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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 04:55

Il s’agit d’un recueil de nouvelles, dont le titre indique la thématique : il existe toujours un rapport avec un Musée. L’excellent Richard Migneault, apôtre de la littérature québecoise et fervent admirateur du polar francophone, a coordonné cet ouvrage qui réunit dix-huit auteures : Barbara Abel, Claire Cooke, Ingrid Desjours, Marie-Chantale Gariepy, Ariane Gélinas, Karine Giebel, Nathalie Hug, Catherine Lafrance, Claudia Larochelle, Martine Latulippe, Geneviève Lefebvre, Stéphanie de Mecquenem, Florence Meney, Andrée A.Michaud, Elena Piacentini, Dominique Sylvain, Danielle Thiéry et Marie Vindy. Pour ces rendez-vous avec les Musées, ce sont uniquement des femmes qui démontrent leur talent. Des Québécoises et des Européennes, car ce livre est conjointement publié en France par les Éd.Belfond et au Québec par les Éd.Druide.

Parmi les auteures choisies ici, certaines sont plus connues que d’autres. C’est pourquoi Richard Migneault dresse, après la nouvelle, un portrait personnel de chacune. Un regard à la fois précis et tout en nuances, sur ces dix-huit femmes. Sans oublier un hommage à une pionnière du polar québécois, Chrystine Brouillet, et une pensée pour notre défunte amie Patricia Parry. Toutes ces auteures possèdent un style et un imaginaire différents. À chacune sa tonalité, et son univers muséologique. Si ces lieux peuvent sembler austères, ils ont parfois un lien avec le crime. Voici quelques exemples de ces nouvelles, diverses et très réussies.

 

Danielle Thiéry – L’ombre d’Alphonse : Pionnier de la criminologie, Alphonse Bertillon a été agressé à son bureau. La première sur les lieux, c’est Alice, la guide du Musée de la police parisienne, au commissariat du 5e. Le décor dérangé, rien de bien grave. Alice découvre sitôt après le cadavre de Violette, assassinée. La victime était employée du Musée, mais surtout l’épouse du commissaire Malet. Peu avant qu’on retrouve le corps, l’agente de police Agathe a remarqué des détails pas si anodins. Toutefois, elle n’est pas enquêtrice. Comme la mort de sa femme ne va pas modérer l’irascible Malet, Agathe estime qu’il vaut mieux garder profil bas. Pourtant, elle risque bel et bien d’être confrontée à l’assassin…

Elena Piacentini – Dentelles et dragons : Trentenaire, Simon vit dans le Nord de la France. En privé, il est fasciné par les ouvrages en dentelle, autant que par les préparations culinaires sucrées. Si c’est héréditaire, Simon n’en sait rien, car il fut un enfant adopté. Ce dont il se fiche depuis toujours. Mais les hasards de l’existence s’en mêlent, quand la jeune Ania le contacte. Judith, la mère biologique de Simon, est moribonde. Il est encore temps pour qu’elle lui révèle ses origines. Outre le coup de foudre entre Ania et Simon, la situation aura des conséquences plus dramatiques. À Caudry, un Musée symbolise l’obscur passé que Simon se doit d’éliminer. Peu de danger qu’il soit suspecté.

Andrée A.Michaud – Mobsters Memories : Quand vous êtes pourchassé par le caïd Latimer et ses sbires, pour une histoire de femme fatale, mieux vaut se planquer. Par exemple, à l’intérieur de ce Musée présentant une expo sur le grand banditisme américain et ses mafieux légendaires. Al Capone, Meyer Lansky, Bugs Moran, toute une époque ! Il y a là une animation pleine de bruit et de fureur, à l’image de la vie de ces truands d’autrefois. Une ambiance digne des romans de Raymond Chandler. Latimer restant à ses trousses, il doit se comporter tel un dur-à-cuire, ne pas lésiner sur les coups violents. Au risque de causer des victimes collatérales, c’est sûr. Finalement, pourquoi ne pas rêver d’être l’égal d’Humphrey Bogart ?…

