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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 06:04

Lucien Workan est commissaire à la PJ de Rennes, où il habite dans le centre-ville. Il se déplace avec sa Bentley personnelle, même si cette voiture lui cause parfois des soucis. Son équipe se compose du capitaine Lerouyer, un rouquin frisé à l’ascendance irlandaise, pas le plus efficace des policiers ; de Laurent Roberto, un grand échalas ardennais natif de Charleville-Mézières ; et de Leila Mahir, authentique Berbère approchant de trente ans, jolie brune aux cheveux courts, amante extravertie de Workan. Possédant un caractère vif, le commissaire se heurte souvent à sa hiérarchie et à la procureure Sylviane Guérin. Il n’est jamais ponctuel aux réunions, préférant mener ses investigations à sa guise.

Workan a deux raisons de se rendre à Saint-Lunaire, station balnéaire proche de Dinard et de Saint-Malo. Quelques semaines plus tôt, le cadavre d’une escort-girl a été retrouvé déchiqueté sur les rochers de la Pointe du Décollé. L’affaire est restée non-élucidée. Elle était l’invitée de Charles Cochet, un retraité parisien. Depuis, c’est une nommé Cathia, également prostituée, qui vit chez ce Cochet. Sa bienveillance envers les putes ne le rend pas vraiment suspect. Le principal motif pour lequel Workan se rend à Saint-Lunaire, c’est qu’il a rendez-vous avec Mrs Susan Drummond, une Anglaise septuagénaire. Ça fait trente ans qu’elle habite là, avec son majordome Pierre Langevin, à son service depuis dix ans.

Mrs Drummond raconte au commissaire une histoire qu’il a du mal à croire. Elle serait la descendante de Jack l’Éventreur ! Son aïeul se nommait Russell Stablehorse. Médecin sur le chantier du Tower Bridge à Londres, de 1886 à 1894, il fréquenta le quartier tout proche de Whitechapel. S’il laissa ses instincts meurtriers se débrider en 1888, il commit d’autres crimes partout où il passa, avant son mariage. La signature de Jack l’Éventreur, il ne l’a jamais revendiquée ; mais Mrs Drummond a découvert ses confessions écrites, quarante-cinq pages de texte. Sceptique au départ, Workan devra admettre intérieurement que la plupart de ces confidences sont très crédibles. Il a une autre raison de s’y intéresser.

En 1999, sa mère Ewa Potrechka fut assassinée à Paris, par un copieur de l’Éventreur. Un cas qui n’a pas été éclairci depuis cette époque, qui tourmente d’autant plus Workan qu’il reçoit régulièrement des "signes" du criminel. Mrs Susan Drummond a une sœur, Jessica, internée en psychiatrie à Dinan, non loin de là. Pas facile de l’approcher pour Workan, bien qu’un de ses amis l’y aide sur place. L’ultime "héritier" de Jack l’Éventreur serait le fils de Jessica, Terry Drummond, âgé de quarante-cinq ans, qui ne donne plus de nouvelles à sa famille. Workan s’aperçoit que Terry avait un frère, Harry, militaire supposé mort au début des années 2000. L’un d’eux a-t-il un lien avec le meurtrier d’Ewa, la mère de Workan ?

Pendant ce temps, Roberto et Leila enquêtent sur la violente agression d’un chirurgien d’une clinique rennaise. La victime est l’ami d’un politicien, ce qui amène la procureure à mettre la pression sur l’affaire. Du côté de chez Charles Cochet, les escort-girls défilent, ce qui peut entraîner d’autres crimes. À force de rassembler des indices, viendra pour Workan le temps de la confrontation avec le coupable…

Hugo Buan : L’héritage de Jack l’Éventreur (Éd.du Palémon, 2016)

[Mrs Drummond] se leva et alla farfouiller dans le meuble indien, sous les yeux de Workan qui n’en perdait pas une miette.
Elle présenta la première photo, de dimensions proches de celles d’un format A4. On voyait Russell Stablehorse poser debout devant une plate-forme en pierre et, assez loin derrière lui, l’ossature de la tour rive gauche encerclée par les échafaudages. Un photo en noir et blanc, presque sépia. Il portait ce qui semblait être la casquette des bateliers de la Tamise. Une moustache épaisse lui barrait le visage, il emprisonnait dans sa main droite le fourneau d’une bouffarde. Il avait les yeux brillants – rieurs ? Une blouse blanche, enfilée sur ses vêtements, le camouflait entièrement. Elle descendait jusqu’aux chevilles.
— Belle allure de médecin, murmura Workan.

C’est la huitième fois que les lecteurs ont rendez-vous avec le commissaire Workan. Diable d’homme, pas avare de réparties cinglantes voire de vrais "coups de gueule", qui apparaît malgré tout attentif dès qu’il s’agit d’affaires criminelles. D’autant plus que le contexte ici n’est probablement pas sans un étroit lien avec le décès sanglant de sa propre mère. Que l’on essaie pas de lui dicter la ligne à suivre, toutefois, car ça le ferait enrager. Il se peut pourtant qu’un cas annexe, l’agression d’un chirurgien, ait son importance. Mais c’est vers la côte de Saint-Lunaire et dans ses environs qu’il pense trouver la clé du mystère.

