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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 04:55
Charles Williams : Allô ! L'assassin vous parle (1958)

Jerry Forbes est un Texan âgé de vingt-huit ans. Suite à un incident à Las Vegas, il se fait oublier en Floride sous le nom d'Hamilton. Amateur de pêche en mer sportive, il se trouve à Key West. C'est là qu'il fait la connaissance de Marianne Forsyth, venue de Louisiane. Elle avoue trente-quatre ans, mais en aurait trente-huit. Elle fait semblant de s'intéresser à la pêche, alors que son but est ailleurs. Par des détectives, elle sait tout de Jerry Forbes. Le couple s'installe dans un motel de Miami où, devenus intimes, elle va tout lui expliquer. Bien qu'épris de Marianne Forsyth, Jerry Forbes est réaliste : “J'avais réussi à m'introduire ici parce qu'elle avait besoin de moi pour quelque chose et elle s'était soumise avec une certaine complaisance; il n'y avait rien de fortuit dans tout cela. Tout était magnifiquement contrôlé, calculé.”

Il a exactement la même voix que Harris Chapman, ex-patron de Marianne Forsyth, un homme d'affaires de Louisiane. En réalité, le jeune femme fut aussi l'amante de Chapman, et le conseilla longtemps sur ses investissements. À peine veuf de sa femme légitime, il l'a trahie en projetant de se marier avec la belle Coral Blaines, vingt-trois ans. C'est pour ça qu'elle veut lui voler une grosse somme et le détruire. Jerry Forbes touchera 75000 dollars comme complice. Pour ça, il devra copier l'allure générale de Chapman, l'essentiel étant qu'il connaisse en détail la vie du businessman. Il étudie le dossier préparé par Marianne Forsyth, écoute les enregistrements de la voix de Chapman. Jerry Forbes ne pourra pas persuader la jeune femme de renoncer, car sa détermination à se venger est immense. Le jour prévu, Harris Chapman arrive à Miami.

Marianne Forsyth ne tarde pas à tuer Chapman. Jerry Forbes commence par se charger du cadavre. Selon son plan, il va se débarrasser du corps en le jetant à l'eau du côté de Key Largo, à bonne distance de Miami. Revenu en ville, il prend la place de la victime à l'hôtel où il devait résider. Il s'agit de faire croire que Chapman est toujours vivant. Imitant la voix du mort, il téléphone à Coral Blaines, et à l'agent de change s'occupant de ses opérations boursières. Il fait livrer des petits cadeaux à des proches de Chapman. Sans doute est-il possible d'aller au bout de sa mission pour Jerry Forbes. Mais jusqu'à quel point, sentimentalement ou pas, peut-il faire confiance à Marianne Forsyth ?...

Charles Williams : Allô ! L'assassin vous parle (1958)

Charles Williams (1909-1975) fut l'auteur de vingt-deux romans noirs, de 1952 à sa mort. En France, ils ont été traduits pour la Série Noire, puis chez Rivages. “Peau de bananes” fut récompensé par le Grand prix de Littérature policière en 1956. Une douzaine de ses titres ont été transposés au cinéma, aux États-Unis et en France. “Fantasia chez les ploucs” reste un de ses plus beaux succès chez nous. “Allô ! L'assassin vous parle” (All the way, 1958 – en Grande-Bretagne : The concrete flamingo) fut adapté au cinéma en 1960 sous le titre “The 3rd voice”. Edmond O'Brien, Julie London et Laraine Day étaient les têtes d'affiches de ce film d Hubert Cornfield.

Traduit par Charles B.Mertens, le roman parut dans la collection Marabout. Il fut réédité en 1990 aux éditions Minerve, avec une nouvelle traduction de Philippe Bonnet. N'ayant pas été retenu par la Série Noire, ni repris chez Rivages, des puristes vont en déduire que c'est un titre plus faible de Charles Williams. Préjugé habituel et absurde. On retrouve ici l'ambiance du sud des États-Unis, chère à cet auteur. Et l'on sent que le héros va s'empêtrer dans une situation qu'il ne maîtrise pas, thème souvent traité par le romancier. L'idée que ça va forcément se gâter alimente un solide suspense. Une issue dramatique est à craindre. Mais sous quelle forme ? Moins ironique que d'autres titres de Charles Williams, mais tout aussi réussi. Un roman noir à redécouvrir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 04:55

Bien qu'ayant écrit une dizaine de romans, Fletcher Flora n'aura pas marqué les lecteurs français. Seuls deux de ses titres furent traduits : “Un train d'enfer” (“Let me kill you, sweetheart”, coll. Un mystère 1959) et “Une cousine dangereuse” (“Killing Cousins”, coll. Interpolice, début des années 1960). Né à Parsons (Kansas) en 1914, Fletcher Flora est décédé en 1968. Enrôlé dans l'armée en 1943, il a reçu de nombreux éclats d'obus dans les deux jambes et son bras droit, qui laissèrent toute sa vie des séquelles. Il travailla pour l'Armée à Fort Leavenworth, au Kansas, de 1945 jusqu'en 1963. Dès 1952, il écrivit des nouvelles publiées dans des revues comme Dime Detective ou Manhunt, et dans des anthologies. Son premier roman datant de 1954, “Strange sisters”, connaît là-bas un beau succès. Peut-être parce qu'il y est question de lesbianisme. Écrit en 1958, “Un train d'enfer” est paru l'année suivante en France, puis réédité en 1979 dans la collection Classiques du Roman Policier.

