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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 06:55

 

Le roman de Jacques Savoie Cinq secondes, qu’il n’est pas difficile de se procurer en France, a reçu en septembre 2010 le Prix Saint-Pacôme, récompense majeure de la Littérature québécoise. Distinction méritée, pour un suspense de très belle qualité. (aux Éditions Libre Expression)

Jérôme Marceau est enquêteur au Service de Police de la Ville de Montréal, section des homicides. Si ses collègues le surnomment Aileron, c’est que ce policier quadragénaire ne possède qu’un seul bras, le gauche. Sa peau basanée de mulâtre est aussi assez remarquable. Expert en documentation informatique, Marceau connaît à la perfection le métro et le réseau souterrain de Montréal. Sa mère culpabilise toujours à cause de son handicap, causé par un médicament. En l’absence de sa supérieure, Lynda Léveillée, il va diriger le service. Il sera assisté des policiers Corriveau et O’Leary, tandis que l’enquêteure Isabelle Blanchet se chargera de l’informatique. Ils sont bientôt confrontés à une tuerie. Au Palais de Justice, une femme vient d’abattre quatre personnes et a tenté de se suicider. Elle est depuis dans le coma à l’hôpital Saint-Luc, où on espère qu’elle s’en sortira.

SAVOIE-2010L’audience au Tribunal s’annonçait pourtant vite réglée. L’accusation de fraudes était abandonnée contre Julie Sanche, seule restait celle de prostitution. L’avocat Denis Brown avait tout arrangé, même l'entrée discrète de l'accusée dans le tribunal. Soudain, la jeune femme de 26 ans s’est emparée d’une arme, abattant en quelques secondes le gardien de sécurité, le juge Rochette, le témoin Gilbert Bois, et l’avocat Brown. Selon les premiers éléments, la tireuse s’appelle plus certainement Brigitte Leclerc. Ce qu’ignorent encore les enquêteurs, c’est que sa jeunesse fut mouvementée. À seize ans, elle fut arrêtée après des braquages. Quand elle sortit de prison, son père lui conseilla d’adopter l’identité de Julie, la défunte sœur de Brigitte. Une manière d’attendre quelques années sa réhabilitation, le Pardon de Justice. Mais Carl Leclerc était un trafiquant chevronné, qui entraîna sa fille Brigitte dans ses arnaques.

Jérôme Marceau doit se montrer prudent car la veuve du juge Rochette, Évelyne Lebel, est elle-même un magistrat influent. Son équipe et lui ne tardent pas à perquisitionner à l’adresse du père de la jeune femme, mort depuis peu. On y trouve un stock d’articles digne d’un entrepôt commercial. La véritable adresse de Brigitte, Marceau va la trouver sur un reçu de livraison de pizza. Pour une supposée puéricultrice virée de son emploi après une drôle d’affaire, voilà un bien bel appartement, propriété de la société Brigitte Julie Inc. Si sa vie a été un ramassis de mensonges et d’escroquerie, encore Jérôme doit-il en démêler les nœuds. Pour son collègue O’Leary, la raison du carnage est simplement liée à la fortune frauduleuse amassée par Brigitte et son père. Marceau est convaincu que le geste de la tireuse a obéi à d’autres motifs. Malgré la tempête qui sévit sur la ville, il poursuit son enquête avec ténacité et clairvoyance…

 

Il se demandait combien de temps il faut pour revoir une vie. Cinq secondes, ça lui paraissait bien court.Dévoiler que le titre répond aux cinq secondes durant lesquelles la tueuse voit défiler les étapes de son existence, ça n’est rien révéler. Car toute la subtilité de ces flash-backs consiste à suggérer ses divers mobiles, à travers le parcours chaotique de Brigitte. S’il s’agit d’une jeune femme déterminée, son caractère profond est plus nuancé.

Bien sûr, le singulier enquêteur est un héros fort attachant, par son humanité comme par son intuition. On prend plaisir à le suivre dans les corridors du Montréal souterrain. Prouver qu’il est capable de mener à bien ce dossier, s’attirer le respect de ses collègues, et comprendre les méandres de l’affaire, tels sont ses buts. Vaste défi, on est de tout cœur avec lui. Précisons aux lecteurs français qu’au Québec, un dépanneur signifie une épicerie, s’incorporer veut dire créer sa société, un condo c’est un appartement dont on est propriétaire, une fournaise est un appareil de chauffage. Ce qui se traduit assez aisément, dans le contexte. Une excellente intrigue, précise et non dénuée d’humour.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 06:58

 

Voici une chronique plutôt destinée aux lecteurs du Québec. En effet, il est difficile de se procurer en France le premier roman de Louise Penny, En plein cœur (Flammarion Québec, 2010).

