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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 04:55

Fin 1999, Ania est une romancière russe âgée de trente ans. Divorcée de Vadik, qui reste présent dans sa vie, elle habite un appartement modeste, avec son chat Schumacher. Ania hérite d'un dossier concernant une affaire non-élucidée remontant à quarante ans. Début 1959, un groupe de neufs jeunes randonneurs est mort dans les montagnes de l'Oural. Ils avaient tous une vingtaine d'années, sauf l'un d'eux âgé de trente-sept ans. Ces derniers temps, après la fin de l'URSS, beaucoup de choses ont été écrites sur ce sujet. Pas des analyses si convaincantes, pour la plupart. Ania sent comme un confus appel posthume de ces victimes. Elle sympathise avec Sveta, qui elle aussi a recueilli quelques éléments.

Ces étudiants de l'Institut Polytechnique de l'Oural furent baptisés le Groupe Dyatlov. Ils devaient partir à dix, à l'assaut de la Montagne des Cadavres. On l'appelait ainsi suite à un précédent drame qui causa la mort de neuf personnes appartenant au peuple des Mansis, vivant dans la région. Pour autant, cette population n'en fit pas un lieu sacré, interdit. Au contraire, ils accueillaient volontiers les randonneurs montagnards. L'un ayant renoncé, les sept garçons et deux filles commentèrent leur aventure sur leurs carnets. C'est plutôt dans les rapports qu'Ania dénichera des faits concrets sur le drame. Cinq corps furent d'abord retrouvés en hypothermie, puis quatre autres quelques semaines plus tard.

Tous ces jeunes randonneurs étaient expérimentés, certains ayant participé deux ans plus tôt à une opération similaire. Par contre, l'organisation du Groupe Dyatlov resta minimale financièrement, donc quelque peu approximative. Plus tard, les secours seront fort tardifs, bien que s'impliquant énormément. Autour des obsèques, on ne donna pas d'explications aux familles des victimes. Le père de l'une d'elles reprocha alors aux autorités la flagrante négligence générale, émettant une hypothèse plausible. Le directeur sportif de l'Institut fut finalement peu sanctionné. Pourtant, l'enquête ne fut pas bâclée, on recensa tout ce qui aurait pu pousser ces jeunes randonneurs à s'exposer dans le froid mortel de la nuit.

Bien qu'athée à la façon soviétique, Ania a été baptisée et possède un sens de la religion et de la mort. Plus que les bougies et les prières à l'église, c'est l'abécédaire du dossier qui lui permet de situer l'esprit de l'affaire. Des témoins auraient vu des “boules de feu” dans la même période, des “phénomènes célestes” ont fait l'objet de rapports officiels. La tente des randonneurs semblait mal positionnée, également. L'inspecteur Ivanov releva que “la disposition et la présence des objets dans la tente (presque toutes les chaussures, les vêtements chauds, les objets personnels et les journaux) sont la preuve que les jeunes gens ont dû quitter la tente précipitamment et tous ensemble...” Pour quelle raison ?

Ania interviewe le frère d'une victime, qui lui confie le journal intime de sa sœur. On trouva, selon d'autres documents, des traces de radioactivité sur certains vêtements, sans que ça paraisse forcément un indice. Si les lieux du drame ont été “nettoyés”, est-ce avant ou après la découverte des cadavres ? Ania résume les seize principales versions (quelques-unes sont farfelues, suite à l'engouement pour ce cas mystérieux), en croisant plusieurs qui peuvent se compléter, avec un taux de probabilité sérieux. Sans doute est-il préférable pour Ania de reconstituer tout cela sous forme de roman…

Anna Matveeva : Le mystère Dyatlov (Presses de la Cité, 2015)

L'affaire du col Dyatlov qui causa la mort de neuf randonneurs dans la nuit du 1er au 2 février 1959 nous est mal connue. La chronologie des faits reste incertaine, faute de témoins oculaires et de survivants. Des sauveteurs ont dit ce qu'ils ont vu, des rapports légistes existent, des parents de victimes se sont insurgés. On a même des photos de ce groupe. À l'époque, bien que le stalinisme ait cédé la place au dégel politique grâce à Nikita Khrouchtchev, la Russie soviétique garde cette tradition séculaire (pas seulement communiste) du secret le plus absolu.

A contrario, bon nombre d'infos ont circulé sur les circonstances de ce drame, mais exclusivement à l'usage des sphères dirigeantes de cette région de Russie. Volonté de cacher la vérité ? Nul ne peut le certifier. Déjà en ce temps-là, le monde entier sait que ce pays mène des expériences scientifiques, tente des essais spatiaux avec du matériel et des carburants innovants. L'explication pourrait être plus basique, telle une attaque de ce groupe par une poignée d'hommes. Ce roman consacre davantage de pages à la réalité de l'affaire qu'à la fiction, sans s'en tenir à un “dossier” qui risquait d'être barbant. On suit les captivantes recherches d'Ania avec la même envie qu'elle de comprendre cette histoire.

