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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 05:55

Los Angeles, 1947. Amanda Garth, dite Mandy, est âgée de vingt-trois ans. Par hasard, elle apprend une anecdote autour de sa naissance. Le peintre Tobias Garrison la confondit un instant avec son propre fils, Terry. Rien à voir avec un échange de bébés, toutefois. Même si elle possède un grand sens artistique, Amanda est bien la fille de son défunt père et de sa mère Kate. Âgé aujourd'hui de soixante-cinq ans, Tobias Garrison est un peintre riche et célèbre. Amanda l'aperçoit avec son épouse Ione, et son séduisant fils Terry, de passage en Californie. L'incident de l'erreur de bébé lui fournit un prétexte pour rencontrer Tobias Garrison dans sa belle propriété à flanc de canyon. Amanda réalise que Ione n'est pas la mère de Terry, même si elle est la première et la troisième épouse du peintre.

À une époque, Garrison tomba amoureux d'une autre femme, Belle. Elle lui inspira un de ses plus beaux tableaux, “Belle à sa porte”. C'était elle la mère de Terry. Elle est décédée six ans plus tôt, par accident, encore que les circonstances de sa mort aient été plutôt bizarres. Ça ne justifiait qu'une enquête de routine. Le peintre ré-épousa par la suite Ione, petite dame sexagénaire potelée, aux cheveux blancs et au caractère ferme. Elle sut réconforter son ex-mari. C'est grâce à l'actrice Fanny Austin, amie de longue date de Garrison, qu'Amanda apprend quelques détails sur cette famille. Selon elle, depuis une mésaventure récente, Terry est circonspect vis-à-vis des jeunes femmes, d'autant que sa fortune peut attirer les malfaisantes. Il ferait mieux de se méfier de l'épouse de son père.

Amanda s'interroge sur Ione, la suspectant de vouloir empoisonner Terry. Elle fait analyser par un ami du chocolat chaud destiné au jeune homme, qui contient en effet du poison. Il est possible que Ione ait dû changer son plan meurtrier, à cause de la présence d'Amanda. Terry ne prend pas au sérieux l'avertissement de la jeune femme. Son père Tobias se montre bienveillant envers Amanda, et son talent de peintre débutante. Comme si elle eût pu être sa fille. Ce qui ne peut que déplaire à Ione. Au contraire, fine mouche, Ione propose d'inviter Amanda pendant une semaine chez eux. Terry prend conseil auprès de l'actrice Fanny Austin, avant de rencontrer Kate Garth, la mère d'Amanda.

Quant aux accusations renouvelées par la jeune femme, y compris concernant le décès possiblement criminel de Belle, Terry ne veut rien admettre. Néanmoins, il n'est pas contre le fait qu'Amanda passe la semaine dans la maison du canyon. Ainsi, Amanda va laisser planer le doute, qu'elle pourrait être la fille de Belle. Bien que fatigué, Tobias Garrison est très présent et chaleureux avec Amanda. Celle-ci contacte le lieutenant Ellis Kelly, policier de Pasadena qui enquêta sur la mort de Belle mais ne trouva pas de preuve formelle. Terry est d'autant plus convaincu désormais de la fourberie de Ione, que plusieurs faits actuels sont identiques à ceux d'il y a six ans. Il s'agit de contrecarrer les plans de Ione. Même si des alliés sont prêts à intervenir, Amanda s'expose à un danger mortel…

Charlotte Armstrong : Et merci pour le chocolat (1948)

Charlotte Armstrong (1905-1969) figure parmi les grands noms de la littérature policière, avec près de trente romans et quantité de nouvelles à son actif. Elle fut récompensée en 1957 par le Prix Egar-Allan-Poe, pour “Une dose de poison”. Une douzaine de ses titres ont été traduits en français. “Et merci pour le chocolat” fut initialement publié en 1949 dans la coll.Détective-Club des Éditions Ditis, puis dans la coll.La Chouette en 1956, aux Éd.NéO en 1983, chez Le Masque en 1992, et chez Rivages en 2000 quand Claude Chabrol adapta ce roman au cinéma. C'est dire que le succès de ce roman a traversé les époques. Tout simplement parce que l'intrigue est excellente.

