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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 04:55

Âgé de quarante-sept ans, Jim Thane vivait en Californie avec sa femme Libby, plus jeune que lui. S'il fut un brillant cadre dirigeant dans des sociétés de haut-niveau, il a traversé une période glauque. La drogue, les jeux d'argent et les putes l'ont fait sombrer. Libby ne l'a pas laissé tomber, bien que leur enfant soit décédé accidentellement. Depuis deux ans, Jim pratique l'abstinence sous le contrôle d'un ex-policier. Grâce à son ami Tad Billups, qui représente un groupe d'investisseurs, Jim a enfin une nouvelle chance. Tad lui confie un poste de directeur intérimaire, sur la côte ouest de la Floride. Il s'agit de redresser, dans les plus brefs délais, une société développant un nouveau logiciel informatique. Un défi qui paraît presque perdu d'avance, trop de millions ayant été dilapidés pour peu de résultats.

En ce mois d'août, Libby a préparé leur installation en Floride. Pour sa désintoxication, Jim est contraint de s'adresser à un psy local. Au sein de l'entreprise, rares sont les employés fiables, hormis la comptable Joan, la réceptionniste Amanda et le programmeur Darryl. Le logiciel n'est que très approximatif : son potentiel n'est pas nul, mais sa rentabilité est loin d'être flagrante. Jim pense que la "reconnaissance faciale" via l'informatique, ça pourrait intéresser des banques. Dans un premier temps, le ratage de la démonstration compromet cette opportunité. Un policier du FBI, de Tampa, continue à enquêter sur la disparition soudaine de Charles Adams, ancien directeur de la société. Jim ne lui avoue pas qu'il vient d'en découvrir la raison probable : un énorme détournement d'argent.

En effet, plus de trois millions de dollars ont été versés à un fournisseur fantôme. Il fallait pour ça l'aval du directeur. Jim utilise une ruse afin de dénicher l'adresse supposée dudit fournisseur, à Sanibel Island. Dans le grenier de cette maison vide, des millions en billets de banque, pactole qu'un gang vient récupérer sous les yeux de Jim. Son épouse Libby estime qu'il doit s'en tenir à ce qu'a demandé Tad Billups, protéger les intérêts de celui-ci, et gérer la fin de la société s'il ne peut faire mieux. Même s'il faut licencier, à commencer par le prétentieux directeur des ventes, des contrats sont miraculeusement signés pour le logiciel. Y compris avec la banque où la démonstration fut loupée. Jim finit par profiter de l'embellie sans se poser de questions, même si ces ventes lui semblent artificielles.

Jim s'est rapproché d'Amanda, la réceptionniste. D'origine russe, la jeune femme lui confie son parcours, aussi chaotique mais plus violent que celui de Jim. L'agent du FBI est sur la piste de l'insaisissable mafieux russe Ghol Gedrosian, qui paraît désormais poursuivre ses activités délictueuses en Floride. Jim affirme ne rien savoir au sujet de cet homme, ce qui est inexact. Car il connaît, du moins partiellement, "l'influence" du Russe. Des révélations inattendues vont bientôt changer la situation pour Jim. Fermer les yeux devient impossible pour lui. Dans un premier temps, il trouve refuge à Fort Myers Beach, chez Amanda. Mais le danger est omniprésent, et Jim ne peut convaincre sans preuve l'agent du FBI…

Matthew Klein : Sans retour (Série Noire, 2016)

Ce roman se décompose en deux parties. La première décrit le redressement économique d'une entreprise, selon la méthode américaine devenue universelle : pas de sentiment ! Jim Thane étant un ex-junkie et alcoolo, accro au jeu et aux prostituées, l'objectif devient hasardeux. Heureusement qu'il est soutenu moralement par son épouse. On a un aperçu du rôle des investisseurs à capital-risque, et du fonctionnement de certaines "start-up" qui ne sont que des gouffres financiers. Activités illusoires, mais l'essentiel pour les employés est d'afficher un beau statut social et de bénéficier des budgets, tant que l'argent coule à flots. Les sommes dépensées en "recherche et développement" sont-elles toujours justifiées ? Ça n'existe pas qu'aux États-Unis, ces sociétés quasiment factices.

Dans la seconde partie, l'histoire vire au polar schizophrénique. En dire davantage serait trop en dévoiler. Néanmoins, un certain nombre d'éléments apparus précédemment dans le récit offrent un lien avec cette progression de l'intrigue. Si le héros glisse vers la perte de contrôle, postulat bien connu du roman noir, le dénouement restera plus obscur que la moyenne. Ce qui importe peu, puisque tout est dans "l'aventure" à laquelle il vient d'être confronté. Au réalisme sociétal non dénué d'ironie, succède donc un roman d'action : un suspense à double facette riche en péripéties, que l'auteur maîtrise et rend captivant.

