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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 04:55

Scénariste, Claude Combel est marié à Maud. Au soir de la présentation du nouveau film écrit par Claude, son épouse semble contrariée par l’histoire qu’il a développée, inspirée d’une de ses relations amoureuses passées à lui. Dès lors, Claude se met en tête que Maud a un amant. Si c’est le cas, il ne peut s’agit que de Richard, partenaire de tennis et ami d’enfance de son épouse. Jouant les espions, son idée se confirme. Aimant toujours Maud, il ne veut pas la perdre. Aussi cherche-t-il comment éloigner Richard de sa femme, comment reconquérir Maud.

Le scénariste met au point un plan machiavélique. À son insu, Maud avale des produits de régime qui la rendent malade. Bientôt, elle perd anormalement du poids. Claude est omniprésent pour s’occuper de la santé de son épouse, ce qui montre qu’il tient plus à elle que Richard. Mais le docteur Weber, qui connaît bien Maud, ne s’explique pas les maux dont elle souffre. Il place une infirmière à domicile, Martine, pour veiller sur la jeune femme. Claude ne tarde pas à comprendre le rôle de l’infirmière. Le plan initial du mari se complique lorsque se produit un drame…

André Lay : Les enlisés (French Pulp Éditions, 2017)

Lorsqu’il a revu Maud après plusieurs années, son amour de jeunesse a rejailli comme un feu couvant sous la cendre. Seulement, ils avaient perdu l’innocence, la candeur de leur enfance ; tous leurs beaux, leurs purs souvenirs les ont conduits banalement dans un lit, où leurs étreintes d’amant et maîtresse ont forcément flétri les images qu’ils s’étaient faites de leur passé. La réalité ne remplace jamais le rêve, elle est faite d’une multitude de gestes, de pensées, sans poésie ; et leur passé romantique transformé en étreintes sensuelles où Maud a échangé son auréole de jeune fille sage contre des caresses apprises par un autre.
Malgré ses sentiments, Richard a forcément comparé avec ses aventures précédentes. Finalement, Maud est devenue une maîtresse de plus. Le fait qu’elle m’ait caché sa liaison, prouvant qu’elle ne désirait pas le divorce, a inévitablement amené Richard à songer qu’un jour ou l’autre leur aventure cesserait alors.
Le temps de réfléchir à tout cela, Richard et Maud se sont embrassés en bons camarades. Elle le remercie encore pour les violettes, qui doivent avoir un symbole, puis me laisse le raccompagner.

André Lay (1924-1997) fut un des piliers de la collection Spécial-Police du Fleuve Noir. De 1956 à 1987, il y publia cent quarante romans. Dont dix-huit ont pour héros récurrent le commissaire vénézuélien Perello Vallespi, un gros bonhomme qui s’excite vite. Dans une autre série, vingt-et-un titres sont consacrés au shérif Garrett, sévissant dans une bourgade du désert mojave. Il s’agit dans ces deux cas d’aventures souriantes et très agitées. Ses autres romans, plus d’une centaine, ne visaient pas spécialement l’originalité de l’intrigue criminelle, reprenant bon nombre de thèmes classiques du polar.

Par contre, André Lay fut de ceux qui, variant les décors de ses histoires, savaient installer des ambiances. Un lieu précis et ses alentours, une petite poignée de personnages, une relation malsaine entre ceux-ci, une vengeance ou un motif justifiant de supprimer l’adversaire… et c’est ainsi qu’avec une narration simple et fluide, il entraînait ses lecteurs dans une affaire solide. La psychologie et le suspense ne sont pas absents chez cet auteur. On le constate dans ce roman initialement publié en 1973.

Après avoir réédité plusieurs titres d’André Lay en format numérique, French Pulp Éditions propose désormais “Les enlisés” en version livre. Bonne initiative, car c’est une excellente manière de redécouvrir un romancier expérimenté de son époque.

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 04:55

Paris, 1959. Norbert Chevalier est un homme jeune et séduisant, ressemblant un peu à Cary Grant. Expert en comptabilité, il est aujourd’hui fondé de pouvoir de la société de son ami Claude Leduc. Tous deux furent employés par une grosse compagnie. Quand Leduc fit un bel héritage, il fonda son entreprise de bijoux fantaisie, commercialisant en gros et en demi-gros. Naturellement, il engagea Norbert Chevalier comme comptable. D’autant que Claude Leduc voyage à travers l’Europe pour trouver des fournisseurs, laissant la gestion à son ami. Et quand il est à Paris, Leduc s’ennuie quelque peu. Sa solitude lui pèse parfois. Possédant un physique très ordinaire, à l’inverse de Norbert, il a peu de succès avec les femmes. Il a ses habitudes auprès de Christine, une prostituée.

Outre son métier, Norbert ambitionne de devenir auteur de théâtre. Il a écrit une pièce, dans laquelle jouera son amante Yanka Renaldi. C’est son idéal féminin, cette rousse de trente-cinq ans, aux yeux violets, au regard étrange, au visage félin. Faute de trouver un théâtre pour monter sa pièce, Norbert a décidé de produire lui-même le spectacle. Débuts à Bruxelles d’ici peu, puis tournée sont prévus. Pour la rendre plus attractive, la pièce aura une intrigue criminelle. Toutefois, le coupable ne sera pas puni, pour changer. Afin de se financer, Norbert a détourné quelques millions des comptes de la société de Claude Leduc. Il ne craint pas tant la réaction de son ami, mais c’est la banque qui risque de bientôt faire pression, car le prétexte qu’avance Norbert ne tiendra plus longtemps.

À ses yeux, le plus simple est d’éliminer Claude Leduc, en commettant un crime parfait. Il lui suffit de reprendre le plan prévu dans sa pièce de théâtre. La blonde Suzanne Tassigni – qui aime bien être surnommée Suzette – est une jeune femme très attirée par Norbert, qui lui ne la traite qu’en amie. Célibataire de condition modeste, Suzanne souhaiterait que Norbert comprenne ses sentiments. Pour la mise en œuvre de son projet, il faut d’abord que Claude et Suzanne se rencontrent. Le rusé Norbert s’arrange pour ça. Sans être une femme intéressée par l’argent, Suzanne n’est pas mécontente que Claude lui offre des cadeaux, ce qu’elle n’aurait pu payer elle-même. Amoureuse ? Sans doute pas. D’ailleurs, quand Claude lui propose de l’épouser, Suzanne refuse.

