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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 04:55

San-Antonio et son fils adoptif Toinet, douze ans, ont prévu de prendre l’avion pour l’Italie. Mais leur destination sera finalement l’Autriche. Non point que leur vol ait été détourné vers le pays natal de Mozart et de Romy Schneider. C’est parce que M.Félix, vieil ami de San-A, lui a adressé un appel au secours. Sa vie de virtuose du sexe, avec son phallus de quarante-huit centimètres, occasionna bien des aventures à M.Félix. C’est d’ailleurs grâce à son pénis particulier qu’il a été invité par un universitaire du Maine, aux États-Unis. Et qu’il a mené sa petite enquête sur une étrange épidémie de variole, ses investigations le menant à Atlanta, en Géorgie. Où, ayant retrouvé des fioles contenant le virus, M.Félix en a avisé la police. À partir de là, il s’est senti en danger, et a pris le premier avion pour l’Europe. Et voilà comment il se cache chez une amie bossue à Vienne.

M.Félix pense être encore traqué, et ce n’est pas de la paranoïa. Quand on approche du "Top Secret" américain, il faut s’attendre à avoir la CIA aux fesses. San-Antonio organise une exfiltration en douceur et en ruse pour son ami. Sauf que ça se complique, lorsque le petit Toinet et M.Félix disparaissent avant le transfert. Accompagné de la jolie viennoise Heidi, San-A inspecte les abords de la Grande Roue, au Luna Park du Prater. Pas de traces de Toinet. Contretemps qui n’empêchera certes pas San-Antonio de faire des galipettes sexuelles avec la séduisante Heidi. Alors intervient Conrad, le petit-ami de la donzelle. Si le couple a voulu faire du chantage, San-A retourne la situation. Après tout, Conrad est un gugusse qui peut éventuellement l’aider.

San-Antonio pense avoir trouvé un stratagème pour identifier ses adversaires. Il va utiliser une "doublure" et observer ce qu’il advient. Le remplaçant est malmené par la bande en question, c’était quasi certain. Quand la polizei locale se mêle de l’affaire, ça n’arrange rien du tout. Au contraire, ça dézingue encore davantage. San-Antonio prend la fuite, avec une prisonnière ennemie blessée. Pas sûr qu’elle tienne longtemps le choc, celle-là. San-A a appelé à la rescousse l’inénarrable Bérurier, flottant toujours entre beuverie et obsession du sexe, et Jérémie Blanc, son jeune ami Noir. C’est plus sur ce dernier qu’il doit compter, surtout lorsqu’il s’agit de secouer le comparse des ravisseurs de M.Félix et de Toinet. Pour causer, il va causer, le bonhomme. Et en plus, les trois Français prennent sa compagne en otage. C’est une pompiste qui se fera un plaisir de pomper Bérurier.

Les adversaires, ce sont des espionnes bulgares, ou polonaises. Enfin, tout ça sent un coup tordu des services secrets russes communistes. Y a intérêt à occire quelques-unes de ces nénettes armées. Pour sauver Toinet et M.Félix, pas indispensable d’agir en finesse, surtout quand on est avec le gros de la troupe, à savoir Bérurier. Cette histoire de guerre des virus entre Russkofs et Ricains, elle pourrait bien se conclure à Atlanta, Géorgie…

San-Antonio : Baisse la pression, tu me les gonfles (Pocket, 2017)

La vie viennoise est là, simple et tranquille. Je me dirige vers une station de taxis et demande à l’un d’eux de me conduire à la gare. Une fois à destination, je découvre une agence de location de bagnoles et y loue une Audi 200 break, noire, qui me fait songer à un corbillard que j’ai beaucoup aimé.
Il y a encore, dans la vieille Europe, des pays qui ne vivent pas mais qui fonctionnent bien et j’ai l’impression que l’Autriche est de ceux-là. Pas besoin d’avoir son bac à choléra, comme dit Béru, pour comprendre qu’ici les pendules sont à l’heure, les commerçants honnêtes et les routes regoudronnées chaque année. M’est avis que si l’archiduc Roro s’est praliné la coiffe, c’est parce qu’il se faisait tartir comme un pou sur une tronche de chauve. J’aurais tellement de mal à m’acclimater dans une nation pareille que je préférerais aller apprendre aux Pygmées à jouer au Scrabble.

Que les lecteurs n’ayant jamais entendu parler de San-Antonio lèvent le doigt… Ah si, il y en a quand même un petit nombre. Ce héros imaginé par Frédéric Dard à la toute fin des années 1940 a été un des plus gros succès d’édition du 20e siècle. C’est dû en partie à la désinvolture et à la séduction de ce policier atypique. Au fil de ses 175 aventures (plus quelques hors-série), San-Antonio nous entraîne dans de virevoltantes péripéties pleines d’humour… et de jolies femmes, toujours prêtes à succomber à son charme incontesté. Il est entouré de personnages annexes qui, pour la plupart, n’engendrent pas la mélancolie. "L’hénaurme" inspecteur Bérurier et sa grassouillette épouse Berthe ; Achille dit le Vieux, patron de la police ; le flic souvent à côté de ses pompes César Pinaud ; Félicie, la "brave femme de mère" de San-A… et toute une série de personnes hautes-en-couleur.

