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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 04:55

À la fin juin, le couple Gamache séjourne au Manoir Bellechasse, luxueuse auberge des Cantons-de-l'Est, au bord du lac Massawippi. C'est dans cette hôtellerie construite tout en bois qu'ils comptent célébrer leurs trente-cinq ans de mariage. Armand Gamache est un policier chevronné de la Sûreté du Québec. Son épouse Reine-Marie est bibliothécaire. Ils sont là pour se reposer, profiter de la baignade, et du service stylé du Manoir. Mme Dubois en est depuis longtemps la propriétaire. Entre la chef de cuisine Véronique Langlois et le maître d'hôtel Pierre Patenaude, les clients ne peuvent qu'être satisfaits. Certes, le jeune serveur Elliot joue au rebelle, mais ça trouble peu l'activité de l'auberge. Les Finney, une famille d'Anglos du Québec, est également réunie ici. Gamache s'interroge à leur sujet.

Bert et Irene Finney sont les parents âgés de ce groupe. Leur fils Thomas est l'aîné, marié à Sandra, tous deux sexagénaires. Sa sœur Julia Martin ne se joignait pas jusqu'à là à ces réunions familiales. Elle est l'épouse d'un homme d'affaires, en prison pour détournement de sommes conséquentes. La sœur cadette Marianna est présente avec son enfant, Bean. Curieux prénom pour un môme asexué de dix ans, mais sa mère garde quelques secrets vis-à-vis de sa famille. Arrivent bientôt ceux que les Finney nomment leur frère Spot et sa femme Claire. En réalité, ce sont de vieilles connaissances du couple Gamache. Il s'agit de Peter et Clara, les artistes peintres du village de Three Pines, où l'inspecteur-chef mena plusieurs enquêtes. Pas plus que Julia, Peter et Clara ne sont heureux d'être venus.

Les Finney ont inauguré la statue de leur ancêtre Charles Morrow aux abords de l'auberge. Gamache note la tension régnant au sein de la famille. Julia s'énerve, regrettant d'être là, et Clara cache mal son envie de s'en aller au plus tôt. Le personnel est assez tendu, lui aussi. Par une nuit de tempête et d'orage, chutant de la stèle où elle est posée, la statue cause une victime parmi ses descendants. S'il ne comprend pas comment ça s'est passé, Gamache est convaincu qu'il y a meurtre. Il convoque ses collègues Jean-Guy Beauvoir et Isabelle Lacoste. Ce n'est qu'alors que les Finney découvrent qu'il est policier. Tous sont interrogés sur leur relation avec la victime. Selon le peintre Peter, ils forment une famille avide et cruelle. Tandis que Reine-Marie Gamache va fouiner du côté de Three Pines, son époux poursuit l'enquête avec ses adjoints...

Louise Penny : Défense de tuer (Actes Noirs, 2013)

C'est le quatrième opus des aventures d'Armand Gamache, de l'anglo-québécoise Louise Penny. Peut-être faut-il le rappeler : plutôt que l'action brutale et rythmée, la romancière préfère les ambiances feutrées, les descriptions précises des décors autant que des faits et gestes, les portraits nuancés et la psychologie des personnages. Le meurtre ne se produit qu'après une grosse centaine de pages, ce qui indique que l'auteure a pris son temps pour installer son sujet. Et elle a eu parfaitement raison, car cette méthode offre une densité plus crédible ensuite. D'ailleurs, le lecteur est prévenu : “Ce n'est jamais bon signe dans une réunion familiale. Plus ils sont retors, plus ils sourient” confie Clara.

Au centre de l'intrigue, les Finney appartiennent à un milieu très aisé, ce qui n'empêche nullement les mésententes. Ni l'amertume de l'aïeule regrettant l'essor des francophones : “Nous avons perdu nos enfants. Ils sont partis travailler dans une langue qu'ils pouvaient parler. Vous êtes peut-être devenus maîtres chez vous mais nous, nous sommes devenus des étrangers, nous n'étions plus les bienvenus dans notre pays.” Outre Gamache et son épouse, le sympathique inspecteur Beauvoir, l'agente Lacoste, tous les protagonistes ont leur rôle à jouer dans cette affaire. Sur la traduction, un très léger bémol : les titres d'œuvres se traduisent aussi en français (“La lettre à Élise” et non “Für Élise”, ou même “Little Orphan Annie”). Plus agaçant que grave, toutefois. L'essentiel reste que Louise Penny nous présente une subtile histoire, pleine de raffinement et de beau suspense.