De nouveau, c’est l’occasion pour Norbert de jouer au conseiller matrimonial, pour tous les deux. Son meilleur atout, c’est qu’il cerne le caractère de Claude et Suzanne : “Jusqu’à présent, dans la réalité, tout ne s’est-il pas passé comme si j’avais écrit le scénario moi-même ? Un auteur ne connaît jamais ses personnages à fond, car il y a toujours un côté de leur personnalité à laquelle il n’a pas pu penser et qui lui échappe. Un côté flou. Moi, je connais ces deux-là par cœur.” La soirée du crime peut commencer, Norbert continuant à manipuler ses deux amis…

Fred Kassak : Crêpe-Suzette (1959 – Le Masque, 2003)

Ainsi cette fois, après avoir aspiré quelques profondes bouffées de sa cigarette, [Yanka] recouvra son sang-froid, se repoudra le nez et déclara que tuer un homme pour ne pas se faire accuser d’escroquerie et risquer ainsi la peine de mort pour éviter dix ans de prison, correspondait à peu près à faire une plaie pour guérir une bosse.
Norbert représenta que le problème se posait autrement : il s’agissait d’éviter dix ans de prison certains en risquant une peine de mort possible. Il évoqua le jeu de quitte ou double et le pari de Pascal. Il savait qu’elle serait sensible à cet argument : elle aimait comme lui le jeu et le risque. Elle lui reprocha pourtant de défier le sort en commettant simultanément un crime parfait dans sa pièce et dans sa vie. C’était attirer le soupçon.

Ce roman fut initialement publié aux Éditions L’Arabesque en 1959, dans la collection "Crime Parfait ?". Il fut réédité en octobre 1990 aux Éditions du Masque, en format poche, dans la collection Les Maîtres du roman policier. En mars 2003, “Crêpe-Suzette” fit partie de l’ouvrage rassemblant plusieurs polars souriants de Fred Kassak, dans la collection "Les Intégrales du Masque". Cet auteur, qui fut par ailleurs récompensé par le Grand Prix de Littérature Policière et par le Prix Mystère de la critique, a beaucoup compté dans l’histoire du polar. Également en tant que scénariste pour la télévision et pour la radio.

S’il a écrit des titres plus sombres, “Crêpe-Suzette” est une comédie à suspense. On pourrait le qualifier de "roman malin qui fait mouche". Car l’intrigue, très vivante, n’est pas présentée de façon ordinaire. Ce diable de Norbert ne cache nullement son but, il en discute ponctuellement avec son amie Yanka. Mais comment les choses vont-elles se passer concrètement ? Y aura-t-il vraiment meurtre ? Être insoupçonnable n’est jamais si facile, même si l’on a tout planifié. Évidemment, on peut y voir aussi l’ambiance de la fin des années 1950, ce qui ne gâte rien. Un roman et un auteur à redécouvrir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 04:55

Vaste renouvellement des députés à l’Assemblée Nationale, en ce début de mandature parlementaire. Chacun prend ses repères, et le doyen des élus prononce le traditionnel discours inaugural à la tribune. Âgé de quatre-vingt-sept ans, Constantin Reverdion n’est plus aussi vaillant qu’il l’a été : il est victime d’un infarctus en public. La mort naturelle ne fait pas de doute. Pourtant peu après, l’AFP reçoit un courrier annonçant qu’il s’agit d’un meurtre, que l’on doit attribuer à un mouvement terroriste. Les élus s’interrogent sur le risque d’attentat visant ainsi l’autorité de l’État, au cœur même de l’Assemblée. Le député Raoul Talpin, habitué à se faire réélire, s’émeut peu de l’affaire. Comme chaque week-end, il retourne dans sa circonscription, auprès de sa population électorale.

Arlette Lecoin est une petite chanteuse locale âgée d’une vingtaine d’années. Même si elle est fiancée à Henri, mécanicien et gardien de but, c’est à sa carrière potentielle qu’Arlette pense en priorité. N’a-t-elle pas connu un vague succès grâce à un passage à la télé ? Elle fait la connaissance de Raoul Talpin et de son suppléant Pierre Valabray. Chef d’entreprise, ce dernier est moins passionné par la politique que le député Talpin. Arlette sait qu’elle a là une carte à jouer. Elle s’arrange pour emprunter le même TGV, quand l’élu retourne à Paris. Talpin promet de s’occuper d’elle, de l’aider pour sa carrière, non sans compensation intime. Il lui loue un studio pour la semaine dès leur arrivée. De son côté, Arlette reprend contact avec des amis de la télé, dont Hugues Malou, qui semble de bon conseil.

Arlette a accès à l’Assemblée Nationale, où Valabray la guide. Mais elle n’est pas venue en touriste, et se moque bien de la politique. Pour avoir des chances d’avancer, Arlette doit d’abord produire un disque. Comment le financer ? En privé, elle évoque avec le député le budget nécessaire, mais il diffère cette question. Hugues Malou a une idée : si Arlette filme en caméra cachée ses ébats avec Raoul Talpin, elle pourra faire pression sur lui grâce à cette vidéo. Cette péronnelle arriviste ne se choque pas d’en arriver à ce genre de chantage. De passage à Paris, son jaloux fiancé Henri a facilement trouvé l’adresse du studio d’Arlette. Elle le rassure sur sa fidélité, insistant sur son ambition de carrière. Mais Henri découvre la vidéo très intime d’Arlette et du député. Il est capable de se venger.

