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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 07:21

 

En 2011, Stanley Péan a publié aux éditions Les Allusifs Bizango, peut-être un des meilleurs romans de l’année, riche suspense sociologique avec une touche de Fantastique.ZOMBI-1996 Ce livre s’inscrit tel un nouvel épisode, une autre étape, quinze ans après Zombi blues (1996). Ce titre fut édité en France chez J’ai lu en 1999 et en poche chez La Courte Échelle en 2007. Il n’est donc pas impossible de se le procurer. Petit survol de l’intrigue, même si cette histoire est beaucoup plus subtile qu’il n’apparaît dans mon modeste résumé…

 

Ce jeune trompettiste de jazz connaît une belle notoriété sous le nom de Gabriel d’ArqueAngel. Avec la pianiste Elaine McCoy et trois autres musiciens, il a formé un quintette qui se produit aux Etats-Unis et au Canada. Le parcours de vie de Gabriel a été chaotique. Natif d’Haïti, il a été recueilli là-bas par Corinne et Benjamin Reynolds. À l’époque, au temps de la dictature des Duvalier, ce dernier y était diplomate. Le couple avait une fille, Laura, mais venait alors de perdre leur fils Daniel à l’âge de neuf ans. Gabriel devint le fils adoptif des Reynolds. À part Laura, aujourd’hui médecin et mariée, le musicien garda peu de liens avec ceux qui l’avaient élevé. Ne se consacrant qu’au jazz, il ne se préoccupe guère des soubresauts politiques agitant sans cesse son pays d’origine.

En 1996, alors que Benjamin Reynolds vient d’être enterré à Ottawa, Gabriel et son quintette ont un engagement à Montréal, où un festival de jazz se prépare. Ils vont jouer au Sensation Bar. ZOMBI-1999Ce n’est pas le meilleur endroit pour que Gabriel calme son excessive consommation d’alcool. Entre son amante Suzanne et son spectacle, il ne s’intéresse pas à ce qui agite en ce moment la communauté haïtienne de Montréal. Ancien dignitaire du régime Duvalier, Barthélémy Minville s’est installé au Québec. Réfugié de luxe, cet ex-tortionnaire qu’on surnomma Barracuda, ne peut pas être inquiété par les autorités du pays. Ce que regrette Lorenzo Appolon, flic mulâtre haïtien de la police locale. Patron d’un restaurant, Ferdinand Dauphin va vainement tenter une opération commando avec quelques délinquants pour atteindre Minville. Lorenzo enquête là-dessus, sans résultat.

Son fils Noir albinos Caliban, son assistant Justin, et la prostituée blanche Jacynthe constituent l’entourage de Minville. Mais, s’il est à Montréal, c’est avant tout pour retrouver Alice Grospoint, fille d’un sorcier haïtien. Jadis, il utilisa les services du père, avant de l’abattre. Minville a un moyen de pression sur Alice, sa fille Naïma. Gabriel se croit loin de tout ce qui se rapporte à son île de naissance. Pourtant, il cauchemarde parfois, se sentant habité par un second esprit qu’il ne sait identifier. Peut-être garde-t-il un lien invisible avec Daniel Reynolds, mort trop tôt, dont il est un peu le marasa (frère jumeau). À moins que ce soit seulement l’alcool, ainsi que l’atmosphère parfois violente du Sensation Bar, qui le perturbent. Non, ce sont bien ses racines haïtiennes qui causent ce trouble…

ZOMBI-2007 

Les deux sources qui alimentent ce roman sont la culture haïtienne et l’univers du jazz. Un glossaire nous permet de définir les quelques mots venus d’Haïti qui échappent à notre vocabulaire. Culte vodou et folklore populaire font partie de la vie de tous les Haïtiens, y compris expatriés. Le sujet nous rappelle combien l’époque de Papa Doc (Duvalier) et de ses cruels Tontons Makouts (la milice secrète) marqua durablement ce petit pays.

Dans ce livre, chaque chapitre porte pour titre celui d’un célèbre morceau de jazz : Mood Indigo, Stormy Weather, In a Mist, Countdown, etc. Car c’est bien cette musique qui accompagne le récit, avec des accents de Charlie Parker ou de Miles Davis. Lamento musical qui apporte une chaleur à cette intrigue sombre. L’auteur sait aussi nous faire sourire, comme avec cette journaliste définissant le style de Gabriel : Ainsi l’interviewé se réjouit-il d’apprendre que son œuvre «s’inscrit dans la mouvance d’un certain jazz progressif d’inspiration néo-bop modal, mâtiné de traditionalisme». D’ArqueAngel et Elaine échangent des sourires ironiques. Le trompettiste n’en a rien à branler des étiquettes. Il joue de la musique, un point c’est tout.

