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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 04:55

Les interventions d’un écrivain à la prison des Baumettes peuvent avoir des conséquences tendrement souriantes. Quand “Le chat qui tombe” se retrouve coincé dans une partie des bâtiments qu’on n’approche plus guère, il miaule à répétition, il appelle au secours. Car ce n’est qu’un chaton, que sa mère n’est pas parvenue à sortir de ce mauvais pas. L’animal en détresse n’est évidemment le souci principal des gardiens. Le récupérer et l’adopter ? Il est bien possible que la vie de l’écrivain et de sa fille en soient quelque peu modifiées…

Même en cette nuit de Noël, “L’homme qui passe” dans cette bourgade provençale n’est probablement le bienvenu nulle part. Il ne cherche pas à se faire remarquer. D’ailleurs les rues ne sont guère animées. Néanmoins, il a comme un point de repère ici. C’est l’ancien couvent, devenu l’hôpital de la ville. “Au dernier étage, la maternité brillait de tous ses feux, paquebot prêt à appareiller vers les merveilles et les tumultes du monde…”

À Marseille, “Le ballon” est une passion partagée par toute la population. Le football, le club adulé qu’est l’OM. Pour beaucoup de jeunes, le mythe est tout autant associé à des images d’enfance. Aux matchs disputés entre divers quartiers de la ville, sur des terrains approximatifs. Même ceux qui finissent aux Baumettes s’en souviennent peut-être.

S’il raconte “La nuit de l’évasion”, c’est que le jeune Rémi, quinze ans, est incarcéré à la prison d’Aix-en-Provence. Tout a commencé par un coup de folie de son copain Rocky. Ce dernier n’avait aucune raison de braquer un buraliste, ni de tirer. Rémi n’a rien fait, rien vu venir, mais il est malgré tout complice. La prison est un univers auquel personne n’est préparé, surtout pas un ado sans histoire. Heureusement pour lui, Rémi est mis en cellule avec Manu. Derrière les barreaux depuis trois ans, cet Espagnol de presque dix-huit ans a son propre parcours, qu’il ne renie pas. L’épreuve, pour Rémi, c’est aussi d’être séparé de Marie, sa petite amie. Une lettre de rupture ne suffirait pas à entamer l’espoir de la revoir. Attendre que passe les années, isolé par ces hauts murs, en s’adaptant à la vie carcérale ? Bien qu’il sache qu’aucune évasion n’ait jamais réussi depuis ce centre pénitentiaire, Rémi ne songe qu’à fuir cet enfer. Une date précise peut l’aider dans son projet insensé.

À Manosque, un femme troublante lui vend – ou plutôt, lui confie – un rubis d’une valeur inestimable. Ayant vérifié son authenticité, il réalise que cette pierre précieuse n’est pas sans rapport avec l’histoire de la ville. Surtout avec cette “Vierge noire”, joyau de l’église Notre-Dame-de-Romigier. Que le rubis soit maléfique, rappelant de sombres époques lointaines, c’est à craindre. D’autant que des hommes en noir le surveillent. Être enfermé dans l’église, en découvrir la crypte et autres mystérieux secrets, c’est pour lui courir un grand danger. Il a caché le rubis, mais résister à la menace est difficile.

C’est à cause de la misère que Valentin a malencontreusement tué un vieil homme. Il se trouve enfermé pour dix ans dans une lugubre forteresse, seul dans un cachot. Il risque de sombrer dans la folie, ce que lui prédit le gardien. Grâce à Marilou, il ne va plus voir le temps passer. Malgré l’improbable amitié qui les rapprochent, “Marilou et l’assassin” se tiennent agréablement compagnie…

René Frégni : Le chat qui tombe – et autres histoires noires (Éd. de l’Aube, 2017)

La prison abrite un peuple d’enfants blessés et dangereux. Chaque but qu’ils marquent claque comme une évasion. Du haut des miradors, les surveillants écoutent gravement ces cris de guerre rebondir sur les murs. Ces hommes n’ont plus d’âge, leur patrie est le temps. J’imagine qu’à cette seconde, des milliers d’hommes perdus poussent les mêmes cris en tapant dans un ballon, les yeux brûlés de révolte dans les prisons de Tétouan, Cadix, Valladolid et l’île de Ré. Les prisonniers et les footballeurs ont en commun cette forme de voyage que l’on nomme transfert. Ceux-ci vont d’un club à l’autre liés par les milliards, les autres d’une maison d’arrêt à une maison centrale les pieds entravés par des chaînes, des bracelets aux mains. Dans les avions de luxe comme dans les fourgons cellulaires, tous rêvent de pelouses vertes et de ballons blancs. Une mystérieuse complicité d’amitié et de clameur relie ces hommes. Les footballeurs aiment les voyous…

Il s’agit d’un recueil de six nouvelles. Il serait plus exact de parler de "contes". Car c’est dans le respect de ces histoires courtes que s’inscrit René Frégni. Ces textes font-ils partie de la catégorie "polar" ? Cela n’a aucune importance. Pourtant oui, leur contexte n’en est pas éloigné. Car il est question de crimes, de prisons, d’évasion, de mystères, et surtout du destin d’une poignée de personnages. N’est-ce pas ce qui importe en priorité ?

Il y a mille manières de raconter. On peut se contenter d’une tonalité linéaire, suivre le déroulement factuel du récit. Écrivain émérite, René Frégni privilégie une souplesse narrative bienvenue, teintée de poésie, de tendresse. On passera d’une terrasse de café, d’où tout homme observe les jolies femmes, à une sombre cellule de prison, où subsistent dans les têtes des mâles ces images de l’idéal féminin.

S’il n’occulte pas la part noire en chacun de nous, il n’en retient pas un aspect malsain. "Fatalitas !" criaient autrefois les bagnards. Le hasard et la fatalité conditionnent souvent le sort des repris de justice. Mais, comme l’auteur, on peut espérer qu’apparaisse une facette plus lumineuse.

