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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 05:34

 

C’est chez Nil Éditions -collection Les affranchis- qu’est publié le nouveau titre de Romain Slocombe Monsieur le Commandant. Roman noir, polar historique, peu importent les étiquettes. Mais, sans hésitation, c’est un Coup de Cœur…

 

L’écrivain Paul-Jean Husson a été élu à l’Académie Française en 1933, année de la prise de pouvoir d’Hitler. Voilà déjà quelques années qu’il est partisan d’un rapprochement entre la France et l’Allemagne. Pour Husson comme pour Charles Maurras, la Nation française est gangrenée par les juifs, protestants, métèques et francs-maçons. Ils sont responsables de la dégradation du pays. Sous l’égide de leur Chancelier, les Allemands ont pris les bonnes mesures pour écarter ces profiteurs. Quand son fils Olivier, musicien de l’Orchestre symphonique de Paris, épouse une jeune comédienne Allemande en 1934, Husson n’y voit aucun mal. D’autant qu’il avoue intimement son attirance pour la séduisante Ilse Wolffsohn. Une belle Allemande, rien de comparable avec la horde des étrangers apatrides et malsains qui, ces dernières années, SLOCOMBE-2011ont fait de la France un dépotoir.

Husson va traverser deux graves épreuves. Après la noyade de sa fille Jeanne, c’est son épouse qui est atteinte d’une tumeur. Une longue hospitalisation ne permettra pas de sauver Mme Husson. S’il a hésité, l’Académicien finit par se montrer affectueux avec sa petite-fille Hermione. Pourtant, le physique de cette enfant lui parait assez typé. Husson s’adresse à une agence de détectives, fin 1938, afin qu’on enquête en Allemagne sur la famille Wolffsohn. Le rapport s’avère explicite : il s’agit bien de juifs, les parents semblant avoir quitté depuis peu l’Europe pour la Palestine. Même s’il garde une haine profonde envers tous les juifs, Husson est plus modéré dans le cas de sa belle-fille, dont il est toujours secrètement amoureux : Concernant Ilse, on ne pouvait la tenir responsable de la famille où le hasard l’avait fait naître… Géométrie variable des convictions !

Au printemps 1940, l’invasion des troupes allemandes n’épargne pas la sous-préfecture de l’Eure où habite Husson. Embarquant Ilse et Hermione dans son automobile, l’Académicien participe à l’Exode. Un hasard le fait côtoyer Man Ray, photographe célèbre qui ne partage pas les idées d’Husson. Le maréchal Pétain ayant fait don de sa personne à la France, il est temps de rentrer à Paris, puis dans l’Eure. Husson récupère bien vite sa maison et, comme beaucoup d’autres écrivains de son temps, se montre un collabo zélé. Contrairement à son fils, qui ne tarde pas à rejoindre Londres, tandis qu’Ilse accouche d’un second enfant.

L’Académicien trouve bientôt l’occasion de se rapprocher de sa belle-fille, et fait en sorte qu’on n’enquête pas sur les origines de celle-ci. L’époque des lois anti-juifs, de l’étoile jaune et autres interdictions, est loin de déplaire à Husson. Il ne se prive pas de dénoncer dans un article le seul juif connu dans sa commune. Si sa fidélité au maréchal Pétain ne faisait déjà aucun doute, il en donne des gages sous prétexte de protéger Ilse. Husson va découvrir, sans vraiment comprendre, que des gibiers de potence profitent sans vergogne de la situation troublée…

 

C’est à travers une longue confession, une lettre détaillée, que Paul-Jean Husson retrace les épisodes de sa complexe vie familiale, sans omettre de les situer dans l’époque. En 1942, cet académicien sexagénaire, ancien combattant médaillé de 14-18 , est aveuglé par sa violente détestation des étrangers. Il ne mesure nullement l’abjection d’un tel comportement. Il s’illusionne avec aisance sur le renvoi vers l’Est, en Allemagne ou ailleurs, des indésirables sur le sol français. Il adopte la politique de Collaboration que, dès avant la guerre, il appelait de ses vœux. Sa haute idée de la Nation ne l’empêche pas de mépriser la population française, trop encline à admirer le bolchevisme. Il fait fièrement partie des propagandistes qui, se trompant eux-mêmes à cause d’idéologies passéistes ou fallacieuses, ont berné leurs compatriotes.