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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 04:55

Sa hiérarchie estime le major de gendarmerie Fabrice Remangeon incapable de maîtriser ses réactions violentes dans certains cas. C'est ainsi qu'il est muté dans le village solognot dont il est natif, où il n'est plus retourné depuis longtemps. Âgé de quarante-huit ans, il reste marqué par la soudaine disparition de son épouse Élise, dix ans plus tôt. Bien qu'elle ait peut-être choisi un départ volontaire, Remangeon y pense de façon obsessionnelle. En disgrâce dans cette bourgade d'un millier d'âmes, le major devra s'accorder avec l'équipe en place : l'adjudant-chef Manuel de Freitas, la séduisante brigadière-chef antillaise Aimée Toussaint et la brigadière Geretz.

Parmi la population locale, quelques personnes se souviennent probablement que le père du gendarme fut rebouteux. Un guérisseur très efficace, dont la clientèle venait parfois d'assez loin. Des rumeurs le qualifiaient même de sorcier, ce qui n'était pas absolument faux. Fabrice Remangeon préféra tourner le dos à ces pratiques. Si certaines superstitions ont encore cours ici, une autre tradition ne change pas : le braconnage. Les propriétaires terriens de Sologne exploitent de longue date des parcs destinés à la chasse. Les cervidés sont la cible des braconniers, pour un trafic fort rentable. Concessionnaire automobile à Romorantin, Patrick Vailly en a été victime, perdant plusieurs animaux.

Il est facile de soupçonner Tristan Lerouge, dont la fâcheuse réputation n'est pas usurpée. Depuis des décennies, il chasse illégalement. À la fois le gibier et les femmes, se vante-t-il souvent. Il est maintenant marié à une Ukrainienne, Irina, qui lui sert d'objet sexuel. Elle ressemble tant à Élise, que le major peut effectivement s'y méprendre. Selon l'oncle de son défunt copain d'enfance Teddy Jambart, qui fut un cancre charismatique, Remangeon devrait admettre définitivement qu’Élise ne reviendra plus. Le gendarme renoue avec son amie de jeunesse Delphine, qui vit toujours à la ferme avec ses parents âgés. Son élevage de faisans, destinés à la chasse dans les parcs du secteur, semble menacé.

Pas de raison précise si ses bêtes dépérissent, mais on peut envisager une "intervention extérieure". Tristan Lerouge ayant des notions de sorcellerie, Delphine souhaiterait que Remangeon applique les remèdes de son père pour contrer un envoûtement. Tandis qu'ils traquent nuitamment les braconniers, les gendarmes subissent des accidents avec leur véhicule. Si le premier accrochage touche le major, c'est Aimée Toussaint qui est victime dans le second cas. Remangeon continue à se sentir mal, peut-être visé par un sortilège.

Interrogé par les gendarmes, Tristan Lerouge répond qu'il est jalousé par ceux qui envient ses succès et sa liberté. Le major et sa brigade se lancent sur la piste de gardes-chasses douteux, et surveillent une casse automobile plutôt suspecte. La disparition d'Élise, le rôle de Lerouge, celui de Vanessa Vailly, les trafics de cervidés, autant d'énigmes auxquelles le gendarme cherche des réponses…

Pierric Guittaut : D'ombres et de flammes (Série Noire, 2016)

Si la Sologne évoque des paysages campagnards, on peut penser que beaucoup de gens ne situent pas très bien cette région, au sud d'Orléans, à l'est de Blois, au nord de Vierzon et de Bourges. Des étangs et des rivières (la Sauldre, le Beuvron, le Cher), de multiples parcelles forestières, quelques villes et des communes rurales, c'est le pays du braconnier Raboliot (de Maurice Genevoix, 1890-1980). Comme partout, l'urbanisation gagne du terrain, mais l'élément sauvage y est sans doute un peu mieux préservé qu'ailleurs. Quant à la population, de natifs ou pas ─ car elle n'est plus forcément d'origine, elle accepte un rythme différent de celui des grandes villes. Croire que “tout le monde se connaît” dans ces villages, c'est un mythe plus vraiment de saison véhiculé par les citadins.

L'auteur place son histoire sous le signe de la sorcellerie. Dans la France de naguère que certains passéistes imaginent paradisiaque, il y a quarante à cinquante ans, ces croyances restaient présentes. Un guérisseur valait mieux qu'un médecin, son don pour soigner étant naturel, de même que ses potions. Les superstitions ayant aussi leur effet placebo, la crédulité faisait parfois des miracles. Ces sorciers du 20e siècle ne détestaient pas être considérés tels des jeteurs de sorts, capables du Bien comme du Mal. Qu'en est-il depuis que la technologie de pointe a envahi nos vies, que sont omniprésents des appareils de toutes sortes, que notre tempo quotidien s'est accéléré ? Le major Remangeon prétend ne plus croire dans les envoûtements et autres maléfices, mais est-ce tellement vrai ?

