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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 04:55

Printemps 1985. Robert Spinoza et Grégory Des Cartes sont policiers au commissariat de Clermont-Ferrand, dirigée par Marcel Broust. Ce dernier sent immédiatement que le décès suspect de Joseph Raminovitch va être source de problèmes. Car ce chef d’entreprise est mort empoisonné au cours de sa cérémonie d’entrée chez les francs-maçons de la région. Le médecin légiste, antisémite, ne peut que confirmer le meurtre. Rescapé des exactions contre les Juifs durant la guerre, Raminovitch dirigeait – avec sa froide secrétaire Yvette – une grosse société de construction de Clermont-Ferrand. Crime d’ordre privé ou affaire qui concernerait des concurrents – dont la puissante SOBAT, sa veuve tient à ce que toute la lumière soit faite sur le meurtre.

Enquêtant autour de récents incidents sur un chantier, visant Raminovitch, la police interroge un Turc franco-croate et un Alsacien de Phnom Penh. La victime était en désaccord avec son fils, et successeur dans l’entreprise, au sujet du sponsoring d’une équipe sportive locale. Mais c’est surtout la fille du couple, Sarah, vingt-trois ans, à laquelle s’intéressent les policiers. Des Cartes se déplace à Marseille, où elle vit en marginale rebelle avec un compagnon repris de justice. Si elle crache sur sa famille et sur la société en général, Sarah bénéficiait néanmoins de l’argent paternel. Lounès Salamo, cinquante-trois ans, né en France de parents chrétiens libanais, négociant en bois, est à son tour retrouvé mort. Il appartenait à la même loge maçonnique, où Raminovitch allait être accueilli à son décès.

Les modes opératoires s’avèrent très différents, le second mort ayant été tué de manière violente puis jeté dans l’Allier. Les gendarmes marseillais ayant alpagué le compagnon de Sarah, celui-ci leur a échappé lors de son transfert. Heureusement, il sera vite rattrapé. Il est plus que certain que ce malfaiteur a des choses graves à cacher. On compte bientôt une troisième victime en lien avec la loge maçonnique : juive d’origine, Rebecca Duclos est l’épouse d’un de leurs membres. Le couple s’est formé à l’issue de la guerre. Cette dame a été abattue par une arme à feu allemande, datant de l’époque nazie. Une série de trois victimes, dont deux Juifs : Spinoza, Des Cartes et le commissaire Broust ne peuvent pas y voir de coïncidences. Certains adeptes de la loge semblent peu assidus ces derniers temps. Parmi eux, émergent trois noms. Des gens qui, comme Raminovitch, habitèrent le 18e arrondissement de Paris…

Robert de Rosa : L’œil de la Providence (Éd.de Borée, 2016)

Des Cartes se trouvait bien démuni pour dresser un portrait des deux femmes liées à la victime. La fille, c’était fait, et il ne pouvait qu’attendre des nouvelles des gendarmes… La mère semblait intouchable. Mais personne n’avait pensé au fils. Il décida de commencer par lui et d’en savoir plus sur le climat familial.
Le fils en question n’était pas au bureau. Aux réponses qu’on lui fit, il comprit qu’il n’y était pas souvent. Ce n’était pas tant ses fonctions dans l’entreprise qui l’appelaient au dehors que celles du président du club de football, club largement financé par l’entreprise de son père […] Raminovitch-fils était du genre démago-grandes écoles. Son père l’avait poussé à faire Sup de Co, où il avait côtoyé quelques élèves devenus hommes politiques. Il tentait de suivre la même voie…

Plusieurs thèmes sont abordés dans ce roman, au-delà de la stricte intrigue criminelle. Il y est largement question des mystères de la franc-maçonnerie, qui font encore fantasmer négativement beaucoup de nos contemporains. Certes, ces cercles restreints unis par une "fraternité" d’esprit, élitistes par nature, conservent une opacité troublante pour la plupart d’entre nous, qui n’appartenons pas à ces groupes maçonniques. Quant à les accuser de tous les maux, de comploter au profit d’intérêts secrets, il y a une marge… On eût souhaité, pour une bonne compréhension, que l’auteur précise dès le départ que cette enquête se déroule en 1985. C’est le seul petit défaut de ce roman.

Dans la deuxième partie du récit, l’auteur retrace un épisode historique, la trop fameuse rafle du Vel’d’Hiv. Les références à l’époque et à la collaboration pétainiste sont incluses dans cette affaire de meurtres, on l’imagine bien. En exergue, sont rappelés quelques éléments sur les Juifs, et sur l’Épuration bien clémente de la fin de la guerre. Notons quelques clins d’œil amusés, avec notamment un Dr Destouches, aussi antisémite que Louis-Ferdinand Céline. Le contexte a son importance pour qu’un polar soit solide : c’est le cas de ce bon roman à suspense.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 04:55

Max Wolfe fait partie de la brigade des homicides de West End Central à Londres, au 27 Saville Row. Divorcé, il élève seul sa fille de cinq ans, Scout. Le compagnon de celle-ci est le jeune chien Stan, un cavalier king-charles. En ce tout début janvier, un horrible crime a été découvert dans un quartier résidentiel sécurisé du nord de Londres, près du cimetière de Highgate. La riche famille Wood a été massacrée : le père Brad, agent sportif ; son épouse Mary, qui connut un instant de célébrité lors des J.O.de Lillehammer, en 1994 ; leur fille Piper et leur fils Marlon, quatorze et quinze ans. Le dernier enfant âgé de quatre ans, Bradley, a été épargné, mais l’assassin l’a kidnappé. Ce qui ne ressemble guère au profil des criminels commettant un tel carnage. Ça s’est passé lors de la nuit du Nouvel An.