C’est un remarquable portrait que dessine Romain Slocombe dans ce roman. Égoïsme, supériorité affichée et intérêt politique font de son personnage un véritable monstre. Certes, il s’agit d’une fiction, mais basée sur une complète documentation, sur la réalité de ce temps-là. Tous les détails sonnent juste dans ce passionnant et terrible récit. D’une grande noirceur, car c’est l’odeur de mort qui plane sur ce roman.

Du même auteur : "L'infante du Rock" et "Envoyez la fracture".

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Coups de Cœur Romain Slocombe
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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 07:27

 

Après les romans de Lalie Walker et de Caroline Sers, parus dans la collection 7.5 (Éditions Parigramme), voiciL’Infante du Rock de Romain Slocombe.

Il est loin le temps où Alain Gluckheim était le parolier de Mona Toy, groupe rock underground qui connut un certain succès. Après avoir vécu à Tôkyô, il habite aujourd’hui à Paris, rue Cassini. Devenu romancier, il est constamment relancé par son ami Coppa dont le projet de film lui apparaît illusoire. Shôko, compagne japonaise d’Alain, est hospitalisée, victime d’une sorte de paranoïa appelée “le syndrome de Paris”. Les ventes baissant, son éditeur Husson estime que le nouveau manuscrit d’Alain est à revoir. Il croit bien plus en l’avenir de la jeune Christelle Coudreau, qui se prête volontiers à des jeux pervers qui alimenteront ses livres. Leurs orgies décadentes excitent peu Gulckheim.

Alain reste marqué par l’époque où on le surnommait Glucose, dans les années 1980. Et par le souvenir de Mona Granados, la chanteuse de Mona Toy. Son corps mutilé fut retrouvé dans la Seine début 1992, après qu’elle ait succombé à une overdose. En 1986, sa rencontre avec le Japonais Takao changea la vie d’Alain. Les Mona Toys glissaient alors vers leur déclin final. Journaliste, Takao était surtout le relais parisien du chef yakusa Matsutani. Après quelques “missions” douteuses financées par ces gens-là, Alain s’installa à Tôkyô. Il revit brièvement Mona Granados en août 1991, avec laquelle il partagea un trip sous acide. C’est aussi d’une overdose que mourut en 1998 Janlou, un des membres du groupe rock. Alain n’a plus de contact avec les autres.

Un soir, par hasard, Alain rencontre un ancien admirateur des Mona Toy. Dealer surnommé Tito la Came, ce Raymond prétend avoir aperçu récemment Mona Granados, bien vivante, vers Pigalle. Ensemble, ils essaient de la retrouver. Mais Raymond disparaît lorsque se produit un accident de scooter. Alain vient d’être contacté par Takao, qu’il avait perdu de vue. Le Japonais aurait un service à lui demander, mais il est difficile à joindre. Peu après avoir assisté à une expo de Lars, un des anciens de Mona Toy, Alain découvre le cadavre égorgé de Takao dans un parking. Il prend la fuite. Dès le lendemain, il se ménage un alibi, grâce à la jeune Clémence qu’il a rencontrée la veille. Juste à temps pour pouvoir répondre aux questions du policier Laval, qui enquête sur le meurtre de Takao.

Alain retrouve Bertrand, des ex-Mona Toy, reconverti en “D.R.H. nettoyeur”. Ce dernier lui confirme une mise en scène concernant la mort de Mona. À l’issue de la cérémonie d’obsèques de Takao, Alain est agressé par deux yakusa. Puisque Takao ne faisait plus partie de leur organisation, qu’on ne cherche pas à leur nuire ! Dernier membre des Mona Toy, Arnaud s’affiche comme gourou d’une secte. Grâce à lui, Alain apprend qu’un vrai danger le menace…

"Crazy poet" issu d’une des multiples tendances du rock underground, Alain est un héros-loser qui poursuit plus de vingt ans après une errance artistique et personnelle, restant quelque peu naïf. Après le relatif et bref succès d’un groupe d’allumés, il a zappé toute une période en s’exilant au Japon, avant de revenir en France, espérant trouver un fragile équilibre. Ce personnage évoluant en décalage avec la réalité, pensant revoir vivante celle qu’il idolâtrait, n’a rien de pitoyable. Quand unrêveurest entraîné dans des aventures qui le dépassent forcément, on s’y attache et on le suit dans ses pérégrinations égarées. Sans doute y a-t-il une certaine part (extrapolée) devécudans ce récit. Même s’il s’autorise quelques digressions, précisons que Slocombe ne se contente pas d’un scénario prétexte autour d’Alain. C’est une solide intrigue, énigmatique et sombre, qu’il nous a concocté. Un suspense fort convaincant.

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