La subtilité de Charlotte Armstrong consiste ici à ne cacher aux lecteurs ni le but de Ione, ni la psychologie qui motive ses actes. Ce sera à la jeune héroïne Amanda de provoquer la coupable, en espérant obtenir des preuves incontestables. Elle ne manque pas de ténacité, même si elle n'enquête pas au sens strictement policier du terme. La construction du récit est habile, le petit élément déclencheur (erreur de bébés) servant l'ensemble de l'énigme. Il convient juste d'être attentif à la description de la maison du peintre, ainsi qu'à certains détails sur le passé. Inutile de préciser que les personnages sont présentés avec soin, et que l'évolution de l'affaire est riche en péripéties.

Un classique du suspense, pour tous les passionnés de polars.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 05:55

Âgé de douze ans, Jean-Pierre est le fils de Suzanne et Hector Duruy. Employé de banque, son père est un homme à la morale rigoureuse et aux idées définitives. Jean-Pierre avoue préférer sa tante Mathilde, sœur de sa mère, et son oncle Euloge Malec. Ex-comptable, ce dernier est devenu inventeur. On ne sait s'il a déposé des brevets, mais le couple vit assez modestement. Ce qui suscite les railleries d'Hector Duruy, même si l'oncle Euloge exprime toujours une belle convivialité. Toutefois, les parents de Jean-Pierre reçoivent une lettre où tante Mathilde apparaît fort inquiète, probablement effrayée. La nouvelle invention de son mari pourrait bien s'avérer terrifiante, au point de présenter un danger

Ce dimanche-là, les Duruy rendent visite (sans Jean-Pierre) au couple, mais Euloge reste absent. À leur retour, le soir-même, l'oncle et la tante arrivent chez les Duruy. Plus sobre et sérieux que d'habitude, Euloge affiche une soudaine aisance financière. Grandiloquent et sans réplique, il affirme : “En effet, j'ai réussi à découvrir, à mater, à mettre à mon service la force la plus formidable qui existe depuis la création… Qu'il vous suffise de savoir que désormais, toutes les possibilités me sont permises. Je puis obtenir, rien qu'en le souhaitant, tout ce que je désire...” D'ailleurs, se qualifiant de "super-démiurge", l'oncle Euloge exige de pouvoir adopter Jean-Pierre, dont il ferait son successeur.

Sans doute à cause de la contrariété causée par ce diable d'oncle Euloge, le père de Jean-Pierre meurt d'une attaque d'apoplexie. Peu après, c'est son épouse qui décède d'une crise cardiaque. Se retrouvant orphelin, après les obsèques, Jean-Pierre se rend chez son oncle et sa tante. Cette dernière vient de mourir d'un coup de poignard dans le cœur. Une courte enquête suffit à déterminer que c'est réellement un suicide. S'installant avec son oncle, Jean-Pierre doit bientôt aller se ravitailler au village voisin. Il subit des réactions agressives de la population locale. En fait, c'est parce que l'on considère ici Euloge comme un sorcier, suite à un malentendu et à une altercation avec le maire.

Dépressif et lymphatique ces derniers temps, l'oncle Euloge est habité par un sursaut de vie. Il tient à initier son jeune neveu, en lui montrant comment exercer la toute puissance qu'il détient. Euloge emprunte à des gens qu'il croise leur fluide, afin de “se gonfler d'Id”, c'est à dire d'alimenter ce flux qui lui permet tout. Impressionnant pour Jean-Pierre, même s'il ne comprend pas les détails du raisonnement. Le gamin s'avoue intimidé, mais fait confiance à son oncle. Euloge aurait inventé une machine utile à des malfaiteurs en fuite. Grimé en groom, Jean-Pierre va participer au processus quand un client et sa femme paient pour voyager grâce à ladite machine. Autre problème à venir pour l'oncle Euloge : les villageois sont décidés à lui “faire la peau”, l'accusant toujours d'être un sorcier…

Marc Agapit : Le fluide magique (Fleuve Noir, 1965)