Fletcher Flora : Un train d'enfer (Un mystère, 1959)

Avis Pisano est serveuse à l'hôtel du bord du lac de Sylvan Green, petite station estivale où on ne trouve par ailleurs qu'une douzaine de cabanes disséminées dans les bois le long de la rive. Cet été-là, Avis eut trois jeunes amants, qu'elle surnomma tous Frisé. Rex Tye, Guy Butler et Ellis Kuder sont trois citadins de Rutherford, une ville moyenne sans attrait. Tous trois envisagent d'épouser Lauren Haig, vingt-six ans, la jeune femme la plus riche de la région, fille de millionnaire. Au mois de novembre, Avis Pisano prend le train pour rejoindre la gare de Rutherford. Quelqu'un dans l'ombre l'attend dans le square attenant, pas sur le quai. Elle est enceinte et veut de l'argent, mille dollars, pour élever son bébé. Montée dans la voiture de son amant, Avis va être étranglée.

Purvy Stubbs est un jeune homme assez lourdaud, quelque peu naïf, qui n'est guère en confiance avec les femmes. Il a toujours aimé les trains, une véritable passion. Il voulait être ingénieur dans les chemins de fer, mais son père banquier l'obligea à travailler dans sa banque, comme caissier. Ce qui n'empêche pas Purvy d'aller voir passer les trains le plus souvent possible. Ce samedi soir-là, il est même en avance pour le train de dix-neuf heures cinq. Il remarque qu'une inconnue, la seule à descendre du train, rejoint une silhouette au coin du square. Plus tard dans la soirée, Purvy prend un dernier verre au bar avec Guy, Rex et Ellis. L'épisode de la gare n'a pas l'air de les intéresser. Pourtant, l'arrivée d'Avis risquait fort de nuire au mariage de l'un d'eux avec la riche Lauren.

Le surlendemain lundi, Purvy reste intrigué par la scène de la gare. Au principal hôtel du coin, on n'a pas vu l'inconnue. Par une cliente de la banque, Purvy apprend que le cadavre de la jeune femme a été retrouvé. Il va reconnaître le corps à la morgue, puis raconte ce qu'il a vu à la gare au shérif Lonnie Womber. Ce dernier se dit peu expérimenté question crimes, tout juste note-t-il que la valise de la victime a disparu. En réalité, il ne tarde pas à identifier la victime. Et remarque que trois clients de Rutherford ont séjourné à Sylvan Green. Guy, ex-violoniste virtuose, handicapé à la main suite à une blessure de guerre, ressassant son amertume. Rex, fils trop proche de sa mère, qui déteste sa propre attitude soumise alors qu'il se croit supérieur. Ellis, ex-combattant qui s'ennuie et ne vise que le mariage avec Lauren. Purvy va servir d'appât pour coincer le tueur...

 

Il ne s'agit pas d'une œuvrette, mais d'un suspense très habile, d'un “roman malin” qui n'a rien d'une enquête linéaire. La construction de l'histoire inclut, sans le nommer, des scènes avec l'assassin et présente en souplesse le profil des suspects. L'ambiance peu excitante de cette petite ville typique des États-Unis est suggérée avec soin. Les personnages annexes sont aussi nuancés. Tel le sceptique barman du “Division Hotel” ou Phyllis Bagby, patronne du bordel local. La rapide enquête du shérif est exemplaire.

L'écriture n'est pas fade, au contraire. Voici comment est décrit le malaise régnant entre les trois possibles coupables dans le bar où ils ont leurs habitudes : “Il eut un silence, ce qui était habituel. Mais le silence en soi ne l'était pas. Ce silence avait quelque chose de différent, et même [le barman] Bernie Huggins le sentit. C'était difficile à comprendre, mais c'était un peu un silence comme quand on est petit, couché dans le noir, et qu'on sent qu'il y a un monstre ou un dragon, là tout près, qui va vous sauter dessus. C'était le genre de silence qui précède un grand cri.” (traduction Louis Saurin). On appréciera enfin le dénouement elliptique, qui esquisse le nom de l'assassin. Une vraie “perle du polar” à redécouvrir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 04:55

La femme de lettres Zénaïde Fleuriot naquit à Saint-Brieuc en 1829. Décédée à Paris en 1890, elle repose au cimetière de Locmariaquer (Morbihan) où elle se fit construire une maison en 1873. Zénaïde Fleuriot écrivit quatre-vingt-trois romans destinés aux jeunes filles, dont beaucoup publiés dès 1884 chez Hachette. Son roman Aigles et colombes fut récompensé en 1873 par le Prix de l'Académie Française. Si cette auteure est sans doute oubliée désormais, ses livres étaient de véritables best-sellers : certains de ses romans ont été publiés jusqu'à 40 000 exemplaires et régulièrement réédités jusqu'en 1950. En son temps, Zénaïde Fleuriot fut largement aussi célèbre que la Comtesse de Ségur (1799-1874) à laquelle elle succéda chez Hachette.