Notons encore un hommage à Francis Cabrel, et l’omniprésence footballistique chez les Marseillais dignes de ce nom. L’auteur en présente le côté positif ; oublions donc les excès que cette passion engendre quelquefois. Voilà un recueil de nouvelles d’excellent niveau.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 04:55

Remo Cobb est un connard. Sûrement est-il un des plus brillants juristes de New York, le meilleur avocat du cabinet de Victor. Gagner des fortunes, baigner dans le luxe, une belle réussite pour un gars venu du Texas, issu d’une famille instable. Remo a mal supporté la séparation avec son épouse Anna et leur fils Sean, trois ans. Depuis, ses relations avec les femmes ne se basent que sur le sexe et le fric. Remo est un connard cynique. Le cocktail d’alcool et de cachets médicamenteux qu’il ingurgite, c’est censé lui donner la lucidité et le tonus nécessaire. Quand ça ne provoque pas des délires cauchemardesques. Il estime ne pas trop mal gérer sa vie chaotique et hallucinée, tant pis pour les failles qui le rongent.

Voilà quelques années, Remo Cobb sabota le procès de Dutch Mashburn et de Lester Ellis, dont il était l’avocat. À l’origine, un furieux braquage de banque par le gang des frères Mashburn dont Lester était le chauffeur. Plus de trois millions de dollars raflés en quelques minutes, et seize morts durant l’opération. Ferris Mashburn et Chicken Wing, les cadets de Dutch, ont péri lors de l’interpellation des criminels. Ayant récupéré le butin, Remo Cobb l’aurait distribué à des associations caritatives. Puis il s’est arrangé avec Leslie, la substitut du procureur, pour que Dutch et Lester soient lourdement condamnés. En prison, Lester a trouvé le chemin de la Foi. À l’inverse, Dutch Mashburn y a ruminé sa vengeance.

Malgré les années qui se sont déroulées, Remo Cobb reste un incorrigible connard, ce dont il est conscient. Quand Lester sort de prison, animé d’une pieuse mission, il alerte bientôt Remo : Ferris Mashburn et Chicken Wing, les frères de Dutch, sont toujours en vie. L’aîné espère s’évader de Rikers Island en faisant pression sur un gardien. En attendant, Chicken Wing garde l’œil sur l’ex-avocat de son frère. Pour flinguer sans état d’âme tous ceux qui approchent trop de Remo, y compris un garde-du-corps pro, ses frères peuvent compter sur lui. Par contre, ce n’est pas l’inspecteur Harris, ni aucun de ses collègues policiers, qui protégeront cet avocat qu’ils détestent – vu qu’il défend avec brio des malfaiteurs.

Si Lester n’avait pas été visé par ses anciens complices, il eût été l’ange gardien idéal pour l’avocat menacé. Victor, le patron de Remo, peut se montrer compréhensif. Ce qui ne sera évidemment pas le cas d’Anna, quand son ex-mari la relance sur son lieu de travail pour voir leur fils. Pourtant, le danger de mort est bien réel pour Remo, que Chicken Wing empêche de quitter la ville. Quant à Hollis, efficace expert en armes, a-t-il envie d’oublier sa relation conflictuelle avec Remo ? Si Dutch revient dans le circuit, nul doute qu’il y ait urgence à trouver des solutions. Car le revolver .357 de Chicken Wing ne fera pas dans le détail, en cas d’affrontement direct avec Remo Cobb…

Mike McCrary : Cobb tourne mal (Éd.Gallmeister, 2017)

Remo se trouve dans un environnement familier ; une des chaises rigides de sa salle à manger. Son visage est en compote. Son corps amorphe pendouille au dossier comme du linge sale de célibataire. Il jette un regard autour de lui, pas très sûr de savoir comment il est arrivé ici. Il se redresse et scrute son appartement en grimaçant. Même ses cheveux lui font mal. Tout est à sa place, rien n’a bougé, tout est tel qu’il l’a laissé. La porte d’entrée est fermée.
Le sac de voyage en cuir qu’il a préparé est à ses pieds. Même sa batte de base-ball est toujours posée contre lui, entre ses bras. Remo aperçoit sa bouteille de scotch habituelle, un verre rempli sur la table devant lui. L’espace d’un moment, il se dit que tout ça n’est peut-être pas réellement arrivé. Comme dans les films. C’était un rêve, ou bien il est mort – enfin non, pas ça, mais quelque chose de cet ordre. Ce serait génial, non ? Si toute cette merde n’était qu’un immense canular que son esprit lui jouait…

Le roman noir n’est pas une catégorie monolithique. Il n’est pas rare d’y croiser des héros meurtris ou désabusés, et que ce soit le contexte sociologique qui confère à l’intrigue une ambiance particulière. Il existe une autre tendance tout aussi traditionnelle, celle où prime l’action. Souvent, là encore, le héros est d’emblée en mauvaise posture, s’étant lui-même mis dans le pétrin. Il aura commis des erreurs qui ne se rectifient pas juste en s’excusant, à l’amiable. L’essentiel va donc consister à s’en tirer sans trop de dégâts, peut-être – s’il est face à des malfaisants sans pitié – à sauver sa peau. Un fil scénaristique simpliste ? On aurait tort d’en minimiser l’intérêt. Car l’auteur se doit d’être diablement inspiré pour que se succèdent rebondissements et péripéties, pour que le rythme narratif ne faiblisse jamais.

Outre ce tempo vif, le défi que s’impose ici Mike McCrary est ambitieux : mettre en scène un héros, Remo Cobb, sans lui accorder tellement d’atouts favorables. La faillite de sa vie de couple et de père, il l’a bien cherchée. Son addiction à la combinaison whisky-cachets, il se ruine la santé. Son attitude envers les femmes témoigne d’un machisme désagréable. L’affaire criminelle des frères Mashburn, c’est lui qui en a faussé le dénouement. Voilà un type cynique qu’on n’aimerait guère avoir pour ami. Néanmoins, le sachant traqué par des individus revanchards, on lui accorde une sympathie certaine. Pourquoi ? Tout bêtement, ses déboires sont très drôles. Parce qu’il manie maladroitement une arme, parce que l’on peut s’interroger sur l’utilité de son "ange gardien", parce qu’on est pas sûrs que les conseils d’Hollis soient bien suivis par l’avocat, et pour un tas d’autres raisons souriantes.