Ce roman de Marc Agapit fut publié il y a cinquante ans (1965) dans la collection Angoisse du Fleuve Noir, dont cet auteur fut un des ténors. Comme pour “Greffe mortelle”, qui vient d'être réédité, c'est un enfant qui raconte l'histoire. C'est donc dans l'esprit d'un môme de douze ans que Jean-Pierre décrit sa relation avec son oncle. À cet âge, comment ne pas être influencé par un personnage charismatique de son entourage ? Même pas besoin de pratiquer un hypnotisme virtuel : il est plus excitant de vivre avec lui, qu'avec son père trop strict. Toutefois, le jeune narrateur peut en arriver à sa poser des questions sur la santé mentale de cet oncle original. Quant à ses activités rémunératrices, elles relèvent du domaine de l'intrigue policière.

Évoquant en guise d'explication le philosophe Spinoza autant que le scientifique Newton, l'oncle Euloge se situe entre les deux. La toute-puissance, c'est ce qu'il prétend approcher, en précisant : “Pour agir, il me suffit de "tordre" mon cerveau d'une certaine façon. Ce n'est là, naturellement, qu'une image : il s'agit seulement de mettre en œuvre une certaine faculté de notre cerveau, lequel en contient des quantités latentes que nous découvrirons un jour.” Suffit-il de vouloir, d'ordonner par la pensée, pour que se réalisent les choses, pour tout dominer ? Tel est le thème exploité par l'auteur, illustré par de multiples péripéties car nous sommes dans une fiction animée, un conte énigmatique. Le talent de Marc Agapit mérite d'être souligné, afin que des lecteurs actuels s'y intéressent.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 05:55

Quand on utilise l'expression "culture polar", c'est une manière de souligner que cette littérature à succès possède de longue date son histoire. À partir des débuts du 20e siècle, les éditeurs lancent des collections populaires, avec plus ou moins de réussite. Après la 2e Guerre Mondiale, la demande est bien plus forte, pour des romans français ou étrangers ménageant du suspense, qu'il s'agisse d'espionnage ou de policiers. Chez Gallimard, la Série Noire nait durant l’été 1945, à l'initiative de Marcel Duhamel. Il la dirigera durant trente-trois ans (1945-1977). Trois autres mousquetaires du roman noir vont lui succéder : Robert Soulat (1977-1990), Patrick Raynal (1990-2005), Aurélien Masson (depuis 2005). Les impératifs de l'édition ont changé entre-temps : on est passé du petit au grand format, et les parutions sont moins nombreuses. Mais l'esprit du roman noir a été préservé depuis soixante-dix ans. La Série Noire est donc toujours pleine de vie… et de crimes.

70 ans de la collection : C'est l'histoire de la Série Noire (1945-2015)

À l'occasion de cet anniversaire paraît un ouvrage dédié à cette collection : “C'est l'histoire de la Série Noire (1945-2015)”. Édition publiée sous la direction d'Alban Cerisier et Franck Lhomeau, avec la collaboration d'Aurelien Masson, Claude Mesplède, Patrick Raynal, et Benoît Tadié. Avant-propos d'Antoine Gallimard.

« Ami de longue date de Jacques Prévert et de Raymond Queneau, féru de littérature américaine, Marcel Duhamel s’est entièrement voué à cette passionnante et frénétique entreprise éditoriale, commencée modestement avant de devenir l’une des collections phares de la NRF. Bon marché et largement diffusée, la Série Noire a été accueillie à bras ouverts par les lecteurs français de l’après-guerre fascinés par l’Amérique, scène mythique de ces romans noirs rugueux et haletants, hérités des pulps et puissamment relayés par le cinéma. "C’est Duhamel qui a créé le genre avec sa Série Noire, a pourtant écrit Manchette. Duhamel a inventé la grande littérature morale de notre époque. Il faisait semblant de ne pas le savoir." L’homme, professionnel tenace, n’était pas dogmatique ; sa collection ne l’a pas été plus que lui, trouvant, de son vivant comme à sa suite, les moyens de se réinventer ou de se réajuster, sans piétiner l’héritage. Jamais un album n’avait été consacré à l’histoire éditoriale, commerciale et littéraire de cette collection emblématique, riche de quelque trois mille titres. L’anniversaire de ses soixante-dix ans offre l’occasion d’y remédier, en retraçant un parcours rythmé par la succession de quatre directeurs et par les métamorphoses d’un genre, porté par plusieurs générations d’auteurs – anglo-saxons, français puis du monde entier –, tous porteurs d’une certaine conscience de notre temps. Trois cents documents, issus notamment des archives de la maison Gallimard, viennent ainsi illustrer des contributions inédites sur l’histoire de la Série Noire, d’hier à aujourd’hui » nous dit la présentation de ce livre.