Voici donc le contexte de cette intrigue. Au centre, un personnage tourmenté. “Tu es un homme juste” lui dira en conclusion son amie Delphine. Le lecteur en sera moins certain. Cette étape de son existence permet au gendarme de gagner un peu d'apaisement, après un bouillonnement intense. Pas seulement intérieur : c'est intrinsèquement un être violent et asocial. À cause du manque de réponses sur la disparition de son épouse, en partie. Et de sa propension à jouer les justiciers, sûrement. Autour, dans ce décor solognot qui le rebute, des bons et des méchants : à lui de faire le tri. Plutôt que de l'associer au “nature writing”, il s'agit d'un noir polar réussi quant à son ambiance tendue, entre psychologie et péripéties.

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 04:55

Trois ans après l'ouragan Katrina, au printemps 2008 à La Nouvelle Orléans. La brune Nola Céspedes est journaliste pour le Times-Picayune, après ses études à l'université Tulane. Âgée de vingt-sept ans, fille d'une réfugiée cubaine qui l'a élevée sans père, Nola est issue d'un quartier populaire détruit depuis. Encore peu aisée, elle circule dans sa vieille Pontiac Sunfire, et habite en colocation avec Uri, un serveur gay. Elle compte plusieurs copines, noires ou hispaniques, plus fortunées qu'elle. Outre Fabi et Soline, commerçante avisée, Nola est proche de Calinda. C'est une des rares Noires employées au bureau du procureur. Un contact utile pour obtenir des dossiers, en vue de l'article que Nola va devoir traiter.

À l'heure où l'étudiante Amber Waybridge vient de disparaître à l'hôtel Copper Pot, Nola se voit proposer par son rédacteur en chef une enquête sur les pédophiles et violeurs qui ont profité du désordre de Katrina pour s'évaporer. Alors que la loi de Megan les obligerait à se signaler aux autorités. Un bon sujet pour sortir de la rubrique Loisirs du journal. Mais ces clandestins ont intérêt à rester cachés. Nola interroge un psy spécialisé dans les délinquants sexuels, puis se rend à la prison d'Orleans Parish pour une première approche de la question. Mike Veltri, un ex-condamné, accepte de témoigner. Nola s'est munie d'un Beretta, sécurisant pour une jeune femme devant rencontrer des pervers sexuels avérés.

Ancien directeur adjoint d'école habitant le typique Vieux Carré de La Nouvelle Orléans, Blake Larusse est prêt à parler de son passé, lui aussi. Il y a un autre témoin anonyme, un brin narcissique, fier de vivre en marge du système. Javante Hopkins a certainement gardé des instincts sadiques, et ne paraît pas à Nola d'une grande sincérité. Outre ces adresses obtenues grâce à Calinda, elle interroge des femmes sensibilisées. Bourgeoises de Garden District sévères avec ces délinquants qui seraient une menace, ou habitantes de quartiers modestes fatalistes par nature, ça complète le sujet à traiter. Quant à l'affaire Amber Waybridge, la police n'est pas très active. On finit par trouver son cadavre mutilé…

Polar poche - Joy Castro : Après le déluge (Folio policier, 2016)

À travers le regard d'une native de La Nouvelle Orléans, l'auteur dresse un portrait nuancé de l'évolution de cette ville particulière. Depuis l'installation des Français il y a plus de trois siècles, son histoire est d'une richesse infinie. Du Couvent des Ursulines au Vieux Carré du Quartier Français, on nous rappelle çà et là quelques aspects du passé. Avec Nola, nous visitons aussi bien les rues animées de Charles Street ou Royal Street, que les endroits moins brillants de l'agglomération. Sans doute a-t-on relogé une partie de la population dans des “shotgun shacks”, ces bungalows longs qui font proprets, mais la discrimination persiste dans ce décor urbain vivant pour l'essentiel du tourisme.

À l'inverse, quand il s'agit de crimes sexuels, Noirs et Latinos sont les premiers désignés. Pourtant, dans les fichiers de police, toutes les races sont représentées à peu près à égalité. “Dans plusieurs États, plus d'une centaine de délits différents, dont le recours aux service d'une prostituée, peuvent valoir à leur auteur la triste qualification de «délinquant sexuel» ; en Louisiane, ils incluent les «crimes contre nature» qui vont du sexe oral à la zoophilie et à la nécrophilie. Autant dire que très peu de ces «criminels» constituent une menace pour la société mais, depuis l'instauration de la loi de Megan, ils sont tous mis dans le même sac.” Joy Castro relativise avec raison cette stigmatisation censée rassurer les voisinages. Sans être dupe des pervers qui se prétendent guéris après la prison.

Derrière ses attraits festifs, la ville est menaçante, voire dangereuse, et la possession d'armes par les civils n'arrange rien. Si le côté polar-roman noir est bien présent dans cette histoire, ce qui en fait l'intérêt majeur (et même la force), c'est ce qui concerne la sociologie. Un suspense plein de qualités.