Complémentaire à Bizango, ce Zombi Blues mérite d’être redécouvert !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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6 août 2011 6 06 /08 /août /2011 05:37

 

Sans doute le lecteur français connaît-il peu l’œuvre de Chrystine Brouillet, romancière québécoise née en 1958, très appréciée là-bas. Sa trilogie historique Marie la Flamme, publiée chez Denoël et rééditée chez J’ai Lu, a connu un certain succès en France, ainsi que des titres comme Les neuf vies d’Edward. Son principal éditeur au Québec est La Courte Échelle, qui nous donne quelques infos sur l’auteure :

 BROUILLET1« En 1982, Chrystine Brouillet publie Chère voisine, son premier roman, pour lequel elle a reçu le prix Robert-Cliche. Depuis, elle s’est fait connaître à titre de romancière et a écrit de nombreux romans policiers, dont Le Collectionneur et Indésirables. Son personnage d’inspectrice, Maud Graham, est devenu un classique québécois du genre policier. Le Collectionneur, qui s’est vendu à plus de 50 000 exemplaires, a été adapté pour le cinéma…»

Chrystine Brouillet a reçu plusieurs récompenses québécoises pour ses romans, dont le prestigieux Prix Saint-Pacôme en 2009. En 2011, elle publie une nouvelle enquête de Maud Graham "Double disparition", dont voici la présentation :

« Maud Graham est chargée d’enquêter sur la disparition de Tamara, sept ans, fille d’une ancienne camarade de classe. Qui l’a enlevée ? Et pourquoi ? Les policiers de Québec se mobilisent pour retrouver l’enfant. Au même moment à Rimouski, Trevor, un jeune homme, apprend au chevet de sa mère agonisante qu’il n’est pas son fils biologique. Bouleversé, il part à la recherche de sa mère naturelle à Québec, où elle vivrait. Deux enquêtes, deux quêtes qui semblent bien éloignées l’une de l’autre, BROUILLET2mais qui auront des répercussions profondes sur chacun des personnages.» (aux éditions La Courte Échelle, dont beaucoup de titres sont diffusés en France, en particulier la série Maud Graham).

 

Chrystine Brouillet a également publié de 1992 à 2001 une bonne douzaine de romans jeunesse. En France, on trouva Danger bonbons chez Syros (1992) et Les collégiens mènent l'enquête chez Pocket (1998). La plupart de ces romans pour enfants parurent dans la collection Myriades des éditions Épigone.

Comme par exemple "Le vol du siècle" (1998), une aventure de Catherine et Stéphanie, pour lecteurs de neuf ans et plus. Petit résumé personnel :

Bloqué dans son fauteuil roulant suite à un accident, Olivier est le cousin de Catherine. Il habite avec ses parents dans leur auberge du Pic Blanc, dans la montagne proche des Etats-Unis. Il a remarqué le curieux comportement de leur client, Georges Smith, et demandé à Catherine et Stéphanie de venir enquêter. BROUILLET3Il est bien anormal que ce client sorte faire du ski vers seize heures, en plein mois de février ! Dès leur arrivée, Stéphanie tombe sous le charme du moniteur de ski Patrick Turbide. La tante Éliane accouchant d’un bébé à Montréal, l’oncle Philippe laisse seuls les enfants s’occuper de l’auberge. Tant mieux si, à cause de la tempête, l’adulte Jocelyne ne peut pas les rejoindre. Les deux petites détectives réussissent à fouiller la chambre de M.Smith. Elles ne tardent pas à y retrouver une valise avec un lot de bijoux, probablement volés. Il faut en savoir plus sur l’origine des joyaux. Elles trouvent bientôt la preuve qu’il s’agit du butin d’un vol à la bijouterie Carlton de Montréal. Pousser Georges Smith aux aveux n’est pas une mauvaise idée, d’autant qu’il donne une bonne explication. Mais il reste d’autant plus dangereux qu’il a un complice…

 

Comme souvent quand il s’agit d’auteurs du Québec, pour Chrystine Brouillet, le lecteur français se doit de chercher un peu, mais ce n’est pas un effort insurmontable. Une romancière qui, à l’évidence, mériterait d’être mieux connue chez nous.