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 05:00

La deuxième édition du festival international de littérature policière, Les Printemps meurtriers de Knowlton, aura lieu du 17 au 19 mai 2013. L’événement se passe au Québec, entre Montréal et Sherbrooke, à proximité de l'autoroute des Cantons de l'Est.

Trois jours de festivités autour de la littérature policière, vingt activités, dix-huit auteurs présents - dont Karine Giébel et Jacques Saussey (France), R.J. Ellory (Angleterre), Martin Michaud, Jean-Jacques Pelletier, Jacques Savoie, Johanne Seymour et Chrystine Brouillet (Québec). Il est maintenant possible de se procurer des billets en ligne. Des passeports pour la durée du festival sont également disponibles aux prix de 80 $ (passeport général) et 40 $ (passeport résident). Le Prix Tenebris 2013, célébrant le meilleur roman, littérature policière de langue française, distribué au Québec sera remis le dimanche 19 mai. Ce prix est accompagné d’une bourse de 1500$.

Au Québec : Les Printemps meurtriers de Knowlton 2013Au Québec : Les Printemps meurtriers de Knowlton 2013

Vendredi 17 mai 2013

9h30 - CLASSE DE MAÎTRE N°1 & N°2 «Introduction à l'écriture» Martin Winckler partage ses connaissances sur l'écriture. Volet théorique et pratique. Aiguisez vos crayons! Il s’agit d’un atelier de six heures qui se termine à 15h30 avec un arrêt pour le lunch de 12h à 13h. Vieux Palais de Justice/40$

18 h - COCKTAIL DE FINANCEMENT «Bang! Bang!» Cocktail-bénéfice d'ouverture avec encan silencieux, en compagnie des auteurs invités au festival et de la porte-parole Louise Laparé. Domaine Les Brome/60$

 

Samedi 18 mai 2013

10h - CLASSE DE MAÎTRE n°3 «L'ADN pour les nuls» Conférence de l'expert en sciences judiciaires François Julien sur l'ADN, ou comment inculper un tueur à partir d'un cheveux. Vieux Palais de justice/20$

13h - Rendez-vous COUPABLE N°1 (Activité bilingue) «De romans et de scénarios» Table ronde avec Martin Michaud, Roger Jon Ellory et Johanne Seymour. Animation: François Lévesque. Théâtre Lac-Brome. Salle Expression Noire/20$

13h - Rendez-vous COUPABLE N°2 «À la découverte du Québec meurtrier» Rencontre d'auteurs avec Maureen Martineau et Richard Ste-Marie. Animation: Sylvie Lauzon. CIDI Salle Radio Village/20$

14h30 - Rendez-vous COUPABLE N°3 «Recherche et fiction» Table ronde avec André Jacques, Karine Giébel et Mario Bolduc. Animation: Sylvie Lauzon. Théâtre Lac-Brome. Salle Expression Noire/20$

14h30 - Rendez-vous COUPABLE N°4 «De points et de virgules» Discussion à bâtons rompus autour de la ponctuation avec Martin Winckler et Laurent Chabin. Animation: Chrystine Brouillet. CIDI Salle Radio Village/20$

16h - Rendez-vous COUPABLE N°5 «Qui mène? Le personnage ou l'histoire?» Table ronde avec Sylvain Meunier (Tenebris 2012), Jacques Saussey et Jean-Jacques Pelletier. Animation: Sylvie Lauzon. Théâtre Lac-Brome. Salle Expression Noire/20$

20h - CABARET DES PRINTEMPS «Crimes, piano et voix» Lecture publique avec les comédiens Michel Albert, Louise Laparé et Bernard Fortin, accompagnés du groupe musical Which is Which. Théâtre Lac-Brome. Salle Expression Noire/20$