Dominique Sylvain – Le chef-d’œuvre : Au Japon, Jungo Hata a une longue carrière de yakuza derrière lui. Cet exécuteur de sang-froid vient d’apprendre qu’un cancer va très prochainement l’emporter. Ce n’est pas tant sa fin qui le tourmente, c’est sa peau. Car Jungo est, en quelque sorte, une œuvre d’art sur pieds. Il est ami depuis leur enfance avec Katsu, qui l’a tatoué sur tout le corps. Katsu figure parmi les meilleurs experts japonais en la matière. Malgré tout, Jungo a peut-être une chance d’obtenir une notoriété post-mortem, grâce à la jeune Annabelle. Finir dans un Musée, ce n’est pas un projet si saugrenu qu’il y paraît. Mais un meurtre va changer le cours des choses…

Crimes au Musée (Éditions Belfond, 2017)

En sortant du taxi, à l’aéroport Montréal-Trudeau, Duquesne aperçut un véhicule de la Sécurité du Québec et deux ou trois autres voitures de la Gendarmerie royale du Canada. Voilà le comité d’accueil, se dit-il. Qu’attendaient-ils ? À moins qu’il se trompe complètement, ils étaient ici non pas pour cueillir les "objets de grande dimension" comme lui avait dit son contact, mais pour parler à ceux qui transportaient ces objets, et il y avait fort à parier que c’étaient les gars de Da Vinci. Les enquêteurs étaient donc arrivés aux mêmes conclusions que lui, ce qui accréditait sa thèse. Il passa les portes. À l’intérieur, il se retrouva face-à-face avec Latendresse qui faisait les cent pas, un téléphone rivé à l’oreille. Voilà pourquoi il n’était pas parvenu à le joindre. Le journaliste n’avait aucunement l’intention de se faire discret. Il se planta devant lui. En l’apercevant, le policier raccrocha. (Catherine Lafrance, “Le Christ couronné d’épines”)

Stéphanie de Mecquenem – La mystérieuse affaire du codex maya : Tiphaine Dumont est coroner au Québec. Elle accompagne à Venise son ami et complice sir James Jeffrey, pour un congrès d’épigraphistes, la passion de ce dernier. Lors d’une visite au Palais des Doges, Ferdinand de Brassac – président de ce congrès – semble pris d’un malaise et fait une chute mortelle. En réalité, c’est un empoisonnement à l’arsenic qui est cause de sa mort. Dès la veille au soir, Tiphaine et sir Jeffrey avaient senti une certaine tension autour de la victime. Le cahier où figurait sa théorie sur un codex maya avait été égaré. En outre, le décryptage de codex est une activité fort coûteuse. Pour quels vrais motifs l’a-ton tué ?…

Barbara Abel – L’Art du crime : Grande soirée de vernissage au Musée d’Art Contemporain, où sont exposées les nouvelles œuvres de Vera Charlier. Si c’est la consécration pour cette artiste, son amie Louise n’éprouve aucun plaisir à participer à l’événement. Elle n’est là que pour accompagner son mari Denis Moretti, maire de la ville. Que Denis ait été l’amant de Vera Charlier par le passé, c’est une secret de polichinelle dans la région. Le trio qui s’affiche ensemble, ça fera sûrement jaser. Toutefois, Louise a une autre sérieuse raison de se sentir mal. Si elle en parle à Denis, cela aura des conséquences désastreuses pour elle. À cause de l’ambiance oppressante, il est préférable que Louise s’isole quelque peu…

Marie Vindy – Charogne : Même une policière expérimentée, près de vingt-sept ans de métier, peut s’avouer troublée par une scène de crime. Ça se passe dans le logement de fonction d’un minuscule Musée, dans une bourgade rurale. Un couple a été abattu en plein acte sexuel. Aline et Samuel, amants tragiques trentenaires, font penser à une estampe de Rodin. Elle était mariée à un notable local. Lui état le conservateur de ce tout petit Musée. Unis dans la mort, romantisme meurtrier. Duo beau et émouvant. Tableau obsédant qui méritera une séance chez la psy. Pour la policière, impossible de chasser de son esprit cette funeste scène, de se concentrer sur l’enquête. D’autant que le principal suspect possède un très bon alibi…

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 04:55

Trois-Rivières est une grande ville québécoise, à mi-chemin entre Montréal et Québec, sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, dans la région de Mauricie. Jean-Sébastien Héroux y est inspecteur de police, dirigeant une équipe d’enquêteurs consciencieux. Âgée de dix ans, Mélodie Cormier a disparu quelques jours plus tôt. Elle a bien été conduite à l’école par le car scolaire, mais on ne l’a plus vue ensuite. D’importants moyens sont mis en œuvre pour la retrouver, Héroux et tous ses collaborateurs cherchant des indices. On ne peut guère soupçonner les délinquants habituels. La police sait qu’un pick-up noir a été remarqué dans le même secteur, ce matin-là.

