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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 04:55

Reno dans les années 1950, la capitale des divorces rapides. Le Nevada, “l’État dépotoir ! Vous avez du fric à claquer au jeu ? Venez chez nous. Vous voulez vous débarrasser de votre petite épouse ? Faites donc ça ici. Vous avez une bombe atomique de trop ? Faites-la exploser dans le secteur, tout le monde s’en lavera les mains. C’est le slogan du Nevada : Tout est bon pour nous, seulement ne venez pas vous plaindre après.” Ex-danseuse en boîtes de nuit, la blonde Roslyn Taber s’est installée chez Isabelle Steers, le temps de la procédure de divorce d’avec son mari Raymond. Roslyn vient de l’Est des États-Unis, du côté de Chicago. Isabelle Steers est une dame âgée servant de témoin pro aux divorces.

Dès qu’il aperçoit la séduisante Roslyn, le mécanicien Guido flashe illico sur elle. On le surnomme Pilote, car il possède un petit avion. Son meilleur copain est Gay Langland, un cow-boy de quarante-neuf ans. Accompagné de sa chienne Margaret, il revendique une large liberté. Les femmes passant dans sa vie sont de récentes divorcées de Reno, pour lesquelles Gay n’éprouve ni attachement, ni mépris. Après officialisation du divorce de Roslyn, un quatuor se forme dans un bar avec Isabelle, Guido et Gay. Isabelle prévient sa jeune amie Roslyn : “Les cow-boys sont peut-être les derniers hommes dignes de ce nom sur terre. Mais on ne peut pas plus se fier à eux qu’à des lapins sauvages.”

Malgré tout, ils vont faire la fête dans la maison inachevée de Guido, dans la campagne environnante. Le mécano-pilote n’y a pas de bons souvenirs. S’il est sous le charme de Roslyn, celle-ci est plus sûrement attirée par Gay, homme mûr à l’esprit libre. Tous deux s’installent finalement seuls dans la maison de Guido. Même si Roslyn et lui sont d’accord pour simplement profiter de ces bons moments, Gay sent qu’il pourrait s’attacher à elle. Une tendresse mutuelle les relie. Roslyn a su aménager la maison, tandis que Gay s’est occupé du potager : quand Guido et Isabelle reviennent quelques temps plus tard, s’il est un peu jaloux, le mécano-pilote avoue qu’il apprécie le décor que le couple a composé.

Les sentiments de Roslyn restent incertains, mais le dynamisme de Gay lui convient. Avec Guido, ils prévoient d’aller à la chasse aux mustangs sauvages dans les montagnes de la région. Roslyn apprendra plus tard qu’on ne les attrape plus pour leur valeur, hélas. Elle qui aime tant les animaux en sera plus que contrariée. Gay et Guido ont besoin de l’aide d’un troisième : ils s’adressent à Perce Howland, un habitué des rodéos. D’ailleurs, ils vont tous assister à celui de Dayton, auquel il participe. Dans la ville en fête, Roslyn glane un paquet de dollars sur des paris. Affronter un cheval fougueux puis un taureau agressif, ça vaut quelques séquelles à Perce Howland. Roslyn s’inquiète, mais il s’en remet vite.

Bien qu’ils soient rentrés tous ivres du rodéo de Dayton, il faut déjà se préparer pour la chasse aux mustangs. Ils vont bivouaquer dans le désert, en attendant que Guido arrive avec son avion. C’est en affolant ainsi les chevaux, qu’ils les acculent avant d’en attraper autant qu’ils peuvent. Ce qui ne peut qu’écœurer Roslyn, et probablement lui donner envie de partir, de quitter Gay…

Arthur Miller : Les misfits [Les désaxés] 1957 – Éd.Robert Laffont

Précision qu’il ne s’agit nullement d’une novélisation, d’une version adaptée en roman, du film de John Huston, avec Marilyn Monroe, Clark Gable, Montgomery Clift, Eli Wallach, Thelma Ritter. C’est l’évidence, puisque ce livre date de 1957, alors que le film est sorti en 1961. Il est certain qu’Arthur Miller a écrit ce roman-scénario pour son épouse Marilyn. Il s’inspire d’ailleurs de sa fragilité complexe, de sa hantise de la solitude. Si on a vu ce film d’anthologie, impossible d’imaginer d’autres comédiens dans les rôles principaux. C’est en particulier vrai pour Clark Gable, dont ce sera l’ultime rôle. S’il est encore bel homme, Montgomery Clift a ici un air plus tourmenté, plus ténébreux, en lien avec sa propre vie.

