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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 05:55

Fin 1999, à Washington DC. Originaire de Louisiane, Sullivan Carter est un baroudeur de l'info. Ex-correspondant de guerre en Bosnie, il reste marqué par cette expérience. Malgré son esprit frondeur et son alcoolisme, Sully Carter est apprécié par R.J., le grand patron du journal. Par contre, le courant passe mal avec sa prétentieuse chef de service Melissa. Sully a pour amis la magistrate Eva Harris et le policier John Parker. Il est aussi proche de Sly Hastings, repris de justice noir, caïd du quartier de Park View. Ces trois-là constituent de bonnes sources d'infos. Sur sa moto Ducati, tant qu'il n'est pas trop ivre, Sully n'est jamais loin quand il se produit des faits divers au cœur de la capitale fédérale.

Le cadavre de Sarah Reese, quinze ans, a été découvert dans une benne à ordure près de Georgia Avenue. La jeune fille a été assassinée alors qu'elle sortait de son cours de danse. Dans la supérette d'en face, chez Doyle's, elle avait été importunée par un trio de jeunes blacks. Qui apparaissent vite comme les principaux suspects. Si ça grouille bientôt de flics et de médias, ce n'est pas seulement parce qu'une Blanche a été tuée dans un quartier en majorité peuplé de Noirs. Sarah était la fille du juge David Reese, ambitieux président de la Cour fédérale. Dans une précédente affaire, Sully Carter été en conflit avec lui, le juge n'ayant pas tenu sa parole. Le journaliste glane quelques vagues renseignements, pour un premier article sur ce meurtre. Mais il aurait besoin de témoignages plus solides.

D'après Sly Hastings, les trois suspects ne sont pas coupables. De Park View à Princeton, personne n'est assez stupide pour tuer une fille blanche dans ces quartiers : “On lui a tranché la gorge… La question c'est pourquoi, pas qui.” Malgré tout, pour préserver son bizness, Sly va devoir un peu collaborer avec la police. Muni de son pistolet Tokarev M57 acquis en ex-Yougoslavie, Sully se sentira davantage en sécurité par ici. À vrai dire, tout le monde semble se désintéresser de la mort de Sarah Reese dans ce coin. Il n'y eut guère plus de réactions quand la prostituée de vingt-cinq ans Lana Escobar fut assassinée, ou à la disparition de l'étudiante de vingt-quatre ans Noel Pittman, pas encore retrouvée. Une Guatémaltèque et une Jamaïcaine : leurs cas n'entraîna pas d'enquêtes approfondies.

Sully est obligé d'assister à la déclaration officielle du juge Reese. Même s'il le rencontre ensuite, il n'attend rien du père de la victime. Le journaliste est le seul présent lorsque le trio de suspects est arrêté. Une exclusivité remarquée. Le policier John Parker l'informe que l'on a trouvé le cadavre putrescent de Noel Pittman. Dans son article suivant, Sully ne se prive pas de faire le lien entre les victimes, Sarah, Lana et Noel. Ce n'est pas sans conséquences : Lorena Bradford, sœur de Noël, lui signifie qu'il n'est pas le bienvenue aux obsèques de la jeune femme. Et les autorités doivent organiser une réunion de quartier, pour rassurer les habitants de Princeton, niant le risque d'un tueur en série.

Il existe un point commun entre Noel et Lana : toutes deux avaient posé pour des photos très sexe. Sully approche certains clients de prostituées, bien que cette piste incertaine ne le mène peut-être nulle part. Rudy Jeffries, un de ses contacts dans la hiérarchie policière, lui rappelle les chiffres de la criminalité à Washington, et que peu d'affaires sont résolues. Selon les dossiers, Sully s'aperçoit qu'il y eût au moins cinq meurtres similaires depuis l'an passé. Impossible qu'il ne s'agisse pas d'un serial killer. Sous anonymat, quelqu'un affirme que le juge Reeves fréquentait assidûment ce quartier, éloigné des secteurs chics où il vit…

Neely Tucker : La voie des morts (Série Noire, 2015)

À l'époque où se place ce roman, Internet était encore balbutiant, le travail journalistique restait basé sur l'investigation de terrain. “À l'ancienne ?” Ce serait exagéré, car à la fin du 20e siècle, les moyens ne sont plus si artisanaux. Pourtant, quand il s'agit de creuser sur une affaire, des relations dans divers milieux sont essentielles. Et les méthodes classiques ont leur utilité : dans le bureau du journaliste, il y a une carte de tous les assassinats recensés à Washington récemment, avec des punaises colorées indiquant la race et le sexe des victimes. Surtout, pour dénicher des témoignages crédibles et des faits fiables, il faut s'impliquer, observer au plus près les évènements et cogiter, non pas attendre dans un bureau. Une forme de journalisme qui n'a plus tellement cours, semble-t-il.