Face au chantage, Raoul Talpin consulte son suppléant Valabray. Il convient de régler le problème en évitant tout scandale. Sur ses deniers personnels, il paie une belle somme, donnant l’argent à Arlette qui sert d’intermédiaire avec le maître-chanteur supposé. Quand un colis piégé explose dans le bureau du député, comment ne pas y voir un lien avec la mort du doyen de l’Assemblée ? Vu le matériel utilisé, c’est plutôt du boulot d’amateur que l’œuvre de pros du terrorisme. La police déniche rapidement la piste d’Arlette, et c’est son fiancé Henri qui fait figure de principal suspect…

Gilbert Picard : Meurtre à l’Assemblée (Fleuve Noir, 1986)

Raoul voulut plaisanter. Mais son rire sonnait faux. Et il se souvint de son ami, le docteur Rami, un éminent cardiologue, qui lui avait conseillé d’éviter les émotions fortes. Il entendait encore dans son oreille ses sages paroles : "Pour ce qui est des émotions, contente-toi de celles que t’occasionne la politique. Laisse les autres aux jeunes. Il y a un âge où il faut savoir regarder les desserts sans les consommer." Pour conjurer le sort, et peut-être fuir une pointe d’angoisse, Raoul Talpin but une nouvelle coupe et prit une autre tranche du gâteau dont parlait le praticien […]
Prétextant qu’il avait des rendez-vous très tôt dans la matinée, il décida de partir en promettant à sa maîtresse de l’inviter le lendemain à déjeuner à l’Assemblée Nationale. Chacun y trouverait son compte. Elle découvrirait cet endroit prestigieux. Quant à lui, il est toujours flatteur à son âge de se montrer en compagnie de jeunes et jolies filles.

En tant qu’auteur de polars, Gilbert Picard a eu un palmarès plutôt prestigieux : Prix du Roman d’aventures 1977, Prix du roman policier de Royan 1979, Prix Moncey 1984, Prix de la Ville d’Antibes 1986. De 1975 à 1983, ses livres furent publiés dans la collection Le Masque, puis ils parurent chez Fleuve Noir. Il y publia des romans d’espionnage et d’anticipation, la majorité de ses titres figurant dans la collection Spécial-Police jusqu’en 1987. Notons encore deux livres parus chez cet éditeur, dans la coll.Crime Story en 1993 : “Spaggiari, ou le Casse du siècle” et “Waco, la secte en feu”. Il s’agit de romans s’inspirant directement de ces affaires spectaculaires.

Le Palais Bourbon et l’activité parlementaire servent de toile de fond à l’intrigue de ce “Meurtre à l’Assemblée”. Rien de comparable avec ce que nous connaissons aujourd’hui ? Si, quand même ! Voilà une trentaine d’années, les 577 députés étaient aussi dissipés que nos actuels élus. Et les professionnels de la politique s’arrangeaient pour ne pas être trahis par leur électorat, apparaissant ponctuellement dans leurs circonscriptions. Il existait déjà un contexte terroriste, sans doute un peu différent de celui des années 2010, mais pas si éloigné. Pour l’essentiel, l’aspect criminel concerne ici davantage des faits privés qu’une affaire publique ou politique. Encore que, parfois, les frontières soient minces. Une solide petite intrigue policière, racontée avec clarté par un auteur confirmé de l’époque.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 04:55

À Los Angeles, Bertha Cool a créé une agence de détectives privés, prenant pour associé Donald Lam. Directe et même irascible, Bertha Cool est une femme de poids, qui nourrit sans doute trop sa carrure d’obèse. Toutefois, on ne peut nier un certain dynamisme chez elle. L’allure de Donald Lam, pesant une soixantaine de kilos, est plus souple. C’est un ancien avocat qui s’est reconverti en tant que détective privé. Il n’est jamais à court de ruses et d’initiatives pour mener à bien ses tortueuses enquêtes. En cette année 1942, après l’attaque de Pearl Harbor, les États-Unis sont en guerre. Mais la vie continue dans le pays, et le duo de détectives poursuit ses activités.

C’est à La Nouvelle Orléans que se situe la nouvelle mission de Donald Lam et de Bertha Cool. Un avoué new-yorkais, M.Hale, les a engagés pour retrouver Roberta Fenn. Âgée de vingt-trois ans, elle a disparu trois ans plus tôt, alors qu’elle logeait dans un appartement du Vieux Carré, le quartier français traditionnel de la ville. Elle semble avoir utilisé un faux nom, Edna Cutler, à cette époque. Donald Lam ayant interrogé plusieurs témoins dans le secteur, il apparaît que Roberta Fenn serait toujours dans les parages. En effet, la jeune femme est devenue employée de banque. Elle habite dans un immeuble de Saint Charles Avenue. Le détective n’aurait pas de raison d’aller plus loin dans sa mission.

Pourtant, plusieurs éléments restent curieux. Roberta a été en contact avec un nommé Archibald Smith, de Chicago, qui ressemble fort à leur client, M.Hale. Donald Lam se demande pourquoi leur agence, basée en Californie, a été choisie pour retrouver Roberta Fenn, en Louisiane. Entre-temps, M.Cutler arrive de Los Angeles, recherchant son ex-épouse Edna. Leur divorce devrait être clos, mais un incident fâcheux pose problème. Un cadavre est découvert au domicile de Roberta. Le détective avait aperçu peu avant ce Paul Nostrander, avocat de trente-trois ans, aux abords de chez la jeune femme. Roberta a disparu, suite au meurtre. Quant à Cutler, il est toujours en ville, cherchant Edna.