- Lire aussi : les auteurs québécois en France, ici -

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 05:35

 

C’est une excellente comédie noire que concocta François Barcelo en 1998 avec Cadavres, réédité chez Folio depuis 2002.

Au Québec, Raymond Marchildon vit à Saint-Nazaire-de-Mainville, du côté de Saint-Barnabé. Âgé de trente-trois ans, il habite dans ce village perdu avec sa mère. Leur vieille maison n’a plus le téléphone, depuis qu’ils ne paient plus les factures, ni guère d’autres commodités. Raymond se déplace dans une Hyundai Pony bien fatiguée. Tous les deux vivent de l’aide sociale, en trichant tant qu’ils peuvent. Il est vrai qu’elle n’est pas exemplaire, la mère de Raymond. Avec un minimum de soins, maman aurait été une publicité parfaite pour vanter les vertus de tous les abus : «Buvez, fumez, baisez n’importe comment, ne faites jamais d’exercice, mangez n’importe quoi, et vous aurez l’air de ça à cet âge-là.» Je l’ai souvent imaginée dans un panneau réclame conjoint des fabricants de cigarettes, d’alcool, de sièges inclinables et de fast-food. Excessive en tous les domaines, la mère de Raymond eut même plusieurs pères à lui proposer.

BARCELO-2002Raymond n’a jamais fait aucun effort d’insertion sociale. Je n’ai jamais travaillé un jour de ma vie. Même si on m’a offert des petits jobs au noir. Mais je ne suis pas sûr que j’aurais accepté un bon job payant. Pourquoi faire ? Sans travailler, je n’ai jamais manqué de rien. Les quelques blondes que j’ai eu, quand j’étais jeune, je les ai laissées travailler à ma place, je leur ai pris tout l’argent que j’ai pu, le temps qu’elles ont bien voulu. Avec sa mère, il ont bien cultivé un peu de marijuana, mais c’est vite devenu dangereux, et pis ils avaient leur stock. Sinon, ils ont beaucoup forcé sur la mauvaise bière. Un peu à cause de la boisson qu’elle est morte, la mère, mais surtout à cause d’une balle en pleine face. En ce 31 décembre, Raymond ne sait trop quoi faire. Il a roulé dans sa Pony, mais il est fauché pour se payer l’essence. Alors, il téléphone à sa sœur Angèle.

Comédienne pour la télé, elle est connue sous le nom d’Angèle Pontbriand. Elle joue le rôle de la détective Mariette Davoine dans la série Cadavres. Ce qu’on lui demande surtout, c’est de se montrer sexy, car elle est vraiment bien roulée. Angèle rejoint son frère Raymond, qu’elle n’a plus vu depuis dix ans. Mais ils ne retrouvent pas le corps de leur mère. À la place, ils s’aperçoivent au matin du 1er janvier qu’il y a un cadavre d’homme dans un fossé. Angèle et Raymond ne voient pas l’utilité d’appeler la police. D’autant qu’il y a aussi un squelette dans la cave de la maison, enterré depuis longtemps. Trois cadavres, dur à expliquer ça aux policiers. D’autant qu’Angèle a d’autres soucis. Elle risque de perdre son rôle à la télé, et son boy-friend impliqué dans un trafic l’a arnaqué de la caution. La jeune femme décide de rester vivre avec son frère.

Raymond accapare la BMW (en location) de sa sœur. Il tente de franchir la frontière avec les Etats-Unis, mais il est plusieurs fois refoulé. Puis il roule vers l’ouest du Canada. Finalement, il préfère rentrer à Saint-Nazaire, se promettant de mieux se comporter. Mais un couple, Paulot et Paulette, vient réclamer le corps de l’homme du fossé, que Raymond a enterré à la cave. C’est surtout la drogue qu’il transportait qui les intéressent. En échange, le couple laisse chez Angèle et Raymond le cadavre d’une femme. Embarrassant, mais il y a de la place dans la cave, et ce n’est pas le dernier cadavre dont ils vont hériter…

 

Un roman décalé, savoureux, jubilatoire. Tout y est parfaitement amoral, à commencer par le narrateur Raymond. Un brave garçon, qui n’a que des défauts et des vices, c’est délicieux. Pas tellement plus brillants, sa sœur et tous les autres protagonistes n’échappent pas à la caricature très réussie qu’on fait d’eux. Il fait un temps de cochon pour un premier janvier. On a deux autos qui marchent pas. Maman est morte. Mais j’ai retrouvé ma sœur que j’avais pas vu depuis dix ans. Puis elle est encore plus belle que la dernière fois que je l’ai vue. Je vois pas pourquoi je sourirais pas. L’auteur était déjà très expérimenté, ayant de nombreux livres à son actif avant d’être le premier Québécois à publier dans la Série Noire. Ceci explique la maîtrise de cette intrigue sans temps morts, plutôt délirante. Un pur bonheur de lecture que ce roman noir plein de fantaisie !

