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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 04:55

Ruth Galloway est une universitaire habitant le comté de Norfolk, qui se situe à moins de deux cent kilomètres au nord-est de Londres. Elle est archéologue, spécialisée dans la datation de tout ce que l’on retrouve du lointain passé. Âgée que quasiment quarante ans, Ruth est célibataire. Elle est aujourd’hui enceinte de treize semaines, ce qu’elle tente de cacher à son entourage professionnel. Ultra-conformistes, les parents de Ruth sont très fâchés de cette situation. Elle sait qui est le père du futur bébé, mais leur relation est plus amicale qu’intime aux yeux de tous. Néanmoins, son collègue Cathbad – druide passionné par les mythes et les croyances d’antan – n’est pas dupe de l’état de Ruth. Quant à l’amant d’un jour de la jeune femme, il finira par réaliser ce qui se passe, lui aussi.

Ruth s’occupe de datations autour des fouilles conduites par son confrère Max, près du village de Swaffham. Max en profite pour résider sur un petit bateau dans les environs, le Lady Annabelle, joignant l’utile à l’agréable. C’est à Norwich, ville principale du comté, que l’on va bientôt avoir besoin de Ruth. L’entreprise d’Edward Spens a lancé le chantier d’un projet immobilier d’importance, sur le site d’un ancien orphelinat de Woolmarket Street. Les archéologues de terrain y découvrent des restes humains, un squelette sans tête. Ils peuvent remonter à plusieurs siècles, voire à l’époque romaine. Ou être contemporains, sachant que l’institution religieuse a été active jusqu’à presque 1980. Ruth contacte le policier Harry Nelson, avec lequel elle a précédemment collaboré.

Ces ossements sans tête sont ceux d’un enfant, probablement une fillette d’environ cinq ans, et apparaissent assez récents. On va également découvrir les restes d’un chat, dont il manque aussi le crâne, sur les mêmes lieux. Marié et père de deux filles, enquêteur chevronné, Nelson ne craint pas de ralentir le chantier de la société d’Edward Spens. Car on recense une affaire énigmatique s’étant produite ici en 1973. Martin et Elizabeth Black, un frère et une sœur de douze et cinq ans, disparurent subitement. La police ne fit alors que peu d’efforts pour retrouver ces enfants. Nelson rencontre des témoins, dont le père Hennessey, qui était directeur de l’orphelinat. Le policier vérifie que sa réputation de tolérance, de compréhension, n’est pas usurpée. Ce qui agace quelque peu Nelson.

Sœur Immaculata se souvient aussi de ces enfants disparus, mais n’a pas de meilleure explication que le père Hennessey. Sur le chantier, Ruth et Nelson font explorer le "puits à souhaits" de l’ex-foyer d’orphelins. On y retrouve les crânes de l’enfant et du chat. Ce qui peut faire penser à un rite sacrificiel, à des pratiques morbides. Le père Hennessey est, cette fois, interrogé plus officiellement par la police, mais ne livre pas de confession plus utile. Sur le site des fouilles de son ami Max, Ruth sent comme une menace autour d’elle. Ce qui peut être dû à sa grossesse. Tandis que Max s’efforce d’établir un climat rassurant pour Ruth, Nelson et ses adjoints cherchent des éléments sur l’histoire de la propriété de Woolmarket Street. Malgré tout, le danger reste présent…

Elly Griffiths : Le secret des orphelins (Presses de la Cité, 2017)

Ce chat a-t-il été sacrifié ? S’agissait-il d’un entraînement ? On tue un animal pour se préparer à l’horreur absolue, tuer un enfant ? Que disait Max déjà… "on sacrifiait des animaux noirs à Hécate".
Sur un coup de tête, Ruth va fouiller la boîte contenant les prélèvements effectués sur le chantier. Échantillons de terre et de végétation, fragments de briques et de pierres… Oui, la voilà. Elle s’empare du sac renfermant la chevalière romaine, qu’elle fait glisser avec précaution dans sa paume. Sur l’étiquette écrite à la main, on peut lire : "Bague en bronze avec gravure en creux, probablement romaine". L’emblème est difficile à distinguer – trois cercles que se chevauchent partiellement. "On dirait une feuille de trèfle", a fait remarquer Ted avec pertinence. Là, en l’observant au microscope, Ruth découvre que les trois cercles sont en réalité des têtes.
Hécate. La déesse aux trois visages.

La vertu principale de ce genre de romans à suspense, c’est de créer une harmonie entre l’intrigue criminelle avec ses énigmes et la vie des protagonistes. Ce qui en résulte, c’est une atmosphère aussi crédible que possible. D’un côté, la découverte d’ossements lors de fouilles entraîne de potentielles références mystiques. On peut compter sur l’archéologue Max et sur le druide Cathbad pour développer cet aspect historique ou même étrange, ils maîtrisent leurs sujets. Toutefois, on comprend rapidement que c’est plus sûrement dans la décennie 1970, ou quelques années plus tôt, que réside l’explication. L’auteur intercale encore des passages laissant planer l’ombre du coupable et de ses obsessions. Pendant ce temps, l’enquête progresse.