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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 05:55

Tamnay-en-Bazois est une petite bourgade de la Nièvre, au cœur de la campagne. Moins de deux cent âmes, dont vingt-cinq qui habitent à l'année le hameau de Mouligny. Vivre dans cette région trop tranquille, oubliée par le 21e siècle, c'est s'enterrer, renoncer. Il y a ceux qui sont restés vaille que vaille, et d'autres qui sont partis. Comme les frères Romain et Christophe, délaissant leurs copains de jeunesse, Vlad et Julie. Chris s'est engagé dans l'armée durant quelques années. Puis il est revenu à Mouligny, dans la maison familiale de leurs défunts parents. Sans espérer faire fortune, Chris s'est installé comme potier. Depuis deux ans, Julie est sa compagne, aujourd'hui enceinte. Devenue infirmière à l'hôpital, elle a vécu quelques années avec Vlad, avant de choisir Christophe.

Dix ans après son départ, Romain revient au village, retrouvant son frère cadet. Âgé de trente ans environ, il a beaucoup bourlingué pendant tout ce temps. Pas trop envie d'en parler, besoin de renouer avec ses origines. Comme quand ils étaient adolescents, à l'époque où le Captain Vlad était le meneur de leur "gang". Insouciance de leurs quatorze ans, tout l'été quasiment libres de leurs loisirs à quatre. Certes, il y avait bien quelques personnes fâcheuses autour d'eux. Telle l'antipathique famille Fauvé, des rustres agressifs envers quiconque s'approchait de chez eux. Et aussi Yves Joulac, dit le Dalton, simple d'esprit ou un peu pervers, en tout cas malsain. Cet été-là arriva Cédric, un petit dur d'Auxerre. Vlad et lui partageaient une sorte de caractère rebelle identique, plus violent que le "gang".

Ces dernières années, Vlad a investi dans quelques commerces de Tamnay, et parfois prêté de l'argent à certains. Associé à Cédric, il vit surtout de combines. À vrai dire, il a repris à son compte un trafic de drogue plutôt rentable. Une petite bande gravite autour de lui : Cédric, son homme de main Kozanowski, et quelques autres qui étaient amateurs de baston au temps de leur jeunesse. Leur copain J.R. est devenu gendarme, adjudant-chef en poste sur le secteur. Il préfère ne pas connaître les activés officieuses de Vlad et de ses sbires. Romain s'immerge à nouveau dans l'ambiance locale, encore un peu troublé par la séduisante Mélodie, la belle-mère de Cédric. Vis-à-vis de Julie, pas d’ambiguïté pour lui. Il devine que son jeune frère Chris supporte la vie grâce à des médicaments.

Vlad vient d'être sauvagement agressé, un véritable lynchage. Il a été hospitalisé, mais il reste dans le coma. Malgré les douteux trafics actuels de leur copain, en souvenir des meilleurs moments de leur "gang", Romain et Chris sont animés d'un désir de vengeance. J.R. les prévient qu'ils s'exposent à de grands dangers, car les bandes impliquées dans la drogue sont plus violentes encore que celle de Vlad. Quand les deux frères interceptent un trio de petits délinquants tentant de récupérer une grosse somme due par Vlad, la tension monte bien vite. Y compris entre les frères et la bande de Cédric, au bistrot qui leur sert de QG. Faire face ensemble à la menace extérieure ? Ce n'est pas gagné d'avance…

Benoît Minville : Rural noir (Série Noire, 2016)

Benoît Minville peut certainement revendiquer l'influence de quelques auteurs américains ayant associé cambrousse et violence, héritage du western adapté à nos époques. Est-ce que le terroir français se prête à des scénarios similaires ? Depuis longtemps, bon nombre de polars ont montré que, derrière de paisibles apparences, peuvent se cacher des faits criminels d'une brutalité insoupçonnée. La désertification des contrées isolées n'empêche pas l'éventualité d'une "économie parallèle", allant du travail au noir et autre "commerce sans facture", jusqu'aux trafics en tous genres. La crise économique évoquée par l'auteur n'est pas seule cause de ces pratiques.

Il s'agit avant tout d'une histoire d'amitié entre une poignée de personnes. Ce qui implique une fidélité, malgré le temps qui passe et les méandres des vies de chacun. Sentiment de solidarité qui a tendance à disparaître dans nos réalités d'aujourd'hui. Mais qui a peut-être toujours un sens dans des lieux comme celui que l'on nous présente. Dix à quinze ans plus tard, les mêmes habitants sont encore là pour la plupart : c'est pourquoi l'intrigue alterne le présent et le passé, la fougue d'hier et les confrontations d'ados étant remplacées par la cruauté du monde adulte, non dénuée d'une noire amertume. Un roman digne de la Série Noire, sans nul doute.

