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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 04:55

Début des années 1960. Hugh Densmore est un jeune médecin noir de Los Angeles. Dans une Cadillac blanche, il traverse le désert pour se rendre en Arizona. Hugh va assister au mariage de sa nièce, fille de sa sœur et du docteur Edward Willis, l'essentiel de sa famille habitant Phoenix. Hugh prend en auto-stop la jeune Iris Croom, probablement mineure. Sans le sou, elle affirme rejointe sa tante en Arizona. Préférant éviter les embrouilles avec une gamine blanche, Hugh la dépose à une gare routière en lui laissant un peu d'argent. Mais l'adolescente s'arrange pour qu'il la conduise quand même à Phoenix. Épisode clos pour Hugh qui s'installe au motel Les Palmiers, et retrouve les invités de la fête chez ses grands-parents. Il n'est pas insensible au charme d'Ellen Hamilton, amie noire de sa nièce, dont le père est juge à Washington DC.

Iris se présente au motel, insistant pour qu'il l'aide à avorter, mais Hugh la chasse. Quand est retrouvé le cadavre d'une jeune fille dans le canal du côté de Scottsdale, le médecin ne doute pas un instant qu'il s'agisse d'Iris. Mieux vaut se tenir à l'écart. Bien renseignés, deux flics racistes de Phoenix interrogent Hugh peu après le dîner, à la veille du mariage. Il est obligé d'aller reconnaître le corps à la morgue avec eux. Tandis que la fête se passe dans l'allégresse, Hugh masque son anxiété. Il confie à Ellen tout ce qu'il sait concernant Iris, et qu'il suppose un avortement ayant mal tourné. Hugh est bientôt interrogé par Hackaberry, le marshall de Scottsdale. Celui-ci a moins de préjugés raciaux que le duo de policiers de Phoenix, qui restent sur l'enquête. Pas encore d'accusation contre Hugh, mais il doit impérativement rester dans la région.

La victime s'appelait en réalité Bonnie Lee Crumb, et habitait la petite ville d'Indio. Elle est morte des suites de l'avortement, mais surtout d'un violent coup de clé anglaise. Ellen met Hugh en contact avec un brillant avocat blanc, recommandé par l'influent père de la jeune femme. Skye Huston accepte sans problème de défendre Hugh, sans cacher le coût élevé de ses services. Il fait plutôt confiance au marshall Hackaberry, mais entreprend sa propre enquête afin de trouver d'éventuels témoins. Ainsi que, si possible, le petit ami de Bonnie Lee Crumb, qui organisa l'avortement. Ce dernier rôde autour de Hugh, lui téléphonant anonymement après avoir fouillé sa chambre au motel. Le jeune médecin est confronté à Albert Crumb, le père de Bonnie Lee, qui ne doute pas qu'Hugh soit le coupable en raison de sa couleur de peau.

Des indices trop flagrants accusent Hugh. Les deux policiers de Phoenix jubilent, mais le marshall est assez avisé pour ne rien précipiter. D'autant que l'avocat Skye Houston n'est pas inactif. Toutefois, piéger l'avorteur et dénicher le petit copain de Bonnie Lee Crumb s'annonce compliqué. Grâce à la petite Lora, d'Indio, qui connaissait bien la victime et ses relations, Houston cerne l'identité du suspect. Non seulement ce dernier nie effrontément, mais il va agresser physiquement Hugh…

Dorothy B.Hughes : À jeter aux chiens (Série Noire, 1973)

C'est le dernier roman qu'écrivit, en 1963, Dorothy B.Hughes (1904-1993). Il ne s'agit pas d'un polar mineur. Pour s'en convaincre, il faut savoir qu'il fut encore réédité en Angleterre en 2006, et aux États-Unis en 2012 avec une postface du romancier noir Walter Mosley. En France, il fut publié en 1964 dans la collection Panique chez Gallimard, puis en 1973 dans la Série Noire, en 1983 format Carré Noir, et aux éditions Joëlle Losfeld en 2003. Si le titre français est frappant, “The expendable man” l'est sans doute davantage, que l'on peut traduire par “L'homme à sacrifier”. Si le contexte évoque le racisme et l'avortement, c'est plutôt un roman humaniste que strictement militant.

À cette époque, avorter est illégal, et si des lois l'autorisent depuis quarante ans aux États-Unis, il semble que ce soit toujours un parcours du combattant dans certains États. En ce début de la décennie 1960, les premières lois contre la ségrégation raciale ont été promulguées. Mais elles sont mal acceptées : “Le cabinet d'Edward se trouvait dans un bâtiment de stuc jaune à un étage, qui abritait deux médecins, un dentiste, un architecte et l'officine d'un pharmacien. Tous noirs. Les locataires blancs avaient vidé les lieux quand le pionnier, l'architecte, avait emménagé.” L'Arizona, en particulier, figure parmi les plus rebelles à l'intégration noire. Les policiers Venner et Ringle illustrent ce cynisme anti-Noirs. “Quant à Venner, il n'avait pas désarmé… Les Venner ne changeront pas. Il faudra attendre une autre génération pour voir s'en éteindre l'engeance” espère l'auteure, un peu trop optimiste.

Médecin, Hugh Densmore n'est assurément pas un activiste de la cause afro-américaine. Il ne défie pas les lois, ne provoque pas afin qu'elles soient appliquées : “Je n'en aurais pas eu le cran. Je n'ai pas une âme de croisé… C'est dans la loi, maintenant il faut que ça entre dans les mœurs” répond-il sagement à son amie Ellen. Être défendu par un avocat noir passait alors pour du communautarisme, raison pour laquelle Hugh et Ellen font appel à un défenseur blanc de peau. Derrière l'intrigue classique, un quidam devant prouver son innocence, le thème reste intemporel : quel que soit son comportement, et malgré son statut social, Hugh sera effectivement le plus suspect à cause de sa couleur. Un roman de qualité supérieure, à l'évidence.