Hugo Buan n’ignore certainement pas que les "ripperologues" sont sourcilleux quant au respect exact des "cinq crimes canoniques" attribués à Jack l’Éventreur. C’est donc avec précision que sont présentés les meurtres supposés de Russell Stablehorse, s’il est bien le mythique Jack. Il en aurait commis d’autres, passés inaperçus. Ce qui relance la fameuse question : pourquoi cinq victimes, et plus rien ? Les ouvrages qui ont affirmé "démasquer" l’Éventreur s’avèrent globalement peu convaincants (l’auteur en cite quelques-uns) : non, l’affaire Jack n’est pas résolue, et sera sans doute longtemps "interprétée". Si Hugo Buan reste dans la fiction, il dissocie les crimes eux-mêmes de la célèbre lettre signée par l’Éventreur. L’intrigue joue habilement sur les époques (1888, 1999, et aujourd’hui) tout en gardant, comme toujours dans cette série, une belle part d’humour. Cette nouvelle enquête du commissaire Workan tient toutes ses promesses : on se régale !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 06:04

Le commissaire Pieter Van In est policier à Bruges, en Belgique. Il est entouré de son ami et collègue Guido Versavel, homo assumé, et de leur assistante Carine. Van In est le mari d’Hannelore Martens, juge d’instruction. Le couple a deux enfants, Simon et Sarah. Van In est un époux maladroit, qui ne lutte guère contre son addiction alcoolique et fume trop. Si Versavel essaie de l’amener à un meilleur équilibre de vie, c’est loin d’être gagné. En cette période de carnaval, un meurtre a été commis à Blankenberge, ville du bord de mer située à une demie-heure de Bruges. Luc Catrysse, inspecteur de police local, est chargé de cette enquête. La jeune et très séduisante Katja Geenen a été étranglée dans la rue. Fêtarde bien connue ici, elle participait évidemment au carnaval.

Erwin Nolens, le petit-ami de Katja, nettement plus âgé qu’elle, est sous le choc quand il apprend sa mort. Il se trouvait cette nuit-là chez son ami l’homme d’affaires Benjamin Vermeersch, ce qui lui fournit un alibi. Le dernier ayant vu vivante Katja semble être Joris Mareel, un jeune homme sans charme et désargenté. Il est actuellement introuvable. Luc Catrysse connaît fort bien Mme Mareel, la mère de Joris, avec laquelle il eut une liaison il y a quelques années. La vie de cette femme fut autrefois agitée. Pour en savoir plus, Van In et Hannelore prennent le ferry pour l’Angleterre. À York, il est confirmé qu’un enfant de Mme Mareel fut adopté par un couple mixte, une Belge mariée à un Anglais. Aujourd’hui quadragénaire, cet homme vit en Belgique, où il occupe un poste important.

Bien qu’ayant tenté de fuir à bord d’un canot à moteur, Joris Mareel a été rattrapé, avant d’être interrogé par Van In et Versavel. Comme Luc Catrysse, qui plaide la cause du jeune Mareel, les policiers brugeois penchent plutôt pour son innocence. Néanmoins, quand Joris braque une épicerie pour un beau butin et s’achète une moto afin de circuler librement, on peut s’interroger sur son comportement. De son côté, l’arrogant Erwin Nolens a été pris en flagrant délit avec une prostituée, car un pyromane avait entrepris de causer un incendie au domicile du fiancé de Katja. Nul doute que quelqu’un a voulu se venger de Nolens. Qui reste évasif sur ses relations intimes, hormis Katja. Vus les éléments récents recueillis par la police, l’alibi de Nolens apparaît beaucoup moins fiable.

Le commissaire Van In et Hannelore Martens décident de s’installer quelques temps à Blankenberge, afin de mieux comprendre l’affaire et l’ambiance de la station côtière. Lorsque Benjamin Vermeesch disparaît, ça ne trouble guère sa stupide épouse vivant dans leur luxueuse propriété. Pourtant, l’homme d’affaires est réellement en danger, tandis qu’une grosse rançon est réclamée, fut-ce par un amateur…

Pieter Aspe : Bas les masques (Albin Michel, 2016)

Van In prit sa veste au portemanteau et s’habilla pensivement en marchant vers la porte. Il se trompa de manche. Au cours de sa carrière, il avait déjà enquêté sur plusieurs dizaines d’affaires de meurtre et il les avait résolues pour la plupart, mais un coupable lui était rarement tombé tout cuit dans la main comme ça. Quelque chose lui disait que Joris Mareel était innocent. Aussi était-il bien décidé à investiguer tous azimuts. La question était : si ce n’est pas Joris Mareel, qui ? Il circulait tant de rumeurs alimentées par la haine et la rancune à Blankenberge qu’une chatte n’y aurait pas retrouvé ses petits.

On retrouve avec grand plaisir le commissaire Van In et ses proches pour cette nouvelle enquête, la 17e parue en France depuis 2007. C’est un personnage fort attachant, car s’il a des défauts, ceux-ci ne sont pas rédhibitoires. Il abuse de la bière (belge), c’est sûr. Il se montre parfois susceptible, exact. Côté couple, il dort plus souvent sur le canapé que dans le lit conjugal, en effet. Ce n’est pas qu’il se sente en état d’infériorité : c’est la complexité des rapports homme-femme qu’il maîtrise mal, car il arrive que tout aille pour le mieux entre Hannelore et lui. D’ailleurs, en ce qui concerne les relations compliquées, il va être servi lors de cette affaire.

Blankenberge étant une ville d’à peine vingt mille habitants, on ne sera pas surpris que des liens se tissent assez facilement. Néanmoins, concernant les principaux protagonistes, il ne s’agit pas de simples amitiés entre concitoyens. En observant la population autant qu’en essayant de régler un cas d’enlèvement, Van In et Versavel cherchent à éclaircir les secrets de chacun. Un solide roman d’enquête dans la très belle tradition, avec la tonalité propre aux intrigues de Pieter Aspe.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 07:36

Trois collégiens : Frederik et Katrine sont frère et sœur, Jesper est leur meilleur ami. En ce début décembre, ils sont en proie à des cauchemars angoissants autour du Noël qui approche. Ces signes inquiétants, ce n’est pourtant pas leur chat Aslan qui les provoquent. Non, ils reçoivent la visite nocturne du lutin Aruld et de son renne Rudalf. Car cet assistant du Père Noël a un urgent besoin d’aide. Rien ne va plus dans l’Atelier, où l’on confectionne les cadeaux destinés aux enfants. Il y a peu, le gourmand Père Noël a dévoré des biscuits au gingembre, ce qui lui causa des hallucinations. Puis il fut éliminé par un personnage à capuche, sombre silhouette malfaisante dans cet univers dédié au bonheur. Avec lui, une troupe de Kallikantzaros, des monstres l’aidant à mettre en œuvre son plan diabolique.