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 05:55

Quand on utilise l'expression "culture polar", c'est une manière de souligner que cette littérature à succès possède de longue date son histoire. À partir des débuts du 20e siècle, les éditeurs lancent des collections populaires, avec plus ou moins de réussite. Après la 2e Guerre Mondiale, la demande est bien plus forte, pour des romans français ou étrangers ménageant du suspense, qu'il s'agisse d'espionnage ou de policiers. Chez Gallimard, la Série Noire nait durant l’été 1945, à l'initiative de Marcel Duhamel. Il la dirigera durant trente-trois ans (1945-1977). Trois autres mousquetaires du roman noir vont lui succéder : Robert Soulat (1977-1990), Patrick Raynal (1990-2005), Aurélien Masson (depuis 2005). Les impératifs de l'édition ont changé entre-temps : on est passé du petit au grand format, et les parutions sont moins nombreuses. Mais l'esprit du roman noir a été préservé depuis soixante-dix ans. La Série Noire est donc toujours pleine de vie… et de crimes.

70 ans de la collection : C'est l'histoire de la Série Noire (1945-2015)

À l'occasion de cet anniversaire paraît un ouvrage dédié à cette collection : “C'est l'histoire de la Série Noire (1945-2015)”. Édition publiée sous la direction d'Alban Cerisier et Franck Lhomeau, avec la collaboration d'Aurelien Masson, Claude Mesplède, Patrick Raynal, et Benoît Tadié. Avant-propos d'Antoine Gallimard.

« Ami de longue date de Jacques Prévert et de Raymond Queneau, féru de littérature américaine, Marcel Duhamel s’est entièrement voué à cette passionnante et frénétique entreprise éditoriale, commencée modestement avant de devenir l’une des collections phares de la NRF. Bon marché et largement diffusée, la Série Noire a été accueillie à bras ouverts par les lecteurs français de l’après-guerre fascinés par l’Amérique, scène mythique de ces romans noirs rugueux et haletants, hérités des pulps et puissamment relayés par le cinéma. "C’est Duhamel qui a créé le genre avec sa Série Noire, a pourtant écrit Manchette. Duhamel a inventé la grande littérature morale de notre époque. Il faisait semblant de ne pas le savoir." L’homme, professionnel tenace, n’était pas dogmatique ; sa collection ne l’a pas été plus que lui, trouvant, de son vivant comme à sa suite, les moyens de se réinventer ou de se réajuster, sans piétiner l’héritage. Jamais un album n’avait été consacré à l’histoire éditoriale, commerciale et littéraire de cette collection emblématique, riche de quelque trois mille titres. L’anniversaire de ses soixante-dix ans offre l’occasion d’y remédier, en retraçant un parcours rythmé par la succession de quatre directeurs et par les métamorphoses d’un genre, porté par plusieurs générations d’auteurs – anglo-saxons, français puis du monde entier –, tous porteurs d’une certaine conscience de notre temps. Trois cents documents, issus notamment des archives de la maison Gallimard, viennent ainsi illustrer des contributions inédites sur l’histoire de la Série Noire, d’hier à aujourd’hui » nous dit la présentation de ce livre.

Exemple, parmi les documents, se trouve la fiche de lecture du "Grand sommeil" de Raymond Chandler, rédigée par Raymond Queneau : "Roman de policier plutôt que roman-policier" écrit-il. "Ne brille pas par l'ingéniosité de l'intrigue, ni la profondeur du mystère". Néanmoins, "Le grand sommeil", traduit de l'anglais par Boris Vian, paraîtra dans la Série Noire en 1948. Bien d'autres documents et anecdotes sont là pour mieux faire connaître l'univers de cette collection mythique. Franck Lhomeau et Claude Mesplède, grands spécialistes du roman noir, ayant contribué à ce livre, c'est encore une sacrée référence. À la fin de l'ouvrage, on retrouvera tous les titres de la collection depuis 1945.

 

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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 05:55

Fin 1999, à Washington DC. Originaire de Louisiane, Sullivan Carter est un baroudeur de l'info. Ex-correspondant de guerre en Bosnie, il reste marqué par cette expérience. Malgré son esprit frondeur et son alcoolisme, Sully Carter est apprécié par R.J., le grand patron du journal. Par contre, le courant passe mal avec sa prétentieuse chef de service Melissa. Sully a pour amis la magistrate Eva Harris et le policier John Parker. Il est aussi proche de Sly Hastings, repris de justice noir, caïd du quartier de Park View. Ces trois-là constituent de bonnes sources d'infos. Sur sa moto Ducati, tant qu'il n'est pas trop ivre, Sully n'est jamais loin quand il se produit des faits divers au cœur de la capitale fédérale.

Le cadavre de Sarah Reese, quinze ans, a été découvert dans une benne à ordure près de Georgia Avenue. La jeune fille a été assassinée alors qu'elle sortait de son cours de danse. Dans la supérette d'en face, chez Doyle's, elle avait été importunée par un trio de jeunes blacks. Qui apparaissent vite comme les principaux suspects. Si ça grouille bientôt de flics et de médias, ce n'est pas seulement parce qu'une Blanche a été tuée dans un quartier en majorité peuplé de Noirs. Sarah était la fille du juge David Reese, ambitieux président de la Cour fédérale. Dans une précédente affaire, Sully Carter été en conflit avec lui, le juge n'ayant pas tenu sa parole. Le journaliste glane quelques vagues renseignements, pour un premier article sur ce meurtre. Mais il aurait besoin de témoignages plus solides.