Gilbert Cormier, père de Mélodie, possède un véhicule correspondant. Ses activités n’étant pas absolument nettes, le suspecter n’est pas interdit. Même si son épouse ne le croit pas coupable. Cette dernière reconnaît un élastique à cheveux de sa fille Mélodie. Cet élément peut s’avérer accusateur contre le père. Des témoignages sont concordants, et son alibi ne tient pas. L’inspecteur Héroux lui met la pression, afin qu’il dise la vérité. En fait, il avait rendez-vous avec une strip-teaseuse employée dans un club qu’il fréquente. Le policier vérifie, mais ça reste une piste beaucoup trop fantomatique.

Marco Genest est un étudiant de vingt-trois ans. Ses parents sont décédés récemment, de façon accidentelle, alors qu’ils randonnaient dans une forêt glaciale. Un message anonyme adressé à Marco affirme lui apporter bientôt une explication à ce double décès. Toutefois, les "confessions" qui vont suivre ne semblent pas avoir de rapport direct. Son amie Josée Dusseault adore les énigmes. Elle s’est jointe à lui pour l’aider dans ce troublant jeu de piste. Les révélations de l’inconnu concernent un de ses jeunes voisins, puis un professeur de mathématiques, puis un commerçant pratiquant le golf. À chaque fois, c’est avec une grande perversité que l’anonyme a manipulé des faits pour incriminer ses cibles.

Marco et Josée cherchent à identifier l’inconnu, en retrouvant les lieux indiqués. Quelques noms apparaissent, qu’ils vont croiser avec une autre info. Naguère, M.Ariel a logé chez lui successivement plusieurs jeunes gens. Peut-être l’anonyme veut-il les aiguiller sur une voie erronée ? Marco et Josée reçoivent une nouvelle "confession", et ils ne tardent pas à réaliser qu’il évoque la disparition de Mélodie Cormier. L’inconnu ne cache pas qu’il a fait en sorte que le père soit fortement suspecté. À l’heure où l’adversaire rencontre Marco, avec l’intention de le séquestrer, Josée se rend chez les policiers. Héroux et son équipe prennent son témoignage au sérieux. Mais l’anonyme est très habile…

Guillaume Morrissette : L’affaire Mélodie Cormier (City Éditions, 2017)

— …Je trouve qu’on fait exactement ce qu’il veut. Et j’aime pas ça. On n’a même pas le temps de réfléchir à ce qui nous arrive : les renseignements arrivent vite, mais on sait rien sur lui. Ça fait deux jours qu’on court, et je vois pas le bout ! C’est quoi son idée ? Il pourrait encore nous faire courir pendant un mois. OK, j’aime bien les énigmes, c’est cool, mais ça me fait un peu peur. Théoriquement, il peut avoir caché des dizaines de tubes comme celui-ci. Je te le dis, j’aime pas ça.
— Alors, on fait quoi ? On arrête tout ?
— Non. Ce que je veux dire, c’est que peu importe ce qu’il y a dans ce tube, le but c’est toujours de trouver qui est ce type, et pas de chercher des solutions à ses énigmes comme des débiles. On a déjà pas mal de pistes à suivre, et j’suis certaine que ça va finir par nous mener quelque part. Si on cherche par nous-mêmes qui il est, j’aurai au moins le sentiment qu’on a une petite longueur d’avance sur lui. Il a peut-être des renseignements au sujet de ta famille, mais faut pas oublier qu’il est un peu dérangé.

Ce roman de Guillaume Morrissette a été initialement publié par Guy Saint-Jean Éditeur, au Québec. Il a été doublement récompensé en 2015 par le Prix Saint-Pacôme du premier polar, ainsi que par le Prix coup de cœur attribué par le Club de lecture de Saint-Pacôme. Il s’agit là de distinctions majeures concernant la littérature policière au Québec. Auteur quadragénaire, Guillaume Morrissette est enseignant à l’Université de Trois-Rivières. Ce qui explique qu’il soit à l’aise avec les décors de cette intrigue.