Au Québec : Les Printemps meurtriers de Knowlton 2013

Dimanche 19 mai 2013

9h - CLASSE DE MAÎTRE n°4 «Théorie des projections de sang» Conférence de l'expert en sciences judiciaires François Julien sur la théorie des projections de sang…reprise à la demande générale! Vieux Palais de justice/20$

10h30 - CLASSE DE MAÎTRE N° 5 «Polar et gastronomie» Venez écouter Chrystine Brouillet vous parler de bouffe et de crimes... Juste avant de vous servir l'apéro! Vieux Palais de justice/20$

13h - Rendez-vous COUPABLE N° 6 «L'influence des lieux» Table ronde avec Jacques Savoie, Jean Lemieux et Jacques Côté. Animation: François Lévesque. Théâtre Lac-Brome. Salle Expression Noire/20$

14h30 - TABLE RONDE INTERNATIONALE «Mourir ici et ailleurs» (Activité bilingue) Table ronde en compagnie de Karine Giébel (France), Roger Jon Ellory (Royaume-Uni), Jacques Saussey (France) et Jean-Jacques Pelletier (Québec). Animation: Chrystine Brouillet. Théâtre Lac-Brome. Salle Expression Noire/20$

18h - SOIRÉE DE CLÔTURE «Et le lauréat est…» Soirée de remise des prix Tenebris en compagnie des auteurs invités au festival. Repas quatre services, précédé d'un cocktail. Auberge West Brome/75$

Plus d'infos ? Cliquez sur le lien ci-dessous.

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 05:00

Germain Tzaricot n'est pas devenu par hasard phyto-analyste, le premier à exercer cette improbable profession. À la fois botaniste et philosophe, son père l'éleva dans un esprit végétal. “Papa ne pensait jamais comme les autres. Il inventait le monde à chaque fois qu'il ouvrait les yeux.” Par la force des choses, Germain dut se forcer pour s'accepter en tant qu'être humain. Ayant écrit un guide sur la rhétorique des végétaux, il a installé une clinique distillant des conseils imagés aux amateurs passionnés de plantes. Dire qu'on le prend pour un scientifique sérieux serait exagéré, mais il a une clientèle. Son meilleur ami est Jamal. “Il planifiait de petites magouilles à gauche et à droite, bien plus pour s'amuser que pour amasser des biens matériels. Jamal était un dérègleur professionnel, un faiseur de troubles.” C'est parce qu'il est sujet au vertige, que le grand Jamal a choisi de rester dans son fauteuil roulant. Par ailleurs, Germain est amoureux de la belle Rachel Blier. Ex-chanteuse ayant perdu sa voix, elle est maintenant guide dans un musée.

Germain découvre ce jour-là un vrai désastre : toutes ses plantes sont mortes, moisies, pourries. À n'y rien comprendre, car il en prenait grand soin. Quelques temps plus tard, il pense deviner la source de la contamination. Ce ne peut qu'être Pigalle, le crasseux barman de son pub habituel. Si les plantes de la voisine de Germain ont aussi moisi, c'est à cause du satané manque d'hygiène de Pigalle. Avec son ami Jamal, ils organisent un commando afin de laver le barman. Plongeon dans le lac local et eau savonneuse devraient suffire. L'opération se passe bien, mais Germain découvre un cadavre dans le même parc du lac. Détenant un bocal de drogue verte, l'homme a été victime d'une pourriture comparable à celle qui détruit actuellement les plantes. Une analyse de ce produit par Germain atteste de sa dangerosité. Après avoir été agressé, ce qui n'arrange guère son visage déjà ingrat, il découvre que sa clinique et son domicile ont été saccagés. Plus tard, un vieux client du pub de Pigalle et d'autres personnes s'avèrent touchées par la même pourriture.

Son ami scientifique Gloukov confie à Germain une plante préhistorique fossilisée, laquelle présente comme des hiéroglyphes en surface. Peut-être une des clés du mystère actuel. Alors que Rachel et Germain deviennent intimes, les locaux du Dr Riopel sont dévastés à leur tour. Vieil ami du père de Germain, le médecin s'aperçoit que celui-ci est atteint par la moisissure. Il découvrira bientôt pire encore, concernant le cœur de Germain. Rachel disparaît de façon énigmatique. De nouveau agressé, le phyto-analyste ne va pas tarder à avoir des ennuis avec la police. On l'accuse d'être responsable du trafic de cette fameuse drogue verte, que les camés appellent “nucléaire”. Germain est maltraité en prison par deux flics, certainement corrompus. Il est temps qu'il s'évade. Avec l'aide de Jamal et du Dr Riopel, Germain espère trouver une explication à cette étrange affaire...