On peut aussi lire ici ma chronique sur "Fantasia chez les Plouffe" de François Barcelo, collection Suite Noire.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 05:43

 

Dans la collection Coups de Tête, le roman de David Bergeron Pandémonium Cité mêle des ingrédients issus du Fantastique et un scénario mouvementé…

Âgé de trente-quatre ans, Philippe Moreau est de retour à Villeray, quartier de Montréal. Cet étudiant en philosophie revient d'un long voyage en Europe. Le but était d’oublier sa douloureuse rupture avec sa compagne Jeanne, autant que le décès de son père. Pourtant, il reste en proie à ses incertitudes coupables, et consomme toujours bon nombre de joints.

À peine arrivé, il observe des fêtards aux allures de gothiques, noctambules qui lui semblent armés. Il se demande si ce sont eux qui causent la panne électrique qui se produit peu après. Philippe retrouve bientôt son vieil ami Vlad. BERGERON-2011Rescapé de la guerre des Balkans, celui-ci possède un arsenal d’armes à feu puissantes. Quant à son chien Kiki, c’est un molosse de soixante kilos, toujours prêt à attaquer les ennemis de son maître.

Une nuit suivante, Philippe remarque la présence de gens suspects autour de l’église Sainte-Thérèse. La police semblant complice de ces gothiques, il appelle Vlad à la rescousse. Tous deux visitent l’édifice religieux, pas si désaffecté qu’il y parait. Le duo doit rapidement fuir cet endroit, après que Philippe ait relevé des indices : Une église profanée par des ravisseurs de chèvres, un symbole païen [l’Œil de la Pyramide] tracé dans ce qu’il appelait maintenant le Judas, ce poste de surveillance qui n’a rien à faire dans un lieu de prière, un tunnel infesté de cultistes, tout ça ne s’improvise pas du jour au lendemain. Du sang innocent allait être versé, et la police qui semble déjà s’en laver les mains. Philippe se perd dans ses pensées. Nul doute qu’ils soient en présence d’un culte sataniste.

Philippe et Vlad braquent chez lui le vigile gardant l’église. Ils l’obligent à donner les rares détails qu’il connaît sur cette Loge, bien installée dans les sous-sols du quartier de Villeray. Peu après, le duo est pourchassé en voiture par le minivan des cultistes. Suite à un échange de tirs, Vlad est mortellement touché, tandis que Philippe est fait prisonnier. Il va rencontrer Antéloki, celui qui dirige la secte basée à Villeray.

Parallèlement, Philippe a déjà un pied en Enfer. Il a passé les rives de l’Achéron, pour un séjour peut-être provisoire à Pandémonium Cité. Si la Sibylle lui accorde un Rameau d’or, il a des chances de rentrer chez lui. Vlad n’a pas dit son dernier mot, ni rendu son dernier souffle. Il repart en croisade contre la secte qui prépare une messe noire, afin de sauver son ami Philippe…

 

À la fois, c’est une histoire de la catégorie Fantastique, et un roman d’action. Ce second aspect n’est pas le moindre. En effet, nos deux héros font face à des adversaires dangereux et organisés, que les armes à feu de Vlad ne suffisent pas toujours à abattre. Le satanisme et son folklore semblent assez répandus en Amérique du Nord. Est-ce vraiment pris plus au sérieux qu’en Europe ? Imaginer une secte disposant de vrais pouvoirs démoniaques et d’une armée de fidèles, ça reste de la fiction. Une idée qui séduirait certains régimes dirigistes, peut-être.

La part philosophique du récit évoque notre responsabilité sur le cours de nos existences. Pour Philippe, la vie est comparable à un théâtre de souffrance et de solitude, mais est-il plus fautif qu’un autre ? Le séjour de Philippe au cœur des Enfers ne manque pas de fantaisie. Par exemple, ici on dit au juge Objection, votre Infamie et non Objection, votre Honneur. Un roman court et agréable, quelque peu hors normes grâce à bonne dose d’originalité.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 07:04

 

Encore mal connu en France, Patrick Senécal est un auteur chevronné ayant publié une dizaine de titres. Ses solides romans, d’une réelle noirceur, sont très appréciés des lecteurs québécois. C’est dans la collection Coups de Tête qu’il publie Contre Dieu… Quelques éléments sur cette intrigue...