Loin des routes principales, Three Pines est un paisible village campagnard dans les Cantons-de-l’Est. Quand le corps de Jane Neal est retrouvé dans les bois ce matin-là, la police est bientôt sur les lieux. Âgée de 76 ans, cette enseignante retraitée a éduqué bon nombre d’habitants de la bourgade. Selon les premières constatations, il pourrait s’agir d’un accident de chasse. Pilotée par une jeune recrue, l’agente Yvette Nichol, l’inspecteur-chef Armand Gamache rejoint sur les lieux son équipe de la Sûreté du Québec. Son adjoint Beauvoir confirme que la vieille dame a pu être transpercée par une flèche, mais on n’a rien découvert autour. Ben Hadley est le témoin qui a trouvé le corps. Il est très marqué, car Jane Neal était une amie de sa mère, Timmer Hadley, décédée de maladie voilà quelques semaines. L’ancienne enseignante ne semblait pas compter d’ennemis.

PENNY-1Épouse du peintre Peter Morrow, elle-même artiste, Clara est sans doute la plus choquée parmi les habitants. Elle partageait avec Jane Neal une amitié telle mère et fille. Son mari a des difficultés à la réconforter. Le cercle des proches de la victime réagit diversement. Poétesse réputée, Ruth Zardo ne masque pas son caractère vif. Olivier Brûlé, qui tient le bistrot local, et son compagnon Gabriel sont peinés, mais ne le montrent pas trop. Ex-psychologue à Montréal, la bouquiniste Myrna est la seule Noire de Three Pines. Armand Gamache rencontre l’héritière de Jane Neal, la fière Yolande, agent immobilier. Pas de tendresse à attendre de cette femme, qui interdit à la police de pénétrer chez sa tante. Du vivant de celle-ci, personne n’entrait chez elle, d’ailleurs. Sans être vraiment à suspecter, le mari et le fils de Yolande sont connus pour leurs actes délictueux.

À Three Pines, il y a un club de tir à l’arc, dont le siège se situe dans l’ancienne école du village. Curieuse coïncidence, peut-être. Mais ici, beaucoup de gens pratiquent la chasse à l’arc, avec du matériel plus ou moins récent. Ayant réuni la population, Armand Gamache ne tarde pas à le vérifier. La policière Isabelle Lacoste a retrouvé une pièce de la flèche mortelle. Par contre, Gamache n’est pas très satisfait de la jeune Yvette Nichol, brouillonne et trop peu investie dans l’enquête. Est-ce qu’un trio de jeunes perturbateurs du village aurait un rapport avec la mort de Jane Neal ? Fort incertain. Le testament de la défunte parait incontestable, laissant quasiment tout à sa sèche nièce Yolande. Le policier Gamache a repéré un vieil affût et un sentier d’animaux, peut-être en lien avec le crime. Matthew Croft, son épouse et leur fils adolescent sont des pratiquants confirmés du tir à l’arc. Ce qui fait finalement d’eux les principaux suspects…

PENNY-1-UK-Canada

 

Écrit par une Québécoise anglophone, ce roman d’enquête joue essentiellement sur les ambiances et la psychologie des protagonistes. C’est ce qui explique un tempo narratif plutôt lent, mais riche en précisions. Axée sur le décor villageois, l’histoire rappelle un peu certaines affaires de l’inspecteur Barnaby, le héros créé par Caroline Graham. Notable différence, toutefois : Louise Penny souligne moins les hypocrisies inhérentes à une communauté comme celle-là. Elle décrit plutôt l’aveuglement du groupe, qui ne soupçonne jamais un des siens. Grâce à l’harmonie qui règne dans la bourgade, anglo- et francophones, ruraux et ex-citadins, hétéros et homos, se côtoient sans problème. Pourtant, cet équilibre n’est pas exempt de zones d’ombre. Policier expérimenté et ouvert, Armand Gamache trouve progressivement sa place dans cette bulle paradisiaque. Au risque d’être provisoirement suspendu de ses fonctions, à cause de son empathie pour la population. Pendant ce temps, son équipe n’est pas inactive. Il faut donc accepter le doux rythme campagnard automnal pour pleinement apprécier cette belle intrigue. Ce roman a été récompensé par plusieurs Prix littéraires au Canada, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Disponible au Québec, on espère qu’il sera prochainement diffusé en France.