Le lutin Aruld a été témoin de cette prise de pouvoir par Krampus, qui accomplit là une criminelle vengeance contre le Père Noël et son entourage. Son projet néfaste ne concerne pas seulement l’Atelier, mais le monde entier. D’ailleurs, dès le 6 décembre, des accidents graves se multiplient à travers la planète. Certains enfants commencent à avoir d’étranges comportements. Selon Aruld, il n’est peut-être pas trop tard pour réagir, afin de contrecarrer cette force obscure et destructrice. Malgré tout, rejoindre les installations du Père Noël n’est pas une sinécure. Sur place, règne une ambiance glaçante, quand Aruld, Frederik, Katrine et Jesper retrouvent l’Atelier déserté. Même s’il peuplé de rêves agités, leur repos d’une nuit n’est pas inutile avant d’affronter la suite.

La situation est carrément dramatique pour les lutins. Certains sont devenus les esclaves du meurtrier et des Kallikantzaros. D’autres gisent dans la cour, avant qu’interviennent des oiseaux prédateurs. Bien que possédant quelques atouts magiques, Aruld et ses jeunes amis sont bien vite repérés par les nouveaux maîtres des lieux. Si on les maintient au cachot jusqu’aux fêtes de Noël, une avalanche de crimes sanglants risque d’être commis bientôt. Empêcher ça ? Le petit groupe n’entrevoit guère de solutions. D’autant que si Aruld et les garçons réussissent à s’enfuir, Katerine est encore prisonnière de Krampus, l’instigateur de cette affaire. Certes, elle résiste autant qu’elle le peut, mais le supplice imposé par le meurtrier pourrait bien la faire craquer.

Aruld, Jesper et Frederik ont trouvé refuge au palais du roi Frost. Ce qui signifie, même si le roi est accueillant, qu’ils ont frôlé de très près la mort. Retrouver un vieux grimoire dans les archives du Père Noël suffirait-il à lui redonner vie ? Tandis que le 21 décembre, la morosité générale a envahi la Terre, le lutin et ses amis vont encore être confrontés à des dangers pour tenter de résoudre ce terrible problème…

Kenneth B.Andersen : Le Père Noël assassiné (PKJ Pocket Jeunesse, 2016)

Plus personne ne croit en Noël. Tout le monde a oublié ce qu’est Noël : la bonté humaine. Et s’il ne se trouve plus personne pour y croire, comment pourrait-elle subsister ? […]
— On doit bien pouvoir faire quelque chose. Il doit bien rester un espoir. Et je suis sûr que vous le savez, sans quoi vous n’auriez pas pris la peine de nous sauver. Vous nous auriez laissé mourir. Cela n’aurait rien changé. Pourtant, vous avez changé le cours naturel des choses, et je suis persuadé qu’il n’a pas encore remporté la partie. Il y a encore de la bonté dans ce monde...

Une histoire de Père Noël, dans un roman destiné aux ados, c’est de saison. Sauver la trêve de tranquillité et de joie des fêtes de fin d’années, une bien belle mission pour les jeunes héros. Certes, nous sommes au cœur de la mythologie issue, nous rappelle-t-on, de la légende de Saint-Nicolas, revue et corrigée par une marque de soda. Bien sûr, c’est dans les locaux du Père Noël que se jouent les moments cruciaux. Néanmoins, il ne s’agit pas ici d’un roman gentillet, avec des méchants-pour-rire et de gentils-enfants-intrépides. On est davantage dans un conte cruel, teinté d’une bonne dose de Fantastique.

Entre la possibilité de se rendre invisible, de réduire sa taille ou de grandir à volonté, et une poudre à modifier le temps qui passe, pour ne citer que ces exemples, la magie fait partie du contexte positif. Toutefois, le récit comporte des épisodes beaucoup plus noirs, des menaces extrêmement inquiétantes. Tout comme le Diable, qui était un ange déchu, le responsable de la situation dramatique est un être sans pitié. On espère que Katrine, Aruld, Jesper et Frederik parviendront à remettre les choses en bon ordre. Mais rien ne l’assure, face à un tel ennemi. Après tout, dans la vraie vie, les problèmes ne se résolvent pas toujours aisément. Un suspense percutant pour jeunes lecteurs !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 06:01

De New York jusqu’à Salzbourg, deux suspenses très différents, désormais disponibles en format poche.

 

Robert Pobi : Les innocents (Éd.Points, 2016)

À trente-sept ans, Alexandra Hemingway est policière à New York depuis dix ans, dont les sept dernières années à la Criminelle. Grande et sportive, elle pratique le kayak sur l'East River. Elle conduit son Suburban, un gros SUV, dans la circulation citadine. Elle s'est un peu éloignée de ses parents, mais garde contact avec sœur Amy, son frère Graham, et son oncle avocat Dwight. Elle vit avec Daniel, et vient d'apprendre qu'elle était enceinte de six semaines. Alexandra est une flic de choc, aux réflexes rapides et dure au mal. Suite au décès de son compagnon flic, l'affaire Decker entraîna des séquelles physiques pour elle. Se confier à la tombe du défunt policier participe à une sorte de psychothérapie. Son partenaire à la Criminelle, c'est Jon Phelps, père de famille bien plus âgé qu'elle. Bien que corpulent, Phelps est toujours vif quand il s'agit de réagir.