Dans l’appartement du Vieux Carré, Donald Lam et M.Hale découvrent une cachette dans un meuble, contenant un revolver et des documents. Selon ces articles de presse, Roberta a été impliquée cinq ans plus tôt dans une affaire criminelle. Elle en fut une des victimes, ou peut-être la coupable. Donald Lam avait une piste au sujet d’Edna Cutler, du côté de Little Rock (Arkansas). Grâce à un de ces subterfuges dont il a le secret, le détective trouve l’adresse actuelle d’Edna, à Shreveport (Louisiane). Il quitte La Nouvelle Orléans, où le meurtre de l’avocat Nostrander reste non-élucidé pour la police. Il va tirer au clair les combines d’Edna Cutler, avant de se rapatrier avec Roberta Fenn en Californie. Malgré tout, il reste bon nombre de questions à éclaircir sur le rôle des protagonistes. Dont très peu sont vraiment innocents…

A.A.Fair : Des yeux de chouette (Le Masque, 1985)

Elle gravit les dernières marches en soufflant comme un phoque, suivit le couloir d’un pas de grenadier et levait la main pour frapper à la porte lorsqu’elle s’aperçut que celle-ci était entrebâillée…
— Attendez une minute, lui dis-je en l’empoignant précipitamment par le bras.
Je venais d’apercevoir, au milieu de la pièce, deux pieds d’homme dans une position insolite. Puis la porte, en achevant de s’ouvrir, découvrit le corps tout entier, affalé moitié sur un fauteuil moité par terre, la tête sur le plancher, une jambe repliée sur le bras du fauteuil. Un filet rouge sombre partait du sein gauche, avait traversé l’étoffe de la veste et s’était répandu sur le plancher en formant une mare d’aspect sinistre. Un coussin légèrement roussi, dont on avait dû se servir pour assourdir la détonation, gisait au milieu de la pièce.

Auteur de plus de quatre-vingt intrigues consacrées à l’avocat Perry Mason, Erle Stanley Gardner signa cette autre série sous le pseudonyme de A.A.Fair. De 1939 à 1970, Bertha Cool et Donald Lam furent les héros de vingt-neuf titres. La plupart furent publiés aux Presses de la Cité, coll.Un Mystère. “Des yeux de chouette” (Owls Don't Blink) date de 1942, c’est le sixième roman de cette série. Il a été publié en français dès 1950 dans les collections Détective-Club de l’éditeur Ditis. En 1985, ce roman fut réédité dans la coll. Le Masque. Le duo Bertha Cool-Donald Lam n’est pas sans faire penser à celui imaginé par Rex Stout, composé de Nero Wolfe (cent trente kilos) et de son assistant Archie Goodwin, qui mène effectivement les enquêtes – que la série d’A.A.Fair était censée concurrencer.

Racontées par Donald Lam, les investigations du détective privé sont fertiles en énigmes, en péripéties, en pistes à suivre, en suspects hypothétiques. Des enquêtes embrouillées, où l’on comprend bien vite qu’il suffit de suivre les pas du "privé". La caractérielle Bertha apporte une touche d’humour : cette fois, ce n’est pas en goûtant les spécialités culinaires de La Nouvelle Orléans qu’elle risque de maigrir. Mais elle n’a pas que des défauts, elle est patriote. Car c’est justement ce qui fait l’intérêt de cet épisode de leurs aventures.

L’action se déroule peu après l’entrée en guerre des Américains. Sur leur territoire, le quotidien change peu, mais le contexte est déjà présent. Ce qui n’empêche pas de continuer à faire la fête dans le Vieux Carré, entre Bourbon Street, Royal Street et autres rues fourmillant de bars-clubs avec entraîneuses. Esprit festif mais sans équivoque : Vous savez ce que c’est, à La Nouvelle Orléans. Il suffit qu’une femme aille s’asseoir dans un bar, et il y a aussitôt deux ou trois hommes autour d’elle. Mais ça ne tire pas à conséquence. Ce serait dans une autre ville, on vous prendrait tout de suite pour une grue. Là, non. Enfin, c’est La Nouvelle Orléans…” La description de l’ambiance contribue à rendre vivante cette histoire, témoignant de l’époque. Une série à redécouvrir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 04:55

Le détective privé Nestor Burma se rend à la Gare de Lyon, où sa secrétaire Hélène est censée rentrer de Cannes. Mais elle n’est pas dans le train en provenance de Marseille. La Foire du Trône n’est pas loin, place de la Nation. Il y a de l’animation, des attractions en tous genres, et des jolies femmes. Nestor en suit une sur le Super-Grand-Huit. C’est alors qu’il est attaqué par derrière, se bagarrant avec un inconnu sur le scenic-railway. Nestor a failli passer par-dessus bord, mais c’est l’autre qui s’est tué en tombant. Possédant une arme, le détective est obligé de s’expliquer avec les policiers du 12e arrondissement. Heureusement qu’il est un ami du commissaire Florimond Faroux, de la Criminelle. Celui-ci arrive bientôt à la rescousse, garantissant l’honnêteté de Burma.

La jolie femme remarquée par le détective a été choquée par l’accident car elle se trouvait dans le wagonnet juste devant, sur le scenic-railway. Elle s’appelle Simone Blanchet. Quant à l’agresseur, il se nommait Roger Lancelin. Soit il s’agissait d’un dingue, soit il y a eu méprise concernant Nestor Burma. L’année précédente, un accident similaire s’était produit sur le même Super-Grand-Huit. Le détective recueille le témoignage de la jeune victime, Geneviève Lissert, restée gravement handicapée depuis. Il n’aime pas ce genre de coïncidences. Il prend ensuite contacte avec Simone Blanchet. Elle ne connaît pas non plus l’agresseur, ce Lancelin. Toujours sensible au charme féminin, Burma accompagne la jeune femme pour une nouvelle balade à la Foire du Trône.

Simone y est importunée par un groupe de petits frimeurs. Comme ils sont trop insistants, ça se termine en pugilat. Heureusement qu’un lutteur de foire intervient en faveur de Burma. Selon le commissaire Faroux, le défunt Lancelin (dont ce n’est pas le vrai nom) aurait été impliqué huit mois plus tôt dans le vol de cent cinquante kilos d’or, en gare de Montpellier. Un de ses complices vient d’être arrêté. L’entreprise victime du vol versera une belle prime à qui retrouvera l’or. Certes, ça peut motiver le détective, mais il a surtout envie de comprendre. Qu’on l’ait pris pour un flic alors qu’il attendait Hélène en Gare de Lyon, soit. La suite s’avère moins explicable. Peut-être que le nommé Albert Millot, petit chef des bagarreurs avec lesquels s’il s’est colleté, savait quelque chose ?