Bertrand Busson : Le phyto-analyste (Éd.Carnets Nord, 2013)

Ce roman fort original ne s'adresse pas à tous les lecteurs. Ceux qui ne possèdent pas un brin de fantaisie, ceux qui prennent tout au sérieux dans un désespérant premier degré, lisez autre chose. Ceux pour qui plantes et végétaux ne sont que des abstractions, ou de banals bouquets de fleurs, oubliez ce livre. Par contre, si la drôlerie est votre remède préféré face à la sinistrose, si vous possédez un imaginaire souriant, il ne faut pas rater ce grand plaisir de lecture.

Germain est un personnage hors normes, à tous points de vue. Et ses mésaventures sont joyeusement débridées, à l'opposé d'un morne contexte réaliste. Derrière cet humour tous azimut, ponctué de coups enlaidissant notre héros, il s'agit bien d'un polar. Une intrigue avec enquête sinueuse, péripéties multiples et flics véreux. Sans oublier le thème en filigrane, ces contaminations (quelle que soit leur origine) polluant nos vies, ruinant la santé des populations après avoir détruit la nature. Québécois, Bertrand Busson a été récompensé pour ce roman par le Grand prix littéraire Archambault, destiné à souligner le talent des jeunes auteurs. Honneur mérité, pour ce livre complètement inclassable.

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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 05:19

 

Née en 1951, la Québécoise Danielle Charest est décédée en octobre 2011. Cette romancière fut une militante du lesbianisme radical, très active. De 1998 à 2002, elle avait publié quatre polars aux Éditions du Masque : L’Érablière, L’Échafaudage, L’Étouffoir, L’Entrave. Elle publia encore Conte à rebours aux Éditions Diesel en 2003. Sans doute est-ce le même roman qui est réédité aujourd’hui dans la collection Badgirls, des éditions Sirius. Commençons par un survol de ce Conte à rebours (2012).

 

À Montréal, Jocelyne Sauvageau est depuis très longtemps dévouée à la société qui l’emploie. Mais l’ambiance devient pénible chez Beaugrand-Courtois-Delors. CHAREST-2012Le mépris dont font preuve ses employeurs la révoltent sourdement. Elle a l’espoir de changer de vie, car son père est actuellement hospitalisé en très mauvais état de santé. Impresario réputé au Québec, Léon Sauvageau a été un homme aux principes moraux stricts. Jocelyne a un demi-frère, Michel, un marginal qui est dans la musique, proche du groupe de rock réunissant Lucky et ses amis. Michel contacte Jocelyne, affirmant que leur père est mort. Tous deux cachent à peine leur rapide envie d’hériter. Michel entraîne sa demi-sœur dans son appartement, avant d’aller à l’hôpital.

C’est un piège. Assommée, Jocelyne se trouve séquestrée et attachée sur un lit, dans une pièce insonorisée. Michel n’est pas seul. Il s’est dégoté une complice, Claude, sans doute d’origine française. Il lui a fait croire qu’il devait se venger de Jocelyne, qui l’aurait mis dans une situation délicate. Ils vont faire des photos compromettantes pour écarter Jocelyne de l’héritage. Un temps désorientée par les évènements qu’elle maîtrise mal, la prisonnière n’a pas le caractère à renoncer. Elle va devoir faire preuve de psychologie pour faire comprendre à cette Claude les mensonges de Michel.