Arthur Miller explique en préface la construction de l’histoire, futur film : “C’est le genre de récit auquel la forme du découpage cinématographique, avec tout ce qu’elle comporte de sommaire et de schématique, ne saurait convenir, car sa signification dépend autant des nuances de caractère et de situation que de l’intrigue.” Si l’auteur ne néglige pas les descriptions, elle sont souvent assez elliptiques tout en restant visuelles. Le cas de la maison de Guido en est un bon exemple. Les dialogues sont ciselés, telle cette réponse de Gay qui résume son fatalisme : “C’est aussi naturel de mourir que de vivre, pour autant que je sache. Alors la seule chose à faire, c’est de ne pas y penser.” Très beau film, “Les misfits”, mais c’est également un roman d’une humanité et d’une force remarquables.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Suspense Story
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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 04:55

Été 1959. Le commissaire Mareuil, de la PJ, est appelé à l’usine de la Compagnie Générale des Propergols, à Courbevoie. Dans le pavillon du bureau d’étude, l'ingénieur en chef Georges Sorbier a été assassiné durant la pause du déjeuner. Les propergols sont un carburant pour les fusées : Sorbier avait récemment inventé un procédé différent des techniques habituelles pour la propulsion. L’un des spécimens de l’appareil tenait dans un tube de vingt kilos, qui a été dérobé à l’occasion du meurtre. Une véritable bombe pouvant détruire une partie de Paris, si l’objet est mal manipulé. Le vol de cette invention secrète laisse supposer une affaire d’espionnage. Pourtant, l’arme de petit calibre 6.35 est rarement utilisée par des pros. Aucune trace du criminel dans les locaux.

Il y a trois témoins : le gardien Legivre avec deux ingénieurs, Renardeau et Roger Belliard, ami du commissaire Mareuil depuis la guerre. Tous avaient beaucoup d’estime pour la victime. Ils n’ont vu sortir personne, alors que quelqu’un portant un tube de vingt kilos ne serait pas passé inaperçu. Si le coffre-fort a été ouvert entre la mort de Sorbier et l’arrivée des ingénieurs, ça laisse un laps de temps fort court. Mareuil avait rencontré l’ingénieur en chef, lui aussi. Dans le bureau, il trouve une enveloppe de lettre recommandée adressée à Sorbier, mais pas la lettre elle-même. Difficile pour lui de comprendre le déroulement du crime, mais il suppose que le coffre contenant le tube était déjà ouvert. Mareuil interroge les témoins, avant de visiter l’usine, qui est avant tout un centre de recherches.

Accompagné par Belliard, le policier va annoncer la mauvaise nouvelle à l’épouse de Sorbier, Linda, dans leur belle maison de Neuilly. Âgée de vingt-huit ans, Linda une blonde d’origine suédoise, de famille aisée. Elle ne dévoile guère ses sentiments. Le directeur de la PJ et le ministre mettent la pression sur le commissaire Mareuil, sachant le danger que représente le tube disparu. Le policier trouve bientôt une piste : celui qui adressa la lettre à Sorbier, c’est son ancien chauffeur viré depuis peu, Raoul Mongeot. Sa maisonnette se situe quai Michelet à Levallois, de l’autre côté de la Seine, face à l’usine de propergols. Il pouvait l’observer avec des jumelles. Filé par la police, Mongeot mène une vie routinière. Néanmoins, on pense qu’il vient de tenter de pénétrer clandestinement chez Sorbier.

Mareuil fait appel à son ami Belliard pour surveiller avec lui le domicile de leur suspect. Raoul Mongeot est pris pour cible par l’assassin-fantôme, et gravement blessé. Mareuil réalise vite que, comme à l’usine, le tireur paraît s’être évaporé : une victime, et pas de trace du criminel. Hospitalisé, Mongeot est très faible à son réveil, et ment sûrement en affirmant ne pas avoir reconnu son agresseur. Rien de formel ne peut être retenu contre Mongeot, quand il retourne guéri chez lui. Las de manquer d’indices, le policier va laisser l’essentiel des investigations, qu’il sait inutiles, à son collègue Tabard. Le dangereux tube reste introuvable. Lorsque Raoul Mongeot s’introduit une fois de plus chez Sorbier, Linda est effrayée. Belliard et Mareuil espèrent la protéger efficacement…

Boileau-Narcejac : L’ingénieur aimait trop les chiffres (Denoël, 1959)

Cet excellent "roman de mystère" est le dixième en duo pour Pierre Boileau (1906-1989) et Thomas Narcejac (1908-1998). L’intrigue s’avère exemplaire, énigmatique à souhaits. Elle utilise un contexte "moderne" pour son temps, puisque ça débute dans un centre de recherche autour des fusées atomiques. Quand le policier Mareuil visite les lieux, il avoue que c’est inhabituel : “Et savez-vous ce qui me gêne le plus ? Ce n’est pas le crime lui-même. C’est tout ce que vous venez de me montrer. Dans une banque, dans une bijouterie, dans un hôtel, je me sentirais à l’aise. Je saurais par quel bout prendre l’enquête. Mais dans ce décor futuriste… on a l’impression que n’importe quoi peut arriver, ici… Qu’on peut devenir invisible, ou tuer à distance.”

[Pour l’anecdote, le Quai Michelet à Levallois (où habite un des protagonistes) est devenu Quai Charles Pasqua en juin 2016.]