www.flammarion.qc.ca

Cet article est dédié à l’ami Richard. Merci encore.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 06:57

 

Il est à craindre que Stanley Péan soit largement méconnu en France. Pourtant, se procurer ses livres n’est pas bien difficile (*). Né à Port-au-Prince en 1966, il vit au Québec depuis sa prime enfance. Son premier roman, Le tumulte de mon sang, date de 1991 et fut récompensé par un Prix littéraire. Ce n’est donc pas une nouveauté, mais il est toujours disponible (réédité en 2007, aux éditions La courte échelle)…

Péan-1Lui, c’est un jeune poète originaire d’Haïti, élevé par sa grand-mère au Québec. Elle, sa compagne journaliste Madeline Duché dite Mady, est également native d’Haïti. Elle fut élevée par son oncle et parrain, le colonel Rodrigue Duché, dans une propriété de Nouvelle-Angleterre. Une enfance protégée, bourgeoise même, dans ce manoir dont elle fut la Princesse du château. À l’initiative de Mady, le couple va passer quelques jours en amoureux chez Rodrigue Duché. Quand ils arrivent, ils sont (mal) accueillis par des gardes armés Noirs, sous la direction d’un certain Wilson. Il semble qu’une panne technique explique cette sécurité renforcée. Reçu par l’oncle de Mady, le couple s’installe. Troublé par l’ambiance inquiétante du manoir, le jeune Haïtien cauchemarde dès la première nuit.

Le lendemain matin, il fait la connaissance de Ouidah, l’ex-nounou de Mady. Il remarque le regard perçant et méfiant de cette Haïtienne. Dès le premier réel contact avec le colonel Duché, le jeune intellectuel éprouve une nette aversion envers ce militaire. Certes, l’oncle fut plutôt un opposant à Papa Doc, mais on peut s’interroger sur l’aisance financière dont il jouit. Ce n’est sans doute pas le fruit d’une honnête activité. Rodrigue Duché reste imprécis sur les menaces dont il serait l’objet. Pour sa sécurité, il a besoin de ces mercenaires armés. Wilson, leur chef, se montre insultant envers le jeune invité. Mulâtre au teint noir pâle, il accepte mal les termes mal blanchis et Haïchiens. Il apparaît que le cynique Wilson est, en réalité, agressif envers tout interlocuteur.

Rodrigue Duché adopte finalement le compagnon de sa nièce et filleule. Il a lu et apprécié la poésie du jeune homme. Pourtant, ce dernier continue à se sentir mal dans ces lieux. Il est victime d’hallucinations et d’autres cauchemars. Assez habituelle, la légende du manoir maudit n’explique rien. La nounou Ouidah reste discrète sur les menaces évoquées par l’oncle. Néanmoins, le danger se précise bientôt. Puisqu’un chien ragé rôde dans la propriété, il serait prudent que le couple s’en aille. Mady s’y refuse obstinément. Ni son oncle, ni son compagnon ne parviennent à la décider. La suite va prendre une tournure dramatique…

 

L’auteur s’inspire de ses racines haïtiennes pour cette fiction à suspense. On y trouve des références marquées au vodou. Plus que religion ou sorcellerie, le vodou exprime l’âme traditionnelle haïtienne. Un glossaire nous permet de traduire certaines formules créoles d’Haïti, et nous présente quelques personnages ayant jalonné l’Histoire de ce pays. On devine le parallèle entre cette maison maléfique et les tragédies qu’a connu Haïti au fil du temps et des dictatures.

A-t-on jamais vu un pays si petit, si pauvre, avec autant d’écrivains, d’intellectuels et de penseurs de tout acabit par pied carré ?Là, vous avez tort, colonel. Le principal problème du pays, de toute l’Amérique latine à vrai dire, c’est le trop grand nombre de soldats ambitieux qui voudraient tous être Pinochet.Certes, comme le précise l’auteur, nous observons Haïtidepuis des balcons trop éloignéspour comprendre tous les enjeux menant à la pauvreté permanente de cet état. Toutefois, Haïti ne possède pas moins de richesses et de capacités humaines que tout pays. Il n’est pas absurde d’imaginer une volonté internationale de maintenir Haïti et quelques autres contrées dans la misère, afin de les présenter comme exemples d’incompétence et d’instabilité. Si elle est utile, l’aide caritative n’apporte guère de solution à long terme pour Haïti. Cette opinion personnelle nous éloigne du contenu de ce livre, pas de son contexte. Un roman de très belle qualité.