Cet épisode des aventures de San-Antonio date de 1988, une quarantaine d’années après sa création. C’est dire que son univers s’est étoffé au long des décennies. On retrouve le petit Toinet, adopté par le policier et sa mère alors qu’il était bébé, âgé de douze ans et déjà fort intéressé par la sexualité. Jérémie Blanc, lui, n’est entré dans le cercle des amis de San-Antonio que depuis 1986. D’origine africaine, c’est un jeune homme brillant, grand et athlétique, aussi vif dans l’action que peut l’être son mentor. Les épisodes sans Bérurier ne manquent pas de rebondissements, mais il y ajoute cette fantaisie, ce brin de folie, que l’on adore. On le constate ici, une fois encore. Faut-il le rappeler, San-Antonio, c’est aussi (ou d’abord) ce langage inventif introduisant une complicité avec le lecteur. Agréable de relire les tribulations de San-Antonio ? Oh oui, on ne s’en lasse jamais.

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 04:55

C'est grâce à Toinet, son fils adoptif âgé de douze ans, que le commissaire San-Antonio repère un suborneur d'enfants nommé René-Louis Blérot. Ce littérateur écrit des scénarios et romans pornographiques, racolant des mômes. San-Antonio ne tarde pas à agrafer le type en question. Celui-ci ayant trouvé la mort lorsqu'il est transféré à la PJ, San-Antonio culpabilise un poil. En compagnie de l'inénarrable Bérurier, le commissaire se rend chez le défunt Blérot. Dans l'appartement, ils découvrent une pièce dédiée au sexe et à l'horreur. Dans un réfrigérateur, se cachent les restes d'un gamin mutilé. San-Antonio regrette de ne pas avoir été plus violent avec ce Blérot, maintenant. La concierge collabore avec le duo de policiers, évoquant les visites mensuelles d'une dame et d'un jeune garçon. San-A est convaincu qu'elle ne venait jamais avec le même môme.

Un portrait-robot ressemblant est dessiné. Un dispositif de surveillance de l'appartement est mis en place, avec le vieil inspecteur César Pinaud, vu qu'on estime qu'il y a eu au moins huit victimes passées en ces lieux. C'est du côté de Montmartre que San-Antonio cherche la dame en question. Grâce à une pharmacienne de la rue Caulaincourt, qui se fait culbuter sans façons par San-A et Béru, ils apprennent le nom de leur cible. Catherine Mahékian est une artiste peintre du quartier. En partie à cause d'une bévue, cette dame réalise être dans le viseur des flics, et prend la fuite. San-Antonio et Béru le Mastard disposent d'une adresse, un chenil de Mériflour-le-Bas, dans les Yvelines. C'est chez Laura Manzardin, sœur de Catherine Mahékian, et son mari Louis, ancien para. Ils prétendent ne pas être en bons termes avec la fuyarde.

Quand la suspecte approche de chez eux, le couple l'alerte néanmoins de la présence des policiers. San-Antonio imagine que le chenil fait bien partie d'une sale organisation, dont il découvre bientôt un nouveau partenaire figurant dans le carnet d'adresses de la fugitive. Le docteur Quentin Skinézi s'occupe, dans un château des Yvelines, d'une maison de repos pour personnes âgées friquées, le Val Chanté. C'est plutôt à son domicile, où il dispose d'un laboratoire (et d'une fidèle assistante) que San-Antonio et Béru espèrent en savoir davantage. Mais le médecin se fait la malle, poursuivi par la Maserati du commissaire. En fait, il va lui falloir un avion, et l'aide du pilote Stanislas Gude, pour continuer la chasse jusque chez les britiches. Si la jeune Mary est charmante, son père le docteur Barnes inspire bien moins confiance à San-Antonio. Quitte à finir à l'hosto, le vaillant commissaire ira au bout de son enquête…

San-Antonio : Fais pas dans le porno (Pocket, 2015)

Cette aventure est répertoriée comme la 127e de la série, initialement parue en 1986. Il s'agit d'une de ces affaires où San-A ne prend guère le temps de se reposer, se contentant de furtifs moments de sommeil. Le scénario nous étant raconté en continu, ça offre un rythme trépidant et mouvementé au récit. On y retrouve avec joie les complices du héros, Bérurier dit Le Gravos et autres sobriquets flatteurs, le brave César Pinaud, et des figurants ponctuels, tels le rouquin Mathias ou le brigadier Poilala. Et même le petit Toinet, nul en orthographe, fils adoptif de San-A.