À l'époque, la population française est peu instruite. C'est surtout la bourgeoisie catholique (dont elle est issue) qui achète et lit des romans. On apprécie les ouvrages édifiants, les histoires moralistes. D'autant plus, lorsqu'il s'agit de livres s'adressant aux jeunes filles d'alors. Mais, si elle appartient au beau monde, Zénaïde Fleuriot n'utilise pas une tonalité compassée ou condescendante. Ce fut souvent le cas des œuvres d'inspiration catholique ou aristocratiques de cette époque. Elle dessine une certaine réalité de son temps. Quant à la construction de ses intrigues, elle ne se borne pas à une forme simpliste. Elle implique ses personnages dans des aventures pleines de péripéties. À l'exemple de Papillonne, une jeune femme intelligente et au caractère affirmé.

Zénaïde Fleuriot : Papillonne (Hachette, 1892)

"Papillonne" (Hachette, 1892)

Urbain de Chaumontel et son épouse Marie ont deux filles : Sophie, âgée de trente ans, qui pense avoir un talent de peintre ; et Aliénor, vingt ans, dite Papillonne car elle paraît prendre la vie à la légère. Plaçant sa fortune sur les actions du Canal de Panama, M.de Chaumontel s'est illusionné sur ses capacités de boursicoteur. Naguère, son cousin Étienne de Ramicourt s'est enrichi grâce à celles du Canal de Suez. C'est ce dernier qui rachète le château de Chaumontel, que son propriétaire ruiné est obligé de vendre. Si son père est très en colère contre son vieux cousin, Papillonne conserve de bonnes relations avec lui. D'autant qu'elle est amoureuse de Guy de Ramicourt, le fils d'Étienne. En réalité, c'est la tante Alexandre, quatre-vingt-trois ans, qui finance l'acquisition du château. Chaumontel espère pour bientôt l'héritage cette aïeule.

Avec pour seule servante la vieille Manette, la famille de Chaumontel s'installe à Paris. Un appartement au 142 rue de Sèvres, pas exagérément coûteux, permet de les héberger. La mère de Papillonne reste fort inquiète sur leur avenir. Son mari se contente de balades dans Paris, rêvant encore d'être remboursé de ses Panama, tandis que Sophie s'exerce en copiant des tableaux au Louvre. Heureusement, Papillonne a la tête sur les épaules, surveillant de près leurs dépenses car “À Paris, tout se paye”. La jeune fille est douée pour la création de chapeaux. En secret, elle contacte la modiste Mme Carola, rue de la Paix. Commerçante aisée et avisée, cette dame l'engage, pas tant pour la confection mais pour inventer de nouveaux modèles. Ce qui assure un bon salaire à Papillonne, qu'elle met de côté avec prudence. Seules sa mère et Manette sont dans la confidence.

Au Louvre, Sophie s'éprend d'un hidalgo nommé Las Carimas. Ce gentilhomme espagnol a les faveurs de M.de Chaumontel, qui voit toujours grand. Papillonne ironise volontiers à son sujet. Très satisfaite de sa jeune recrue, Mme Carola souhaite associer Papillonne au commerce de chapeaux, mais en tant qu'épouse de son fils. Même si, de son côté, Guy de Ramicourt est épris d'une autre femme, Papillonne n'entend pas se marier avec un autre. Au décès de la tante Alexandre, on apprend qu'elle a déshérité la famille de Chaumontel, au profit des Ramicourt. Le choc cause de sérieux soucis de santé au père de Papillonne. Celle-ci en profitera pour le manipuler quelque peu. La jeune fille est toujours en très bons termes avec Étienne de Ramicourt. Elle sera capable de rétablir la situation, afin que leur situation familiale soit digne de leur rang…

Roman posthume publié deux ans après le décès de Zénaïde Fleuriot, c'est une histoire très agréable à lire. On sent une belle maturité dans l'écriture et dans le scénario. On sourit même, grâce à la personnalité “moderne et active” de la jeune Aliénor, tranchant avec ses proches. Loin d'être désuet, un ouvrage très plaisant.

Zénaïde Fleuriot : Papillonne (Hachette, 1892)
Le manoir de Zénaïde Fleuriot (septembre 2014)

Le manoir de Zénaïde Fleuriot (septembre 2014)

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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7 août 2014 4 07 /08 /août /2014 04:55

Hartley Howard (1908-1979, de son vrai nom Leopold Horace Ognall) écrivit entre 1951 et 1979 trente-huit romans dans la série Glenn Bowman. Sous le pseudo d'Harry Carmichael, il publia une autre série de trente-huit romans policiers. Treize des titres seulement des aventures de Bowman ont été traduits en français  : Dernier rendez-vous (Un Mystère, 1954) ; Mirage de mort (id.1954) ; Passeport pour l'enfer (id.1953) ; Cinq heures pour mourir (id.1957) ; Bowman frappe de nouveau (L'Aventure criminelle, 1957) ; Bowman à l'aventure (id.1957) ; Pas de repos pour Bowman (id.1958) ; Bowman révolutionne la police (id.1957) ; Des espions se frottent à Bowman (id.1959) ; Bowman, client de la morgue (id.1959) ; Qui prétend rouler Bowman ? (id.1958) ; La Belle Courtisane (Le Masque, 1967) ; Farandole mexicaine (id.1968).