 

(*) Par exemple, dans cette librairie (cliquez) mais il existe d'autres points de ventes.   

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 07:11

 

Parmi les nouveaux titres de la collection Coups de Tête, voici Zones 5 de Michel Vézina. Rappelons que ces romans sont disponibles en France.

Au Québec, dans un futur proche. Indépendant depuis quelques décennies, le pays appuie son économie sur l’exportation d’eau, richesse désormais rare. Une filiale de la Lyonnaise des Eaux, la Boréale, s’est associée au pouvoir en place pour dominer économiquement le Québec. Un découpage permet aux nantis de se protéger dans les Zones 1, tandis que les populations sont reléguées selon leur niveau de pauvreté dans les Zones 2, 3 et 4. VEZINA-zones5Accès et déplacements sont contrôlés depuis La Grande Expropriation qui a vidé une partie du pays.

Des groupes marginaux espèrent échapper au système mis en œuvre. Ils se sont installés dans d’anciens villages de l’Est, laissés à l’abandon. C’est ainsi que Jappy, sa compagne Élise, Ender, et quelques amis squattent à Blanc-Sablon, sur le Golfe du Saint-Laurent. Selon Jappy, il s’agit de concrétiser des Zones Autonomes Temporaires, inspirées des TAZ du philosophe anarchiste Hakim Bey. Ses propositions sur l’insurrection permanente, au lieu de vaines révolutions, ont séduit Jappy. Ender et son disciple Diego, ainsi qu’Élise, sont plutôt partisans d’un activisme minant la société actuelle. Détourner les infos officielles via Internet est un jeu. Les réseaux entre villages squattés peuvent leur permettre d’aller beaucoup plus loin dans leur résistance.

Bien qu’occupé, surtout depuis que leur groupe grossit, Jappy s’ennuie. Élise à accouché de leur enfant, Kassad, un bébé très particulier. Cette naissance ne suffit pas à l’enthousiasmer. Quand la Compagnie Collective des squatteurs décide d’arraisonner un cargo de passage dans la baie, Jappy retrouve un certain entrain. Avant de saborder le navire vidé de sa cargaison, les pirates recueillent l’équipage et les clandestins maltraités venus du Kivu. Parmi ces Noirs, Jappy repère instinctivement la belle Shade, attirante par sa nature combative. Les actes de piraterie maritime se poursuivent bientôt. Opérations excitantes autant que fructueuses, sans doute. Pourtant, partisan de vivre secrètement loin de la société, Jappy mesure vite le danger de tant s’exposer. Sous l’influence d’Ender et de Diego, l’ensemble des squatteurs se laisse trop facilement entraîner.

Bien que Rimouski soit une ville hyper protégée, dédiée au tourisme et à la culture encadrée, Jappy parvient à s’y infiltrer un temps. Grâce à ses contacts sur place, ils peuvent organiser un petit bordel, c’est-à-dire quelques trafics illicites. L’attaque d’un navire pétrolier est une réussite, piraterie d’envergure qui fait réagir les autorités. Maintenant, les bateaux seront escortés sur le Saint-Laurent. Forts de leurs succès, les groupes marginaux s’éloignent des préceptes simples des ZAT. S’en prendre à un paquebot de croisière transportant de riches clients, Jappy est hostile à cette idée. Bien qu’il participe à l’assaut, la suite lui donne raison. Même dans l’adversité, il peut compter sur ses contacts. Tels Big Jo et Gloria, ses amis de Rimouski, ou les Innus ralliés à leur combat…

 

Sociologues ou statisticiens nous parlent d’une vision raisonnable de l’avenir. Politiques et économistes se contentent de gérer notre monde à court terme. Présenter une version alternative de la société de demain est le rôle qui incombe aux romanciers.

C’est-ce que nous propose Michel Vézina dans ce polar futuriste, de la série Élise. La précision narrative nous permet d’imaginer facilement l’univers qui est décrit, même si l’on n’est pas québécois. Il n’est jamais inutile de souligner la mainmise des groupes financiers sur les décisions politiques. Le rejet d’un système, qui n’est profitable qu’aux élites les plus aisées, amène diverses éventualités. Entre le mythe de Robin des Bois et les idées anarchistes d’Hakim Bey, entre devenir pirate pour subsister et mener une guérilla révolutionnaire contre l’État, les motivations sont divergentes. Sans doute est-ce là l’ambiguïté des utopies. Voilà ce qu’illustre l’auteur à travers cette histoire.