Dorothy B.Hughes : À jeter aux chiens (Série Noire, 1973)
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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 04:55

Maurice Laice est policier à Montmartre, un quartier parisien dont il est accro. Célibataire, daltonien, quadragénaire défraîchi, il habite un appartement-boutique aussi dérangé que lui. Il se voit tel “un vieux bouc dont la violente odeur de suint n'électrisait plus aucune femelle.” Il se souvient parfois de l'étouffant deux-pièces de ses parents, rue Coustou. Avec son père qui travaillait chez Renault, et sa mère dans une poissonnerie de la rue Lepic. Ses parents s'installèrent du côté de Mâcon. Son père est récemment décédé, il est incapable de réconforter sa mère. Ils étaient trop loin de lui, à tous points de vue.

Souvenir aussi de sa défunte presque fiancée : “La mort de sa future femme lui épargnait le grand plongeon dans l'amour, cet océan où l'on n'apprend jamais à nager.” Depuis, Maurice a des relations incertaines avec les femmes. Et ce n'est pas d'être sous les ordres de la commissaire Aline Lefèvre qui arrange ses sentiments. Dynamisme et sexe sont les moteurs qui l'animent. Plutôt au féminin, le sexe pour elle qui égratigne les hommes avec verdeur. La blonde Aline Lefèvre surnomme son adjoint "Plussémoins", ce que lui inspire la traduction de "More is less". Maurice fréquente L'Oracle, un bistro aux menus savoureux, où il a sympathisé avec le serveur algérien Boualem, au passé marquant.

Le meilleur et plus vieil ami de Maurice, c'est le bouquiniste Rémy, qui tient boutique dans le quartier avec sa compagne Malika. Il a des soucis de bail commercial, car le secteur s'embourgeoise, se transforme au détriment d'habitants comme lui. À force de se brancher, Montmartre frise l'électrocution : “On ne voyait plus dans le coin que des types des médias, de l'édition. Des archis, des journaleux, tous ces métiers improbables qui se nourrissent de look et de modes comme d'autres de steak-frites. Fromagers, tripiers, bouchers, fermaient les uns après les autres pour laisser place à une ribambelle de marchands de sapes et de coiffeurs. À quelles obsessions de tignasses correspondait cette multiplication de merlans et autres capilliculteurs ?… On tuait Montmartre en le transformant en shopping center.”

S'il reste des immeubles vétustes, la rénovation n'améliore pas forcément l'ambiance du quartier, pour des passionnés de Pigalle, de Blanche et de la rue des Abbesses, tels que Maurice. Être en poste ici, ça vaut toujours mieux pour ce Parisien dans l'âme que son exil dans la lointaine Normandie. Néanmoins, Maurice se sent ramolli, déjà vieux : “Le manque d'humour est un très puissant accélérateur du vieillissement” souligne la commissaire qui pète le feu. Son ex-mari à elle, dont Aline Lefèvre a gardé le nom, est aussi policier. Mais ce commissaire (lui aussi) a trouvé que la vie en Corse, entre trafics divers et attentats, était nettement plus paisible qu'auprès de cette déchaînée mordante.

Ce ne sont pas les enquêtes criminelles qui remonteront le moral de Maurice Laice. Au Moulin-Rouge, un couple de cadavres est découvert entremêlé. Manfred Godalier, vingt-neuf ans, danseur soliste engagé depuis six mois après une petite carrière aux États-Unis. Homosexuel, il a été financé par son amant américain quand il s'est installé à Montmartre. Rémy figure dans le carnet d'adresses de Manfred, ce qui n'est guère signifiant. Anna, la mère du danseur, est artiste souffleuse de verre, et fait vieille pour son âge.

Elsa Suppini, vingt-et-un ans, native de Bastia, était costumière au Moulin-Rouge. Maurice est fasciné par ce “bel ange corse vierge”. Elsa voulait devenir créatrice de mode, et ne manquait pas d'inventivité, semble-t-il. En faisant le détour par Bastia, Maurice va vérifier à quel point elle était ambitieuse et très déterminée. Ses confidences écrites l'indiquent, et son amie Carla confirme. Le policier doit-il suspecter ce branque de Jean-Baptiste Monetti, ex-fiancé d'Elsa naviguant en eaux troubles ? Ce serait lui faire beaucoup d'honneur. Et puis, finalement, il possède un alibi, selon l'ex-mari flic de la commissaire Lefèvre.

Un autre crime est commis dans un immeuble de la rue Gerpil (Germain Pilon). Un “cramé cradingue” de trente-trois ans a été égorgé dans une pièce en foutoir. Ou plus sûrement mordu à mort par un être humain, ce junkie : le crack, ça attaque grave et ça fait délirer jusqu'au sanglant. Cet Hubert Laboureur organisait des rave-parties, traficotait du GHB, anesthésiante drogue du violeur. D'ailleurs, la piste de la came et des dealers, c'est celle que tient à suivre la commissaire Aline Lefèvre, avec interventions du côté de Pigalle. Pas un plan très excitant, ni tellement productif, estime Maurice Laice…

Chantal Pelletier : Le chant du bouc (Série Noire, 2000)

Ce roman fut récompensé par le Grand Prix du roman noir français au Festival de Cognac en 2001. Il appartient à la tétralogie que Chantal Pelletier consacre à Maurice Laice : Éros et Thanatos (1998), Le chant du bouc (2000), More is less (2002), Montmartre, Mont des Martyrs (2008), publiés chez Série Noire. Des meurtres énigmatiques, oui bien sûr qu'il y en a quelques-uns à résoudre. Des enquêtes policières, le tourmenté Maurice Laice et la trépidante commissaire Aline Lefèvre sont là pour les mener. Mais c'est d'abord à une visite guidée de Montmartre que nous invite l'auteure. Celui de Bernard Dimey (“Les copains du Lux-Bar, les truands, les poètes – Tous ceux qui dans Paris ont trouvé leur pat'lin – Au bas d'la rue Lepic viennent se fair' la fête – Pour que les Auvergnats puissent gagner leur pain”) et des figures d'antan qui animèrent ce quartier.

