout, grâce au jeune Stefano, l'incursion dans le quotidien de la toute fin du 15e siècle qui rend passionnant ce récit. Une reconstitution épatante et détaillée avec subtilité de la vie des Florentins, la narration étant d'une parfaite fluidité. Belle harmonie entre l'Histoire, les péripéties et le suspense !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2015
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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 05:55

Don Nicholas Giraldi est mort la veille dans sa chambre privée à l'hôpital Saint-Luke. Le vieil homme était à la tête de l'une des six familles de la mafia new-yorkaise. Ses activités excluaient la drogue et la pédopornographie. Même s'il dirigeait tout le reste des trafics, Nicholas Giraldi passait pour un modéré du banditisme. Sa défunte épouse finançait des œuvres chrétiennes à Little Italy, ce qui valait aussi une bonne réputation au Parrain. C'est son neveu Sonny Giraldi qui est supposé hériter du business. Encore que les autres clans mafieux de New York ne seraient pas mécontent de s'en approprier.

Toutefois, la clé de la succession, c'est sans doute le légendaire registre de don Nicholas. Qui pourrait contenir l'ensemble des transactions illicites recensées par le Parrain durant sa longue carrière. C'est pourquoi deux flics du NYPD invitent le détective Mike Hammer à rencontrer le sénateur Hugh Boylan. Le "privé" reste à distance de la politique, sa maturité lui ayant fait comprendre les réalités en la matière. Néanmoins, même si ce sénateur-là a sûrement quelques casseroles, il appartient à la catégorie des moins malhonnêtes. Et puis, s'il fait appel à Mike Hammer pour retrouver le fameux registre, c'est aussi pour protéger l'hôte de la Maison Blanche. Enfin, dix mille dollars, ça ne se refuse pas pour le "privé".

Sonny Giraldi en propose dix fois plus à Mike Hammer pour qu'il retrouve le précieux livre. Le détective se renseigne du côté de son vieil ami de la brigade criminelle, Pat Chambers. Selon lui, le livre existe très certainement. À quelle “personne de confiance” le Parrain confia-t-il ce registre ? Pas au détective, même si Velda et Hammer exécutèrent quelques missions privées pour don Giraldi. Pas non plus au père Mandano, de la cathédrale Saint-Patrick, dans Little Italy. Le mafieux ne vint jamais se confesser auprès de ce prêtre aujourd'hui septuagénaire. Le détective et Velda songent à une autre piste, à Wilcox, une bourgade côtière du comté de Suffolk, pas si loin du centre de New York.

Environ vingt ans plus tôt, en mission perso pour don Giraldi, Mike Hammer et Velda s'étaient chargés d'installer Sheila Burrows dans ce coin perdu. Ex-artiste de Broadway, la jeune femme était alors la maîtresse cachée du Parrain. La belle Sheila quitta Park Avenue pour aller s'enterrer à Wilcox. “De mince, pulpeuse et blonde platine, elle était passée à corpulente, dodue, le cheveu châtain clair. Son joli minois à la Connie Stevens, discrètement maquillé, était maintenant rond et bouffi.” Devenue une brave ménagère, Sheila est-elle vraiment celle qui détient le secret du registre ?…

Mickey Spillane & Max Allan Collins : Le journal du Parrain (Ombres Noires, 2015)

Après le décès de Mickey Spillane en 2006, Max Allan Collins disposait des manuscrits à peine entamés, incomplets ou non utilisés, écrits par l'auteur de “J'aurai ta peau” et de “En quatrième vitesse”. Dans le cas de cette novella, les premières scènes dues à Spillane se prêtaient fort bien à une histoire autour d'un livre. Puisque tel est le thème de la série de romans courts publiés par l'éditeur Otto Penzler. Dans l'interview en fin de volume, Max Allan Collins nous explique tout cela, non sans évoquer ses propres goûts littéraires.