Outre le propos sociétal, c’est aussi un roman d’aventures, dont les libres héros vivent de multiples péripéties et sont confrontés à de réels périls. La marginalité exige parfois des actes délictueux ou criminels. Nuancée, la psychologie des personnages montre leur caractère humain dans une époque qui aura aseptisé tout sens de la liberté. Un scénario d’une originalité extrêmement séduisante.

Lire aussi la chronique que Paul Maugendre consacre à "Zones 5" chez Mystère Jazz.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 06:58

 

Luc Baranger importe Gabriel Lecouvreur au Canada. Dans Maria chape de haine (Éd.Baleine), Le Poulpe enquête au Québec…

Si son frère évolue dans d’influents milieux politiques et sa sœur dans les hautes sphères bancaires, le policier Réal Larouche n’est pas le plus brillant enquêteur du Québec. Quand on retrouve un cadavre sur la rive du lac Memphrémagog, il est chargé de l’affaire. L’homme n’est pas mort noyé, ni à cause de la balle qui lui a éclaté la rotule, mais d’un violent coup de marteau sur la nuque. C’est grâce à ses chaussures que la victime est bientôt identifiée. Il s’agit de Quentin Cointreau, un Français installé près de Magog depuis une vingtaine d’années. Il s’occupe d’une auberge locale avec son épouse Maria Dansereau.

BARANGER-PoulpeQuand Maria contacte Gabriel Lecouvreur, ce dernier ne tarde pas à sauter dans un avion, en direction du Québec. Quentin Cointreau, c’était son meilleur ami d’enfance, presque son jumeau puisqu’ils étaient nés le même jour. Quentin et son frère furent élevés par un père qui finit en prison. Ado révolté des années 1970, Quentin adopta les théories des anars les plus radicaux. Son chaotique parcours passa par l’Armée, avant qu’il n’entraîne Gabriel avec lui au Québec, vingt-sept ans plus tôt. Marquée par le froid et la dèche, l’expérience tourna vite court pour le Poulpe. Un peu à cause de la belle Maria, dont tous deux étaient amoureux. Cette ex-junkie et Quentin se mirent en couple, tandis que Gabriel rentrait en France. C’est en héritant des chambres d’hôtes de sa grand-mère que Maria et son compagnon purent heureusement sortir de la mouise.

Certes, le domaine touristique qu’ils exploitent fonctionnent bien. Pour disposer d’autant de fric, c’est que Quentin s’occupait d’autres affaires. Le révolutionnaire ardent d’autrefois semblait bien s’être accommodé de la société capitaliste nord-américaine. Quand, débarquant au Québec, Gabriel questionne Maria à ce sujet, elle prétend ne rien savoir des activités extérieures de Quentin. Qu’il interroge leur voisin, un vieux Breton de soixante-seize ans nommé Cadoudal.

Dés le lendemain, le Poulpe se rend chez celui-ci, où il est accueilli par une ourse très câline. Cad est un aventurier ayant vécu plusieurs vies. Il connaît les activités parallèles de leur défunt ami. Quentin commença par un petit bizness de chantage à crédit, avant que les deux hommes ne s’associent pour des coups plus juteux. Jouant parfois à Robin des Bois, il organisèrent pour leur propre profit de fructueux rackets. Que Réal Larouche vienne les interroger n’inquiète guère le vieux Cadoudal. Le trio a toutes les raisons de bien s’entendre, surtout quand la menace se précise. Maria étant maintenant en danger, il s’agit de la sauver…

Si le Poulpe est voyageur, il traverse rarement les océans. Pourtant, le voici à 130 kilomètres à l’ouest de Montréal, dans une station touristique de l’Estrie, entre lac et montagne. Les souvenirs concernant son ami tiennent une large place dans cette histoire. Que sont les anars d’antan devenus, au fil du temps ? Pour Gabriel, c’est aussi l’occasion d’explorer la situation politico-économique du Québec, où les malversations ne seraient pas plus rares qu’ailleurs, nous dit-on. L’exemplarité resterait une notion relative là-bas aussi ? Luc Baranger est généreux en vieil argot français, sans négliger le savoureux langage québécois. Pas avare non plus d’images évocatrices : Le Poulpe regardait [Maria] bouche bée, fasciné, comme si elle était la Vierge Marie en string léopard ligotée par des lanières de cuir au grand menhir de Locmariaquer. (Petite rectification anecdotique : surnommer le vieux Cadoudal le Bigouden est erroné, car Kerléano dont il est natif se trouve dans le Morbihan). C’est un fort sympathique épisode du Poulpe qui nous est proposé une fois encore.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 06:11

Déjà publié au Québec, Lazy Bird d’Andrée A.Michaud est disponible en France dès le 28 octobre 2010 (Éditions Seuil). C’est le premier titre de cette auteure confirmée que nous découvrons.