Exemple, parmi les documents, se trouve la fiche de lecture du "Grand sommeil" de Raymond Chandler, rédigée par Raymond Queneau : "Roman de policier plutôt que roman-policier" écrit-il. "Ne brille pas par l'ingéniosité de l'intrigue, ni la profondeur du mystère". Néanmoins, "Le grand sommeil", traduit de l'anglais par Boris Vian, paraîtra dans la Série Noire en 1948. Bien d'autres documents et anecdotes sont là pour mieux faire connaître l'univers de cette collection mythique. Franck Lhomeau et Claude Mesplède, grands spécialistes du roman noir, ayant contribué à ce livre, c'est encore une sacrée référence. À la fin de l'ouvrage, on retrouvera tous les titres de la collection depuis 1945.

 

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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 05:55
Alix Karol : le retour d'un héros d'anthologie, de Patrice Dard

Alix Karol, le personnage créé par Patrice Dard en 1973 en pleine guerre froide, est à l’espionnage ce que San-Antonio est au policier. Alix Karol et son compère Bis forment un couple à la manière de San-Antonio et Bérurier, utilisant comme couverture un numéro de music-hall. Ils sont employés par une organisation tout aussi farfelue qu’eux, les Services Secrets du Tiers-Monde, pleine de bonnes intentions, chargée de défendre les intérêts des pauvres face aux pays riches. Vingt-et-une aventures d'Alix Karol ont été publiées de 1973 à 1977. Des intrigues mouvementées, souriantes et teintées d'érotisme.

 

À raison de quatre titres par volume, l’Anthologie Patrice Dard propose de redécouvrir l’intégralité des romans écrits au début des années 70 par Patrice Dard, l’auteur des nouvelles aventures de San-Antonio. Ce tome n°1 comporte les quatre premiers titres de la série Alix Karol : "En tout bien toute horreur", "Assassin pour tout le monde", "Suicides par contumace", "Et cinquante qui font sang". Il s'agit de rééditions de l’œuvre originale, dans la chronologie de l’époque, chaque opus étant agrémenté d’un texte de présentation de Maxime Gillio, auteur et ami de Patrice Dard.

© Mathieu Deschott, Hippollyte Dard, Atelier Mosésu

© Mathieu Deschott, Hippollyte Dard, Atelier Mosésu

Excellente initiative de la part de Sébastien Mousse et de Maxime Gillio, tout deux membres de l’association des amis de San-Antonio, qui se sont connus grâce à leur admiration pour Frédéric Dard. Éditer aujourd’hui Patrice Dard, celui qui a repris le flambeau de San-Antonio, est un rêve qu’ils réalisent. Recevoir au fil du temps des signatures prestigieuses au sein d’une petite maison d’édition telle que l'Atelier Mosésu, un véritable bonheur pour eux. L'Anthologie Patrice Dard (30€, 586 pages, volume 1) est disponible dès le mois de novembre. Bonne occasion de rencontrer l'auteur : le 28 novembre 2015, Patrice Dard sera à partir de 15h00 en la librairie du Hérisson, 70 rue du Général Leclerc, 45200 Montargis.