Si l'on nous gratifie de plusieurs scènes grivoises très épicées, Frédéric Dard n'abuse pas ici de ces logorrhées langagières, typiques chez lui dans les décennies précédentes. “─ Zéro, zéro, un ! fait Béru. Zéro, zéro, deux ! Et ensuite, il faut que je continue comme ça jusqu'à la saint trou de balle ?… Le con ! L'énorme et fantastique con ! Le suprême con ! Le con poussé jusque dans l'arrière-salle du cosmos !” S'il y a de l'humour à chaque page, inutile de le préciser, l'intrigue criminelle tient une place à part entière, avec un véritable suspense. Est-il vraiment besoin de vanter les mérites d'un San-Antonio ? Celles et ceux qui ont fait l'impasse sur ces romans se privent d'un immense plaisir.

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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 04:55

En ces débuts de la décennie 1970, l'espionnage est une activité à plein temps entre l'Est et l'Ouest, ou inversement. La France compterait presque pour quantité négligeable dans le domaine du secret international, de la barbouzerie tous azimut. Sauf si le commissaire San-Antonio et le mastard Bérurier sont missionnés pour résoudre un bintz d'enfer. Le topo, c'est qu'un agent de l'Est a vendu des documents à nos services français. Mais il s'est fait voler son attaché-case à l'aéroport de Catane, avant de se faire buter plus tard. Voici donc San-Antonio et Béru en Sicile, pour récupérer la valoche et ses papelards. Pour ça, ils repèrent un voleur pro local, le nommé Donato. Ils le filochent jusqu'à domicile, lui mettent la pression en kidnappant sa jolie sœur Lila, pas une farouche.

Passons sur des obsèques motorisées, et sur le moment où San-Antonio risque de périr en étant jeté dans la lave de l'Etna. Le commissaire et le goinfre Bérurier sont “invités” à Messine, pas pour pêcher la sardine mais chez un chef de la Mafia. Marchand de cercueils, cet Aldo Cesarini prétend négocier la valise, qu'il ne possède pas. Un temps captif, San-Antonio est libéré par les femmes du mafieux. Il en profite pour sauter successivement l'épouse de Cesarini, sa fille veuve, et sa petite-fille. Cette dernière, Thérésa, le conduit chez son grand-père maternel, un potier, où il pourra se planquer. Le répit sera court pour San-Antonio. Les sbires de l'organisation “Code Z”, dirigée dans le coin par la vieille actrice Linda Benson, cognent et séquestrent bientôt le vaillant commissaire.

San-Antonio a été contraint de leur avouer que sa mission n'est pas aussi claire que ça. Alors qu'il sert de cible façon stand de tir, un duo de tueur intervient, exécutant la bande de mercenaires de “Code Z”. Ceux-là sont plus ou moins des alliés, puisqu'il s'agit des services secrets ricains. Dont le QG se trouve sur un navire mieux équipé qu'il n'en a l'air. Avec eux, San-Antonio tente une explication de l'imbroglio (un mot rital qui s'impose). Les documents existent sans exister, mais c'est pas le principal, en somme.

Le commissaire en réchappe encore, tandis que les joyeux espions amerloques sont à leur tour dézingués. Il va faire la connaissance d'une belle Suédoise de vingt-cinq ans (pléonasme) nommée Ulla Hopp. Une complice bien utile quand San-Antonio recontacte le voleur Donato. Et puis, nonobstant quelques autres péripéties, il ne faut pas que le commissaire oublie de récupérer son adjoint Bérurier, avant d'aller exposer la situation au Vieux et au ministre de tutelle…

San-Antonio : Si, signore ! (Pocket, 2014)

Un San-Antonio d'il y a tout juste quarante ans. Comme le commissaire est un multi-carte de l'aventure, un varié dans les missions, le voici lancé dans une histoire où une Mata-Hari ne saurait plus qui trahir (c'est une image). Donc, il y a une valoche à retrouver, que tout le monde veut, mais qui n'a aucune importance, vous suivez ? En réalité, ce serait ce qui se passe sur un îlot sicilien qui est inquiétant, paraît-il. L'essentiel, c'est que ça extermine beaucoup autour de San-Antonio. Du cadavre à longueur de chapitres, et pas de temps mort, voyez. Dès que les services secrets passent à l'action, c'est ainsi. Et avec un max de gaudriole sexuelle suggérée, également, car le commissaire ne laisse aucune femme passer à sa portée sans la lutiner à la française. Faut que ça bouge, à tous points de vue.