Le jeune Bébert, “c’est un mariole de fête foraine, un caïd en simili-imitation, un corniaud qui voudrait bien bouffer un mur pour cracher des briques, mais dont le ciboulot n’est pas organisé pour imaginer quoi que ce soit.” Par contre, la fille qui vit depuis quelques jours avec lui, elle a sûrement des choses à cacher. Cette Christine s’enfuit bien vite, même si on ne tarde pas à la retrouver. Entre-temps, un négociant en vins de Bercy s’est adressé au détective, requérant ses services. Il risque fort d’y avoir d’autres cadavres dans cette affaire. C’est dans une maison de Saint-Mandé, près de chez Mme Parmentier (une lectrice d’histoires policières), que Nestor Burma va dénicher les clés de tous ces mystères…

Léo Malet : Casse-pipe à la Nation – Nestor Burma (1957)

Elle ne se le fait pas répéter. Elle se pelotonne dans un coin, comme un chat frileux. Hop. Je volte rapidement et balance un coup de crosse sur la main de Bébert. Je ne sais pas ce qu’elle était en train de manigancer, si ses intentions étaient bonnes ou mauvaises, mais enfin elle s’approchait un peu trop près de moi, à mon gré. La gouape pâlit sous le coup et agite sa main, pour lui donner de l’air, puis se la prend dans l’autre, en dansant de douleur. De toutes mes forces, je catapulte le zigue. Il perd l’équilibre et tombe sur une caisse, qu’il écrase sous son poids. Il reste assis parmi les débris de bois. Je souhaite qu’une écharde lui ravage les fesses. Sans cesser de frictionner sa pogne endolorie, qui vire lentement au technicolor, il me regarde et dit :
— Ça va. C’est régulier. Vous voulez votre revanche, hein ? À moins que ça vous suffise comme ça. Mais si vous voulez une vraie revanche, j’aimerais autant qu’on aille ailleurs.

Nestor Burma est une des grandes figures de la littérature policière française. Son agence de détective est basée rue des Petits-Champs où, généralement, il est assisté par Hélène, sa dévouée secrétaire. Dans la série “les nouveaux mystères de Paris”, Burma va explorer une quinzaine d’arrondissements, en cette fin des années 1950. On retiendra les intrigues énigmatiques à souhaits, fort bien construites, évidemment. Les péripéties ne manquent pas, et le détective a souvent l’occasion de se bagarrer, ou de prendre un coup sur la tête qui va l’assommer. Mais ses aventures sont également un témoignage sur le Paris d’alors.

Le voici dans le 12e arrondissement : “Ça ne manque pas d’arbres, dans le 12e… Et des beaux. Pourvu que ça dure. Avec leur urbanisme et leurs problèmes de la circulation, ils sont bien capables d’abattre tout ça, un de ces quatre.” Léo Malet, l’auteur, est lucide quant aux transformations de la ville. En ce temps-là, Bercy était synonyme des entrepôts de vins qui irriguaient la consommation des Parisiens, et non d’un puissant ministère. Une activité traditionnelle qui périclitera une vingtaine d’années plus tard. En mai, place de la Nation, se tenait la Foire du Trône. Avec des attractions beaucoup plus typiques que les manèges, aussi sensationnels soient-ils aujourd’hui. Les forains avaient leurs baraques où le public était convié, des cracheurs de feu aux lutteurs en passant par les voyantes et tant d’autres animations. Époque révolue, mais il n’est pas interdit de s’en souvenir.

Damnée modernité, estime Nestor Burma ! En 1957, circulent encore des locomotives à vapeur, nettement plus attirantes que les nouvelles machines : “C’est un de ces trains à traction électrique, à qui il manquera toujours la poésie spéciale qui s’attache aux locomotives puissantes, rugissant, crachant, et enveloppées de fumée.” On notera au passage une référence à l’abbé Pierre : “On est couverts par les types d’à côté, ceux qui crèchent dans le baraquement. Ce sont des ménages de boulots que l’abbé Pierre a placés là, en attendant mieux.” Les enquêtes et le suspense, oui. Mais c’est aussi le témoignage historique qui séduit dans ces aventures.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 04:55

Matthew Scudder a longtemps été policier à New York, métier qu’il a abandonné : “Une balle perdue que j’avais tirée avait tué une fillette nommée Estrellita Rivera, mais je ne pense pas que ce soit le remords qui m’ait incité à quitter la police. En fait, cet incident avait transformé ma vision du monde, si bien que je n’avais plus envie d’être flic.” Matt Scudder a aussi quitté son épouse et ses enfants, pour loger dans une modeste chambre d’hôtel. Il a bientôt sombré dans l’alcoolisme le plus extrême, jusqu’au coma éthylique, frôlant la mort. Il suit sans conviction les réunions des Alcooliques Anonymes. Même s’il parvient à rester abstinent quelques jours, on ne peut pas le considérer comme repenti. Il est officieusement détective privé, sans licence, ni rentrées d’argent régulières.

Venue de sa cambrousse, Kim est une séduisante prostituée âgée de vingt-trois ans, qui exerce à New York depuis quatre années. Voulant décrocher, elle engage Matt Scudder afin qu’il serve d’intermédiaire avec son souteneur. C’est un Noir qu’on appelle Chance, dont on ne connaît pas l’adresse précise. Scudder le cherche vainement dans les clubs plus ou moins miteux de Harlem. Ils finissent par se rencontrer lors d’une soirée de boxe. Chance n’est pas un proxénète inculte et brutal. Il n’est pas opposé à ce que Kim reprenne sa liberté, d’autant que d’autres jeunes femmes travaillent pour lui. L’affaire se règle donc à l’amiable. Mais le surlendemain, Kim est retrouvée assassinée dans une chambre d’hôtel. Un meurtre sanglant, la prostituée ayant été massacrée avec une machette.