Quatre des victimes de ce drame dans les montagnes de l'Oural.

Quatre des victimes de ce drame dans les montagnes de l'Oural.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2015
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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 04:55

Venant d'Alsace, le quinquagénaire Jean-Yves Grenier est maintenant policier à Avignon. Celui que l'on surnomme Le Jygue est un commissaire singulier, circulant dans sa Twingo rose, préférant loger à l'hôtel. Souvent alcoolisé, Grenier s'entend mal avec son supérieur, le prétentieux commissaire Boileau. Le courant passe mieux avec Marjolaine Pamier, la blonde policière en tenue chargée de l'assister. Native de la région, la jeune femme reste méfiante envers la population. Grenier a déjà noté leur tradition de combinards : “C'était le Sud. Tout le monde voulait être malin, avoir raison, arnaquer si possible. Ou était-ce de la solidarité entre pauvres ? C'était un drôle de peuple, tellement illogique.”

À Barenton-les-vignes, Albert Malfione habite avec sa compagne Maryse et les enfants de celle-ci au camping local. Plutôt s'agit-il d'un campement pour les journaliers, ouvriers qui trouvent de l'embauche dans les domaines viticoles voisins, tel Albert. Celui-ci s'accuse du meurtre de Moustafa, qu'on appelle ici l'Arabe. Sauf qu'on a trouvé aucun cadavre dans le secteur. Gros buveur, raciste, violent avec sa compagne, se vantant de bientôt toucher le pactole, Albert a généralement l'esprit embrumé. Il sera remis en liberté peu après. On va retrouver son corps dans une cuve qu'il nettoyait, au Clos du Petit Versailles, la propriété de Christian Michel. C'est un accident : Albert a été asphyxié par du gaz carbonique.

Le policier Grenier est mal convaincu par cette version des faits. Entre mistral et canicule, il poursuit son enquête du côté de Barenton, autour des vignobles des Jardins-du-Roy. Il ne tarde pas à sympathiser avec Piotr Lemoine, qui produit au Domaine des Moines un vin bio dont la qualité est universellement reconnue. Les traitements chimiques, il s'y refuse, même contre la flavescence dorée, nouvelle maladie de la vigne. Sans doute est-ce pour ça qu'on s'attaque à ses biens. Les pratiques frauduleuses de la profession, il les connaît : l'assemblage de vins d'un même domaine est une bonne chose, à condition de ne pas tricher. Mais chez les producteurs du coin, chacun suit ses propres règles.

Patrick Valandrin : Midi noir (Éd.de la Différence, 2015)

On est en pleine période électorale d'entre-deux-tours. Le député-maire de Barenton va-t-il perdre son siège lors des Législatives ? C'est que dans le Vaucluse, l'extrême-droite est bien placée. Le populisme décomplexé du parti prônant la zizanie et le "chacun-pour-soi-on-est-chez-nous" plaît aux arrivistes et à ceux qui croient au miracle. Les propriétaires de vignobles protègent leurs intérêts, paient mal leurs salariés, mais le vent pourrait tourner pour cette caste de nantis. Toutefois, les élus de Barenton savent que les politiciens du parti nationaliste sont aussi corruptibles que les autres, sans doute plus facilement. Les variantes du camp politique droitier ne forment qu'une même mafia.

Moustafa est certainement encore en vie, encore faut-il qu'il réapparaisse dans la région. Après avoir traîné dans la nuit avignonnaise, d'un bistrot crade à une camionnette de prostituée, le commissaire Grenier comprend comment on a masqué les preuves indiquant que la mort d'Albert était un meurtre. Pour autant, Marjolaine et Le Jygue ne pourront pas le démontrer directement. Rester manichéens serait probablement une erreur, Grenier le sait parfaitement, lui qui estime que la vérité n'est qu'une chimère…

 

Par son contexte, il s'agit d'un véritable roman noir où la sociologie a toute sa place. Par exemple, l'auteur nous suggère que la bonhomie provençale affichée cache, chez une partie de cette population, des comportements malsains confinant à la haine. Un virus qui semble se répandre, y compris chez des gens modestes, face à l'inaction des démocrates. Quant aux vieilles pratiques viticoles frauduleuses, bien au-delà de la chaptalisation illicite, on nous indique qu'elles auraient toujours cours. On peut supposer que ça ne touche pas seulement le terroir entre Avignon et le mont Ventoux. Avec une lueur d'espoir, d'autres adoptant avec succès des méthodes respectueuses du vignoble et du vin.