En effet, il parvient habilement à faire revivre le célèbre Mike Hammer. Il n'ignore pas que ce personnage de détective fut largement controversé. Partisan de l'action violente dans ses enquêtes et d'une justice expéditive, ce baroudeur fait preuve d'une intolérance qui confine à la misanthropie. Un fonceur ou un dur à cuire, certes, mais sa brutalité dérange. S'il garde le cynisme de ce "privé", Max Allan Collins le présente plus positivement.

Face aux flics, mafieux, politicards, curés, Mike Hammer reste quand même plutôt offensif, ne cherchant pas à sympathiser avec quiconque. Et s'il faut buter quelqu'un, il ne s'en privera pas. Les dernières scènes nous rapprochent du but, avec un final à surprise. Une intrigue “à la manière de Mickey Spillane” fort plaisante à lire.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 05:55

Une nouvelle locataire emménage dans cet immeuble parisien. Cécile Segal est chargée de clientèle dans une banque. Cette jeune femme blonde est séparée de son compagnon, Alain, qui a gardé leur chat Bruce. Son logement est mitoyen de celui de Servais Marcuse, qui la remarque immédiatement et se présente à elle. Le vieux monsieur a l'allure d'un ogre de cent cinquante kilos, marche en boitant et en s'aidant de sa canne. Il se dit VRP retraité, et vit avec sa chatte Fiona. Le prénom de Cécile réveille en lui un souvenir moitié déplaisant, moitié compatissant car il voit bien que sa voisine affiche un air triste. Le seul que Servais Marcuse considère tant soit peu tel un ami, c'est Charley. Venu de Bamako, au Mali, il fait le taxi-driver clandestin aux aéroports. Servais l'a parfois engagé à la journée.

Premier problème à régler pour aider Cécile : récupérer le chat Bruce. Il pourra toujours jouer avec la chatte Fiona, en l'absence de sa voisine. Sans doute faut-il un peu brusquer le prénommé Alain pour qu'il le restitue. Au besoin, ajouter un petit coup de pression, une visite-surprise afin de le mater, ça permet de l'éloigner définitivement de Cécile. Un grand Noir comme Charley, ce n'est pas inutile pour impressionner un interlocuteur. D'ailleurs, ce dernier serait plutôt heureux de devenir l'assistant à plein temps de Servais. Charley est certain d'apprendre plein de choses à ses côtés. D'autant que le vieux monsieur pas si tranquille a un autre problème à régler. À sa banque, Cécile est harcelée par son nouveau directeur, Yves Langlet, qu'elle doit un soir rudoyer afin de ne pas être violée.

Même si Servais n'exerce plus son ancien métier, il n'a pas perdu la main depuis vingt-cinq ans. Il se montre assez rusé pour obtenir l'adresse personnelle d'Yves Langlet. Méthode qu'il explique à Charley : “L'important, c'est la conviction… S'imprégner de son personnage comme un comédien. Pendant dix secondes, j'ai été ce commissaire travaillant la nuit et débordé par la paperasse. J'ai ressenti de l'empathie pour lui.” Si le cas est réglé, ça ne va pas sans entraîner une enquête de police. Dont est chargé Antoine Natividad, délaissant ainsi quelque peu sa collègue la lieutenante Nicki Lasalle. Le vieux Servais observe le flic, même s'il n'a pas de véritable raison d'inquiétude. Charley et lui ont une autre affaire à résoudre pour Cécile, concernant l'artiste-peintre pervers qui s'attaqua autrefois à elle.