Hartley Howard : Passeport pour l'enfer (Un Mystère, 1953)

Faisons la connaissance du héros grâce à Passeport pour l'enfer”.

Glenn Bowman est un détective privé new-yorkais de trente-sept ans. À l'approche de Noël, il reçoit deux vieilles dames originaires de Hopeville, en Caroline du Nord, Mary et Harriet Parsons. Leur nièce Cécile a été retrouvée morte dans son appartement de New York quelques temps plus tôt. La police a conclu à un suicide, ce que les tantes de la jeune femme – qui était enceinte – refusent de croire. Bowman vérifie le cas de Cécile Parsons auprès de son ami Eric Webster, district attorney. En effet, le policier Henderson est sûr que la victime s'est supprimée. Pourtant, la lettre inachevée qu'elle a laissée n'évoque pas un tel passage à l'acte. Cécile semblait être la petite amie de Martin Rowe, fils d'un milliardaire, John K.Rowe. En examinant l'appartement de Cécile, Bowman reconstitue l'ultime soirée de la victime. Se préparant à partir en voyage, elle attendait un visite.

Le détective rend visite à Lorna Hill, l'ex-colocataire de Cécile. Si elles étaient employées à la même boite de nuit, elles n'étaient pas exactement amies. Lorna suggère qu'elle était plutôt calculatrice, y compris concernant le fait d'être enceinte. “Cécile n'était pas une victime. Si je vous disais qu'il y a des mois, elle m'a demandé quelle était l'attitude des tribunaux dans les affaires de reconnaissance de paternité.” Tandis que Bowman sent une menace autour de lui, il poursuit son enquête au club le “Verre d'Or”. Il y croise Martin Rowe ivre et sa fiancée, Bérénice Taylor, qui paraît connaître Bowman. Après s'être frotté à des gardes du corps, le détective privé est reçu par le patron du club. Bowman refuse de se laisser corrompre par ce Kim Sorkin, mafieux notoire voulant lui faire clore l'enquête. Le détective s'est certainement fait un ennemi.

Bérénice Taylor joue les séductrices face à Bowman, peut-être pour protéger Martin Rowe. Après avoir découvert le meurtre d'une employée du club, le détective reçoit une visiteuse qui n'est autre que la sœur de Martin. Elle aussi veut le convaincre de cesser d'enquêter. Puis il est quasiment kidnappé par John K.Rowe. Celui-ci prétend avoir assisté au suicide de Cécile, ce qui dédouanerait son fils. La relation entre le policier Henderson et Bowman s'avère de plus en plus tendue. Le détective trouve Kim Sorkin mort chez lui, ficelé nu sur son balcon. Martin Rowe va bientôt sortir de l'ombre pour s'expliquer avec le détective. C'est plus tard, dans la salle d'attente d'un hôpital new-yorkais que se dénouera cette affaire criminelle compliquée…

Glenn Bowman est un “dur à cuire”, qui ne se laisse impressionner ni par les bagarreurs costauds parfois armés, ni par les séductrices : “Mais j'étais sur mes gardes. Du moment qu'elle me faisait du charme autrement que pour moi-même, elle se mettait le doigt dans l'œil.” Naturellement, il se retrouve dans des situations critiques ou face à des témoins peu coopératifs, dont il doit souvent se méfier. Enquête, suspense et action sont les piliers des romans mettant en scène des “privés”. La narration avance sur un tempo entraînant. Le récit est parfaitement construit, et les personnages sont bien typés.

Le titre original “Death of Cecilia” nous indique le vrai prénom de la victime, que le traducteur-adaptateur Igor B.Maslowski francise en Cécile. Pas sûr que Yvonne Jacques soit l'authentique nom américain d'un autre personnage. Pour le reste, cette version française ne semble pas spécialement trahir le roman d'origine. Aucun temps mort dans cette histoire riche en péripéties et en mystère. Un solide polar des années 1950.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 04:55

New York, 1942. Mark MacPherson a longtemps été un policier privilégiant l'action dans son métier. Blessé par un malfaiteur, il a mis du temps pour s'en remettre, profitant de sa convalescence pour se cultiver davantage. Ayant repris du service, il est chargé d'enquêter sur le meurtre d'une jeune femme. Laura Hunt, la victime, avait un poste important à l'agence de publicité Rose, Rowe et Sanders. Son fiancé Shelby Carpenter est employé à un poste moins élevé dans la même société. Leur mariage était prévu quelques jours plus tard. Ce week-end, elle devait dîner le vendredi avec un ami, Waldo Lydecker, avant d'aller se reposer, en vue des préparatifs du mariage. Tout ce qu'on sait de son planning, c'est qu'elle annula le rendez-vous avec Waldo. Son employée de maison Bessie Clary la trouva morte, abattue d'une balle.