On adore ce “Cobb tourne mal”, qui nous offre un suspense agité très enthousiasmant. À ce jour, Remo Cobb est le héros de deux romans (Remo went rogue, Remo went down). On espère que le second sera lui aussi traduit en français, car on aura plaisir à suivre de nouvelles mésaventures de cet avocat new-yorkais. Mike McCrary a encore écrit deux autres fictions (Genuinely dangerous, Getting Ugly).

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 04:55

Citadine venue de Londres, Agatha Raisin s’est finalement bien adaptée à Carsely, village typique de la campagne anglaise, dans les Cotswolds. À tel point qu’elle va épouser son charmant voisin, le colonel retraité James Lacey. Comme Agatha vend son propre cottage à une Mrs Hardy, non sans un pincement au cœur, les nouveaux mariés habiteront chez James. Ils ont prévu un voyage de noces à Chypre. C’est à cause d’un coup-bas de Roy Silver, ami et ex-employé londonien d’Angela, que les choses se compliquent.

Roy s’est souvenu qu’elle était toujours mariée avec Jimmy Raisin, un alcoolique qu’Angela pensait décédé d’une cirrhose. C’est ainsi que, le jour de la cérémonie, Jimmy Raisin débarque au village et se fait reconnaître. James Lacey prend très mal cette révélation, plus question de se marier. Aussi bienveillante soit-elle, Mrs Bloxby –l’épouse du pasteur– ne peut aider Angela. De son côté, le jeune inspecteur Bill Wong, ami d’Angela, lui évite déjà certaines complications pénales, s’agissant là d’un cas de bigamie.

Angela a eu une altercation avec Jimmy Raisin, qui se montrait insistant. Le lendemain, Mrs Bloxby découvre dans un fossé le cadavre de Jimmy. Si Angela fait figure de suspecte, James Lacey est tout autant soupçonnable, mais il possède un alibi. Le couple se réconcilie et Agatha s’installe pour de bon dans le cottage de James. C’est ensemble qu’ils mèneront l’enquête pour identifier l’assassin de Jimmy. Chez les policiers, la jeune et ambitieuse Maddie Hurd joue avec les sentiments de son romantique collègue Bill Wong, dans le but de dénicher des preuves contre Angela. Cette dernière s’en aperçoit bientôt.

Quelques années plus tôt, Jimmy Raisin fut le protégé de Mrs Gore-Appleton, qui dirigeait alors une association en faveur des défavorisés. Pour désintoxiquer Jimmy de l’alcool, tous deux firent un séjour dans un coûteux centre de remise en forme. Angela et James ne trouvant plus trace de Mrs Gore-Appleton, ils se renseignent (sans en avertir la police) sur les autres personnes présentes lors du séjour de Jimmy et de sa bienfaitrice. Sir Desmond Derrington en faisait partie, mais en compagnie d’une femme qui n’était pas la sienne. Ce qui donna à Jimmy l’idée de le faire chanter. Le mauvais sort poursuit Sir Desmond.

Angela et James continuent, interrogeant d’autres témoins. Telles la vieille célibataire miss Purvey ou Gloria Comfort, qui ne paraît pas embarrassée par son récent divorce, et s’exile en Espagne peu après. Le témoignage d’Helen Warwick semble le plus fiable. Le couple devrait également retrouver le nommé Basil Morton, mais ils ne rencontrent que sa femme. Alors qu’Agatha voit la possibilité de racheter son cottage, celui de James est l’objet d’une tentative d’incendie. À force de fouiner au sujet de l’insaissable Mrs Gore-Appleton, un danger réel plane autour de l’intrépide Agatha…

M.C.Beaton : Agatha Raisin – Pour le meilleur et pour le pire (Ed.Albin Michel, 2017)

Ils traversèrent la place principale à l’ombre de l’abbaye et entrèrent au George. Bill alla chercher au bar un gin tonic pour Agatha et une demie-pinte de bière pour lui. Ils s’installèrent à une table de coin.
— Voilà ce qui s’est passé, dit rapidement Bill. D’après les premières conclusions du légiste, Jimmy Raisin a été étranglé avec une cravate en soie. On l’a retrouvée dans un champ un peu plus bas sur la route. Des traces de pas différentes des vôtres ont été découvertes près du corps, celles d’un homme. Donc les recherches s’orientent vers James Lacey.
— Quoi !" Agatha darda un œil noir sur Bill. "La police savait depuis tout ce temps que Jimmy avait été étranglé, et on m’a laissé croire que j’étais peut-être responsable s’il s’était fracassé le crâne ? J’ai une sérieuse envie de porter plainte. Quant à James ! James assassiner mon mari ?…

Après avoir connu un gros succès en Grande-Bretagne, les enquêtes d’Agatha Raisin ont tout autant séduit le public français, depuis 2016. “Pour le meilleur et pour le pire” et “Vacances tous risques” sont les 5e et 6e titres de cette série de romans. La comédie à suspense, avec ses péripéties en cascade et son humour omniprésent, constitue un genre franchement agréable. L’auteure anglaise M.C.Beaton s’y entend à merveille pour raconter les désopilantes mésaventures de son héroïne.

Malgré son dynamisme et son sens de la répartie, Agatha éprouve parfois de brefs moments de découragement. Qu’elle ne tarde jamais à surmonter, car la curiosité est dans sa nature, et son caractère se veut positif. Très doué pour jouer avec les serrures, son voisin-amant James Lacey est le compagnon idéal quand il s’agit d’enquêter clandestinement (sous le nom de Mr et Mrs Perth).

S’il est évident que le prénom d’Agatha est un hommage à Agatha Christie, la romancière ne copie pas ici la "Reine du crime". Le personnage ne ressemble pas à miss Marple, fine mouche mais bien plus passive, ni au caricatural Hercule Poirot dont les petites cellules grises étaient néanmoins actives. Pourtant, au cœur de cette Angleterre ancestrale, on est dans une tradition comparable. Avec sa brochette de personnages prêtant à sourire, plus ou moins suspects, ce drolatique roman d’enquête nous offre un vrai régal de lecture. Ne boudons pas notre plaisir !