Des élèves de milieux fortunés âgés de dix ans, repérables dans leurs uniformes scolaires, sont kidnappés non loin de leurs écoles. Le cadavre du petit Tyler est retrouvé dans la rivière, deux heures après sa disparition, les pieds sectionnés. Puis, dans le cas de Bobby, on a égorgé son chauffeur qui l'attendait, avant de mutiler l'enfant à son tour. Les deux jeunes victimes étaient vivantes quand on les a amputées. Un suspect apparaît bientôt dans les fichiers de la police. Âgé de cinquante-six ans, Trevor Deacon fut inquiété trois décennies plus tôt pour pédophilie, mais peu poursuivi. Depuis qu'existe Internet, c'est si facile de trouver des mômes pour ces prédateurs. Débarquent dans le miteux logement de Deacon, les policiers y trouvent son cadavre découpé, depuis peu. Dans son congélateur, soixante-quinze pieds d'enfants, qui seront assez vite identifiés.

Après Bobby, retrouvé aussi dans l'East River, c'est le petit Nigel qui est victime du tueur. Tous trois ont été conçus par insémination à la clinique Park Avenue. Brayton, le médecin qui s'en chargea, a disparu depuis des États-Unis. Alexandra se heurte à l'hostilité de la féroce directrice, mais la policière fonceuse n'a pas peur d'elle. L'actuel médecin de la clinique se montre plus coopératif, parce qu'il sait que sa carrière est fichue. En fait, il sera bientôt éliminé. Probablement parce qu'il en savait trop. La mort du médecin permet à la police d'exiger l'accès à tous les dossiers des familles concernées. La plupart de ces parents ont des comportements spéciaux, aux yeux des enquêteurs. Alexandra fait appel à son oncle avocat afin d'explorer une autre piste, grâce au dealer de Deacon. L'équipe d'Alexandra intervient à bord du ferry sur l'Hudson, retrouvant encore une victime du même âge. Le tueur continue à s'attaquer à d'autres garçons, y compris lors d'une compétition sportive scolaire…

New York est la métropole idéale pour situer une intrigue à suspense, quantité d'œuvres de fiction l'ont déjà démontré. Entre Central Park et l'East River, l'Upper East Side est le quartier le plus rupin de Manhattan. Population fortunée et classieuse, écoles huppées que fréquentent les heureux rejetons des meilleurs milieux. C'est dans ce décor peu anxiogène que l'auteur situe cette suite criminelle. Bien qu'on ne badine pas avec la sécurité dans ce secteur, une tension certaine va en gâter l'ambiance. D'autant que les médias racoleurs ne se privent pas d'alimenter l'inquiétude, quels que soient les efforts de la police.

Au centre de l'affaire, une policière baroudeuse et son compère enjoué. Ils connaissent les statistiques sur ce sujet ultra-sensible : “Six mille cinq cents enfants disparaissent à Manhattan et dans les environs proches chaque année : quatre-vint-dix-sept pour cent de ces disparitions sont des fugues ; environ cent cinquante cas s'avèrent être des enlèvements commis par des parents qui n'ont pas la garde de ces enfants ou par des membres de la famille ; une quinzaine enfin disparaissent de la planète sans laisser la moindre trace.” Face à un tueur agissant vite, les flics se doivent d'être aussi réactifs. Non seulement l'auteur utilise les meilleurs ingrédients du thriller, mais il nous captive de la première à la dernière page. Parce que les victimes sont, pour l'essentiel, des enfants de dix ans brillants, surdoués ? Du fait que l'enquêtrice et ses collègues ne ménagent pas leur peine ? Parce l'assassin apparaît d'une grande perversité ? Oui, et pour beaucoup d'autres raisons. Un suspense enthousiasmant, absolument réussi.

Polars en poche, Robert Pobi (Points) et Ursula Poznanski (Pocket)

Ursula Poznanski : Tout un poème (Éd.Pocket, 2016)

Beatrice Kaspary est policière à la Brigade criminelle de Salzbourg, en Autriche. Âgée de trente-six ans, mère de deux enfants, Jakob et Mina, elle est divorcée d'Achim. À cause de son métier, Bea apparaît moins proche que son ex-mari de leurs enfants. Peu appréciée par son supérieur Hoffmann, Bea peut compter sur son partenaire Florin Wenninger, sur leur expert en informatique Stefan, et d'autres collègues. Des campeurs en promenade ont découvert les cadavres d'un couple dans une forêt de la région salzbourgeoise. La fille a été étranglée, tandis que l'homme a été abattu par balle. Pas de viol, mais tous les deux portent des traces d'ecchymoses, et des signes qu'ils ont été ligotés.

On ne tarde pas à identifier l'homme, un étudiant nommé Gerald Pallauf, très actif sur les réseaux sociaux d'Internet. Il hébergeait depuis peu une certaine Sarah, venue d'Allemagne, sans doute pas vraiment une amie intime. Ce type inoffensif n'aurait pas acheté clandestinement l'arme volée qui l'a tué. En effet, la version officielle serait qu'il a étranglé cette Sarah avant de se supprimer. Trop incohérent, estime Bea. Le médecin légiste confirme : “La victime masculine était de faible constitution. Pas du tout entraînée. S'il y avait eu lutte entre les deux, la femme aurait eu le dessus”. La police identifie la seconde victime, Sarah Beckendahl, originaire de Hanovre. Un informateur anonyme fixe rendez-vous aux policiers, mais ne se présente pas finalement. C'est sur une toute autre piste que se lance Bea.