Le littérateur Waldo Lydecker était un ami de Laura Hunt depuis huit ans, époque où elle débarqua de son Colorado Springs natal. Sentant l'ambition et les capacités de Laura, il joua quelque peu le rôle de mentor. Leur relation complice n'était pas intime, la jeune femme possédant un caractère complexe. Peut-être même contradictoire, MacPherson le constatera durant son enquête. Le policier interroge Shelby Carpenter, dont l'alibi lui paraît imparfait. En outre, le fiancé est un chasseur ayant eu toute facilité de se procurer l'arme du crime. Surtout, Shelby est le bénéficiaire de l'assurance-vie contractée par Laura. Le policier rencontre aussi Suzanne, la tante de Laura, qui se montre fort acerbe concernant le fiancé de sa nièce. MacPherson et Waldo Lydecker visitent ensemble l'appartement de la victime, où trône un tableau remarquable, un portrait de Laura.

Selon le témoignage de l'employée de maison Bessie, elle a trouvé deux verres et une bouteille de whisky à son arrivée, après le crime. L'assassin ne venait donc peut-être pas de l'extérieur, comme on l'a pensé. Le policier mettra longtemps à comprendre pourquoi Shelby lui est familier. C'est l'homme idéal, vu par les publicitaires : “Shelby n'était que l'incarnation d'un rêve. C'était un présent que Dieu avait fait aux femmes. Je le détestais pour ce motif, et je détestais les femmes qui se laissaient prendre à cet escroquerie du romanesque.” Mark MacPherson s'avoue amoureusement attiré par la personnalité peu banale de Laura Hunt. Bientôt, ce n'est plus sur le meurtre de Laura qu'il devra enquêter, mais sur celui de Diane Redfern. Ce qui ne change pas forcément la liste de ses suspects principaux…

Vera Caspary : Laura (Éditions Omnibus, 2014)

Il serait maladroit d'aller plus loin dans le résumé, cette intrigue réservant encore son lot de surprises. Si ce suspense psychologique est considéré comme un chef d'œuvre par tant de passionnés du polar (dont F.Guérif, qui le classe dans les cent meilleurs), ça ne doit rien au hasard. “J'offre ce récit, non point tant comme un roman policier que comme un roman d'amour” dit Waldo Lydecker. Oui, Laura exerce une évidente fascination sur les hommes qu'elle côtoie. C'est ce que saura magnifiquement exploiter Otto Preminger dans son film “Laura”, sorti en 1944. Les mélodies de jazz, les prises de vues et le jeu avec la lumière, l'interprétation des cinq acteurs centraux, et une intrigue impeccable, toutes les qualités étaient réunies pour réaliser un des plus grands films du cinéma policier.

C'est aussi la construction du roman qui constitue un de ses atouts favorables. L'histoire se compose de cinq parties. C'est Lidecker qui débute la narration, puis le policier qui va prendre la relève, avant un compte-rendu dialogué d'interrogatoire, suivi du point de vue de Laura, et c'est Mark MacPherson qui conclut le dossier. Magistrale virtuosité de la part de Vera Caspary, agençant avec maîtrise la position de chaque intervenant. Un classique de la littérature policière, qui n'a rien perdu de sa force captivante, ni de son charme.

Depuis le printemps 2014, les Éditions Omnibus rééditent en romans unitaires quelques titres incontournables destinés aux amateurs des meilleurs polars : Vera Caspary (Laura), Ellery Queen (Le cas de l'inspecteur Queen), Dashiell Hammett (Jungle urbaine), Mickey Spillane (J'aurai ta peau), G.K.Chesterton (La sagesse du père Brown), Nicolas Freeling (Psychanalyse d'un crime) sont disponibles.

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 04:55

Âgé de soixante-trois ans, l'inspecteur Richard Queen est désormais à la retraite, après sa belle carrière à la Brigade des homicides de New York. S'ennuyant beaucoup, il passe des vacances chez ses amis, le couple Pearl, sur la côte du Connecticut. Abe Pearl est chef de la police locale de Taugus. Tout près de là, se trouve Nair Island, une île privée reliée au continent, appartenant à une poignée de milliardaires. Alton et Sarah Humffrey possèdent ici leur résidence estivale. Ce riche homme d'affaire et son épouse viennent d'adopter un bébé, qu'ils ont prénommé Michael. Ils ont utilisé les services d'un intermédiaire douteux de New York, A.Burt Finner. Dès que la mère authentique est sortie de l'hôpital, elle lui a confié le nourrisson. À Nair Island, c'est la nurse Sherwood, nouvellement engagée, qui va s'occuper du bébé. Cette infirmière quinquagénaire est très expérimentée.

