Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 04:55

Roman inédit sélectionné pour le Grand Prix de Littérature Policière 2017.

 

Automne 1921. Jeremy Nelson est un pianiste de jazz âgé de vingt-cinq ans. S’il sait venir d’une famille cosmopolite, il ignore à peu près tout sur ses parents. C’est pourquoi Jeremy a séjourné en Angleterre. Il espérait qu’un ancien libraire parisien, Victor Legris, serait en mesure de le renseigner sur ses origines. Mais ce dernier s’est montré très prudent sur la période, autour de 1895, où il a pu connaître la mère et le père de Jeremy. De retour à Paris, le pianiste loge dans l’immeuble d’Helga Becker, chargée par Victor Legris de garder un œil sur Jeremy. Pour subsister, il joue dans une gargote, "La Dame Blanche". Il lui arrive de faire des remplacements dans des cabarets, où le ragtime et le one-step ont davantage de succès auprès du public faisant la fête.

Denver Southern, un ami musicien de Jeremy, semble être décédé de mort naturelle. Mais un autre homme, Robert Escaudain, décorateur pour le spectacle, a succombé dans des conditions identiques. À chaque fois, on retrouve un serpent non loin du cadavre, ainsi qu’une même carte postale. L’illustration est une reproduction d’un tableau dû à Piero di Cosimo, représentant Simonetta Vespucci. Cette très jolie femme posa en son temps pour Botticelli, et mourut jeune. Le musicien et le décorateur ont-ils été mordus par une vipère aspic, ou est-ce la peur qui a causé leur mort ? Ces reptiles appartiendraient-ils à un fakir, pour un numéro de music-hall ? Il est possible que ces décès aient un lien avec "La tour de Babel", une salle de spectacle située rue Bergère.

Si son amie de cœur Camille est absente de Paris actuellement, Jeremy peut compter sur une poignée de fidèles relations. Il y a Jacob et son jeune frère, le débrouillard Sammy, qui espèrent trouver leur voie dans l’effervescence parisienne. Et aussi Léa Lavergne, mère de turbulentes jumelles, qui tient une boutique et s’avère protectrice envers Jeremy. Quand celui-ci s’en vient rôder dans les coulisses de "La tour de Babel", il apprend la mort récente d’une danseuse ayant travaillé ici. Cette Muriel Watrin est décédée alors qu’elle participait à un spectacle au théâtre du Chatelet. Là encore, il est question de serpents. Le pianiste interroge Sophie Lemerle, épouse du directeur de "La tour de Babel", avant de s’adresser à son mari Renaud Lemerle. Ce dernier affiche une certaine sincérité.

Jeremy rencontre une cousine aînée de la défunte Muriel. Cette Hélène fut un temps la compagne d’un charmeur de serpents. La piste la plus prometteuse à suivre est sans doute celle d’Émile Courlac, un auteur de théâtre écrivant sous pseudonyme. Entre-temps, une femme venue d’Angleterre a des révélations étonnantes à apporter au jeune pianiste. Et pas seulement sur ses parents. Alors que Jeremy Nelson doit animer au piano une fête organisée par la mondaine Muguette de Vermont, un quatrième meurtre est commis. La fameuse carte postale certifie qu’il s’agit de la même série. Témoin direct, le musicien craint des ennuis. Même si on l’identifie, le fantomatique assassin risque de disparaître…

Claude Izner : La femme au serpent (Éd.10-18, 2017) – Inédit –

Jeremy posa la carte postale de Simonetta sur sa table de chevet. Le serpent enroulé autour de la chaînette offrait une vague ressemblance avec l’hôte de Denver Southern : ventre clair, dos foncé, environ soixante-dix centimètres de longueur, espèce inconnue. Qui serait assez inconséquent pour projeter un meurtre en comptant sur la bonne volonté d’un serpent ? Pourtant, la carte postale du tableau signé Piero di Cosimo, destinée à Denver, n’était pas un cadeau fortuit. Avait-on voulu le menacer ? Pouvait-on succomber à une morsure de ce type de reptile ? "Tu as trop d’imagination, abandonne."
Il cala le traversin contre la tête du lit et s’allongea, les mains sous la nuque, en attendant l’heure d’affronter les mélomanes de 'La Dame Blanche'.

Victor Legris a été le héros d’une douzaine de polars historiques à suspense, une série qui a connu un très grand succès. Les sœurs Claude Izner ont entamé avec “Le pas du renard” une nouvelle série de romans qui ne sont pas moins excitants. Les atouts sont nombreux et variés. Jeremy Nelson, le héros, est un personnage bohème en quête d’identité. Certes, à toute époque, des gens ont perdu trace de leurs proches. Mais à la fin du 19e siècle et au début du 20e, entre Europe et Amérique, vécurent des personnages aventureux dont les méandres de la vie furent aussi aléatoires que compliqués. Reconstituer leurs parcours n’a donc rien de simple pour le jeune musicien de jazz.

Jeremy Nelson mène une sorte d’enquête sur des morts hautement suspectes. Tel est le moteur de l’intrigue, avec ses rebondissements et ses surprises. On imagine bien qu’il ne s’agit pas là d’investigations balisées, comme le feraient des policiers. Toutefois, ce que l’on retient, c’est l’ambiance parisienne d’alors magnifiquement restituée par les auteures. En ces Années Folles qui débutent, Paris est une ville aux multiples facettes, à la fois populaire et artistique. Tristan Tzara, Foujita, Cocteau et quelques autres commencent à s’imposer tandis que, dans cette faune aux talents parfois relatifs, d’autres créateurs restent plus anonymes. Le music-hall et le cabaret offrent spectacles et loisirs à foison, sans nuire à la fréquentation des bistrots d’habitués. Parmi la population, tous ne nagent pas dans le luxe, mais tous estiment avoir leur chance "d’exister" dans cet univers parisien.

On prend un grand plaisir à suivre le jeune jazzman Jeremy dans ses vivantes tribulations, de Londres à Paris, entre son enquête sur une série de crimes et son besoin de trouver des précisions sur le passé de sa famille. Un suspense franchement agréable.