Ce Québécois de trente-cinq ans est commerçant, patron d’un magasin de sport. Marié avec Judith, ils ont deux enfants, Béatrice et Alexis. Eux trois ont passé le week-end chez les parents de son épouse. Ce 21 février au soir, ils vont rentrer en voiture. Ce sont deux flics à la mine attristée qui sonnent à sa porte peu de temps après un ultime appel téléphonique. Senécal-2011La voiture de Judith est tombée dans un ravin dans ce virage étroit de cette saleté de route en zigzags, que sa famille a souvent empruntée. Ils sont morts tous les trois dans cet accident, sur lequel la police enquêtera, bien sûr. Se moquant des circonstances, sous le choc, il s’est déconnecté immédiatement de la vie. Les appels téléphoniques, la famille de Judith et la sienne, il n’y répond bientôt plus. C’est son beau-frère Jean-Marc qui se charge de toutes les formalités. Sylvain, son meilleur ami, peut lui offrir un refuge, au lieu de rester dans cette maison vide. La solitude, il la vit déjà dans sa chair. Sur son vélo d’entraînement, ce sportif pousse son effort au maximum. C’est suicidaire, mais ça ne suffit pas à l’achever.

Il s’isole d’abord dans une chambre d’hôtel, avant de rejoindre ses proches et amis au salon funéraire. Suite à une réflexion qu’il juge stupide, il provoque un incident dont les effets auraient pu être graves. Plus tard, il retrouve Sylvain dans un bar. Il a déjà dépassé une frontière, ce que son meilleur ami n’est pas en mesure de comprendre. Dans ce bar, une jeune femme prénommée Mélanie se laisse inviter par le veuf. Elle n’a aucune intention de coucher avec lui, mais sait se montrer compatissante. Parce que, comme lui, elle est habitée d’une souffrance intime. Lui s’enferme dans son violent égoïsme. Nouvel incident, avec un automobiliste, suite à une collision en voiture. Ivre, il erre maintenant dans la ville, au cœur de la nuit. Dans un club, il provoque deux jeunes femmes, puis s’amuse à causer un psychodrame sans conséquences dans le métro.

En rupture totale avec tous les membres de sa famille et avec ses amis, il finit par louer un meublé dans l’immeuble où habite Mélanie. Elle tente de l’amadouer en partageant un repas, avant de sortir en boite de nuit. Mais cette nuit-là, il va finalement la passer avec Andréane, bien plus jeune que lui. Débutant par un désaccord sexuel, leur querelle violente va fatalement mal se terminer. Mélanie ne renonce pas. Elle amène le veuf désemparé dans cette maison des jeunes en rénovation, une initiative du Père Léo. Il doute que le prêtre apporte un remède à sa terrible souffrance, malgré sa bienveillance. Il ne possède pas la motivation exaltée de Mélanie, reste irritable avec elle. Ses comptes bancaires ont été bloqués par sa famille, afin qu’il se manifeste. Maintenant qu’il a récupéré une arme à feu, il se lance délibérément dans "sa" guerre…

 

Ce survol de l’intrigue ne reflète qu’imparfaitement ce remarquable roman. Car il est impossible de traduire en quelques lignes l’ambiance de cet itinéraire d’un enragé fou de douleur. Quand survient un tel drame, il n’y a pas de réponse au "Pourquoi ?" qui s’impose à l’esprit du survivant. Détruire les autres comme il a été soudainement détruit lui-même, telle parait être la solution adoptée par ce personnage central. Il ne s’agit pas de vengeance : c’est un mal profond et monstrueux qui a explosé en lui, qui commande ses actes.

L’accident de voiture et ses conséquences, voilà un thème que quelques très bons romanciers ont déjà traité. Pas de cette manière-là, c’est certain. Ici, le mode narratif particulier surprend dans un premier temps. On comprend vite qu’il est parfaitement adapté au récit. C’est une fuite en avant désespérée, une course effrénée qui ne laisse pas le temps de reprendre son souffle. Ces qualités stylistiques offrent une puissance supplémentaire à l’histoire, le tempo reflétant l’état d’esprit du héros. La relative brièveté du texte correspond aussi à ce rythme. Coup de cœur évident pour cet excellent roman !