Crimes sanglants, certes. Héros pessimiste, en effet. Pourtant, c'est l'écriture et l'humour de Chantal Pelletier que l'on va apprécier. Que dire de la Corse ? “Pour Momo, l'île natale de Napoléon, c'était ça, des bombes, des emmerdeurs, l'Irlande qui se serait trompée de mer, avec un béret basque sous le bras. Momo s'attendait à atterrir dans un lieu ravagé par les bombes, où les passants longeaient les murs, tremblaient de peur, osaient à peine regarder une mer rouge de sang et un maquis dévasté par les incendies, et il avait survolé une tranquille carte postale épinglée sur un lac trop bleu par un imperturbable anticyclone… Rien à faire, la réalité est un mauvais scénario, sans action ni rebondissement.”

Même jeu amusé de Chantal Pelletier, citant les élucubrations d'Aline Lefèvre sur le sexe masculin : “Au départ, j'étais comme toutes les femmes, fascinée par l'instrument, sa sensibilité, son érectibilité, l'étendue de sa gamme multifonctions, son adaptabilité. Et puis, comme beaucoup de congénères, je me suis aperçue qu'on est vite battues à plate couture quoi qu'on fasse : le propriétaire de l'instrument est toujours plus amoureux de sa possession que son conjoint.” Si ces dames rêvent de princes charmants, et épousent de piteux Quasimodos, au moins Maurice Laice n'est pas de ces vantards, ayant tendance à se sous-estimer en se mélancolisant à outrance. Le décor s'y prête, d'ailleurs. Voilà un suspense tendrement drôle, à lire ou à relire.

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 04:55

Été 1960. À San Francisco, Joe Gallacher a un gros problème. Il doit rembourser au plus vite une dette envers la Mafia, en leur livrant dix-huit kilos d'héroïne. Milton Burks, chargé d'amener la drogue depuis Macao, a été retardé. Tout est prévu pour qu'il ne remette pas les pieds en territoire américain, où il est recherché pour avoir buté un flic. Gallacher sait pouvoir compter sur Milton Burks, car il possède un moyen de pression. Il envoie Mulik, un de ses hommes, à Macao afin de presser le mouvement. Le cargo sur lequel embarquent Burks et Mulik en direction de San Francisco est bientôt pris dans une tempête. Le navire coule : les deux Américains butent quelques marins pour monter sur une chaloupe parmi les rares survivants. Ils ne tardent pas à se débarrasser des autres, en plein Pacifique.

Si leurs chances de survie sont compromises, le duo pense être proche des îles Midway. Ils aperçoivent un îlot salvateur : “...il ne s'agissait que d'un minuscule rocher. Un îlot qui ne figurait certainement pas sur les cartes marines. Un bloc de roc ayant vaguement la forme d'un cône, entouré d'une mince plage, probablement le sommet d'une petite île immergée depuis des temps immémoriaux.” Un bombardier de la 2e Guerre Mondiale a atterri ici, voilà quinze ans. Outre cinq squelettes, Burks et Mulik trouvent dans la carcasse de l'avion quatre bombes de forte puissance, intactes. Grâce au rapport d'une des victimes, ils ont la position exacte de cet îlot. Mulik va essayer de rejoindre Midway, à cinq cent kilomètres de là, avec la chaloupe. Burks reste sur place, avec le lot d'héroïne.

Par miracle, Mulik a été récupéré par un cargo coréen faisant route vers San Francisco. Il rejoint Joe Gallacher, qui doit organiser rapidement une opération afin de retrouver Milton Burks, et surtout la drogue. Le Français Robert Sébran, trente-cinq ans, un bourlingueur qui a tué deux personnes dans son pays, possède un cruiser qui permettrait de retourner chercher Burks assez vite. Il accepte la mission, qu'il estime malgré tout trop peu payée. Il sera accompagné par Mulik et son complice le Hongrois, armés comme lui. Dès que se présente l'occasion, Sébran élimine sans hésiter les deux sbires de Gallacher. Il a mis le cap sur l'île de Burks. À cause de la fatigue, l'arrivée de Sébran se passe mal : le cruiser fait naufrage contre les rochers. Dégâts importants, mais probablement réparables.

La plus grande méfiance est immédiatement de mise entre l'Américain et le Français. Le premier compte respecter ses engagements, l'autre pense déjà à filer au Mexique avec la drogue. Sans doute faudra-t-il bluffer, afin de maintenir un semblant d'entente. Le plus grave, c'est qu'une des bombes de l'avion s'est décrochée de son râtelier. Le tic-tac que les deux hommes entendent, c'est le compte-à-rebours avant la déflagration. Combien de minutes, d'heures ? Ils n'en savent rien. Il leur faut accélérer la réparation du bateau de Sébran. Même avec un rafistolage précaire, ils tentent un premier départ, sans pouvoir aller tellement loin à cause d'un incident. La situation va devenir pire encore. La nervosité entre eux est forte. Un radeau bricolé ne leur offre qu'un mince espoir…

Pierre Siniac : Deux pourris dans l'île (Série Noire, 1971)

Ce roman est le sixième de Pierre Siniac (1928-2002) paru dans la Série Noire, où seront publiés une dizaine d'autres titres de cet auteur (dont quatre des sept aventures de sa série Luj Inferman' et la Cloducque). “Deux pourris dans l'île” a été réédité en 1999, dans une version revue et corrigée, aux Éd.du Rocher. L'intrigue peut faire penser à ces romans d'aventure avec leur exotisme, comme il s'en publia tant. Évoquer Macao, c'était déjà faire frémir le lecteur, imaginant un sordide repaire de joueurs et de trafiquants. On écrivit beaucoup d'histoires de baroudeurs cherchant fortune entre les États-Unis et les tropicales îles de la Caraïbe ou de l'Océan Pacifique. Si Pierre Siniac reprend un contexte de ce type, c'est en l'exploitant avec l'originalité qui lui est propre.