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
commenter cet article
14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 04:55

Cet ‘Omnibus’ rassemble sept romans d’Erle Stanley Gardner, ayant pour héros l’avocat Perry Mason : Cœurs à vendre, La prudente pin-up, Jeu de jambes, L’Hôtesse hésitante, Gare au gorille, La nymphe négligente, La vamp aux yeux verts. En postface, Jacques Baudou évoque les comédiens qui incarnèrent ce personnage à l’écran, en tête desquels Raymond Burr. Il recense les adaptations télé et cinéma des enquêtes de Perry Mason.

Les romans d’Erle Stanley Gardner connurent très vite un immense succès. Aux États-Unis, bien sûr, car un avocat défendant généralement de jolies femmes dans des situations compliquées, c’était une formule excitante. En France aussi où, dès 1936, les premiers Perry Mason furent traduits dans la collection Le Scarabée d’Or, des éditions Gallimard. C’est surtout après-guerre, dans les années 1950, que l’auteur devint un des piliers de la collection Un Mystère, aux Presses de la Cité. C’est ainsi que Perry Mason connut une grande popularité chez les lecteurs français.

Les intrigues de cette série de suspenses ne se résument pas aux procès, aux plaidoiries, tels de simples "romans de prétoire". Elles débutent par un cas très énigmatique, avec son lot de détails insolites. L’avocat et sa secrétaire Della Street ne sont jamais dupes de la version initiale – souvent mensongère en grande partie – qui leur est présentée. Que des clientes les prennent pour des naïfs amuserait plutôt le duo. Bien qu’assisté par Paul Drake, détective privé, c’est Perry Mason qui mène ensuite les investigations. Il n’est pas rare que, au gré des nombreuses péripéties, l’avocat se trouve impliqué en personne dans un crime, risquant sa carrière. Ce qui ne l’inquiète que modérément, car il se sait assez habile pour s’en sortir. Ensuite, quand vient le moment de plaider au tribunal, à lui d’être malin et subtil pour désigner le vrai coupable, et les arcanes de l’affaire.

Parmi les sept romans proposés dans l’Omnibus “Perry Mason L’avocat justicier”, survolons-en deux qui sont exemplaires des dossiers traités par Perry Mason.

Erle Stanley Gardner : Perry Mason L’avocat justicier (Omnibus, 2017)

“La prudente pin-up (1949)” - À Los Angeles, l’avocat Perry Mason défend les intérêts du jeune Finchley, sérieusement blessé dans un accident de voiture. Au service de l’avocat, le détective Paul Drake a passé une annonce pour retrouver un témoin de l’affaire. Le courrier anonyme reçu par Perry Mason apparaît trop explicite pour ne pas être un peu douteux, ce que pense aussi Della Street, la secrétaire de l’avocat. Mason fait ainsi la connaissance de Lucille Barton, une ravissante jeune femme, empêtrée dans son dernier divorce en date. Elle a été témoin de l’accident, en effet. Ce qui conduit Perry Mason au propriétaire de l’automobile, Stephen Argyle. Un second témoignage affirme que le coupable de l’accident est un nommé Daniel Caffee.

Ce dernier admet sa faute, et accepte d’indemniser le jeune Finchley. L’avocat se demande pourquoi on l’a d’abord mis sur la piste de Stephen Argyle. Et ce que lui veut vraiment Lucille Barton, dont l’histoire semble aussi confuse que peu crédible. Perry Mason et la jeune femme découvrent bientôt dans le garage de Lucille Barton le cadavre d’un certain Pitkin. Or, ce dernier est l’ancien époux de Lucille, et le chauffeur d’Argyle. L’avocat commet l’erreur de laisser la jeune femme téléphoner seule à la police. Ce qu’elle ne fait pas, et ce qui place Perry Mason dans une situation embarrassante. Même si le lieutenant Tragg n’est pas hostile envers l’avocat, il est chargé de l’incriminer dans ce meurtre-là.

Car un témoin a vu le couple au moment de la découverte du cadavre de Pitkin, alors que Lucille prétend ne l’avoir trouvé que plus tard. En outre, une empreinte de Mason figure sur l’arme du crime. L’avocat doit jouer avec la police et la presse, afin de contrecarrer le témoignage gênant pour lui. Cela lui donne l’occasion de ridiculiser le sergent Holcomb, son vieil adversaire peu scrupuleux. Toutefois, au tribunal, lors de l’audience préliminaire du procès intenté contre Lucille Barton, l’avocat doit jouer serré. Il s’agit de démontrer autant sa propre innocence que celle de sa cliente. Pour ça, face à l’argumentaire du D.A. Hamilton Burger, il doit prouver le rôle précis de chacun des protagonistes…

Tragg prit les clés que lui tendait Perry Mason et les examina avec attention tandis que son front se plissait.
— J’en ai tout naturellement déduit, enchaîna Mason, que Miss Barton désirait me voir obtenir le renseignement sans prendre la responsabilité de me le fournir. Aussi, quand elle est venue ici avec Arthur Colson, hier après-midi, j’ai profité de sa présence à mon bureau pour me rendre dans son appartement et ouvrir le secrétaire avec cette clé. Tout a parfaitement fonctionné, et il y avait bien un revolver ainsi qu’un petit agenda dans le casier supérieur droit. Si donc, lieutenant, vous pouvez découvrir la personne qui a écrit cette seconde lettre, vous ne serez probablement plus très loin de l’assassin de ce Pitkin, à supposé que vous ne vous soyez pas trompé et qu’il ait bien été assassiné…

“Gare au gorille (1952)” - L’avocat Perry Mason a récupéré des documents – journaux intimes et photographies – ayant appartenu à Helen Cadmus, une très belle jeune femme au cœur d’un dossier mal élucidé. Elle était la secrétaire du riche Benjamin Addicks. Par une nuit de tempête, alors que le yacht de son patron voguait vers l’île de Catalina, Helen Cadmus disparut en mer. Accident, suicide ou meurtre ? On peut supposer qu’Addicks fit en sorte d’étouffer l’affaire, ce dont il a le pouvoir. Alors que Mason et sa collaboratrice Della Street étudient les journaux d’Helen Cadmus, un émissaire d’Addicks offre à l’avocat une forte somme pour ces documents. Ce que Mason refuse, et ce qui titille d’autant plus sa curiosité. Que Benjamin Addicks possède quelques gorilles captifs et d’autres singes, qu’il soumet à des expériences scientifiques cruelles, ne le rend guère sympathique.