D'après Sly Hastings, les trois suspects ne sont pas coupables. De Park View à Princeton, personne n'est assez stupide pour tuer une fille blanche dans ces quartiers : “On lui a tranché la gorge… La question c'est pourquoi, pas qui.” Malgré tout, pour préserver son bizness, Sly va devoir un peu collaborer avec la police. Muni de son pistolet Tokarev M57 acquis en ex-Yougoslavie, Sully se sentira davantage en sécurité par ici. À vrai dire, tout le monde semble se désintéresser de la mort de Sarah Reese dans ce coin. Il n'y eut guère plus de réactions quand la prostituée de vingt-cinq ans Lana Escobar fut assassinée, ou à la disparition de l'étudiante de vingt-quatre ans Noel Pittman, pas encore retrouvée. Une Guatémaltèque et une Jamaïcaine : leurs cas n'entraîna pas d'enquêtes approfondies.

Sully est obligé d'assister à la déclaration officielle du juge Reese. Même s'il le rencontre ensuite, il n'attend rien du père de la victime. Le journaliste est le seul présent lorsque le trio de suspects est arrêté. Une exclusivité remarquée. Le policier John Parker l'informe que l'on a trouvé le cadavre putrescent de Noel Pittman. Dans son article suivant, Sully ne se prive pas de faire le lien entre les victimes, Sarah, Lana et Noel. Ce n'est pas sans conséquences : Lorena Bradford, sœur de Noël, lui signifie qu'il n'est pas le bienvenue aux obsèques de la jeune femme. Et les autorités doivent organiser une réunion de quartier, pour rassurer les habitants de Princeton, niant le risque d'un tueur en série.

Il existe un point commun entre Noel et Lana : toutes deux avaient posé pour des photos très sexe. Sully approche certains clients de prostituées, bien que cette piste incertaine ne le mène peut-être nulle part. Rudy Jeffries, un de ses contacts dans la hiérarchie policière, lui rappelle les chiffres de la criminalité à Washington, et que peu d'affaires sont résolues. Selon les dossiers, Sully s'aperçoit qu'il y eût au moins cinq meurtres similaires depuis l'an passé. Impossible qu'il ne s'agisse pas d'un serial killer. Sous anonymat, quelqu'un affirme que le juge Reeves fréquentait assidûment ce quartier, éloigné des secteurs chics où il vit…

Neely Tucker : La voie des morts (Série Noire, 2015)

À l'époque où se place ce roman, Internet était encore balbutiant, le travail journalistique restait basé sur l'investigation de terrain. “À l'ancienne ?” Ce serait exagéré, car à la fin du 20e siècle, les moyens ne sont plus si artisanaux. Pourtant, quand il s'agit de creuser sur une affaire, des relations dans divers milieux sont essentielles. Et les méthodes classiques ont leur utilité : dans le bureau du journaliste, il y a une carte de tous les assassinats recensés à Washington récemment, avec des punaises colorées indiquant la race et le sexe des victimes. Surtout, pour dénicher des témoignages crédibles et des faits fiables, il faut s'impliquer, observer au plus près les évènements et cogiter, non pas attendre dans un bureau. Une forme de journalisme qui n'a plus tellement cours, semble-t-il.

Expérimenté, toujours motivé mais se marginalisant, Sully Tucker est un “dur à cuire” offensif dans la tradition du roman noir. On ne nous le présente pas meilleur qu'il n'est, ayant un regard plutôt caustique sur ses concitoyens, sans illusion sur l'impunité des classes dirigeantes, blasé par un système défavorable aux minorités raciales. Il n'a pas de préjugés, il fait son métier de reporter, que ses hypothèses soient exactes ou non. Cette intrigue dresse un portait sociétal de l'Amérique peu avant les années 2000. En termes de criminalité, des centaines de meurtres et des milliers de disparitions rien qu'à Washington, ce pays est loin de l'efficacité exemplaire. Quant au tueur en série, il paraît s'inspirer d'un vrai cas. Le réalisme sombre de l'ambiance, et le caractère du héros, offrent deux atouts majeurs à ce noir suspense très prenant. Jolie réussite et belle maîtrise, d'autant que c'est un premier roman.

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 04:55

Employée par une maison de production lyonnaise, Anna est une séduisante journaliste quadragénaire qui a des projets à l'international. Elle habite moins son appartement entre Rhône et Saône, rue du Bon-Pasteur, que cet ancien bâtiment industriel réaménagé, dans une bourgade de la région de Lyon. Anna a été mariée pendant vingt ans à un Argentin, homme autoritaire voire caractériel, qu'elle appelle encore l’Éternel. Elle ne se sent plus sous son emprise, désormais. Son amant actuel se prénomme Amar, une relation forte qui reste épisodique. Entre ses activités et sa passion des chevaux, il a besoin de sa liberté. Idem pour Anna, qui aime sortir, faire la fête, avec son ami Jules en guise de chaperon.