Aussi interrogatif soit-il, cet aspect est complété par le côté humain de l’histoire qui nous est racontée. C’est là ce qui rend attachant ce roman. La vie de Ruth et celle de Nelson ne sont pas d’une totale simplicité, loin s’en faut. Ils naviguent entre une image publique et des tourments intérieurs, d’une façon plutôt complexe. Heureusement, Ruth bénéficie d’une certaine complicité de la part de ses amis. Des archéologues qui semblent volontiers faire la fête. Catholique non-pratiquant, Nelson est conscient de ne suivre guère l’éthique de cette religion. Il hésite à faire confiance à ce prêtre trop sympathique, rencontré lors de l’enquête. La vie privée des héros nous les rend familiers, ce qui n’est pas négligeable. Un polar très séduisant, d’une tonalité fluide et donc captivante.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 04:55

Deux couples d’amis parisiens se sont retrouvés depuis cinq ans : la blonde Marion et son mari Vincent, publicitaire ; la brune Fanny et son époux Édouard, agent immobilier. Ils passent souvent leurs week-ends ensemble aux Embruns, la propriété normande de Vincent. Ce dernier prépare avec Édouard la création de leur propre agence de communication. Marion et son amie, lassées par leurs conjoints, envisagent de les supprimer. C’est surtout une idée de Marion, dont le mari est un séducteur. Fanny n’a pas encore grand-chose à reprocher à Édouard. Mais un accident provoquant la mort du demi-frère adoré de Fanny, puis le suicide de la petite-amie de celui-ci, finit par décider la jeune femme.

Le père de Vincent vient de mourir. S’il existe un legs destiné à Constance, autrefois maîtresse du défunt, l’héritage sera malgré tout important. Marion suit le plan établi. Elle abat Édouard, simulant un suicide. Un dossier vite classé par le policier Alvarez, car Marion a bien préparé les indices. Le détective expérimenté chargé de retrouver Constance prend contact avec elle. Celle-ci vit à Cannes avec sa sœur Julia. Peu après l’annonce du legs, Constance décède, heureuse que son ancien amant ait pensé à elle. Joueuse habituée aux petites entourloupes, Julia tait la mort de sa sœur pour se substituer à la défunte.

Marion doit maintenant éliminer son mari. C’est dans la propriété des Embruns qu’il est censé s’être suicidé, par désespoir amoureux. Là encore, Marion a semé des indices – laissant penser qu’Édouard et Vincent étaient plus qu’intimes. Un des gendarmes locaux et le policier Alvarez sont amis, et confrontent leurs doutes. Si tout semble assez clair, un jeune collaborateur de Vincent apporte au policier un témoignage capital. Et Fanny commence à se dire que son amie a surtout pensé à elle-même, et à l’héritage du père de Vincent. Quant à Julia, elle imite plutôt bien sa sœur, mais Marion s‘interroge. Le jeu de massacre n’est probablement pas terminé…

Jean-Pierre Ferrière : La Seine est pleine de revolvers (French Pulp Éd., 2017)

Marion avait passé à la fois une très mauvaise et une excellente nuit. C’est-à-dire qu’elle avait peu dormi et beaucoup divagué pour aboutir à l’élaboration d’un plan qui, au matin, lui semblait extravagant et rigoureux. Ce qui, pensait-elle, n’était pas incompatible. Mais sa nuit avait été mauvaise parce qu’elle n’avait cessé de s’interroger sur l’état d’esprit de Fanny, qui avait pu évoluer à la faveur de la solitude et de l’obscurité. La veille elles avaient, avec la même fougue, la même haine, voué leurs époux aux pires châtiments, comploté, intrigué et, proclamant leur mépris de la justice, un peu comme deux gamines échauffées par leur premier verre de champagne et préméditant un mauvais tour pour ridiculiser une parente odieuse. Elles s’étaient séparées en se recommandant de ne rien changer à leurs habitudes, la réussite étant à ce prix.
À peine couchée, alors que Vincent traînait ou travaillait, Marion avait donc patiemment tissé les fils de sa machination et réfléchi à tous les dangers que comportait un double assassinat, et aux précautions à prendre afin de paraître ne pas y être mêlées. Sa volonté de supprimer Vincent était intacte, ainsi que sa certitude qu’il n’y avait pas de temps à perdre…

Né en 1933, Jean-Pierre Ferrière publie des romans policiers depuis 1957. Soixante ans de carrière, avec près de quatre-vingt titres à son actif, dont plusieurs ont été adaptés au cinéma ou à la télévision. “On ne peut nier à Jean-Pierre Ferrière un talent certain pour camper des personnages et mettre en scène des situations particulièrement bien ficelées…” écrivit la regrettée Michèle Witta, experte émérite en polars. On ne saurait exprimer meilleure définition le concernant. Ces dernières années, plusieurs projets d’adaptation n’ont pas abouti, on ne peut que le déplorer tant cet écrivain présente des intrigues finement ciselées. De même, “La Seine est pleine de revolvers” n’avait bénéficié à ce jour que diffusions limitées.