 

[La collection Coup de Tête est diffusée partout en France, voir ici]

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 06:56

 

Publié chez Points en janvier 2011, Crimes horticoles de Mélanie Vincelette n’entre pas dans la catégorie polar. Néanmoins, la belle originalité de ce roman mérite qu’on s’y intéresse…

La jeune Émile vit à La Conception, quelque part dans la campagne québécoise. Cet été-là, c’est celui de ses douze ans. Malgré son prénom masculin, Émile est une fille. Il faut dire que ses parents, Philippe et Anouk, sont aussi singuliers que l’endroit où habite cette famille. Il s’agit d’un ancien motel en mauvais état, fermé suite à une sale histoire, que Philippe a acheté à un prix dérisoire. Le père d’Émile, qui cultive du pavot, espère ainsi faire fortune. Même si ses tentatives n’ont pas été très réussies, jusqu’à présent. Les précédents projets de Philippe ont été de parfaits ratages : Il a également eu l’idée des patchs anticellulite à la fleur de cerisier. Échec commercial total, l’Oréal n’a jamais voulu acheter le concept. VINCELETTE-2011Aujourd’hui, il se consacre à cette plantation de pavot, située à trois kilomètres de leur maison, tout en pratiquant aussi la taxidermie. Il passe pas mal de temps au Faucon Bleu, et en compagnie de la belle Irlande.

Anouk, la mère d’Émile, est actuellement enceinte. C’est une cuisinière inspirée, expérimentant des recettes originales. Sa principale activité, c’est la voyance. Pour ses clients, Anouk fait même figure de véritable gourou. Elle ne s’occupe guère de sa fille. Celui qui se charge de l’éducation d’Émile, c’est Liam. Érudit fantasque, Liam vit avec son chien Shakespeare. Aventurier natif de Marseille, il s’installa ici pour sa compagne Béatrice, décédée depuis. Il possède un tableau signé Vincent, peut-être de Van Gogh, son trésor. Liam reste marqué par le souvenir de Tanger, où il pourrait retourner un jour, pourquoi pas avec Émile. La gamine fait semblant de s’intéresser à la vie religieuse depuis quelques temps. C’est parce qu’elle est tombée amoureuse d’Eduardo Luna, le jeune prêtre latino-américain séduisant récemment installé à La Conception.

La sœur Sarah risque d’être un handicap pour l’amour d’Émile, car elle est jeune et belle. Des jolies femmes, on n’en manque pas dans cette communauté. Le Faucon Bleu, le club dirigé par Pavel, ne se contente pas de spectacles de danse. Ce bar à putes est une attraction dans la région. Pas le genre de lieu pour une fille de son âge, mais Émile fréquente volontiers les prostituées qui viennent souvent boire du thé au pavot avec sa mère. La belle Irlande est une confidente plus attentive qu’Anouk. La meilleure amie d’Émile est Nila, la fille de Pavel. On ne sait pas ce qu’est devenue la mère de Nila, danseuse de passage. Sylvio Valiquette, le policier local, n’est pas trop regardant quant aux activités de Philippe. Il voudrait juste mettre la main sur un dément échappé de l’asile, qui rôde dans les forêts environnantes. Après la naissance du petit Enzo, le bébé d’Anouk, plusieurs autres faits vont perturber la vie de la jeune Émile…

 

À douze ans, la vie est un kaléidoscope d’images quotidiennes, de personnages idéalisés et de rêves inatteignables. Ni petit adulte, ni même adolescent, on sort progressivement de l’enfance, sans rejeter son imaginaire. Insouciant bonheur, espièglerie, regard libre sur le monde, tout semble permis à cet âge. On sent instinctivement que les adultes ne donnent pas le meilleur exemple. S’imaginer ailleurs, fantasmer sur un autre destin, ce n’est pas interdit. En attendant, on observe avec curiosité les gens autour de soi, excentriques ou étonnants. Leur caractère, leurs ambiguïtés, leur expérience, tout cela attire et interroge.

Tel est le portrait poétique et diablement souriant que propose la québécoise Mélanie Vincelette, auteure et éditrice. Sa jeune héroïne Émile est entourée d’un univers, certes pas paradisiaque, mais riche de situations hors normes. Hormis la culture du pavot qui est illégale, et un fou quand même dangereux en liberté, ne cherchons pas d’autres crimes, puisqu’il ne s’agit pas d’un polar. Laissons-nous entraîner par la narration enjouée qui, au fil de courts chapitres, nous raconte en toute simplicité les péripéties des douze ans d’Émile.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 07:08

 

La série BD "Magasin Général" de Loisel & Tripp nous propose en cette fin 2010 son tome6 "Ernest Latulippe" (Casterman). Retournons avec plaisir dans la province du Québec, au cœur des années 1920...