Marié à une infirmière souvent absente, fils de notaire, Jules Falconnet est secrétaire de mairie et photographe semi-pro. Il immortalise des évènements locaux, et ce qui lui paraît digne d'intérêt. Ce soir-là, il a accompagné Anna à un concert rock, avant de lui proposer de prolonger la nuit dans un club, le Carmin. Une boîte échangiste, pas de quoi effrayer Anna. Entre karaoké et sauna, avec l'ambiance musicale idoine, ça peut s'avérer excitant. Le patron Grégory et une poignée d'habitués, mâles et femelles, soirée passable en vue justifiant qu'Anna s'alcoolise quelque peu. Il y a aussi un assez beau mec, prénommé Joël. Il prend sexuellement l'initiative, sans qu'elle s'en inquiète puisque Jules est présent.

L'hôpital dans lequel se réveille Anna n'a rien d'accueillant. Elle aurait pourtant besoin de réconfort, car elle a l'impression d'un immense vide, d'être morte. Anna est incapable de se souvenir précisément de la tournure de cette nuit au club Carmin. Le diagnostic, c'est qu'elle a été hospitalisée en état d'ivresse, son taux d'alcoolémie le confirme. Pour une Russe d'origine comme elle, ça n'était pas insurmontable. Visiblement, on est pressé de se débarrasser, même si Anna est encore titubante. Jules la ramène dans sa bâtisse à elle. Il admet que son amie lui est apparue dans un état second, évoque le déroulement des faits et cet homme, Joël, auquel elle ne se refusait pas. Anna estime, elle, avoir été violée.

S'il existe des procédures, ça reste un parcours compliqué. L'hôpital de la Croix-Rousse la renvoie à la police, qui ne peut recevoir de plainte sur de simples allégations. Fichage et tests ADN, MST, VIH, sans impliquer trop vite son ami Jules. Personne ne témoignera sur la soirée, elle en est consciente. Pas davantage le voisinage, dans cette bourgade paisible où chacun cherche – comme Anna – la tranquillité dans un certain isolement. Enregistrer la version de Jules, ça pourra éventuellement servir à l'avocate qu'elle va contacter.

Quant à sa douleur persistante, elle reste intérieure. Elle s'est ravivée lorsque, ayant rôdé de nuit autour du club Carmin, Anna a été pourchassée en voiture. Elle explore les sites Internet pornographiques, cherchant si une sextape du Carmin a été déjà diffusée sur certains réseaux. L'occasion pour elle de découvrir toutes les perversions possibles parfois extrêmes, entre adultes consentants ou plus douteux, mais également du sexe illégal. Pas d'images d'elle, encore qu'Anna oublie de visiter des pages Facebook. Si elle a évité de le mettre tôt dans la confidence, c'est le patron d'Anna qui va bientôt faire avancer les choses. Des langues vont probablement se délier, dont celle de sa voisine Huguette. Anna identifiera-t-elle finalement le fameux Joël ?…

Brigitte Gauthier : Personne ne le saura (Série Noire, 2015)

Le thème de ce roman, c'est le viol. Aussi, soyons clairs : toute forme de viol est un crime inacceptable, catégoriquement impardonnable. Que ces abus sexuels se produisent par pression psychologique ou avec l'utilisation de drogues, rien n'excuse ces méfaits. Il existe des degrés d'acceptation sexuelle (telle l'exhibition, voire davantage), mais la limite est qu'un “Non” signifie “Non”. Si la séduction est un jeu, l'agression même avec une mise en scène qualifiée de libertine est fermement condamnable.

L'héroïne de cette mésaventure, entraînant une blessure profonde, n'est ni une sainte-nitouche, ni une oie blanche. Femme active d'un niveau socio-culturel avéré, il y a chez elle une ambivalence quant à ses rapports amoureux. D'un mari dominateur auquel elle fut effectivement soumise avant de s'en éloigner, jusqu'à un amant parfait mais à éclipses, difficile d'y voir une vie privée équilibrée. Elle montre un fort goût pour la fête, et une curiosité pour ce club échangiste. Quelle que soit la part d'attirance ou de "provocation" (un terme utilisé par les violeurs en guise de défense), comme toute femme, Anna n'en mérite pas moins d'être respectée. Ce qui n'est pas le cas. Évitant le pathos, cette fiction réaliste apparaît tel un rappel nécessaire, le viol restant trop fréquent et gravissime.