Expérimenté, toujours motivé mais se marginalisant, Sully Tucker est un “dur à cuire” offensif dans la tradition du roman noir. On ne nous le présente pas meilleur qu'il n'est, ayant un regard plutôt caustique sur ses concitoyens, sans illusion sur l'impunité des classes dirigeantes, blasé par un système défavorable aux minorités raciales. Il n'a pas de préjugés, il fait son métier de reporter, que ses hypothèses soient exactes ou non. Cette intrigue dresse un portait sociétal de l'Amérique peu avant les années 2000. En termes de criminalité, des centaines de meurtres et des milliers de disparitions rien qu'à Washington, ce pays est loin de l'efficacité exemplaire. Quant au tueur en série, il paraît s'inspirer d'un vrai cas. Le réalisme sombre de l'ambiance, et le caractère du héros, offrent deux atouts majeurs à ce noir suspense très prenant. Jolie réussite et belle maîtrise, d'autant que c'est un premier roman.

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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 05:55

De nos jours, Nick Belsey est constable au poste de police d'Hampstead, à Londres. Il loge dans un hôtel minable des environs, au nord de la ville. Après de précédentes aventures, il est en service minimum : “Il possédait un casier disciplinaire particulièrement bien rempli, dont les actes de violence et la consommation de drogue constituaient les faits marquants. À plusieurs reprises, il avait frôlé le renvoi.” La nouvelle chef du poste n'est autre que son ex-amante, Kirsty Craik, promue au grade de sergent. Entre les excès de Nick Belsey et les sanctions le visant, elle doit rester prudente. Alors qu'il pourchasse un voleur de BMW, Belsey perd de vue le malfaiteur dans une impasse. Ses vieux collègues constables lui apprennent qu'existent là d'anciens abri anti-aériens datant de la guerre.

Il va explorer clandestinement celui de Belsize Park. Belsey trouve dans ces souterrains un dortoir bien équipé, ainsi que du champagne et des médicaments. Peu après, il entraîne sa copine du moment, Jemma Stevens, étudiante de vingt-deux ans, dans ces lieux insolites. Bientôt, la jeune femme disparaît au cœur de ces tunnels. Belsey trouve finalement une sortie, par la bibliothèque Saint-Pancras. Il recherche des infos sur ces abris, formant un réseau presque oublié. Le ravisseur signant “Ferryman” contacte Belsey par un message mail. Des incidents récents s'étant produits près des entrées de ces abris, il en fait le tour afin de visualiser les lieux. Belsey fait aussi analyser les médicaments trouvés : ce sont de puissants produits militaires, plus disponibles depuis les années 1970-80.

Une vidéosurveillance datant de quelques jours montre que la BMW volée a servi pour le transport d'un cadavre. Une étrange opération de police a permis de nettoyer la voiture, et aucune affaire criminelle n'est recensée autour dudit cadavre. Dans le véhicule, Belsey trouve un magazine militaire, dont le psy propriétaire de la BMW affirme que ce n'est pas à lui. Une piste à exploiter ? Expert en espionnage, le journaliste Tom Monroe explique à Belsey que “Ferryman” fut naguère le pseudonyme d'un agent secret jamais identifié. Son suspect serait bien plus jeune que cet espion. L'abri de Chancery Lane n'a pas servi en temps de guerre, mais aurait été un central téléphonique secret de l’État par la suite. Non loin de là, la tour de Center Point resta inuilisée de 1963 à 1973. Pour quelle raison ?

Dans le métro, Belsey s'arrange pour pénétrer dans la station fantôme de North End, dont la construction fut inachevée. Enquêtant de son côté, Kirsty Craik est arrivée au même souterrain. Ils explorent les endroits où Belsey est passé la veille, jusqu'à Saint-Pancras. La police est mobilisée cette fois, afin de rechercher Jemma Stevens. N'ignorant pas que les sous-sols de Londres passent sous des bâtiments gouvernementaux, Belsey lit certains documents remontant à novembre 1983. Une alerte nucléaire aurait alors menacé le pays. Le ravisseur de Jemma le contacte par téléphone. Ennemi ou ami, en échange de l'otage, “Ferryman” paraît surtout attendre quelque chose de Belsey. Pour l'heure, il ignore à quoi servaient ces installations, et ce que signifie l'appellation “Site 3”.

Début des années 1980, une opération de défense baptisée “Able Archer” mobilisa une partie des employés publics londoniens, ce qui intrigua sûrement les services secrets de l'URSS. Aujourd'hui députée, Suzanne Riggs participa à cet exercice, interrompu sans que l'on sache pourquoi. “Un tas de choses restent secrètes. Certaines institutions n'aiment pas l'idée que l'opinion publique puisse fourrer son nez dans certains dossiers” dit-elle. Sir Douglas Argyle, ancien chef d'état-major de la Défense, n'est-il pas le cadavre de la BMW, escamoté par la police ? Ça portera préjudice à sa carrière de constable, mais le principal pour Belsey (et Kirsty Craik) reste de retrouver Jemma Stevens vivante, si possible…

Oliver Harris : Le réseau fantôme (Éd.Seuil, 2015)

Sur fond d'espionnage, voilà un excitant roman d'action dans la plus pure tradition. Le premier élément notable, c'est la notion de Guerre Froide. En France, on cesse d'y voir un danger concret avant 1980. En Grande-Bretagne, ce concept paranoïaque est encore très présent pendant longtemps. Et laisse des traces, une trentaine d'années plus tard : “Tous ces efforts. Toute cette peur qui était toujours là, enfouie. Personne pour faire le ménage. Il commençait à comprendre : une chose qui ne se produit jamais établit une relation étrange avec le temps. Elle ne peut pas devenir du passé. Elle se retrouve coincée…” Pays très militarisé, le Royaume Uni a connu bien des scandales autour d'agents secrets. Il est probable que ces questions soient encore vivaces dans l'état d'esprit général anglais.