Placer le sujet en 1960 répond à plusieurs raisons. Îlots mal répertoriés, proximité de la guerre, cargos peu exigeants sur l'honnêteté de leurs passagers, mais aussi la matière du cruiser du Français. Il est encore en bois, donc réparable, ce qui ne sera plus aisément le cas des bateaux à coque plastique construits plus tard. Soyons sûrs que l'auteur y pensa. Quant aux péripéties, Pierre Siniac utilise quelques pirouettes. Au sujet du tic-tac de la bombe, par exemple. Ou en racontant comment, parti sur une chaloupe à la dérive, l'envoyé du patron regagne facilement San Francisco, sans la drogue. L'essentiel reste de maintenir (avec l'ironie chère à l'auteur) la tension sur l'île, entre les deux repris de justice, et de partager le suspense avec le lecteur. Les romans de Pierre Siniac se lisent toujours avec grand plaisir.

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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 04:55

Didier Valois est un comédien à la notoriété très relative. Son agent Loïck Schwartz essaie de lui trouver quelques prestations, néanmoins. Quand il est chez lui à Paris, son QG c'est le Royal-bougnat : un bistrot encore authentique tenu par Fernard et Cécile, une clientèle d'habitués. Il fréquente aussi le vieux Cagna, passionné du Paris d'autrefois : “C'est un de ces cinglés du 15e arrondissement, amoureux de la rive gauche, qui ne passent jamais le fleuve. Pour eux, Paris s'arrête au Pont Mirabeau ou à celui de Grenelle.”

Didier est l'amant de Marie Cheney, un peu comédienne, épouse de l'avocat Frédéric Cheney, aux méthodes sulfureuses. Marie et lui sont séparés, sans l'être vraiment. Didier vient de rentrer à Paris, quand on apprend le meurtre de Frédéric Cheney. Interrogée par la police, Marie évoque l'affaire Fabrette qui, non sans scandale, lança son avocat de mari. Perdant son alibi, la jeune femme est bientôt incarcérée. Didier tente de l'aider, évitant d'être aussi impliqué.

Colette Chiglione sort de prison, après onze mois derrière les verrous. Son crime est d'être la femme de Pietro Chiglione, joueur invétéré misant très gros, complice d'un vol d'œuvres d'art. Il fit d'elle une receleuse en lui offrant un objet rare qu'il avait dérobé. Il doubla surtout son complice Paulo le Stéphanois qui, depuis, le cherche afin de récupérer sa part du butin. Colette se rend à Honfleur où habitent sa mère et Roger, son fils de sept ans. Paulo intervient, la menaçant.

Il vaut mieux que Colette accepte l'offre que lui fit Joss Langlois, négociateur pour les assurances. Si elle rend les œuvres d'art, elle sera gagnante dans ce deal. Encore faut-il qu'elle sache où se cache Pietro. Dans la maison natale de son mari, elle trouve l'adresse de Marianne, antiquaire aux Puces de Saint-Ouen. Une piste à suivre. Sa cible est proche de Laurence Villars, mère de Marie Cheney. Femme cynique qui est également antiquaire, elle n'a montré guère de sympathie envers Didier.

Quand Loïck est agressé, c'est Didier qui était visé. Ils en tirent une réflexion : “L'affaire démarre avec la mort de Cheney. Pour une raison inconnue, nous interférons quelque part avec son assassinat… Que savons-nous du mort ? Juriste retors, le genre petit malin qui, de son cabinet organise, arbitre, et monte des coups tordus.” Tandis que des "gros bras" entrent en action, Didier s'informe sur l'affaire Fabrette. Il sollicite aussi Janine Forget, la secrétaire de l'avocat. Ce dernier était parfaitement au courant de la liaison entre Marie et le comédien. Après avoir reçu la visite du commissaire Dubois et de son adjoint Belmain, Didier s'occupe de Marie, qui est libérée sous contrôle judiciaire…

Pietro s'ennuie dans sa planque à la campagne, en bord de Marne. Il s'en est échappé pour tenter sa chance dans un casino, pas une réussite. Toujours à ses trousses, le Stéphanois finit par le repérer. Didier et Colette, désormais armée, finissent par entrer en contact. Au Royal-bougnat, avec les amis du comédien, ils cogitent et recensent les suspects dans ces affaires. “J'ai l'impression soudaine, dit Loïck, que nous sommes tous menacés. On a mis la main dans une rivière infestée de piranhas, c'est sûr.” Tandis que d'autres meurtres sont encore commis, il faudra définir le rôle de Charlotte Corday dans ces mystères…

Joseph Bialot : Le Royal-bougnat (Série Noire, 1990)

Joseph Bialot (1923-2012) exploita d'excellentes intrigues criminelles. Il n'est donc pas nécessaire d'en faire l'éloge. Par contre, souligner la tonalité de ses romans, empreints d'humour, n'est sans doute pas inutile : “Le 11.43 est une arme de truand, le 49.3 un pistolet de ministre, et la 22 long rifle, une carabine pour safari du pauvre, dans les HLM.” Juif polonais ayant survécu au nazisme, Joseph Bialot pouvait se permettre de plaisanter sur ses congénères : “Le drame des Juifs, c'est ça : le service après-vente. Ils ont des idées fabuleuses, c'est sûr, mais qu'est-ce qu'ils en font ? Ils laissent les autres s'en occuper. Ils inventent le monothéisme et ce sont les Romains qui gèrent le fonds de commerce. Ils créent le marxisme et laissent le marketing à Staline. Et pour diffuser Freud, simple et lumineux, ils trouvent Lacan comme exécuteur testamentaire… Tous des alchimistes : tu leur donnes de l'or, ils en font de la merde.”