Propriétaire du Magasin général de Notre-Dames-des-Lacs, Marie est partie à Montréal avec sa protégée Jacinthe. Mais, leur séjour chez la tante Philomène s’éternise. Vie citadine et rencontres amoureuses font que Marie ne semble pas pressée de revenir chez elle. En son absence, c’est Serge qui s’occupe du commerce. Les produits commencent à manquer pour approvisionner le village. Faute de solution, la population est nerveuse. Les rancœurs contre Marie et les mauvais prétextes alimentent un pugilat général. BD-LOISEL&TRIPP-6Si les hommes regrettent la belle et serviable Marie, la jalousie des femmes est à son comble. Ce n’est pas le jeune curé qui peut calmer la situation. Serge doit d’abord faire l’inventaire, et tenter d’obtenir des marchandises à crédit auprès des fournisseurs de Saint-Siméon. Ceux-ci refusent, n’accordant leur confiance qu’à Marie.

Serge va avancer l’argent, puisant dans ses économies pour acheter du stock. Juste les affaires indispensables à chacun, en attendant de pouvoir fonctionner correctement. Il prend avec ses amis Isaac et Alcide la route de Saint-Siméon. Un problème de taille entrave leur route : le pont a été détruit par les pluies. Tous les hommes du village s’unissent pour le réparer, tandis que les femmes doivent seules se charger des récoltes. Ce qui suscite encore d’amers commérages contre Marie. À Montréal, si le séjour convient encore à Marie, Jacinthe s’ennuie de plus en plus. Peut-être est-il temps qu’elles rentrent, accompagnées de la tante Philomène. Le pont est à peine remis en état, qu’une surprise attend au main la population de Notre-Dame-des-Lacs : la camionnette de Marie stationne devant le Magasin général.

Très vite, un attroupement s’est formé devant le commerce. Jacinthe retrouve avec plaisir son ami Gaétan, l’employé simplet du Magasin général, ainsi que tous les autres. Marie redoute quelque peu ce retour, car elle s’est éloignée suite à des malentendus. Pourtant, tout se passe bien avec Serge, qui n’a d’yeux que pour elle. Et les habitants du village veulent qu’elle raconte tout ce qu’elle a vu à Montréal. C’est alors que surgit Ernest Latulippe, le vieux trappeur. Attaqué par un ours, son frère Mathurin est gravement touché. Une expédition s’organise pour aller le soigner et le ramener au village. Outre les images de la grande ville, Marie raconte à son amie Adèle ses aventures amoureuses à Montréal…

Voici le sixième tome de cette fort agréable série de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp, chronique d’une communauté rurale québécoise dans les années 1920. Il n’est sans doute pas indispensable d’avoir lu tous les précédents pour apprécier. Jeune veuve, unique commerçante locale, la prévenante Marie est au centre de la vie villageoise. Les réactions la concernant apparaissent très crédibles, comme il se doit dans une telle bourgade. Évidemment, l’adaptation des dialogues en québécois par Jimmy Beaulieu ajoute beaucoup de charme à l’histoire. Au risque de placer un peu trop de pis, de ben correct et d’icitte quand même. Pis ta Lucienne, elle est-tu encore en sacrement ? Elle rumine là-dessus. Elle est pas parlable. Ça reste très sympa, bien sûr ! Le scénario largement souriant et le dessin sont parfaitement en harmonie. Un nouvel épisode très réussi.

Cette série BD a été évoquée ici dans une précédente chronique.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 07:07

 

La francophonie se résume généralement à des évènements institutionnels. Un show télé musical par-ci, le thème d’un festival culturel par-là. C’est bien, mais c’est assez peu concret dans l’esprit du public. Nos amis Africains, nos cousins Québécois, les ambassadeurs de la langue française, autant d’expressions plutôt symboliques.