La famille Wood était très exposée sur Internet. On peut penser qu’on les a assassinés parce qu’ils affichaient leur bonheur. Aussi, parce qu’on les savait très fortunés. Car Mary appartenait à la famille Gatling, fière de sa réussite sociale et financière. Charlotte et Nils Gatling, le frère et la sœur de Mary, ne tardent pas à rameuter les médias. Pour qu’avance rapidement l’enquête sur le quadruple meurtre, et pour retrouver le petit Bradley. Ce qui peut compliquer la tâche des policiers, en réalité. L’arme du crime est fort singulière : un pistolet d’abattage pour le bétail. Cela rappelle une affaire datant de trente ans. Âgé de dix-sept ans, Peter Nawkins avait utilisé une telle arme contre plusieurs personnes. On le surnomma L’Exécuteur. Ce Gitan est sorti de prison depuis un certain temps déjà.

Tandis que les policiers reçoivent le renfort du psy Joe Stephen, qui a connu Mary, Max cherche le chemin emprunté par le tueur. Probablement est-il passé par le cimetière de Highgate. Il se rend dans le vaste camp de Gitans, abritant environ cinq cent personnes, où vit désormais Peter Nawkins. Malade, l’ancien Exécuteur est protégé par la famille de son frère, Sean. Max ne s’attend pas à ce qu’ils soient coopératifs. Brad Wood possédait un appartement privé dans Londres, que Max visite bientôt. Il apprend ainsi que l’homme était le client hebdomadaire d’une agence de prostitution, depuis deux ans. La maquerelle qui s’en occupe va, pour éviter les ennuis, apporter le témoignage d’une de ses "filles" sur des soirées pédophiles organisées par un nommé Fat Roy. Une piste à suivre.

Boxeur amateur, Max croise le jeune Rocky, un Gitan pratiquant aussi la boxe. Ce qui va conduire le policier à s’intéresser aux activités de Sean Nawkins et de sa société Asphalt Premium. Même si la famille Wood était absente, il a travaillé pour eux. Max est conscient que ces Gitans s’avèrent des suspects trop faciles. Pourtant, un indice déterminant accuse Peter Nawkins. Il va prendre la fuite, lors de son arrestation. L’intervention des policiers contre les pédophiles va se passer encore plus mal, plusieurs flics étant blessés. Il devient très improbable de retrouver vivant le petit Bradley Wood. Max et ses équipiers doivent tenter la manière forte contre le camps des Gitans…

Tony Parsons : Les anges sans visage (Éd.de la Martinière, 2016)

— Vous êtes en état d’arrestation…
Il la frappa de toutes ses forces en plein visage, et son poing dut toucher le menton car Wren s’écroula aussitôt. Inconsciente avant même d’atteindre le sol. Je sentis une flamme de pure colère monter en moi à l’idée que quelqu’un puisse lever la main sur elle. L’homme avançait toujours. Il enjamba le corps prostré d’Edie Wren, poings serrés, montrant les dents en grognant des obscénités.
Il continuait d’avancer et c’était l’idéal car il se prit ma droite de plein fouet, un coup moins précis que puissant, chargé de sang bouillonnant. Ma haine me fit manquer son menton de dix bons centimètres, mais je parvins à toucher son nez qui se brisa avec un craquement sec – et rares sont les hommes à pouvoir encaisser un nez en miettes.
Ce salopard n’en faisait pas partie. D’un coup de pied balayant, Gane le projeta au sol et Whitestone le menotta pendant que je me précipitai vers Wren…

Après “Des garçons bien élevés” (Éd.de la Martinière, 2015), cette deuxième enquête de Max Wolfe se révèle aussi excitante que la première. Le rôle de père de famille du héros permet quelques moments de répit. Mais pour l’essentiel, cette affaire est remuante et énigmatique à souhaits. Bien sûr, réputée pour sa méticulosité, la police anglaise examine les faits. Grâce au policier John Caine, on visitera encore cette fois le "Black Museum" de Scotland Yard, recensant des cas criminels historiques. Toutefois, le récit est franchement rythmé avec des interventions de police musclées, des témoignages crédibles ou moins francs, et tout un lot de rebondissements. Max ne cachera pas son attirance envers la jolie Charlotte Gatling, sœur d’une des victimes.

Les Gitans attirent généralement plus l’antipathie que la tolérance à leur égard. Ce sont ici des "gens du voyage" plutôt sédentaires que voyageurs. L’auteur ne les stigmatise pas, mais il rappelle leur esprit de clan, et leurs activés "au noir". Par ailleurs, on constate que les quartiers protégés où habitent des gens très aisés sont, en réalité, nettement moins sécurisés qu’il ne semble. De l’action et du mystère, une ambiance agitée et captivante, dans la tradition d’excellence de la Littérature Policière, voilà ce que nous a concocté Tony Parsons avec ce suspense de haute qualité !