Par ailleurs, Addicks est en conflit avec une ancienne employée âgée d’environ cinquante ans, Mrs Joséphine Kempton, qu’il accuse de lui avoir volé un bijou et une montre. Perry Mason et Della Street trouvent là l’occasion de rencontrer Addicks chez lui. Sa propriété sécurisée a plutôt l’allure d’une prison d’État. Il augmente son offre financière pour les documents d’Helen Cadmus, mais l’avocat refuse toujours. Par contre, Mason ne tarde pas à dénicher la preuve de l’innocence de Mrs Kempton pour les vols. Elle lui en sait gré, ayant obtenu un petit pactole pour les désagréments qu’elle a endurés. Mrs Kempton témoigne de ce qu’elle sait sur la disparition d’Helen Cadmus. Sur le yacht, la séduisante jeune femme bronzait volontiers en petite tenue, et espérait être remarquée pour faire du cinéma. Était-elle proche d’Addicks par romantisme ou par intérêt ? Difficile de le préciser.

De chez Addicks, Mrs Kempton appelle au secours Perry Mason, qui rapplique bien vite. Un des gorilles s’est échappé de sa cage et a assassiné Benjamin Addicks. La police interroge l’avocat et Joséphine Kempton, sans brusquer celle-ci, qui est remise en liberté. Mason demande au détective privé Paul Drake de chercher un maximum de renseignements sur Addicks. Quantité de questions se posent sur l’origine de la fortune du défunt, sur la façon dont il négociait ses affaires – y compris à l’insu de ses deux principaux conseillers, sur les expériences d’hypnoses tentées avec les gorilles, et autres secrets d’Addicks. Mrs Kempton maintient son extravagante version du meurtre de Benjamin Addicks par un gorille énervé. Aucun jury de tribunal n’y croirait. La police possède de nouveaux éléments incriminant Mrs Kempton. L’avocat va encore devoir prendre des risques pour qu’éclate la vérité…

Comme, pour se rapprocher du paravent, Mason contournait un énorme bureau, il aperçut une femme effondrée derrière le meuble. La lumière tombait d’aplomb sur son visage et Mason n’eut aucune peine à reconnaître Mrs Kempton.
Alors l’avocat se précipita derrière le paravent. Un homme était étendu à plat ventre sur le lit, un grand couteau à découper enfoncé jusqu’au manche dans son dos. Le sang avait inondé le couvre-lit et éclaboussé le mur. En se penchant sur ce qui n’était visiblement plus qu’un cadavre, l’avocat découvrit une autre blessure, aux bords déchiquetés, sur le côté du cou.
Comme il ne pouvait plus rien pour l’homme, Mason revint vers Mrs Kempton mais, au même instant, la pièce toute entière retentit d’un coup terrifiant qu fut asséné contre la porte du couloir. Quelques secondes de profond silence suivirent, puis l’assaut se renouvela. Cette fois, la porte explosa littéralement à l’intérieur de la pièce, et le gorille apparut dans son encadrement, regardant Mason avec fureur…

Repost 0
12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 04:55

Bernadette Manuelito appartient à la police navajo, dont la juridiction s’applique dans la réserve indienne, située pour l’essentiel en Arizona. En couple avec son collègue Jim Chee, ils habitent à Shiprock. Bien que ce soit sa jeune sœur Darleen qui est supposée s’en charger, Bernadette veille sur leur vieille mère Mama, diminuée physiquement. Bernie est très imprégnée de culture navajo, comme une grande partie de son peuple. Window Rock est la capitale de cette réserve. Aujourd’hui retraité, devenu détective privé, le lieutenant Joe Leaphorn y retrouve ponctuellement ses amis policiers navajos. Si Jim Chee a souvent enquêté avec lui, Bernie se sent également très proche de Leaphorn.

Ce jour-là, le lieutenant est visé par un coup de feu tiré par un inconnu. Bernie est témoin de la scène, mais ne peut intervenir assez vite. Elle a vu le véhicule, et raconte ce qu’elle sait à l’agent du FBI Jerry Cordova. Le supérieur de Bernie préfère l’écarter de l’enquête, qu’il confie à Jim Chee. Il faudrait prévenir Louisa, la compagne de Joe Leaphorn, mais elle semble avoir quitté précipitamment leur domicile, peut-être après une dispute. Par contre, la voiture du tireur est bientôt identifiée. Elle appartient à Gloria Benally, une femme de caractère. Elle partage l’utilisation du véhicule avec son fils étudiant Jackson, souvent accompagné d’un étudiant de moins bonne réputation, Leonard Nez.

Joe Leaphorn a été transféré à l’hôpital de Santa Fe, et placé en coma artificiel. Même si elle ne se sent guère à l’aise dans cette ville, Bernie rend visite à Leaphorn, inconscient mais vivant. Elle récupère le précieux calepin de l’ex-lieutenant, qu’elle tente de décrypter. En tant que détective, la dernière mission en date de Leaphorn concernait le CRIA, Centre de Recherche sur les Indiens d’Amérique, basé à Santa Fe. Bernie prend contact avec le directeur de cet organisme et son adjointe. Elle leur donne le rapport que Leaphorn n’a pas eu le temps de poster. Le CRIA allant recevoir un lot de poteries exceptionnelles, anciennes et très rares, Leaphorn devait vérifier la régularité de l’opération. Bizarrement, le CRIA n’a pas reçu la première moitié du rapport du détective Leaphorn.