- Les tomes 5 et 6 sont disponibles dès le 1er juin 2017 -

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 04:55

Début 1970, dans une ville portuaire fluviale de Normandie. Âgé de quarante-neuf ans, Paul Récord était directeur d’une société, dont il a été licencié quelques semaines plus tôt au profit d’un responsable plus jeune. Avide de prendre sa revanche suite à cette injustice, il s’est acoquiné avec trois complices afin de préparer un casse magistral. Ce trio d’amis, ce ne sont nullement des truands. Tous ont de bonnes raisons de participer, ce sera le seul acte délictueux de leur vie.

Paul Récord, qui souhaite se relancer professionnellement, se servira de sa part du butin comme mise de fond pour ses futures activités. Norbert Souche, trente-deux ans, est un policier de base dont la carrière n’a pas évolué comme il pouvait l’espérer. S’il en a pris son parti, ce n’est pas le cas de son épouse, qui l’accable de reproches acrimonieux. Une petite fortune la rendrait moins mordante, sans doute. Raphaël Davila, trente-sept ans, est un pied-noir n’ayant jamais trouvé sa place en métropole. Avec sa femme, ils comptent échapper à la grisaille et s’installer en Amérique du Sud avec le pactole qui leur reviendra. Quant à Francis Ballogne, employé de banque de vingt-huit ans, c’est différent. Son épouse et lui sont les parents d’une fillette handicapée mentale, Sylvie. Il est possible de remédier à l’état de leur gamine, mais c’est coûteux. Francis ne peut pas expliquer à sa femme l’opération à laquelle il va se joindre.

Si Paul Récord est le cerveau de cette affaire, le rôle des comparses n’est pas négligeable. Car il faut être sûr des plans de la chambre des coffres à la banque, du système d’alarme, et de l’accès prévu. Pas question de braquage à main armée, ni d’un cambriolage passant par l’immeuble : c’est le sous-sol qui leur permettra d’approcher. Agir clandestinement ne les aidera pas, il est préférable de prévoir un chantier bien visible, avec des ouvriers. Pour ce faire, il suffit de créer une fausse entreprise de bâtiments, et d’engager des salariés en intérim. Dont la première mission sera d’entamer un tunnel de viabilisation du chantier. Ainsi, il ne restera aux quatre complices que quelques mètres à creuser vers la banque.

Récord a même pensé au meilleur moyen de retarder l’inévitable enquête de police. Quant au butin, il n’y aura pas de problème de partage, chacun ayant admis le principe. Au jour-dit, profitant d’un calme week-end dans le quartier, le quatuor se met à l’œuvre. Fatigant, mais particulièrement fructueux. Après le casse, on fait venir de Paris le commissaire Marc Vieljeux, policier chevronné qui ne confond pas vitesse et précipitation. Il admet que les voleurs ont élaboré un plan parfait. Soit ils sont déjà loin, et il serait trop tard pour les coincer ; soit l’enquêteur peut compter sur une erreur, une faiblesse. Car, dans toutes les affaires aussi géniales soient-elle, il ne faut jamais omettre le facteur humain…

Pierre Nemours : Le gang des honnêtes gens (Éd.French Pulp, 2017)

Récord le regarda s’éloigner. Dans le "gang des honnêtes gens", il était le seul véritablement honnête. Il lui vint alors une idée curieuse. [Sa femme] Thérèse, futile, vaporeuse, snob ; Angèle Souche, acariâtre et jalouse ; Raphaël Davila, amoral et cynique, et Marie-Lou sa frivole épouse, ne valaient peut-être pas que l’on risquât tant pour assurer leur bonheur. Mais pour Francis et Gisèle Ballogne, pour la petite Sylvie et l’opération qui allait sans doute faire d’elle une enfant comme les autres, il fallait réussir. Et, à ce moment précis, Paul Récord eut la certitude qu’ils allaient réussir, parce que Ballogne, et sa femme, et sa fille étaient, en quelque sorte, leur justification…

Auteur prolifique, Pierre Nemours (1920-1982) mérite bien mieux que d’être considéré tel un romancier ordinaire du 20e siècle. Excellente initiative que de rééditer “Le gang des honnêtes gens” aux éditions French Pulp, car c’est un des bons exemples de son talent. L’intrigue apparaît classique : une bande projette de cambrioler une banque, profitant d’un tunnel en sous-sol qu’ils creusent jusqu’à la salle des coffres. Notons quand même que ce roman fut publié plusieurs années avant l’affaire du Casse de Nice, par Albert Spaggiari et ses complices. L’opération ne manque pas de suspense, on s’en doute. Mais ce qui fait le principal intérêt de cette histoire, c’est la personnalité et la situation des protagonistes.

En effet, il existe très souvent un contexte sociologique décrit avec soin dans les romans de Pierre Nemours. En cela, il n’est pas si loin du roman noir. Le "cerveau" du gang est un ex-dirigeant d’entreprise presque quinquagénaire mis sur la touche, alors qu’il est – on le constate – capable de mener à bien une pareille opération. Le cas du couple Ballogne est absolument crédible, créant un déséquilibre émotionnel dans la vie de cette famille. Celui du policier Norbert Souche, mésestimé autant dans son métier que par sa femme, s’avère également d’une justesse certaine. Idem pour Raphaël Davila, transplanté de sa terre d’origine, qui ressent le besoin de rebondir ailleurs. Aucun d’eux n’appartient réellement à la catégorie des "perdants", qualificatif trop commode. Tous quatre aspirent à un nouveau départ, et ils ont trouvé la plus rapide manière de financer leurs espoirs.

Ce n’est qu’à quarante pages de la fin, que se présente le commissaire Vieljeux, héros de nombreux romans policiers de Pierre Nemours. Son enquête n’a qu’une importance plutôt relative, afin que la morale soit sauve. L’essentiel, c’est l’habile élaboration du cambriolage et la vie des quatre membres du "gang", ce qui nous est raconté avec une belle souplesse narrative. Voici un très bon moyen de redécouvrir cet auteur et son œuvre.