Animateur de radio québécois, albinos, Bob Richard n’a guère d’amis, à part son chien Jeff. Il reste marqué par la mort prématurée de ses parents, quand il avait vingt ans. On lui propose une émission de nuit pour une radio du Vermont, un programme axé sur le jazz et le rock d’anthologie. Cliff Ryan, son prédécesseur, a déserté sans préavis. Pour Bob Richard, frontalier sans véritables racines, les Etats-Unis ne représentent pas un exil. Depuis des années, je traduisais ma vie du français à l’anglais, et inversement, de même que celles des gens croisés au hasard de mes allées et venues. Plus souvent qu’autrement, j’avais l’impression d’être né dans un roman américain traduit au Québec. C’est ainsi que le 26 juin 2007, Bob Richard s’installe à Solitary Mountain, commençant à la radio le soir même. Après quelques jours dans un motel, il loue le Blossom Cottage, MICHAUD-2010dont la propriétaire est une homonyme de Rita Hayworth. Ses rares amis, il va les trouver au Dinah’s Diner. D’abord, il y a là l’aimable serveuse Georgia. Surtout, il sympathise avec Charlie Parker, autre homonyme, un sexagénaire excentrique.

Une auditrice téléphone plusieurs fois durant son programme, demandant : Play Misty for me. Son insistance n’est pas sans rappeler à Bob Richard un film de Clint Eastwood. Des appels peut-être inquiétants. À part Charlie et le patron de la radio, l’animateur n’est entouré que de femmes. Georgia, Polly Jackson qui anime l’émission d’avant minuit, June Fisher et sa mère Vera, Sarah Cassidy. Et puis, il y a le cas de Lucy-Ann Thomas, qu’il a surnommé Lazy Bird. Mineure, la jeune fille fuit la normalité. Si elle se montre parfois agressive avec Bob Richard, celui-ci reste protecteur. Logiquement, Lazy Bird est la première qu’il soupçonne d’être l’énigmatique Misty, mais il réalise son erreur. Cassidy, le policier local, ne parait d’abord pas accorder d’importance à son histoire. Pourtant, Misty fait bientôt planer une menace sérieuse, allant même jusqu’à blesser le chien de Bob Richard, là-bas au Québec. Maigre indice, le parfum Late Summer est sans doute trop courrant pour identifier Misty. Ayant croisé plusieurs fois un chevreuil albinos rôdant autour de la ville, Bob Richard pourrait y voir un signe maléfique.

Cliff Ryan, son prédécesseur à la radio, a disparu. Lui aussi semble avoir reçu les appels téléphoniques menaçants de Misty. Quand le policier Cassidy fait fouiller la décharge d’ordures, on y découvre le cadavre d’une femme. Puis c’est Lazy Bird qui choisit de disparaître, avant que Georgia ne démissionne du Dinah’s Diner. Cette dernière se sent aussi menacée. Insidieusement, la mort gagne du terrain à Solitary Mountain. Prise en charge par les services sociaux, Lazy Bird serait probablement à l’abri, si elle était capable de s’adapter à la situation. Bob Richard continue à chercher qui, dans son entourage, est la mystérieuse Misty…

 

Pour aborder l’histoire, il est indispensable d’imiter le héros, de s’installer avec lui dans cette petite ville du Vermont. Car le lecteur entre dans un roman psychologique cultivant une ambiance mêlant le quotidien et l’énigme. Bob Richard apprend à connaître les personnages, insolites ou instables, qu’il est amené à croiser. Sans être précisément des marginaux, ils ont un parcours de vie singulier. Secrète par nature, la nuit fait partie du décor. Comme sur un tempo de jazz lent, on avance vers une intrigue criminelle qui ne se dessine que progressivement. Qu’on ne cherche pas une stricte enquête policière. D’ailleurs, Cassidy l’explique bien : Le crime n’est pas toujours rationnel, Richard. Il faut parfois se laisser porter par l’incohérence de la folie pour saisir le sens du mal qui l’habite. Néanmoins, l’aspect meurtrier reste une ligne directrice du récit.