Pendant ce temps, au bar-club L’Accès, où se réunissent quelques lesbiennes montréalaises, Lorraine attend en vain son amie intime, Jocelyne. Ce n’est pas en restant écouter les comédiennes de seconde zone et autres filles qui l’entourent ici, qu’elle pourra retrouver son amante. De son côté, Jocelyne gagne peu à peu des points contre son demi-frère…

 

Outre l’intrigue criminelle, il est évidemment beaucoup question de lesbiennes dans cette histoire. Quelques coups de griffes sont également destinés à souligner un certain ostracisme québécois: Les quelques mots glanés de la bouche de Josiane n’en confirmaient pas moins la réalité du conformisme ambiant et, plus effrayant encore, la vitesse avec laquelle les idées rabougries se répandent et grugent sournoisement les esprits. La douane canadienne se montre aussi assez tatillonne, semble-t-il, au point qu’une voyageuse s’énerve : Voulez-vous bien me dire de quoi le Canada doit se protéger ?. S’adressant à un public français, on a jugé utile de traduire quelques mots, tels ratoureuse, trop d’adon, s’enfarger ou rapailler.

 

C’est l’occasion de se souvenir d’un autre titre de Danielle Charest, L’entrave qui fut publié aux Éditions Le Masque en 2002. CHAREST-2002

Jean Lecarré est un ministre canadien arriviste. Sa femme Pauline a décidé de ne plus jouer le jeu de l’épouse parfaite. Quand ils s’aperçoivent de la disparition de leur fille Margo, âgée de quinze ans, Lecarré alerte l’enquêteur Normand Fréchette. C’est un vieil ami à lui qui saura se montrer discret, car l’affaire ne doit pas être ébruitée. Pauline est convaincue que les deux hommes complotent dans son dos. Alors que Normand Fréchette essaie de l’amadouer tout en lançant ses investigations, elle prend contact avec Le Groupe. Ces justicières ont fait parler d’elles dans de précédentes affaires. Elles acceptent la mission.

Enlèvement, suicide, fugue, meurtre, aucune hypothèse n’est exclue. Deux faits semblent essentiels. Margo aurait été violée quelques semaines plus tôt par quatre fils de bonnes familles qui n’ont pas été inquiétés. Et la jeune fille a été en contact avec l’Église du Renouveau Spirituel, qui a tout l’air d’une secte. Une demande de rançon est adressée aux parents. Pauline se demande si des mafiosi québécois en rapport avec son mari sont impliqués. Claudia, du Groupe, rencontre la mère de Josée, qui fut la meilleure amie de Margo. Alors qu’un nouveau courrier des ravisseurs double la rançon, l’un des violeurs de la jeune fille est assassiné. Une piste à exploiter pour le Groupe, qui espère retrouver vivante la disparue.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 06:28

 

Matthieu Blais et Joël Casséus sont deux auteurs québécois. Publié en France chez Kyklos Éditions, leur roman Zippo a pour décor un futur pas si éloigné du monde actuel, mais en bien pire… (disponible dès le 19 mars 2012).

BLAIS-CASSEUS-2012C’est à Villlanueva que se réunira le sommet du Zippo, regroupant les neufs plus grandes puissances mondiales. Évènement de portée internationale, pour cette métropole nord-américaine. Mesures de sécurité maximales afin de protéger les décideurs présents. Vaste couverture médiatique, avec des journalistes aux ordres flattés d’être accrédités. Image positive qui pourrait être ternie par un météore, dont le point d’impact sur Terre semble être Villanueva. Information de second plan, qui ne trouble guère les préparatifs. Une grande part de la population de la ville ne sera pas associée à cette rencontre des puissants. Car on en a déjà placé beaucoup dans un ghetto, le quartier des Pornoputes. Derrière les barbelés et les miradors, les plus pauvres sont rassemblés ici, sans grand espoir d’en sortir.

Quelques clochards isolés ont récemment été éliminés sans pitié. Depuis peu, des autobus où l’on entasse en masse les clodos et autres pauvres circulent à travers la ville. Personne ne veut imaginer ce que l’on fait d’eux. Les filles de Mme Steinman, de l’Italien et de la Sorcière disparaissent depuis un certain temps. Sans doute est-ce le même programme de nettoyage qui vise également ces prostituées. Mme Steinman s’est retranchée dans son bordel de la rue Pouy, mais n’y est pas plus en sécurité… Dans une résidence médicale pour personnes âgées, les vieux patients sont livrés à eux-mêmes, sans le moindre confort. On compte plusieurs décès. Pour Luis et Maervick, rares survivants, il reste pourtant un ultime combat à mener…