L'auteur ne manque pas d'ironiser sur les beaux esprits littéraires, microcosme dont il est exclu : “Écrivailleur de calembredaine, c'est pestilentiel, dégradant. Ça rejaillit sur l'espèce entière. Tout le monde en subit les éclaboussures. Le romancier, pour être respecté, faut qu'y soye aussi homme de lettres. Bien tartant, pompeux, verbeux, docte. C'est pourquoi je cantonne dans la bienséance, tu remarqueras. Je me fais oublier le passé. Je me virginise le style en déployant les grands artifices. Pas bête, hein ? P't-être qu'un jour, je serai amnistié. On me laissera mourir dans le rang, en bout de file, en bout de table, mais parmi. Je serai gracié à force d'application. Ils diront : voyez, il avait bon fond, ce Santonio. Il était récupérable. L'âge lui a dessillé les yeux. Il a compris où se trouvait la vérité...” San-Antonio les dépassera en talent pendant encore plus d'un quart de siècle.

Outre “Si, signore !”, sont actuellement réédités “Maman les petits bateaux” et “En avant la moujik”, publiés autour des années 1970. Les occasions de (re)découvrir l'univers de San-Antonio ne manquent pas.

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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 04:55

Si le sémillant commissaire San-Antonio reste le fringuant célibataire chéri de ces dames, depuis environ six mois, il file le parfait amour avec Wenda. C'est avec cette blonde et sculpturale poupée Russe d'origine, portée sur les doubles doses de whisky, que ce soir-là il va assister à un spectacle de music-hall. Fakir égyptien hypnotiseur, le Petit Marcel triomphe en ce moment à l'Alcazar. San-Antonio n'est pas chaud pour jouer dans le show, où des pékins du public sont manipulés sur scène. Parmi eux cette fois, se trouve le Gros, l'inspecteur Bérurier en personne, qui se ridiculise encore davantage que les autres. Dès la fin du spectacle, l'adjoint de San-Antonio s'éclipse bien vite, semble-t-il. Tandis que le commissaire s'adonne à la gaudriole avec la belle Wenda, Berthe Bérurier et un de leurs amis recherche vainement son mari (auquel elle n'est pas d'une scrupuleuse fidélité).

Au petit matin, San-Antonio s'en retourne à l'Alcazar, fermé à cette heure. Ça n'empêche nullement le commissaire d'y pénétrer. Dans la loge du Petit Marcel, il découvre Bérurier sans connaissance, ni réaction. Le Gros est en catalepsie, hypnotisé jusqu'à l'os. San-A ne tarde pas à dénicher l'adresse d'Edwin Zobedenib, ce qui est le vrai nom du Petit Marcel. Il a l'occasion de prendre en filature Landowski, le costaud qui sert d'assistant au fakir sur scène. Quand il arrive chez l'hypnotiseur, sa rousse secrétaire particulière Solange Roland apprend au policier que Zobedenib est parti pour Londres, profitant d'un jour de relâche. San-Antonio bigophone à ses collègues d'Orly, afin de retarder le départ de l'artiste.

Toujours dans le même état inquiétant, Bérurier a été ramené chez lui, dans sa chambre : “Elle me rappelle une porcherie que j'ai beaucoup aimée ; en moins moderne toutefois et en beaucoup moins propre. Mon pote Béru gît sur sa couche matrimoniale, plus défoncée qu'un chemin de terre après le passage d'une division de panzers.” Edwin Zobedenib est amené chez Bérurier, afin de le réveiller. Ce qui s'avère totalement impossible, car ce n'est pas Petit Marcel qui l'a hypnotisé. Interrogé sur sa fin de soirée, l'artiste paraît avoir un alibi suffisant. Le coupable court toujours, éliminant au passage le concierge de l'Alcazar, et cherchant à hypnotiser le brave inspecteur Pinaud, qui se trouvait sur son chemin...

San-Antonio : Berceuse pour Bérurier (Pocket 2014)

San-Antonio a été confronté à de dangereux trafiquants, à d'anciens nazis, à des sociétés secrètes, à des affaires d'enlèvements ou des cas d'espionnage, à des complots visant des personnalités. Quant à cette intrigue écrite en 1960, c'est d'une pure enquête policière dont il s'agit. Néanmoins, avec le pétillant San-Antonio, on ne se contente pas de suivre bien gentiment la piste du suspect. Converser courtoisement en guise d'interrogatoire, ce n'est pas dans sa manière. De l'aventure énigmatique et trépidante, du mystère autour de personnages hauts en couleur, voilà ce qui excite ce diable de commissaire.

Et quand c'est “l'hénaurme” Bérurier qui est victime, il met les bouchées doubles pour éclaircir l'affaire. Certes, vu son état cataleptique après une prestation mémorable sur scène, Bérurier reste incapable de participer aux investigations. Le sympathique Pinuche, le deuxième bras droit de San-Antonio, y contribuera quelque peu.