Servais Marcuse est bien conscient que ces triples méfaits autour de la jeune femme, ça finirait par attirer l'attention. Probablement pas celle d'Antoine Natividad, trop occupé à séduire Cécile, charmée par le policier. Mais il faut compter avec la jalousie fantasmée de Nicky Lasalle. Celle-ci a fait le lien avec l'artiste-peintre, et Cécile ne peut pas prendre ses menaces à la légère. Heureusement que Servais et Charley, maintenant endurci au métier, sont là pour intervenir. Néanmoins, Antoine pourrait à son tour avoir des soupçons…

Philippe Setbon : Cécile et le monsieur d'à côté (Éd.du Caïman, 2015)

Scénariste, cinéaste et réalisateur pour la télé, auteur de bédé, Philippe Setbon n'est pas un néophyte en création artistique, loin s'en faut. Il a publié aussi une demie douzaine de romans (Fou de Coudre, 1994 ; Desolata, 1995 ; Mangeur d'âme, 1999 ; Le flic de la télé, 2000 ; L'Apocalypse selon Fred, 2011 ; Ego Island, 2013). C'est donc un auteur chevronné qui nous présente le premier volet de son triptyque “Les trois visages de la vengeance”. Il s'agit d'histoires indépendantes, sans personnage en commun, se déroulant dans le même quartier parisien, avec la vengeance comme sujet. Le 2e tome, “T'es pas Dieu, petit bonhomme”, également inédit et en format poche, est annoncé pour début 2016.

Écrit dans les règles de l'art, “Cécile et le monsieur d'à côté” est un délicieux roman qui s'adresse à tous les amateurs de très bons polars. Setbon évite de créer une forte tension, ou de miser sur le spectaculaire. Ici, avec une ambiance quotidienne citadine et une petite poignée de personnages, nous visualisons tout de suite la situation. Pour autant, le lecteur aura son lot de péripéties et de surprises. À travers le passé sombre de Servais Marcuse, ou un épisode de celui de Cécile, par exemple. Précise, la narration fluide va droit au but, l'intrigue n'ayant nul besoin de détails superfétatoires. On retient bien sûr les sourires qui émaillent le récit. Entre autres, grâce au sympathique taxi-driver Charley, un assistant qui apprend vite.

En lisant un vrai roman policier à suspense dans la meilleure tradition, tel que celui-ci, on se régale forcément.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2015
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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 05:55

À Barcelone en 1952, Ana Martí Noguer est pigiste à La Vanguardia, journal dont son père fut écarté à cause de ses opinions. Avec son épouse Patricia Noguer, Andreu Martí vivote désormais comme épicier. Ce sont le gouverneur civil Acedo et le procureur Joaquín Grau qui choisissent La Vanguardia pour couvrir une nouvelle affaire criminelle. Veuve depuis deux ans du médecin Jerónimo Garmendia, notable franquiste, la quinquagénaire Mariona Sobrerroca a été assassinée chez elle. Elle a été frappée puis étranglée mortellement. Elle était connue du grand public, souvent invitée pour des mondanités. Alors que le Congrès Eucharistique va se tenir bientôt à Barcelone, une enquête rapide et rigoureuse s'impose. C'est à Isidro Castro, modeste inspecteur obéissant aux ordres, qu'elle est confiée.

Son rédacteur-en-chef offre à Ana Martí l'occasion de démontrer ses compétences. Même si elle peut citer Raymond Chandler, elle reste néophyte en criminologie. Pas question de copier les rapports de police, néanmoins. Déjeunant chez ses parents, Ana est fière de leur montrer ce premier article plus sérieux que ses chroniques mondaines habituelles. Les autorités font pression sur la police pour obtenir des résultats, sans importuner les milieux huppés de Barcelone. Malgré tout, Castro et Ana interrogent Conchita Comamala ou Claudia Pons, bourgeoises épouses d'industriels qui connaissent déjà la journaliste. Peut-être sont-ce des ragots, mais il semble que Mariona ait eu depuis peu un amant. Effectivement, Ana repère des lettres stylées de celui-ci, signées du pseudo chevaleresque d'Octavio.