Aujourd’hui, plus d’un demi-siècle après, ça peut nous apparaître tel un roman d’enquête traditionnel. C’est à la fois vrai et faux. S’il s’appuie sur un adjoint nommé Fred, figurant ici le policier-type quasi-anonyme, le commissaire Mareuil n’est pas un enquêteur au sens strict. Ses hypothèses "ne collent pas", il en est conscient et ça le déprime quelque peu. Les personnages sont décrits avec bien plus de nuances, d’infimes détails, de psychologie, que dans bon nombre de romans policiers : l’un est nouvellement père de famille, l’autre est un oisif sans complexe, etc. Bien entendu, le récit ne manque pas de péripéties. Un suspense de très belle qualité, toujours disponible au catalogue Folio policier.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 04:55

Simon est un ancien flic, au visage marqué et aux cheveux prématurément blancs. Il a été viré de la police à cause d’une embrouille, piégé pour le meurtre de Cora qu’il n’avait pas tuée. Derrière ce complot, il y avait de l’argent sale et de la politique. Ceux qui perdirent les élections de 1981 possédaient encore un certain pouvoir. Depuis, Simon a décidé de travailler pour son propre compte. C’est ainsi qu’un commanditaire lui promet une forte somme afin qu’il retrouve Victor Emmanuel Cerutti. Ce comptable doté d’une mémoire infaillible était employé par la société Morin, laquelle masquait des activités politiques peu démocratiques. Sentant qu’il deviendrait bientôt un témoin gênant à supprimer, Cerutti a disparu volontairement depuis quelques temps.

C’est sous le surnom de "Verlaine" que Simon connaît de longue date le comptable. Ils ont été ensemble dans l’armée, naguère. L’ex-flic accepte la mission, car il veut retrouver lui aussi Verlaine, pour des raisons personnelles. Avec son complice Tony l’Arméno, Simon a prévu le braquage d’un camion-laboratoire participant au trafic de drogue. Ils ont besoin de Verlaine dans leur équipe car ça nécessitera une opération commando. Après un pique-nique avec Tony, afin d’évaluer la situation, Simon part dans le Sud pour obtenir des infos sur la famille de Verlaine. Il dégote une piste : Cerutti-Verlaine a une demie-sœur, Myriam Stein. Celle-ci se trouverait actuellement à Dijon. La ville où Simon fut policier, où débutèrent ses ennuis à cause de la corruption locale.

À Dijon, Simon est attendu, deux flics ripoux cherchant à lui mettre la pression. Il pouvait compter sur la fidélité de son copain Pierrot. Mais ce dernier vient d’être mis hors-circuit par les sbires de Tonton, mi-notable mi-caïd. C’est chez Tonton que Simon va récupérer Myriam, qui n’est pas vraiment intime avec ce type. “Une brave fille un peu pute qui a fait les quatre cent coups, une paumée comme on en ramasse à la pelle à tous les coins de discothèque, une conne un peu dérangée avec quand même un cœur gros comme ça, que les coups de pieds au cul et le reste sont pas arrivés à pourrir.” Tous les deux trouvent refuge chez "Tokyo", une amie lesbienne de Myriam. Pour autant, Simon n’est pas sûr qu’ils soient à l’abri. La suite ne tarde pas à le lui prouver, et c’est Tokyo qui en fait les frais. Il serait prudent de vite quitter la ville, mais ne sont-ils pas déjà poursuivis ?

Simon et Myriam font un détour par la planque où s’est caché Verlaine. Il a laissé des indices, des preuves. Le couple tombe sur le commissaire Guyenne, dit Le Viet. C’est un cador de l’OCRB (Office Central de Répression du Banditisme, section des Stupéfiants), un des meilleurs policiers de France, celui-là. Pourtant, ses méthodes peuvent s’avérer discutables, aussi. Simon et Myriam vont continuer leur périple jusqu’à Lyon. Où ils ont rendez-vous avec Tony, pour finaliser l’opération commando programmée. Toutefois, pour être efficaces, il leur faut se procurer du matériel militaire et renforcer leur équipe…

Hugues Pagan : Je suis un soir d’été (Fleuve Noir, 1983)

En vérité, contrairement à beaucoup d’amateurs de romans noirs l’ayant porté au pinacle, je n’ai jamais aimé les livres d’Hugues Pagan. On me répondra que si tous les romans de cet auteur ont été réédités ou publiés aux éditions Rivages, c’est signe de qualité. On aura sans doute raison, en partie. Il y a bien une tonalité propre aux histoires d’Hugues Pagan, une noirceur fatale qui englue des personnages amers ou paumés. Ambiances dénuées de véritable espoir, armes à feu toujours à portée de main, cadavres martyrisés ou victimes abattues froidement, c’est du viril qui ne rigole pas, du costaud qui riposte.