Beaucoup de métropoles possèdent des réseaux souterrains complexes. Londres ayant été la première ville à construire un métro, on imagine qu'ont pu se développer bon nombre de structures en sous-sol (en plus des égouts et autres passages discrets). L'auteur s'est précisément documenté sur le sujet. Une carte des abris anti-aériens du centre de Londres nous indique les sites réels évoqués dans ce roman. Qu'existe un réseau de tunnels et de salles, d'installation défensives et de stations de métro fantômes, on n'en doute guère. Ensuite vient la fiction avec, au centre du récit, ce personnage atypique de Nick Belsey. On n'ose pas le traiter d'anar, mais son mépris de toute règle détonne par rapport à son métier de constable. Un fonceur, en décalage avec le monde qui l'entoure. Une marginalité qui fait son charme, et donne envie de le suivre pas à pas, c'est certain.

L'argument “suspense trépidant”, si souvent utilisé par les éditeurs, correspond cette fois à la tonalité intense de cet excellent roman d'aventure, sous tension permanente.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 05:55

Septembre 2000. François Davin est avocat d'affaires dans la région lilloise. Âgé d'environ quarante-huit ans, il peut être fier de sa réussite sociale, lui qui venait d'un milieu plutôt modeste. Sa ravissante compagne quadragénaire Florence est propriétaire d'une galerie d'art. Sans souci d'argent, il évolue dans le grand luxe. Dans sa BMW, François Davin roule sur l'autoroute, vers le Sud, seul. Voilà quelques jours, il a subi des examens médicaux. On a décelé une tumeur au cerveau, pas opérable. Il n'a pas voulu passer les mois qui lui restent en soins inutiles et déprimants. Il file sans but réel, hanté par sa mort à venir. Il finit par prendre un auto-stoppeur d'une vingtaine d'années, Paul. Quand François sent la migraine l'envahir, son passager conduit à sa place. Ils se dirigent vers Marseille.

Inquiète, Florence Béranger a alerté les gendarmes. Ceux-ci ont pu retracer avec retard le parcours de François, mais n'ont pas vraiment de raison d'intervenir. Paul espérait joindre un contact à Marseille, déjà repéré par ceux qui pourchassent le jeune homme. Gustave Pelizzari et ses fils, Bruno et Enzo, ne sont pas du genre à faire des cadeaux. Paul dit avoir été témoin de leurs trafics, raison pour laquelle ils veulent l'éliminer. Direction Toulon pour François et Paul. L'avocat se sent toujours mal. Quand il est pris à partie par un groupe, Paul intervient avec un flingue. Ce n'est pas la première fois qu'il sort son pistolet Beretta. Après quelques achats, encore et toujours financés par François, le duo se réfugie dans l'arrière-pays niçois, à Saint-Martin-Vésubie. D'où l'avocat téléphone à sa compagne.

Au service de la famille Pelizzari, le flic Perrot renseigne ses commanditaires avant de les rejoindre dans le Sud. Quand les fils Pelizzari débarquent dans le gîte où François s'est cru tranquille, il y aura deux victimes avant que Paul et lui puissent s'enfuir. Tandis que se poursuit leur équipée, François découvre ce que "le Petit" cache dans son sac : cinq kilos de drogue que Paul veut revendre, afin de débuter une nouvelle vie. Il rêve de s'établir à Tahiti, loin de sa vie actuelle, des embrouilles avec les Pelizzari.

Étape à Barcelonnette. Le jeune homme s'est procuré de la morphine, ce qui soulage les douleurs de François. Il vaut mieux ne pas en connaître l'origine, pour l'avocat. Tels un père et son fils, les deux fuyards s'offrent un séjour dans une auberge de luxe, à Saint-Rémy-de-Provence. Sans doute François sent-il déjà que son sort est lié à celui de Paul. Pour eux, c'est un répit de courte durée, car la suite de leur périple sera de nouveau agitée. Et certainement meurtrière. En effet, Paul connaît le secret du trafic de grande ampleur des Pelizzari. Et puis, il y a Marilena, que les adversaires sans pitié de Paul risquent de prendre en otage. C'est dans une usine au sud de Lyon, près de la gare de triage de Sibelin, que vont se régler les comptes…

Karine Giébel : Satan était un ange (Pocket, 2015)

Ponctué par des extraits des “Fleurs du mal” de Baudelaire, ce thriller prouve une fois de plus la maîtrise de Karine Giébel en ce domaine. La forme est celle d'une "road story", ce qui suppose des tribulations mouvementées : oui, les deux héros seront confrontés à bon nombre de péripéties. D'autant que la dangerosité de leurs ennemis ne se borne pas à vouloir récupérer un paquet de drogue. Leurs trafics et leurs méthodes nous rapprochent des thèmes du roman noir.