Est-il nécessaire de souligner que l’on nous propose de multiples références musicales, de John Coltrane aux Doors, en passant par plusieurs grands noms du jazz ? Le cinéma est également très présent, aux marges de ce scénario. Si ce roman est teinté d’une certaine nostalgie, c’est dans le regret que règne désormais une banalité du comportement, un manque de caractère : Les Baby Doll et les Lolita d’aujourd’hui ne pouvaient être que des versions édulcorées de celles d’antan, des filles ne connaissant pas la véritable odeur du péché, alors que la peau des authentiques Baby Doll secrétait cette odeur à la fois acide et huileuse qui damnait les hommes. Voilà une histoire qui, par ses diverses facettes, s’avère riche et excitante.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 06:14

 

Le roman de Dominic Bellavance Toi et moi, it’s complicated est une des nouveautés de l’automne 2010 la collection Coups de tête. Sans doute n’est-ce pas strictement un polar, mais l’histoire s’avère très réussie…

Daniel Perrault est étudiant en deuxième année au Cégep de Sainte-Foy, au sud-ouest de la ville de Québec. Ce qui l’intéresse plus que tout, c’est Facebook. Il est connecté quasiment en permanence sur ce réseau social. Ce jour-là, parmi ses messages, une maudite surprise l’attend. Il est le héros d’une suite de vidéos. On l’y voit en train d’embrasser fougueusement la belle Vickie dans une soirée d’étudiants. Certes, Daniel est censé être célibataire, mais il a une petite amie depuis huit mois. Il ne tient pas trop à s’afficher avec Véronique Larose, un peu à cause du look gothique de sa blonde. Daniel ne connaît pas cette Anne-Sophie Mainguy, qui l’a ainsi filmé avant de diffuser ça via Facebook. BELLAVANCE-2010Sans doute Maude, son ex, peut renseigner Daniel. Il préfère interroger Sara, la meilleure copine de Vickie. Elle ne la situe pas, non plus. S’il veut qu’elle l’aide pour séduire la craquante Vickie, Daniel est ben obligé d’expliquer son cas à Sara.

Maintenant, l’étudiant veut savoir qui est cette Anne-Sophie Mainguy. Rien de plus simple pour lui que de pirater le compte de cette fille. Les échanges entre Anne-Sophie et ses correspondantes sont clairs : il s’agissait bien d’espionner et de piéger Daniel en le filmant. Celui-ci doit se résoudre à rompre avec Véronique. C’est toujours désagréable de casser avec une fille (…) D’abord, elle ne comprend pas la nouvelle qui lui arrive de même, en pleine face; ensuite c’est l’engueulade, jusqu’à ce que le deux parties aient la mâchoire fatiguée. Et enfin, on retourne chez soi, on baisse les stores et on danse tout seul dans sa chambre: youpi, c’est fait! Affaire réglée, même si Daniel n’a pas de preuve formelle que l’hypothétique Anne-Sophie Mainguy ne soit qu’un leurre inventé par Véronique. Il est temps pour lui de faire la conquête de la belle Vickie. S’il a trouvé l’âme sœur, pas question de rater l’occasion.

Sur une autre vidéo, brièvement diffusée, on voyait Anne-Sophie prête à faire une fellation à Steeve, un bon pote de Daniel. Si c’était bien Véronique grimée en Anne-Sophie, ça permet à Daniel de déculpabiliser. Les affaires de cœur se présentent au mieux. Puisque Sara l’ai aidé concernant Vickie, Daniel favorise son rapprochement avec Steeve. Pourtant, tous les comptes ne sont pas à jour. Daniel devrait se montrer moins sûr de lui, et de Facebook…

 

Il ne s’agit donc pas d’un roman criminel. Encore que, finalement…? Parmi toutes les ressources qu’Internet met à notre disposition, les réseaux sociaux ne sont pas exempts d’effets pervers. Que des utilisateurs en deviennent accros, nul doute là-dessus. Certains y étalent beaucoup trop d’éléments sur leur vie privée sans évaluer les risques : Ça prouve que [Vickie] ne capote pas sur la confidentialité de ses informations. Par défaut, tous les violeurs de la ville peuvent savoir qu’elle existe. Sur Facebook, on valide sans vérification n’importe quel "ami" : Je pensais que même le chien du concierge du cégep était dans tes amis. Ce qui peut amener des embrouilles dans le relationnel vis-à-vis d’un groupe, ainsi que le montre cette histoire.