Cette réédition est une très bonne manière de goûter à son incontestable talent. Et même à sa virtuosité, car il s’agit là d’un chassé-croisé criminel parfaitement orchestré. Grâce à une tonalité enjouée et à son habituelle narration fluide, l’auteur nous captive du début à la fin de l’histoire. Rien d’absolument sombre, pas d’émotions tragiques, mais un suspense dynamique où s’entrecroisent les parcours des héroïnes de cette histoire. Car Jean-Pierre Ferrière a toujours dessiné à merveille les femmes dans ses livres. Délicieuse lecture !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 04:55

Adolescent vivant dans le Connecticut, Jamie Watson n’est autre que le descendant du docteur Watson, le biographe du détective Sherlock Holmes. Quelques semaines plus tôt, Jamie a vécu une trépidante aventure en compagnie de la fascinante Charlotte Holmes, héritière des qualités et des défauts de son prestigieux aïeul. En cette fin d’année, tous deux séjournent en Grande-Bretagne. D’abord à Londres, où habitent la mère et la jeune sœur de Jamie. Celui-ci n’ignore pas l’hostilité, peut-être justifiée, éprouvée par sa mère envers la famille Holmes. Puis c’est dans le manoir des Holmes, en bord de mer dans le Sussex, que Jamie et Charlotte vont résider. Le jeune garçon fait la connaissance du père de son amie, Alistair Holmes, plutôt courtois. Quand à la mère de Charlotte, Emma, elle se montre assez mordante. Le plus sympa, c’est l’oncle Leander Holmes.

De retour d’une secrète mission en Allemagne, Leander est un ami de longue date du père de Jamie. Ils sont très régulièrement en contact par mail. S’il y en a un qui connaît tous les détails des méfaits de la famille Moriarty, éternels adversaires des Holmes, c’est l’oncle Leander. À cause de l’ambiance du manoir, de l’inaction, et de la distance dont fait preuve Charlotte, Jamie reste morose. Mais la disparition de Leander amène Charlotte et son ami à bouger : ils se rendent à Berlin. C’est là que se trouve le siège de la société de sécurité créée et dirigée par Milo Holmes, le frère aîné de Charlotte. Dans cet univers, tout est beaucoup plus sophistiqué qu’une simple entreprise de surveillance. D’ailleurs, Milo y emploie même August Moriarty. Censé être mort, ce dernier préfère se tenir à l’écart de sa redoutable famille d’escrocs et de criminels.

À l’Old Metropolitan, un bar chic berlinois, Jamie espère en savoir plus sur l’enquête que menait, en immersion, l’oncle Leander Holmes. Il s’agirait d’un trafic de faux tableaux. Il semble que ceux d’Hans Langenberg, un peintre allemand de l’entre-deux-guerres, soit au centre de cette histoire de faussaires. Jamie va trouver des contacts auprès d’étudiantes en art scolarisées à Berlin. Il rencontre un de leurs professeurs, Nathanaël Ziegler. De son côté, Milo Holmes possède déjà bon nombre de renseignements sur les trafics d’œuvres d’art, dont il fait part à Charlotte, Jamie et August. Il fait surveiller de près Hadrian et Phillipa Moriarty, possiblement mêlés à ces trafics de faux tableaux. Charlotte et Jamie ne peuvent que constater, lors d’un déjeuner avec Phillipa, que subsistent des antagonismes très forts entre la famille Moriarty et eux.

Dans leurs ateliers, les étudiantes de Nathanaël Ziegler peignent des copies de tableaux célèbres. En soi, c’est une méthode pour progresser, sans que ça rende vraiment suspect leur professeur. Nathanaël est-il plus proche des Moriarty ou de l’oncle Leander ? C’est ce que Jamie a du mal à définir. Peut-être dénichera-t-il des indices en lisant les mails que Leander adressa à son propre père ? Les jeunes enquêteurs iront jusqu’à Prague, puis reviendront dans le Sussex, avant de démêler les nœuds de cette affaire…

Brittany Cavallaro : Le dernier des Moriarty – Charlotte Holmes 2 (PKJ – Pocket Jeunesse, 2017)

Même si je n’étais pas un petit génie comme les Holmes, je n’étais pas stupide. Au lycée, j’étais même un élève brillant. J’apprenais vite, en tous cas. Et certes, ce n’était pas ma mission. C’était la nôtre. Son oncle avait disparu, mais il était aussi le meilleur ami de mon père. J’avais autant de raisons qu’elle d’être ici. J’en avais marre d’être traité comme la cinquième roue du carrosse. On ne pouvait pas me donner des leçons en me faisant enlever en pleine rue par des inconnus. Et August n’avait pas le droit de me regarder de haut comme si j’étais… un chihuahua.
— Tu veux toujours essayer de trouver la solution avant minuit ? dis-je à Holmes en me massant l’épaule. On va demander à mon père de nous filer les adresses IP de Leander, puisqu’il refuse de nous transférer ses messages. Ton oncle devait bien loger quelque part pour mener son enquête…

C’est la deuxième aventure de Charlotte Holmes, digne descendante de Sherlock Holmes. Cette fois, le jeune Watson et elle sont frontalement confrontés à la famille Moriarty, aussi impitoyables et malveillants que le fut le Professeur autrefois. Il est bien normal que Jamie s’interroge au sujet d’August Moriarty, même si celui-ci paraît plutôt se placer du bon côté. Bien sûr, Charlotte est inévitablement impliquée dans ces mystères. Et elle continue à jouer quelque peu avec les sentiments amoureux de Jamie. Toutefois, le jeune homme n’est pas simplement le narrateur de leurs tribulations. Par le passé, Sherlock ne fut-il pas souvent ironique envers le docteur Watson ? Jamie veut se montrer à la hauteur, prouver que ses capacités ne sont pas inférieures à celles des Holmes. 