Gerald Pallauf et Sarah Beckendahl faisaient partie de “Vive la poésie”, groupe d'échange littéraire sur Internet. Bea créée un faux compte Facebook et s'inscrit pour participer à ce groupe. Quand le corps de Rajko Dulović est retrouvé dans la rivière Salzach, la policière est convaincue qu'il s'agit de leur informateur. Il n'avait pas de rapport avec la poésie. Bea suit les réactions du groupe à l'annonce de la mort de Gerald et Sarah. Avec Florin, elle se rend chez Helen Crontaler, créatrice de “Vive la poésie”, dame condescendante appartenant à un milieu aisé et intellectuel. Bea essaie d'amadouer certaines personnes. En particulier Ira Sagmeister, dont elle discerne le caractère secret. Si un meurtrier se cache au sein du groupe, il risque d'y avoir de nouvelles victimes…

Quelques titres d'Ursula Poznanski sont disponibles en français : “Sous haute dépendance” (Bayard Jeunesse), et dans la série dont Beatrice Kaspary est l'héroïne : “Cinq” (Presses de la Cité, Sang d'Encre) réédité chez Pocket sous le titre “Ça ressemble à un jeu”. Chacun connaît sans doute les "forums" dédiés à une thématique, rassemblant des passionnés. En règle générale, les rencontres sont assez rares ou fugaces dans la vraie vie entre membres d'un forum. Peu de contacts, mais néanmoins un plaisir en commun. On peut imaginer aussi que certains les utilisent à des fins plus nébuleuses.

C'est sans précipitation qu'Ursula Poznanski installe la part criminelle de son récit. Certes, il y a rapidement trois meurtres. Mais elle prend soin de dessiner les personnages (Florin contrarié vis-à-vis de sa petite amie Anneke, la vie de famille de Bea s'étiolant…) dans un début classique d'enquête, avec interrogatoire de témoins. Il faut un peu de temps à la policière pour "intégrer" le groupe “Vive la poésie”, et surtout pour comprendre les liens possibles entre plusieurs contributeurs. Ce tempo est bien celui qui convient dans le cas présent. À partir du meurtre suivant, le dernier tiers de l'histoire nous éclaire sur l'origine des faits. Un suspense maîtrisé et de bon niveau.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 06:10

La marquise italienne Luisa Casati s’installe en cet automne 1908 à Paris. C’est l’hôtel Ritz, place Vendôme, qui a l’honneur de la recevoir, avec toute sa ménagerie et son personnel exotiques. Épouse de Camillo Casati, un noble oisif qui mène sa vie de son côté, Luisa est l’héritière d’une très grosse fortune. Ce qui explique que ses excentricités soient excusées par la direction du Ritz. D’autant qu’elle compte bon nombre de célébrités parmi ses amis. Néanmoins, c’est un remue-ménage permanent autour d’elle : la virevoltante marquise ne fait rien pour passer inaperçue, que ce soit chez les joailliers, chez le couturier Paul Poiret, dans les soirées mondaines où elle ne craint pas de s’inviter, dans les banques et tous autres endroits où il est de bon ton de la trouver. Partout, elle joue son personnage.

Dès son arrivée, la marquise Casati croise le policier Justin Galuchard. Avec son parapluie, son chapeau melon et sa redingote vert olive, il correspond au portrait des limiers du Quai des Orfèvres de son temps. Il s’est donné pour mission d’appréhender Alfred Lupin, un des plus célèbres gentlemen cambrioleurs de France, un parent d’Arsène. Galuchard et Luisa se rencontrent d’abord dans les caves du Ritz, mais c’est bientôt sur le toit de l’hôtel que va être découvert un cadavre. Il semble s’agir du scientifique Artemus Gallardon, un client de cet établissement. Sauf que le Professeur est bien vivant dans sa chambre. Fine mouche, l’Italienne a déjà compris que c’était en réalité le fameux Alfred. Celui-ci avait un projet très singulier avec Gallardon. La marquise et le cambrioleur enquêtent ensemble dans le milieu de la fonderie d’art, et font la connaissance d’un vieil ouvrier mal embouché.

Si chacun va son chemin, la marquise est convaincue qu’Alfred commettra un vol au cours d’une soirée de fête chez le comte et la comtesse de Melleroy. Dangereux quand même, car le policier Galuchard est présent sur les lieux. Néanmoins, le coffre de l’aristocrate est bel et bien délesté de son contenu. Un tour de passe-passe qui n’est peut-être pas l’œuvre d’Alfred. D’ailleurs, Galuchard retrouve le butin pas si loin. Pourtant, le cambrioleur a mis la main sur autre chose de plus grande valeur, chez les Melleroy… Qui a donc volé un collier produit par les joailliers Van Cleef & Arpels ? La marquise ou bien "son double", en la personne du facétieux Alfred ? L’Italienne est disculpée, possédant un bon alibi. Mais tous deux ne sont-ils pas complices, d’une certaine façon ?

La marquise Luisa Casati et Alfred Lupin sont appelés à se côtoyer encore quelques fois, entre les Galeries Lafayette et la banque du Crédit Foncier. Autant pour tirer profit de situations énigmatiques (du côté d’Alfred) que pour résoudre des cas nébuleux (en ce qui concerne l’Italienne). Quant à Galuchard, il fera ce qu’il pourra, on ne lui en demande pas davantage…

Frédéric Lenormand : Madame la Marquise et les gentlemen cambrioleurs (City Éd., 2016)

Quelque chose la tarabustait : qui avait tenté de renverser le fondeur avec une automobile ? Ce n’était pas un ordre de Lupin, il ne se serait pas précipité pour le sauver. Et qui avait tué Gallardon ? Sûrement pas Lupin non plus, il n’en retirait nul bénéfice, en tout cas il ne l’aurait pas tué sur le lieu même de leur cambriolage. Elle voulait bien le croire quand il disait qu’il existait dans cette affaire un troisième larron dont ils ignoraient tout. Un homme dangereux, tout proche d’elle. Luisa frémit et caressa l’échine de son guépard…

Le début du 20e siècle fut riche en personnalités excentriques, qui animèrent les milieux artistiques et festifs du Paris de la Belle Époque. Certes, on parle ici des cercles fortunés au centre des mondanités d’alors, dilapidant sans compter, jouant les mécènes, se ruinant quelquefois. Luisa Casati (1881-1957) a bien existé, figurant parmi cette caste aisée de la société. Elle fut la muse de nombreux artistes de son temps, du poète Gabriele d’Annunzio au portraitiste Giovanni Boldini, en passant par la sculptrice Catherine Barjansky, Man Ray et quantité d’autres. Frédéric Lenormand reprend pour cette fiction certaines des images qu’elle a laissées, et les traits de caractère qu’on connaît d’elle. Elle s’environna d’animaux et finit sans le sou à Londres, comme le montre ce roman.

