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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 05:55

Les femmes et le polar, toute une histoire. Certes, les héros de romans sont souvent des hommes, soit de fins limiers, soit des durs-à-cuire. Pourtant, il y a belle lurette que les héroïnes leur dament le pion. À l’exemple de la brave Miss Marple, vieille demoiselle très observatrice et fouineuse d’Agatha Christie. Celle-ci raconta aussi les enquêtes du couple Thomas Beresford et Prudence Cowley, autrement dit Tommy et Tuppence Beresford (Le crime est notre affaire, Associés contre le crime). Récemment traduites en France, on peut aussi lire les aventures très souriantes d’Agatha Raisin, une londonienne transplantée dans un village so british, par M.C.Beaton. D’excellentes comédies dotées de vraies intrigues.

On n’oublie pas que les personnages d’Anne Perry, conjointes de policiers au 19e siècle, sont très actives dans l’univers de leurs maris. Telle l’infirmière Charlotte Pitt, épouse de Thomas Pitt, dirigeant vaille que vaille un dispensaire, et Hester Monk, mariée au chef de la police fluviale William Monk. Des héroïnes à part entière dans ces histoires. Peut-être Miss Monneypenny n’est-elle qu’une figurante dans les tribulations de James Bond. S’il approche tant de jolies et fourbes jeunes femmes, elle a quand même son rôle à jouer. Un peu moins, bien sûr, que Velda, la secrétaire sexy du détective Mike Hammer, de Mickey Spillane. Beaucoup moins que Della Street, l’assistante de l’avocat Perry Mason (d’Erle Staney Gardner), dont la fonction est essentielle auprès de son patron. Très intuitive, Della alerte souvent Perry Mason sur les probables mensonges d’une nouvelle cliente.

Une myriade d’héroïnes de polars

Carolyn Kayser, l’amie lesbienne du libraire new-yorkais Bernie Rhodenbarr (de Lawrence Block) n’est pas un simple faire-valoir, aussi intrépide que soit le cambrioleur Bernie. Il veille toutefois à ne pas trop l’impliquer dans ses méfaits. L’entourage féminin du commissaire sicilien Salvo Montalbano a son importance. Avec son éternelle fiancée Livia Burlando, l’indispensable cuisinière Adelina (qui déteste Livia), et la très libre amie de cœur du policier, Ingrid Sjostrom. Parmi les enquêtrices chevronnées, il faut citer l’inspectrice Jane Rizzoli et la légiste Maura Isles, de Tess Gerritsen. Mais aussi la détective Claire DeWitt, de Sara Gran, qui sévit à La Nouvelle-Orléans.

Des intrigues internationales riches en péripéties et en danger pour l'avocate allemande Valérie Weymann, héroïne des romans d’Alex Berg. Mariée à un médecin, Nora Linde est juriste bancaire en Suède et mère de famille. Dans ces romans de Viveca Sten, elle fait de fréquents séjours dans sa maison sur l'île de Sandhamn (La reine de la Baltique). Et se trouve concernée par des affaires criminelles obscures à élucider en parallèle avec son ami policier Thomas Andreasson. En Suède aussi, les suspenses de Camilla Läckberg mettent en vedette la romancière Erica Falck, originaire de Fjällbacka. Elle a des relations dans la police, mais c’est elle qui découvre les plus noirs secrets des protagonistes liés aux crimes. La plus insolite des héroïnes et certainement la plus inquiétante, ne serait-elle pas Lisbeth Salander, dans "Millenium" de Stig Larsson ?

Une myriade d’héroïnes de polars

En France également, nous avons de longue date des héroïnes capables d’investigations mouvementées. Autrefois publiés chez Le Masque, les enquêtes de Sœur Angèle, d’Henry Catalan, ne manquaient pas de péripéties. Cette jeune et dynamique religieuse était une sacrée baroudeuse. À la même époque, fin des années 1950, Jean-Pierre Ferrière nous faisait sourire avec Blanche et Berthe Bodin, deux sœurs provinciales quelque peu âgées, mêlées où qu’elles se trouvent à des affaires mystérieuses ou criminelles. Championnes pour dénouer les énigmes, ces deux-là. Quelques années pus tard, J.P.Ferrière fit vivre plusieurs aventures à la bourgeoise Évangéline, confrontée à des situations compliquées, où cette snob pourrait passer pour suspecte – et fort amusantes.

Aussi passive fut-elle, on n’oubliera évidemment pas Louise Maigret, l’épouse du célèbre commissaire créé par Georges Simenon. Qui écouterait Jules avec compréhension et lui mitonnerait sa blanquette de veau, si Louise n’était pas là ? Pour le commissaire San-Antonio, celle qui compte plus que toute autre, c’est sa brave femme de mère, Félicie. Si le paisible inspecteur César Pinaud n’est pas un homme-à-femmes, le mahousse Bérurier est l’époux de l’adipeuse et volcanique Berthe. C’est un caractère, la Berthe ! Le parcours de Marie-Marie, auprès de San-Antonio, est étonnant : fillette espiègle quand elle entre dans la vie du commissaire, la jeune femme deviendra au fil des ans son amante puis son épouse légitime. Avec San-Antonio, il fallait s’attendre à toutes les surprises.

Une myriade d’héroïnes de polars

Affectée au commissariat de Quimper, la policière Mary Lester (de Jean Failler) voyage en Bretagne et sur la façade-ouest de la France pour ses enquêtes. Son intrépidité n’est plus à vanter, même face à des puissants. Si elle est assistée du costaud Jean-Pierre Fortin, c’est elle qui mène la danse. La détective privé Lily Verdine (de Jérôme Zolma) se plonge aussi volontiers dans des enquêtes où elle prend de gros risques pour elle-même. Dominique Sylvain nous raconte les investigations parisiennes de l’ancienne policière Lola Jost, pleine de sang-froid, et de son amie la pétulante américaine Ingrid Diesel (Passage du désir), des personnages opposés pour des enquêtes originales. À noter que Dominique Sylvain créa une autre héroïne pas moins intéressante, Louise Morvan, héritière d’une agence de détective qui prend le relais en investiguant elle aussi.