L'ironie peut devenir grinçante : “C'est avec les prisonniers innocents que l'on fait les meilleurs révoltés. Avec les coupables aussi, d'ailleurs. La loi dit : Privation de liberté. Elle n'a jamais prescrit de traiter les suspects et les condamnés en sous-hommes.” Mais le ton s'avérait parfois plus amusé : “Si je parle, vous rejoindrez Marie illico, mais pas dans la même cellule. En prison aussi, les amoureux sont seuls au monde.” À travers le personnage de Cagna, l'auteur en profite pour se souvenir de quelques riches heures de l'histoire parisienne. Effectivement, les romans de Joseph Bialot étaient des polars. Mais, par son écriture enjouée, il figure parmi les auteurs bien plus originaux que la moyenne.

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 04:55

Une famille française ordinaire en Espagne pour les vacances, en camping-car Toyota. Le père, c'est Joseph Saliéri dit Jef, étudiant ponctuel à HEC, les Hautes Études Carcérales de Fleury-Mérogis. La mère se prénomme Nathalie. Ils ont deux enfants, la grande Samantha et le petit Chico, âgé de dix ans. Sam est très cultivée, enseignement qu'elle transmet à son frère. Le gamin, lui, est collectionneur de baffes et de taloches en série. Mamie-Zora, 84 ans, mère de Jef, est du voyage. Elle fut jadis une figure de la prostitution marseillaise. Son expérience de la vie et des hommes, Mamie-Zora l'évoque souvent pour Chico, même s'il est trop petiot pour tout comprendre. Si Jef a brusquement décidé de ces vacances, c'est pour s'éloigner de Sylvio Starace, son ex-complice qu'il a arnaqué.

Hélas, Mamie-Zora décède dès leur arrivée en Catalogne. En attendant de prendre une décision, Jef et Nathalie pensent conserver le corps dans une carapace de glace. Mais Sam et son petit ami du moment, Rodrigue, disparaissent avec le Toyota et le cadavre. Il y a des chances qu'ils veuillent embarquer vers Ibiza. La sensuelle Juana veut juste récupérer son scooter, également embarqué dans le camping-car : la jeune fille se joint à la famille de Chico pour rallier le port de Barcelone. C'est alors que se produit un attentat, commis par Paco et Pepe. À la suite duquel, ils volent le Toyota, prenant Sam en otage, tandis que le corps de Mamie-Zora commence à sentir fort dans le véhicule. Juana et Chico cherchent la trace des deux terroristes dans les bas-fonds de Barcelone.

Sean, flic Irlandais, révèle à Juana, à Chico et à ses parents qui les ont rejoints que Paco et Pepe s'appellent en réalité Willy et Léo. Il s'agirait de terroristes belges, agissant au nom de la partition linguistique de leur pays. Réquisitionnant le taxi d'Eusébio, tous monte sur le ferry en direction d'Ibiza. Jaime, le caïd local, un ami de Jef, les héberge dans une sorte de hangar. Dès le lendemain, il met ses deux meilleurs sbires à disposition de Jef afin de retrouver le camping-car et ses passagères, Sam et la défunte Mamie-Zora. De son côté, Sean a la malchance de rencontrer la Walkyrie, une opulente teutonne, espionne qui fait plusieurs victimes, dont l'Irlandais. Avec Sieglinde (dite Siegheil), son double en pire, la Walkyrie est prête à attaquer frontalement le caïd Jaime et sa bande.

Ayant perdu le taximan Eusébio dans l'aventure, la famille de Chico retourne vaille que vaille à Barcelone, afin de traquer les Aryennes-sisters. Le faussaire Alonzo-Matador s'est mêlé à leur affaire, mais Jaime ne restera pas passif non plus. Les parents de Chico étant hospitalisés, on fait venir d'urgence de France l'oncle Victor et la tante Marcelline. Ceux-ci travaillent pour la télé française, ce qui leur permet d'obtenir l'aide de Mendoza, de la télé espagnole. Juana et Chico vont bientôt être mis à l'abri chez Tchouros, Banana et Main-Douce, d'anciennes pensionnaires de Mamie-Zora. Toutefois, la coriace Zieglinde reste très dangereuse, toujours en quête d'un étonnant trésor issu du passé…

Joseph Bialot : Vous prendrez bien une bière ? (Série Noire, 1997)

Quand il écrit le présent livre, Joseph Bialot a déjà à son actif une quinzaine de romans, dont “Le salon du prêt-à-saigner”, Grand Prix de Littérature Policière 1979. Une maturité qui lui permet de nous proposer une comédie délirante, placée sous le signe de l'absurde en hommage à Pierre Dac et autres grands noms de l'humour. C'est à un feu d'artifice de péripéties qu'il nous invite. Racontée par le petit Chico (Philippe est son vrai prénom) avec sa naïveté relative, l'histoire devient un festival de situations abracadabrantes.