L'enquête est menée par un policier atypique, au passé marqué par un sombre épisode, maladroit avec les femmes, abusant des boissons alcoolisées. Néanmoins, il conserve une rectitude personnelle face à cette affaire criminelle. Ses quelques défauts, ses déboires et, surtout, le fait qu'il ne soit nullement guidé par des certitudes, tout ça le rend bientôt assez attachant. Rares sont les autres personnages nous inspirant un sentiment favorable.

Outre que l'auteur évite avec finesse les caricatures lourdingues, il convient de souligner la souplesse narrative du récit, rendant fort agréable la lecture de cette histoire. Patrick Valandrin nous présente là un excellent premier polar.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 10:55
Gilles Vidal : Le sang des morts – version ePub et Kindle

A noter ce vendredi 16 octobre, sortie de la réédition du roman de Gilles Vidal "Le Sang des morts", aux éditions Multivers. Ce livre sera téléchargeable aux formats ePub et Kindle sur le site de l’éditeur :

http://librairie.multivers-editions.com/gilles-vidal/le-sang-des-morts

 

L'histoire : Vernais est une station balnéaire ordinaire, petite ville côtière peu touchée par le crime. Le commissaire Roger Vignes, marié mais ignorant son épouse, approche allègrement de la retraite. Le lieutenant Stanislas Delorme est son principal adjoint. Célibataire, il vit avec sa chienne Lucky, et s'en trouve très bien. Mariée à un homme d'affaire au bizness pas très clair, Margot Farges découvre le cadavre d'un quinquagénaire inconnu dans sa piscine. Ce n'est pas son mari Franck, absent, qui lui viendra en aide. La police enquête, ne tardant pas à identifier la victime. Il s'agit de Serge Kinderf, qui vivait en marginal depuis que des évènements douloureux l'aient fortement perturbé.

Le corps est reconnu par ses deux fils, Stéphan et Walter. Si Stéphan, le plus jeune, a été marqué par leurs problèmes familiaux, ce n'est guère le cas de son aîné. Walter est employé dans une agence de communication, mais se veut surtout écrivain en devenir. Dans la lignée d'un Thomas Pynchon ou d'un Malcolm Lowry, si possible. S'ennuyant dans son boulot, Walter ne laisse pas indifférente sa collègue Aude, même s'il garde sa réserve envers elle. On retrouve bientôt un second cadavre anonyme. Le légiste remarque une inscription en cyrillique sur son corps. Peu importe que ça signifie “L'absence est fatale”, l'essentiel est que cet homme appartient très certainement à une mafia russe.

Vignes, Delorme et leurs collègues enquêtent au domicile d'un nommé Jean Quibert. La maison de ce type, qu'on dit quelque peu dérangé, est un véritable dépotoir. Entre odeurs infectes et immondices variés, on trouve d'abord deux cadavres. Parmi les autres traces, il y aura aussi un crâne d'enfants et des ossements. Quibert n'est pas en état d'être interrogé, pour l'heure. Grâce à Margot, Stanislas Delorme s'intéresse au cas de Franck Farges, dont le passif apparaît chargé. Dans le même temps, le mari de Margot connaît de sérieux problèmes…

 

Dans ce remuant roman d'aventure, les policiers ne sont pas au bout de leurs peines. C'est un foisonnement de péripéties, un festival de rebondissements, que nous offre l'auteur. Aucun doute, Gilles Vidal est un narrateur hors pair, qui paraît se délecter de nous raconter en détail les tracas rencontrés par les protagonistes. Si la tonalité se veut légère, fluide et même quelque peu enjouée, ne nous y trompons pas : l'intrigue est diablement solide, parfaitement mesurée dans sa construction. Avec ses scènes courtes illuminant le récit, le feu d'artifice est sous contrôle. Le chassé-croisé des personnages n'empêche nullement qu'ils nous soient présentés avec précision. Si Stan Delorme, flic peut-être moins désabusé qu'il l'affiche, est un des pivots du roman, tous en sont héros autant que lui. Ce qui constitue un des beaux atouts de l'histoire, qu'on aurait tort de confondre avec un polar basique où se croisent bons et méchants. Gilles Vidal nous captive et fait sourire, nous entraînant dans un affaire palpitante. Une lecture vraiment très très agréable.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015
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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 04:55

Employée par une maison de production lyonnaise, Anna est une séduisante journaliste quadragénaire qui a des projets à l'international. Elle habite moins son appartement entre Rhône et Saône, rue du Bon-Pasteur, que cet ancien bâtiment industriel réaménagé, dans une bourgade de la région de Lyon. Anna a été mariée pendant vingt ans à un Argentin, homme autoritaire voire caractériel, qu'elle appelle encore l’Éternel. Elle ne se sent plus sous son emprise, désormais. Son amant actuel se prénomme Amar, une relation forte qui reste épisodique. Entre ses activités et sa passion des chevaux, il a besoin de sa liberté. Idem pour Anna, qui aime sortir, faire la fête, avec son ami Jules en guise de chaperon.