C'est évidemment le duo central qui donne sa puissance à l'histoire. D'un côté, un avocat obnubilé par la maladie qui le ronge, surtout pas préparé à des situations aventureuses. N'ayant pas eu d'enfant et n'ayant rien à perdre, il ressent bientôt une sorte d'affection paternelle envers son intrépide compagnon de voyage. De l'autre, un jeune type qui tente de changer de vie, après avoir approché de trop près un monde de truands. Le processus de la "fuite en avant" n'exige plus aucune morale pour lui. Pourtant, la santé de François l'incite à une instinctive compassion, et il devra également sauver quelqu'un qu'il aime. Il s'agit donc là de deux personnages attachants, dont on suit avec empathie le parcours. Un suspense de très belle qualité.

 

- Disponible chez Pocket dès le 12 novembre 2015 -

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 05:55

Israël, à la fin du 20e siècle. À Tel Aviv, cet avocat trentenaire vivote de son métier, sans ambition. Il fut employé par un grand cabinet, avant d'exercer en solo. Heureusement que Shabtaïl, puissant mais obscur en affaires, est assez généreux. Célibataire, sa vie privée n'est pas plus reluisante. Sa colocataire Niva, une artiste dont il est amoureux sans espoir, est trop désargentée pour payer les factures. Fille d'un cinéaste incapable de financer ses films, Niva compte repartir un jour tenter sa chance à New York. Lieutenant-colonel dans les services juridiques de l'armée, Ofra est une amie fidèle de l'avocat. Elle lui propose de traiter une affaire de viol : une ex-jeune soldate a porté plainte contre un capitaine.

Le sergent Koby de la police militaire, homo de dix-neuf ans, sert d'assistant à l'avocat. Le capitaine Erez, visé par la plainte, apparaît comme un brillant élément de Tsahal. Il est sur le départ, vers un poste avancé de l'armée au-delà de la frontière libanaise. Il dirige une compagnie d'élite, où son sens du commandement et son charisme sont appréciés. Erez affirme ne pas être concerné. Koby et l'avocat se rendent dans le village d'Ofakim, au sud du pays, afin d'y rencontrer la victime. Réformée pour cause psychologique, dépressive recluse chez ses parents, Almog (Corail, en hébreu) se contente de réciter sa version des faits. En présence de sa famille hostile, les enquêteurs ne peuvent rien espérer de mieux.

Le journal intime de la jeune fille indique sa foi tourmentée. Almog accepte de parler à l'avocat dans les bureaux d'Ofra. Cette fois, elle raconte précisément l'intégralité des faits. Son récit semble parfaitement crédible, dénotant d'un excès de candeur chez Almog. Des horaires recensés vont bientôt confirmer que l'ex-soldate ne ment pas là-dessus. Mais le capitaine Erez a toujours le soutien de sa hiérarchie. En place dans un fortin sur le front, il ne compte pas revenir témoigner. Rejoindre la zone de conflit n'enchante guère l'avocat, même s'il est officier de réserve et bon tireur. Un trajet dans un camion de ravitaillement le conduit jusqu'au secteur militaire. Il est confiné pour la nuit dans le fortin, par sécurité.

Tandis que l'avocat expérimente la vie sur le front, Erez finit par se montrer plus cordial. Il lui raconte un épisode de son passé, lors d'une mission en tant que formateur militaire en Équateur. Erez ne nie plus qu'il a accompagné Almog jusqu'à chez elle en Jeep, mais il ne reconnaît pas le viol. Au village de Nétivot, Koby et l'avocat rencontrent une rebouteuse âgée qui a "soigné" Almog, en lui appliquant la "pashta". Ce qui explique de petites traces dans le dos de la jeune fille, non liées au viol. Les enquêteurs interrogent Anati, l'ex-petite copine d'Erez. S'il n'est pas sans défauts, le portrait du capitaine semble celui d'un homme droit et franc, patriote et courageux, attentif aux autres, que l'avocat ne peut certes pas trouver antipathique…

Yishaï Sarid : Une proie trop facile (Actes Noirs, 2015)

Yishaï Sarid a été récompensé en 2011 par le Grand Prix de Littérature Policière, pour “Le poète de Gaza”. Actes Noirs nous propose aujourd'hui le tout premier roman de cet auteur israélien, publié dans son pays en 2000. Dans “Une proie trop facile”, l'aspect enquête est bien présent. Une accusation de viol n'est jamais à prendre à la légère. Dans toutes les armées règne une certaine omerta qui ne facilite pas les investigations. Surtout quand le militaire impliqué jouit d'une bonne opinion générale. Quant à la victime, elle ne fait pas le poids, sa candeur et sa religiosité affichées n'étant pas de véritables arguments. Dans un pays éternellement sur la défensive, y compris dans l'esprit des populations, compliqué de mener à bien une affaire délicate comme celle-là.