L’étudiant Jackson Benally étant de retour, Jim Chee l’interroge. Il est trop grand pour être le tireur, mais son alibi manque de clarté. Quant à son ami Leonard Nez, on ignore où il est passé. Jim Chee explore une autre piste : les frères Tsosie pouvaient vouloir se venger de Leaphorn, qui arrêta l’un d’eux. Sont-ils désormais aussi socialement insérés qu’il y paraît ? Bernadette consulte de la documentation sur les tissus et les poteries indiennes, dont les plus authentiques ont une grande valeur. Si la première partie du rapport de Joe Leaphorn est en mémoire dans son ordinateur, ça peut offrir d’importantes indications. La séance chez l’hypnotiseuse de la police permet à Bernie de cerner un détail concernant le tireur. En se rapprochant de la vérité, la policière se met personnellement en danger…

Anne Hillerman : La fille de la Femme-Araignée (Rivages/Noir, 2017)

Elle ne savait pas bien pourquoi, mais l’étroit espace sombre, sous le meuble, et les enchevêtrements de câbles, lui firent penser à la Femme-Araignée du Peuple Sacré qui avait jadis enseigné le tissage aux Navajos et donné aux Jumeaux Héroïques les armes dont ils avaient besoin dans leur quête pour trouver leur père, le Soleil, et délivrer la terre des monstres. Elle observa la façon dont les câbles s’entortillaient. "Je parierais que c’est une femme qui a installé ça, dit-elle. Ce devait bien être la fille de la Femme-Araignée."
— Qui ? Je n’ai jamais entendu ma grand-mère m’en parler, de celle-là.
— C’est sur elle que ma mère plaisantait toujours, quand il fallait qu’elle recommence partiellement une tapisserie. Elle m’a expliqué qu’elle contribue à résoudre les complications imprévues de l’existence, qu’elle démêle les situations embrouillées. Quand je commence à lui parler d’une affaire compliquée, Mama me dit : "Oh, tu arriveras à tisser ton chemin jusqu’à la solution. Tu es comme la fille de la Femme-Araignée."

C’est Tony Hillerman (1925-2008) qui créa la série de suspenses ethnologiques ayant pour héros Joe Leaphorn et Jim Chee, de la police tribale navajo. Leurs dix-huit aventures, dont douze en commun, sont publiées chez Rivages, comme toute l’œuvre de cet auteur. Née en 1949, sa fille Anne Hillerman a décidé de donner une suite à ces enquêtes. Si les deux principaux personnages y sont toujours présents, c’est l’agente Bernadette Manuelito qui est vraiment l’héroïne de “La fille de la Femme-Araignée” et de “Le Rocher avec des ailes”. Ce second titre est disponible en grand format aux Éd.Rivages, dès ce mois de juin 2017.

Anne Hillerman est parfaitement respectueuse de l’esprit des romans de son père. Au fil du récit, sont d’ailleurs évoquées certaines affaires traitées par Chee et Leaphorn. Si ce dernier est à la retraite, restant actif en tant que détective privé, c’est une "figure" de la police navajo, un précurseur vénéré par toute une génération. S’il se trouve dans un état grave, victime d’un tireur, faudra-t-il chercher parmi les dossiers dont il fut naguère chargé ?

Fille et petite-fille de tisserande, Bernie Manuelito est évidemment touchée par la préservation des objets, poteries d’autrefois ou tissus artistiquement exécutés à la main, qui témoignent de la culture de son peuple. Elle sillonne cette contrée indienne, dont une carte nous permet de situer la géographie. En fin d’ouvrage, un glossaire nous explique quelques termes concernant cette civilisation navajo.

Enquête fort bien construite, et ambiance empreinte de traditions, auxquelles s’ajoute un troisième atout : la vie du couple Jim Chee-Bernadette, plus les liens familiaux de la policière avec sa mère et sa jeune sœur, assez écervelée. Cet aspect-là importe dans le portrait de l’héroïne, communiquant une empathie certaine. C’est avec grand plaisir qu’on lit cette "suite" écrite par Anne Hillerman, et que l’on découvrira le nouvel épisode, “Le Rocher avec des ailes”.

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
commenter cet article
10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 04:55

Chaque année en septembre sont annoncés les lauréats du Grand Prix de Littérature Policière. C’est une des récompenses majeures pour les romans noirs et les polars. Un Prix est attribué à un auteur français ou francophone, un autre est décerné à un auteur étranger. La sélection 2017 se compose de 24 auteurs (onze Français, treize étrangers).

Grand Prix de Littérature Policière 2017 : les sélectionnés

Les auteurs français sélectionnés :

Claude AMOZ : La Découronnée – Ed.Rivages, avril 2017

Franz BARTELT : L’Hôtel du Grand Cerf – Ed.Seuil (Cadre noir), mai 2017

Grégoire HERVIER : Vintage – Au Diable Vauvert, sept. 2016

Hugo BORIS : Police – Ed.Grasset, août 2016

Hannelore CAYRE : La daronne – Ed.Métailié (Noir), mars 2017

Claude IZNER : La femme serpent – Ed.10/18, 1 juin 2017

Armel JOB : En son absence (Belgique) – Ed.R.Laffont, février 2017

Andrée MICHAUD : Bondrée (Canada) – Ed.Rivages, sept. 2016

Colin NIEL : Seules les bêtes – Ed.Rouergue (Rouergue noir), nov. 2016

Benoît PHILIPPON : Cabossé – Ed.Gallimard (Série noire), août 2016

Guillaume RICHEZ : Blackstone – Ed.Fleur sauvage, Pas-de-Calais, mai 2017

 

Les auteurs étrangers sélectionnés :

Eydr AUGUSTO (Brésil) : Pssica – Ed.Asphalte (Fictions), février 2017

Alex BERG (Allemagne) : La fille de la peur – Ed.J.Chambon (Noir), mai 2017

Andrea CAMILLERI (Italie) : Une lame de lumière – Fleuve Ed., sept. 2016

Christian KIEFER (Etats-Unis) : Les animaux – Ed.Albin Michel (Terres d’Amérique), déc. 2016

Arun KRISHNAN (Inde) : Indian psycho – Ed.Asphalte, mai 2017

Clayton LINDEMUTH (Etats-Unis) : En mémoire de Fred – Ed.Seuil (Cadre noir), mars 2017

Sara LOVESTAM (Suède) : Chacun sa vérité – Ed.R.Laffont, nov. 2016

Zygmunt MILOSZEWSKI (Pologne) : La rage – Fleuve Ed., sept. 2016

Bradford MORROW (Etats-Unis) : Duel de faussaires – Ed.Seuil (policiers), janv. 2017

J.J.MURPHY (Etats-Unis) : L’affaire de la belle évaporée – Ed.Baker Street, nov. 2016

Aro SAINT DE LA MAZA (Espagne) : Les muselés – Ed.Actes Noirs, sept. 2016

Roger SMITH (Afrique du Sud) : Au milieu de nulle part – Ed.Calmann-Lévy, mai 2017

Alex TAYLOR (Etats-Unis) : Le verger de marbre – Ed.Gallmeister, août 2016

 

Les résultats seront annoncés le mercredi 20 septembre 2017.