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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 04:55

Le commissaire Placide Boistôt est un policier de l’OENO, l’Office Nationale des Enquêtes Œnologiques, brigade basée à Chinon. Il a pour adjoint Joseph Marnay, garçon qui a bon cœur mais qui se montre parfois gaffeur, surtout quand il entreprend quelque bricolage. Celle que l’on remarque le plus auprès de Boistôt, c’est Wyvine. Totalement décomplexée, cette collaboratrice du policier s’affiche toujours dans des tenues ultra-légères. Ce qui n’est pas sans provoquer le regard des hommes, et la jalousie de nombreuses femmes. Un trio qui s’accorde parfaitement, car ce sont tous trois des "bons vivants", appréciant les vins et la cuisine de terroir. Il s’agit également d’enquêteurs diplomates et psychologues, donc fort efficaces. Mais si une situation se dégrade, ils peuvent s’avérer percutants.

C’est dans le Vaucluse que les entraîne un curieux meurtre. On a retrouvé le cadavre de Bruno Moustiès, vingt-et-un ans, dans un endroit isolé sur les pentes du mont Ventoux. Ce fils d’un couple de viticulteurs aisés a été massacré par son assassin. On peut s’interroger sur l’endroit où le corps a été déposé, près du Mur de la Peste. Récemment réhabilité, ce mur historique constitua une forme de frontière. Toutefois, les habitants de la région ne semblent guère s’intéresser à ce site. Le commissaire Roustagnou, un pur provençal, est chargé de l’affaire. Avec son adjointe, la froide lieutenante Cessidia Guivrini, ils n’ont pas vraiment avancé depuis le crime. Quant aux parents Moustiès, à l’attitude hautaine, ils évoquent bien des rivalités entre viticulteurs, mais apparaissent plutôt insensibles.

La principale piste se situe-t-elle du côté de Faïqa Khafi, la petite amie de Bruno ? La famille marocaine de la jeune femme vit à Carpentras. Le commissaire Boistôt et Wyvine tentent de modérer les tensions de la part des Khafi. Le plus jeune joue au rebelle ; l’aîné tient un garage automobile qui n’est finalement pas si suspect ; les parents sont méfiants, se sachant en position d’accusés. Faïqa témoigne de sa rencontre avec Bruno, lors d’un match de football à Marseille. Coup de foudre dans un contexte houleux, des supporters néo-nazis semant la violence en marge du match. Les policiers rencontrent aussi Brice Chamas et sa sœur Monique, anciens amis de Bruno. Sa relation avec la jeune marocaine est-elle cause de la rupture de leur relation, ou bien est-ce plus idéologique encore ?

Si ses parents sont avides de fortune, Bruno était un jeune homme assez cultivé. Il le devait à M.Arouet, un professeur de français qui l’initia à la lecture d’ouvrages édifiants sur la tolérance. Installés chez la belle quadragénaire Marina, tendre amie de Boistôt, au caractère aimable mais affirmé, le trio d’enquêteurs persévère pour trouver les clés – en partie littéraires – de cette affaire…

Robert Reumont : Le Ventoux pour témoin (Pavillon Noir, 2017)

— Un jour, j’ai demandé à Bruno s’il avait honte de me présenter à ses anciens amis. Ma question l’a embarrassé. Rien qu’à son air triste, j’ai compris pourtant que ce n’était pas cela la raison. Il a réfléchi et a murmuré : "Ce serait plutôt le contraire". Il n’a jamais voulu m’en dire plus. Il a juste répété, très grave : "La dernière phrase…" Bruno, je pense l’avoir déjà dit, cultivait ces petites phrases sibyllines. Il était parfois bizarre, déroutant. Au début, il ne prétendait pas que je monte dans sa chambre, même pour prendre un CD ou un livre. Si j’insistais, il s’énervait, lui qui gardait toujours son calme et était si paisible, si aimable.

Dans la collection Pavillon Noir, la série "In Vino Veritas" de Robert Reumont se compose d’une demie-douzaine de romans. L’ensemble de ces polars met en scène un singulier trio de policiers. Pour la plupart, il s’agit de rééditions. Par exemple, “Le Ventoux pour témoin” est le titre actuel de “La ligne de malédiction”, paru naguère chez un autre éditeur plus confidentiel. Publiées aujourd’hui sous forme de série, et mieux diffusées, ces intrigues se basent sur un esprit épicurien, et mettent en valeur certains aspects du patrimoine de nos régions françaises, le vin et la gastronomie y étant évidemment présents.

Les investigations de Placide Boistôt, Wyvine et Joseph, les amènent sous le soleil de cette Provence "où il fait bon vivre", selon le slogan habituel. Tel le commissaire Roustagnou, on préfère ici la sieste et l’apéro aux contraintes professionnelles. On laisse les interrogatoires et autres recherches historiques aux collègues venus d’ailleurs. On "s’esse-prime avé l’accent chantant" de la région. Toutefois, il est utile de se souvenir que, pour une partie de la population, "le respect de l’autre" n’est pas leur vertu principale, que ceux-là ne cachent guère leur xénophobie. Même s’il ne faut pas généraliser, bien sûr.

La tonalité est à la comédie policière, comme l’indique cette description: “Wyvine en mini-jupe, mini-top, maxi-charme, moi avec mon air débonnaire et ma bouille de joyeux épicurien, nous ne formons pas un duo conforme à l’image que les gens se font de la police.” Ce qui n’interdit pas, vue la nature pacifique et ouverte des héros, de passer un message humaniste. Un polar très sympathique.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 04:55

Cove est une petite ville du Vermont, au Nord-Est des États-Unis. C’est là que les parents d’Angela Petitjean, qui eurent longtemps la bougeotte, finirent par s’installer alors qu’elle était enfant. À quinze ans, elle intégra le lycée local. Élève brillante, Angela ne cherchait pas vraiment à se faire des amis. Bientôt, elle fit néanmoins la connaissance de HP Parker, qui se montra très protecteur. Ce garçon athlétique aux yeux bleus clairs plaisait à toutes les adolescentes, tout en étant apprécié par les adultes. Même Shelley Petitjean, la mère d’Angela, adopta rapidement HP. Et le père de la lycéenne n’était pas hostile, non plus.