Difficile pour Scudder de surmonter son besoin d’alcool dans ces conditions. Il aurait bien besoin d’un sevrage sévère, mais refuse d’être soigné. Il s’est mis en contact avec le flic Joe Durkin, lui faisant part de ses soupçons contre Chance. Mais ce dernier possède un bon alibi. Policier désabusé quant à la criminalité new-yorkaise, quelque peu raciste, Joe Durkin pense qu’une enquête sur la mort d’une prostituée n’aboutirait pas à grand-chose. Peu après, Chance renoue avec Scudder, l’engageant pour découvrir l’assassin de Kim. Le proxénète lui accorde une certaine confiance, l’invitant dans sa maison du quartier de Greenpoint, lui montrant sa collection d’Art Africain. Scudder finit par accepter la mission. À part le faux nom utilisé par le client-assassin, il n’a quasiment aucun indice.

Espérant mieux cerner la défunte Kim, Matt Scudder rend visite aux autres prostituées de Chance. Mais chacune d’elles a son parcours personnel. Une vieille voisine de Kim résume l’individualisme ambiant : “Les New-yorkais sont comme ces lapins. Nous vivons ici pour profiter de ce que la ville peut nous procurer sous forme de culture, de possibilité d’emploi ou ce que vous voudrez. Et nous détournons les yeux quand la ville tue nos voisins ou nos amis. Oh bien sûr, nous lisons ça dans les journaux, nous en parlons pendant un jour ou deux, mais après nous nous empressons d’oublier. Parce qu’autrement, nous serions obligés de faire quelque chose contre ça, et nous en sommes incapables. Ou bien il nous faudrait aller vivre ailleurs, et nous n’avons pas envie de bouger.”

Avec le flic Durkin, Matt Scudder tente d’établir le scénario du crime, le comportement du tueur. Lapin ou vison ? Selon Chance, la veste en fourrure de Kim était en peau de lapin. Mais elle en possédait bien une en vison. Peut-être offerte par un petit-ami généreux, une piste à explorer pouvant conduire au tueur ? Ayant été agressé par un minable voyou à Harlem, Scudder le met hors d’état de nuire et récupère son arme. Un peu plus tard, c’est Sunny – une autre des prostituées de Chance – qui est retrouvée morte. Un suicide, qui ne fait pas de doute, ne causant pas d’ennuis supplémentaires à Scudder, ni à Chance. Le meurtre d’un autre personnage, entrevu autour de la mort de Kim, va relancer l’affaire. Et révéler bientôt les rouages de ces crimes…

Lawrence Block : Huit millions de façons de mourir [Huit millions de morts en sursis] – (Série Noire, 1985)

Le vent, à New York, a parfois un comportement curieux. Les hauts bâtiments semblent le casser, le diviser, puis le faire tourbillonner comme une boule de billard anglais, de sorte qu’il rebondit de façon imprévue et souffle dans des sens différents d’un pâté de maisons à l’autre. Ce matin et cet après-midi-là, où que je sois, il me soufflait dans la figure. Quand je tournais le coin d’une rue, il tournait avec moi, mais toujours face à moi pour mieux m’asperger de pluie. Il y avait des moments où cela me semblait revigorant, d’autres où je baissais la tête, remontais les épaules, maudissais les éléments et me traitais d’imbécile pour ne pas être resté chez moi.

Lawrence Block : Huit millions de façons de mourir [Huit millions de morts en sursis] – (Série Noire, 1985)

Bien que ce roman soit le 5e, sur dix-sept, de la série ayant pour héros Matthew Scudder, c’est le premier qui fut traduit en français, en 1985. Aux États-Unis aussi, c’est ce roman qui va vraiment faire connaître le personnage. Paru sous le titre Huit millions de morts en sursis”, cet intitulé changea pour Huit millions de façons de mourir” en 1986. Car c’était le titre d’un film de Hal Asby, avec Jeff Bridges, Rosanna Arquette, Andy Garcia, Randy Brooks, Alexandra Paul, adapté de ce livre cette année-là. Si Scudder y est un ex-flic en proie à la même dérive alcoolique, l’intrigue a pour décor Los Angeles. L’intrigue rythmée du film privilégie une bonne part de violence. Malgré les points communs, on est loin de l’esprit du récit. Où l’on trouve deux personnages principaux : Scudder et… New York.

En effet, c’est un portrait de cette métropole au début de la décennie 1980 que dessine Lawrence Block. Le détective sillonne les rues, les quartiers et des lieux tel Central Park, au cours de ses investigations. L’histoire est ponctuée de ces faits divers auxquels la population de New York s’est habituée. Des incivilités dans le métro jusqu’aux plus sanglants des crimes, cette ville est un concentré d’insécurité à l’époque. Cela explique le cynisme du policier Joe Durkin : “Vous êtes victime d’une agression en rentrant chez vous, mais vous ne subissez aucun dommage en dehors du fait que le type vous a volé votre argent ? Estimez-vous heureux d’être encore en vie. Rentrez chez vous et dites une Action de Grâce.” Il faut y voir un témoignage plutôt qu’une approbation.

Les aventures de Scudder sont plus sombres et dures que celles de Bernie Rhodenbarr, le libraire cambrioleur, autre série de Lawrence Block. Par exemple, le détective fait preuve de violence envers le braqueur qui l’a attaqué, réaction défensive conforme au contexte en question. Quant au singulier proxénète Chance, Scudder n’exprime aucun racisme à son égard. On souligne assez simplement la lucidité de Chance, qui rappelle que des cohortes de jeunes femmes débarquent quotidiennement à New York pour s’y prostituer. Toutes les situations décrites sont réalistes, communes, plausibles, fortes parfois.

Reste l’alcoolisme de Matthew Scudder, autre fil conducteur du roman. Le processus du recul de la dépendance aux boissons alcoolisées est en cours, mais le combat est loin d’être gagné. Scudder assiste irrégulièrement aux réunions de Alcooliques Anonymes, mais se tait sur son propre cas. Il écoute les conseils, notamment de son amie Jan, mais le climat n’est pas propice à la rémission. Par ailleurs, à chaque salaire reçu, il laisse une dîme de dix pour cent dans un tronc d’église, geste qu’il ne s’explique pas vraiment à lui-même, n’éprouvant aucun sentiment religieux.