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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 05:55
Michel Gourdon : Les "Espionnage" du Fleuve Noir, un livre-hommage

Michel Gourdon (1925-2011) fut le principal illustrateur des couvertures aux éditions Fleuve Noir jusqu'en 1978. Il reste une grande référence pour les amateurs de polar. Une conférence sur Michel Gourdon et une exposition de gouaches originales ont fait partie des animations du festival Polar Cognac 2015, c'est dire qu'il est encore et toujours d'actualité. L'Association des Amis de Michel Gourdon continue à perpétuer sa mémoire et son œuvre.

Elle vient de publier en édition limitée à 300 exemplaires numérotés "Les ESPIONNAGE de Michel Gourdon", ouvrage de 240 pages consacré aux illustrations de Gourdon pour la collection Espionnage du Fleuve Noir entre 1950 et 1978. Plus de 1400 romans de cette collection ont bénéficié de couvertures signées M.Gourdon. Pour rendre compte de cette mosaïque, le livre présente, parmi plus de 680 illustrations, des couvertures introuvables et des reproductions de gouaches originales qui rendent perceptibles jusqu’au tracé du pinceau, le talent de Gourdon.

Album quadri - Dos cousu collé - Format 210 x 297 mm - 240 pages - Impression offset sur papier couché 150 gr. - Couverture cartonnée. 300 exemplaires numérotés. Comment commander le livre ? Par courrier : Prix 30€ + frais de port 6€, soit un chèque de 36 € à libeller à l'ordre de "Association des Amis de Michel Gourdon" et adresser à :

Association des Amis de Michel Gourdon - 2 rue Rousselle - 92800 PUTEAUX

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 04:55

Recueil de treize nouvelles, publié en 1999 dans la collection Le Cabinet Noir (n°27) dirigée par Hélène et Pierre-Jean Oswald.

Le passager – Il sillonne depuis quelques jours les routes du Var dans sa voiture de location. Des auto-stoppeurs, il en croise parfois sans les prendre à bord. Cette fois, c'est le bon, un type de trente-sept ans, marié, habitant Toulon. Puisqu'il fait si chaud, Philippe Chaissac accepte volontiers à boire. Le plan du conducteur se déroule sans problème. Il va se débarrasser de son épouse, de sa propre identité et de sa vie d'universitaire à Aix-en-Provence. À Zurich, il se fait oublier, en attendant que sa maîtresse le rejoigne.

Le bout du monde – Pour lui, c'est un retour aux sources, dans cette bourgade où il a vécu étant enfant. Trente ans ont passé. La maison familiale est toujours là, en mauvais état. Il n'y a plus que le vieux Georges Bondeville qui se souvienne du drame de l'époque, chez les Detheux. L'enfant avait huit ans. Son père avait déserté leur foyer. Sa mère allait se remarier. L'ayant appris, le père revint chez eux ce jour-là. Un double meurtre fut commis. Inutile de chercher loin le coupable : on connaissait le caractère sanguin du père.

Terminus – Bien qu'il n'ait que cinquante ans, Thomas se sent brusquement vieux. Terrible impression de vieillesse, aggravée par sa solitude. Pourtant, la vie citadine reste animée autour de lui. Coup de fièvre ? Autant qu'il rentre chez lui. Dans la rue, il suit quelques instants une femme au chapeau rouge. Il ne comprend pas la suite, quand il regagne son domicile.

L'affaire Kléber – Éminent politicien du Parti du Renouveau, Wilhelm Kléber a été assassiné dans un endroit isolé. Ce qui va être largement commenté dans les médias, c'est la face cachée de Kléber. On apprend qu'il avait des accointances avec la Mafia, qu'il possédait un compte secret bien garni au Luxembourg. Ressemblant au lieutenant Columbo, le policier qui enquête ne croit pas en ces accusations post-mortem. Il imagine plutôt une sombre machination. Marcel Young, le trésorier du parti, premier mari de Christiane l'épouse de Kléber, garde un parfait sang-froid face au crime et au scandale. Le président du parti, Christiane Kléber et Young n'ont effectivement pas à s'inquiéter : ils disposent de solides alibis et n'avaient pas de raison de supprimer le charismatique Kléber.