Par contre, concernant le gentleman cambrioleur, l’auteur ne vise pas de rester fidèle à la mythologie d’Arsène Lupin. C’est pourquoi il ne s’agit pas de lui, mais d’un prénommé Alfred. Si, tel son homologue, il se grime à volonté et ne redoute nullement la police, il sert surtout de faire-valoir à la fantasque marquise italienne. Les écrivains populaires d’alors (Maurice Leblanc, Gaston Leroux, Souvestre et Allain…) nous ont donné à penser que tout était possible à cette époque, même les scènes les scènes les plus incroyables, n’est-ce pas ? C’est donc ce que, à son tour, nous propose Frédéric Lenormand. Il utilise une tonalité pleine de légèreté, qui est la bienvenue. Voilà un roman policier sympathique et distrayant à souhaits.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 05:59

Âgé d’une trentaine d’année, Antoine Revin est veilleur de nuit dans un foyer social de la région de Limoges. On y héberge des ados en difficulté sociale ou psychologique. Maîtrisant sans trop de problème la situation, Antoine apprécie ce métier. N’étant pas éducateur, il n’a pas à s’intéresser au cas des pensionnaires. Pourtant, il discute souvent au milieu de la nuit avec la jeune Ouria. Parfois, il calme le petit Aymeric qui cauchemarde, croyant voir un moine templier. Une nuit, il suit une émission de télé sur l’affaire Firnbacher : un jeune condamné est en prison depuis des années, accusé d’avoir tué et mutilé un enfant. Le portrait-robot d’un vague suspect jamais identifié frappe Antoine. Il connaît l’homme, lié à un épisode douloureux de sa propre vie.

Antoine avait huit ans. Il adorait plonger dans la Vézère, en aval du barrage de Treignac. Malgré les crues de la rivière, il ne craignait pas les risques. Ce jour-là, il fut heurté par un tronc d’arbre, et faillit mourir. Un inconnu se trouvant sur la rive le sauva des eaux. Ce blond barbu aux yeux bleus soigna ses multiples plaies, non sans lui faire un peu mal pour qu’il retienne la leçon, avant que l’enfant ne soit hospitalisé. Le corps d’Antoine est encore strié des cicatrices causées en cette occasion. Conscient que son témoignage sur le suspect du portrait-robot peut relancer l’affaire Firnbacher, Antoine s’adresse à un ami journaliste, qui le met en contact avec Teddy Romero, expert en tueurs pervers.

Romero et sa collaboratrice Mina, médium, interrogent en détail Antoine sous hypnose. Les faits sont proches de ceux du dossier Firnbacher. La méthode correspond à celle du découpeur, qui a seize victimes à son actif. Avec une notable différence tout de même, c’est qu’Antoine est vivant et que c’est ce découpeur qui l’a sauvé et soigné. Une révision du procès apparaît possible. Au foyer, une nuit suivante, le jeune frimeur Gaétan cause des troubles qu’Antoine parvient à réprimer avec l’aide d’Ouria. Après l’incident, un éducateur lui rappelle qu’il n’a pas à s’improviser psy. Un peu plus tard, Antoine soupçonne une présence suspecte autour du foyer…

Éric Maneval : Retour à la nuit (Éd.10-18, 2016)

— Antoine, nous avons étudié le dossier médical de votre hospitalisation. Nous n’avons hélas pu rencontrer aucun témoin direct de votre séjour, et ce qui apparaît c’est qu’il vous a sauvé la vie. Certes, il vous a découpé, mais d’après le rapport vous aviez de nombreux résidus de bois dans le corps. Vous avez survécu à de graves infections. Il n’est pas chirurgien, il a fait ce qu’il a pu avec ce qu’il avait. Il se peut également qu’il ait pris du plaisir à ça. Il se peut même que cet évènement ait déclenché chez lui quelque chose de profondément pathologique qu’il aura reproduit plus tard. Mais ce qui est certain, Antoine, c’est qu’il vous a soigné. Il ne vous a sadiquement fait aucun mal.

Cette intrigue noire et psychologique s’avère plus interrogative qu’oppressante, ce qui constitue un bel atout. Inutile de surcharger la tension quand l’histoire est bien pensée. Et la forme assez courte permet au récit de garder une réelle densité. Sans doute, mais ce n’est pas un reproche, l’auteur aurait-il pu s’attarder sur la relativité des témoignages. Apporter une version disculpant l’accusé dans une révision de procès, ce n’est pas anodin. Et puis, le héros n’occulte-t-il pas une part d’enfance dans son récit ? On laisse au lecteur le soin de se poser lui-même les questions.

Pour les sceptiques à ce sujet, l’hypnose est traitée de manière intéressante, puisqu’elle va jusqu’à la transmission de pensée. Quant à la psycho des ados, on voit ici que certains éducateurs sociaux en ont une vision trop schématique. Prendre du recul, éviter l’affectif, c’est d’accord. Mais ces jeunes ont aussi un instinct, une sensibilité du vécu, qu’Antoine perçoit mieux que ses collègues. Un suspense qui se base sur de tels personnages, êtres humains donc imparfaits, ne peut que séduire !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 07:48

C’est à Montmartre que se situe l’univers du commissaire Léon. C’est là qu’il habite, avec sa envahissante mère Ginette. Plus Belge qu’elle, ça n’existe pas. Plus intrusive dans la vie de son fiston Léon, c’est pas imaginable. Il y a aussi le chien du commissaire, Babelutte. À peu près inutile, car sans le moindre flair. Toujours prêt à fuguer, dès que ses instincts sexuels se réveillent. Le QG de Léon, c’est Le Colibri, le bistrot de Jeannot (pas loin du Lux Bar, cher au regretté Bernard Dimey). La fine fleur de la faune montmartroise y est ancrée quasiment du matin au soir. Il paraît même qu’on y croise parfois des auteurs de polars, Thierry C. ou Mouloud A. Et puis, il y a le commissariat où Léon tricote en cachette de ses adjoints, pour s’empêcher de fumer. Nina Tchitchi, Pinchon et Bornéo, voilà une équipe de policiers hors norme qui s’active, même si leurs résultats peuvent laisser sceptique.