Mon impression négative serait donc totalement subjective ? Non, il est facile d’écrire du "plus noir que noir" quand on ne respecte pas les règles de la narration. “Je suis un soir d’été” en apporte l’illustration. Hugues Pagan reste dans le flou concernant cet ex-policier, ne concédant que des bribes de portrait. Un "pur et dur" ou même "loup solitaire", croit-on comprendre. Sauf qu’il n’est pas si isolé que ça. Il faut bien que soit dressé le profil de son ami Verlaine, sinon on ne pigerait carrément rien, mais le portrait de son copain Pierrot ne nous dit presque rien sur lui. Quant à la jeune Myriam, son image est aussi parcellaire : une fille sans repères, manquant de caractère, mais sa psychologie n’apparaît guère.

On nous suggère encore – mais sans précision – le braquage d’un camion préparé par l’ex-flic Simon et son complice Tony. Très vague. Les adversaires du héros sont moitié des policiers ripoux, moitié des flics de choc, sans que ce soit clarifié non plus… La règle d’or du polar, c’est d’être le plus complet possible dans les éléments offerts aux lecteurs. Une base évidente, méprisée par Hugues Pagan. Quant au "parler populaire" ou argotique, ça frise le ridicule. Bien sûr, s’agissant là de son troisième titre publié (en 1983), on pourrait plaider qu’il n’a pas encore la maturité d’écriture. Qu’avec “Dernière station avant l’autoroute” (Prix Mystère 1998), il fut plus convaincant – c’est exact. Le présent roman n’est ni bon, ni mauvais, mais relativise les éloges exagérés sur Hugues Pagan.

 

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 04:55

À Milan, Mario est un voleur à la tire âgé de trente ans, un pickpocket récidiviste qui sort tout juste de la prison de San Vittore. Obtenir enfin un travail stable, alors que ça fait quinze ans que la société l’oblige à vivre de petits larcins ? Trop tard ! Mario retrouve bien vite Giovanna, sa complice pour le vol à la tire. Il faut rapidement se procurer de l’argent. Mario doit également clarifier la situation auprès de Caterina Ronaldi. Assistante sociale d’une vingtaine d’années, elle est éperdument amoureuse de Mario. Ce que la mère de Caterina ne voit pas d’un bon œil. Néanmoins, le couple s’offre un petit voyage jusqu’à Orvieto, célèbre pour sa cathédrale Le Dôme et ses musées. Un long trajet depuis Milan, mais Caterina en rêvait depuis fort longtemps.

S’étant brièvement absenté, Mario découvre la jeune femme égorgée dans leur voiture, qui appartient à Giovanna, place du Dôme. Il est repéré par un trio d’étudiants barbus, dont Josué Brignone, leader anarcho-gauchiste. Les carabiniers sont alertés, mais Mario prend bientôt la fuite en voiture, avec le cadavre de Caterina. Son périple en train le mène de Civitavecchia à Milan, où il rejoint Giovanna. Celle-ci sait où se réfugier : au village de Passignano, près de Pérouse. Là-bas, ils sont accueillis par le grand Carlo et Rosa, couple de septuagénaires vivant dans leur ferme. Ceux-ci ne doutent pas de la version de Mario, quand il clame son innocence. Il faut prendre quelques précautions : cacher leur voiture, être prêts à disparaître momentanément quand les carabiniers passent à la ferme.

Toutes les forces de polices traquent effectivement Mario. Le portrait qu’a dessiné Josué Brignogne est, hélas, très ressemblant. L’étudiant anar n’aime guère les flics, néanmoins il s’implique avec ses amis pour rattraper Mario. Seule la mère de Caterina répond, dans un article de journal, qu’il n’est certainement pas coupable. Voleur, oui, mais pas tueur. Mario doit se disculper par ses propres moyens. Changeant d’aspect, il repasse à Milan afin que la mère de Caterina lui cite les proches de la victime. Il obtient dix-huit noms, encore que ce ne soit pas facile de les contacter dans sa situation. Giovanna s’inquiétant pour Mario, elle est revenue à Milan de son côté. Elle ne tarde pas à avoir des ennuis avec les policiers de la Questure, mais la jeune femme leur tient tête bravement.

Bien que surveillée par la police, Giovanna va ruser pour leur échapper. Mario n’en a pas fini avec le leader anar Josué Brignogne et ses amis barbus, dont le gros Berto qui cogne volontiers. Parmi eux, la belle Raffaella, dont l’oncle est un vieil avocat influent. La tension a déclenché chez Mario une crise de paludisme, qu’il faut soigner. Après quoi, il adopte un look étudiant façon John Lennon, afin d’enquêter sur les proches de Caterina. Quant à Giovanna, ses soucis avec la police ne sont pas terminés. Puisque le crime s’est produit à Orvieto, c’est dans cette ville que Mario espère enfin dénicher des indices…

Giorgio Scerbanenco : Du sang sur le parvis (Ed.Plon, 1972)

Né en 1911, Giorgio Scerbanenco est décédé en 1969. C’est en 1971 que fut publié “Ladro contro assassino (Du sang sur le parvis), traduit en 1972 chez Plon, puis réédité dans la collection Grands Détectives chez 10-18, en 1984. Il ne s’agit pas d’un des quatre romans noirs ayant pour héros Duca Lamberti, qui valurent la célébrité à l’auteur. Pourtant, c’est aussi une histoire très réussie. Parce qu’elle exploite un thème solide de la littérature policière : l’innocent qui doit démontrer seul qu’il n’est pas un assassin. Pour ce faire, il va voyager entre plusieurs villes italiennes : Milan, Arrezo, Orvieto et un village de la région de Pérouse. Des tribulations mouvementées, comme il se doit.