 

— “Les anges sans visage” est disponible dès le 15 septembre 2016 —

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 04:55

Le lieutenant Girard est policier à Toulouse. Avec son équipe, ils peuvent être confrontés à des crimes assez simples à résoudre. Tel le double meurtre d’un couple d’amants, le mari ayant tué son épouse et son propre frère à lui. Heureusement que le chauffeur de taxi Manuel Ruis a alerté la police. Par contre, l’affaire du "Tueur du vendredi" s’avère bien plus difficile à résoudre, car il s’agit d’un meurtrier en série. Il a déjà quatre victimes à son actif, des prostituées exerçant leur métier le long du Canal du Midi. Des indices, il en laisse comme s’il était convaincu de sa complète impunité. Des traces de sudation, en particulier, donnant à penser qu’il est sportif. Quant à son mépris pour les prostituées, il est évident.

Le docteur Charlotte Lanoux a examiné les éléments dont dispose la police. La psychiatre livre à Girard des conclusions offrant un portrait très proche du profil de ce tueur. C’est un célibataire qui a une haute opinion de lui-même, ayant eu une éducation stricte, élevé dans la détestation des femmes. Sûrement un homme discret au quotidien. Ce ne sont que des hypothèses, mais – alors que le criminel vient de faire une cinquième victime – l’équipe de Girard cerne vingt-trois suspects. Le lieutenant fait confiance à la jugeote des policiers qui vont interroger chacun d’entre eux. S’intéressant au calendrier des crimes, Girard et la psychiatre ont bientôt un suspect privilégié. Qui possède de bons alibis.

Âgé de quarante-sept ans, Marcel Cazaux est contrôleur de bus à Toulouse. Il adulait son père, ancien combattant aux idées passéistes, mort récemment. Sa mère avait disparu de leur vie depuis longtemps. Ce célibataire pratiquant le jogging se prend pour un athlète. Il est carrément radin de nature, volontiers raciste, logiquement sexiste, et ne supporte pas les prostituées, bien entendu. C’est ainsi que certains vendredis soirs, faisant semblant d’aller au cinéma, il passe à l’acte. Hélas pour lui, sa sixième victime le blesse quelque peu gravement avant de succomber. Malgré ces complications, Marcel Cazaux n’est pas trop inquiet. Le chauffeur de taxi qui l’a raccompagné à son domicile, Manuel, est perturbé, lui.

Marcel supporte de moins en moins sa jeune voisine. Sans doute l’adolescente Lucille est-elle provocatrice et rebelle, c’est exact. Ce qu’elle exprime au quotidien à travers son blog, fascinant pour des âmes tourmentées comme sa condisciple Claude. Marcel s’en tient au comportement de Lucille, qu’il juge déplacé – selon les critères hérités de son défunt père. S’il a été déstabilisé par la visite des enquêteurs et par la blessure infligée par sa dernière victime, Marcel est un homme, un vrai. Au besoin, il possède une cabane du côté de Revel où il pourra jouer avec sa nouvelle cible. Si les indices s’accumulent contre le tueur pour Girard et son équipe, ils ont besoin de preuves pour intervenir, fût-ce in extremis…

Céline Denjean : Voulez-vous tuer avec moi ce soir ? (Pocket, 2016)

C’est à cet endroit-là que je la vis. Une raclure. Une jeune tapineuse. Très jeune. Vêtue d’une jupe tellement courte et moulante que je me demande bien ce qu’elle était censée dissimuler. Je n’avais croisé, trois cent mètres plus haut, qu’une vieille radasse extrêmement vulgaire, du genre bout de circuit. Son ventre avait la difformité de pneus empilés et ses cheveux, la coloration d’un jaune d’œuf délavé. Un vrai repoussoir qui devait certainement accorder ses faveurs gratuitement pour atteindre son comptant de passes. Après elle, personne sur mon chemin. Le bord même du canal où je me tenais était assez obscur et la petite traînée plantait en haut du talus, le long de l’asphalte éclairé où passaient les voitures.
Je l’interpellai d’en bas, demeurant invisible aux yeux des conducteurs…

Ce roman policier est loin d’être parfait, il faut bien le dire. Les redondances concernant le profil du tueur sont finalement assez agaçantes. Il n’était pas indispensable que le policier et la psychiatre deviennent intimes, on y perd en "professionnalisme" pour tous deux. Le cas de la jeune Claude Dubois, treize ans, alourdit l’intrigue : trois ou quatre chapitres eussent suffi si l’auteure tenait à présenter ce personnage annexe. Il est dommage que Céline Denjean n’ait pas élagué son texte, pour obtenir une tonalité plus vivante encore.

Néanmoins, cette histoire possède également de belles qualités. Les atermoiements, les tâtonnements, les approximations d’une enquête de police sonnent très juste. On imagine effectivement que les policiers s’égarent parfois dans leurs investigations, que l’indice décisif (ici, un blouson) n’apparaît pas si aisément. Ce qui fait le principal intérêt de cette affaire, c’est le portrait du coupable. Oui, il existe un bon nombre d’homme ressemblant fort à ce Marcel Cazaux. Ce réac haïssable méprise la terre entière, à commencer par les femmes, bien sûr. Il est probable que les personnes de ce genre-là soient inconscientes de leur degré de perversité. Ces hommes se croient dominants, alors qu’ils sont médiocres. Des ratés s’abritant derrière des idéaux ringards. C’est remarquablement décrit.