L’auteur nous raconte une sorte de fable moderne, dont la tonalité est humoristique, voire ironique et grinçante. Les lecteurs français rencontreront ici de multiples exemples du vocabulaire québécois, mâtiné de mots anglophones. La traduction n’est pas bien difficile, c’est même un jeu assez plaisant. Grâce à un traitement actuel du sujet, voilà un court roman fort sympathique et plutôt original.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 06:04

 

Parmi les nouveautés d’automne 2010 dans la collection Coups de tête, voici le roman de Dominique Nantel L’humain de trop. De la science-fiction qui ne nous éloigne pas tellement du polar, on va le constater.

La jeune et frêle Fasciola n’a pas d’existence légale, dans cet avenir proche où la Loi n’autorise qu’un enfant par famille. Sa mère Sarah l’a longtemps cachée et protégée. Risquant fort d’être dénoncée, Fasciola s’enfuit de son village natal. Ignorante du monde miséreux et de la bassesse humaine, elle n’a d’autre choix que de poursuivre son voyage jusqu’au port. Là, elle embarque avec des masses de pauvres gens vers Cité-Sur-Mer. NANTEL-2010Moins il y a de survivants à l’arrivée, mieux ça vaut, c’est la consigne.

Immense mégalopole flottante, la cité s’étend à perte de vue sur l’océan, elle est peuplée dit-on de tout ce dont le continent n’a pas voulu : ramassis de loques humaines, de racailles et d’assassins sanguinaires. Cité-Sur-Mer repose sur des milliers de radeaux arrimés les uns aux autres, toujours en mouvement… Dans cette ville où l’on doit sans cesse bouger, le plus difficile consiste à trouver un endroit pour dormir. Devant supporter promiscuité et risques d’agression, la fragile Fasciola se repose peu et mal. Il lui arrive d’agir en somnambule, tel un zombie, donnant à penser qu’elle se prostitue.

Quand les dangereux Hommes du Docteur s’attaquent à Fasciola, Mitri et son géant ami Sweet interviennent. C’est au bar Pit, dans le quartier CCB24, que ces marginaux tiennent leur QG. Ils y accueillent Fasciola. Ce qui ne plait pas du tout à leur copine Bylie, une amazone à la démarche de tueuse. Pour Bylie, il est clair que cette maigrichonne anémique ne ferait pas long feu dans la cité. Entre cette affamée d’expériences sexuelles qu’est Bylie, et Sweet l’obsédé de vidéos pornos, Fasciola n’a effectivement pas sa place. Le mouvement Squat revendique l’occupation des propriétés des plus riches, souvent inoccupées. Mitri est le plus efficace pour forcer les serrures. Chef des Chasseurs de Squats, Mike Cody n’est jamais parvenu à l’en empêcher. Mitri initie Fasciola à l’art d’entrer par effraction dans les maisons et appartements. Elle fait vite des progrès.

Quand Mitri et Fasciola squattent Le Sanctuaire, propriété du grand patron de la multinationale dominant le monde, les choses tournent mal. Consciente qu’elle fascine l’inspecteur Gonogo, Bylie a dénoncé Fasciola sans savoir que Mitri serait avec elle. C’est ainsi que Mike Cody peut enfin piéger son adversaire. Enfermé comme dans un bunker, le duo risque la mort. Mais Sweet alerte Sarah, la mère de Fasciola. Via ses réseaux, Sarah organise l’offensive contre la multinationale. Elle fait circuler des rumeurs, qui entraînent un début de rébellion, suivi d’une risposte sanglante. À Cité-Sur-Mer comme sur le continent, la population s’agite. Tandis que Sweet sauve Bylie en péril, Mitri et Fasciola vont devoir affronter Mike Cody. Ce qui va offrir un début d’explication à l’amnésie dont souffre Mitri, et ouvrir la porte à bien d’autres révélations…

S’il faut étiqueter la littérature, ce roman de science-fiction nous donne un très bel exemple de polar futuriste. Le monde qui y est décrit reste l’hypothèse fort possible d’un avenir sombre, âpre, violent, oppressif. Probable univers où règnera encore l’individualisme forcené, alors que la solidarité serait la bonne réponse. Peut-être cette voie va-t-elle se dessiner, d’ailleurs. Comme la chétive Fasciola, ses amis possèdent chacun son secret, lié à son parcours de vie. Au fil de l’histoire, on nous les révèle progressivement. Avec quelques surprises, assez spectaculaires. Des personnages attachants, peut-être parce que leur faiblesse ne les rend pas cyniques. Ils conservent une pureté dans leur opposition à ce monde-là, sinistré. D’où l’importance du contexte social dans lequel ils évoluent. Dominique Nantel nous propose ici un roman d’anticipation très réussi.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Spécial Québec
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