Un week-end de liberté marqua la fin de l’année de Terminale, avec HP, son copain Ezra, et la petite amie du moment d’HP. Ce fut l’occasion pour ces "âmes sœurs" qu’étaient Angela et HP de se rapprocher intimement. Été romantique pour les tourtereaux, qui ne doutaient plus d’avoir besoin l’un de l’autre. Si Shelley Petitjean voyait leur idylle d’un bon œil, son mari et elle avaient de grandes ambitions pour leur fille. Le père d’Angela l’avait inscrite pour un séjour estudiantin de huit mois à Oxford, en Grande-Bretagne. S’éloigner de HP, cela déplaisait à Angela, mais elle ne pouvait laisser passer cette chance.

À Oxford, Angela rencontra Freddy Montgomery, étudiant en biochimie promis à un bel avenir. Ce qu’il confirmera quelques années plus tard, en devenant millionnaire dans un domaine particulier, et en possédant un appartement à New York. Angela et Freddy eurent une relation amicale, la jeune fille passant les fêtes de Noël avec la famille Montgomery. Freddy était assez intelligent pour comprendre l’obsession d’Angela envers HP. Elle restait en contact avec l’Amérique, espérant que HP n’abuse pas en son absence de son allure façon jeune Harrison Ford pour jouer au séducteur. En mai, elle eut la divine surprise de voir arriver à Oxford HP et son copain Ezra. La suite fut un peu moins à son goût.

Habitant toujours Cove, Angela Petitjean est aujourd’hui âgée de vingt-six ans. Dans une pièce sobre du commissariat local, elle est interrogée par le policier Jonah Novak. Elle lui raconte son parcours des onze dernières années. En théorie, Angela n’est qu’un témoin dans la disparition d’une jeune mère de famille, Saskia. Bien qu’elle ne veuille pas montrer ses sentiments, Angela se doute bien que Novak la considère comme suspecte. Logique, puisqu’elle est restée depuis des années constamment très proche du mari de Saskia, HP. Angela est même la marraine de leur fillette, Olive.

La police ne dispose que d’indices incertains, tel ce bijou appartenant à Saskia retrouvé chez Angela. La "rupture" récente avec le couple ne justifierait pas un crime, non plus. D’ailleurs, la jeune femme possède un alibi : elle séjournait alors à Boston avec sa mère et Freddy. On ne peut exclure que Saskia ait volontairement disparu, pour la tourmenter…

Roz Nay : Notre petit secret (Éd.Hugo Thriller, 2017)

Je lève les yeux à l’angle des murs et du plafond. "J’ai fini par comprendre que dans la vie, il y a très peu de gens qui disent vraiment ce qu’ils pensent." Novak veut m’interrompre mais je ne lui en laisse pas la possibilité. "On dit que c’est pour ne pas heurter les sentiments des autres, mais ce n’est pas pour ça. Les gens ne disent pas ce qu’ils pensent parce qu’ils sont hypocrites. Ils sont faux, et ils mentent." J’ai mal à la tête. "Inspecteur, je ne sais ni mentir ni dissimuler. Je suis trop honnête, même si je ne pense pas qu’on puisse l’être trop."
— OK. Donc vous me dites, Angela, que malgré votre vie tranquille, vous avez une peur aiguë, parfois paralysante, de la vulnérabilité humaine. Que sans HP, vous vous sentiez moins capable de supporter cette vision d’un monde plein de menteurs. Que pour votre propre équilibre, vous aviez besoin de son énergie. C’est bien ça ?

Un suspense bien maîtrisé comporte très souvent un "jeu du chat et de la souris". Il n’est pas indispensable que l’accusation soit accablante, assortie de multiples preuves avérées. C’est au suspect d’échapper aux griffes de l’enquêteur, de se faufiler vers la sortie. Il y a peu de chance d’y parvenir en amadouant simplement l’adversaire. Ruser avec habileté ne démontre pas non plus que l’on soit innocent, même quand on n’a rien fait de mal. Pas de stratégie infaillible, mais rien à exclure pour faire admettre que l’on n’est pas concerné. Et pendant ce temps-là, nous autres les lecteurs, nous écoutons aussi attentivement que le policier, nous observons comme lui les réactions, nous jaugeons les faits racontés.

Pendant un certain temps, l’histoire d’Angela et de son prince charmant ressemble à une bluette d’adolescents. C’est sur la jetée d’un lac, à Elbow Lake, que se noue leur amour. Il faut donc s’attendre à une romance contrariée, à moult complications. Situation qui, peut-être, prendra une tournure criminelle. Ou, pour le moins, énigmatique. L’auteure se sert de lieux qu’elle connaît (elle a étudié à Oxford, par exemple) ou qu’on imagine sans difficulté (une tranquille bourgade du Vermont). Elle décrit une jeune héroïne quelque peu possessive, mais inspirant la sympathie. L’intrigue ne cherche pas à faire sourire, mais à conserver une ambiance assez détendue. Par le récit perso et le "naturel" du caractère d’Angela, cela introduit une connivence bienvenue avec le lecteur. Un agréable suspense, à dévorer sans modération.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 04:55

Habitant Quimper, la policière Mary Lester est de longue date en poste au commissariat de cette ville, en Finistère-sud. Au besoin, elle sillonne la Bretagne et la Côte Atlantique, pour mener à bien les enquêtes dont elle est chargée. Son supérieur confie souvent à Mary des affaires sensibles, demandant autant de doigté que d’efficacité. Son partenaire habituel est le costaud policier Fortin, sur lequel elle peut s’appuyer en toute confiance. Il arrive que ses missions apparaissent moins compliquées, tout en exigeant de la diplomatie. C’est le cas quand, sur la demande de la juge Laurier, Mary se rend à Dinard (Ille-et-Vilaine). Elle procède à l’arrestation de Mme Béatrice Bonnadieu, avant de la transférer à Quimper.