Repost 0
7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 04:55

En ce milieu des années 1950, Sidney Chambers est le jeune chanoine de la paroisse de Grantchester, à côté de Cambridge. Sa vie de pasteur pourrait être des plus ordinaires, entre son chien Dickens, son assistant Leonard Graham et sa cuisinière, Mrs Maguire. Côté cœur, il reste le meilleur ami de la londonienne Amanda Kendall, mais il est plutôt épris de Hildegard Staunton. Si cette musicienne classique est retournée en Allemagne, à Berlin, le pasteur garde le contact avec elle. Sidney Chambers est proche de l’inspecteur Keating. Le policier voit d’un bon œil les investigations de son ami lorsque se présente un cas litigieux ou criminel. En ce neigeux mois de janvier 1955, se produit une nouvelle affaire.

Sidney Chambers est témoin d’un incident mortel sur les toits de Cambridge, impliquant deux étudiants et M.Lyall, un directeur d’études âgé de cinquante-deux ans. Ce dernier a fait une chute accidentelle au cours de cette escalade malvenue. Pour Rory Montague, un des étudiants, qui ne cache guère ses naïves sympathies communistes, il s’agit seulement d’un accident. Mais l’autre jeune homme, Kit Bartlett, ayant disparu à cette occasion, on est en droit de s’interroger. D’ailleurs, l’appartement de celui-ci est bien trop propre pour un étudiant, comme nettoyé. Ce n’est pas l’ex-épouse de M.Lyall qui redorera la mémoire du défunt. Avec le policier Keating, Sidney Chambers inspecte le toit fatal. En ces temps de guerre froide, cette mort aurait-elle des relents d’espionnage ?

En août 1957, un impressionnant incendie détruit les locaux loués par Daniel Morden, un photographe. Il est probable que cela n’ait rien d’accidentel. Sidney Chambers s’entretient avec Morden, absent au moment des faits. Celui-ci connut une petite notoriété à l’époque du cinéma muet, mais n’a plus beaucoup d’ambition. Il admet tirer le portrait de jeunes filles, parfois mineures. Ce qui pourrait rendre suspect Jerome Benson, taxidermiste et chasseur, voyeur pervers à ses heures. Le garagiste Gary Bell, loueur des lieux incendiés, n’est pas moins suspect. À cause d’un bidon d’essence, mais surtout parce sa petite amie Abigail Redmond, fille de fermiers, s’imaginait devenir mannequin et s’adressa à Morden.

Cette année-là, à l’époque de la Semaine Sainte, Hildegard est de retour au village. La mort d’Adam Cade, professeur de mathématiques de trente-cinq ans, mérite que Sidney Chambers s’y intéresse. Il a été victime d’une crise cardiaque alors qu’il prenait un bain. Il est vrai que Cade était d’un tempérament tendu. Il supervisait les travaux de l’électricien Charlie Crawford, en train de rénover certains locaux de Cambridge. Ce dernier est bientôt renvoyé par le Professeur Edward Todd, collègue d’Adam Cade avec lequel il menait des recherches scientifiques. Sidney, Hildegard et Charlie s’introduisent dans l’appartement de Cade, afin de confirmer leurs hypothèses pouvant expliquer autrement le décès.

Autour d’un match de cricket, Sidney Chambers s’aperçoit qu’existe une idylle entre Annie Redmond, la fille de l’épicier, et Zafar Ali, un Indien musulman. À l’issue du match, Zafar est empoisonné, et ne survivra que quelques jours. La légiste Derek Jarvis confirme avoir décelé de l’antimoine et du thallium. Davantage que la boisson qu’il avala, c’est peut-être un objet qui, en priorité, intoxiqua Zafar Ali…

Les années passant, et son exubérante amie Amanda étant sur le point de se marier, Sidney Chambers ne devra-t-il pas retourner à Berlin ? Pour enquêter, sans doute, mais aussi pour envisager le mariage avec Hildegard…

James Runcie : Sidney Chambers et les périls de la nuit (Actes Noirs, 2017)

En roulant dans Cambridge à bicyclette, Sidney s’interrogeait sur le sens de tout cela. Pourquoi quelqu’un voudrait-il brûler un pavillon d’aussi peu de valeur ? Était-ce une simple fraude à l’assurance, ou pouvait-il s’agir de quelque chose de plus grave ? Gary Bell, ou même Abigail Redmond, pouvaient-ils avoir allumé le feu pour se débarrasser de Daniel Morden ? Dans ce cas, il eût été plus simple de ne pas renouveler son bail. Peut-être existait-il un lien sentimental entre Morden et Abigail, même si celle-ci était encore bien jeune ? Et, à entendre Abigail, Benson le taxidermiste semblait être un peu coureur de jupons ; et peut-être même pire. Morden le connaissait-il bien ?

James Runcie : Sidney Chambers et les périls de la nuit (Actes Noirs, 2017)

Héros très attachant, ce pasteur anglais trentenaire vécut ses premières aventures dans “Sidney Chambers et l’ombre de la mort”, désormais disponible en format poche dans la collection Babel Noir. Le voici de retour avec, comme dans le premier tome, une série de six enquêtes. Il est utile de préciser que ce ne sont pas strictement des nouvelles, au sens où l’on trouve ici une sorte de continuité narrative. Ce qui prime, c’est l’univers de Sidney Chambers, avec ses proches, ce village caractéristique qu’est Grantchester, les collèges de Cambridge, ainsi que le contexte d’après-guerre.