Sans doute Carole Matthieu, dans "Les visages écrasés" de Marin Ledun, est-elle confrontée à de pénibles situations dans le monde du travail. Remontons-nous le moral en suivant Anne Capestan, commissaire gérant une brigade de recalés de la police, dans les romans de Sophie Hénaff (Poulets grillés, Restons groupés). Un semblant de discipline est-il possible dans leur capharnaüm ? La blonde coiffeuse Chéryl, compagne de Gabriel Lecouvreur (dit Le Poulpe), de Jean-Bernard Pouy (et autres auteurs) a connu ses propres aventures dans cette série de romans. Elle n’a rien à envier à son "Poulpinet d’amour", dès qu’elle se met en quête de vérité. Dans les enquêtes du policier Leoni (d’Elena Piacentini), un Corse installé à Lille, on se prend de sympathie pour deux femmes : la légiste Éliane Ducatel, compagne de Leoni, et l’authentique îlienne de tradition Mémé Angèle, la sagesse personnifiée, toutes deux jouant là encore un rôle certain.

Une myriade d’héroïnes de polars

Cette liste n’est pas exhaustive, loin s’en faut, il y aurait tant d’héroïnes de polars à citer. Terminons l’énumération en beauté, avec l’explosive Mémé Cornemuse, amoureuse transie de l’acteur Jean-Claude van Damme, dans les romans de Nadine Monfils. Elle nous en fait voir de toutes les couleurs, bousculant la morale et piétinant la routine. Hilarant ! Rien n’empêche les lectrices et les lecteurs d’ajouter à ce florilège quelques autres personnages féminins notoires…

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story Livres et auteurs
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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 05:55

Domi est un cadre commercial parisien. Âgé d’environ trente-cinq ans, il est marié avec Christine. Ils habitent dans le 10e arrondissement, du côté de la place Franz-Liszt. Leur brave chien noir, Laskar, est un groenendael ou berger-belge, vif au possible malgré ses neuf ans, assez craintif. La fête du Comité d’Entreprise de sa société s’est poursuivie en boîte de nuit, pour Domi et quelques collègues. Il s’est largement alcoolisé durant cette soirée inhabituelle. Pourquoi se voit-il tel un aventurier, tandis qu’il rentre chez lui en taxi à un horaire matutinal ? Dans ce club, il vient de rencontrer le grand amour. Elle s’appelle Armelle, c’est une mignonne blonde, employée de banque de vingt-cinq ans. Armelle est prête à le suivre pour le projet auquel il rêve depuis des années.

On peut être un responsable commercial pragmatique et éprouver des envies d’ailleurs. Ce qui excite Domi, c’est l’idée d’imiter l’écrivain Robert-Louis Stevenson. Du moins, de faire lui aussi son “voyage avec un âne dans les Cévennes”, tel l’Écossais en 1878. Partir de la Haute-Loire, traverser la Lozère, cheminer jusque dans le Gard, admirer pour de vrai les paysages escarpés et retrouver l’ambiance de la randonnée de Stevenson. Lors de cette soirée en boîte de nuit, Armelle a accepté de l’accompagner. Elle a indiqué son adresse sur un paquet de cigarettes. Pas encore vraiment désenivré, Domi repasse par chez lui, évite de réveiller Christine, quitte son domicile avec le chien Laskar. Entre-temps, il a cassé ses lunettes. Pas si grave, Domi a une paire de rechange à son bureau.

C’est ainsi que Laskar et lui vont traverser à pieds la moitié de Paris. S’il pense à certains écrivains, comme Marcel Aymé ou Jacques Perret, ayant raconté ce genre de périples, il se souvient surtout des fugues qu’il vécut dans sa prime jeunesse. Certes, Domi n’y voit pas trop clair, mais le trajet pourrait se faire sans incident. L’esprit à l’aventure, il va chercher néanmoins querelle à un quidam, au sujet d’un chantier interdit au public qui ralentit son parcours. “Ergoter, discutailler, perdre infiniment de temps à prouver ses droits”, Domi est sur ce point un Français bien ordinaire.

Vu que Domi va manquer de cigarettes et qu’il est dans le flou, il urge d’arriver – à six heures du matin – aux bureaux de la société qui l’emploie. Il ne peut échapper à une halte auprès du gardien de nuit, un drôle de bonhomme catarrheux. Avant d’inopinément croiser le PDG de l’entreprise, un monsieur bavard, agaçant quand on a la gueule-de-bois et besoin de l’air des Cévennes. Ce que Domi ne risque pas d’oublier, c’est l’adresse d’Armelle. Elle ne l’espère sans doute pas si tôt, mais il a tellement hâte d’aventure, avec ses surprises…

A.D.G. : La nuit myope (Éd.La Table Ronde, 2017)

Le veilleur se trouvait être un personnage pitoyable : d’allure plutôt nunuche et de taille brève, des yeux jaunes veinulés d’incarnat, un nez cassé et rose à l’arête, le teint d’un sac de jute et l’haleine d’une charogne. Il picolait comme un boyard, égarant ses kils de rouge à tous les étages lors des rondes réglementaires et comme il était sujet également à une bronchite chronique, il se rinçait le gosier avec des sirops relativement opiacés, sans préjudice des tranquillisants qu’il croquait assidûment au motif d’une vie insignifiante.
Ces séduisants coquetèles faisaient alterner en lui une hébétude joviale et d’extravagantes colères ; au demeurant, le meilleur homme du monde, n’était la manie fatigante qu’il avait de ne pas vous lâcher la main de sitôt après l’avoir serrée…