Une affaire machiavélique ? Oui, mais – même si l’inspecteur Héroux et ses adjoints ont un rôle effectif – il ne faut pas s’attendre à une stricte enquête de police. Car l’autre ligne du récit, autour de Marco et Josée, est également cruciale. On ne doute pas un instant que la disparition de la fillette et que les investigations du duo aient un lien direct. Si tout commence par une sorte de malsain jeu de piste, on imagine assez tôt que l’adversaire se manifestera physiquement. Ce qui va fatalement compliquer le sort de Marco, pour lequel on peut s’inquiéter. Ainsi que pour la petite Mélodie Cormier, évidemment. Les policiers font régulièrement le point, pour avancer dans ce dossier. Voilà donc un pur suspense, fort bien agencé, qui tient en haleine ses lecteurs.

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 18:27

La librairie du Québec à Paris invite les lectrices et les lecteurs à rencontrer le samedi 19 novembre 2016, dès 15h, deux auteures présentant leurs livres.

Anne Pélouas : "Les Inuits résistants ! Lignes de vie d'un peuple"

Peuple de l’Arctique à l’histoire millénaire, les Inuits ont traversé le 20e siècle en passant du nomadisme à la sédentarité. Doués d’une faculté d’adaptation exceptionnelle, ils traversent aujourd’hui les temps troubles générés par le réchauffement climatique et s’attachent à concilier tradition et modernité dans leur vie au quotidien. Au Nunavut comme au Nunavik, l’auteure est partie à la rencontre des Inuits d’aujourd’hui, hommes et femmes, qu’ils soient ranger, sculpteur, pilote, pêcheur, cinéaste, garde-parc, rapper, musher, designer de vêtements… Au travers de récits vivants qui traitent aussi bien de géopolitique, que d’économie, de culture, d’environnement ou de défis sociaux, elle enquête sur le terrain et leur donne la parole. Chaque chapitre est introduit par un grand entretien avec, notamment, Peter Taptuna, Premier ministre du Nunavut, Sheila Watt-Cloutier, l’une des voix inuites les plus marquantes, Norman Vorano, spécialiste de l’art inuit, Gérard Duhaime, sociologue et politologue, et Adam Tanuyak, jeune musicien-chanteur.

Un rendez-vous québécois (à Paris) le samedi 19 novembre 2016

Monique Durand : "Le petit caillou de la mémoire"

Le petit caillou de la mémoire, c’est l’homme face à la nature démesurée. C’est William de la mer et des forêts profondes, qui pêche des saumons, abat des arbres, aime des femmes, cuit au soleil lent de sa vie. Une ode aux gens simples, aux défricheurs. Écriture somptueuse et grâce tranquille, le roman nous entraîne de Saint-Suliac sur Rance aux bords de mer gaspésiens, en passant par Terre-Neuve. "J’ai souhaité raconter un peu de cette race d’hommes et de femmes en bois dur en train de disparaître, déjà disparue sous les coups de boutoir des temps qui changent et qui bouleversent tout de nos êtres et de nos us. Simplement dire qu’elle fut, avec ses grandeurs et ses misères. Quelque chose de nous s’éteint avec elle. J’ai aussi voulu raconter, par la médiation d’un petit caillou, la transmission d’une génération à l’autre de la folle furieuse faim de vivre, du sens de la beauté du monde et de la nostalgie, le plus humain des sentiments."

La librairie du Québec, 30 rue Gay-Lussac, Paris 5e.

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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 04:55

Autour du lac de Boundary Pond, s’étend un territoire forestier très dense. C’est un endroit aux confins de l’État américain du Maine et au sud-est de la Beauce québécoise. Il serait impossible de marquer la frontière (boundary) entre les deux pays. Selon la légende, c’est ici que se réfugia jadis Pierre Landry, un trappeur solitaire, qui finit par se suicider. Dans les années 1960, le tourisme gagna du terrain, attirant auprès du lac des vacanciers qui y montèrent chacun leur chalet. Anglophones et francophones s’y côtoyaient, en famille. Les uns parlaient mal la langue des autres, mis à part Brian Larue. Mais dans la décontraction estivale, ça ne posait aucun problème. L’ambiance était joyeuse, légère.