Les principaux atouts de ce roman noir ne résident pas seulement dans l'intrigue. C'est une image beaucoup plus complète de l’État d'Israël que présente Yishaï Sarid. Contraste entre l'urbanisme galopant de Tel Aviv (qui masque le front de mer, tant apprécié par cet avocat) et la ruralité de l'essentiel du pays ; entre Israéliens ambitieux s'éloignant du pays et patriotes attachés à leurs fonctions militaristes ; entre ce modeste avocat (dont la mère apparaît plus dynamique que lui) et le prestigieux cabinet où il fut employé. Le regard sur les Arabes d'Israël diverge, avec nuances, également. Le besoin de liberté reste inassouvi ou imparfait chez quelques-uns des protagonistes, dont notre avocat anonyme. La part sociologique et l'enquête se complétant, cette histoire racontée avec souplesse offre donc un double intérêt. Un roman à découvrir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2015
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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 05:55

La Grèce subit toujours la crise. La famille du commissaire Kostas Charitos n'est pas moins touchée que les autres. Le policier économise le carburant de sa Seat. Son épouse Adriani est une ménagère attentive à leur budget. Katérina, leur fille avocate défendant immigrés et populations modestes, partage son cabinet avec son amie psy, Mania, et le compagnon informaticien allemand de celle-ci, Uli. Phanis, le mari de Katérina, est médecin hospitalier. Ses propres parents ont des ennuis d'argent, ruinés par les impôts. Zissis Lambros, le vieil oncle des Charitos, ancien militant communiste, s'occupe vaille que vaille d'un foyer qui héberge leurs compatriotes les plus pauvres. La guerre civile des années 1950, la Grèce des Colonels, l'oncle Lambros reste un des derniers témoins de ces époques troublées.

Katérina est agressée devant le Palais de Justice d'Athènes alors qu'elle s'occupait de deux Sénégalais. Une femme témoigne qu'il s'agissait d'un vrai commando, certainement des fachos de l'Aube dorée. Personne n'est intervenu pour défendre l'avocate. Pas même le flic de garde devant le tribunal. Il a regardé la scène tout en téléphonant. Hospitalisée, la fille de Charitos s'en remettra en quelques jours. Pourtant, la menace persiste, le commissaire recevant un appel virulent sur son téléphone portable. En théorie, ce numéro n'est connu que de rares collègues. Ça indique des fuites dans les services de la police, exploitées par l'extrême-droite grecque. L'équipe de Charitos enquête bientôt sur une mort suspecte, le suicide d'un ingénieur. Élevé en Allemagne, ce Grec était revenu dans son pays natal.

Malchance et projets contrariés peuvent expliquer ce décès. Néanmoins, on trouve une sorte de message revendiquant cette mort, signé “Les Grecs des années 50”. Canular ? Le commissaire n'en est nullement convaincu. Puis c'est le directeur de l'Institut Chronos, une école privée, qui est assassiné d'une balle dans la tête. La douille permet d'identifier une arme ancienne, un Smith & Wesson 38 modèle Victory, datant de 1950. Un nouveau message des mêmes signataires anonymes accompagne ce meurtre. La victime était un combinard ayant des appuis politiques, un avare réservant son fric pour l'éducation de son fils en Angleterre. Charitos dispose d'un vague indice, une vieille photo d'école qui fut sans doute prise autrefois dans la région de l’Épire. Un chirurgien qui y était scolarisé confirme.

Un autre homme est abattu dans sa voiture. Sans boulot officiel, cet ex-employé viré de l'administration de l'urbanisme ne manquait pas d'argent. C'était un expert en corruption de fonctionnaires, monnayant ses services. Deux autres victimes, des agriculteurs, sont à ajouter au compteur des crimes commis par “Les Grecs des années 50”. Le commissaire s'intéresse par ailleurs à un trafic de drogue autour des clients africains de sa fille. Ayant trouvé des preuves accablantes contre le flic de garde au Palais de Justice, Charitos et ses collègues font pression sur lui, essayant d'enrayer la gangrène commençant à pourrir la police, en faveur de l'Aube dorée. Quant à situer “Les Grecs des années 50”, peut-être vengeurs, rien d'évident…

Petros Markaris : Épilogue meurtrier (Éd.Seuil, 2015)

Ce sera une tétralogie, l'auteur ayant choisi de prolonger d'un épisode sa trilogie dédiée à la crise grecque (Liquidations à la grecque, Le justicier d'Athènes, Pain Éducation Liberté). Ce nouvel opus apparaît peut-être encore plus explicatif sur l'état d'esprit de la population en Grèce. À travers la vie de famille des Charitos et de leurs proches, nous observons la réalité quotidienne actuelle de ces membres de la classe moyenne. Privations relatives, en attendant des jours meilleurs. Inquiétude masquée, mais présente dans les têtes. Dans le pays, si des crimes ou des méfaits sont commis, certains nationalistes extrêmes désignent illico les immigrés, d'Afrique ou de l'Est de l'Europe. Le refrain populiste des fachos est le même partout, la violence verbale et parfois physique également.