De 1971 à 1988, le romancier A.D.G. (1947-2004) figura parmi les piliers de la Série Noire chez Gallimard, où furent publiés près de vingt de ses titres. Il fut récompensé en 1977 par le Prix Mystère de la critique pour “L’otage est sans pitié”. Écrivain et journaliste pour le moins sulfureux, il se démarqua des auteurs de sa génération en adoptant des positions marquées à l’extrême droite politique. Provocateur réac controversé sans doute, mais les idéologies opposées n’excluaient pas les sympathies personnelles, en particulier avec son confrère Frédéric Fajardie. S’il restait infréquentable, A.D.G. ne manquait pas de talent. Ce court roman présenté dans la collection "La petite vermillon" par l’écrivain Jérôme Leroy en apporte la démonstration.

Cette “Nuit myope” n’est pas une histoire criminelle. Ce roman court est une déambulation littéraire amusée à travers Paris, sur les pas d’un “navranturier”. De l’humour, le récit en regorge. Par exemple : “La friture immonde qui frétillait dans les eaux répugnantes fut dispersée par un poisson-chat assermenté : — Circulez, y a rien nageoires. Caudales, je vous dis.” A.D.G aimait les mots, et se servait à merveille du vocabulaire. Simple, l’idée du scénario ? Oui, ce qui n’empêche pas que ce roman soit enthousiasmant. À redécouvrir, dans cette réédition bienvenue.

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 05:55

Début des années 1980, les opérations qu’il organise s’avèrent généralement fructueuses pour cet aventurier maniant volontiers les armes. En Franche-Comté, il s’agit de braquer un homme par ailleurs honorable qui va passer en Suisse une grosse somme d’argent. Il est à craindre que l’intéressé ne survive pas, l’essentiel étant de récupérer le butin. Il est probable que le commanditaire du trafic vers l’Helvétie, Roman Markos, envoie quelques tueurs à ses trousses. Mais notre héros s’est déjà carapaté vers la Belgique, goûtant aux charmes de la ville d’Ostende. Le hasard faisant bien les choses, il y rencontre la superbe Michelle Le Troadec, une blonde distinguée. La jeune femme et lui sont bientôt cibles de coups de feu, auxquels la belle Michelle riposte, car elle est aussi armée.

Ce n’est pas à Bruges, où s’est réfugié le couple, qu’ils trouveront la tranquillité. Face à de vils tueurs rôdant autour d’eux, l’aventurier appelle à la rescousse son ami Dominique. Ce dernier est assez aguerri pour les extirper du pétrin, avant de les accueillir chez lui et sa fille Charlotte. Les déboires de Michelle semblent avoir un lien avec Roman Markos et le paquet de fric volé au passeur, en Franche-Comté. Contre une attaque-surprise au lance-roquettes, il n’est guère possible de résister. Dommage pour Dominique et sa fille. Quant au couple, il file vers le Luxembourg, puis s’arrange pour regagner la France. Michelle finit par lui expliquer son rôle dans cette nébuleuse affaire. Outre Markos, des personnes très haut-placées paraissent impliquées dans ces mouvements d’argent frauduleux.

Du côté d’Épinal, dans les Vosges, deux motardes brunes s’intéressent de trop près au couple. Ces tueuses pros n’ont pas été engagées par Markos. Notre héros se débarrasse de l’une, mais la seconde – Delphine Van der Hallen – n’a pas dit son dernier mot. C’est dans les hauteurs alpines savoyardes que le couple se pose, chez Michelle Le Troadec. Obtenir sous la menace des aveux écrits du magistrat qui protège les combines de Roman Markos n’est pas tellement difficile. Fin de la carrière sur cette terre du procureur véreux, Delphine s’en charge. À cette occasion, le type d’un chalet voisin aurait mieux fait de ne pas intervenir, il serait encore vivant. Pas moins attirante que la blonde Michelle, la brune Delphine change de camp et devient une précieuse alliée pour notre aventurier.

Si l’on en croit la veuve du défunt magistrat, tout cela prendrait une tournure politique. La petite enquête de Delphine et de son compagnon les mènent jusqu’à Cassis, dans une société de transport plus que suspecte. C’est ainsi qu’apparaît un nom, bien connu pour Michelle : un personnage pervers qui fraie avec un marquis italien adepte de la nostalgie fasciste et nazillonne. Un détour par Rome s’impose pour Delphine et l’aventurier. Comme ce dernier, on peut être un voleur, tout en détestant les fanatiques visant la destruction de la démocratie. Cette tortueuse affaire risque de causer encore quelques morts brutales…

Kââ : La princesse de crève (Éd.La Table Ronde, 2017)

Elle en savait des choses, la jeune personne. Je commandai un autre demi en me demandant où elle avait appris à distinguer une fausse carte d’identité d’une vraie. Surtout que, dans le cas présent, ça n’avait rien d’évident. Il faut, comme moi, en avoir utilisé de nombreuses pour trouver le défaut. Ou alors, il faut être flic.
Ça me traversa le crâne comme ça. Ou alors, il faut être flic. Mais les flics sont gros, laids, bêtes, du genre masculin et vont toujours au moins par deux. Ils ont des armes réglementaires et pas des objets de collection De toutes façons, personne ne leur paye des BMW 728i. Ils ne lient pas conversation avec n’importe qui. Bref : ça se repère, on pige tout de suite, on comprend. Poursuis, tu verras bien, disait une voix. Elle n’en a pas l’air, mais certainement elle est très paumée. Ça ne me paraissait pas. Mais alors, pas du tout. Elle avait l’air songeuse, suçotant le bord de sa tasse...