O’Donnell, petit délinquant ayant testé toutes les combines, entre en clandestinité lorsqu’il réalise que des gens comme lui n’ont plus leur place à Villanueva. Depuis qu’il a perdu la belle A***, le journaliste Kahid n’éprouve plus aucune motivation. Couvrir le sommet du Zippo, telle est la mission que lui confie son patron. Son collègue Zadourof se serait senti plus impliqué que Kahid dans ce sujet-là. D’ailleurs, Kahid le croise plusieurs fois dans les locaux du sommet. Si l’évènement ne plait pas à tous, une manifestation tourne plutôt à la confusion. La tension ambiante fait oublier les purges contres prostituées et clochards, ainsi que l’imminence de l’impact du météore…

 

Si l’on cherche un qualificatif, il s’agirait d’un polar futuriste pré-apocalyptique. Il est vrai que cette sorte de roman sort de l’ordinaire. Il convient d’accepter une narration elliptique déstabilisante. Cette histoire pouvait se raconter avec plus de détails ? Oui, peut-être. Mais les protagonistes se trouvent dans une certaine urgence, à cause de la menace venue de l’espace. Dans un dénuement quasi-total aussi, situation de survie qui les prive de liberté, et presque de la capacité d’échanger des conversations. Économie de mots et d’actes, autour de ces personnages encore à peine vivants, pas tous résignés.

Un bref glossaire : les macoutes désignent les forces de l’ordre militarisées. Les officiels de haut rang s’appellent les cravates. Les claquedents, ce sont les clochards. Les crache-poumons, les cigarettes. Alors, bien sûr, un esprit contestataire plus direct eut été davantage percutant. Certes, la bataille contre ces acronymes qui dirigent le monde ultra-libéral n’est pas gagnée. Néanmoins, cette projection vers un avenir miséreux devrait nous alerter. Il n’est jamais trop tôt pour protester contre une société inégalitaire à tendance dictatoriale. Peut-être le message à retenir ?

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 06:42

 

Après Nature Morte, toujours chez Actes Noirs, voici le nouveau titre de la romancière québécoise anglophone Louise Penny : Sous la glace.

PENNY-2011-2Three Pines est un village des Cantons-de-l’Est, guère éloigné de Montréal, tout au plus une bonne heure de trajet. Néanmoins, cette tranquille bourgade figure à peine sur les cartes routières. Y habitent autant de francophones que d’Anglos, en parfaite harmonie. Le principal point de rencontre est le bistro d’Olivier, dont le compagnon Gabri tient un gîte pour touristes. On trouve aussi la librairie de Myrna, une Noire qui fut psy à Montréal avant de s’installer ici par hasard. Clara et Peter forment un couple d’artistes, la sensible Clara ayant plus de mal que son mari à imposer ses œuvres.

Si la poétesse Ruth Zardo connaît un certain succès, on retient surtout le caractère cinglant de celle qui est également chef des pompiers locaux. Amicale, la douce Émilie Longpré reçoit ponctuellement ses amies âgées. Telles Kaye Thompson, 92 ans, et Béatrice Mayer, 78 ans, dite Mère Bi. Cécilia de Poitiers (dite C.C., 48 ans), son mari Richard Lyon et leur fille de douze ans Crie, sont de nouveaux venus au village. Ils ont acquis la maison maléfique des Hadley, où ils ne résident pas en permanence.

S’imaginant femme d’affaires, C.C. a publié à compte d’auteur une sorte de traité du bien-être, Be calm. Elle prétend s’inspirer d’une vieille philosophie mystique, le Li Bien, un genre de feng shui. Ses préceptes fumeux ne sont pas si éloignés de ceux utilisés par Mère Bi, qui ne les exploite pas commercialement. C.C. est assurément une femme de caractère. Elle méprise son mari mollasson, improbable inventeur, autant que leur grosse fille passant pour une attardée. Elle a un amant photographe, Saul Petrov. Celui-ci reste lucide quant à l’égoïsme de C.C., étant quasi-sûr que les ambitions de sa maîtresse sont vouées à l’échec. En cette froide période de Noël, chacun porte une nouvelle tuque bien chaude sur la tête, et participe aux festivités traditionnelles. Habitants ou résidants de passage, tout ce petit monde séjourne en ce moment à Three Pines. C.C. trouve soudain la mort alors qu’elle assistait à une compétition de curling.