Pour ce qui est du contexte, nous sommes à l'époque où le music-hall connaît un très grand succès. Souvenons-nous de la chanson de Charles Trenet datant de 1955 “Moi, j'aime le music-hall”. Transmission de pensée (Myr et Myroska), prestidigitation et hypnose sont aussi populaires que les chanteurs célèbres de ce temps-là. Concernant le directeur du théâtre, San-Antonio fait allusion à “M.Poulatrix, le champion olympien du lancement du disque (spécialisé dans le trente-trois tours).” Bien sûr, il s'agissait de Bruno Coquatrix (1910-1979), qui s'occupa de Bobino et surtout, dès 1954, dirigea avec un immense succès l'Olympia jusqu'à son décès...

“Berceuse pour Bérurier” s'inscrit dans la meilleure tradition des aventures de San-Antonio.

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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 05:55

Depuis 1949, San-Antonio est éternellement présent dans l'actualité de l'édition. C'est de nouveau le cas en cette année 2014, puisque Pocket lance une nouvelle présentation des romans culte de San-Antonio. Dès cette fin mars, on pourra ainsi lire ou redécouvrir “Du plomb dans les tripes”, “Sérénade pour une souris défunte” et “Passez-moi la Joconde”, trois ouvrages datant d'il y a une soixantaine d'années. Les années 1950 sont à l'honneur pour ce retour du commissaire, entraîné dans de trépidantes et souriantes aventures. Fin avril, ce sera le tour de “Berceuse pour Bérurier”, “San-Antonio renvoie la balle” et “San-Antonio chez les Mac”. Plusieurs autres titres savoureux sont programmés pour l'été, ainsi qu'à la rentrée. À chaque décennie d'origine, s'appliquera un habillage graphique différent. En effet, les premières couvertures rappellent celles de ces années-là.

Évoquons ici “Passez-moi la Joconde”, une des dix premières aventures de San-Antonio. Il évolue dans des contrées que l'auteur connaissait bien, entre la région lyonnaise et Grenoble. Il n'est peut-être pas inutile de préciser que le rythme narratif est soutenu, notre héros allant de surprises en rebondissements. En effet, San-Antonio est le roi du langage fleuri, mais ces intrigues des années 1950 sont avant tout mouvementées. Clins d'œil à noter, pour les initiés : le nom de famille Vinay désigne une commune d'Isère, mais également un éditeur lyonnais de l'époque (qui publia entre autres André Héléna)... Est aussi évoqué le roman “Kaputt” de Curzio Malaparte, or nous savons que Kaputt fut un des pseudos de Frédéric Dard.

San-Antonio : Passez-moi la Joconde (Pocket, 2014)

Un petit survol de l'intrigue de “Passez-moi la Joconde” :

En 1954, le commissaire San-Antonio émarge aux Services Secrets. Pour ses premières vacances depuis longtemps, il prend la direction du Dauphiné. Ex-officier durant la guerre et ancien journaliste, son ami Duboin tient un hôtel dans la région de Grenoble. Promesse d'un séjour farniente. Pourtant, une explosion détruit la voiture de San-Antonio, avec ses deux passagers, quelques jours plus tard. Tout ça à cause du collier d'un chien mort qu'il avait trouvé sur la route avant d'arriver. San-Antonio bigophone au Vieux, qui lui donne carte blanche afin d'éclaircir le mystère. Il se rend à La Grive, le bled où il avait ramassé le chien et son fameux collier.

Éboueur et poivrot, le nommé Dédé finit par lui avouer qu'une femme trentenaire l'a déjà contacté pour les mêmes motifs. C'était une inconnue à vélo, qui semblait aimer la couleur bleue. Sûr qu'il n'en faut pas davantage à San-Antonio pour dénicher la piste de cette personne. Il aboutit bientôt dans une propriété des environs, qui paraît déserte. C'est sous la forme d'un épouvantail, qu'il va découvrir dans le jardin le cadavre d'un métèque, le compagnon de la femme. San-Antonio obtient même le nom des locataires de la propriété, les Vinay, de Lyon. Apprenant qu'un camion Mac passa par là durant la nuit en question, le commissaire suppose que le collier du chien devait faire sauter le poids-lourd.

Par une gentille postière boitillante, San-Antonio identifie la DS des Vinay. Laquelle semble avoir été volée à un Lyonnais nommé Compère. Sauf que ce M.Compère n'est pas si clair. Il possède un entrepôt, que San-Antonio ne se prive pas de visiter clandestinement. Dans le sous-sol, on y a caché un gros rouleau de papier. En cet après-guerre, c'est une matière première qui a de la valeur, certes. Surtout si l'on peut imprimer des biftons sur le fameux papier. Par l'intermédiaire de son ami Duboin, San-Antonio contacte le détective lyonnais César. Celui-ci confirme qu'un camion chargé d'un gros rouleau de papier fit le trajet entre Grenoble et Lyon, ladite nuit. Lorsqu'il retourne à l'entrepôt, le commissaire y découvre le cadavre de Compère, abattu par balles. San-Antonio va encore traverser quelques périls avant de résoudre l'affaire !