Richard Queen et Jessie Sherwood ont sympathisé par hasard en bord de mer. Le jour de la fête du 4 juillet, une nervosité certaine règne dans la maison de vacances des Humffrey. En partie, à cause de leur neveu Ron Frost endetté, auquel le milliardaire ne veut plus prêter d'argent. Peu après, un visiteur nocturne tente d'approcher la nursery, avant d'être mis en fuite par Jessie Sherwood. Probablement un mauvais coup du neveu, selon Richard Queen et son amie la nurse. Le mois de juillet se passe sans autre incident. Début août, Jessie Sherwood revient de sa journée de congé hebdomadaire. Elle découvre le corps du bébé Michael asphyxié. On peut penser à une maladresse de la mère adoptive, Sarah. La nurse a toutefois remarqué une taie d'oreiller avec une trace de main sale près de l'enfant mort. Personne ne la croit, sauf l'ex-inspecteur Queen.

Malgré une barrière et un gardien, “Nair Island est accessible, au prix d'un petit effort, à n'importe qui” admet Richard Queen. Jessie Sherwood et lui soupçonnent encore le neveu Ron Frost, mais il possède un sérieux alibi. L'affaire sera bientôt classée comme accident, le policier local Abe Pearl n'y pouvant rien. Dépressive, Sarah Humffrey est internée dans un sanatorium. De plus en plus proches, Richard Queen et la nurse vont poursuivre l'enquête à New York. A.Burt Finner n'est pas inconnu des services de police. Face à Richard Queen, il nie d'abord toute transaction avec Alton Humffrey au sujet d'un bébé, avant de se montrer plus coopératif. Il va être éliminé, ce qui risque d'entraîner Queen et Jessie Sherwood dans l'impasse. Néanmoins, ils retrouveront la vraie mère de l'enfant défunt. Leur suspect n°1 ne sera nullement facile à arrêter…

Ellery Queen : Le cas de l'inspecteur Queen (Éditions Omnibus, 2014)

Les Éditions Omnibus rééditent depuis le printemps 2014 quelques grands classiques de la littérature policière en romans unitaires. Ellery Queen (Le cas de l'inspecteur Queen), Vera Caspary (Laura), Dashiell Hammett (Jungle urbaine), Mickey Spillane (J'aurai ta peau), G.K.Chesterton (La sagesse du père Brown), Nicolas Freeling (Psychanalyse d'un crime) sont disponibles. Des titres incontournables pour tous les amateurs des meilleurs polars.

Il s'agit ici d'un roman écrit en 1956. Les décors (ainsi que les véhicules) sont bien ceux de l'Amérique de ces années-là. Le Connecticut servait alors de villégiature aux plus riches familles new-yorkaises ou du Massachusetts (les Humffrey habitent Concord, dans cet État). À travers un soldat fantomatique, il est même fait allusion à la Guerre de Corée. Le personnage d'Ellery Queen n'apparaît pas (il est en voyage en Europe) dans cette affaire qui met à l'honneur son père, le policier Richard Queen. Veuf de longue date, il a droit à une amourette avec la sémillante Jessie Sherwood, infirmière consciencieuse et téméraire.

On aurait franchement tort d'imaginer une intrigue linéaire, une simple enquête balisée n'offrant guère de surprises. Au contraire, sans pourtant rien emberlificoter, le récit fluide nous décrit une suite de situations qu'il ne sera pas si aisé de démêler. Telle une pièce de théâtre en cinq actes loin d'être figée, l'ensemble s'avère crédible et solide. Les auteurs de ces époques, dont le duo Ellery Queen, savaient concocter des histoires captivantes.

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18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 04:55

Selon les rares infos à son sujet sur Wikipedia, Frédéric Valmain est né le 31 janvier 1931 à Alger, et mort le 9 juin 2003 à Champigny (Val-de-Marne). Il était acteur, scénariste, et écrivain. De son vrai nom Paul Baulat, il commence à tourner de tout petits rôles, avant de rencontrer le succès au théâtre avec “Liberty bar” qui est aussi sa première œuvre théâtrale. [Cette pièce est très souvent attribuée à Frédéric Dard, notamment par Thierry Cazon en 2001, Pierre Assouline en juillet 2008 et par Alexandre Clément en 2012. "Le flamenco des assassins" fut adaptée au cinéma sous le titre de "Johnny Banco", ce roman aurait pu également avoir été écrit par Frédéric Dard.]

Par contre, nul ne semble contester que “La mort dans l'âme” (1958) soit effectivement un roman de Frédéric Valmain. La tonalité est fort éloignée de ce qu'écrivait Frédéric Dard durant ces années-là, même s'il variait son style, à l'évidence. Un jeune héros désinvolte et arriviste navigue entre plusieurs femmes, commettant un crime pour assurer son avenir en profitant des circonstances.

Dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir, Valmain aurait utilisé le pseudo de James Carter. Ce qui est aussi partiellement contesté par ceux qui voient l'ombre de Frédéric Dard partout. J'ai testé plusieurs James Carter, dont “L'âge de déraison” (1977). On est là encore à mille lieues de l'inspiration et de l'écriture de Frédéric Dard. Une bonne petite intrigue avec une narration fluide, pour un suspense agréable comme il s'en est publié beaucoup alors. Grosse différence avec les quatre San-Antonio parus cette année-là.