Le livre rouge – À Bruxelles sous la pluie de décembre, il remarque une boutique vieillotte. Tout est fouillis dans ce véritable capharnaüm, tenu par une femme distante ou blasée. Lui, ce qui l'intéresse, c'est un gros livre intitulé "Histoire de l'échafaud en France" datant de 1863. Les grands criminels fascinent, à travers les siècles.

L'échappée belle – Vanderem a deux femmes dans sa vie : son épouse Geneviève et sa maîtresse Véronique. Elles sont par ailleurs amies, et un peu envahissantes. La situation se complique pour Vanderem bientôt victime d'un "accident". Le policier Willems n'accorde pas vraiment crédit à la version de l'homme, puisqu'il a toutes les preuves nécessaires.

Les gens de l'autobus – Âgé de 44 ans, Fabrice Moreau mène une désespérante vie routinière. Employé administratif, il côtoie matin et soir les mêmes passagers dans son autobus. Des voyageurs sans histoire qui ne l'intéressent guère. Quand la grosse Mme Leroux n'en fait plus partie, les autres habitués ne réagissent même pas. Lorsque Marcel Servier ne prend plus le bus, il va y avoir une enquête pour meurtre car on a retrouvé son cadavre. Puis c'est une des sœurs Ventillard qui est assassinée. Mais pourquoi la police ne parle-t-elle pas de la mort de Ginette Leroux ?

Le crime de juillet – Un petit village dans la pure tradition française. Avec son château où, chaque été dès le 1er juillet, reviennent les propriétaires, la riche famille Hoffmann, fiers de leur puissante voiture. Ça obsède Derême, le boucher-charcutier local. Lui, sa vieille bagnole est quasiment une épave. Et pour sa modeste maison, il passera toute sa vie à en payer le crédit. Derême rumine sa détestation : il est jaloux de ces châtelains, jusqu'à en avoir de meurtrières hallucinations.

Rien ne va plus – Il séjourne à Genève pour affaires. Il se laisse tenter par une virée dans un casino, où il perd plus qu'il ne gagne. Et quand la chance lui sourit enfin, c'est à une vieille dame acerbe qu'on attribue ses gains. Il proteste, mais le compagnon antipathique de la bonne femme témoigne pour elle. Rien à faire, c'est rageant. Le lendemain, il ne sera pas davantage veinard en affaires, alors qu'il espérait un juteux contrat.

Et aussi "Les retrouvailles", "Flics de nuit", "La femme d'en face", "Résidence secondaire".

Jean-Baptiste Baronian : Parmi tant d'autres crimes (Ed. Les Belles Lettres, 1999)

Né à Anvers (Belgique) le 29 avril 1942, de parents arméniens s'installant à Bruxelles quand il avait deux ans, Jean-Baptiste Baronian débuta tôt dans le monde de l'édition. Dès 1969, il devient directeur de collection aux éditions Marabout. Il occupera plus tard le même poste chez Le Masque, Le Livre de Poche, Fleuve Noir et divers autres éditeurs. Il fut par ailleurs critique littéraire et auteur sous le pseudonyme d'Alexandre Lous. Le survol de sa carrière d'écrivain et d'éditeur est retracé dans "Le Cahier du Cabinet Noir", à la fin de ce volume. Président des "Amis de Georges Simenon", association créée en 1986 à Bruxelles, Jean-Baptiste Baronian est membre de jurys décernant des prix littéraires.

Dans Parmi tant d'autres crimes, on peut lire treize nouvelles. Ce qui n'est pas sans rappeler les trois célèbres séries de Simenon (13 énigmes, 13 coupables, 13 mystères). Les préfaces des deux tomes de “Nouvelles secrètes et policières” de Georges Simenon (Omnibus) sont de Jean-Baptiste Baronian, qui retrace le parcours de l'écrivain. Le présent recueil possède une très belle qualité : la diversité des intrigues et des tonalités. Certaines histoires courtes n'en sont pas moins des sujets criminels ou des vraies enquêtes, avec leur "chute" finale. D'autres nouvelles sont plus psychologiques, "intérieures". On n'hésite pas à passer de l'une à la suivante, en sachant que l'auteur nous plonge en quelques lignes au cœur du récit énigmatique.