Comme le précédent, ce roman s’adresse autant à un public jeunesse qu’aux amateurs des énigmes solutionnées par Sherlock Holmes. Avec habileté, Brittany Cavallaro évite de "coller" aux célèbres intrigues élaborées par Conan Doyle. En présentant des personnages de notre époque, qui utilisent parfois des techniques actuelles, en particulier. Malgré tout, c’est bien l’esprit du duo mythique Holmes-Watson qui anime ces aventures. C’est ainsi que l’on se laisse volontiers entraîner avec Jamie et Charlotte dans la recherche de la vérité, aussi tortueuse soit-elle. Un vrai plaisir !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 04:55

La chute du Mur de Berlin, en novembre 1989, a marqué la fin d’une époque. La division entre l’Allemagne de l’Ouest et celle de l’Est s’achevait enfin. Un nouveau contexte, qui ne pouvait tout effacer de la mémoire des Berlinois, ni même des Polonais. En 2010, Peter Michalski rassemble encore des témoignages sur un épisode méconnu, auquel il s’associa trente ans plus tôt. Ce fonctionnaire ministériel fut mis très tôt à la retraite, bénéficiant de faveurs inhabituelles. Être compétent au point de faire trop bien son métier à Berlin-Ouest en ce temps-là, ça dérangeait les autorités. C’est surtout depuis 2000, suite à la mort de son ami Klaus, que Peter a repris tous les éléments accumulés sur l’affaire. Maintenant, il invite les derniers témoins vivants à relater leurs souvenirs. Non sans une raison précise.

Des tunnels permettant l’évasion de gens de l’Est, il y en eut un certain nombre. À Berlin-Ouest, des volontaires tels que Klaus élaborèrent des projets, creusèrent des souterrains. Vers 1980, un groupe (Thorsten, Jürgen, Klaus et quelques autres) prépara le passage de leur ami Franz, à l’initiative de Roman, le frère de celui-ci. Franz, Roman, l’enseignante Magda, et Victoria, étaient d’origine polonaise. Ils vivaient à Berlin-Est, mais gardaient des liens avec leur pays natal. La famille de Franz et de Roman appartenait à la nomenklatura, d’ailleurs. Leur mère était Polonaise, leur père fut un communiste acharné. Tandis que Roman s’installait bientôt à l’Ouest, Franz suivit de brillantes études. Admirative, Magda fut amoureuse de lui, avant qu’elle n’ait l’opportunité de s’installer à Berlin-Ouest.

Prof retraité, Jürgen reste nostalgique de ses élèves d’autrefois, surtout les filles. Entourée de chats, l’ex-professeur d’Allemand Magda se remémore ses retrouvailles avec Franz. Passé à l’Ouest, s’appelant désormais Alfred Zollner, il ne tarda pas à devenir directeur d’une école. On y accueillait beaucoup d’élèves issus des pays de l’Est ; le niveau y était exigeant et la réussite était au rendez-vous. Son frère Roman était aussi enseignant dans cet établissement, comme Magda et Jürgen. Bien que marié, Franz-Alfred ne s’occupait guère de son épouse. Ils finirent par se séparer : sa femme témoigne en 2010 que ce ne fut nullement un drame pour elle. Des éléments, Peter en trouvera aussi dans le "journal" du défunt Klaus. Avec son frère aîné Filip, Klaus traversa l’époque chaotique de la guerre.

Thorsten fut probablement celui qui se posa le moins de question sur la construction de ce fameux tunnel. Ni hier, ni aujourd’hui, Thorsten ne s’est demandé pourquoi ce boyau de 188 mètres sous Berlin concernait l’évasion du seul Franz. Certes, il fut envisagé de faire passer quelques dizaines d’autres personnes, mais le risque semblait trop grand. Et puis, les années passèrent, jusqu’à ce que la réunification de l’Allemagne gomme cette histoire. Dans ce cas, pourquoi supprima-t-on l’alcoolique Klaus en 2000 ? Soucieux des détails, Peter parviendra à éclaircir les mystères de cette opération de naguère…

Magdalena Parys : 188 mètres sous Berlin (Agullo Éditions, 2017)

Comme je l’ai déjà mentionné, c’est moi [Roman] qui avais suggéré à Franz de construire ce tunnel, car je ne voyais pas d’autre solution. Franz était tellement excité que, en l’espace de quelques mois à peine, il avait pris la décision de s’évader par la cave de l’un des immeubles situés à proximité du mur. Pas trop près, mais tout de même. Il me disait qu’il avait examiné le terrain dans les moindres détails. J’ignore comment il avait pu le faire, car les patrouilles sillonnaient souvent les quartiers frontaliers. Se balader près du mur aurait pu se terminer de manière tragique pour lui. Mais qui aurait pu dire ce qui passait par la tête de Franz ? Personne ! En quelques jours, il s’était procuré une carte détaillée du secteur avec toutes les mesures nécessaires…

Berlin au temps du Rideau de Fer, de la Guerre Froide. Cette époque historique, on s’en souvient généralement en globalité. On pense à un noyau d’Allemands de l’Ouest isolés au milieu de la RDA avec ses pays satellites communistes ; aux "check-points" entre les deux moitiés de Berlin, franchissables sous strictes conditions. À partir de 1961, se produisirent de multiples tentatives d’évasion de l’Est vers l’Ouest, via des souterrains. Avec la bénédiction des services secrets alliés, et malgré la surveillance omniprésente des VoPos en face. Ces images, pas si lointaines dans le passé finalement, on a pu les voir ponctuellement, pour peu que l’on se soit intéressé à cette situation. Un contexte ambigu, et des tensions, dont les arcanes nous échappent peut-être encore.