Marié à une infirmière souvent absente, fils de notaire, Jules Falconnet est secrétaire de mairie et photographe semi-pro. Il immortalise des évènements locaux, et ce qui lui paraît digne d'intérêt. Ce soir-là, il a accompagné Anna à un concert rock, avant de lui proposer de prolonger la nuit dans un club, le Carmin. Une boîte échangiste, pas de quoi effrayer Anna. Entre karaoké et sauna, avec l'ambiance musicale idoine, ça peut s'avérer excitant. Le patron Grégory et une poignée d'habitués, mâles et femelles, soirée passable en vue justifiant qu'Anna s'alcoolise quelque peu. Il y a aussi un assez beau mec, prénommé Joël. Il prend sexuellement l'initiative, sans qu'elle s'en inquiète puisque Jules est présent.

L'hôpital dans lequel se réveille Anna n'a rien d'accueillant. Elle aurait pourtant besoin de réconfort, car elle a l'impression d'un immense vide, d'être morte. Anna est incapable de se souvenir précisément de la tournure de cette nuit au club Carmin. Le diagnostic, c'est qu'elle a été hospitalisée en état d'ivresse, son taux d'alcoolémie le confirme. Pour une Russe d'origine comme elle, ça n'était pas insurmontable. Visiblement, on est pressé de se débarrasser, même si Anna est encore titubante. Jules la ramène dans sa bâtisse à elle. Il admet que son amie lui est apparue dans un état second, évoque le déroulement des faits et cet homme, Joël, auquel elle ne se refusait pas. Anna estime, elle, avoir été violée.

S'il existe des procédures, ça reste un parcours compliqué. L'hôpital de la Croix-Rousse la renvoie à la police, qui ne peut recevoir de plainte sur de simples allégations. Fichage et tests ADN, MST, VIH, sans impliquer trop vite son ami Jules. Personne ne témoignera sur la soirée, elle en est consciente. Pas davantage le voisinage, dans cette bourgade paisible où chacun cherche – comme Anna – la tranquillité dans un certain isolement. Enregistrer la version de Jules, ça pourra éventuellement servir à l'avocate qu'elle va contacter.

Quant à sa douleur persistante, elle reste intérieure. Elle s'est ravivée lorsque, ayant rôdé de nuit autour du club Carmin, Anna a été pourchassée en voiture. Elle explore les sites Internet pornographiques, cherchant si une sextape du Carmin a été déjà diffusée sur certains réseaux. L'occasion pour elle de découvrir toutes les perversions possibles parfois extrêmes, entre adultes consentants ou plus douteux, mais également du sexe illégal. Pas d'images d'elle, encore qu'Anna oublie de visiter des pages Facebook. Si elle a évité de le mettre tôt dans la confidence, c'est le patron d'Anna qui va bientôt faire avancer les choses. Des langues vont probablement se délier, dont celle de sa voisine Huguette. Anna identifiera-t-elle finalement le fameux Joël ?…

Brigitte Gauthier : Personne ne le saura (Série Noire, 2015)

Le thème de ce roman, c'est le viol. Aussi, soyons clairs : toute forme de viol est un crime inacceptable, catégoriquement impardonnable. Que ces abus sexuels se produisent par pression psychologique ou avec l'utilisation de drogues, rien n'excuse ces méfaits. Il existe des degrés d'acceptation sexuelle (telle l'exhibition, voire davantage), mais la limite est qu'un “Non” signifie “Non”. Si la séduction est un jeu, l'agression même avec une mise en scène qualifiée de libertine est fermement condamnable.

L'héroïne de cette mésaventure, entraînant une blessure profonde, n'est ni une sainte-nitouche, ni une oie blanche. Femme active d'un niveau socio-culturel avéré, il y a chez elle une ambivalence quant à ses rapports amoureux. D'un mari dominateur auquel elle fut effectivement soumise avant de s'en éloigner, jusqu'à un amant parfait mais à éclipses, difficile d'y voir une vie privée équilibrée. Elle montre un fort goût pour la fête, et une curiosité pour ce club échangiste. Quelle que soit la part d'attirance ou de "provocation" (un terme utilisé par les violeurs en guise de défense), comme toute femme, Anna n'en mérite pas moins d'être respectée. Ce qui n'est pas le cas. Évitant le pathos, cette fiction réaliste apparaît tel un rappel nécessaire, le viol restant trop fréquent et gravissime.