Le mode de vie traditionnel est encore assez figé dans cette Angleterre de la fin des années 1950. Dans une paroisse, le pasteur reste un des pivots pour la population locale. (Bien que se sachant observé par ses ouailles, Sidney Chambers s’amuse à acheter une revue érotique pour se documenter, ce qui pourrait outrer les habitants). Par ailleurs, la Grande-Bretagne sera durablement marquée par des scandales concernant des affaires d’espionnage touchant l’élite du pays. Mais il faut surtout retenir que ce prêtre n’est ni un policier, ni un juge. S’il contribue à faire arrêter des criminels, il sait faire preuve d’une compréhension et d’une magnanimité digne de sa fonction ecclésiastique.

Au fil de ses investigations, on ne perd pas de vue la situation sentimentale de Sidney Chambers. Entre Amanda et Hildegard, son cœur balance ? C’est plus subtil que ça. Veuve et Allemande, aimant Bach et la musique classique alors que Sidney préfère nettement le jazz, Hildegard hésite autant que lui à s’engager. Quant à Amanda, elle est sans doute un peu trop libre et "moderne" pour jamais devenir l’épouse d’un pasteur. Outre les intrigues proprement dites, bien sûr énigmatiques, c’est le portrait nuancé de la société britannique et de l’époque que l’on aime dans ces mystères de Grantchester.

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
commenter cet article
6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 04:55

Amateur de bières, de tabacs forts, de plats en sauces, de nuits blanches et de bastons virulentes, le quinquagénaire parisien Jacques Bower doit suivre l’avis de son médecin traitant, et se mettre à la diète. Pour commencer, il va prendre l’air sur la côte belge, vers La Panne et Furnes. Pas tellement pour raisons de santé, ni même pour fuir sa compagne Véro, shampouineuse pour animaux. Un fait divers a attiré son attention. Van Haag, ex-conservateur du musée Paul Delvaux à Saint-Idesbald, est mort dans l’éplucheuse automatique d’une usine de frites surgelées en Flandres. Bien que sa présence là reste inexplicable, on a conclu à un simple accident.

Tout juste Bower sait-il que Van Haag organisa une rétrospective consacrée au peintre Paul Delvaux, exposition annulée au dernier moment. Madeleine, actuelle conservatrice du musée, lui apprend que Van Haag fut jadis membre d’un obscur mouvement artistique, les Reculistes. Devenus proches de Delvaux grâce à leur égérie Lotte, aucun d’eux n’a jamais connu la célébrité. Sauf Wout Baeteman, qui expose dans une galerie de La Panne, à la place de la rétrospective prévue. Bower sympathise avec Léopold Spriet, un des derniers Reculistes. De leur groupe artistique, il resta ami avec Van Haag et le comédien Jonas.

Bower visite l’expo des œuvres de Baeteman. Selon le propriétaire de la galerie, c’est de l’art transgressif. Pour Bower, c’est merdique à vomir. Le lendemain à Furnes, il tente de contacter Jonas, à l’occasion de la Procession des pénitents. Le comédien est abattu d’une balle en pleine tête. Au domicile de Jonas, il trouve pour principal indice une date, le 2 août. Les mêmes adversaires s’en prennent bientôt à la maison de Madeleine, la conservatrice du musée. Bower se rend à Merwijk, ville dont le bourgmestre n’est autre que Colvenaer, propriétaire de la galerie d’art. Il perçoit vite ici l’hostilité des Flamands contre l’ensemble des francophones. Une ambiance cultivée par le bourgmestre Colvenaer, leader d’un groupe politique à l’idéologie fasciste, prônant une supériorité flamande. Ceux qui le dérangent ont droit aux méthodes musclées de Clarence, son homme de main.

S’il est expulsé manu militari de chez Colvenaer, Boer a quand même croisé la fameuse Lotte. Après avoir interviewé le médiocre peintre Baeteman, Bower est agressé sur ordre de Colvenaer. Il trouve refuge et soins chez Léopold Spriet, qui préfère s’éloigner. Il est temps que Bower soit rejoint par son ami Karim, afin d’affronter en duo leurs ennemis…

Maxime Gillio : La fracture de Coxyde (l’Atelier Mosésu, 2017)

Jacques Bower est un proche cousin de Gabriel Lecouvreur, aussi fouineur et indépendant que lui, partageant certains de ses goûts, il possède son caractère personnel. D’ailleurs, le surnom de Bower est Le Goret, ce qui désigne un jeune cochon, non pas un octopode à longs bras genre pieuvre… ou Poulpe Les tribulations flamandes de cet enquêteur autonome l’amènent à prendre de vrais risques. Les milieux artistiques belges s’avèrent terriblement dangereux. Ses mésaventures sont toutefois ironiques et souriantes, l’auteur prenant plaisir à nous entraîner dans de multiples péripéties. On retrouve la tonalité de “Les disparus de l’A16”, avec cette forme narrative mouvementée et débridée qui convient à Maxime Gillio.

Excellente initiative que de rééditer “La fracture de Coxyde”. Si elle est diablement agitée, cette histoire se veut aussi un hommage au peintre Paul Delvaux. En outre, l’auteur y effleure la délicate situation politique belge, gangrenée par les alliances entre nationalistes flamands et groupes néo-nazis. Mieux vaut retenir, comme on le fait ici, les spécialités culinaires et l’assortiment de bières qu’offre la Belgique. Dans la meilleure tradition du roman populaire, ce roman palpitant nous offre une fort excitante comédie policière.

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
commenter cet article
4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 04:55

La brune quinquagénaire Agatha Raisin a du mal à accepter le ratage de son mariage avec le colonel retraité James Lacey, son voisin et amant au village de Carsely. Ils avaient prévu un voyage de noces, mais il est parti sans elle à Chypre, dans la partie nord turque de l’île. De caractère obstiné, Agatha entend renouer sans tarder avec James. Aussi prend-elle bientôt l’avion pour le rejoindre. En ce chaud mois de septembre, Agatha débarque à Kyrenia, et s’installe au Dome Hotel. Elle ne sait trop où se trouve la villa louée par James à son ami d’antan Mustafa, mais elle est assez futée pour le découvrir. Entre-temps, elle fait la connaissance d’un groupe de touristes anglais, une demie-douzaine de personnes.