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 04:55

Séjour en Suède pour le célèbre San-Antonio. Il n'est en Scandinavie ni pour enquêter, ni pour faire du tourisme. Son œuvre vient d'être couronnée par le Prix Nobel de littérature. Il s'est donc courtoisement déplacé pour la cérémonie. Si San-Antonio n'est pas insensible aux charmes de la blonde Eggkarte Tequïst, c'est parce qu'elle a pris l'initiative. Un juré du Nobel l'a sollicité pour un cas criminel, qui ne l'intéresse guère. Pourtant, rejoint par son colossal adjoint Bérurier, San-Antonio est chargé par le Vieux en personne d'une enquête sur le même assassin. Sept ans plus tôt, le nommé Borg Borïgm dirigeait un institut sur les bords du lac Vättern. Il fut accusé du meurtre de deux pensionnaires adolescentes de l'établissement, qu'il aurait violées. Arrêté, il s'évada du palais de justice de Stockholm à l'issue de la première audience de son procès. On ignore où il a pu se cacher depuis. Tout juste sait-on que Borg Borïgm était un adepte d'astrologie, de spiritisme, d'occultisme.

Eggkarte Tequïst leur servant d'interprète, San-Antonio et Bérurier vont interroger l'ex-épouse du coupable, laquelle s'adonne à une partouze motorisée. Bien qu'elle ne soit pas prude, Mme Cétesky (c'est son nom) considérait Borg Borïgm comme un détraqué sexuel, un ignoble pervers. Elle est convaincue qu'il se trouve toujours en Suède, car un sortilège empêcherait les gens de sa famille de quitter le pays. Quelques détails du faciès de Borg Borïgm peuvent aider à l'identifier. Puisqu'il est passionné d'occultisme, San-Antonio tente un piège. Béru devient le mage Nostrabérus, et donne des consultations gratuites à leur hôtel. Certes, son “don” est davantage basé sur l'observation que sur la voyance, comme chez tous ces prétendus devins. Pourtant, il a également quelques visions qui sont justes.

Borg Borïgm a sûrement entendu parler de Nostrabérus, mais il tarde à se manifester. Un meurtre est commis en public, dans la file attendant de consulter le faux-mage. Caché dans le bordel d'en face, le tueur était déguisé alternativement en curé ou en vieille dame. Grâce à un ticket de parking, San-Antonio va bientôt découvrir une piste. Béru, Eggkarte Tequïst et lui se rendent dans la région de Milsabör. Ils ne tardent pas à trouver l'adresse d'un certain Frédérik Stönéchaarden, ce qui pourrait être l'identité sous laquelle vit Borg Borïgm. Ainsi qu'il lui a été demandé, San-Antonio prévient immédiatement le Vieux. Pour une fois, s'éloignant de son confortable bureau, son supérieur va participer activement à une mission. Entre-temps, San-Antonio et Béru découvrent deux cadavres au domicile de Frédérik Stönéchaarden. Le coupable semble toujours en fuite...

San-Antonio : Les prédictions de Nostrabérus (Pocket, 2013)

Frédéric Dard a déjà écrit plus de quatre-vingt San-Antonio, quand il publie celui-ci. On sait qu'il ne se laissa jamais aller à la facilité, qu'il ne considéra pas cette série comme de la routine. C'est donc une trépidante aventure nordique qu'il présente, avec son lot de surprenantes péripéties et de gaudriole. Bien qu'il fréquente un coprophage, n'en soyons pas choqués : “Mon lecteur me pardonnera cette relation de notre visite [chez ce scatophage]. Elle peut paraître scabreuse à des êtres sensibles et délicats, mais je préfère céder à la vérité scrupuleuse qu'à la décence. Le monde est plein de cons qui se chargent d'être décents pour les autres parce qu'ils n'ont rien de mieux à foutre, qu'ils sont étroits de partout et principalement d'esprit […] Leur indignation m'est un réjouissement.”

Humour toujours présent, et réflexions sur le langage. Vu par Bérurier : “Ta phrase, il dit. J'm'demande comment t'est-ce tu fais pour en bricoler des pareillement semblables. T'as pourtant pas une instruction espéciale. Moi qu'ai loupé mon certif d'un poil de cul, je peux pas fignoler du langage comme toi. [attention aux métaphores, car...] Tu perds l'idée directeuse à vouloir la renforcer par des sémaphores. Le langage, faut lui laisser sa structuration initiale, sinon il devient décadent et s'égaye comme un fleuve à l'estuaire sablonneux...” En outre, on remarque une part de misanthropie chez Frédéric Dard, quand il se lâche ainsi : “Par moment ça m'accable, l'horreur d'avoir toujours et sans cesse affaire à des hommes. Des hommes cons ou malins, de gauche, de droite, de peur, de courage, de merde […] Si harassants à fréquenter. Si minables. Ah oui, que j'en crève, chaque jour, chaque heure, d'une grande et louche honte héréditaire. Que je regrette mon passage sur cette terre de chiotte.”