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 04:55

Après avoir vécu de tumultueuses aventures en Corée du Nord, le reporter Seth Ballahan vit en famille à New York, avec sa compagne Alicia et leur fille adoptive Maï-Long. Si la démocratie règne aux États-Unis, à l'inverse du régime de Pyongyang, la métropole new-yorkaise n'est pas exempte de violence. Ce qui alimente les médias, dont le journal où est employé Seth Ballahan. Celui-ci est obsédé par la récente disparition d'Andrea Scanavino, âgé d'une dizaine d'années, d'origine italo-américaine. Cette affaire énigmatique ne paraît pas passionner les flics du NYPD, tant il est vrai que quantité d'enfants disparaissent dans cette ville. Néanmoins, Seth s'entête sur ce cas, secouant un de ses indics, Bianchini.

Âgé de quatre-vingts ans, Vito del Piero reste le caïd incontesté de la mafia italienne à New York, régnant toujours sur Little Italy. N'ignorant pas l'enquête journalistique de Seth, Vito del Piero fait en sorte que l'affaire ne soit pas médiatisée. Une entente territoriale existe entre lui et Wang, le chef suprême de la mafia asiatique, qui domine le Chinatown new-yorkais. Un autre enfant, d'origine chinoise lui, vient d'être kidnappé à son tour dans ce quartier. Vito del Piero et Wang sont bien d'accord pour taire ces enlèvements. Le Chinois a chargé son meilleur homme, Ban Ki-Yun, d'obtenir des résultats le plus rapidement possible. Enquêtant avec son adjoint Cheng, le limier asiate ne progresse guère.

Nord-Coréen, Paik Dong-Soo est un ancien officier de son pays. Pur guerrier intrépide, il s'opposa aux méthodes tyranniques de ses dirigeants. D'ailleurs, Paik Dong-Soo rêve encore d'éliminer le dictateur Kim Jong-Un. Grâce à Seth Ballahan, avec lequel il a partagé de terribles épreuves là-bas, Paik et sa famille se sont installés à New York depuis trois ans. Dépressif, l'ex-militaire à la dérive n'est plus que l'ombre de lui-même. Se ressaisir, il y pense, mais pour quoi faire ? Même s'il n'est pas trop sûr de son choix, Wang pense à Paik pour résoudre cette affaire de kidnappings. Se sachant hors du coup, le Nord-Coréen surmonte son état déliquescent en revenant au sport et à une stricte discipline.

Seth et Alicia ont craint l'enlèvement de leur fille Maï-Long, mais c'était une fausse alerte. Ça renforce néanmoins la volonté d'action du reporter. Ex-profileur du FBI, Joshua Brolin lui semble être "l'homme de la situation". Il a en particulier gardé des contacts auprès de spécialistes de l'ADN. Selon Josh Brolin, le criminel n'organise pas un trafic d'enfants : son but est de les tuer, après les avoir probablement torturés. Redoutable adversaire qui sait certainement passer inaperçu au sein d'une telle métropole. En effet, dans son antre, "The Ace" compte bien poursuivre ses méfaits. Il s'inspire de cette légende urbaine des Chinois de la ville, affirmant d'un être démoniaque hante les sous-sols de leur quartier.

Une fois rétabli, c'est bien la piste que va suivre Paik Dong-Soo. La ville sous la ville, un véritable labyrinthe de coursives souterraines, de tunnels insondables, de pièces oubliées : c'est au cœur de ces ténèbres lugubres qu'il faut chercher. De son côté, l'indic Bianchini pense avoir repéré la nouvelle base de The Ace, qui va prestement l'éliminer. Y a-t-il un seul ennemi, ou deux ravisseurs, un homme et une femme ? Telle est la question que Seth peut se poser. The Ace n'a peur de rien, allant jusqu'à visiter l'appartement de Paik, sans que In-Soon, la femme du Coréen, et leur fils Il-Nam ne le voient. Il-Nam et Maï-Long pourraient bien figurer parmi les prochaines cibles de The Ace. Pour Paik et Seth, la chasse dans les obscurs réseaux souterrains sera aussi éprouvante que leurs péripéties passées…

Jean-Luc Bizien : Le Berceau des ténèbres (Éd.du Toucan, 2015)

Précisons qu'il n'est nullement indispensable d'avoir lu les deux précédentes histoires de cette trilogie ("L’Évangile des ténèbres" – 2010, "La Frontière des ténèbres" – 2011) pour apprécier ce thriller. Car, avec son brillant savoir-faire, Jean-Luc Bizien nous en esquisse l'ambiance, tout en se concentrant sur les évènements en cours. Ici, on reconnaîtra sans mal le New York tel qu'on l'imagine ou qu'on l'idéalise. Avec ses inévitables clans mafieux régnant secrètement sur cette ville, où tout peut se passer, même l'incroyable. Quant au danger représenté par les kidnappings, c'est un problème récurrent ancré dans la réalité new-yorkaise, on le sait.