En complément d'une enquête policière à l'allure (volontairement) éclatée, Petros Markaris nous présente un pan de l'Histoire grecque encore récente. Il nous rappelle que “l'OGRE”, organisation paramilitaire d'officiers nationalistes, fit régner la terreur et la mort autour de la Guerre civile qui déchira longtemps ce pays, avant la dictature des Colonels. Il souligne que rien ne s'efface jamais totalement dans la mémoire du peuple : “Avec la crise, on rouvre les vieux comptes. Les gens vont voir dans les années 80 ce qui a cloché, ils peuvent bien remonter d'encore trente ans, jusqu'aux années d'après la Guerre civile.” Si l'aspect criminel en fait un roman noir, cet excellent livre nous offre un regard lucide sur la situation grecque passée et actuelle, au plus près de la population.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 05:55

Dryden est une petite ville américaine ordinaire. Tom Nash est prof au lycée public local. Il a divorcé de Georgia, qui l'a cocufié et qui ne supportait plus la vie ici. Il élève son fils Eli, joueur de hockey-sur-glace, étudiant sportif séduisant qui reste prudent avec les filles. Et sa fille Deenie, seize ans, scolarisée dans le même établissement. Celle-ci compte une poignée d'amies proches, telles la brune Gabby Bishop ou Lise Daniels. Elle a bien changé depuis l'été précédent, Lise, passant de l'allure fillette à une féminité éclatante. Parmi ses copines, il y a aussi Skye Osbourne, à la chevelure blonde presque blanche. Une élève qui cultive une part de marginalité. Ces adolescentes échangent beaucoup de confidences, de textos, d'impressions au sujet des garçons. Deenie s'interroge sur son attirance pour Sean Lurie, hockeyeur comme son frère. Lise semble être moins prude avec les mecs.

En plein cours, Lise est victime d'une crise sérieuse, bien au-delà d'un malaise. Tom Nash s'inquiète autant que sa fille Deenie. Hospitalisée, Lise paraît avoir frôlé l'arrêt cardiaque : méconnaissable physiquement, elle se trouve dans un état comateux. Dès le lendemain, l'agitation règne entre les copines du lycée. Lors d'un concert scolaire en matinée, Gabby est prise d'une crise alors qu'elle joue du violoncelle. Soignée après ces convulsions mal explicables, elle ne restera pas trop longtemps à l'hôpital. Quant à Lise, elle est dans un état stationnaire pas vraiment rassurant. Sa mère Sheila Daniels se montre accusatrice, plutôt hystérique. Est-on en train d'empoisonner les adolescentes de Dryden, est-ce de la faute des jeunes hommes de cette ville ? Entre soupçons de rage et histoires vampiriques, les filles du lycée imaginent n'importe quoi, et circulent les plus douteuses rumeurs.

Deenie se demande si la cause du virus, ce ne serait pas le lac de Dryden ? Elles s'y sont baignées récemment, alors que c'est strictement interdit. La couleur fluorescente de ce plan d'eau et les algues nocives confirment que ce lac est ultra-pollué. Le père de Jaymie Hurwich, une autre lycéenne, veut convaincre tout le monde que c'est lié au vaccin que les filles ont été obligées de se faire injecter. Sinon, pourquoi une envoyée du ministère de la santé serait-elle sur place ? Au gymnase, c'est la rousse Kim Court qui est la troisième victime de convulsions. Le lycée est maintenant carrément en ébullition. À l'hôpital, bien que Tom Nash soit l'ami d'une employée, on ne laisse guère filtrer d'informations.

Le cas de Kim Court pose une double énigme à Deenie. Kim ne s'est pas probablement pas baignée au lac. À cause de ses multiples allergies, elle n'a pas non plus été vaccinée comme elles. Non contaminée, Deenie culpabilise puisque ses amies sont touchées. Sauf Skye Osbourne, mais celle-ci n'est réellement proche que de Gabby. À la réunion de tous les parents d'élèves, grosse excitation générale : le vaccin, le lac, peut-être le stress car les victimes sont filles de divorcés, les hypothèses fusent. Le virus serait “à l'intérieur des filles”, ce qui reste une explication vaseuse. Tom ne sait pas comment mieux protéger sa fille Deenie, tandis qu'Eli cherche aussi à aider sa sœur et à comprendre les faits…

Megan Abbott : Fièvre (Éd.Jean-Claude Lattès, 2015)

Megan Abbott figure parmi les plus subtiles des romancières de notre époque. On l'avait constaté dans ses polars “à l'ancienne”, où elle inversait certains codes du roman noir. On l'a vérifié avec ses romans “contemporains”, autour des jeunes filles (La fin de l'innocence, Vilaines filles). La psychologie des adolescentes, c'est un écheveau de sentiments confus et compliqués, bien difficile à démêler. Fidélité et piques entre véritables copines, attirance envers les garçons, besoin d'un parent protecteur sans être étouffant, contexte scolaire : ça risque de s'embrouiller dans la tête de certaines d'entre elles. S'il s'agit d'Américaines dans cette histoire, on peut supposer que ces questions sont universelles.

Il se produit un "élément déclencheur" qui va secouer la tranquillité locale. Des parents s'énervent, en particulier lors de la réunion au lycée. Bien que règne une forte tension, l'auteure évite de verser dans le spectaculaire, dans un voyeurisme glauque. Car elle reste du côté de celles et ceux qui subissent l'affaire : la jeune Deenie, son père et son frère, plus quelques amies. Comment réagir intelligemment face à une situation obscure ? Ils se sentent "impliqués" de près, pas juste concernés. N'étant pas atteinte par la fièvre, Deenie craint même d'être accusée de l'avoir provoquée. Côté garçons, même affichant un flegme apparent, son frère Eli ne peut pas rester étranger au problème actuel.