Pour ma part, sans la moindre polémique, je ne suis pas du tout convaincu que Frédéric Valmain et James Carter aient été des pseudos de F.Dard, ce qu'il a d'ailleurs nié. Donc, ne payons pas au prix fort ces romans anciens, d'un bon niveau mais pas forcément attribuables à Frédéric Dard.

Frédéric Valmain : La mort dans l'âme (1958) + James Carter : L'âge de déraison (1977)

Frédéric Valmain : La mort dans l'âme (Arthème Fayard, 1958)

 

Quartier Latin, à la fin des années 1950, au temps où tout le monde chante “Les feuilles mortes” de Prévert. Sacha Terbieff est un jeune peintre de Saint-Germain-des-Prés, qui ne cache pas son ambition de se faire un nom. Ce trentenaire est en couple depuis une année avec Anna-Maria Pétracci. Italienne de vingt-trois ans, elle suit des cours à la Sorbonne. Elle est moins attachée au succès que son compagnon. Trois toiles de Sacha sont exposées parmi d'autres dans une galerie. Dès le vernissage, se présente une acheteuse. Il s'agit de la comtesse Frieda Wrumberg, belle quadragénaire (avouant trente-cinq ans) aux grand yeux bleus acier, au fin visage triangulaire cerné de cheveux blonds et courts.

La comtesse n'est pas seulement ravissante, elle est surtout riche. Elle demande à Sacha de lui livrer les toiles chez elles, après la durée de l'expo. Au 13 Quai de Boulogne, la demeure de Frieda Wrumberg respire le luxe. Les sculptures qu'elle réalise sont peu au goût de Sacha. Ce qui ne l'empêche pas de sortir ce soir-là avec Frieda et son toutou, le pékinois Jiky. Sacha la laisse mijoter ensuite pendant une semaine, avant qu'ils ne deviennent amants. Jalouse d'Anna-Maria, Frieda propose le mariage à Sacha. Ce qu'il accepte vite, quittant brutalement sa compagne. C'est en Italie que les nouveaux mariés passent leur voyage de noces. Se disant souffrante, Frieda provoque leur retour anticipé. Elle avait envie d'un ravalement de façade, tout simplement.

Ces caprices de Frieda rendent lourde l'ambiance chez elle. Sacha renoue avec Anna-Maria. Postant une lettre d'adieu à Frieda, le peintre part en voiture sur la Côte d'Azur avec sa compagne. Ils ont un accident, provoquant la mort d'Anna-Maria. Comme elle portait au doigt l'alliance de Frieda, Sacha en profite. Se disant que son épouse à entraîné une malédiction sur lui et sa compagne, il s'en débarrasse. Il prépare une fausse version pour M.Spizer, l'homme d'affaires de Frieda, qui organise les funérailles et la succession. Pour les obsèques, arrive de Londres la fille de la défunte, Nadja, vingt-cinq ans...

 

James Carter : L'âge de déraison (Fleuve Noir, 1977)

 

Joseph Picock est professeur dans les environs de New York. Il est marié à Gloria depuis une vingtaine d'années. Cette ancienne strip-teaseuse est devenue une femme d'intérieur exigeante, ce qui ennuie son époux. C'est ainsi qu'un jour, Picock la fait tomber dans les escaliers. Moitié-accident, moitié-crime, le digne époux de Gloria n'est nullement inquiété. Le voilà enfin libre. De son côté, Orso Chérubini est libre, lui aussi. Car il vient de s'évader de prison, se faisant passer pour malade. Chérubini fut le compagnon de Gloria, avant son mariage avec Picock. Il a été emprisonné durant un quart de siècle à Sing-Sing. Comme Gloria n'avait jamais cessé de lui écrire pendant son incarcération, le FBI pense que l'évadé va chercher à la contacter pour faciliter sa fuite.

Jo Picock n'a pas l'intention d'alerter les flics lorsque Chérubini débarque chez lui. Bien au contraire, ça mettra un peu de piment dans la vie de ce lecteur assidu de polars. Il compte protéger Chérubini, le cacher. Touché par cet accueil, l'ex-Ennemi public n°1 lui fait même des confidences sur le pactole qu'il a planqué. Chérubini est plus souffrant qu'il ne le pensait lui-même, au point de trépasser. Picock se demande alors s'il ne serait pas capable de jouer son rôle, afin de retrouver l'endroit où se trouve le butin de Chérubini. Les deux hommes se ressemble plus ou moins. Après tout ce temps, personne ne se souviendra des traits exacts de Chérubini.

Il contacte un certain Willy, qui détient le renseignement recherché. Avocat véreux, Willy l'invite à séjourner quelques jours chez Madame Bijou, patronne d'un bordel de luxe. Sans tarder, Picock tombe sous le charme de la séduisante Yoko. Cette domestique ne semble pas insensible à sa prestance de quinquagénaire. On ne peut guère se fier à Willy. Quand l'avocat va se montrer gourmand, Yoko choisira d'aider Picock. Le couple va bientôt se diriger vers la Californie, en quête du trésor de Chérubini. Il se trouve du côté de San Luis, sur le boulevard du front de mer, dans un vieux fortin puant. Malgré sa maturité, Picock risque de se montrer aussi naïf qu'un enfant de chœur...