Le baroudeur Paik Dong-Soo et le reporter Seth Ballahan sont au centre du récit, traquant le criminel, mettant tout en œuvre pour l'empêcher de nuire davantage. Le récit nous permet également de suivre les sbires du caïd Wang (Ban Ki-Yun étant quelque peu en rivalité avec Paik, bien sûr), la position du camp de Vito del Piero, et d'autres contribuant aux investigations. Ainsi, la construction de l'intrigue n'a évidemment rien de linéaire. On laisse une place à la psychologie des personnages, ce qui évite un rythme trop effréné qui ne conviendrait pas forcément. Jean-Luc Bizien maîtrise parfaitement tous les rouages de ce suspense sous haute tension, un roman d'action dans la grande tradition.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 04:55

À New York, un mystérieux gangster défiguré blesse Alex, l'inspecteur de police lancé à ses trousses. Immobilisé a l’hôpital, Alex se lie d'amitié avec Léo, un garçon de onze ans soigné ici pour une étrange maladie. Léo possède la faculté de sortir de son propre corps. Comme un fantôme, invisible de tous, Léo peut s'envoler et passer à travers les murs. L'homme au visage cassé énigmatique menace la ville d'un virus foudroyant. Grâce aux pouvoirs extraordinaires de Léo, le policier Alex reprend son enquête. Ils croisent Mary, journaliste a l'esprit vif et malicieux, dont la témérité lui fait souvent prendre des risques inconsidérés. Son humour moqueur s’applique aussi bien à Alex, avec qui elle partage secrètement des sentiments amoureux, qu’aux plus dangereux criminels. Est-ce bien raisonnable de taper sur les nerfs d’un psychopathe quand il pointe un revolver sur vous ? Quelques autres personnages interviennent dans cette affaire, dont un commissaire râleur, un duo inquiétant, l'indic La Taupe, ou le chien Rufus. Léo est face à un double défi : remporter une victoire contre sa maladie et contre un dangereux gangster…

"Phantom Boy" est un film policier Fantastique pour jeune public (à partir de 6/7 ans). Le polar et le Fantastique ne sont pas souvent associes dans le dessin animé. Pourtant la rencontre entre ces deux genres est très riche du point de vue du scénario et de la mise en scène. Est ajoutée a ce mélange détonnant une pincée de films de super-héros. Le titre est un clin d’œil aux surnoms désignant ces personnages. D'où vient l'idée de l'appeler "Phantom Boy" ? Le mot fantôme a une connotation lugubre. Pas de cimetière ni de morts-vivants dans cette histoire, le personnage est bien vivant. S'il veut dire la même chose, le mot anglais Phantom est plus nuancé que Ghost, avec sa sonorité proche de la prononciation française, plus poétique.

Même si l’informatique est un outil indispensable, l’animation est réalisée à la main sur du papier. De cette façon, le trait du dessin garde toute sa fragilité et sa sensibilité. Réalisés avec des craies à la cire sur papier, les décors de New York sont retravaillés sur ordinateur. Les coups de crayon et le passage de la craie sont visibles à l’écran. Tout ceci concourt a donner une vision personnelle de cette ville toujours cinématographique.

Cinéma : “Phantom Boy” - dessin animé d'Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli, dès le 14 octobre 2015

"Phantom Boy" est un film d'animation d'Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli. Avec les voix d'Edouard Baer (Alex), Jean-Pierre Marielle (l'homme défiguré), Audrey Tautou (Mary), Jackie Berroyer (La Taupe). La musique est signée Serge Besset. A partir de 1996, Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli réalisent ensemble plusieurs courts-métrages, dont "Les Tragédies minuscules", une série de dix épisodes pour Canal+ et Arte. En 2010 sort "Une vie de chat", leur premier long métrage. Le film est sélectionné au Festival de Berlin et poursuit sa route jusqu'à Hollywood, où il est nommé aux Oscars en 2012.