Scerbanenco n’avait pas son pareil pour décrire les personnages. Y compris ceux ne jouant qu’un rôle annexe, tels d’anciennes connaissances de la victime, ou un conducteur qui est suspecté par Mario. De même, quelques réactions de la mère de Caterina suffisent à nous faire comprendre sa tolérance derrière son apparente réprobation. Le portrait de Josué, le leader anar (comparé au Cohn-Bendit d’alors), témoigne de l’époque propice à la rébellion sociale. D’autres protagonistes sont également bien mis en valeur. C’est le couple Mario-Giovanna qui est au cœur de l’affaire. Vivotant de petits vols, n’étant même pas amants, ils se complètent, et gagnent immédiatement notre sympathie.

Un très bon polar de Giorgio Scerbanenco, à redécouvrir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 04:55

Fin des années 60, Patrick et Renata sont un couple d’étudiants d’environ vingt-cinq ans. Cet été-là, dans la 403 bariolée du jeune homme, ils se rendent à Florence, ville d’origine de Renata. Alors qu’ils font une pause en Provence, quelqu’un est abattu dans sa voiture, non loin d’eux. Patrick ne tarde pas à s’emparer du portefeuille de la victime, contenant une belle somme en billets, et de sa mallette. Le couple n’a pas l’intention de prévenir la police. D’autant moins qu’il y a quantité de sachets de cocaïne dans la mallette, ce qui représente beaucoup d’argent. Renata pense trouver preneur à Florence. Sur place, c’est au club "Le voyage", avec sa faune hippie, qu’elle recherche son amie Gennie Volapo.

Le couple rencontre Paolo, un rebelle aux cheveux longs, qui est proche de ladite Gennie. En compagnie de la blonde Erika et d’Olaf, autres "invités" hippies, Renata et Patrick vont camper dans l’appartement de Gennie, baptisé "La roulotte". Entre-temps, le couple a prudemment planqué la mallette. Quand Renata est abordée par deux émissaires du trafic de drogue, alors qu’elle fait des emplettes, il y a matière à s’inquiéter. Face au danger, Gennie et Paolo estiment qu’il est préférable que tous les six restent enfermés, à l’abri dans l’appartement. Ces partisans du "Faites l’amour, pas la guerre" n’ont rien contre cette idée. Néanmoins, Renata finit par quitter l’endroit sous un faux prétexte.

Le commissaire parisien Jérôme Thiébaut s’est rendu à la morgue de Marseille, après le meurtre du conducteur dont Patrick et Renata ont été témoins. Même si délinquance et crime changent à Marseille, selon son collègue le commissaire Valade, cette exécution est attribuable au "milieu" traditionnel, celui qui dirige le trafic de drogue. Dans la calanque de la Redonne, Thiébaut part à la pêche… aux renseignements. Adèle, ex-maquerelle, et son compagnon Pascal, ancien truand corse, ne peuvent assurément pas dire tout ce qu’ils savent. Malgré tout, le commissaire parisien n’a pas de mal à traduire "l’historiette" que lui raconte Pascal, comportant des indications fort utiles.

C’est ainsi que, sous l’égide d’Interpol, Jérôme Thiébaut a rejoint à Florence son confrère italien, le commissaire Aldo Ortelli. Son équipe de lutte contre les trafiquants ne tient pas à collaborer avec la Questura de Florence. Le but est de remonter l’ensemble de la filière. L’appartement de Gennie est sous surveillance. Quand Renata en sort, peut-être afin d’aller voir la police, ça provoque immédiatement l’interpellation de Patrick et de Gennie. Renata et Patrick négocient leur collaboration avec les deux commissaires, en échange d’une éventuelle prime. La première tentative de contact avec le chef du trafic se termine de façon explosive. Le couple est certain que c’est en mettant la pression sur le barman du club "Le voyage" que, sous le contrôle des policiers, ils approcheront l’adversaire…

Claude Joste : La came de l’été (Fleuve Noir, 1968)

De 1965 à 1987, Claude Joste fut un des plus productifs auteurs des éditions Fleuve Noir. Il débuta avec des romans de guerre dans la collection Feu, écrivit dès 1971 de nombreux romans d’espionnage, et publia une grosse soixantaine de titres dans la collection Spécial-Police. Son enquêteur récurrent est le commissaire Jérôme Tiébaut, fumeur de pipe tel Maigret. Bien qu’en poste à Paris, il voyage en France au gré des affaires traitées, parfois même à l’étranger. Selon les cas, il a pour adjoints plus ou moins attitrés des inspecteurs. Des histoires où l’on joue sur les ambiances, soit au sein d’un groupe de personnes, soit dans des lieux bien décrits (ici, une calanque marseillaise et la ville de Florence).