Soulignons un autre atout, l’auteure ayant prévu l’antithèse de Marcel, grâce au chauffeur de taxi Manuel. C’est un homme affable, perspicace, humain, attentif aux autres. Sans nul doute, le personnage le plus sympathique de ce roman. En conclusion, on n’est pas déçu par cette intrigue criminelle, mais on aurait aimé être plus enthousiaste. Le meilleur moyen de se faire sa propre opinion, c’est tout simplement de lire ce livre.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 04:55

Publié dans le format semi-poche inédit en 2015, “Le couloir des ténèbres” d’Anne Perry est désormais disponible en format poche, chez 10-18. C’est la 21e aventure de William Monk, policier de la brigade fluviale de Londres. Son épouse Hester, infirmière, est très impliquée dans cet épisode, et même victime.

« Londres, 1870. Magnus Rand, un médecin rusé, et son frère Hamilton, un chimiste de génie, sont prêts à tout pour remédier à la fatale maladie du « sang blanc ». Mais dans une annexe de l’hôpital de Greenwich où exercent les frères Rand, l’infirmière Hester Monk découvre avec horreur que des enfants sont détenus à des fins expérimentales. Les frères Rand sont trop près de leur but pour permettre à quiconque de révéler leurs expériences, et Hester est enlevée avant d’avoir pu les dénoncer. William Monk et ses fidèles amis – l’avocat Oliver Rathbone et l’ancien tenancier de bordel Squeaky Robinson – se lancent dans une course éperdue à la recherche d’Hester, sachant que le temps leur est compté. » Le couple Monk peut compter sur le jeune Scuff, l’enfant des rues qu’ils ont adopté. Cette affaire précède “Vengeance en eau froide” (2016).

Anne Perry : Le couloir des ténèbres (Éd.10-18, 2016)

Scuff prit ses responsabilités très au sérieux. En y réfléchissant, il se rendait compte que non seulement Monk lui avait témoigné de sa confiance, mais qu’il lui avait offert l’opportunité de faire pour Hester ce qu’elle avait fait pour lui quelques années plus tôt.
Encore maintenant, il lui arrivait de rêver qu’il était de retour dans la cale du bateau de Jericho Phillips.
Hester éprouvait-elle la même peur que lui ? Elle était si forte, si intelligent qu’il avait peine à l’imaginer aussi impuissante, aussi vulnérable, aussi aisément vaincue. Peut-être était-il mieux à même de l’aider que Monk, justement parce qu’il était passé par là. Il savait ce qu’il en était. Il ne l’oublierait jamais, quoi qu’il arrive. Même s’il devenait aussi costaud que Monk, qu’il apprenne à se battre, qu’il trouve un vrai travail et gagne sa vie, ce souvenir serait toujours présent en lui, derrière une porte qu’il n’ouvrirait pas, à moins d’y être obligé.
Dès que Monk fut parti, il attisa le feu et fit chauffer la bouilloire. Hester pliait du linge dans la buanderie, là où se trouvaient les deux grandes cuves à laver les draps. Il y avait du cake dans le garde-manger. Il le sortit et le mit sur la table, puis alla la rejoindre.
Il la vit en ouvrant la porte. Debout, un drap propre à la main, elle semblait réfléchir, comme si elle était perdue dans ses pensées ou qu’elle ne savait plus comment le plier…

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 04:55

À Fort Worth, au Texas, la rousse Tessa Cartwright est aujourd’hui âgée de trente-quatre ans. Elle vit avec sa fille Charlie dans une petite maison d’un quartier historique préservé de la ville. Le père de l’adolescente est un militaire américain, lieutenant-colonel en poste au bout du monde, avec lequel Charlie garde des contacts. Leur voisine octogénaire Effie est sans doute un brin follingue, mais c’est une brave personne. Tessa protège à l’excès sa fille, et peut compter sur la vigilance d’Effie. Même si elle préserve un certain anonymat, Tessa n’ignore pas que bien des gens se souviennent de l’affaire très médiatisée dont elle fut la protagoniste. Dix-huit ans ont passé, pourtant.

Orpheline de mère depuis ses huit ans, Tessa fut élevé avec son frère Bobby par son père et son grand-père. Ce dernier avait bâti pour eux une singulière maison évoquant l’univers des contes de Grimm. Un jour, alors qu’elle avait seize ans, on retrouva par miracle Tessa sur un tas d’ossements humains. Moribonde, elle gisait près du cadavre de la jeune Merry, au milieu d’une fosse garnie de marguerites jaunes à l’œil noir. Traumatisée, Tessa restait partiellement amnésique, et fut aveugle durant près d’un an après sa sortie de l’hôpital. Avec son chien Oscar, elle suivit une thérapie chez un psy. Si elle accepta de dessiner pour expurger son drame, elle refusa toutefois qu’il utilise l’hypnose pour la soigner.