En cet été 1967, Samuel et Florence Duchamp profitent de leur chalet, avec leurs enfants Bob, Millie et Andrée, âgée d’une dizaine d’années. Sans doute Andrée est-elle intriguée par le mythe de Pierre Landry, ni monstre ni victime, ce qu’elle ne mesure pas vraiment. Andrée reste trop fillette pour fréquenter réellement des ados dévergondées telles que Zaza Mulligan et son double, Sissy Morgan. Ni même leur copine Frankie-Frenchie Lamar. L’été prête à l’exubérance pour les jeunes américaines, une liberté dont ne dispose pas encore Andrée. Néanmoins, elle va être témoin des drames à venir. Ça débute avec la disparition de Zaza Mulligan, que son amie Sissy recherche partout autour du lac.

C’est le voisin Gilles Ménard qui découvre le cadavre de Zaza. Elle a été violentée. Une de ses jambes était prise dans un piège à ours oublié, datant sûrement du temps de Pierre Landry. Ce sont les autorités de l’État du Maine qui vont enquêter : les policiers Cusack et Michaud arrivent sur les lieux. Brian Larue sert de traducteur, tandis qu’ils interrogent le voisinage : Gilles Ménard, Sam Duchamp et d’autres témoins. Le célibataire Marcel Dumas éprouve une part de gêne, mais ça ne prouve pas grand-chose. Mark Meyer, le gardien du camping, peut apparaître moins sympathique. Quatre jours d’enquête, tous ayant un alibi assez valable. Après les obsèques de Zaza Mulligan, il ne reste qu’à tourner la page.

Les voisins ayant cherché à débarrasser la forêt proche d’éventuels pièges à animaux, il est né une solidarité nouvelle entre eux. Hélas, quelques jours plus tard, c’est au tour de Sissy Morgan de disparaître. On retrouve bientôt son corps, elle est morte dans les mêmes conditions que son amie Zaza. De retour à Boundary Pond, le duo de policiers ne peut pas croire en une coïncidence. Selon le rapport d’autopsie, “les cheveux de Sissy Morgan avaient été coupés par un couteau de chasse, du genre de ceux dont on dépèce les carcasses.” Le mythe du trappeur ressurgit, la piste d’un chasseur est plausible, on n’ose à peine penser à celle d’un pervers. Les interrogatoires sont plus tendus, tel celui de Valère Grégoire. Ayant fraternisé avec Emma, la fille de Brian Larue, la petite Andrée continue à observer son petit univers estival, où le malaise s’est installé…

Andrée A.Michaud : Bondrée (Éd.Rivages, 2016)

Pendant que Cusack s’éloignait, Michaud était descendu jusqu’au lac, s’était assis sur le sable, avait repéré un saule près du rivage qui pourrait le distraire de sa langueur, et avait enlevé ses chaussures trop lourdes pour la saison. Le sable était brûlant, mais si on y enfouissait le pied, on rejoignait vite une couche de fraîcheur humide qui tempérait le corps entier.
Malgré le beau temps, il était seul près du lac. Pas un enfant qui pataugeait dans l’eau, pas un homme qui réparait son quai ou sa clôture. Boundary était enveloppé du calme succédant au drame, de l’engourdissement des jours de deuil, quand tout le monde se croit tenu de chuchoter, de baisser le volume de la radio, de garder les enfants à l’intérieur. Ce silence durerait tout au plus une journée ou deux, puis le bruit reprendrait ses droits. La mort de Zaza Mulligan, comme toute autre mort, ne parviendrait pas à étouffer éternellement le rire des survivants.

Amateurs de thrillers énigmatiques spectaculaires ou d’enquêtes balisées par des indices, ce roman ne s’adresse pas à vous. On est ici dans le récit confidentiel, dans un petit cercle se composant de personnages aperçus, de témoins pour la plupart peu impliqués, de gens en vacances non préparés à des crimes. Certes, ils s’émeuvent, ils se mobilisent, ils sont choqués, mais comme on l’est face à la fatalité. Andrée A.Michaud crée une harmonie entre le contexte général, la narration des faits meurtriers de l’été 1967, et le regard de sa jeune héroïne qui s’exprime, elle, à la première personne.

Une forêt largement restée à l’état naturel avec sa végétation luxuriante, des clairières sur les rives d’un lac où l’on s’installe pour l’été, des images du passé flottant encore dans les esprits – pas seulement le cas de Pierre Landry et de son ami Little Hawk, celui d’Esther Conrad aussi. Le mode de vie insouciant de la décennie 1960, le mélange des nationalités et des langues parlées dans ce lieu spécifique, la mort d’ados un peu provocatrices, des enquêteurs qui n’en sont pas moins des êtres humains avec leurs propres tourments. La petite Andrée et sa boîte à secrets, collectionnant de menus objets, tandis que dans sa tête elle conserve les images de cet épisode de son enfance.