Avec “La came de l'été”, Claude Joste présente un honnête roman policier. Le thème du trafic de drogue n’a rien d’original, c’est vrai. Ce qui est plus intéressant, c’est l’évocation des jeunes de la génération "peace and love" de l’époque (on est en 1968). Le besoin de liberté, y compris sexuelle, qui habitait cette jeunesse peut apparaître tel un témoignage pour les lecteurs actuels. L’auteur ne caricature pas tant que ça leurs comportements ou leurs aspirations. L’intrigue n’est donc pas dénuée d’aspects sociologiques.

Autre point à noter, l’évolution de la délinquance à Marseille : “Avant, il y avait le mitan et les caves. Barrière infranchissable. On était l’un ou l’autre. Maintenant, il y a les amateurs, les voyous mi-pédés mi-gonzesses. On casse un peu, on bricole. Ça vous vole une voiture, vous corrige des bourgeois au sortir d’un bal et ça se poivre au chanvre [indien, marijuana]… C’est comme pour les filles. Tenez, avant il y avait les professionnelles. Maintenant je peux vous présenter des petites vendeuses mignonnes comme tout qui font du supplément en sortant du boulot ou entre midi et deux…”

Un scénario riche en péripéties, une narration limpide, pour un polar qui se lit encore avec un plaisir certain.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 04:55

En 1935, Robert Syberten espère devenir metteur en scène pour le cinéma hollywoodien. Venu de l’Arkansas, il ne connaît personne dans ces sphères. Par hasard, Robert rencontre Gloria Bettie, originaire du Texas. Voilà un an que cette figurante tente sa chance, mais “elle était trop blonde et trop petite, et avait l’air trop âgée. Bien habillée, elle aurait pu attrayante ; mais même alors, je n’aurais pas dit qu’elle était jolie” pense Robert. Gloria a tendance à être cafardeuse, suicidaire. Ils s’inscrivent en couple à un "marathon de danse" où les gagnants recevront un prix de mille dollars. Ça se passe sur la jetée-promenade de Santa Monica, dans une grande bâtisse sur pilotis, qui était autrefois un dancing populaire. On y a aménagé une piste de deux cent pieds de long sur trente de large, avec des loges autour pour le public et une estrade pour assurer l’animation.

Gloria et Robert forment le couple n°22, parmi les amateurs et les professionnels qui sont venus concourir. C’est leur capacité d’endurance qui départagera les candidats en couples. En particulier quand les organisateurs auront l’idée de "derbys", courses où ils tournent en rond sur la piste. Les derniers seront à chaque fois éliminés. C’est parti pour des centaines d’heures de danse, en continu, même s’ils marchent en cadence plutôt que de danser. On a prévu des courts moments de repos, et un personnel médical en cas de soins à donner. Il se produit des frictions entre Gloria et un autre couple, la partenaire étant enceinte et n’ayant pas sa place ici. On verra également l’arrestation d’un des concurrents, repris de justice meurtrier, et la disqualification d’une jeune participante mineure. Ces incidents sont autant de bonne publicité pour le "marathon de danse".

Robert et Gloria ont une admiratrice sexagénaire dans le public : Madame Layden. Elle les encourage quotidiennement. Elle parvient même à leur trouver un sponsor, une marque de bière, pour un petit coup de pouce. Madame Layden aura son heure de gloire, lorsque l’animateur la présentera au public. Au fil des heures, des jours, la fatigue s’accumule. Robert a parfois des crampes, Gloria fait des malaises. Les autres vont-ils mieux ? À bout de nerfs, l’un d’eux sort un couteau et menace les organisateurs. Un peu plus de spectacle avec une cérémonie de mariage dans le cadre du "marathon" ? Gloria s’y refuse, bien que ce soit doté d’une prime. Des dames représentant une ligue de moralité interviennent, en exigeant l’arrêt de cet évènement. Gloria n’hésite pas à leur jeter à la face l’hypocrisie de leur action. L’affaire est médiatisée, encore de la publicité pour ce "marathon de danse".