Sa meilleure amie Lydia Bell lui apporta une aide, à sa manière. Cette jeune fille était une passionnée d’énigmes, telles le mystère Anastasia, le cas Jack l’Éventreur, la disparition d’Agatha Christie. Ou même le procès d’O.J.Simpson, au cœur de l’actualité à l’époque des faits. Son soutien apparaissait aussi efficace que celui du psy, sinon plus. Hélas, la famille de Lydia déménagea subitement avant la conclusion de l’affaire. Tessa n’a plus de nouvelle depuis de Lydia, disparue dans les limbes du passé. Même si elle reçoit un message de sa copine d’autrefois, Tessa peut supposer que c’est d’un maniaque connaissant le dossier. Il arrive que la jeune femme croit entendre des voix, celles des autres victimes.

Le coupable fut jugé. Afro-américain, Terrell Darcy Goodwin croupit depuis dans le Couloir de la Mort. Son exécution n’est plus qu’une question de jours. Mais un groupe créé par la défunte Angie, une femme riche éprise de justice, a entrepris de sauver Goodwin. Accusé à tort ? Tessa, qui sent planer l’ombre du tueur des Marguerite – comme les médias ont surnommé les victimes, est d’accord pour reconsidérer l’affaire. Avec Nancy Giles, la psy septuagénaire du groupe, Tessa réexamine les dessins faits lors de sa thérapie, pouvant posséder plus de sens qu’elle l’a cru. Le bel avocat William ne ménage pas ses efforts de son côté. La super-médecin légiste a obtenu l’exhumation des corps pour chercher l’ADN.

C’est d’ailleurs ainsi qu’est identifiée Hannah Stein, disparue vingt-cinq ans plus tôt, dont Tessa rencontre la mère. La famille avait alors un suspect, mais cela présente-t-il un réel lien avec les Marguerite ? Les souvenirs diffus ou plus précis de Tessa, ses échanges avec le procureur Vega et autres instants du procès : qu’est-ce qui permettra de clarifier sa mémoire ? Tessa et sa fille courent-elles un danger ? Pendant ce temps, le compte-à-rebours devient toujours plus oppressant avant l’exécution de Terrell Goodwin…

Julia Heaberlin : Ainsi fleurit le mal (Presses de la Cité, 2016)

Le tueur a planté pour moi des marguerites jaunes à six reprises. Quel que soit l’endroit où je vivais. Il aime me laisser dans le doute. J’en sus persuadée, désormais.
Il attendait si longtemps entre chaque repiquage, parfois, qu’avant l’intervention d’Angie je parvenais la plupart du temps à me convaincre que le véritable tueur était derrière les barreaux. Que les premières marguerites jaunes étaient l’œuvre d’un malade, et les suivantes dues aux caprices du vent.
Dans cette boîte étiquetée "Impôts", qui contenait initialement des tennis de marque Asics pointure 38, sont réunies les photographies que j’ai prises à chaque fois, on ne sait jamais. Au cas où.
Je soulève le couvercle de la boîte posée sur le lit. Au-dessus de la pile se trouvent celles que j'ai prises avec le vieux Polaroïd de mon grand-père. Cette première fois, juste après le procès, j’avais cru devenir folle…

Il est indispensable d’insister sur un point : aborder ce livre tel un roman d’enquête serait une erreur de lecture. Certes, en raison du nombre colossal d’innocents emprisonnés aux États-Unis, en particulier au Texas, des organisations bénévoles tentent de réviser les dossiers en question avant qu’il ne soit trop tard. Comme celui qu’on nous décrit ici, basé dans les locaux d’une église d’un quartier mal famé de Fort Worth, ces groupes collectent des indices disculpant les condamnés. L’auteure nous décrit en effet l’action de ces experts de la dernière chance. Néanmoins, aussi passionnant soit-il, ce n’est qu’un des aspects de l’intrigue. Qui souligne également l’esprit texan, avec ses facettes discutables.

En réalité, ce n’est pas un strict suspense à l’ambiance tendue, avec des rebondissements-choc, mais une histoire où prime la psychologie. C’est un puzzle complexe à recomposer, dont la première partie met en parallèle des scènes avec Tessa aujourd’hui et celle qu’elle fut dix-huit ans avant, la Tessie de l’époque de sa thérapie. Adolescente, elle ne se livra pas entièrement, parce qu’elle ne se rappelait pas de l’ensemble de sa mésaventure, et aussi quelque peu par jeu. Adulte, sans être absolument apaisée, elle peut approcher plus lucidement le passé. Est-on sûr que rôde encore le fameux tueur, que Tessa et sa fille Charlie soient menacées ? Non, bien que ça n’ait rien d’impossible.

Il convient donc de s’immerger dans ce récit, d’en suivre le tempo sans précipitation, afin d’apprécier à sa juste valeur ce très bon suspense psychologique.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 04:55

Mathias van Rosten est âgé d’une trentaine d’années. Il vit à Bruxelles, avec sa compagne Elisa, infirmière dont le frère Raphaël travaille pour Médecins Sans Frontières. Mathias a raté sa "vocation" de vétérinaire, avant d’être ouvrier du bâtiment avec son père pendant un temps. Aujourd’hui, il est laveur de vitres sur les gratte-ciels bruxellois. Il s’entend très bien avec son collègue Albert, approchant de la retraite. Mathias ayant commis des excès de vitesse au volant, il est condamné par la justice à un Travail d’Intérêt Général. Il choisit de faire du porte-à-porte au profit d’une ONG, qui développe en particulier un projet au Bénin. Si Mathias n’a jamais supporté les quémandeurs, il comprend ainsi que ce n’est pas si facile. Même s’il fait de belles rencontres, comme avec le vieux Roger.