Ana n'a guère de relation avec la famille de sa mère. Suite à des obsèques, elle prend contact avec une cousine quadragénaire, Beatriz Noguer. Cette intellectuelle, linguiste éminente, vécut un temps en Argentine. Elle aimerait retrouver un poste à l'étranger. Elle est contrainte de vendre de précieux livres pour glaner un peu d'argent. De bon conseil, Beatriz a évité des pépins à son neveu Pablo, jeune avocat. Ana la consulte au sujet des lettres d'Octavio. Elle en déduit que Mariona a rencontré cet inconnu par petits annonces. Ana ayant déniché l'adresse du correspondant, à Martorell, toutes les deux explorent le logement de cet Abel Mendoza. Documents et comptabilité indiquent qu'il s'agit bien d'un gigolo, ayant extorqué de l'argent à quelques femmes romantiques par le même moyen.

L'inspecteur Isidro Castro se dit mécontent et peu convaincu par les investigations d'Ana. Toutefois, quand on découvre le cadavre de Mendoza sur la berge de la rivière voisine, il semble que soit résolu le meurtre de Mariona Sobrerroca : il a tué sa maîtresse et, se sachant traqué par la police efficace de la Nouvelle Espagne, il s'est suicidé. Explication qui ne convient guère à Beatriz, laquelle transmet ses doutes à Ana. Quand le procureur Joaquín Grau lit le dernier article d'Ana, il n'est pas satisfait par la tonalité ambiguë qu'elle emploie. Retourner aux chroniques futiles est un moyen de protéger la jeune femme. Mais un nouvel élément va bouleverser la donne : quelqu'un est en mesure de rétablir la vérité sur Mendoza, qui n'était pas l'assassin de Mariona. Après un autre meurtre, le danger va se rapprocher d'Ana, de Beatriz et de son neveu Pablo…

Rosa Ribas – Sabine Hofmann : La mort entre les lignes (Seuil, 2015) – Coup de Cœur –

Disons-le clairement, ce roman est une excellente surprise. Par sa thématique, on pouvait craindre une histoire austère par son climat, autant que didactique sur les effets de la dictature franquiste, voire accusatrice. Certes, on ne nous cache pas l'appauvrissement de ceux qui ne collaborent pas avec le régime. Ni la prudence d'un journal tel La Vanguardia, risquant quelque rétorsion ou la censure. Même l'ambitieux procureur, ex-juge militaire, reste sur ses gardes. Malgré la propagande élogieuse suggérant une Espagne "moderne", c'est dans une société sclérosée que vivent les protagonistes. La "bonne société" donne l'illusion d'une opulence, d'une normalité et d'un dynamisme, qu'on devine factices.

L'intelligence du duo d'auteures consiste à ne pas charger l'ambiance, à gommer une part de noirceur, à nous offrir une tonalité bien plus légère. Si l'enquête policière est au crédit d'Isidro Castro, c'est la jeune Ana Martí Noguer qui en est l'héroïne. Ce qui agace son collègue machiste qui eût dû suivre l'affaire, et laisse sceptique l'inspecteur Castro. Issue d'une famille de journalistes, astucieuse pour obtenir certains renseignements, son instinct féminin constitue un de ses meilleurs atouts. Sa cousine universitaire Beatriz Noguer va, elle aussi, tenir un rôle non négligeable dans cette aventure. Ce qui témoigne en filigrane de la solidarité qui, en ces époques d'intransigeance politique, régnait dans les familles espagnoles fidèles à un autre idéal que le franquisme.

Des crimes, oui, mais aussi beaucoup d'occasions de sourire, en suivant les tribulations d'Ana. Qui la mènent à travers les quartiers du Barcelone d'alors, des Ramblas à Montjuïc, jusqu'aux rives du fleuve Llobregrat. Évocation subtile d'un autre temps, telle par exemple cette gare qui “était devenue la destination d'arrivée des émigrants du sud de l'Espagne, désireux d'échapper à une faim qui, selon la version officielle du régime, n'existait pas.” Le tempo narratif plein de vivacité, excluant toute lourdeur, nous entraîne fort agréablement. Un polar extrêmement séduisant et malin, une véritable réussite.

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