En plus de l'action sans temps mort, des clins d'œil bienvenus. À Barcelone, on croise un policier nommé Montalban (l'écrivain Manuel Vázquez Montalbán était Catalan). Éloge aussi, en quelques lignes, d'un véritable passionné de polars noirs, Robert Soulat : “[Il] m'a longuement expliqué ce qui différenciait Chandler et Manchette des petites choses de… Vous voudriez bien que je mette un nom ? Vous pouvez faire tintin, car le Soulat en question n'était jamais méchant avec les autres. Il avait de l'humour, lui, pas de l'esprit au vitriol pour happy fews décadents…” Pour les lecteurs qui l'auraient oublié, Robert Soulat dirigea la Série Noire après Marcel Duhamel, de 1977 à 1991, avant Patrick Raynal.

Dans ce roman, Joseph Bialot se fait plaisir, lui qui aimait tant le langage et la drôlerie. “Je m'demande toujours pourquoi les bruits sourds ne sont pas équipés d'un sonotone, un peu comme les murs aveugles qui devraient bénéficier gratuitement de lunettes.” - “Depuis le traité de Matrique, les Corses élèvent des vaches suisses pour toucher la prime de la vache haletante.” - “Ibiza. Une foule énorme vaque, en technicolor, sur les quais… On croirait qu'il s'agit d'une conférence internationale sur la sur-copulation.” - “Il a un tic, ce gus. Dès qu'il parle, il frétille des narines. Ce qui n'est pas négligeable sous la chaleur des Baléares, en été. Ça fait ventilateur, ce frémissement. Enfin un peu d'air.” Si le germanique Wagner a sa place dans le récit (en quatre partie, tel une Tétralogie), on s'y inspire aussi par moments du dramaturge anglais Chat-Quexpire. Humour tous azimuts et intrigue fort mouvementée vont de pair dans ce très agréable roman du regretté Joseph Bialot.

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 04:55

Il y a des gens qui mettent toute leur énergie dans le travail salarié. D'autres s'y refusent catégoriquement, optant pour le banditisme. Dans ce cas, si l'on espère faire carrière au sein de la pègre, il faut débuter tôt. Élevé par sa compréhensive tante, Alexandre commet des petits larcins dès son enfance. Non sans être repéré parfois, mais il est prudent. Son entrée dans la "vie active", il va carrément la saboter, tant ça le rebute. Né en 1949, il n'a pas encore dix-neuf ans quand se produit un élément déclencheur : mai 1968. L'époque est à la rébellion, ça lui convient. Il descend sur la Côte d'Azur, où il va pratiquer le vol à la roulotte dans les voitures, du côté de Cannes. Il se fait prendre, on le classe SP/SDF, sans profession et sans domicile fixe, avant de lui offrir un petit séjour en prison.

Auprès de ses codétenus, Alexandre apprend quelques bonnes combines. Ça lui sera utile, une fois sorti après un jugement avec sursis. Il reprend son activité délictueuse, devenant un pro du cambriolage. Ce qui exige davantage de maîtrise. Tout comme ses arnaques aux jeux de cartes, avec son complice Branco, qui rapportent bien. Chaque nuit, il claque aussi beaucoup de cet argent volé. Alexandre n'a que vingt-et-un ans quand il fait à nouveau de la prison, pour recel. Il est attentif au parcours des autres taulards : “J'écoutais goulûment et le temps passait ainsi, assez tranquillement. Parfois à mon tour, je me faisais, en promenade, conseiller ès cambriolage auprès d'un type plus jeune que moi, afin que l'expérience continue à se transmettre.” Il retrouve bientôt la liberté.

Dépensier, Alexandre doit multiplier les petits braquages. C'est alors que se présente son premier "gros coup" : l'attaque d'un convoi de fonds, avec deux complices. Une action qui a été bien préparée, qu'ils exécutent à la perfection, et qui leur rapporte quelques millions de francs. Il s'agit de ne pas dilapider ce fric. Les deux autres étant repérés, Alexandre renoue brièvement avec sa mère qui fut si absente, avant de fuir la France. Une cavale qui le mène de l'Italie jusqu'à Mexico. Sur place, la belle Lucia succède dans sa vie à sa compagne française Michelle, du moins le temps d'un voyage à travers le Mexique. Quand sa réserve d'argent commence sérieusement à baisser, il est temps pour Alexandre de rentrer au pays, d'autant qu'on lui fait miroiter une affaire intéressante.

Coup de malchance, il frôle la mort et doit être hospitalisé. Dans un premier temps, il joue à l'amnésique, même s'il sait que ce n'est pas convaincant pour les policiers. On ne tarde pas à le renvoyer derrière les barreaux. Âgé de vingt-quatre ans, il choisit d'apparaître tel un rebelle à toute autorité. Néanmoins, son avocat est optimiste pour la suite, car on n'a guère de preuve directes contre lui. À leur procès, Jean-Claude n'a rien à dire, le Gros se repens, Alexandre répète qu'il n'y était pas : “Et sur ces trois mensonges supplémentaires, jurés et magistrats se retirèrent pour délibérer.” Alexandre récolte quinze ans de prison. Il en fera une dizaine, passant de mitards en QHS, faisant la grève de la faim, tentant de s'évader. Un parcours du combattant qui cessera finalement…

Alexandre Dumal : Je m'appelle reviens (Série Noire, 1995)

Non sans une belle ironie, Alexandre Dumal (pseudonyme de Charles Maestracci) raconte son parcours de repris de justice, sa vie avant de se reconvertir comme auteur de romans noirs à connotation sociale. C'est aux éditions L’insomniaque que fut publié “Je m'appelle reviens” en 1993, avant d'être repris dans la Série Noire en 1995, avec la bénédiction de Jean-Patrick Manchette. En préface de ce roman autobiographique, Manchette situe l'auteur :

“Alexandre Dumal est de ce temps. Il a passé par les barricades de Mai 68, mais il avait fait son choix avant, il l'a maintenu après. Et il s'élève au-dessus de ce temps, en ayant perdu le respect mais aussi la peur… Pour savoir écrire, il faut savoir vivre. Certains qui ne savent ni lire ni vivre auront hâte d’oublier ce livre. Qu’ils se dépêchent ! Car le refus qui habite ce texte n’a pas fini de revenir, lui aussi, dans la gueule de la servitude.”