Épouse d’un mari qui grenouilla longtemps dans les hautes sphères de l’État, la suspecte est une quinquagénaire à l’allure fragile. M.Bonnadieu est lui-même diminué, en fauteuil roulant, vivotant dans leur belle villa de Dinard. Elle est soupçonnée du meurtre du neveu de son mari. Âgé de trente-cinq ans, cet Anthony Lemercier a été empoisonné à l’arsenic. Bien qu’existent de fortes présomptions comme Béatrice Bonnadieu, Mary Lester n’est pas convaincue. Il estime préférable de faire hospitaliser la suspecte, et de protéger le dossier de l’affaire Lemercier – auquel un de ses collègues portait trop d’intérêt. La juge Laurier admet l’argumentaire de Mary et relâche Mme Bonnadieu, qui regagne bien vite Dinard.

Sachant que ses confrères de la gendarmerie en resteront là, Mary Lester doit mener une contre-enquête. Toujours rebelle, pas question pour elle de se plier à l’autoritarisme de la juge Laurier. Plutôt que le brave Fortin, c’est Gertrude Le Quintrec qui accompagne Mary à Dinard. Elle considère que sa collègue policière Gertrude est suffisamment aguerrie pour cette mission. D’emblée, Mary comprend qu’elle ne pourra pas faire confiance à Nazelier, l’hypocrite commissaire dinardais. Bien que d’aspect passif dans son bureau insalubre, le policier Bernoin pourra s’avérer d’une aide précieuse. Il est quelque peu aigri, mais plutôt compétent. Quant à l’avocat du couple Bonnadieu, il ne souhaite pas entraver l’enquête.

Une nouvelle autopsie de Lemercier révèle que l’action de l’arsenic n’a pas forcément causé le décès du neveu de Bonnadieu. Pendant ce temps, Bernoin se renseigne sur toute la faune qui gravitait autour de la victime. Béatrice Bonnadieu admet qu’elle rencontra, peu avant sa mort, le neveu de son mari dans une auberge de Saint-Lunaire. Ça pourrait aggraver son cas. Mary s’aperçoit que le commissaire Nazelier est proche – même s’il s’en défend – d’un nommé Antonio Morelli, douteux homme d’affaires du secteur. Ce dernier n’est-il pas du genre à avoir des hommes de mains prêts pour divers mauvais coups ? Il se peut que P’tit Lou, le meilleur écailler de la Côte d’Émeraude, ait son mot à dire. Quand la situation du couple Bonnadieu empire, pas facile pour Mary de dénouer les fils de cette sombre affaire…

Jean Failler : Mary Lester et la mystérieuse affaire Bonnadieu (Éditions du Palémon, 2017)

Elles suivirent le majordome jusqu’à ce grand salon que Mary avait déjà vu lors de sa première intervention dans la maison. Cette fois, il n’y régnait pas la tension dramatique qui lui avait laissé une si mauvaise impression lors de la mise en garde à vue de Madame Bonnadieu.
Monsieur Bonnadieu reposait toujours dans son fauteuil roulant, un plaid sur les genoux. Sa femme se tenait debout derrière lui et maître Lessard, le célèbre avocat, consultait des documents posés sur le beau bureau d’acajou. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, dont les cheveux mi-longs étaient coiffés avec soin. Il était vêtu d’un complet gris foncé et portait un nœud papillon rouge sombre sur une chemise blanche.
En voyant Mary, madame Bonnadieu serra ses deux poings sur son cœur, comme pour tenter de maîtriser une émotion trop forte…

Depuis “Les bruines de Lanester” et “Les diamants de l’archiduc”, ses toutes premières investigations, elle a vécu de nombreuses aventures, la téméraire Mary Lester ! Elle n’a jamais craint de se colleter avec des personnages haut-placés, d’affronter des malfaisants de toutes espèces. Cela tient en grande partie à son univers personnel, lui apportant un bel équilibre. Entre sa voisine-cuisinière Amandine Trépon et son supérieur le commissaire Lucien Fabien, sans oublier le solide Jipé Fortin et autres collègues sérieux, la quimpéroise possède de bons repères. Si la dynamique Mary Lester est une fonceuse, elle sait aussi faire preuve de compassion, de bienveillance et, bien sûr, de réflexion. Mary se trompe rarement sur le caractère de ses interlocuteurs, surtout les faux-jetons et les malsains.

La caractéristique principale des enquêtes de Mary Lester, c’est la fluidité narrative. La tonalité du récit se veut familière, quotidienne, sans précipitation. Car, aussi intrépide soit-elle, cette policière n’est pas une "super-héroïne". Il s’agit d’une jeune femme ordinaire, pas du tout prétentieuse, qui fait consciencieusement son métier, en toute justice. En cela, elle est héritière d’une longue lignée d’enquêteurs de polars qui, depuis le commissaire Maigret, n’ont pour but que de comprendre les faits, déterrer les secrets, établir la vérité. On suit donc volontiers Mary Lester dans les méandres de cette sympathique histoire, en deux tomes.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 04:55

Reugny est une petite ville belge frontalière de la France, dans les Ardennes, non loin de Bouillon et de Dinant. En cette année 2000, elle compte un petit millier d’habitants. Si Reugny eut certains attraits touristiques par le passé, c’est plutôt une bourgade endormie. Néanmoins, Thérèse vivote grâce à son Hôtel du Grand Cerf. Elle a pris la suite de sa mère Léontine, quatre-vingt-six ans, et espère que sa fille Anne-Sophie, vingt ans, reprendra le flambeau – ce qui est fort improbable. Toute l’équipe de tournage d’un film logea à l’Hôtel du Grand Cerf, quarante ans plus tôt, souvenir mémorable pour Reugny. D’autant plus que l’issue en fut dramatique. L’actrice Rosa Gulingen et son partenaire Armand Grétry étaient alors très célèbres pour leurs comédies romantiques assez mièvres. Le 6 juin 1960, Rosa mourut noyée dans sa baignoire, à l’Hôtel. Suicide ou forte alcoolémie, on ne sut jamais.