Comme ses nombreux romans et ses anthologies, les recueils de nouvelles de Jean-Baptiste Baronian méritent d'être redécouverts.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 04:55

Âgé de trente-huit ans, Roger Brisseau est un grand costaud plaisant aux femmes. Ce combinard endetté qui s'affiche homme d'affaires peut se montrer nerveux, impulsif. À son bureau, la jeune secrétaire Suzanne est surtout chargée de répondre qu'il est absent. Le couple formé par Brisseau et son épouse Gisèle habite un pavillon en proche banlieue de Paris. Ce midi-là, il rentre comme prévu chez lui, et tombe sur le cadavre de sa femme. Il est bien obligé d'appeler la police, car son vieux voisin Mauclère apparaît sur son chemin. L'inspecteur Saverny, de la Criminellle, dans le service du commissaire Tardieu, est envoyé sur les lieux. De menus indices, mais pas de traces flagrantes de l'assassin, probablement connu de la victime qui l'a laissé entrer.

Retraité des Postes, M.Mauclère était un peu le confident de la défunte Gisèle Brisseau. Il est accusateur envers le mari, qui aurait profité de l'absence matinale du voisin pour tuer son épouse. Brisseau possède de parfaits alibis pour la demie-journée. Il était avec sa maîtresse Germaine Deny, dite Lily, puis il a vu sa secrétaire avant de se rendre à un rendez-vous avec Max Wurtzbach. Sanguin, Brisseau se bagarre avec les flics, avant de prendre la fuite dans sa Frégate. Il tient à disposer de toute sa liberté afin de se défendre. S'il figure comme suspect n°1, il n'a pas assassiné Gisèle, et il ne compte guère sur la police pour retrouver le coupable. Après avoir donné des consignes à Suzanne et à Lily, Brisseau contacte son fidèle ami Lulu, qui tient un stand d'autos-tamponneuses.

De son côté, Saverny contraint Germaine Deny a lui dire la vérité, avant de rendre visite aux parents de Gisèle. Directeur d'assurances, M.Pontier lui semble plus cordial et juste que sa femme, très remontée contre leur gendre. “Pour parler net, c'est un drôle de lascar. Pas méchant bougre au fond, mais de morale élastique !” résume M.Pontier. Il admet que Brisseau n'avait aucun intérêt financier dans la mort de Gisèle. Saverny s'avise que le beau-père est finalement plus cynique qu'il ne l'a cru.

Ayant interrogé la secrétaire puis Max Wurtzbach, l'inspecteur suit la piste du nommé Tavenier. Celui-ci vient que quitter son immeuble avec précipitation. Sa concierge, qui est aussi voyante, donne au policier une adresse où il a pu se réfugier. Saverny rencontre encore Yolande Vincent, une dame assez foldingue, très généreuse envers Brisseau. Tandis qu'un indic renseigne Brisseau et Lulu, la police rate de peu le fuyard. Le duo enlève bientôt Tavenier, afin de l'interroger. Le mari cocu de Germaine Deny réfute tous les témoignages, mais Saverny ne se décourage pas. Bien que le policier et Brisseau aient un contact téléphonique, le suspect n'envisage pas de se rendre, persévérant au contraire jusqu'à la découverte du vrai coupable…

Jean Dorcino : Ma femme est morte (Un Mystère, 1962)

De son vrai nom Jean Paulhac (1921-2011), Jean Dorcino a signé quatre polars : “Le crapaud” (Série Noire, 1956), “Pas de dragées pour le baptême” (Série Noire, 1957) “À brûle pour poing” (Presses de la Cité Espionnage, 1961), “Ma femme est morte” (Un Mystère, 1962). Le personnage de l'inspecteur Saverny déjà présent dans “Pas de dragées pour le baptême” mène aussi ses investigations dans “Ma femme est morte”. Il s'agit d'un policier sans préjugés (il ne croit pas dans la culpabilité de Brisseau) s'accordant de courts moments de réflexion pour de petits bilans. Un bon professionnel qu'on ne dupe pas, sans être une copie conforme de Maigret. En face, le mari suspect est un margoulin intrépide, pas antipathique, qui vit d'emprunts plus ou moins remboursés, et qui n'éprouve que de la répulsion contre les flics.