Pourtant, l’épisode va se terminer tragiquement. D’abord, parce que des coups de feu sont échangés au bar de la salle de spectacle, causant une victime. Surtout, parce que Robert va se retrouver devant le tribunal, pour un procès où il risque la condamnation à mort. En a-t-il pris son parti ? Peut-être que Gloria avait raison, qu’il ne pouvait y avoir de meilleur dénouement. Qui peut comprendre le geste de Robert ?…

Horace Mac Coy : On achève bien les chevaux (1935 – Folio)

Publié en 1935, “On achève bien les chevaux” est le premier roman d’Horace Mac Coy (1897-1955). Ce livre a connu un regain de notoriété à partir de 1969, ayant été adapté au cinéma par Sydney Pollack, avec Jane Fonda, Susannah York, Michael Sarrazin, Bonnie Bedelia. Bien que se déroulant à l’époque de la Grande Dépression des années 1930 aux États-Unis, il s’agit d’une histoire intemporelle. Ne voit-on pas l’équivalent télévisuel de nos jours, avec des jeunes gens et de jolies filles, artistes cherchant à se distinguer dans des castings et autres programmes de télé-réalité ? Du spectacle, et l’espoir de gagner le pactole (Mille dollars 1935 équivaudraient à plus de quinze mille dollars actuels). On peut encore citer les équipes d’animation des talk-shows, interchangeables, souvent dénués de talent ou de compétence. Notoriété et fric, la motivation ne change guère.

La puissance de ce roman d’Horace Mac Coy ne vient pas de son suspense, puisque le sort de Robert nous est connu. Le premier atout, c’est l’ambiance de ce "marathon" : “L’arbitre donna un coup de sifflet et tous les spectateurs surexcités se levèrent comme un seul homme. Les clients d’un marathon de danse n’ont pas besoin d’être préparés aux émotions fortes. Dès qu’il arrive n’importe quoi, ils s’échauffent d’un seul coup. Sous ce rapport, un marathon de danse ressemble à une course de taureau.” À l’intérieur du microcosme des danseurs, s’il y a de la tension, ce n’est pas la rivalité qui domine, mais le sentiment qu’ils ne doivent "rien lâcher". Tenir, malgré la douleur ou les incidents. Rester en lice, peu importe si le show est médiocre, si tout cela est ridiculement tapageur.

L’autre atout principal, c’est évidemment le couple n°22, Gloria et Robert. Dépressive, elle a déjà compris qu’Hollywood ne lui ouvrirait jamais ses portes, qu’elle aurait mieux fait de réussir sa tentative de suicide au Texas. Robert, lui, se contenterait de réaliser un court-métrage s’ils gagnaient. Pour prouver qu’il a une âme de cinéaste ? Il essaie de calmer sa compagne dans ses moments d’énervement. Des passages savoureux, tel celui où Gloria réplique face aux dames de la ligue de moralité : “Toutes vos ligues de vertu, de morale et tous vos foutus clubs féminins… pleins de vieilles fouineuses et de punaises de sacristie qui n’ont pas rigolé depuis vingt ans et qui piquent une jaunisse quand elles voient que les autres se paient un peu de bon temps… Pourquoi les vieilles peaux comme vous ne s’arrangent-elles pas pour se soulager de temps en temps ?”

Des losers, des oubliés de la réussite, des perdants ? Sans doute, oui. Mais les portraits nuancés montrent qu’il sont des êtres humains, pas moins respectables que la moyenne. Un grand roman noir.

Horace Mac Coy : On achève bien les chevaux (1935 – Folio)

Lire aussi ma chronique sur "J'aurais dû rester chez nous" d'Horace Mac Coy :

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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 04:55

Août 1980, la chaleur pèse sur Vizentine, village de deux mille habitants dans les Vosges. La famille Leheurt est d’ici depuis toujours. Maria, la mère, vivait dans leur maison, avec Maurice, surnommé Mo, son fils de cinquante-quatre ans. Le cerveau de Mo ne fonctionne plus depuis quatre décennies, du jour où une grenade a explosé, le blessant à la tête. Son frère Stéphane, qu’on appelle Fane, était présent : il perdit quatre doigts d’une main. Fane est aujourd’hui âgé de quarante-sept ans. Il habite à Saint-Miehl, ne revenant à Vizentine que de temps à autres. Fane est maintenant en couple avec la très belle Lilas, vingt-deux ans. Elle était la compagne de leur voisin, Claude Shawenhick, mais cet alcoolo brutal la battait. Alors que Fane, même s’il boit aussi beaucoup et s’emporte parfois, est bien plus gentil. Surtout, s’afficher avec une fille jeune et si séduisante, ça flatte Fane.

Maria est décédée dans un accident de la route, à cause d’un camion. Quand Lilas et Fane débarquent en 2CV au village ce vendredi-là, on ne les a même pas prévenus que c’était aujourd’hui, les obsèques. Il va devoir se charger de Mo, qui n’a qu’une hantise : ne pas aller à l’hôpital. Fatigué, Fane doit réfléchir à la suite. Même si son frère qui a des "cases emmêlées" l’agace, il ne l’enverra pas à l’hôpital, non. Ils resteront ici, dans la maison de leur famille, tous les trois : Fane, Mo et Lilas. Et puis Fane écrira des romans policiers. Il en a lu des tas, c’est pas compliqué d’écrire un polar. Puisqu’il sera tranquille, il va pouvoir se consacrer à l’écriture. D’ailleurs, il ne tardera pas à acheter une machine, rien qu’à lui. Tant pis s’il "rame" pour s’en servir, au début. Mo s’occupera de la maison, Lilas lui montrera comment faire, et Fane picolera sa bière en écrivant des polars.