À l’âge d’Andrée, nous avons pu connaître ce genre de situation, quel que fut notre "lieu de vacances", dans un climat amical et sans souci. Dans cette histoire, l’ambiance ne peut que s’alourdir, sans devenir absolument pesante grâce à la construction fine, subtile. Un tel décor sauvage ne suppose-t-il pas une forme de violence ? Suspectes, les familles présentes le sont-elles ? Y aura-t-il arrestation d’un coupable, au final ? L’intention de l’auteure est plus littéraire, descriptive, psychologique, nous transmettant les émotions et les questions pouvant traverser l’âme des protagonistes. Ce roman québécois d’Andrée A.Michaud peut surprendre, mais il ne déçoit certainement pas, bien au contraire.

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 19:50
Québec – Prix Tenebris 2016 :  "L'affaire Myosotis" de Luc Chartrand

L'auteur et journaliste de Radio-Canada Luc Chartrand a remporté le prix Tenebris avec son deuxième roman "L'affaire Myosotis". Dans le cadre des Printemps meurtriers de Knowlton, ce prix récompense le meilleur roman en littérature policière de langue française distribué au Québec. Le romancier et journaliste a reçu une bourse de 1500 $. L'automne dernier, il avait déjà reçu le Prix Saint-Pacôme du roman policier.

Dans "L'affaire Myosotis", Paul Carpentier, un ancien journaliste qui vit en Israël, se retrouve mêlé au meurtre d'un homme d'une agence canadienne pour la démocratie. Carpentier lutte alors contre une puissante machine de renseignement sur fond de tractations politiques.

Les autres finalistes pour le Tenebris étaient "Du sang sur les lèvres" d'Isabelle Gagnon, "Les temps sauvages" de Ian Manook, et "La Pieuvre" de Jacques Saussey.

Le nouveau prix du meilleur roman de littérature noire, il a été remis à "L'heure sans ombre" de Benoît Bouthillette. Le Prix spécial du jury a été attribué à "Faims" de Patrick Senécal. Le jury était composé de Richard Migneault, du blogue Polar, noir et blanc, de la chroniqueuse Christelle Lison et de l'animatrice et chroniqueuse Sylvie Lauzon.

 

Source :

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2016/05/22/003-luc-chartrand-prix-tenebris-affaire-myosotis.shtml

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10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 04:55

Kate McDougall est une femme de quarante-cinq ans vivant désormais dans les Cantons-de-l'Est. Elle fut mariée vingt ans plus tôt, mais le divorce arriva vite. Kate a longtemps été policière au quartier général de la Sûreté du Québec, à Montréal. Elle appartenait au service du lieutenant Paul Trudel, avec lequel elle a eu une brève liaison. Si elle a quitté la SQ, c'est à cause du sergent-chef Brodeur, peu consciencieux, arriviste et manipulateur, auquel elle se heurta violemment. Maintenant suivie par une psychiatre, Kate a accepté un poste de policière à Brome-Perkins, à près de cent kilomètres de Montréal. Habitant un chalet au bord d'un petit lac, elle n'a plus à s'occuper de crimes, juste de méfaits locaux.

Pourtant, ce matin-là, elle découvre le corps d'une fillette de neuf ans dans le lac près de chez elle. Violaine Dauphin a été égorgée ailleurs avant d'être placée ici, malgré l'accès difficile au lac. Sa disparition toute récente a été signalée à Magog, une ville proche. Ses parents n'apparaissent nullement suspects. Puisque Paul Trudel et Brodeur vont superviser cette enquête, Kate est priée de ne pas s'en mêler, d'autant qu'elle peut être soupçonnée. Toutefois, son amitié avec le légiste Sylvio Branchini et sa famille lui permet d'obtenir le rapport d'autopsie. Son partenaire flic, l'anglophone Todd Dawson, ferme les yeux car il a compris que l'affaire la perturbait fortement. En effet, Kate est sujette à des cauchemars mortifères, venus de son enfance. Ce qui inquiète quelque peu la psy qui suit son cas.