Merci à l’écrivain Jérôme Leroy d’avoir honoré la mémoire de Kââ (1945-2002) dans cette collection, "La petite vermillon". Ce romancier fut un de nos plus remarquables auteurs de noirs polars, même si l’on fait plus souvent l’éloge d’autres parmi ses contemporains. Quel régal de retrouver ses ouvrages ! Kââ fit preuve d’un talent exceptionnel. Avec lui, on ne s’attarde pas sur les états d’âme des protagonistes. On glisse bien vite sur des hypothèses qui se confirmeront ou pas. C’est du récit coup-de-poing qu’il nous propose. Encore qu’on s’y défende moins par le pugilat qu’à coups de feu en rafale. Ça dézingue avec des armes de précision, des flingues de compétition. Le héros anonyme n’a quasiment pas le temps de prendre du repos, aucun répit ne lui étant accordé. Enfin si, pour s’essayer à quelques galipettes érotiques avec ses belles partenaires, Michelle et Delphine, quand même.

Tout homme d’action qu’il soit, notre aventurier est quelqu’un de cultivé, de raffiné. Ce sont seulement les circonstances qui l’entraînent à oublier la philosophie pour brusquer des adversaires pas assez loquaces, pour revolvériser de fâcheux ennemis… Certes, ce roman fut publié initialement en 1984 chez Spécial-Police, aux Éd.Fleuve Noir. Il serait absurde de penser que, placée dans un contexte quelque peu ancien, cette intrigue aurait vieilli. Les modèles des puissants véhicules cités ont changé, mais la violence des truands et les magouilles politico-financières restent de mise. Cette réédition est une excellente initiative, répétons-le.

“La princesse de crève” de Kââ est un polar grandiose au rythme effréné, un bonheur pour les lecteurs d’histoires mouvementées.

 

Disponible dans la coll.La petite vermillon, dès le 9 mars 2017 —

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 06:09

Gisors est une petite ville riche d’Histoire, située dans l’Eure entre Paris et Rouen, au bord de l’Epte, aux confins du département de l’Oise. Celui que d’aucuns appellent ici l’Albinos se nomme Germain Gouyaude. C’est un retraité de la police criminelle. Voilà quelques années qu’il vit avec une compagne plus jeune que lui, Aline Gruber. C’est une femme ordinaire, discrète, plutôt banale, qui ne se pose guère de question sur leur couple. Pour arrondir ses fins de mois, Germain Gouyaude est gardien d’usine à temps partiel. Sa passion, ce sont les livres : ce lecteur assidu en a rempli sa maison. Avant tout, même s’il peut lire autre chose, ce sont les polars qui le passionnent. Il fréquente très régulièrement la boutique du bouquiniste Mérouilleux, qui présente beaucoup de choix à moindre coût.

Ce jour-là, dans un livre de Françoise Sagan, se trouve un papier façon bristol comportant un curieux message : “Je sais que vous avez tué une femme. Ce crime est resté impuni, mais ça pourrait changer”. Ce pourrait être autant une mauvaise plaisanterie qu’une vraie menace. Le soir-même, Germain Gouyaude décède d’un infarctus. Sa compagne retrouve le message et s’interroge. En effet, huit ans plus tôt, elle fut impliquée dans la disparition de Colette Sénardin, amie intime de Germain. Après la mort de son compagnon, ne va-t-on pas chercher à l’atteindre à son tour ? Aline contacte Joseph Chalampin, ex-collègue de Germain, auquel elle raconte toute l’affaire et à qui elle confie ses craintes.

Jo Chalampin resta un inspecteur de police de base, tandis que son ami Germain sut tirer son épingle du jeu et monter en grade. Il avait pourtant quelques taches sur son dossier professionnel et n’était pas tellement compétent, ce cher Gouyaude. S’il vérifie ce que lui raconte Aline au sujet de Colette Sénardin, Jo n’est pas absolument surpris. Maintenant, sans mener une véritable enquête dont il n’a pas les moyens, Jo tente de comprendre par quel hasard Germain est tombé sur ce papier, ce message. S’il y a un second bouquiniste à Gisors, qui propose peu de livres populaires, c’est plus sûrement chez Mérouilleux que s’approvisionnait le défunt. Le bouquiniste connaissait bien Germain, bien entendu, mais il se souvient mal de cet exemplaire du récent roman de Sagan, d’ailleurs quasiment neuf.

Tout ce que Mérouilleux apprend à Jo et Aline, c’est que Germain achetait également bon nombre de romans pornographiques. Ce qui étonne fortement sa compagne. Imaginer que Germain ait appartenu au très secret club libertin de Gisors ? Aline se refuse à croire une telle supposition. Dans une petite ville comme ça, les racontars circulent vite grâce à des commères malintentionnées. Faute d’indices, Jo abandonne ce semblant d’enquête aux hypothèses trop incertaines. Mais se produit un rebondissement décisif, quand est trouvé le cadavre d’une jeune femme de Gisors…

Pierre Siniac : Des amis dans la police (Le Masque, 1989)

Elle avait une fois de plus ce maudit livre entre les mains. Elle le feuilleta de façon machinale et n’y vit pas de page cornée. Germain était-il en train de lire ce roman ? Le fait de l’avoir trouvé sur la table de nuit ne prouvait rien. Le carton était-il une marque pour retrouver une page ? Sûrement non, car Germain avait la fâcheuse habitude de corner les pages du livre qu’il était en train de lire. En feuilletant à nouveau le Sagan, attentivement cette fois, elle crut trouver – le pli était infime – deux pages qui avaient été cornées, la 9 et la 12. Mais comme il s’agissait probablement d’un livre acheté d’occasion, ces pages pouvaient avoir été cornées par le lecteur précédent. Tout cela ne démontrait absolument rien, ne fournissait aucun éclaircissement.