Affirmer que c'est un des meilleurs San-Antonio serait nettement exagéré. Les logorrhées délirantes de Béru sont, au final, quelque peu lassantes. Néanmoins, l'auteur maîtrisant son univers, ça reste une enquête san-antonienne plutôt plaisante à suivre.

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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 05:55

En cette année 1952, le commissaire San-Antonio appartient toujours aux services secrets français, sous les ordres directs du boss. (“Le grand patron est un gringalet qui mesure près de deux mètres et qui a autant de cheveux qu'une ampoule électrique. Il est élégant comme Anthony Eden, et parle dans une langue châtiée ― ce qui ne l'empêche nullement de savourer le pittoresque de mon langage à moi.”) Un scientifique anglais, le professeur Stevens, aux faux-airs de Léon Blum, collabore avec les savants atomistes français. Une formule secrète a récemment disparu de son coffre-fort. Le supérieur de San-Antonio estime que la principale suspecte est Héléna Cavarès, la secrétaire du professeur. Cette jeune femme à la beauté remarquable est actuellement sous surveillance policière.

San-Antonio sait déjà qu'un petit malfrat, Ferdinand, a été engagé pour commettre un vol rue Gambetta, à Boulogne-Billancourt. C'est-à-dire au domicile du professeur Stevens. Un moyen d'expliquer, a posteriori, que la formule secrète ait été perdue. Peu après sa mission, Ferdinand est buté à son domicile. Le bistrotier voisin a noté qu'un type au regard étrange est sorti de l'immeuble, probablement le tueur. Planquant près de chez Stevens, San-Antonio prend bientôt Héléna en filature. Elle a un rendez-vous intime avec son amant, Charles Maubourg. Le policier tente une autre piste, le Champignon Bar, un club de la rue Fontaine. Là, un appel téléphonique anonyme l'envoie dans une propriété de Louveciennes. San-Antonio y découvre le cadavre décapité d'Héléna.

De retour chez Stevens, il s'avère que le scientifique a été enlevé. Quant au cadavre d'Héléna, il n'est plus dans la maison de Louveciennes lorsque les flics s'y pointent. San-Antonio s'aperçoit d'un indice étonnant : bien qu'Anglaise, Héléna parlait plutôt roumain. L'ombre d'un certain Schwartz plane autour du commissaire. C'est au Champignon Bar que l'enquêteur espère trouver des réponses. En réalité, il va être kidnappé par Schwartz (qui ressemble à Boris Karloff) et Bauhm, son homme de main. Avec la complicité de la belle Héléna, bien vivante. Évidemment, bien que fatigué par sa nuit d'investigations, San-Antonio résiste et s'échappe, en embarquant Héléna. Après quelques mésaventures, il retourne au domicile de Stevens afin d'avoir le fin mot de cette affaire...

San-Antonio : Mes hommages à la donzelle (Pocket, 2013)

Après Laissez-tomber la fille” et “Les souris ont la peau tendre”, c'est le troisième San-Antonio publié dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir, en 1952 (pour les puristes, sa quatrième aventure). Pour la première fois, on nous présente physiquement le chef du commissaire. Il deviendra “le Vieux”, mais apparaît ici tel un pro de l'espionnage, pas trop caricatural. On évoque la silhouette d'un flic, peut-être esquisse du futur Bérurier : “Un gros type surnommé Bouboule, qui est un spécialiste de l'interrogatoire. C'est pas qu'il ait de grandes facilités d'élocution, mais il a les pognes les plus éloquentes que j'aie jamais vues... Bouboule s'y entend comme pas un pour rectifier la physionomie de ses contemporains.”

L'atout principal de cette histoire, c'est l'unité de temps qui renforce l'action. Ça démarre vers quatre heures de l'après-midi, pour se conclure une vingtaine d'heures plus tard. Entre-temps, les coups de théâtre divers et variés se sont succédés à bon rythme, sur fonds d'espionnage. À propos de théâtre, l'auteur cite à plusieurs reprises celui du Grand-Guignol, auquel Frédéric Dard collaborait alors. Sa tonalité langagière se dessine de plus en plus dans ce roman, mais il mise encore davantage sur les péripéties que sur l'humour. Suspense et action au programme, pour une intrigue riche en rebondissements.