Sans doute le banditisme a-t-il changé depuis ces années-là, ces décennies 1960 et 1970 où les truands avaient encore une âme d'aventurier. Ce qui, disons-le, ne fit jamais d'eux des "héros", car ils passèrent généralement plus de temps en prison que dehors. Leurs cavales furent rarement flamboyantes, plus souvent désargentées. Par contre, l'itinéraire du petit délinquant vers la criminalité décrit ici, a-t-il tellement évolué ? L'incarcération continue à endurcir ces repris de justice, le goût du risque et leur détermination grandit à l'ombre des cellules. Récidivistes, ils le seront fatalement…

Alexandre Dumal est aussi l'auteur de Burundunga !” (Éd.Baleine 1996), La Coupe immonde” (coll.Alias, Fleuve noir 1998), “En deux temps trois mouvements” (Folio Policier 2003), “Dans la cendre (Éd.Après la lune 2007). Son prochain titre, “La confrérie des chats de gouttière”, est annoncé aux éditions L'insomniaque pour mi-octobre 2015.

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 04:55

John Turner a combattu au Vietnam, avant d'intégrer la police de Memphis. Par la suite, il écope de plusieurs années de prison, puis il devient psychothérapeute. Lorsqu'il s'installe dans ce comté du Tennessee, logeant dans une cabane au bord du lac, c'est pour tirer un trait sur son passé. Le shérif Lonnie Bates fait appel à lui pour l'assister sur une enquête en cours. C'est ainsi que John Turner devient "shérif adjoint temporaire" au côté de Don Lee qui remplace Lonnie, le titulaire ayant besoin de repos. Miss June, la fille de Lonnie, reste la secrétaire du bureau de police. Sa relation sentimentale avec Val, conseillère judiciaire pour les mineurs et les divorces, satisfait John Turner. Peu de criminalité, ni de délinquance dans cette ville, ce qui lui convient parfaitement.

Don Lee a interpellé un jeune chauffard, qui trimballait 200.000 dollars dans le coffre de sa Mustang rouge. Le nommé Judd Kurtz fut peu après extrait de cellule par des amis, qui blessèrent gravement Don Lee, frappant aussi Miss June. Il semble que Judd Kurtz fasse partie de la famille d'un caïd mafieux de Memphis, Jorge Aleché. Pour remonter la piste, John Turner n'a d'autre choix que de retourner vers cette ville où, il le sait, il n'est pas le bienvenu. Quand il contacte son ex-collègue Sam Hamill, ce dernier est prêt à fermer les yeux sur ses investigation, tout en lui imposant une assistante, la policière Tracy Caulding. Turner s'en prend d'abord à des comparses du caïd, avant de parvenir à approcher Jorge Aleché. Ce qui lui vaut d'être mis KO par les gardes du corps du mafieux.

Une certaine J.T.Burke, qui cherchait à le joindre, l'a pisté jusqu'à Memphis. Pour l'heure, il est préférable pour John Turner de s'éloigner de la ville, une fois de plus. En fait, il s'agit de sa propre fille, qu'il avait perdue de vue. Elle lui apprend que son fragile frère Donald, fils de Turner, est décédé. Et qu'elle-même est devenue, après un parcours chaotique, policière à Seattle. J.T. étant en vacances, elle va loger chez son père. Elle sympathise bientôt avec Val. Quelqu'un s'est introduit par effraction chez Miss June, y semant un beau désordre. Peu après, Turner doit affronter un homme venu pour le supprimer. Il blesse cet exécuteur, qui lui avoue que la mafia de Memphis a mis un contrat sur sa tête. Ils ne sont pas du genre à renoncer : Turner reste en alerte.

C'est parce que son voisin braconnier Nathan a tiré sur un jeune marginal, que Turner fait la connaissance d'un petit groupe vivant dans les bois. Pas par manque d'argent, mais par philosophie de la vie. Isaiah Stillman, Moira et leurs amis ne sont pas antipathiques, au contraire. Tandis que Val exprime maintenant le besoin de changer de vie, le shérif Lonnie Bates va démissionner. Un poste qui pourrait intéresser J.T.Burke, même si on la réclame à Seattle. Le retour au calme n'a guère duré : après que le campement de Stillman ait été attaqué, un nouveau tueur cherche a abattre Turner…

James Sallis : Cripple Creek (Série Noire, 2007)

Après Lew Griffin (six titres du même auteur) sévissant à La Nouvelle Orléans, c'est une bourgade du Tennessee qui sert de décor à ces romans relatant les aventures de John Turner. Trilogie qui débute par “Bois mort” (2006), se poursuit avec ce “Cripple creek” (2007) et s'achève avec “Salt River” (2010), publiés dans la Série Noire. En couverture de la réédition Folio Policier (en 2010), on trouve l'étiquette "thriller" et la mention "une enquête de John Turner". Ce qui correspond peu à l'état d'esprit des livres de James Sallis. Bien sûr, une affaire criminelle sert de toile de fond à cette histoire. Au-delà de ça, c'est l'itinéraire du personnage, et son caractère singulier, qui donnent de la force au récit.