On peut souhaiter que Pierre Siniac (1928-2002) ne soit pas trop vite oublié par le public amateur de polars et de romans noirs. Pour ses admirateurs fervents, il reste l’auteur de la série “Luj Inferman’ et La Cloducque”, des histoires marquantes par leur fantaisie et leur non-conformisme. On peut se souvenir également que le film “Les morfalous” (d’Henri Verneuil, 1984) était une adaptation d’un de ses titres parus dans la Série Noire, où furent publiés une bonne quinzaine de ses romans. Pierre Siniac eut de nombreux éditeurs, de la collection Engrenage du Fleuve Noir à Rivages/Noir, en passant par la coll.NéO et même Le Masque – plus coutumier des stricts romans d’énigme et d’enquête.

Intrigue mystérieuse, certes. Car rien n’est dû au hasard dans un roman policier, même court comme celui-ci. Une explication alambiquée nous offrira les clés de l’histoire. En réalité, Pierre Siniac en profite pour rendre hommage à beaucoup de grands auteurs de la littérature policière. “Parmi les grands lecteurs de polars, nous avions le docteur Petiot. Il serait amusant de savoir quel est l’auteur qui l’a inspiré. Mais il n’y a pas que les lecteurs. Les auteurs, aussi, travaillent un peu du chapeau.” D’une certaine manière, il salue le rôle des bouquinistes qui permettent aux dévoreurs de livres d’en acheter d’occasion, sans se ruiner. C’est d’ailleurs chez eux qu’on dénichera ce roman publié en 1989, non réédité.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 06:09

Aux États-Unis, à la fin des années 1950. Marié depuis deux ans à la blonde Mona, Ted Lindsay est journaliste à Louisville. Du moins l’était-il jusqu’au sinistre départ de sa compagne. Ted s’est alors enfoncé dans la dépression. Le docteur Strom ne préconisa qu’une seule thérapie : un changement de vie radical, ailleurs. C’est ainsi qu’il est parti s’installer à New York. Ted n’a pas tardé à trouver un job de serveur de nuit dans un bar-restaurant de quartier, chez Grace. Ce n’est pas très loin de la 73e Rue Ouest, où il loge. Ted n’oublie pas complètement Mona, mais débute pour lui une existence routinière. Sans femme, donc sans rapport sexuel, ce qui commence à lui turlupiner la virilité.

Un jour, dans la rue tout près de son studio, Ted flashe sur une brune, qui représente pour lui l’idéal, la femme de ses rêves. Certes, il a bien tenté une torride relation avec la rousse Rosie Ryan. Une bombe sexuelle, certainement. Une nymphomane qui l’aurait vite mis à plat, s’il avait persévéré. Tandis que la brune inconnue, c’est autre chose de beaucoup plus fort. Il a l’intuition que c’est le destin qui passe, qu’il ne doit surtout pas louper. Il réussit à découvrir l’identité de la jeune femme : Cinderella Sims. Toutefois, le premier contact avec celle-ci s’avère très tendu, car elle le braque avec un flingue. Elle exige de savoir pourquoi il la surveille. Ted ne lui cache rien, avant que ce soit à son tour de s’expliquer.

Cindy a été employée dans un casino du Nevada. Elle y fut témoin d’une embrouille, où un pigeon se fit arnaquer par un petit groupe d’escrocs, dirigé par un nommé Reed. Boulot de professionnels, pour un joli pactole : 50.000 dollars en billets de vingt. Sauf que c’est Cindy qui a ramassé le butin et s’est enfuie avec, jusqu’à New York. Où Reed et sa bande ont de bonnes chances de la retrouver, craint-elle. Ted accepte de protéger Cindy, prête à lui céder la moitié de la somme ; à lui céder son magnifique corps, aussi. Ayant le projet depuis longtemps de diriger son propre hebdo local, Ted imagine déjà une vie future avec Cindy. Encore faut-il se débarrasser de la menace, le gang de Reed n’étant pas loin.

Non sans risques, Ted est parvenu à récupérer le paquet intégral de dollars. Peu après, le couple prend l’avion pour Phoenix (Arizona), s’espérant hors de portée de Reed. C’est là que Ted commence à s’interroger sur l’histoire que lui a racontée Cindy. Rocambolesque quand même, ce scénario. Et puis, tous ces billets ont-ils réellement la moindre valeur ? La rencontre entre Cindy et lui, est-ce totalement le hasard ? Le périple du couple va les entraîner de Phoenix jusqu’à San Francisco, puis à un bungalow délabré à la lisière de Madison City dans le Nevada. Avec Reed et ses hommes à leurs trousses…

Lawrence Block : Cendrillon, mon amour (Éd.Seuil, 2003)

J’évaluai mes chances de lui casser la gueule et conclus qu’elles étaient infimes. Même sans arme, il m’enverrait très certainement au tapis. Avec l’arme, j’étais fichu. Il me suffisait de sortir de ma cachette pour signer mon arrêt de mort. Je songeai quelques instants au plaisir que ce serait de ne pas être mort. La perspective de saigner plusieurs heures sur le trottoir et de passer quelques jours à la morgue, allongé sur une dalle grise et froide, et plusieurs éternités au fond d’un trou à Riker’s Island n’avait rien d’alléchant.
Et donc ? Une autre possibilité s’offrait à moi. Je pouvais faire demi-tour, longer le hall dans l’autre sens, échanger en marmonnant des politesses absurdes avec l’imbécile de portier et m’en aller. Ça ne me ferait pas courir grand danger. Ce serait un jeu d’enfant. Je dirais un tendre au revoir à Cinderella Sims, un autre tendre au revoir à cinquante mille dollars, et basta. Ça valait mieux que de dire un tendre au revoir à la vie, non ?