Toutefois, ce ne sont pas seulement les grands moments qui font l’Histoire. C’est d’abord sur les populations qui les ont vécus qu’il est bon de se pencher. Par quel processus un homme tel que Klaus devient-il un "Fluchthelfer", coordonnant l’évasion des gens venus de l’Est ? Quel rôle fit-on jouer à des braves âmes comme Magda, à un solitaire du genre de Jürgen ? Des questions parmi tant d’autres, que l’on élucide en dressant le portrait de chacun. En donnant successivement la parole à ces témoins. Native de Gdansk, l’auteure décrit des personnages et des situations crédibles concernant le peuple polonais. Certains notables s’accommodaient fort bien du régime communiste, d’autres étaient motivés par l’espoir d’une meilleure vie à l’Ouest. Ce qui conditionnait la vie de chaque famille.

Évidemment, on trouve ici une intrigue criminelle, puisqu’un meurtre fut commis dix ans avant "l’enquête" de Peter Michalski. Cela rappelle la technique classique des "pièces du dossier", gardant néanmoins une excellente fluidité narrative. Au-delà de l’énigme, c’est la restitution du climat de ces décennies qui offre son principal intérêt à ce roman. Un polar noir de très belle qualité.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 04:55

Au Texas, les Wolfe forment une large famille, avec diverses ramifications. Tous ont suivi des études supérieures et disposent d’un métier sérieux, au sein des sociétés Wolfe. S’ils sont présent sur tout l’État, chacun a encore un lien avec le village isolé de Terre-Wolfe, berceau de leur clan. Charles Fortune en est l’administrateur officieux. Mais ce sont "les trois Oncles" qui veillent au bon fonctionnement familial, au strict respect des règles. Sans oublier leur doyenne, Tante Catalina, qui traversa un siècle de vie fort mouvementé. Outre leurs activités légales, les Wolfe pratiquent certains trafics, en particulier celui des armes. Ils connaissent toutes les possibilités du secteur frontalier dont ils sont les maîtres. Et, du côté mexicain de la frontière, se trouve une autre partie de la grande famille Wolfe. Ceux-là forment un gang aussi efficace que discret et omniprésent, les Jaguaros.

Âgé de vingt ans, Eddie Gato Wolfe avait soif d’aventure et peu de goût pour les études. Cet impatient s’est engagé comme garde dans la Compagnie, un cartel mexicain. C’est au Rancho del Sol qu’il a été affecté, un site sécurisé en plein désert. Si les règles des Wolfe sont fermes, celles édictées dans ce gang sont encore plus sévères. Et les punitions sont d’une cruauté impitoyable. Tout aurait pu se passer sans problème, si Eddie n’avait flashé sur la jeune et belle Miranda, dix-neuf ans. Elle avait été kidnappée quelques mois plus tôt pour devenir une des femmes de Segundo, le frère du Chef de la Compagnie. Leur idylle sexuelle clandestine prit un mauvais tournant quand le compagnon de Miranda les surprit dans l’intimité. Réactif, Eddie élimine Segundo, avant que le couple prenne la fuite dans la voiture du Chef. Ce dernier est très vite informé de ce qui s’est produit.

Segundo était le dernier frère encore vivant du Chef. Garder le contrôle de la Compagnie est déjà compliqué, donc pas question de laisser ce nouveau crime impuni. Pour capturer les fuyards, tous les moyens sont mis en œuvre et personne ne trahira le Chef. Bien qu’il ait un ami mexicain pilote d’avion, Eddie ne peut espérer son aide pour quitter le pays. Miranda et lui sont encore bien loin de la frontière. Ils ont de l’argent, celui de Segundo, mais pas de papiers d’identité valables. Pourchassés, ils causent un carambolage, avant d’être au centre d’une fusillade dans un champ de canne à sucre. Ce dont ont besoin Eddie et Miranda, pour franchir le désert jusqu’à la frontière, c’est de chance : “C’est très bien d’avoir du talent mais rien, non rien ne vaut la chance. Il doit y avoir une règle là-dessus.” Et peut-être que l’aide de la famille Wolfe peut s’avérer indispensable, aussi.

Au Texas, Rudy et Frank ont résolu sans grande difficulté une mission en cours, chopant le coupable d’une mauvaise action contre les Wolfe. Dès leur retour au village, ils sont priés d’entrer en contact avec la vénérable tante Catalina. Elle éprouve beaucoup d’affection pour Eddie Gato Wolfe. Avertie qu’il est en difficulté au Mexique, elle demande à Rudy et Frank de le sortir de ce bourbier. Ils opèrent rarement de ce côté-là de la frontière. Mais leur cousin mexicain Félix et ses comparses sont en mesure de les aider. Toutefois, il n’est pas question de sous-estimer le potentiel de la Confrérie et la détermination du Chef. Se faisant passer pour frère et sœur, Eddie et Miranda sont en contact avec des passeurs. Il convient pour le couple de rester méfiants. Rudy et Frank sont des pros, mais l’exfiltration d’Eddie s’annonce extrêmement compliquée…