Outre le regard juste de l'auteure sur les jeunes filles, certainement y a-t-il un clin d'œil dans le titre : “The fever” fait référence à l'excellente chanson de Peggy Lee, “Fever”. Peu importe une éventuelle étiquette polar, c'est un suspense psychologique d'une finesse magnifique que nous présente Megan Abbott, avec sa maestria habituelle. Bravo Megan.

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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 05:55

Chastity Riley est procureur à Hambourg, au nord de l'Allemagne. Elle apprécie le quartier animé de Sankt Pauli où elle vit, près du port. Elle est la fille d'une mère allemande volage partie s'installer aux États-Unis, dans le Wisconsin. Son père américain l'éleva seul du côté de Francfort. Il se suicida quand elle eut juste vingt ans. Il repose à Belhaven, en Caroline du Nord (États-Unis) auprès de sa famille. Chastity préféra son pays natal, et Hambourg. Elle n'a qu'une seule amie, la brune Carla, qui tient un bar. Ensemble, elles assistent aux match de l'équipe de foot de Sankt Pauli (3e division) qui compte beaucoup de supporters. Grande fumeuse, buvant sec, sujette à des vertiges, Chastity reste volontiers célibataire.

Non sans des rapports sexuels épisodiques et torrides avec (Henri) Klatsche. Ce jeune et séduisant voisin est un ex-repris de justice, reconverti dans la serrurerie. Au bar de Clara, Chastity côtoie depuis peu le distingué Zandvoort. Assez agréable, peut-être envahissant pour elle. Chastity pense qu'il remplacerait avantageusement l'amant de Clara, Fernando, avec qui son amie a eu des problèmes. Mais Clara choisit un Écossais pour nouvel amant. À la Kripo, la police criminelle, Chastity éprouve de l'affection pour le commissaire Faller. Marié et plus âgé, il se montre paternel avec elle. Elle fait aussi confiance à l'inspecteur Calabretta, d'origine italienne, professionnel solide. Assistante du légiste, Betty Kirschtein lui semble posséder un caractère volontaire, qui en ferait une possible amie pour Chastity.

Le cadavre d'une jeune femme nue coiffée d'une perruque de fête est découvert sur les rives de l'Elbe, près du port d'Hambourg. Elle a été scalpée, après avoir été endormie au phénobarbital à haute dose. Cette inconnue âgée d'environ vingt-cinq ans n'a pas subi de relation sexuelle. Grâce à Klatsche, Chastity a rendez-vous avec un petit mac de Sankt Pauli, Basso. Mais ils le retrouvent massacré chez lui. Avec ou sans lien vis-à-vis de cette affaire, car il était mêlé à divers traficotages. Selon des contacts chez les prostituées, la victime était plutôt strip-teaseuse dans l'un des clubs du quartier chaud du Diez. En effet, finalement identifiée, cette Margarete y était employée. Le commissaire Faller suit une autre piste : Siggi Poings-de-Fer, ex-caïd de ce secteur, peut-être pas si "rangé".

La deuxième victime découverte au bord de l'Elbe par un pêcheur à la ligne est une jeune femme de dix-neuf ans, Henriette Auer. Même barbiturique et même mode opératoire que dans le cas précédent. Elle aussi était danseuse au club l'Acapulco, ce que ne nie pas le patron de l'établissement. Klatsche avise son amie Chastity des rumeurs qui commencent à circuler dans Sankt Pauli. Tout ce dont la police est sûre, c'est que les victimes ont suivi sans méfiance leur assassin. C'est Chastity elle-même qui trouve le troisième cadavre, en se promenant sur une plage de l'Elbe. Strangulation, victime scalpée et perruque, une fois encore. Peut-être que des traces de pneus sur la plage offriront un indice utile.

Les journaux de Hambourg mettent la pression sur la Kripo. Les flics ne restent nullement inactifs : ils surveillent discrètement l'Acapulco, dont les danseuses servent d'appâts. Ils identifient presque à coup sûr le propriétaire du véhicule. Et découvrent les raisons de la mort du petit truand Basso. Certes, l'assassin des filles sera arrêté. Ce ne sera pas sans conséquences dangereuses pour Chastity et le commissaire Faller…

Simone Buchholz : Quartier rouge (Black Piranha, 2015) – Coup de Cœur –

Un excellent roman policier se démarque principalement grâce à deux éléments, la qualité de son intrigue criminelle et la capacité de restituer un ambiance singulière, authentique. Sur ce point, aucun doute : nous voilà plongés dans le district de Sankt Pauli à Hambourg, sous la grisaille qu'illuminent les néons, avec l'Elbe et les infrastructures du port. C'est l'auteure qui en parle le mieux : “Quelque part derrière les nuages, les étoiles brillent dans le ciel et un agréable sentiment de bien-être me gagne : ici, je suis chez moi. Dans ce petit quartier miteux, avec ses pavés esquintés, ses immeubles sombres, ses guirlandes lumineuses, ses joies et ses peines, ses histoires dérisoires mais sympathiques, son éternel crachin.”

Elle dessine encore d'autres moments : “C'est vendredi soir, et le quartier rouge brille de mille feux. Les rues se remplissent… Le week-end, le public du Kiez est incroyablement varié. Parfois, j'aimerais que le quartier redevienne comme il était il y a cinquante ans, lorsque personne n'osait y mettre les pieds...” Une vraie déclaration d'amour au quartier.