Une balade en bateau, un dîner avec eux, ça tisse quelques liens superficiels. Il y a là deux couples, accompagnés chacun d’un ami. Olivia et ses proches représentent la classe riche et hautaine de la société britannique. Rose, son mari Trevor et leur ami Angus, font plutôt partie de la classe moyenne aisée. Si elle joue les allumeuses un peu vulgaires, Rose est plus cultivée qu’il y paraît, ce qu’Agatha réalise très vite. Les deux trios s’avèrent mal assortis, mais les Anglais en vacances s’accordent malgré tout avec des compatriotes. Si Agatha a retrouvé James, celui-ci se montre tout au plus courtois, mais conserve une distance certaine avec elle. Il s’inquiète surtout de savoir où est passé son ami Mustafa.

Lors d’une soirée en discothèque, Rose est assassinée. Comme les autres, Angela et James sont interrogés par l’inspecteur Nyall Pamir, de Nicosie. Ce dernier est un pro de la police, parfaitement renseigné sur ce qui se passe dans sa juridiction. Il conseille à Agatha de ne pas se mêler de l’enquête. Voulant rendre James jaloux, Agatha tente de séduire un touriste, Bert Mort. Ça ne va pas du tout, en réalité. Par contre, sir Charles Fraith est aussi en vacances à Chypre. Cet ami quadragénaire d’Angela ne manque pas d’atouts. Les circonstances font que Charles et elle passent une nuit ensemble. Pas sûr que ça donne envie à James de reconquérir Angela, lorsqu’il découvre cette liaison passagère.

En visite au château de Saint-Hilarion, Angela est agressée par un inconnu. L’inspecteur Pamir ne prend pas la chose à la légère. Afin d’obtenir davantage d’informations sur le groupe d’Anglais, Agatha a contacté son ami Bill Wong, jeune policier de Mircester. Rien de véritablement suspect les concernant. Si ce n’est que Trevor, le mari de Rose, héritera – ce qui ne peut qu’améliorer sa situation financière difficile. Celui-ci ne cache pas sa nervosité envers Agatha, n’appréciant guère qu’elle joue au détective. D’ailleurs, même si le groupe a tenu une conférence de presse en commun, lançant un appel à témoins, il existe des tensions entre eux. De nouveau, Agatha est attaquée, dans sa chambre d’hôtel cette fois. Malgré sa petite expérience, pas évident qu’elle réussisse à identifier l’assassin…

M.C.Beaton : Agatha Raisin – Vacances tous risques (Albin Michel 2017)

— On pourrait penser à un crime prémédité. [Le policier se pencha en avant]. Quelqu’un était prêt à saisir l’occasion. Peut-être quelqu’un qui connaissait le système d’éclairage de ce club. Quand la lumière tourne, tout devient noir par moments. Savez-vous si l’un de vous s’y était déjà rendu ?
— Je ne sais pas, répondit Agatha avec lassitude. Je les connais à peine. Mais peut-être pourrais-je vous aider. J’ai déjà collaboré avec la police auparavant. La clé du meurtre doit se trouver dans leur passé, si l’un d’entre eux est le meurtrier. Mais si je pouvais simplement étudier…
— Non, la coupa Pamir avec fermeté. Pas d’amateurs chez moi. Je vous suggère de profiter un peu de vos vacances et d’oublier tout ça.

C’est la 6e aventure d’Agatha Raisin, série qui a connu un très beau succès en Grande-Bretagne, avant de plaire au public français depuis 2016. Ces “Vacances tous risques” sont dans la continuité de “Pour le meilleur et pour le pire”, la 5e enquête. Même si l’on n’a pas lu l’épisode précédent, on comprend rapidement l’origine de ces tribulations chypriotes. Le décor des Cotswolds, avec ses villages "à l'ancienne", c'est très agréable. Mais les Anglais quelque peu fortunés aiment voyager pour trouver le soleil. Ils semblent avoir certaines affinités avec la moitié turque de cette île méditerranéenne. Au fil des péripéties, l’auteure nous présente plusieurs sites locaux remarquables. Comme toujours, Agatha va beaucoup se démener au cours de ce séjour : avec elle, il faut que ça bouge !

Il s’agit d’une comédie à suspense, avec son flot permanent de rebondissements, dans la meilleure tradition du genre. Histoire humoristique, certes, qui s’appuie néanmoins sur une vraie intrigue criminelle : qui a tué l’extravertie Rose Wilcox, et pourquoi ? Les cinq suspects, nous les situons facilement, mais qui est coupable ? L’inspecteur Pamir ne les perd pas de vue, Agatha non plus. Sujet auquel s’ajoute le jeu amoureux entre James et Agatha, celle-ci éprouvant de sérieuses difficultés à lui faire oublier leurs déboires passés. Les enquêtes d’Agatha Raisin sont extrêmement divertissantes, c’est donc un bonheur de la suivre dans ses investigations agitées.

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
commenter cet article
2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 04:55

1810. L’Argentine est encore le vice-royaume du Río de la Plata, dépendant de l’Espagne. À Buenos Aires, le poids du régime hispanique se fait toujours sentir. Mais quelques notables s’étant enrichis dans le commerce veulent s’affranchir de cette tutelle. Au besoin, en s’entendant avec les Indiens et les Noirs, contre l’autorité espagnole. N’ont-ils pas repoussé seuls des tentatives d’invasion ces dernières années ? Certains fortunés restent fidèles à l’Espagne, d’autres complotent. La révolution est proche en ce mois de mai.

Sexagénaire, Doña Felicity est membre de la haute société de Buenos Aires. Elle incarne la référence absolue en matière de savoir-vivre. La rigueur des convenances reste la base de leur statut social. Son défunt époux George Jones fut un homme d’affaires, qui pratiqua entre autres le commerce des esclaves. Désormais ruinée, Doña Felicity habite sa maison sans confort avec son petit-fils Félix, dix-huit ans. Celui-ci est le collaborateur de Natanael Blanco, un homme savant qui projette de semer un esprit culturel dans ce territoire du Río de la Plata. Quant à Doña Felicity, elle tente de préserver les apparences.