Huit millions de façons de mourir” est un roman noir dense où, grâce à Matthew Scudder, l’individu compte autant que la masse des huit millions habitants de la ville. En 1983, il a été récompensé par le Prix Shamus (pour des romans dont le héros est un "privé", Shamus signifiant détective privé dans le langage populaire américain).

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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 04:55

Carthage, en Alabama, petite ville du sud des États-Unis. Âgé de trente-trois ans, John Duquesne Warren est un agent immobilier aisé, natif d’ici. Ses amis le surnomment Duke. Il est marié depuis moins de deux ans avec Frances, vingt-sept ans. Originaire de Miami, elle ouvrit à Carthage une boutique de mode avant d’épouser Warren. En ce moment, elle passe quelques jours à La Nouvelle Orléans. Dan Roberts, locataire d’un local commercial dont Warren est propriétaire, est mort dans un accident de chasse aux canards. Le shérif Scanlon y voit plus sûrement un meurtre. Et son adjoint Mulholland, hostile à Warren, est prêt à mettre l’agent immobilier en prison. Il est vrai que seuls les huit membres du club de chasse ont accès au lieu du crime, et que Warren s’y trouvait ce matin-là.

Warren reçoit un appel téléphonique anonyme, d’une femme affirmant que Roberts était l’amant de Frances. Ce qui n’est pas impossible, en effet. Frances rentre prématurément de La Nouvelle Orléans. Ayant matière à s’interroger sur son épouse, Warren se dispute avec elle, avant d’être à nouveau convoqué par le shérif Scanlon. Probablement suite aux révélations de cette correspondante anonyme. George Clement, le sémillant avocat quinquagénaire de Warren, lui recommande de se montrer coopératif avec la police. Même s’il a raison, l’agent immobilier ne tient pas à être soupçonné. De retour chez lui, Warren pense d’abord que Frances est repartie. Mais il découvre bientôt le cadavre de sa femme dans leur chambre, tuée par un coup violent. Pas question d’alerter la police.

Warren ne peut compter que sur sa secrétaire, Barbara Ryan. Il la contacte avant de filer à La Nouvelle Orléans. Quand la mort de Frances sera connue, autant qu’on pense qu’il est en fuite, s’éloignant de l’Alabama. Il engage des détectives privés, afin de retracer l’emploi du temps de Frances en Louisiane, où elle disposa de beaucoup d’argent. Des enquêteurs sont aussi chargés de se renseigner sur le passé de Frances en Floride, et sur Roberts. Warren revient très discrètement à Carthage, se cachant dans son bureau. Puisqu’on le croit loin, on ne l’y cherchera pas. Il se confie à Barbara Ryan, qui va volontiers l’aider, tout en faisant comme si elle collaborait sans hésiter avec le shérif Scanlon. Le duo ne tarde pas à identifier la femme qui passa le coup de téléphone anonyme.

Selon son CV, le passé de Dan Roberts fut assez chaotique. Celui de Frances est encore plus énigmatique. Lors de son dernier séjour à La Nouvelle Orléans, la jeune femme était prise en filature, semble-t-il. Et elle consacra ses après-midis aux champs de courses, pariant gros sur les chevaux. Warren ne pourra pas éternellement se cacher, et cette nuit du samedi au dimanche va être plutôt agitée, ponctuée de nouveaux éléments…

Charles Williams : Vivement dimanche ! (Série Noire, 1963)

Les seules lumières qui brûlaient étaient la liseuse voilée de rose, au fond, et celle du cabinet de toilette. Mais comme mon regard effleurait la glace, mon attention fut attirée par le reflet d’un objet sombre sur le parquet, de l’autre côté du lit. Je m’avançai dans la chambre, me penchai au coin du lit et je me trouvai nez à nez avec son visage, ou ce qu’il en restait.
Mes genoux se dérobèrent sous moi et je me laissai glisser au pied du lit ; je m’accrochai à l’édredon pour éviter de passer par-dessus et de tomber sur elle. J’ouvris et refermai plusieurs fois la bouche et avalai ma salive pour contenir la montée visqueuse de la nausée dans ma gorge, et j’enfonçai mon visage dans l’édredon, comme pour faire disparaître l’image en fermant énergiquement les paupières. Peut-être était-ce l’outil le pire – ou sa position : le chenêt malpropre, noirci au feu, qui reposait sur sa gorge, où l’assassin l’avait laissé choir ou jeté, une fois son forfait accompli.

Charles Williams : Vivement dimanche ! (Série Noire, 1963)

Dix-sept des vingt-deux titres écrits par Charles Williams (1909-1975) ont été publiés dans la Série Noire, et trois chez Rivages/Noir. Il a été récompensé par le Grand Prix de Littérature Policière en 1956 pour “Peaux de bananes”. Bon nombre de ses romans ont été adaptés au cinéma et à la télévision. En 1983, pour son dernier film, François Truffaut tourna une version de “Vivement dimanche”, avec Fanny Ardant, Jean-Louis Trintignant, Jean-Pierre Kalfon, Philippe Laudenbach, Caroline Sihol. Si ce film a été réalisé en noir et blanc, c’est pour rendre hommage aux productions des années 1950, grande époque des "films noirs". Transposée dans des décors français, l’intrigue joue sur les ambiances nocturnes. Si Jean-Louis Trintignant est le suspect tout désigné, c’est Fanny Ardant (Barbara) qui est amplement mise en valeur.

Il y a mille et une manières d’exploiter le thème de "l’homme traqué", sujet récurrent des intrigues à suspense. Le héros ne doit pas être préparé à ce qui lui arrive, mais Charles Williams ne nous présente pas un personnage complètement naïf. Certes, ce mariage avec une jeune femme venue de nulle part était une erreur. Et il aurait dû mieux se renseigner sur son locataire, Dan Roberts. Dans l’adversité, Warren est en mesure de se défendre, en rusant avec la complicité de sa secrétaire. Malgré la tension, il est conscient que les deux meurtres ont un lien direct. L’auteur nous offre progressivement des indices, comme il se doit, dans un récit où c’est bien Charles Williams qui impose son tempo sans précipitation. Un polar noir de très belle qualité !