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 04:55

En ces débuts de la décennie 1970, l'espionnage est une activité à plein temps entre l'Est et l'Ouest, ou inversement. La France compterait presque pour quantité négligeable dans le domaine du secret international, de la barbouzerie tous azimut. Sauf si le commissaire San-Antonio et le mastard Bérurier sont missionnés pour résoudre un bintz d'enfer. Le topo, c'est qu'un agent de l'Est a vendu des documents à nos services français. Mais il s'est fait voler son attaché-case à l'aéroport de Catane, avant de se faire buter plus tard. Voici donc San-Antonio et Béru en Sicile, pour récupérer la valoche et ses papelards. Pour ça, ils repèrent un voleur pro local, le nommé Donato. Ils le filochent jusqu'à domicile, lui mettent la pression en kidnappant sa jolie sœur Lila, pas une farouche.

Passons sur des obsèques motorisées, et sur le moment où San-Antonio risque de périr en étant jeté dans la lave de l'Etna. Le commissaire et le goinfre Bérurier sont “invités” à Messine, pas pour pêcher la sardine mais chez un chef de la Mafia. Marchand de cercueils, cet Aldo Cesarini prétend négocier la valise, qu'il ne possède pas. Un temps captif, San-Antonio est libéré par les femmes du mafieux. Il en profite pour sauter successivement l'épouse de Cesarini, sa fille veuve, et sa petite-fille. Cette dernière, Thérésa, le conduit chez son grand-père maternel, un potier, où il pourra se planquer. Le répit sera court pour San-Antonio. Les sbires de l'organisation “Code Z”, dirigée dans le coin par la vieille actrice Linda Benson, cognent et séquestrent bientôt le vaillant commissaire.

San-Antonio a été contraint de leur avouer que sa mission n'est pas aussi claire que ça. Alors qu'il sert de cible façon stand de tir, un duo de tueur intervient, exécutant la bande de mercenaires de “Code Z”. Ceux-là sont plus ou moins des alliés, puisqu'il s'agit des services secrets ricains. Dont le QG se trouve sur un navire mieux équipé qu'il n'en a l'air. Avec eux, San-Antonio tente une explication de l'imbroglio (un mot rital qui s'impose). Les documents existent sans exister, mais c'est pas le principal, en somme.

Le commissaire en réchappe encore, tandis que les joyeux espions amerloques sont à leur tour dézingués. Il va faire la connaissance d'une belle Suédoise de vingt-cinq ans (pléonasme) nommée Ulla Hopp. Une complice bien utile quand San-Antonio recontacte le voleur Donato. Et puis, nonobstant quelques autres péripéties, il ne faut pas que le commissaire oublie de récupérer son adjoint Bérurier, avant d'aller exposer la situation au Vieux et au ministre de tutelle…

San-Antonio : Si, signore ! (Pocket, 2014)

Un San-Antonio d'il y a tout juste quarante ans. Comme le commissaire est un multi-carte de l'aventure, un varié dans les missions, le voici lancé dans une histoire où une Mata-Hari ne saurait plus qui trahir (c'est une image). Donc, il y a une valoche à retrouver, que tout le monde veut, mais qui n'a aucune importance, vous suivez ? En réalité, ce serait ce qui se passe sur un îlot sicilien qui est inquiétant, paraît-il. L'essentiel, c'est que ça extermine beaucoup autour de San-Antonio. Du cadavre à longueur de chapitres, et pas de temps mort, voyez. Dès que les services secrets passent à l'action, c'est ainsi. Et avec un max de gaudriole sexuelle suggérée, également, car le commissaire ne laisse aucune femme passer à sa portée sans la lutiner à la française. Faut que ça bouge, à tous points de vue.

L'auteur ne manque pas d'ironiser sur les beaux esprits littéraires, microcosme dont il est exclu : “Écrivailleur de calembredaine, c'est pestilentiel, dégradant. Ça rejaillit sur l'espèce entière. Tout le monde en subit les éclaboussures. Le romancier, pour être respecté, faut qu'y soye aussi homme de lettres. Bien tartant, pompeux, verbeux, docte. C'est pourquoi je cantonne dans la bienséance, tu remarqueras. Je me fais oublier le passé. Je me virginise le style en déployant les grands artifices. Pas bête, hein ? P't-être qu'un jour, je serai amnistié. On me laissera mourir dans le rang, en bout de file, en bout de table, mais parmi. Je serai gracié à force d'application. Ils diront : voyez, il avait bon fond, ce Santonio. Il était récupérable. L'âge lui a dessillé les yeux. Il a compris où se trouvait la vérité...” San-Antonio les dépassera en talent pendant encore plus d'un quart de siècle.

Outre “Si, signore !”, sont actuellement réédités “Maman les petits bateaux” et “En avant la moujik”, publiés autour des années 1970. Les occasions de (re)découvrir l'univers de San-Antonio ne manquent pas.

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