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 04:55

En 1980, au Nouveau-Mexique, Jim Chee est un policier de la réserve indienne, en poste à Crownpoint. Appartenant à une tribu Navajo, il reste fidèle à leurs rites et traditions. Jim Chee estime encore mal connaître les Blancs, leur état d'esprit. Comme le lui a conseillé son oncle et tuteur, Hosteen Nakai, sorcier de leur clan, Chee observe le comportement de la population blanche. En l'absence de son riche mari, Rosemary Vines fait appel à Chee, car un coffret précieux a été dérobé chez eux. Grand chasseur, B.J.Vines s'est enrichi grâce à l'uranium, il y a une bonne vingtaine d'années. Au lointain temps où il employait un Navajo nommé Dillon Charley, B.J.Vines s'intéressa à la secte dirigée par cette Indien. On pense même qu'il finança ces adeptes du Seigneur Peyotl. Pour Mme Vines, si le voleur était si bien informé, c'est qu'il pourrait s'agit d'Emerson Charley, le fils du défunt Dillon.

Shérif du canton de Valencia, Lawrence "Gordo" Sena garde une forte rancune contre B.J.Vines. Ça remonte à un accident dû à une explosion de nitroglycérine autour d'un puits de pétrole, dans les années 1950. Il a toujours pensé que ni le rôle de Vines, ni celui de Dillon Charley n'étaient clairs dans cette affaire, où Gordo Sena perdit son frère Robert. Le shérif dissuade Jim Chee d'enquêter sur le vol du coffret, sous prétexte de juridictions trop compliquées dans le secteur. Quant à Emerson Charley, cancéreux, il est mourant dans un hôpital d'Albuquerque, ayant peu avant échappé à l'explosion de son véhicule. Par contre, son fils Thomas Charley apparaît cinglé, dangereux. B.J.Vines convoque Jim Chee, afin de relativiser la gravité du vol commis chez lui. Les babioles dérobées, c'est juste le passé. Il ne cache pas sa rivalité avec le shérif Gordo Sena, qu'il accuse pour l'accident à la nitro.

Le blond Colton Wolf est un inquiétant voyageur, à la recherche de ses origines, payant une agence pour retrouver sa mère. Des missions particulières, il en accepte de son côté. Comme de faire disparaître le corps du défunt Emerson Charley à l'hôpital d'Albuquerque. Un cas dont la police locale sera à peine informée. Colton Wolf reste dans la région, car son rôle n'est pas terminé. À une vente aux enchères de tapis indiens, Chee contacte Thomas Charley. Celui-ci admet implicitement le vol du coffret, qui ne contenait que des morceaux de roches et des souvenirs de B.J.Vines. Ce serait Vines qui, selon Thomas, a commandité le vol du cadavre d'Emerson Charley. À cette même vente, Jim Chee fait la connaissance de Mary Landon, jeune enseignante blanche curieuse de la culture Navajo. Le policier ne masque guère son attirance.

Dès le lendemain, espérant y trouver le coffret, le couple se rend dans les terres volcaniques du Malpais près du Mont Taylor (Mont Turquoise). Colton Wolf vient d'y passer, causant une victime. Échange de tirs et incendie de la voiture de patrouille lui permettent de prendre la fuite. Il lui faudra forcément supprimer ces témoins gênant que son Jim Chee et Mary Landon. Le policier Martin, du FBI, est sur sa piste, mais sans grand espoir. Le sergent Hunt, de la police d'Albuquerque, voudrait aussi comprendre le lien avec l'attentat qui visa Emerson Charley. De son côté, suite à l'incident, le shérif Sena est plus acharné que jamais contre B.J.Vines et les méfaits qu'il impute au Peuple de l'Ombre. Jim Chee et Mary Landon retrouvent la trace d'un certain Lebeck, dont le rôle néfaste explique nombre de morts…

Tony Hillerman : Le peuple de l'ombre (Série Noire, 1981)

Si ce n'est pas le premier qu'il écrivit, c'est avec “Le peuple de l'ombre” que les lecteurs français découvrirent l'œuvre de Tony Hillerman (1925-2008). Polar ethnologique, s'il faut y accoler une étiquette, il s'agit avant tout d'une histoire riche de culture et d'humanité. Enquêteur encore débutant, Jim Chee est un observateur qui se refuse à juger les faits et les gens. Le scénario, qui ne manque pas de péripéties, nous initie à la tradition du peuple navajo. Exemple souriant : Jim ne présenterait pas Mary sous son nom et son métier car “ce serait considéré comme impoli” par la coutume. On nous rappelle également que le peyotl, cactus hallucinogène, fait depuis toujours partie de la culture indienne de cette région des États-Unis.

Plus tard, ce roman a été retraduit par Danièle et Pierre Bondil sous le titre “Le peuple des ténèbres”, pour les Éditions Rivages, où tous les romans de Tony Hillerman figurent au catalogue. Il n'y a pas là matière à polémique, chacun défendra "la meilleure version" qu'il veut. L'essentiel reste de ne pas négliger la lecture des aventures de Jim Chee, et de Joe Leaphorn, d'entrer dans l'univers de cet écrivain. Dernière minute : le 8 octobre 2015, réédition chez Folio policier de “Le peuple de l'ombre”, présenté par Thierry Bourcy.

Tony Hillerman : Le peuple de l'ombre (Série Noire, 1981)
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