James Carlos Blake : La loi des Wolfe (Éd.Rivages/Noir, 2017)

Eddie tombe au bon moment, lui a dit Ernesto, parce qu’il y a un groupe qui part à la frontière ce soir même. Le passage sera très simple, l’a assuré l’homme, une marche facile de quelques heures jusqu’à une petite route où une camionnette les emmènera à Tucson, une ville agréable avec beaucoup de compatriotes mexicains. De là, il pourra partir de son côté ou, s’il préfère et est prêt à payer un petit supplément, il pourra être transporté ailleurs, vers un endroit plus grand avec de meilleures opportunités d’embauche. Phoenix, Los Angeles ou Chicago, où il voudra (…) 650 dollars. Une affaire, pour sûr. Cela confirme ses soupçons que le coyote employant Ernesto est un indépendant. Même dans la vallée inférieure du Rio Grande, les prix ont bondi depuis l’année dernière, et aucun gang important ne demanderait une somme aussi faible que 650 dollars.

Avec “La loi des Wolfe”, qui est suivi de “La maison Wolfe”, James Carlos Blake présente une famille gratinée, dans le cadre d’une série intitulée "Border Noir" (le roman noir de la frontière). Au-delà de l’aspect purement mafieux, c’est un esprit de clan qui règne dans ce groupe familial étendu, masquant ses fructueuses activités illégales derrière des façades d’honorabilité. Ce qui suppose une solidarité entre les Wolfe, même si tous ne sont pas issus de la branche principale. L’essentiel, c’est d’intervenir lorsqu’un des leurs est en péril, d’un bord ou de l’autre de la frontière avec le Mexique – où est installée une partie de la famille Wolfe. Comme l’indique en prologue la toute première scène, les solutions sont radicales lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts de ce clan.

Difficile de certifier que ce genre de mafia familiale existe dans la réalité. Malgré tout, les régions frontalières ont toujours été propices aux trafics, aux combines, aux ententes et aux rivalités dans le banditisme. Et on imagine volontiers des villages tels que Terre-Wolfe, "réservés aux proches". Par ailleurs, on n’oublie pas que les cartels mexicains sont très violents, causant quantité de morts chaque année. Garder la maîtrise à la tête d’un gang comme la Compagnie n’est pas une mince affaire : on le constate à travers les réflexions du Chef, homme encore jeune dont tous les frères ont été abattus. Dans un contexte crédible, c’est avant tout un très bon roman d’action doté de péripéties multiples, qu’a concocté James Carlos Blake. On se régale à suivre les aventures des Wolfe !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 09:30
Prix Transfuge 2017 du Meilleur polar français

Le magazine culturel Transfuge est un mensuel dont l’objectif est de couvrir l'actualité culturelle contemporaine, traitant en particulier de littérature et de cinéma. Il a été fondé en janvier 2004 par Vincent Jaury, directeur de la rédaction et de la publication, et Gaëtan Husson. Ce magazine attribue ses récompenses littéraires à la fin de l’été. C’est ainsi que le Prix Transfuge 2017 du Meilleur polar français est décerné à "Comme de longs échos" d'Eléna Piacentini (Fleuve Éditions). Voilà une info qui ira droit au cœur des lectrices et des lecteurs qui suivent cette romancière depuis quelques années déjà !

Bravo au magazine Transfuge d’avoir mis en valeur Elena Piacentini !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements Polar_2017
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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 04:55

En cette seconde moitié du 19e siècle, le commissaire William Monk dirige la police fluviale de la Tamise, à Londres. Dans un entrepôt du quartier de Shadwell, un meurtre singulier vient d’être découvert. La victime était le patron de sa petite entreprise, un Hongrois du nom d’Imrus Fodor. Il a été martyrisé, l’assassin laissant derrière lui une mise en scène macabre. Monk se demande immédiatement pourquoi dix-sept bougies ont été placées près du cadavre. Avec son adjoint Hooper, il effectue une enquête de voisinage. Le témoin ayant trouvé le corps, le pharmacien Dobokai, va leur servir d’interprète. Il connaît bien la petite communauté hongroise de Londres, dont il fait partie, qui ne compte que quelques centaines de personnes. Bien qu’appréciés pour leur courtoisie et pas si différents de la population anglaise, les Hongrois d’origine sont parfois mal vus de certains londoniens.

Adopté par le couple Monk, le jeune Scuff – dix-huit ans – continue à cultiver sa vocation médicale auprès du Dr Crow, qui soigne les gens modestes dans son dispensaire. Il ont du mal à stabiliser la santé d’un nommé Tibor, lui aussi Hongrois, qu’il a fallu amputer. Un des médecins du quartier, le Dr Fitzherbert (dit Fitz) leur apporte un peu d’aide. Celui-ci passa pour mort lors de la Guerre de Crimée, où il faisait partie des soignants. Avant de revenir en Grande-Bretagne, il vécut quelques années en Hongrie. Là-bas, il sympathisa avec les patients locaux, et soigne quelquefois aujourd’hui des exilés hongrois à Londres. Marqué profondément par le conflit en Crimée et le reste de son chaotique parcours, le Dr Fitz est sujet à des cauchemars, des états délirants. Hester, l’épouse du commissaire Monk, l’a bien connu à l’époque de la Guerre de Crimée, où elle était infirmière.