L'hospitalisation de Turner au temps où il était flic, sa réputation à Memphis, le cas d'un condamné à mort quasi-aveugle, celui de l'ancien combattant Al, la présence de l'opossum Miss Emily et de sa famille, les cigales et leurs exuvies, un campement insolite dans la forêt, l'arrivée de la fille de Turner issue d'une union que l'on comprend instable, tant d'autres détails et souvenirs qui peaufinent le portrait : voilà ce qui nous fait adhérer à cette intrigue. Car une vie d'être humain, pour peu qu'on ouvre les yeux sur le monde, est faite de tellement d'anecdotes, de rencontres, d'épisodes parfois marquants. Sans doute est-il inutile de vanter le style de James Sallis, narrateur envoûtant. Ce triptyque (et en particulier “Cripple creek”) ne manque ni de saveur, ni d'une part de noirceur.

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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 04:55

À Isola, métropole à l'Est des États-Unis, le 6 janvier. Dans la fosse d'un chantier, on vient de découvrir six cadavres : trois hommes (un Blanc, deux Portoricains), deux adolescentes et un bébé. Leurs corps étant dénudés, ils ne sont pas identifiables. Aucun signe distinctif, hormis leur probable origine ethnique. Les inspecteurs Steve Carella et Bertram Kling, du 87e commissariat, sont chargés de l'affaire. La seule piste leur est offerte par la sœur d'Andrew Kingsley, le Blanc. Il espérait faire du social auprès des populations pauvres de la ville. Il semble avoir été mêlé involontairement à un règlement de comptes entre gangs. Grâce à une certaine Midge, qui téléphone à Carella, les policiers apprennent l'identité des autres victimes. Toutes appartenaient au gang des Têtes de Morts. L'un des tués, Eduardo Portoles, en était le chef, le "Président".

Le territoire des Têtes de Morts, c'est le quartier déshérité de West Riverside, un secteur aux immeubles dégradés envahis de graffitis. Quand Carella et Kling y mettent les pieds, peu importe qu'ils soient de la police. Après avoir trouvé l'appartement du chef du gang, où la petite Maria Lucia attendait vainement sa famille morte, le duo de flics est guidé par le jeune Pacho vers le "Président" par intérim du gang. Il n'est pas coopératif, l'omerta étant de mise. Cette exécution sans pitié n'est pas l'œuvre des Vengeurs Écarlates, gang régnant sur le quartier de Gateside, les adversaires habituels des Têtes de Morts. Carella et Kling ne peuvent espérer de renseignements chez eux non plus. Quand on va découvrir le cadavre de Midge, fouettée avant d'être égorgée, près de la petite ville de Turman, les policiers pourront nettement progresser dans leur enquête.

Derrière ce règlement de compte meurtrier, il y a un troisième gang, les Yankees Rebels, dont l'emblème est le drapeau des Confédérés. Le "Président" en est Randy Nesbitt, un type qui estime avoir de la morale et le sens des responsabilités. N'est-t-il pas élu pour savoir ce qui est bon pour son "peuple" ? Il écoute ses conseillers, mais prend seul les décisions. Certes, il se produit des dérapages : si la mort du chef des Têtes de Mort était programmée, il n'était pas prévu que son complice Chingo (Charles Ingersol) abatte aussi le bébé et le Blanc. Quand ça mitraille dur, ce genre d'accident peut arriver.

Quant à Midge, il était conscient depuis longtemps que c'était une sacrée perturbatrice. Il sut vite qu'elle avait téléphoné aux flics. Il fallait donc une sanction, sévère mais juste. Cette fois, c'est Big Anthony Sutherland qui a mal rempli sa mission. Lorsque Carella et Kling entrent en contact avec lui, Nesbitt nie connaître Midge. Il garde son image de propreté et de sérieux. Néanmoins, la police de Turman retrouve dans un étang une camionnette immergée, qui appartient au gang des Yankees Rebels. Insuffisant pour qu'on arrête qui ce se soit, mais les policiers se savent sur la bonne piste…

Ed McBain : Branle-bas au 87 (Série Noire, 1974)

Dans sa série consacrée au 87e district d'Isola, Ed McBain nous montre autant le quotidien de ses policiers que la sociologie d'une grande ville américaine. Par exemple, on apprend quelques détails sur le jeune Bertie Kling, depuis plus de treize ans dans l'équipe. Meyer Meyer est, lui, confronté à un journaliste insistant. Mais le thème principal n'est autre que le développement des gangs depuis la fin des années 1960 et au début de la décennie 1970. Ici, il ne s'agit pas de mafia, mais de bande s'appropriant un territoire. Introduisant ses codes, y compris sur les murs : “Carella n'arrivait pas à comprendre ce qui motivait les auteurs des graffitis. C'était là peut-être une nouvelle forme du pop art, où la signature du peintre devenait le tableau lui-même, le moyen devenant le message.”

Dans certains passages, la traductrice se permet des libertés : “Qui es-tu ? ─ Caporal Bleu. ─ Ravi de te connaître, dit Carella. Où est Gitane Filtre ?” Par contre, la construction narrative d'Ed McBain est remarquable. En parallèle de l'enquête policière, nous avons les "aveux" de Randy Nesbitt. Progressivement, il révèle les détails des meurtres et, surtout, l'état d'esprit qui l'anime. Par exemple, il exige que la vulgarité et les jurons n'aient pas cours dans son gang. Et se prend pour un vrai petit chef d’État, autoritaire mais pas cruel. Sauf qu'il décrète la mort d'adversaires, selon un douteux "plan de paix". On éprouve le sentiment que ça témoigne d'une époque, et des méthodes de ces petits gangs. Ici, Ed McBain ne mise pas sur le suspense, mais sur l'ambiance. Et c'est vraiment convaincant.

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