Ce roman de Lawrence Block fut publié sous le pseudonyme d’Andrew Shaw, nom collectif utilisé aussi par Donald Westlake (et d’autres) pour une collection de romans "sexy". En effet, quelques scènes assez chaudes pour l’époque parsèment cette histoire. Ce livre fut exploité sous plusieurs titres : “$20 Lust” puis “Cinderella Sims”. Il n’a été traduit qu’en 2003, quand Lawrence Block a intégré ce polar dans sa bibliographie.

Il en est au tout début de sa longue carrière de romancier quand il l’écrit. Pourtant, on sent de la maturité dans cette intrigue. Notamment dans la manière d’évacuer les étapes précédentes qui ne servent plus à alimenter le récit. Exit le souvenir de Mona, puis fini le bistrot de Grace, dès que Ted Lindsay est lancé dans une aventure qui se doit d’avancer à bon rythme. Quand vient le moment de "faire le point", nul besoin de multiplier les pages. L’action redémarre bientôt. N’espérons pas que triomphe la moralité dans ce noir conte de fées version Lawrence Block.

Outre une forme d’humour, on peut noter la concision des descriptions, qui suffit pourtant à indiquer le climat général : “Le quartier était intéressant. Plein de gouines et de pédés – les plus discrets du lot, ceux qui ne se voyaient pas habiter le Village – plus une bande d’Irlandais qui venaient picoler dans les merveilleux bars de Columbus Avenue, une pincée de Portoricains et un échantillonnage des divers specimen qu’on rencontre à Manhattan. Le quartier se composait de petits magasins, de bars et de commerces dans Columbus Street et Amsterdam Avenue, et de magasins plus importants et de restaurants dans la 72e. Il y avait surtout des maisons de grès brun, avec parfois un immeuble en brique dans les rues adjacentes. Ceux qui aiment ça tombaient de temps en temps sur un arbre…” Un roman de Lawrence Block qui ne manque pas de qualités.

Lawrence Block : Cendrillon, mon amour (Éd.Seuil, 2003)
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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 06:05

Autour de Noël vers 1960, dans la station de sports d’hiver de Morroux, en Haute-Savoie, non loin de Thonon-les-Bains, Chamonix et Genève. Mariés depuis quinze ans, Raymond Curel et son épouse Hélène y ont acheté un chalet et un bar-club, La Paillotte, dont la gérance a été confiée à leur associé Georges Dompierre. Un investissement pas tellement rentable à vrai dire, ce bar peu fréquenté. Pour ces vacances, le couple Curel a invité dans leur chalet une poignée d’amis. Il y a là Sylvette, la nièce d’Hélène, et son fiancé Philippe Massy, étudiant en médecine. Et puis la brune Catherine Jonzac, une séductrice qui allume volontiers les beaux mâles. On la voit beaucoup avec un moniteur de ski, Laurent, dont la petite amie finit par provoquer un esclandre au chalet.

Ce genre de petits incidents amuse le dernier invité, Boris Watroff. C’est un pique-assiette, qui se revendique dilettante. S’il prétend pratiquer la voyance par les cartes, il observe surtout ce petit cercle d’amis, notant tout ça dans un cahier qu’il dissimule. Après le 23 décembre, marqué par les chamailleries sentimentales autour de Cathie, la journée du 24 va bientôt être centrée autour de l’accident de ski du fiancé Philippe. Puisqu’il est transféré à l’hôpital de Thonon, Sylvette suit le mouvement. Boris remarque que les skis de Philippe ont été sabotés, cause de sa chute. Tous les habitants du chalet peuvent être suspectés. Mais rien ne prouve que c’était bien l’étudiant qui était visé, il peut s’agir d’une erreur sur les skis tous rangés au même endroit, à l’entrée du chalet.

Pendant ce temps, les gendarmes de Morroux sont à la recherche d’Antoine Vézat, un gars d’ici qui vient de tuer sa femme et son beau-père à coups de fusil à chamois. Craintive, Hélène Curel se demande s’il présente un danger pour eux. Le réveillon du 24 décembre à La Paillotte n’a été que très relativement festif. D’ailleurs, Raymond s’est vite éclipsé pour trouver dans la station quelque jeune femme de passage qui voudrait coucher avec lui. Au matin du jour de Noël, Cathie est la première à emprunter le télésiège afin d’aller faire du ski. Elle va être assassinée, probablement par l’arme d’Antoine Vézat, le criminel fuyard. Toutefois, Hélène se rend compte que la victime portait son anorak rouge. N’était-elle pas la cible espérée de ce meurtre ? Une autre erreur, après le cas de Philippe ?