Le commissaire Léon part enfin en vacances, et même en croisière. Pas aux antipodes, sur un paquebot luxueux. Tout en restant aux portes de Paris, Léon et Babelutte vont naviguer sur le Canal de l’Ourcq. Un voyage bucolique et solitaire pour le commissaire, qui n’a pas embarqué sa mère Ginette et qui évitera de trop répondre au téléphone, si possible. Sauf que Léon découvre du côté de Sevran le cadavre d’une jeune rousse de dix-huit ans, complètement défigurée, attachée à une échelle sous l’eau, près de la rive. Si elle n’a pas été violée, elle a le lobe d’une oreille arraché. Léon appelle Nina, Bornéo et Pinchon à la rescousse, pour mener l’enquête tandis qu’il poursuit sa croisière sur l’Ourcq. Dans un coin de forêt, il découvre une maison lugubre, habitée par la petite Aurélie, qui ne parle pas, et par sa grand-mère impotente, à l’allure de vieille sorcière digne des contes d’antan.

Bien que Léon l’ignore, la fillette Aurélie est sacrément perturbée par l’image fantôme de sa mère disparue, qui s’adresse à elle dans sa tête. S’il est vrai que rôde un être pervers, la gamine pourrait être séquestrée dans la cale d’un bateau à l’abandon. Encore qu’elle soit capable de se sortir, momentanément, de ce mauvais pas. Un peu plus loin, dans les bois de Claye, c’est le cadavre d’un jeune pendu qui est à son tour retrouvé, le visage arraché comme pour la rousse. Rebelote pour l’équipe du commissariat. Léon rencontre alors Minouche et surtout son frère Bilou, drôle de bonhomme. Suspect, ce cantonnier de Villeparisis obsédé par les nains de jardin est longuement interrogé par les limiers-adjoints de Léon. Plus sûrement le profil d’un chtarbé que d’un criminel, le Bilou : en le cuisinant à point, peut-être livrera-t-il malgré tout un ou deux détails intéressants ?

Dans le même secteur géographique, une infirmière assez moche a été agressée par un type tout juste évadé de prison. En soupçonnant ce nommé Bullit, les enquêteurs sont-ils enfin sur la piste du tueur ? Rien n’est moins certain, mais en voilà un autre capable de fournir des indices. Tout en poursuivant son périple pas si paisible sur le canal, Léon va s’occuper de la petite Aurélie, tout en n’oubliant pas qu’un tueur reste dans l’ombre…

Nadine Monfils : Le silence des canaux (Pocket, 2016)

…Et s’il était entré dans la police, les histoires de sa grand-mère y étaient pour quelque chose. Elle lui avait donné le goût de l’intrigue et une fascination pour l’inexplicable. Pour lui, un criminel était une énigme.
La nature lui faisait du bien. Elle lui redonnait la force dont il avait besoin. Toutes ces nuits, il les avait passées à reconstituer les crimes. Il s’était mis tour à tour dans la peau des victimes et dans celle de l’assassin. Être flic, c’est comme être comédien ou écrivain. C’est se mettre dans la peau des autres pour ressentir et chercher à comprendre. Et le grand danger, c’est la compassion. Tant pour les bourreaux que pour les victimes. C’est là qu’on risque de basculer. De se prendre pour Dieu.

Inutile de préciser que “Le silence des canaux” est un jeu de mot en référence au roman de Thomas Harris “Le silence des agneaux”, mettant en vedette le célèbre Hannibal Lecter. Toutefois, ce sont plutôt des allusions à Georges Simenon et à son œuvre qu’il faut voir dans le présent roman. À bord de la péniche l’Ostrogoth, le créateur de Maigret navigua sur les canaux à travers la France vers 1930. De “La maison du canal” au “L’Écluse n°1”, en passant par “Le charretier de la Providence”, “Chez les Flamands” ou “Le baron de l’écluse”, canaux et cours d’eau lui servirent bien des fois de décors. Ici, le commissaire Léon embarque sur une péniche nommée “Le bateau d’Émile”, une nouvelle de Simenon. Il sera encore question d’un château de Saint-Fiacre, bien que celui de Maigret se situe dans l’Allier, alors que nous restons sur le Canal de l’Ourcq à quelques encablures de Paris.

Dans ses romans pleins d’inventivité, Nadine Monfils nous offre un feu d’artifice coloré de fantaisie, d’humour débridé, de caricatures réussies. Néanmoins, jamais elle n’omet que la "comédie policière" se base obligatoirement sur une intrigue criminelle, si possible forte. La noirceur qu’elle décrit est héritée des contes d’autrefois qui, s’ils sont édulcorés pour les enfants, étaient d’une férocité cruelle. Le crime n’épargne pas les petites filles, c’est un des thèmes souvent exploités par cette auteure. Le surnaturel ou l’ésotérisme ne suffisent pas toujours à les sauver des griffes d’obsédés martyrisant leurs victimes (et les ours en peluche), quel que soit le rôle joué par une sorcière dans l’histoire. Une drôle d’alchimie entre noirs mystères et francs sourires, voilà ce qui rend vraiment agréable la lecture des suspenses originaux de Nadine Monfils.