Pour les amateurs de polars, rappelons qu'Alain Gagnol a été publié dans la Série Noire : M'sieur (1995), Les Lumières de frigo (1997) ; dans la collection La Noire : Est-ce que les aveugles sont plus malheureux que les sourds ? (2000) ; chez Le Cherche-midi : La Femme patiente (2002), Axel et Joséphine (2004) ; chez Magnard Jeunesse : Léon à peur (2005), Pire que terrible (2005), et aux éditions Le Passeur : Un fantôme dans la tête (2014). Ce dernier roman fut, d'ailleurs, un des meilleurs noirs polars français de l'année.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements Polar_2015
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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 04:45

Dans une métropole comme la Grosse Cité, il se passe toujours plein de choses, bien sûr. Des trucs étranges, souvent. C'est un peu de la faute de l'Université d'Onirie, dirigée par le Professeur B. Avec son élève Loligoth et leurs amis Lutins Urbains, ils protègent la féerie, ils favorisent les rêves de la population. Forcément, ça sème la pagaille, tout cet imaginaire en liberté dans la ville. Et ce n'est pas le jeune policier Gustave Flicman, lui-même rêveur invétéré, qui va y remédier. Déjà qu'il a égaré par inadvertance le rhinocéros Chelou, qu'il devait amener à l'abattoir. Ce n'est pas avec sa mère et sa flopée de sœurs qu'il aura les pieds sur terre, Gustave. Pourtant, en compagnie de son partenaire Pticop, il faut bien qu'ils fassent leur job de gardiens de la paix.

Qu'est-ce qui passe en preum's ? Traquer une triade chinoise aux ordres du caïd mafieux Wang Fu, qui sévit dans la Grosse Cité en ce moment ? S'il avait compris ce que cachait la boutique "Le comptoir aux splendeurs", peut-être que Gustave aurait pu dénicher certains indices concernant un trafic de cornes de rhinocéros. Lui qui cherchait Chelou, justement, mais faut pas trop lui en demander non plus à ce naïf Gustave. Encore heureux qu'il n'ait pas causé de dégâts dans ce magasin de porcelaines. À vrai dire, c'est plutôt du côté des Malgaches sans-papiers vivant dans la Grosse Cité qu'il se produit des évènements pas si faciles à expliquer. Les voilà riches tout d'un coup, affirmant qu'ils ont gagné à un jeu. Et ils ne se gênent pas pour organiser une fiesta sur la place publique, ceux-là.

Renaud Marhic : Les Lutins Noirs (Éd. P'tit Louis, 2015)

Les perturbations actuelles semblent émaner d'un trio d'olibrius ultra-chevelus, mesurant cinquante centimètres, s'exprimant en termes gutturaux. Clandestinement, ils ont voyagé à bord d'un vieux zinc, d'un coucou à hélices. Autrement dit d'un avion hors d'âge, ayant fait un large détour depuis Madagascar jusqu'à l'aéroport de la Grosse Cité. Des Lutins Noirs, ça existe ? Oui, dans les légendes malgaches, les "Kokolampos" sont comparables à nos traditionnels Lutins bien de chez nous, y a pas de raison. Des petits bonshommes qui se laissent pousser les cheveux. Ces créatures mythiques possèdent des pouvoirs surtout bénéfiques (d'où la chance des Malgaches locaux?) si on ne les contrarie pas. Ils sont même capables de se transformer sous forme animale, oiseaux, sangliers ou autres.

Le chef de la BRO, Brigade de Répression de l'Onirisme, n'est pas content du tout. Car il a compris que c'est chez son vieil adversaire Barnabé, le Professeur B., que ces Kokos ont trouvé refuge. Ils ne demandent qu'à retourner dans la Grande Île, à Antananarivo, dès que Chelou sera retrouvé. C'est ainsi que directeur de l'Université d'Onirie confie à ce brave Gustave une mission impossible. Un bon "gavage de cerveau" l'aidera-t-il vraiment à réussir ? La sécurité du Président est aussi en jeu, quand même ! Tandis que le rhinocéros essaie de sortir des griffes de la triade du Bambou Masqué, peut-être que le jeune policier avec ses dreadlocks pourrait s'infiltrer chez les mafieux ?…

 

Après “L'attaque du Pizz'Raptor” et “Le dossier Bug le gnome”, voici le troisième tome de la série Les Lutins Urbains. Le "Petit Reporter de l'Imaginaire" s'en donne à cœur joie pour initier ses petits copains lecteurs aux secrets de la Grosse Cité. Il y a matière à un récit riche en rebondissements, car les aventures de Gustave Flicman et les tribulations des adeptes de l'Onirisme sont sacrément percutantes. Et pleines de mystère, comme il se doit. Seraient-ce que des Lutins Noirs ou de cruels Chinois ont entrepris de coloniser nos contrées modernes ? Il est fort possible le meilleur remède pour dénouer des situations inextricables, ce soit la féerie, donc le droit de rêver. Du moins, c'est ce que nous propose Renaud Marhic, qui nous raconte cette histoire avec une tonalité vive et enjouée de bon aloi. Un roman-jeunesse rythmé et drôle, très attrayant, pour tous les enfants (conseillé y compris à leurs familles).