À l’occasion de la Saint Jean-Baptiste, jour de la Fête Nationale du Québec (le 24 juin), un article de l’ami Richard M. m’a fait prendre conscience du peu d’efforts que nous tous consacrons à leur culture, leur littérature. Ils forment pourtant un grand îlot francophone dans le continent américano-anglophone. Richard citait quelques noms d’auteurs qui ne m’étaient pas inconnus, mais sans précisions (dans ma mémoire) 

L’idée d’une rubrique Spécial Québec me vient lorsque je découvre une collection québécoise aux accents rocks, Coups de Tête. Depuis, cette rubrique se développe progressivement. J’ai y parlé BDs (Michel Rabagliati, Marsi, Loisel & Tripp), j’ai interviewé Michel Vézina, j’ai chroniqué Nelly Arcan, Jean-François Poupart, Dominique Nantel, Luc Baranger, François Barcelo, Dominique Bellavance, Andrée A.Michaud, Stanley Péan, Louise Penny, Jacques Savoie et Michel Vézina. Quelques autres suivront, c’est promis.

BEAULIEULa grande question reste : comment se procurer des romans québécois en France ? En effet, rares sont les points de vente présentant un espace dédié à la francophonie québécoise, identifié comme tel. Serait-ce une mission quasiment impossible ? Non, pas tellement plus que d’acquérir n’importe quel livre.

Plusieurs cas de figure sont à distinguer.

Le plus facile, ce sont les écrivains du Québec publiés par des éditeurs français. Michel Tremblay, Dany Laferrière, Yves Beauchemin, et quelques autres, sont ainsi correctement diffusés. Parmi les nouveautés 2010, Lazy Bird d’Andrée A.Michaud (chez Seuil) ou le singulier Bibi de Victor-Lévy Beaulieu (chez Grasset) sont aisément disponibles. Il y aurait sans doute d’autres exemples.

Deuxième cas, les éditeurs québécois présents en France. L’éditeur Les 400 coups (collection Coups de tête) est dans le circuit de diffusion, mais nettement moins affiché que les éditeurs français. Pour ma part, j’ai acheté quelques-uns des romans en question dans un espace culturel Leclerc. Pas introuvables, donc. D’autres sont plutôt présents sur commande. C’est le cas de Libre Expression, de Québec Amérique, de Alire, de La Courte Échelle, etc. Pour les BDs de l’éditeur La Pastèque, rares sont aussi les exemplaires directement disponibles. Il convient donc de les commander auprès des libraires, et d’être un peu patients. Car le délai est souvent de quatre à huit jours, voire un peu plus. Exemple personnel, j’en ai acheté à la Librairie du Québec à Paris, qui expédie dans un délai rapide (en fonction des titres disponibles) sans frais exagérés. Certaines nouveautés québécoises coûtent un peu plus cher que les tarifs habituels. Le dollar canadien n’est pas l’Euro. Ne nous laissons toutefois pas rebuter par quelques Euros de plus.

Dans quelle mesure pouvons-nous directement commander au Québec ? J’avoue ne pas être qualifié pour répondre. Il me semble que la frontière inter-monétaire n’est franchissable que pour des experts. Et ça risque de doubler le prix du livre ainsi commandé, tous frais compris.

Les systèmes actuels de diffusion des livres privilégient l’actualité. Au bout de quelques mois, des auteurs disparaissent parfois des rayonnages. J’ai cherché vainement Chrystine Brouillet et deux ou trois autres auteurs, par exemple. Pas dans les nouveautés, donc plus difficile. Dans ce cas, commandes et livraisons sont aléatoires au niveau des points de vente, même quand les libraires sont efficaces. Par contre, les sites Internet proposent énormément de livres d’occasion (ou neufs) à des tarifs très raisonnables. Expérience concluante quand j’ai commandé (chez livrenpoche.com, mais il en existe beaucoup d'autres) et reçu quelques titres québécois, pour un prix pas excessif. Si l’on ne cherche pas uniquement des nouveautés, c’est la meilleure solution, la moins coûteuse, et plutôt fiable. La seule chose à vérifier, c’est qu’ils ont ces livres en stock, sinon se pose la question du délai déjà évoquée plus haut.

Pas de parcours du combattant pour se procurer des romans québécois en France. Comme pour tout achat, il suffit de repérer quelques titres ou quelques auteurs dignes d’intérêt. Les sites et blogs québécois sont là pour vous renseigner. Les libraires ou les sites Internet n’ont plus qu’à vous servir. Et c’est ainsi que vous découvrirez une littérature (polar) francophone différente et riche d’originalité.

 

Des sites et blogs à consulter :

 

http://lecturederichard.over-blog.com/

 

http://polarophiles.olympe-network.com/

 

http://www.litterature-quebecoise.com/classement/clas-polars-thrillers.html

 

http://www.revue-alibis.com/

 

http://www.passemot.blogspot.com/

 

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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