Le policier Armand Gamache allait s’occuper du décès inexpliqué d’une SDF de Montréal que l’on appelait Elle, quand il est appelé sur cette affaire. Il retourne dans ce village où il a déjà mené une enquête. Avec son adjoint Beauvoir, la première question à se poser est de savoir comment a été électrocutée C.C. Sur place, le jeune agent Robert Lemieux sera probablement plus efficace que, dans l’affaire précédente, l’incompétente agente Nichols. Présents lors du drame, Clara et Peter ont tenté avec d’autres de sauver la victime. Clara évite de dire qu’elle a été récemment blessée par l’attitude de C.C. Plus directe, l’impitoyable poétesse et pompier Ruth Zardo n’estime guère cette famille.

Dès le lendemain, l’équipe de Gamache est au village, cherchant des indices. Selon la Dr Harris, le faible voltage de l’électrocution justifie mal le décès. Les policiers questionnent les témoins présents au curling. On apprend que le photographe Saul Petrov se trouve aussi dans le secteur. Sa hiérarchie lui ayant imposé l’agente Nichols, Gamache envoie l’agent Lemieux à Montréal enquêter sur la mort d’Elle, la SDF…

 

Voici la deuxième affaire traitée par le policier Armand Gamache, de la Sécurité du Québec. L’hiver venu, Three Pines ressemble encore davantage à un village idyllique. Le qualificatif de communauté, cher aux nord-Américains, s’applique plus que jamais. Néanmoins, cette paisible bourgade d’Estrie semble marquée par le crime. NATURE2011Il est rare qu’une victime attire aussi peu la sympathie. Arriviste, cynique, elle inspire des réactions négatives à tous. On devine aisément qu’elle n’avait pas investi à Three Pines sans raison, même si son mépris touche autant sa famille que les villageois.

On ne doit pas s’attendre à une enquête au tempo rythmé, aux rebondissements spectaculaires. C’est la psychologie relationnelle (y compris au sein de la police) qui guide l’intrigue, les indices n’étant confirmés que progressivement. Avec Gamache, le lecteur observe cette communauté, sans conclusions précipitées. Un très agréable suspense, non sans humour, dans lequel il convient de s’installer, meilleur moyen d’en apprécier la saveur. Et, finalement, d’en résoudre les sombres mystères, bien sûr.

 

Lire aussi ma chronique concernant "Nature morte", la première enquête du policier Gamache.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 05:35

 

Ponctuellement, je vous suggère des romans d’auteurs québécois. La plupart de ces titres sont aisément disponibles en France. Leurs polars et autres fictions sont généralement d’excellent niveau. Ces francophones d’Amérique du Nord qui écrivent en français défendent avec passion notre langue, ça mérite d’être salué. Certains lecteurs peuvent craindre que les romans québécois soient parsemés d’expressions typiquement locales, d’un vocabulaire imagé, un peu hermétique pour nous. Il est vrai qu’ils utilisent des termes courants, tels un dépanneur (une supérette), un condo (un appartement en copropriété), GUIDE-QUEBECOISun sous-marin (un sandwich baguette) ou le très usité pantoute (pas du tout, rien du tout). Le sens du récit permet de traduire facilement. Quant aux jurons, de tabarnak à câlice en passant par crisse d’ostie, ils n’ont nul besoin de traduction. Toutefois, il est bien rare que les auteurs abusent de termes trop typés.

Pour ceux qui ne voudraient pas manquer les subtilités du langage québécois, un nouveau petit guide peut les y aider : Les 1000 mots indispensables en québécois (Éd.First) de Marie-Lou Guévin et Marie-Pierre Gazaille. Ce livre nous indique d’abord les termes à ne pas confondre, bon moyen d’éviter les bévues. Par exemple, si une liqueur désigne en France une boisson alcoolisée, c’est une boisson gazeuse au Québec. Là-bas, chialer ne signifie pas pleurer, mais juste se plaindre ou gémir. Et leurs gosses n’évoquent pas les enfants, mais les testicules (mot aussi utilisé en Afrique). Les verbes spécifiques, les tournures de phrases et les qualificatifs particuliers sont à retenir. Il vaut mieux être fin (aimable) qu’achalant (ennuyeux) ou baveux (arrogant). Il est préférable d’accommoder (rendre service) que de caler quelquun (le rabaisser). Si vous êtes magané (souffrant), prenez un appointement (rendez-vous) chez un médecin.