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 04:55

Âgé de cinquante-huit ans, François Vasseur est un universitaire, spécialiste de l'Histoire médiévale. Son épouse quinquagénaire Mathilde, propriétaire d'une galerie d'art à Paris, a un faux-air de Meryl Streep dans "La route de Madison". Il semble que leur fille Camille se soit éloignée d'eux pour s'installer à Londres. Il est vrai qu'il ne furent guère des parents attentifs, leurs métiers passant d'abord. François Vasseur a connu un sérieux problème lui causant une blessure à la jambe. Le couple s'est installé depuis quelques mois dans une propriété campagnarde isolée, à une quinzaine de kilomètres de Quimperlé. Ils n'ont pour voisins que la famille du vieux fermier Le Bris, soixante-quinze ans. François Vasseur reste en contact avec les cercles universitaires parisiens. Il se rend régulièrement à Quimperlé chez la kiné Laurence, pour des séances de massage. Une certaine sympathie s'est nouée avec la jeune femme, mariée à Marc, lieutenant de gendarmerie.

Ce n'est pas un intellectuel comme François qui s'occupera du jardin, d'autant moins avec sa jambe douloureuse. Il engage un jeune homme de vingt ans aux cheveux ras, qu'il a rencontré par hasard. Ce Ludovic, originaire de Lille, vit dans sa camionnette. Il est assez taciturne et peu cultivé, mais il fait un excellent boulot dans le jardin du couple. Dans le bâtiment annexe de la longère des Vasseur, les travaux de l'appartement destiné à Camille sont restés en suspens. Entreprendre ce chantier paraît exciter Ludovic. Si Mathilde a été réticente au début, elle voit d'un bon œil qu'il se charge des travaux. Vu comme il pleut sans cesse à l'extérieur, plutôt que de loger dans sa camionnette, Ludovic est invité par le couple à s'installer dans l'appartement en rénovation. Quand François en parle à la kiné Laurence, elle lui recommande tout de même la prudence. Après tout, les Vasseur savent bien peu de chose sur ce jeune bricoleur, aussi compétent soit-il.

François a l'impression que le chantier a un peu ralenti depuis que Ludovic y habite. De menus incidents se produisent. Le plus troublant, c'est le vol d'un livre rare appartenant à François, que le jeune homme va discrètement restituer, faute d'avoir pu le vendre. Quand il fait des recherches sur Internet, François s'aperçoit que Ludovic se nomme en réalité Bryan Lefebvre, natif de Douai. Il a été impliqué dans une affaire de viol collectif : même s'il n'était pas coupable, c'est lui qui entraîna la jeune Mélanie lors d'une soirée de fête. Mathilde Vasseur n'est pas convaincue que Ludovic soit un vaurien. D'ailleurs, tous trois effectuent quelques sorties "en famille", le jeune homme apparaissant un peu tel leur fils. Mais ça fait près de deux mois que Ludovic est chez les Vasseur. Quand il annonce être sur le départ, les travaux étant terminés, ça soulage François. Pourtant, Ludovic ne va pas si vite quitter la maison du couple…

Valentin Musso : Une vraie famille (Éd.Seuil, 2015)

Voilà ce qui résume les cent-cinquante premières pages de cette histoire, le premier acte. On l'aura compris, les lecteurs ne sont pas au bout de leurs surprises. Car il reste deux-cent-vingt pages, en deux autres parties. Intrigue axée sur le trio de personnages principaux, plus trois ou quatre seconds rôles, cette histoire n'est toutefois pas théâtrale, figée dans son décor rural et pluvieux. Ici, le danger est en priorité psychologique. Même si, au final, on compte deux morts et un blessé, dont le pronostic vital ne sera bientôt plus engagé. Dès le début du deuxième acte, la situation va curieusement évoluer. Et l'on en saura un peu plus sur le passé de chacun des trois héros de l'affaire.

Quant aux lieux choisis, l'auteur semble avoir retenu l'image des impressionnantes crues à Quimperlé, sud-Finistère, en février 2014. Il présente un scénario intimiste, tout en sobriété. Ce qui n'empêche nullement des rebondissements, ni que doutes et questions viennent à l'esprit. Les amateurs de polars penseront inévitablement aux noirs suspenses de Frédéric Dard, écrits dans la première partie de sa carrière : un contexte quotidien, peu de protagonistes, des faits inquiétants restant légers, une ambiance qui tourne au malaise, peut-être à une forme de cruauté. Dans la même tradition, Valentin Musso nous a concocté un captivant psycho-suspense, très vivant grâce à une belle fluidité narrative.

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