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 04:55

En 1962, Grangognant-au-Mont-d'Or est une ravissante commune rurale de quatre cent habitants située à une trentaine de kilomètres de Lyon, dans les vignobles. Bien moins pittoresque, on y commet des actes criminels. Élève de l'école primaire, Jean Charron a disparu. Puis c'est l'instituteur qui a été égorgé. Son cadavre a été découvert le lendemain par sa jeune et timide collègue Rosette. Un second élève, Louis Dubois, a disparu à son tour. C'est l'inspecteur de police Bérurier, de la PJ parisienne, qui est chargé de résoudre l'affaire par son supérieur, le Vieux. Il se fera passer par le nouvel instituteur, même si ses méthodes ont peu de chances d'être approuvées par l'Académie. Bien qu'en vacances, le commissaire San-Antonio va, avec la bénédiction de sa brave femme de mère Félicie, aider l'inculte Bérurier à mener à bien sa mission.

San-Antonio trouve bientôt une photo pornographique dans le cahier d'un élève. Cette image licencieuse provient de chez une ancienne cantatrice, possédant une propriété dans ce village. Voilà qui attise la curiosité du commissaire. Mme Léocadie Soubise, chanteuse très âgée oubliée de tous, reçoit ce jour-là un douteux groupe de Lyonnais, lui offrant une partouze en guise de spectacle. San-Antonio se fait passer pour un impresario, dans le but d'approcher Léocadie Soubise. Sans doute est-il repéré, car une grenade ne tarde pas à viser la classe de l'école où le policier se trouve avec l'institutrice Rosette. Néanmoins, San-Antonio accompagne ensuite la cantatrice et ses amis à Lyon. La soirée au cabaret Le Mistrigri, appartenant à l'ami Arménien de Mme Soubise, n'a rien de folichonne. Avant que le policier raccompagne la cantatrice au village, elle est assassinée en voiture.

San-Antonio peut compter sur l'aide de l'inspecteur lyonnais Javer, de service cette nuit-là. Récupérant sa Jaguar (type E), il est plus à l'aise pour débuter son enquête. L'Arménien ne pourra pas le renseigner, vu qu'il est rapidement abattu. L'électrophone tourne-disque trouvé dans son coffre-fort devait servir à planquer quelque chose. Les filles du Mistigri, Berthy et Marysca, en savent probablement moins que le fêtard Léopold, ami du défunt Arménien et de feue-Mme Soubise. San-Antonio lui met la pression afin qu'il avoue à quels trafics il est mêlé, et qu'il cite des noms. Un autre complice, Jérôme, est supprimé à son tour, pendant ce temps-là. Une inconnue fixe un rendez-vous dans un bois de Limonest, à quinze kilomètres au nord de Lyon. Malgré Bérurier et l'équipe de l'inspecteur Javer, la souricière policière ne fonctionne pas. Bien que fatigué, San-Antonio ne renonce jamais...

San-Antonio : San-Antonio chez les gones (Pocket 2013)

San-Antonio évolue dans une région bien connue de son auteur. En effet, alors qu'il était journaliste autant qu'écrivain débutant, Frédéric Dard travailla à Lyon. Il s'y installa avec sa famille dans le quartier de la Croix-Rousse de juillet 1944 à mars 1949. D'ailleurs, il en profite pour citer et expliquer ici certaines références lyonnaises. Les équevilles (ordures ménagères), les portes d'allées (porches d'immeubles), péter la miaille (embrasser avec effusion), être tout mouillé de chaud (en sueur), on espère que ces expressions typiques ont survécu depuis un demi-siècle. Si Grangognant-au-Mont-d'Or est inventé, c'est un de ces villages d'alors avec son école primaire non-mixte, son bureau de poste où l'employée raccorde les appels téléphoniques. Et son café de la mairie où son Éminence l'inspecteur Bérurier va largement abuser du beaujolais, goût du terroir oblige. Et comme enseignant, il va se distinguer le tonitruesque Béru. On est en plein dans l'univers de San-Antonio.

Le style de Frédéric Dard est bien en place. En témoigne ce portrait: “Le suiffeux est à poil devant la porte de fer donnant sur l'entrée de l'immeuble... Tout en étudiant la question, il se gratte le dargeot. Je ne veux pas vous berlurer, mes mignonnes, mais le spectacle est de qualité. Ça vaut son et lumière à Versailles, croyez-moi. À loilpé, Ambistroyan [l'Arménien] fait plus gros qu'habillé. Il a la brioche ronde et tombante. Avec ses tifs gras décoiffés et sa barbe du petit matin, il ressemble à un gorille obèse.”

Quant à l'intrigue, on est dans un roman populaire d'aventure, une enquête bondissante et périlleuse. L'auteur n'oublie pas d'évoquer les classiques du genre, Fantômas (“Je me précipite. Effectivement, c'est bien l'entrée d'un souterrain. Alors là, on est dans un vieux Fantômas d'avant l'autre guerre, mes chéris. J'y peux rien, faut vous y faire”) et Arsène Lupin (“Le bouchon de cristal ! Quézaco ?”). En cette période de sa vie, Frédéric Dard est très inspiré, ça ne fait aucun doute. Et le résultat est excellent.

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