Pourquoi s’en prendre à des Hongrois ? s’interrogent Monk et Hooper. Les dix-sept bougies auraient-elles un sens ésotérique ? Évoquent-elles un rituel de leur pays d’origine, voire d’une société secrète ? Existe-t-il un rapport avec cette altercation entre un commerçant anglais caractériel et un jeune Hongrois ? Un deuxième crime est commis, exactement similaire au premier, visant un autre membre de cette communauté. Monk préfère avoir pour interprète Adel Haldane, le pharmacien Dobokai cherchant à s’imposer comme chef des expatriés hongrois, en profitant de ces affaires. Mais le mari de cette dame, Anglais de souche, reste peu coopératif, se sentant mal-aimé par les compatriotes de son épouse.

Scuff est admiratif devant les capacités du Dr Fitz, non sans être conscient que le médecin présente des aspects inquiétants. Quand il le retrouve tout ensanglanté dans la rue, Scuff vérifie que Fitz n’a été mêlé à aucun meurtre. Bien qu’appréciant aussi Fitz, Hester se sent désemparée, ne sachant comment lui venir en aide. Ayant connu naguère des troubles comparables, le commissaire Monk voudrait discerner la psychologie de Fitz. Deux autres crimes au processus identiques vont être commis, visant toujours des Hongrois. Les Monk auront besoin des services de leur ami le brillant avocat Oliver Rathbone, lorsque l’affaire arrivera devant la justice. Car l’accusation semble avoir tous les atouts en main…

Anne Perry : Meurtre en écho (Éditions 10-18, 2017) – Inédit –

Néanmoins, Monk n’était pas préparé à la scène qui s’offrit à lui dans la cuisine. Le médecin légiste était agenouillé à côté d’un cadavre ensanglanté, étendu sur le dos. Le manche d’une moitié de cisailles se dressait hors du torse. À première vue, Monk estima qu’il devait y avoir dix à douze pouces de lame enfoncés dans la poitrine.
Cependant, ce qui lui donna un haut-le-cœur, ce fut la série de bougies disposées sur les étagères et autres surfaces autour de la pièce, toutes rouges de sang. Il les compta machinalement. Exactement comme chez Fodor, il y en avait dix-sept (…) Il regarda Hyde [le légiste] puis les mains de Gazda. Un coup d’œil lui suffit pour s’apercevoir que l’homme avait eu les doigts écrasés. Ils présentaient des angles tels, qu’ils ne pouvaient pas avoir été simplement déformés par des œdèmes, si terribles fussent-ils. Du sang avait coulé de la bouche du mort, dont les dents avaient été arrachées.

C’est le vingt-troisième épisode de la saga consacrée par Anne Perry à William Monk. Fort productive et toujours inspirée, l’auteure continue par ailleurs sa série autour de Charlotte et Thomas Pitt. Celle ayant Monk pour héros possède ses qualités propres. On ne manque pas de nous rappeler que, le policier ayant perdu jadis la mémoire, le passé de Monk reste flou. Ce qui l’incite sûrement à faire preuve de compréhension envers les suspects, et à cerner le contexte aussi précisément que possible autour des victimes. Les réfugiés venus de Hongrie à l’époque subissent une part d’ostracisme, bien que se différenciant peu de la population anglaise. Ces catholiques font juste une meilleure cuisine que les anglicans.

Formée par Florence Nightingale, l’infirmière humanitaire Hester Monk participe à cette nouvelle affaire de façon indirecte. Outre le fait qu’elle souhaite se réconcilier avec son frère Charles, elle fut impliquée durant la Guerre de Crimée – dont elle peut témoigner autant que le Dr Fitzherbert, et suit également l’évolution de son jeune protégé Scuff. Ce dernier, entrant dans l’âge adulte, médecin en devenir, a décidé d’opter pour un nom plus sérieux que son sobriquet d’enfant des rues. Appartenant lui aussi à l’univers du couple Monk, sir Oliver aura son rôle à jouer dans le dénouement de cette série criminelle. Anne Perry montre une habileté certaine pour définir chacun des personnages récurrents, même si l’on n’a pas lu l’intégralité des aventures de William Monk. Énigmes et suspects sont, bien sûr, au rendez-vous pour cette enquête. On lit avec toujours autant de plaisir les suspenses historiques d’Anne Perry.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 04:55

La société de la famille Mahoudi est florissante, fournissant en produits divers beaucoup de points de vente à Paris et en Île-de-France. Ils sont d’origine kabyle. Kamel, le père, en a fait une entreprise commerciale prospère. Malik, le fils, gère au mieux leurs activités. Il s’associe à un copain passionné de moto pour d’autres livraisons plus illicites. Les mafieux russes paient bien, un apport financier à ne pas négliger. Quant à ses employés, Malik doit être vigilant. Ses fourgonnettes pourraient servir à certains trafics. La religion musulmane est prétexte à des comportements irréguliers, possiblement extrêmes. Affaibli, son père reste néanmoins de bon conseil, ayant un peu anticipé ces problèmes.