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30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 04:55

Dix ans plus tôt, Jacques Darnay a braqué un diamantaire, avec l’aide de son ami Pierre Mignot. La victime du vol a été abattue. Le butin s’élevait à huit millions de Francs en diamants, qui n’ont jamais été retrouvés. Arrêté et jugé, Darnay fut condamné à quinze ans de prison. Il n’avoua ni le meurtre, qu’il n’avait pas commis, ni l’endroit où il avait caché les pierres précieuses. Depuis l’affaire, Pierre Mignot est le patron d’une brasserie à Montparnasse. Dès que son complice sortira, il peut compter sur Mignot pour récupérer les diamants et partager. Ensuite, Darnay a prévu de s’expatrier en Amérique Latine. Mais une poignée de truands de la jeune génération met la pression sur Mignot, tandis que Darnay va être libéré sous peu. Ils semblent parfaitement renseignés. Réussissant à leur échapper, Mignot se met à l’abri chez son amie Suzanne.

Sorti de prison, le quadragénaire Jacques Darnay n’ignore pas qu’il sera pisté par les flics, autant que par le monde du banditisme. Si on le surnomma naguère "le Battant", il craint d’être moins percutant qu’avant son incarcération. De retour à Paris, il se réfugie chez son ex-amante Clarisse, barmaid de trente-trois ans. Mignot finit par le recontacter. Il avoue avoir peur des jeunes truands. D’ailleurs, il est bientôt éliminé par ceux-ci. Mesurant le danger, Darnay entraîne Clarisse dans sa cavale. Le plus urgent est de récupérer le butin, planqué dans un caveau du cimetière de Garches. C’est trop tôt, car il a compris qu’il est pris en filature. Et pas seulement par les hommes du policier Rouxel, qui fera le maximum pour l’alpaguer et pour dénicher les pierres précieuses volées.

Darnay renoue avec son vieil ami Ruggeri, ancien malfrat reconverti dans la restauration. Mais lui et les anciennes relations de Darnay sont hors-circuit, dix ans plus tard. Darnay parvient à choper Samatan, un des jeunes truands appartenant à la bande d’un nommé Sauvat. Il se confirme que ces types en savent beaucoup trop sur Darnay et ses proches. Ils savent même où se trouve Clarisse. Même s’il intervient sans tarder, Darnay ne peut empêcher l’élimination de la jeune femme. Le policier Rouxel est associé à l’enquête. Deux amis de Darnay ayant été exécutés en peu de temps, il l’invite à rendre le butin afin de classer le dossier. C’est à Soissons que Darnay espère retrouver le neveu du diamantaire, qui fut son autre complice. Il fait ainsi la connaissance de son ex-épouse, Sylviane Chabry, avec laquelle il devient rapidement très intime. Le couple revient à Paris, où vit le neveu.

Plus exactement, le mari alcoolique de Sylviane végétait dans un meublé. Quand Darnay trouve son adresse, il a été supprimé à son tour. Décidément, la bande de Sauvat fait le ménage autour de Darnay ! Celui-ci retourne chez Gino Ruggeri, seul capable de lui fournir du fric en quantité, une arme anonyme, des faux-papiers, ainsi qu’une charmante jeune femme pour meubler sa solitude. Darnay va très bien s’entendre avec cette Nathalie. Mais il n’oublie pas que les jeunes truands et le policier Rouxel sont encore des menaces…

André Caroff : Le battant (Fleuve Noir, 1973)

Il en avait ras le bol. Flic ou pas, il allait cravater son homme. Cette fois, il n’attendit pas. Il déclencha l’ouverture de la première porte qui se présenta, presque à l’angle de la rue, et se prépara à intervenir. L’autre plongea carrément dans le piège. Venant de prendre la suite de l’imperméable mastic, il s’imaginait blanc comme neige. Darnay le sonna d’un coup de crosse derrière la tête, l’attrapa sous les bras, le traîna rapidement sous le porche. Là, il referma la porte d’un coup de pied et respira un peu en écoutant les bruits ambiants. Ils étaient nuls.
Darnay gratta une allumette, fit les poches du type. Il était jeune, très brun. Il fallut cinq allumettes à Darnay pour acquérir la certitude que sa victime n’était pas de la police. À partir de cet instant, il n’hésita plus. Il chercha la porte de la cave, la trouva sous l’escalier, descendit le type au sous-sol après avoir manœuvré l’interrupteur. Là, ce n’était que béton et portes cadenassées…

Adapté par le scénariste Christopher Frank, produit et réalisé par Alain Delon, “Le battant” est un film qui connut un beau succès en 1983. Outre Alain Delon, les rôles principaux étaient tenus par François Périer, Pierre Mondy, Michel Beaune, Anne Parillaud, Andréa Ferréol, Marie-Christine Descouard, Gérard Hérold et Richard Anconina. Des comédiens pour la plupart chevronnés, un sujet solide, un héros intrépide entre froideur et cynisme, voilà un film destiné à conforter l’image d’Alain Delon. Il est certain que sans cette version cinéma, le roman d’André Caroff serait tombé dans les oubliettes du polar. Publié en 1973, il fut réédité en 1983, à l’occasion de la sortie du film. Dans cette nouvelle édition, les dates furent actualisées – aisément, puisque dix ans séparaient les deux parutions.

Une histoire d’homme pourchassé de tous bords tandis qu’il doit récupérer son butin, avec une poignée de belles jeunes femmes et un flic tenace, le sujet est assez classique. Mais on aurait tort de n’y voir qu’un petit polar. Car la tonalité est plus proche des romans de la Série Noire que des intrigues ordinaires, à énigmes. Ça canarde à tout-va, les cadavres tombent comme des mouches. Si Darnay n’est pas un tueur, il est bien obligé de répliquer. Comme nous l’indique l’auteur, le banditisme est en pleine mutation dans cette décennie 1970. Les structures codifiées du Milieu cèdent la place à une nouvelle génération de truands, plus violents, sans états d’âme. Le héros ne peut avoir confiance en personne, tous visant les fameux diamants. Reste à savoir s’il est capable de s’en sortir… Ambiance dure et sombre garantie !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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