Les obsèques du riche Anselmo Padilla se préparent. Appartenant au même milieu, Doña Felicity rend une visite de courtoisie à la famille. Elle est amie avec Malgosia Padilla, trente ans, deuxième épouse du défunt. Elle a moins d’affinités avec Leonardo, frère d’Anselmo, quadragénaire autoritaire. Fille d’Anselmo, âgée de seize ans, la turbulente Luz joue les exaltées, favorable à la révolution qui couve. Doña Felicity se doute que la jeune fille est peu éduquée, sachant mal lire et écrire, les femmes devant garder une certaine futilité. Luz se rebelle contre le futur mariage arrangé qui lui sera très bientôt imposé.

En présence de Doña Felicity, on découvre le cadavre d’une inconnue dans la bibliothèque des Padilla. La pièce étant fermée à clé, il s’agit probablement d’un suicide. On identifie la victime : Julia Soto, nourrice, était l’employée de la famille Valbuena. Pourquoi serait-elle venue se supprimer chez les Padilla ? Pour Doña Felicity, la scène du crime n’est pas aussi claire qu’il y paraît. Elle est invitée par Malgosia Padilla à séjourner chez eux, le temps de mener sa petite enquête. Ce sera plus agréable que dans sa propre maison. Elle pourra inculquer à Luz quelques rudiments d’éducation et, peut-être, de savoir-vivre.

Les conseils de Natanael ne sont pas inutiles, lui donnant l’idée de tester la fenêtre de la bibliothèque du crime. C’est surtout dans le quartier de Monserrat, ghetto des esclaves Noirs, que Doña Felicity et Luz espèrent trouver une piste valable. Hospitalisé, le mari malade de Julia leur donne une adresse où, elles le vérifient, se tiennent des réunions secrètes. Elles s’informent aussi chez les Valbuena, et auprès de Pénélope, amie nourrice de la victime. Tandis que l’heure est aux changements politiques à Buenos Aires, il est temps pour Doña Felicity de dénouer cette affaire…

Maïté Bernard : Manuel de savoir-vivre en cas de révolution (Éditions Le Passage, 2017)

Felicity évalua la situation. Elle était venue le voir parce qu’il fréquentait les Valbuena, mais aussi parce que c’était la personne la plus cultivée qu’elle connaisse, et qu’il pouvait peut-être identifier le petit personnage sur les cartes trouvées chez Manuel Toluto et au couventin de la lune. Maintenant, elle se disait que cette culture pouvait peut-être l’aider à éclaircir ce qu’elle n’avait pas compris sur la scène de crime. Pouvait-elle se risquer à partager ses doutes ?
— Vous avez peut-être entendu dire que la bibliothèque était fermée de l’intérieur, commença-t-elle. Nous avons retrouvé la clé dans la poche de la victime. J’ai été la première personne à entrer. Ce que j’ai vu…
Elle hésita en reconnaissant de la compassion sur le visage de Natanael. Il ne s’étonnait pas qu’elle puisse penser, mais elle restait quand même une femme, c’est-à-dire une personne guidée par ses émotions, et il n’avait pas l’air d’imaginer que son cerveau puisse s’être mis en marche dès qu’elle avait aperçu la morte. Tant pis, elle n’aurait pas d’autres opportunités.

On pourrait se contenter de la double étiquette, roman d’enquête et polar historique. Mais ce serait sans compter sur la subtilité de Maïté Bernard. Alors que, justement, tout est ici dans la manière d’agencer et de raconter. C’est donc une période charnière de l’Argentine à naître qui sert de toile de fond au récit. Simple rébellion contre le pouvoir espagnol ? On perçoit la volonté d’autonomie, sinon d’indépendance, de cette région d’Amérique latine. Ils sont quasiment prêts, ceux qui aspirent à faire du Río de la Plata un vrai pays. Une des clés de l’intrigue est, d’ailleurs, en lien direct avec ce soulèvement. Oui, il s’agit d’un polar authentique, pas simplement un roman historique destiné à étaler l’érudition d’un auteur.

Au cœur de l’affaire, Felicity Jones n’est pas sans rappeler les enquêtrices avisées – telle miss Marple – dont Agatha Christie nous narra les aventures. Que l’on se souvienne qu’à soixante ans, une dame était jadis considérée comme une vieillarde. Malgré la dignité de son allure, Doña Felicity est une fieffée fouineuse, bien décidée à comprendre, et qui n’oublie jamais de réfléchir. Même si, avoue-t-elle, “je n’ai que des questions qui viennent s’ajouter à d’autres questions”. À ses côtés, Luz exprime toute la fougue de la jeunesse. Elle manque de maturité, mais sa pétulance la rend elle aussi fort sympathique. Moins marquant, le petit-fils Félix tient également sa fonction dans tout ça. Quant aux suspects, selon la bonne tradition, on se doute qu’ils ne manquent pas. Tonalité enjouée pour un roman à l’intrigue solide, qui nous offre un plaisir de lecture certain.

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
commenter cet article

Action-Suspense Contact

  • : Le blog de Claude LE NOCHER
  • Le blog de Claude LE NOCHER
  • : Chaque jour des infos sur la Littérature Policière dans toute sa diversité : polar, suspense, thriller, romans noirs et d'enquête, auteurs français et étrangers. Abonnez-vous, c'est gratuit !
  • Contact

Toutes mes chroniques

Plusieurs centaines de mes chroniques sur le polar sont chez ABC Polar (mon blog annexe) http://abcpolar.over-blog.com/

Mes chroniques polars sont toujours chez Rayon Polar http://www.rayonpolar.com/

Recherchez D'autres Infos Ici

Action-Suspense via Twitter

Pour suivre l'actualité d'Action-Suspense via Twitter. Il suffit de s'abonner ici

http://twitter.com/ClaudeLeNocher  Twitter-Logo 

Libres lectures

Petit rappel : Toutes mes chroniques, résumés et commentaires, sont des créations issues de lectures intégrales des romans analysés ici, choisis librement, sans influence des éditeurs. Le seul but est de partager nos plaisirs entre lecteurs.

Abonnez-vous à Action-Suspense, pour recevoir chaque jour mes chroniques et mes infos sur l'univers du polar. Facile et gratuit !

Spécial Roland Sadaune

Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

http://www.polaroland-sadaune.com/

ClaudeBySadauneClaude Le Nocher, by R.Sadaune

 http://www.polaroland-sadaune.com/