La petite Mélanie Chassé était aussi âgée de neuf ans. Elle a été également égorgée dès son agression. Certes, son père est un homme brutal, mais il possède un alibi. Quoi qu'il en soit, on retrouve des indices similaires autour des deux meurtres : de la gaze, et des jetons de Scrabble. Ainsi qu'un message, qui pourrait bien s'adresser à Kate. Paul Trudel autorise Kate a participer à l'enquête, avec les policiers de la SQ Labonté et Jolicœur. Une décision qui mécontente le sergent-chef Brodeur, mais Trudel le remet à sa place. Si Kate est visée par le criminel, quel est le sens de ces crimes ? “Je n'ai pas l'impression que le lien est professionnel. Du moins pas dans le sens d'une vengeance. Il ne s'attaque pas à sa famille ou ses amis” estime Labonté. Une sorte de rituel, peut-être ?

C'est dans un étang tout proche du bureau de police de Brome-Perkins qu'est retrouvé le troisième cadavre d'une fillette de neuf ans égorgée. Il ne peut plus subsister de doute. La pauvre gamine ressemble d'ailleurs beaucoup à Kate vers cet âge. La médiatisation bat son plein, entraînant une pression de la hiérarchie, ce qui ne facilite pas le rôle de Trudel. Quant à Kate, stressée et dormant peu, elle cause un incident chez sa psy. Il n'est pas mauvais que Paul et elle se rapprochent intimement, pour faire face. Si la découverte de plusieurs autres corps d'enfants est une mauvaise surprise, cela fait progresser l'affaire à grand pas. Cette avancée concerne en priorité Kate, lui permettant de dénicher le nom d'un certain Thomas. Ce septuagénaire côtoie effectivement “la Bête” tueuse de fillettes…

Johanne Seymour : Le cri du cerf (Éd.Eaux-Troubles, 2016)

Depuis 2012, les Québécois passionnés d'intrigues à suspense ont un rendez-vous annuel à Lac-Brome, dans les Cantons-de-l'Est : "Les Printemps meurtriers de Knowlton". C'est Johanne Seymour qui est la présidente-fondatrice de ce festival, accueillant de grands noms de la littérature policière et du roman noir. Depuis une dizaine d'années, elle est l'auteure de cinq enquêtes de Kate McDougall, et d'autres romans (“Wildwood”, “Rinzen”). Aux lecteurs européens francophones de découvrir son œuvre aujourd'hui, puisque ses livres commencent à être plus facilement disponibles chez nous.

Les spécialistes québécois du polar ne s'y sont pas trompés : le style de Johanne Seymour est fluide, direct, servi par de cours chapitres, entretenant un sympathique suspense, tout cela n'étant pas dénué d'une certaine noirceur. Dans ce premier opus, où nous faisons la connaissance de la policière Kate, on s'aperçoit rapidement de la fragilité psychologique de celle-ci. Non pas qu'elle manque de caractère, bien au contraire, mais il existe des failles dans son parcours de vie. Si la dernière en date est due à un collègue véreux, ce n'est pas la seule. N'en dévoilons pas davantage, la progression de l'histoire peaufine son portrait, et ceux des gens qui l'entourent. Un roman d'enquête dans la très bonne tradition.

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7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 04:55
Samedi 9 avril 2016 “T’es-tu correc' ?”  à la Librairie du Québec

Samedi 9 avril, de 13 h à 18 h, la Librairie du Québec à Paris présente une nouvelle BD sur le Québec. Aby Cyclette, blogeuse-bédéiste-voyageuse-Alsacienne-végétarienne lance sa bande dessinée “T’es-tu correc' ? dans laquelle elle raconte avec humour son périple au Québec. Charlotte Hirth, Française de 27 ans, est arrivée au Québec en juillet 2014 pour une durée d’un an. Elle part avec quelques stéréotypes en tête : « J’imaginais des bûcherons sexy en chemises à carreaux, le sirop d’érable et les grands espaces ». Elle ne voulait pas s’enfermer dans une communauté de Français, dans une grande ville comme Montréal. Elle prend son Guide du routard et choisit une page au hasard. Ce sera à Rimouski.