Quant à l'aspect criminel de cette histoire, c'est également du costaud. Pas seulement parce que des meurtres de prostituées, ça apparaît réaliste : quantité de faits-divers ont relaté ce genre de crimes. Le modus operandi est fatalement celui d'un tueur en série, aux sombres motivations. Surtout, on retient l'imbrication entre le métier et la vie privée, chez la procureure Chastity Riley et dans son entourage (on suit aussi les amours agités de son amie Carla).

Entre Klatsche, plus jeune qu'elle, et le protecteur commissaire Faller, trop âgé pour être son amant, Chastity se cherche quelque peu. Elle n'est pas insensible au charisme de l'inspecteur Calabretta, non plus. Ce qui n'empêche pas la jeune femme d'être intrépide dans son boulot. Une héroïne idéale, à laquelle on s'attache très vite. Un suspense énigmatique et percutant, addictif. On espère que les quatre autres polars de cette série seront prochainement traduits en français, car celui-ci est impeccable. – Coup de Cœur –

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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 05:55

2003, New York. Barry Donovan est un policier de la Brigade Criminelle. Son épouse et sa fille sont décédées lors des attentats du 11-Septembre. “Vivant mort dans un monde dénué de sens, il lutta quotidiennement avec l'envie d'en finir avec une existence devenue vaine.” C'est par Internet qu'il a sympathisé “avec un dénommé Werner von Lowinsky, quinquagénaire énigmatique et spirituel”, lui aussi isolé à sa manière. Ils cultivent depuis une amitié assez irrationnelle. Après une mission où il a été gravement blessé, Barry est de retour dans son unité. Il y retrouve ses partenaires Abigayle Raven et Jim Steranko (dit Spoutnik), ainsi que le capitaine Stanton. Il est temps de s'occuper d'un curieux crime.

Le pasteur quinquagénaire Deshawn Willard et son fils de onze ans ont été assassinés dans leur appartement. La victime fut autrefois un boxeur puissant et réputé. On lui a tranché une main, qui reste introuvable. Par contre, on découvre bientôt l'arme du crime, une épée courte. Les empreintes confirment que ce sont celles de Jimmy Lean, le suspect resté sur les lieux après le double meurtre et des aveux téléphoniques à la police. Ce repris de justice, ex-toxicomane connu de Barry, était un ami du pasteur.

La victime faisait partie de l'organisation du Possible Pardon, qui s'occupe de Jimmy Lean. Cette enquête peut permettre à Barry de se rapprocher de Lana Carvey, la médecin légiste. Celle-ci va être agressée par un mystérieux trio, deux types baraqués vêtus de longs manteaux et un plus petit au visage masqué par une capuche. Par chance, Werner von Lowinsky a pu intervenir à temps, se servant de ses pouvoirs.

Werner n'entend pas rester confiné dans son nouvel appartement. Il usera au besoin de sa capacité de se transformer et de se servir de l'hypnose. Peut-être sent-il déjà qu'existe un lien entre l'affaire et son propre passé. De son côté, Barry ne croit pas en la culpabilité de Jimmy Lean, qui s'était rangé. Il devra contrer Harry Ziegler, le substitut du procureur. La discrète et efficace protection de Werner n'empêche pas la menace de se rapprocher. La légiste Lana Carvey et Barry vont tomber dans les griffes de l'ennemi, dont l'implacable vengeance remonte à fort loin…

David Khara : Une nuit éternelle (Éditions 10-18, 2015)

David Khara a acquis une belle notoriété grâce à une trilogie (Le projet Bleiberg, Le projet Shiro, Le projet Morgenstern), entre thrillers et noires intrigues. En post-face de ce livre, Philippe Ward nous rappelle le parcours de cet auteur. Son premier roman “Les vestiges de l'aube” (disponible chez 10-18) mettait en scène Barry Donovan et Werner von Lowinsky. Déjà, ils formaient un étonnant duo. Si une complémentarité forte les unit, c'est dû aux épreuves qu'ils ont traversées chacun de leur côté. Un flic dans la réalité du 21e siècle, un vampire survivant depuis cent-cinquante ans : on comprend que l'intelligence de l'auteur a consisté, dès le départ, à ne pas en faire une simple “histoire de vampire”. Quand il suffit d'interventions sataniques ou magiques pour tout régler, il n'y a guère d'intérêt.

Ce sont des enquêtes criminelles énigmatiques qui servent réellement de base aux intrigues conçues par David Khara. Sans en dire trop, ce second épisode permet d'explorer le parcours singulier de Werner et son univers. S'il est issu du 19e, au temps de la Guerre de Sécession, c'est jusque dans la Moldavie du 13e siècle qu'il faut aller chercher des réponses. Réussir à concilier une part de Fantastique avec des investigations policières dans l'ambiance new-yorkaise récente, ça dénote d'une belle maîtrise. Portraits ciselés des personnages, narration fluide ; ajoutons-y des scènes-choc, telles l'attaque du transport de prisonniers ou le face-à-face final avec l'adversaire. La tonalité personnelle de David Khara apporte à cette histoire une tension mesurée, plus qu'agréable.


 

Disponible en version poche 10-18 dès le 5 novembre 2015 –

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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