À Saint-Cloud, la clinique du docteur Bellefond est réputée pour la chirurgie esthétique. On y accueille une clientèle de haut niveau. Telle Isabelle Caillerai, épouse d’un politicien, ou Aïcha, princesse des émirats arabes. Future mariée, cette dernière a besoin de retrouver sa virginité. Elle est aussi là pour sa sœur, qui aurait besoin d’une intervention spécifique. Kyril Annaviev, partenaire en affaires du Dr Bellefond, s’occupe de ces aspects en marge de la chirurgie ordinaire. Il confie ces cas à un expert russe, Oleg, qui devient d’ailleurs de plus en plus exigeant sur sa rémunération. Kyril Annaviev dispose d’une équipe de voyous venus de Russie, prêts aux missions les plus glauques, parfois trop expéditifs.

Sammy est un jeune reporter-photographe qui peine à fournir des sujets vendeurs. Cette fois, il pense tenir de l’exceptionnel. Certes, les mafias russes sont un thème sensible, et la prudence s’impose. En contact avec une mannequin des pays de l’Est, Sammy rôde dans un bar interlope fréquenté par des hommes de main au service de cercles mafieux. Il finit par situer leur principal employeur, une clinique de Saint-Cloud. Aussi discret pense-t-il être, Sammy est bientôt intercepté par ces sbires brutaux. Vu leurs méthodes, voilà un tracas supplémentaire à régler rapidement pour Kyril Annaviev. Quant à se fournir pour répondre aux besoins chirurgicaux spéciaux, ça devient moins facile ces temps-ci.

Alain Dormeuil a longtemps été un baroudeur au sein de la police, évoluant dans certains milieux troubles. Quand son ami Didier, médecin humanitaire soignant en particulier des populations Roms, fait appel à lui, il y a de quoi hésiter. Bien sûr, plusieurs enfants de leurs clans ont été kidnappés ou même tués. Et ce ne sont pas leurs adversaires Gitans ou autres marginaux qui sont en cause. Mais avec des caïds Roms comme Ivo, pas simple de se sentir en confiance. Heureusement, la belle Marjiana Bromiscu va servir d’interprète, et aidera le policier à cerner l’affaire. D’un côté, Dormeuil n’est pas insensible au charme de Marjiana. De l’autre, la jeune femme de vingt-et-un ans veut quitter son univers, le clan.

Informé de pratiques médicales concernant les enfants Roms, Dormeuil tient une piste. Son ami Max, flic déclassé, est sans doute assez fiable pour l’aider. Mais la DGSI garde un œil sur tous ceux qui approchent le scabreux Kyril Annaviev ; y compris sur l’entreprise de Malik Mahoudi. Des dirigeants occultes décideront de "faire le ménage" le moment venu, et pas seulement dans les rangs des Russes mafieux…

Lionel Fintoni : Il ne faut jamais faire le mal à demi (Éd.l’Aube Noire, 2017)

Alain veut poser une question, mais Didier lui fait un signe de la main pour lui dire d’attendre. L’homme dans le coin le regarde toujours fixement.
Et puis récemment, deux enfants d’un autre camp ont été attaqués. Une fille a disparu et un garçon a été retrouvé mort sous des bâches et des cartons dans une traverse. Ils ont été tués par des professionnels, aucun doute là-dessus. Le gamin n’a eu aucune chance. Un Gitan a parlé de voitures noires, d’hommes qui ne parlent pas. Trois jours plus tard, des enfants sont allés dans un ancien camp que la préfecture avait fait évacuer, pour voir ce qu’il y avait à récupérer avant l’arrivée des bulldozers. Ils ont trouvé le corps de la petite. Ils sont revenus chercher les hommes. Ils ont ramené la petite dans son camp. Les femmes ont commencé à la laver pour l’enterrement rom et c’est là qu’elles se sont mises à hurler, à dire qu’il y avait un monstre autour des camps.

Lionel Fintoni nous présente ici un roman noir s’inscrivant dans un contexte actuel, autour de Paris. Sans être réellement un défaut, la construction sinueuse du récit exige que le lecteur soit très attentif. Le schéma correspond plutôt à un scénario cinéma ou téléfilm, où la succession de scènes et d’ambiances est visualisée par le spectateur. Dans un roman, on ne s’adapte pas forcément illico à ces brusques différences – entre les taudis des camps Roms, une chic clinique clodoaldienne et l’entreprise d’une famille kabyle, entre autres. Rien qui soit insurmontable, la lecture apparaît simplement moins fluide. Toutefois, on n’éprouve aucune difficulté à reconnaître les protagonistes, à suivre chacun dans les péripéties – souvent tendues ou même fort dangereuses – qu’ils vont traverser.

En filigrane, cette fiction pose des questions sociétales. Sur l’impossible intégration de la majorité des populations venues de Roumanie, tant que persiste un fonctionnement clanique. Sur les nervis venus des pays de l’Est, de la Russie jusqu’aux Balkans, évoluant en toute liberté dans nos pays, "terrain de jeu" sans loi et sans limite. Sur d’odieux trafics, auxquels s’associent sûrement des personnages issus de hautes sphères. Et sur le rôle de nos services de police, face à tout cela. L’enquête d’Alain Dormeuil n’est qu’officieuse. Au-dessus de lui, on manipule les faits : “…la vérité est arrangée, aseptisée et le mensonge est distillé avec précaution, mélange de faux messages et de judicieuse dissimulation.” La morale n’est pas sauve, mais on préserve un équilibre artificiel. Si la structure de cette histoire est complexe, c’est que notre monde l’est tout autant.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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