Nicolas Tèque est chargé par un producteur de retrouver sur place des éléments en vue d’un documentaire sur Rosa Gulingen. Lui-même possède des images filmées montrant les derniers moments de l’actrice, avant qu’elle se retire dans sa chambre ce jour-là. Mais se rendre à Reugny s’avère compliqué pour Nicolas. Car à Larcheville, dernière grande ville avant la frontière, un conflit social entraîne un blocage des routes. Il réussit à amadouer le leader syndical du groupe industriel Bating, dont une usine est menacée de fermeture. Il arrive néanmoins à Reugny. Pour se déplacer, il aura besoin des services du taxi de Sylvie – dont le mari camionneur Freddy est très jaloux, mais heureusement absent. À l’Hôtel du Grand Cerf, il pourra compter sur le témoignage de Thérèse et visiter la chambre intacte de Rosa. La mémoire de Léontine ne sera pas inutile à Nicolas, non plus.

Dans le même temps, des affaires criminelles agitent Reugny. Le vieux douanier Jeff a été assassiné et son domicile incendié. Jeff haïssait autant la population locale qu’il était détesté par elle. Il collectionnait les fiches sur tous les habitants, recensant leurs fautes diverses. Ce meurtre eut peut-être deux témoins gênants. D’abord Brice, le simplet de Reugny, bientôt éliminé par le tueur. Et puis Anne-Sophie, la fille de Thérèse, disparue depuis le meurtre de Jeff. Les battues menées par la gendarmerie ne donnent rien. Le seul policier disponible est à moins de deux semaines de la retraite. L’obèse inspecteur Vertigo Kulbertus n’a jamais brillé par son efficacité, encore qu’il soit plus futé que son physique pesant pourrait l’indiquer. Certes, il engouffre les repas copieux et boit sans modération de la bière. Mais il est aussi observateur, et attentif aux réactions de ceux qu’il interroge.

L’activité qui offre un peu de vie à Reugny, c’est le Centre de Motivation. Il a été créé par Richard Lépine, dans des bâtiments ayant autrefois appartenu à sa famille. D’ailleurs, il a racheté une grande partie des biens disponibles à Reugny. Ce qui explique que les gens d’ici ne lui soient guère favorables. Il dirige le Centre selon des règlements stricts, avec Élisabeth Grandjean qui fait figure de régisseuse, et du personnel local. Dont son protégé, le jeune Jack Lauwerijk, issue d’une famille de fermiers flamands. Vertigo Kulbertus ne tarde pas à sympathiser avec Nicolas Tèque, leurs enquêtes s’entrecroisant. Tandis que le policier cherche l’assassin, en profitant pour secouer un peu Richard Lépine, Nicolas récolte quelques indices sur Reugny aux archives de Larcheville. Mais c’est à Verviers que sœur Marie-Céleste possède les clés des origines de l’affaire…

Franz Bartelt : Hôtel du Grand Cerf (Éd.Seuil, 2017)

— Je n’ai pas dit qu’il avait décidé de la tuer. J’ai dit qu’il l’avait tuée. Il lui a maintenu la tête sous l’eau pour ne plus l’entendre brailler. C’est juste une dispute qui à mal tourné. On ne m’enlèvera pas ça de l’idée. N’allez pas répéter ce que je vous dis à Thérèse. Elle les voit encore avec ses yeux d’enfant. Le couple parfait, la tragédie, la légende, pouah !
Les journaux de l’époque n’avaient pas fait état d’un désaccord sérieux entre les deux comédiens. On racontait qu’ils s’étaient séparés pendant quelques temps, qu’elle était partie seule en vacances, querelle d’amoureux. Mais Nicolas avait l’intuition que Léontine ne se trompait pas en disant que le couple traversait une crise qui devait le conduire rapidement à la rupture. Elle ne se trompait pas non plus quand elle témoignait de la violence des scènes où ils se déchiraient. De là à croire que Grétry avait noyé Rosa, il y avait un pas qu’il n’avait pas envie de franchir.

Il n’y a qu’une quarantaine de kilomètres entre Bouillon, en Belgique, dans la vallée de la Semois, et Charleville-Mézières (nommée ici Larcheville), Sedan se situant au milieu du trajet. Cette précision géographique s’impose, pour bien comprendre que le territoire des Ardennes est transfrontalier. Et qu’il constitue sans doute une sorte de microcosme aux yeux de l’auteur, qui habite la région. Parfait prétexte pour décrire en détail un de ces villages ruraux où, malgré le temps qui passe, rien ne paraît avoir tellement changé au fil des décennies. Non pas que tout y soit figé, dans le paysage et dans la population, chacun y vivant un quotidien ordinaire. On s’y active à son rythme, sans frénésie ni précipitation. Nul ne tient à bouleverser cette normalité, même pas – dans le cas présent – le Centre de Motivation qui fonctionne sans remous extérieurs.

Par contre, les habitants de ces bourgades ont généralement de la mémoire. Ce n’est pas, comme le disent absurdement les citadins, que “tout le monde se connaît”. Mais certains faits d’hier se sont transmis entre générations, parfois déformés, et il subsiste souvent des témoins d’alors. C’est cette mémoire-là que Nicolas vient réveiller en enquêtant sur une histoire datant de quarante ans. Et quand, de son côté, le policier demande aux villageois de désigner anonymement leur suspect, tous n’en désignent qu’un, parce qu’il est associé à un passé trouble dans l’esprit collectif. Ah, le gros inspecteur Vertigo Kulbertus, un sacré personnage ! Élément comique de l’intrigue ? Bien sûr, on ne se prive pas de le caricaturer habilement, mais on verra qu’il est beaucoup plus subtil qu’en apparence.

Des décors réalistes, une belle galerie de protagonistes dont les caractères sont présentés avec justesse, deux enquêteurs astucieux fouinant dans ce petit monde d’aujourd’hui et d’hier, une noirceur tempérée par des sourires… Tels sont les atouts de l’excellent roman de mœurs qu’a concocté Franz Bartelt, autour de cet Hôtel du Grand Cerf.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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