Fiévreuse, Hélène imagine des raisons de soupçonner Raymond, car elle est sans illusion au sujet des infidélités de son mari. La nervosité de Laurent, le moniteur de ski, est bien justifiée, elle aussi. Les gendarmes l’ont longuement interrogé, après que les amis de Raymond et Hélène aient suggéré son nom. Mais un cadavre caché sous la neige, puis un meurtre simulant un suicide vont relancer l’affaire…

Michel Lebrun : Quelqu’un derrière la porte (Coll.Un Mystère, 1960)

— J’en ai plus qu’assez de l’ambiance qui règne dans le chalet et à La Paillotte. On ne dirait pas un groupe d’amis réunis pour réveillonner dans la neige, mais un panier de crabes où tout le monde tente de déchirer tout le monde ! Je ne suis pas fâchée de vous laisser entre vous. D’ailleurs, rien ne m’ôtera de l’idée que Philippe et moi vous gênions pour laver votre linge sale.
— Qui parle de linge sale ? Nous nous adorons tous. Et qui aime bien châtie bien, voilà tout. Ça fait des années que ça dure et nous nous en trouvons très bien. Il n’y a aucune raison que cela change.
Boris la laissa soulever la valise et quitter la chambre. Avec un soupir, il reprit le cahier dans le tiroir, regarda autour de lui comme pour lui trouver une autre cachette, et finit par le plier en deux dans le sens de la hauteur et par le mettre dans une de ses poches…

On peut espérer que ce grand romancier populaire que fut Michel Lebrun (1930-1996) reste dans les mémoires des amateurs de littérature à suspense. Car les ambiances très vivantes, les portraits parfaitement crédibles et les intrigues impeccables font que les romans de Michel Lebrun appartiennent à l’élite du polar. “Prenez les meilleurs amis du monde. Enfermez-les pendant quinze jours ou un mois dans un lieu clos. Examinez-les à la loupe au bout de ce temps. Ils se sont transformés en ennemis mortels. L’amitié ne résiste pas à la concentration” : c’est l’idée qu’il exploita ici.

En ajoutant un décor savoyard à Noël, un tueur en cavale, un mystérieux Monsieur X fréquentant le bar La Paillotte, et un personnage cynique tel que Boris, l’histoire s’avère rapidement entraînante. Pour les lecteurs actuels, ce sera un voyage dans le temps, à l’époque des Peugeot 403 et DS Citroën, des premières stations de sports d’hiver. Ce qui vaut bien les "polars historiques", non ? Publié en 1960 dans la collection Un Mystère, ce titre fut réédité en 1967 chez Presses de la Cité, en poche Policier.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 06:02

Tom Walsh s'est exilé dans les Midlands pendant sept ans. Il est de retour à Cornawona, son village d'Irlande. Il va épouser Claire O'Neill, la fille du vieux Paddy. Claire l'a attendu pendant tout ce temps, restant pure pour lui. Le couple s'occupera du "Corner Bar", le pub de Paddy. Mais Tom n'oublie pas ce qui motiva son départ. Le domaine de la famille Costello, "Castlehill", semble toujours le narguer. Un vieux contentieux l'oppose à Francis Costello, joueur impénitent et buveur excessif. Et puis il y a Nora, la sœur de celui-ci, pour laquelle il éprouve encore une trouble attirance. D’ailleurs, elle ne tarde pas à relancer Tom. Malgré Claire, il accepte de la rejoindre.
Reine, le lévrier de Claire, est malade. Des germes bactériens fragilisent ses pattes. Tom prend soin de la chienne, consulte un vétérinaire. Le traitement à base de piqûres guérit Reine. Tom remarque les qualités sportives de l'animal. Il entraîne Reine pour qu'elle soit prête à la compétition en cynodromes.

Alors que leur mariage est programmé, Claire comprend les raisons de Tom. Prendre une éclatante revanche sur son adversaire Francis Costello permettra à Tom de tourner définitivement la page. Et, peut-être, de s'écarter de la tentatrice Nora. La réputation de Reine, sous le nom de Connemara Queen, grandit dans la région. Toutefois, Reine reste une chienne fragile. Même s'il la prépare en fonction de ses handicaps, Tom n'est pas si certain qu'elle gagnera. En cas de victoire, Francis admettrait-il sa défaite ? Jusqu'où peut aller la passion du jeu ? Elle risque de finir par un drame causant plusieurs victimes…

Hervé Jaouen : Connemara Queen (Coop Breizh, 2016) – bilingue –

Qu’est-ce qu’une course de lévriers ? Un simple coup de catapulte qui expédie sur la piste deux, quatre, six, huit chiens. Les têtes s’aplatissent, les corps s’allongent démesurément, tous identiques et parallèles, puis les pattes antérieures griffent la terre battue, les ressorts s’enroulent et les cuisses puissantes propulsent les animaux vers un second allongement. Ensuite les lévriers glissent. Ils vont trop vite. L’œil est incapable de décomposer les mouvements. Ils n’ont plus rien à envier au lièvre mécanique qui file le long de son rail.
Quelques secondes d’acmé. Dans la cervelle des parieurs, le paroxysme éjacule du plaisir, à longs traits. Se remettre de l’éblouissement demande du temps. Entre l’arrivée de la course et l’explosion des hurrahs s’écoule un instant qui semble interminable.

"Perdre ou gagner sont les deux visages du même mal" dit Tom. Le joueur passionné prend le même plaisir dans les deux cas. S'il s'agit bien d'un roman sur ce thème, Hervé Jaouen ne néglige pas le contexte. L'Irlande, ses paysages, sa population, ses pubs : le lecteur est plongé dans un décor correspondant à la réalité. La rivalité entre les héros offre une ambiance très tendue, plus vert sombre (aux couleurs de ce pays) que vraiment noire. Une atmosphère de défi plane sur cette histoire, qui captive du début à la fin. Très vivant, fort excitant, une belle réussite.

Ce suspense n’en est pas à sa première parution : “Connemara Queen” fut publié en 1990 chez Denoël (coll.Sueurs Froides), réédité chez Folio en 1993 puis chez Folio policier en 1999. Il s’agit cette fois d’une édition bilingue Français/Anglais. En effet, le roman d’Hervé Jaouen a été traduit par Sarah Hill. Précisons que ce n’est pas une présentation double, page à page, mais que la version anglaise succède dans ce livre au texte en français. À lire donc soit séparément, soit d’une manière complémentaire. Sympathique initiative qui permet d’améliorer notre connaissance, souvent pleine de lacunes, de cette langue étrangère. Et cela, en appréciant une bonne histoire.