Faits-divers, politique, conflits armés : l’actualité télévisée est déprimante pour Mathias. Une longue conversation au café l’Hémisphère Sud avec Raphaël lui a fait toucher du doigt les réalités de l’action humanitaire. Impossible de venir en aide à tous les gens qui en ont besoin ici et à travers le monde. Néanmoins, il reste possible d’y contribuer, sans se croire héroïque mais même les gestes modestes ont du sens. Édouard, un ami de Mathias et d’Elisa, manifeste un détestable scepticisme, qualifiant "d'altruisme ponctuel" la mission de Mathias en faveur de l’ONG. Ça finit par un pugilat entre eux deux. Toutefois, il faudrait trouver des arguments frappants, des idées-choc pour promouvoir les associations qui œuvrent à des projets utiles en Afrique, en Haïti et partout ailleurs.

C’est alors que se produit une méprise, un malentendu né du fait que Mathias se trouve au bord du vide, sur le toit d’un building. Il réclame une belle somme au profit d’un programme technique en Afrique, et l’obtient. Elisa est fière de lui, certes, mais tellement d’autres associations ont besoin de moyens. Les clowns d’hôpitaux, par exemple. Pas si évident de renouveler, plus lucidement cette fois, la demande en faveur des associatifs. Ça risque d’être une "grosse clownerie", ce genre de plan délirant. Pourtant, la responsable de communication d’un groupe agro-alimentaire accepte de payer, bien plus que prévu. Très bon pour l’image de ces trusts financiers. Malgré tout, Mathias ne pourra sans doute pas continuer à jouer au Robin des Bois détroussant les riches pour la bonne cause.

Et pourquoi pas ? Et s’il tentait un racket humanitaire de grande ampleur, visant les vingt plus grosses entreprises du pays ? À leur échelle, sa demande ne mettrait nullement en péril les finances de ces groupes. Hélas, à part un don de moitié moins que la somme qu’il espère, Mathias court à l’échec. Il reçoit même une réponse carrément moqueuse de la part du directeur général d’une de ces sociétés. Pour Mathias, il est temps d’appliquer le conseil de son ami Albert : “Ne vous laissez jamais marcher sur les pieds. Ne baissez pas la tête, et soyez fiers de vous”…

Frédéric Ernotte : Ne sautez pas ! (Éd.Lajouanie, 2016)

C’est à croire que j’attire les problème. Qu’on vit dans un monde où il est interdit de s’asseoir quelques minutes sur une aire de jeux sans que les gens imaginent les pires horreurs.
Accablé par cette triste pensée, je me lève et marche en direction de la Globcom Tower. C’est ce qu’on peut appeler un gratte-ciel de concours. Il abrite une société de télécommunications […] Je passe devant l’accueil en adressant un léger signe de tête à la réceptionniste. Je glisse mon passe sur le capteur de la porte de service. Cet immeuble est notre principal chantier. J’étais d’ailleurs excessivement fier le jour où on m’a remis mon badge d’accès. On pourrait trouver cela puéril, mais avec cette carte magnétique, j’ai l’impression d’être un VIP. Ce n’est pas un badge, c’est "mon" badge […] Je me faufile dans l’ascenseur, direction le grand air. Un toit immense. Un panorama fantastique de la ville et de ses fourmis. Mon Ushuaia personnel. Je longe la corniche, enjambe le garde-fou, et m’assieds face à l’étendue verte. Bruxelles la verdoyante. J’enfonce mes écouteurs et dégaine mon casse-croûte…

Aussi bien dans la forme que sur le fond, voilà une histoire franchement séduisante. Dans l’ensemble, la tonalité est enjouée, dédramatisant les péripéties traversées par le héros. Celui-ci n’est pas un paumé, un loser. Il s’agit juste d’un trentenaire ordinaire, conscient de n’avoir rien fait d’exceptionnel dans sa vie. Sa vie en couple est simple, son job ne lui déplaît pas, il n’a aucune raison de se démarquer de ses concitoyens. Des intermèdes qui évoquent son instructif échange avec Raphaël, de MSF, sont le témoignage de sa prise de conscience du monde et de ses besoins. Quoi qu’il en soit, Mathias n’est pas un "militant" aveuglé par une cause à défendre. Porté par les circonstances, il passe à l’action, imagine des solutions pour se procurer du financement.