Si votre blonde a mis sa camisole, c’est tout simplement que votre petite amie a revêtu un débardeur. Se dégrayer, verbe qui fut aussi utilisé dans certaines régions de France, c’est enlever ses vêtements d’extérieur. Un certain nombre de mots sont issus de l’anglais, francisés ou pas (bines, les fèves au lard; brake à bras, le frein à main; d’une shote, d’un seul coup). Des formules telles que faire le train (traire les vaches) sont évidemment moins usitées. Par contre, probablement plus fréquents : chauffer un char, c’est-à-dire conduire une voiture; tinquer, ou mettre de l’essence; gager sa chemise, donc n’avoir aucun doute; porter une tuque, autrement dit un bonnet de laine; ou se servir d'une débarbouillette qui, comme son nom l’indique, est un gant de toilette. Ce guide nous rappelle que, comme en Belgique (entre autres), le déjeuner est au Québec le premier repas de la journée (p'tit-déj), et que le dîner est le second repas (le déjeuner pour les Français).

Et puis encore : Ça regarde mal (c’est de mauvais augure), y a rien là (c’est pas grave), beurrer épais (exagérer une situation), penser croche (voir des allusions sexuelles erronées). Donner une bourrée (décupler d’efforts pour accomplir une tâche) ou bien se poigner le cul (perdre son temps), se faire passer un sapin (se faire avoir) ou lâcher un wak (pousser un cri). Un dernier exemple : si votre coin de rue est dans la noirceur, c’est que votre pâté de maisons se trouve dans l’obscurité. En précisant qu’on ne trouve pas forcément ces mots et formules dans chaque phrase, ni paragraphe, j’ai effectivement rencontré certaines expressions en lisant des romans québécois. Et même si c’est juste pour le plaisir du langage, le goût de découvrir un vocabulaire très plaisant, Les 1000 mots indispensables en québécois est un guide fort agréable à consulter. Si vous envisagez un voyage au Québec, ça peut également vous aider.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 05:42

 

Dans le cadre de l’OIF (Organisation internationale de la francophonie), le jury du prix des Cinq Continents de la francophonie a récompensé la Québécoise Jocelyne Saucier pour son roman "Il pleuvait des oiseaux" (aux éditions XYZ). Jocelyne SaucierUne mention spéciale a été attribuée à Patrice Nganang (Cameroun) pour son roman "Mont-Plaisant" (Éd.Philippe Rey). Tous deux recevront leur prix le 9 décembre au siège de l’OIF. Créé en 2001, doté de 10 000 euros, le prix des Cinq Continents met en valeur des talents littéraires reflétant l’expression de la diversité culturelle et éditoriale en langue française sur les cinq continents, afin de les promouvoir sur la scène littéraire internationale.

 

La présentation éditeur du roman de Jocelyne Saucier :

« Vers quelle forêt secrète se dirige la photographe partie à la recherche d’un certain Boychuck, témoin et brûlé des Grands Feux qui ont ravagé le nord de l’Ontario au début du XXe siècle? On ne le saura pas.

Boychuck, Tom et Charlie, dorénavant vieux, ont choisi de se retirer du monde. Ils vivent relativement heureux et ont même préparé leur mort. De fait, Boychuck n’est plus de ce monde au moment où s’amène la photographe.

Tom et Charlie ignorent que la venue de la photographe boulversera leur vie. Les deux survivants feront la rencontre d’un personnage aérien, Marie-Desneige. Elle a 82 ans, tous ses esprits, même si elle est internée depuis soixante-six ans. Elle arrivera sur les lieux comme une brise espérée alors que la photographe découvrira que Boychuck était un peintre et que son œuvre était tout entière marquée par le Grand Feu de Matheson...»

Des infos complémentaires ici.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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