Pour raconter son aventure, elle prend le stylo. Passionnée de BD, diplômée des beaux-arts de Metz, elle dresse quelques esquisses de ses moments passés dans le Bas-Saint-Laurent sur son blog. Expériences culinaires, galères administratives, quiproquos, elle raconte tout avec un soupçon d’humour bien léché. Gagnante du prix de l’artiste de l’année à Rimouski, « la Française », comme elle se faisait appeler là-bas, acquiert une petite notoriété. On lui suggère alors de compiler ses dessins et d’en faire une bande dessinée. L’idée fait mouche dans la tête de l’Alsacienne. À son retour en France, Charlotte décide de reprendre tous ces dessins, de les refaire, et d’en ajouter pour réaliser un livre. (Source : le Huffington Post Québec)

Librairie du Québec – 30 rue Gay Lussac – 75005 Paris

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 05:55

Un homme et un enfant attendent un avion à l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal, le jour de la Saint Jean-Baptiste, date de la fête nationale du Québec. Ils sont en avance, le vol n'arrivera qu'à 16h30. Elias est un colosse décharné, probablement âgé d'une quarantaine d'années. Avec lui, un gamin blond de sept ans à l'air angélique, portant un sac à dos vert : le petit Sasha. Ils ne sont visiblement pas très argentés. Dans l'atrium, l'enfant lit le livre qu'il a apporté avec lui, tandis qu'Elias se débrouille pour lui trouver à manger. Puis tous deux se cachent quelques minutes dans un local de service. Afin de se laver tant soit peu, et le temps de vérifier que la blessure d'Elias n'a pas suppuré.

Car l'homme et l'enfant qu'il protège sont en fuite. Ils ont vécu durant plusieurs années au cœur des bois, dans une cabane isolée. Abandonnant sa vie précédente, Elias Wallach a élevé Sasha aussi correctement qu'il le pouvait, lui inculquant une éducation de base. Les voix intérieures qui hantent Elias le culpabilisent parfois. Il se souvient que même avec sa compagne Suzanne, dans la banlieue de Washington, il avait beaucoup de mal à laisser poindre des sentiments affectueux. Dans son métier, Elias était le meilleur. Ça n'autorisait pas à manifester la moindre émotion. Et puis, il promit à Luana, la mère de Sasha, qu'il s'occuperait de l'enfant le temps qu'il faudrait. Parce que cette fois, il le fallait.

Ce jour-là, elle doit revenir auprès d'eux, mais sera-t-elle au rendez-vous ? “Luana avait manqué les deux rencontres précédentes, la première dans un petit aéroport du Vermont, la seconde dans une ville obscure du Missouri. Montréal était le dernier point de chute qu'ils avaient établi avant de se séparer.” Brièvement esseulé, Sasha est repéré par un agent de l'aéroport, l'androgyne Henri. Il le conduit à son collègue de la sécurité, le vieux Paul. Pas si grave, puisque l'enfant et Elias sont clairement un fils et son père. Mais il faut des pièces d'identité que l'adulte ne possède plus. Ils vont bénéficier des circonstances, tandis qu'Henri leur offre ce qu'il peut. Une sorte de porte-bonheur, peut-être ?

Toutefois, l'attente de Sasha et d'Elias risque de se prolonger. Elias a certainement besoin de se requinquer avec un peu de nourriture. Autant du fait de sa blessure qu'à cause de la nervosité qu'il éprouve. Il se peut que Luana ait oublié cet ultime rendez-vous. Surtout, il est bien conscient d'avoir encore des gens à leurs trousses. Ceux qui les pourchassent ne renoncent jamais : ayant été des leurs, il le sait parfaitement. Si on l'attaque par surprise, il espère être en mesure de réagir, de protéger Sasha, encore et toujours…

Martin Michaud : S.A.S.H.A. (Kennes Éditions, 2015)

Né en 1970 à Québec, vivant à Montréal, Martin Michaud a été récompensé par le Prix Saint-Pacôme en 2011 et en 2013, par le Prix Tenebris en 2014. Il apparaît comme un des plus solides auteurs québécois d'aujourd'hui. Ses livres sont désormais bien diffusés en Europe francophone.

Ce roman court est un bon moyen de découvrir son œuvre. Selon la quatrième de couverture : “une intrigue au confluent du roman noir et de la science-fiction” ? Pas exactement, il s'agit d'un suspense anxiogène. Rapidement, on comprend que le sort d'un enfant, peut-être un peu différent de la moyenne, est en jeu. Les portraits de Sasha et celui d'Elias se dessinent progressivement, grâce à des retours sur leur passé. On se gardera d'en dire trop là-dessus, bien sûr. Condensée sur quelques heures, en un seul lieu (l'aéroport de Montréal), la narration à la fois fluide et percutante offre une tonalité fort excitante à cette histoire.

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