Le sujet ne manque ni d’originalité, ni d’aspects réels et sociaux. Entre autres, il est fait allusion au plan Next, dont l’objectif fut de "casser" les salariés d’une grande entreprise de télécommunications. Les dégâts humains, les victimes collatérales du management infect de ces sociétés, ça n’empêche pas leurs hautes directions de dormir. Ils sont heureux d’écraser leurs salariés, afin de présenter un bilan satisfaisant leurs propres ambitions et leurs comptes en banques. Puisque ces dirigeants sont coupables, est-il injuste de les racketter ? Certes, ces grandes entreprises sont généreuses (contre déductions fiscales) pour les opérations du type Téléthon. Ici, l’auteur envisage la possibilité d’aller plus loin. Tout en gardant une part de sourires, et en incluant un sympathique suspense. Un roman de belle qualité.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 04:55

Originaire de Corse, Pierre-Arsène Leoni dirige une équipe efficace de la PJ lilloise, assisté de Baudouin Vanberghe. Le policier habite avec sa grand-mère Mémé Angèle, qui s'occupe de Lisandra, la fille en bas-âge de l'enquêteur. Veuf, Leoni est l'amant d’Éliane Ducatel, médecin légiste qui l'épaule souvent dans son métier. En cette journée neigeuse, la police est appelée au cimetière de l'Est de la ville. On y enterrait Franck Bracco, ambitieux chef d'entreprise âgé de trente-cinq ans qui s'est suicidé. Le gratin de la franc-maçonnerie locale était présent. Lors de la cérémonie, Hervé Podzinsky a été abattu par un tireur. Rédacteur en chef des Échos du Nord, ce journaliste célibataire ayant “beaucoup de relations mais pas d'amis” n'aimait guère faire de vagues, malgré quelques scandales récents secouant la métropole du Nord.

Leoni se demande si les tirs visaient Podzinsky ou un des notables assistant aux obsèques. Plutôt que le franc-maçon André Kaas, la cible pouvait être Vincent Stevenaert. Fringuant sexagénaire, c’est le patron d'une importante société d'immobilier et de travaux publics. L'entreprise d'informatique dirigée par le défunt Franck Bracco appartient à son groupe. Si le puissant Stevenaert n'est pas loin de divorcer à ses frais, il a des ennuis autrement sérieux avec Joost Vanbavel, “Le Flamand”. Celui-ci exige des explications sur la coûteuse embrouille qui lui a fait perdre un tas d'argent. Stevenaert n'a visiblement pas maîtrisé tous les rouages de cette affaire.

Les policiers ne souhaitent pas tourmenter davantage la mère de Franck Bracco, choquée par la mort de son fils. Celle-ci est soutenue par Florence, avocate qui était la compagne de Bracco. Qu'un vieux fusil militaire ait été utilisé par le tireur, ça n'offre pas de piste vraiment intéressante. Franck Bracco “s'est immolé par le feu, probablement après avoir absorbé l'alcool et les médicaments retrouvés dans son véhicule”. Un suicide étonnant, estime Leoni. Il parvient à convaincre la procureure, obtenant une exhumation et une autopsie qui sera réalisée par Éliane Ducatel. Si la magistrate est quasiment aveugle, elle sait flairer les dossiers cruciaux. Elle est contactée par la capitaine Maria Galeano de l'OCRGDF, Office central de la répression de la grande délinquance financière. Cette dernière pourra compter sur Leoni et son équipe qui, de leur côté, cherchent plusieurs témoins disparus…

Elena Piacentini : Le cimetière des chimères (Éd.Pocket, 2016)

Grilles closes, le cimetière de l’Est s’était refermé sur ses habitants furtifs : une vingtaine de chats libres de tout maître, et un homme qui s’était volontairement exclu de la communauté de ses semblables ou se prétendant tels. Dans la relative sécurité de son domicile d’infortune, la température avoisinait les quinze degrés. Mais il avait déjà connu pire. D’une armoire aux portes de guingois, il réussit à extraire, non sans peine, un matelas au formes malmenées par ses conditions extrêmes de détention. Dans le fond du meuble tapissé de papier orange, un lot de couvertures soigneusement pliées et un oreiller aplati qui peinait à reprendre son souffle. Déplaçant les modiques attributs de sa fonction de gardien – une table de la taille d’une assiette et une chaise – il aménagea son coin pour la nuit…

Après “Carrières noires”, une nouvelle aventure du commandant Leoni est désormais disponible en format poche, chez Pocket. Une belle confirmation que les excellents polars d'Elena Piacentini s’adressent au grand public. Ce dont ses admirateurs de la première heure n’ont jamais douté, sentant chez cette auteure un réel talent. On ne peut nier qu'il s'agisse d'un roman d'enquête. Pourtant, le contexte exprime tout autant une véritable noirceur.

D'une part, un vaste scandale financier couve derrière l'affaire purement criminelle. Du côté de Lille comme ailleurs, on trouve maints affairistes dénués de scrupules, imaginatifs quand ils montent des combinaisons fructueuses. Il faudrait aussi évoquer Nathalie et Milutka, deux amies intimes depuis leur adolescence, vingt ans plus tôt. Un couple féminin ayant traversé de douloureuses vicissitudes, qui a son mot à dire dans cette histoire.

Fière de ses origines, Elena Piacentini nous gratifie de quelques expressions corses en version originale. Elle nous rappelle sans lourdeur quelles épreuves a traversé son héros taciturne. Heureusement qu'il est aidé par la délicieuse Mémé Angèle. Si on note des clins d'œil souriants, la tonalité du récit reste énigmatique et sombre. Construction impeccable de l'intrigue, faits relatés avec souplesse, pistes nuancées, écriture subtile et précise, ce roman possède de superbes atouts. Cette édition chez Pocket, c’est un bon moyen pour découvrir l'univers de Leoni.