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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 06:06

À New York, de nos jours. Le détective privé Leonid McGill est âgé de cinquante-cinq ans. C’est un Noir de taille moyenne, mais plutôt musclé car il pratique la boxe. Il est marié à Katrina depuis près d’un quart de siècle. En marge de leur couple, elle a eu des aventures, ce qui contribue aujourd’hui à son état dépressif. De son côté, Leonid est un homme qui attire les femmes. Sans doute parce que, ayant longtemps appartenu à des milieux ne s’accordant guère avec la Loi, il émane de lui une allure de "dur". Bien que s’étant écarté du banditisme, il garde de nombreux amis parmi les délinquants, et même les tueurs-à-gages. Le capitaine de police Carson Kitteridge l’a toujours à l’œil, n’ignorant pas que Leonid (dit LT) franchit dans les deux sens la frontière entre actes illégaux et autorisés.

Si Leonid et son frère Nikita héritèrent de tels prénoms, c’est que leur père Tolstoy McGill était animé d’un esprit tendance communiste révolutionnaire. Il abandonna sa famille alors que ses enfants étaient encore bien jeunes. On supposa que Tolstoy était mort, mais Leonid apprend qu’il vit en réalité à New York depuis quelques années. Ce qui ne signifie pas qu’il ait envie de renouer avec ce père détesté, dont il a pourtant retenu des préceptes utiles pour comprendre le monde. Leonid et Katrina ont trois enfants. Dimitri, vingt-trois ans, est le fils légitime du détective. C’est moins sûr pour leur fille Shelly ou pour Twill. À dix-huit ans, Twill étant le plus lucide de toute leur famille, Leonid l’initie au métier d’enquêteur. Quant à Dimitri, il déménage pour s’installer avec sa petite-amie Tatyana, ex-prostituée venue de Biélorussie. Cela n’arrange pas le moral de Katrina.

Leonid prend en charge Zella Grisham, trente-six ans, qui sort tout juste de prison, où elle a passé huit ans de sa vie. Officiellement, c’est l’avocat Breland Lewis qui emploie Leonid, alors que c’est l’inverse. Le détective a une lourde dette envers Zella. Le fait est qu’elle tira sur son amant infidèle, et le blessa. Mais sa condamnation fut due à sa participation supposée à un braquage de plusieurs dizaines de millions de dollars. Il s’agissait d’un coup monté faisant de Zella le parfait bouc-émissaire. À cette époque employé pour rendre des services à des mafieux, Leonid fabriqua de fausses preuves contre elle. Même si Zella ne sait rien de tout ça, le premier contact entre eux est hostile. Par la suite, elle demande au détective de retrouver son ancien amant, mais aussi sa fille. En effet, enceinte lors de son emprisonnement, elle ne put s’occuper de son bébé.

Leonid laisse son fils Twill enquêter sur une tortueuse affaire concernant la famille Mycroft, des gens fortunés dont le fils semble fort mal tourner. Aidé par la fille de ce couple, Twill devrait remplir sa mission avec efficacité. Le "privé" ne trouve plus aucune trace de l’ex-amant de Zella, ni de la femme qui couchait avec lui. Étonnant, car il utilise les meilleurs moyens disponibles. Si un policier tel que le capitaine Lethford espère toujours résoudre l’affaire du braquage colossal, il n’est pas le seul. Détective pour le groupe d’assurances Rutgers, Antoinette Lowry n’a pas l’intention de faire de cadeau à Zella. Ni à Leonid, alors que les deux détectives auraient intérêt à ne pas s’opposer dans un cas aussi complexe…

Walter Mosley : Une erreur de jugement (Éd.Jacqueline Chambon, 2016)

Je m’engageai dans le sillage du géant, grimpant quatre étages. Le parcours était faiblement éclairé et la fièvre me faisait tanguer comme une embarcation. Ces deux données causèrent une légère sensation de peur qui vint se loger au creux de ma poitrine.
En d’autres circonstances, jamais je ne me serais rendu dans un lieu inconnu simplement parce que Kit me le demandait. Il était mon ennemi ; un adversaire, ce n’est pas un ami.
Or, j’étais malade, amoureux, et en quête de rédemption. J’aurais mieux fait de me placer sous la protection de deux médecins et d’un moine zen. Au lieu de cela, j’étais à Brooklyn, sans véritable échappatoire…

Après “Le vertige de la chute”, “Les griffes du passé”, et “En bout de course”, il s’agit de la quatrième aventure du détective new-yorkais Leonid McGill. Belle tradition du roman noir que ces histoires de "privés", généralement empêtrés dans des situations énigmatiques et pleines de danger, quasiment seuls contre tous car la police ne les aiment guère, et parce qu’ils affrontent des coupables retors et sans pitié.

Dans ses intrigues, Walter Mosley fait preuve d’une virtuosité qui va bien plus loin que les scénarios ordinaires de cette catégorie. En apparence, la part de "vie personnelle" concernant Leonid semblerait primer sur l’aspect criminel. Son propre passé dans le banditisme, ses relations avec son épouse, le sort de leurs enfants, ses amis fréquentables ou carrément suspects, son damné père, tout cela contribue à l’univers du détective, bien au-delà des enquêtes. Celles-ci sont, néanmoins, concrètes au fil du récit.

Trop de puristes du polar noir mésestiment à tort les romans de Walter Mosley, peut-être parce qu’un seul de ses titres (sur plus de deux douzaines ayant été traduits) figure dans la Série Noire et quatre chez Seuil Policiers. Et pourtant, comment ne pas être séduit par la tonalité d’écriture de cet auteur ? Il décrit avec autant de subtilité les instants violents ou les moments d’apaisement, les impressions du héros sur tel ou tel protagoniste, ses états d’âme les plus intimes, la place des Noirs dans la société américaine, et tant d’autres scènes racontées sur le tempo adéquat.

La fluidité narrative nous fait presque oublier à quel point les journées, et parfois les nuits, de Leonid McGill sont bien remplies, rythmées par un flot incessant de péripéties. S’il nous paraît si naturel de suivre le détective, c’est la preuve d’une sacrée maestria de la part de Walter Mosley ! Un auteur de qualité supérieure, parmi l’élite de ce genre littéraire.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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