L'histoire se passe dans la tranquille région parisienne autour de 1960, avec ses pavillons en meulière et ses routes quasi-campagnardes. Bien loin du Rosny-sous-Bois actuel. Il n'y a pas de chapitre, car la narration est "en continu" : l'action est supposée se dérouler sans temps morts, à partir du midi jusqu'au lendemain. Avec habileté, l'auteur évite d'insister sur les repères horaires qui trahiraient l'approximation. L'écriture est claire, les portraits bien dessinés : “Dans sa cabine de verre, Lulu surveillait les opérations de ramassage du fric, menées par deux gars en blue-jeans. Trapu, costaud, il avait une tête de vautour chauve, émergeant de son chandail à col roulé. Un grand pif aigu, et pas un poil sur le crâne. Le regard attentif sous les sourcils broussailleux.” S'il s'agit d'un roman d'enquête, la succession de scènes est vive, apportant son lot de péripéties. Un très bon petit polar de l'époque.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 09:30

Une nuit, un incendie cause huit morts à la Résidence des Cèdres Bleus, maison de retraite appartenant au groupe Aliamed. Le journaliste Raoul Walberg est appelé à enquêter sur un autre décès accidentel, celui de l’ex-légionnaire Julio Lebowski. Cet ancien résident des Cèdres Bleus s’était échappé de l’hôpital psychiatrique où on l’avait interné. Il voulait dénoncer les maltraitances et les méthodes douteuses constatées à la maison de retraite. Il avait constitué un dossier, que de faux-policiers ont tenté de retrouver dans ses affaires à l’hôpital.

Walberg et son amie photographe Véronique se rendent dans la région où a eu lieu l’incendie. Ils y croisent la revêche juge Frémont, qui dirige l’enquête. Si le maire semble aimable, il fait partie d’une mafia locale de notables ayant tiré profit des Cèdres Bleus. Une employée virée évoque le suivi médical bâclé, la nourriture infecte, le personnel insuffisant et peu compétent. Encore ignore-t-elle que des tests de médicaments pour un laboratoire étaient pratiqués à l’insu des patients. Walberg et Véronique ne sont pas autorisés à visiter la Résidence des Acacias, du même groupe Aliamed. Un couple voulant créer une petite maison de retraite concurrente a subi divers sabotages, et le blocage de leur dossier. Un commercial confirme à Walberg les méthodes véreuses de la direction des Cèdres Bleus.

Jean-René Lelou, PDG d’Aliamed, est informé du futur article de Walberg. Pour rétablir l’image du groupe et faire remonter le cours des actions, il faut communiquer de façon positive. Bien que le profil de Lebowski ne soit pas celui d’un pyromane, des indices l’accusent. La conférence de presse de la juge Frémont clôt l’affaire. Pourtant, des points restent obscurs. Sous la pression d’Aliamed, l’article de Walberg est largement censuré. Invité par Jean-René Lelou, le journaliste reste insensible à son charisme supposé. Un informateur anonyme transmet des documents accablants à Walberg. Une menace mortelle plane désormais sur le reporter…

Gérard Delteil : Retraite anticipée (Fleuve Noir, 2003)

On voudrait pouvoir affirmer qu’il s’agit d’une fiction très éloignée de la réalité. Les personnes âgées constituent un énorme enjeu financier, faut-il le rappeler ? On aura compris que le thème, absolument actuel, ne peut laisser insensible. Certes, on nous répondra que depuis la parution de ce roman en 2003, les pratiques évoquées n'existent plus, que les choses ont évolué. Et nous goberons discours formaté, lisse, si bienveillant envers nos anciens. Là comme ailleurs, ce n'est pas le personnel qui est en cause, mais la rentabilité… Autrement dit, les énormes bénéfices des investisseurs. Cette fois encore, Gérard Delteil visait juste, nous racontant une histoire parfaitement crédible, captivante, et qui donne à réfléchir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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