"Le cimetière des chimères" est disponible dès le 8 septembre 2016

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 04:55

Florian Gerner est âgé de trente-cinq ans. Il est employé dans un dépôt-vente de Melun, en Seine-et-Marne, un job alimentaire. Avec sa compagne Marion, coiffeuse, ils habitent dans une caravane, au camping. Ils forment un couple plutôt bancal, Florian l’admet. Ce ne sont pas cet été pluvieux, ni les courriers de sa banque, qui vont lui remonter le moral. Ses retrouvailles avec Roxane Cotrel, son ancien grand amour, pourraient passer pour une éclaircie dans sa vie brumeuse. Elle est toujours en froid avec son père, Christian Cotrel, agent immobilier de Melun. Cet homme d’affaire avisé est, entre autres, le propriétaire du dépôt-vente où travaille Florian.

Ce dernier passe une excitante soirée en compagnie de la jeune femme, qui reste très libre côté sexe. Pas sûr qu’ils puissent renouer longtemps, d’autant qu’il y a Marion dans la vie de Florian. Quelques jours plus tard, Roxane – qui semble avoir des problèmes – fixe par téléphone un rendez-vous à Florian. Comme elle lui a posé un lapin, il cherche à savoir pourquoi. Il retrouve la voiture de Roxane, à l’abandon. Dans l’appartement de la jeune femme, il est bousculé par un inconnu. Florian confie ses questions à son frère Daniel, qui est dans la police. Puis il se renseigne à l’agence qui emploie Roxane. Le patron, un ancien copain d’école à lui, l’aide du mieux qu’il peut.

Florian n’hésite pas à s’adresser à Christian Cotrel, car il connaît bien le père de Roxane. Il s’efforce de rester diplomate avec le businessman qui, pour sa part, ne se montre pas trop hostile. Mais Cotrel n’a visiblement aucune envie que des enquêteurs de la police mettent le nez dans ses affaires. Florian est contacté par Nadir Korkmaz, le détective privé que son père lui a conseillé d’engager. Toutefois, c’est sur ses propres investigations que Florian compte en premier. Il a une piste, un certain Virgile Bovicop, qui fréquente assidûment un club de fitness local. L’homme a tout l’air d’un repris de justice. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas chez les policiers que Florian peut espérer de l’aide.

Il s’intéresse à un garage automobile, qui se transforme certains soirs en club échangiste. L’endroit appartient à un M.Claude, qui a un profil de magouilleur. Florian est conscient de ne pas avoir les meilleurs atouts en main face à lui et à son sbire. Qu’il organise depuis belle lurette des partouzes n’indique pas que M.Claude soit impliqué dans la disparition de Roxane. Une des habituées de la boîte échangiste, Samantha, offre à Florian une nouvelle piste. Le détective Nadir pense qu’elle ne sort que des bobards, sans doute afin de dédouaner Claude. Selon les infos de son frère flic, Claude n’est pas suspect, mais il a des amis fichés à la police. Un nom, Roland de Villeneuve, revient souvent. Un fait-divers en forêt de Fontainebleau, datant de quinze ans, pourrait expliquer une partie du mystère…

Nicolas Duplessier : Été pourri à Melun plage (l’Atelier Mosesu 2016)

J’attrape un sac de sport dans l’armoire et pose une fesse sur le bord du lit. Tentative d’approche. Le chat me regarde dans le blanc de l’œil, l’air hautain, puis recule toutes griffes dehors.
— Pas le temps pour les papouilles. Laisse-moi juste une seconde pour t'expliquer le deal. Tu veux bouffer ? T’es pas au courant, mais la cantine est fermée.
Miaou de contestation.
— À partir de maintenant, c’est moi le patron. Ta maîtresse a foutu le camp sans laisser de consignes aux voisins, alors tu sautes dans ce sac ou tu peux faire une crois sur ta prochaine gamelle de Ron Ron.
Le matou obéit, résigné et mécontent. Incroyable comme l’homme et les animaux arrivent parfois à communiquer.

Nicolas Duplessier, dont voici le premier roman, est certainement un passionné de noirs polars. Car il en connaît les codes, et ne manque pas d’imagination pour alimenter une intrigue "qui tient la route". L’histoire s’inscrit dans notre époque, avec crise économique et précarité touchant bon nombre de personnes, pendant que d’autres jouent avec le fric. Au cœur de ce scénario, Florian symbolise le loser, sa situation n’ayant rien de stable. Vis-à-vis des femmes, il n’apparaît pas tellement équilibré, c’est sûr. Quant à s’immiscer dans un cas de disparition, il n’est absolument pas armé pour ça. Même s’il possède un pistolet d’alarme et une bonne dose d’opiniâtreté, il court droit vers les ennuis. Il ne tardera pas à être dans le collimateur de la PJ, tout en étant confronté à des adversaires dangereux.

On est là dans la meilleure tradition du roman d’action, avec sa succession de péripéties mouvementées, périlleuses. Et des ambiances nocturnes, pluvieuses, inquiétantes, sombres à souhaits. Un suspense rythmé très réussi, qui se lit avec grand plaisir.

Mes chroniques sur 4 autres polars évoquant le thème de "l'été" :

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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