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 06:02

Ayant interrompu ses études, Adrien Chave n’est à cette époque âgé que de dix-huit ans et demi. Il s'est occupé de son défunt oncle. Très riche, celui-ci est mort ruiné, suite à un sombre scandale à cause de son amante, l’artiste Anna. L’hôtel particulier de son oncle étant vendu pour épurer les dettes, Adrien n’aura bientôt plus ni logement, ni argent. Sur le conseil du boucher de son quartier, le jeune homme contacte M.Langois. C’est une sorte d’homme de loi, qui se charge d’arranger à l’amiable divers contentieux : “Toujours des petites histoires, des traites, des billets de fonds, des règlements de succession pour de pauvres bougres.” Jamais de gros dossiers, pas d’action en justice : simplifier les choses, tel est le talent de M.Langois, installé dans cette ville moyenne depuis quelques années.

Adrien est engagé par M.Langois pour remplacer son ancien clerc, un type vindicatif qui a été victime d’un incident. Le jeune homme va apprendre le métier par lui-même, faisant connaissance avec certains clients de M.Langois. Il ne croit guère que son employeur ait des dons de magnétisme, comme l’évoque quelqu’un. Adrien connaît bien la jolie femme qui vient solliciter son patron : fille de banquier, Edmonde est un peu plus âgée que lui, mais ils se sont naguère côtoyés dans la haute société locale. Sans doute en reste-t-il tant soit peu amoureux. Edmonde est désormais mariée à un Anglais, sir Eric Greshild. Elle a de sérieux soucis : à cause d’une affaire d’argent, elle a dû retourner chez son père. Elle aimerait que M.Langois interviennent afin que tout rentre dans l’ordre.

C’est un dossier bien plus complexe que ceux traités ordinairement par M.Langois. Pas si facile d’amadouer le puissant banquier, père d’Edmonde. D’autant qu’augmentent toujours les tensions entre elle et lui. Cerner son caractère est insuffisant, c’est un plan de bataille qu’il faut organiser contre le banquier. Quasiment un complot, avec la complicité de la petite postière de l’agence près du château. Pendant ce temps, Adrien et Edmonde se rapprochent, ce qui ne déplaît pas au jeune homme. Quant à l’ancien clerc de M.Langois, il est maintenant chargé de représenter les intérêts de sir Eric Greshild. La forte rétribution que M.Langlois réclame à Edmonde pour ses services semble exagérée à Adrien. Mais il admet l’efficacité de son employeur, lorsque l’essentiel de l’affaire paraît résolu.

Néanmoins, Adrien s’interroge quand il apprend le retour dans leur ville de l’artiste Anna. Pour l’ex-amante de son oncle, qui causa le déchéance de leur famille, tout est-il oublié ? Du côté d’Edmonde, si la situation s’est améliorée pendant un temps, il se peut qu’elle soit en grand danger. Son mari est animé de mauvaises intentions. À la veille de Noël, M.Langois hésite à se lancer dans une autre intervention en faveur de la jeune femme…

Edgar Sanday : Monsieur Langois n’est pas toujours égal à lui-même (Éd.10-18, 1987)

M.Langois a certainement une faculté exceptionnelle de persuasion. Sans croire au merveilleux, on peut admettre que certains êtres ont, pour des raisons en partie physiques, cette faculté. Ainsi les orateurs qui entraînent les foules, les galvanisent. Ainsi certains ecclésiastiques auprès de leurs pénitents. Avez-vous remarqué que M.Langois parle beaucoup, et sur un ton très égal et monotone. J’ai lu que ce ton est employé par les hypnotiseurs. Bien entendu, il ne s’agit pas d’hypnotisme au sens propre, mais d’un moyen supplémentaire d’influence.
M.Langois ne prend que des affaires raisonnables. Ainsi dans votre cause, tout est "plaidable", comme il dit lui-même. Il y a donc une conjonction entre certains arguments qu’il emploie et des éléments physiques d’autorité. Mais cela ne suffit pas. Il faut, en sus, quelque incident favorable pour mettre le patient en état de réceptivité. Ici, c’est la boite de cigares. Un profane n’en tirerait pas davantage, mais au regard de M.Langois, c’est comme la brèche insignifiante par laquelle un stratège donnera l’assaut d’une ville.

Publié en 1950, réédité en 1987, ce "roman d’atmosphère" d’Edgar Sanday (1908-1988) est davantage une curiosité qu’un chef d’œuvre. Si l’auteur n’était pas devenu un célèbre homme politique, puis élu à l’Académie Française en 1978, ses romans d’alors auraient disparu dans les oubliettes de la littérature. Non pas que le présent titre soit dénué d’intérêt, d’ailleurs. L’intrigue se compose de six chapitres, plus un final explicatif (encore que bien des détails restent volontairement sans réponse).

Adrien Chave en est le héros et le narrateur, prenant à témoin le lecteur de son manque de maturité face à un épisode de sa vie qui le marqua. Le suspense est en majeure partie basé autour de la personnalité de M.Langois, évidemment. Énigmatique, pourvu d’un certain flegme, distant mais résolvant en effet des litiges, on ne peut que nuancer toute opinion à son sujet. Le jeune Adrien va prendre une part active dans les péripéties de l’aventure, dont il n’est pas que spectateur. L’ambiance surannée d’une ville provinciale, avec son élite bourgeoise, nous est plus suggérée que vraiment décrite. Ce qui peut, à tort ou à raison, donner le sentiment d’un roman "daté". Après tout, les cas de margoulins et de cupidité excessive ne sont-ils pas intemporels ?

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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