De part et d’autre de la maison des Leheurt, il y a les deux bâtiments du garage Voke. Olivier Voke et son cadet André sont de la même génération que Fane, des quadras. Pour agrandir leur garage, ils veulent racheter la maison de Maria. Désormais, c’est jouable, car André Voke en est certain : Fane avec sa pute et son frère taré, ils ne lui feront pas bien longtemps barrage. Minable séducteur, André essaie d’approcher Lilas, mais Mo veille et la jeune femme n’est pas stupide. Elle a réussi a gagner la confiance de Mo : quand il est triste, Lilas se montre rassurante. Et déterminée envers et contre tous : “La vérité, c’est que je vais me marier avec Fane, et que ça embêtera tous ceux qui le prennent pour un bon à rien. Mais il est intelligent. Il a la maison et la tranquillité. Il va écrire des livres, et moi je serai mariée avec lui, et on gardera Mo dans la maison.”

Fane est allé déménager les maigres affaires qui étaient restées à Saint-Miehl. Il a la mauvaise idée de ramener Claude Shawenhick avec lui, pour montrer sa maison à l’ex de Lilas. Ça boit encore beaucoup, en cette occasion. Même si Lilas garde ses distances avec Shawenhick, cet imbécile insistera fatalement. Et Fane s’énervera, tout aussi logiquement. Du côté Voke, ça ne s’arrange pas non plus pour Fane. Peut-être a-t-il une idée, si cruelle soit-elle, pour contrer les Voke…

Pierre Pelot : L’été en pente douce (Fleuve Noir, 1981)

Difficile, et même impossible, de dissocier ce roman de l’excellent film de Gérard Krawczyk (1986), qui en est l’adaptation. Jean-Pierre Bacri est exactement Fane, Jacques Villeret incarne parfaitement Mo, Guy Marchand est un André Voke idéal, et Jean Bouise aussi en jouant son frère Olive, Jean-Paul Lilienfeld convainc dans le rôle du lourdaud Shawenhick. Et surtout, on ne peut oublier la magnifique prestation de la regrettée Pauline Lafont. Elle “est” totalement Lilas, compréhensive avec Mo, patiente avec Fane, rugueuse face aux hommes qui ne voient que son corps. Oui, c’est Lilas qui est au cœur de l’affaire, radieuse et consciente de la fragilité de la situation. Pauline Lafont le démontra avec talent. Le film fut tourné dans la région toulousaine, mais dans le livre, Pierre Pelot s’inspire pour Vizentine de sa commune : Saint-Maurice-sur-Moselle.

Pour la petite histoire, Pierre Pelot raconta dans le magazine Fiction (n° 317, avril 1981) que ce roman faillit ne jamais être correctement publié. Le manuscrit fut refusé par tous les grands éditeurs français : “Résultat, ce bouquin termine sa carrière avant de la commencer – j'en suis certain – aux éditions Kesselring qui sont en train de sombrer... qui, en tout cas, remuent une merde noire. Fermons la parenthèse, sur le néant total des articles de presse concernant à ce jour et à ma connaissance ce roman – sauf un rot délicat d'un mongolien quelconque dans une revue chatoyante que je ne citerai pas : donc, comme je le disais, le néant.” (source Ecrivosges.com). C’est sa publication dans la collection Engrenage du Fleuve Noir qui va lancer ce roman. Il est réédité par cet éditeur à la sortie du film, puis paraît chez J’ai Lu, avant de figurer au catalogue Folio policier.

L’adaptation cinéma fut très proche du scénario du roman, sauf pour les scènes finales. Il n’est pas indispensable de souligner le savoir-faire de Pierre Pelot : il donne une tonalité, une force à cette histoire simple. À travers les portraits de ses personnages, mais autant en évoquant la méchanceté autour d’eux. Y compris celle des enfants, qui se moquent de Mo. Fane ne veut pas d’enfant, Lilas en voudrait naturellement. C’est aussi un des thèmes abordés. Le climat de bêtise, de jalousie, attisé par les garagistes voisins, contribue au malaise. Un roman noir de premier ordre, à redécouvrir, à relire.

Bienvenue dans la commune de Pierre Pelot.

Bienvenue dans la commune de Pierre Pelot.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story Pierre_Pelot
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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 04:55

Le policier Francis Favenin, trente-six ans, passe ses vacances avec son épouse Christine, trente-deux ans, dans le Val de Loire, du côté de Saumur. Si Favenin est attentif à la santé de sa femme, sujette à une insuffisance cardiaque, c’est un homme masquant l’amertume de son caractère. Ça remonte peut-être à quelques années, depuis que son collègue et seul ami Barnero a été abattu en opération. Francis Favenin s’interroge sur leur voisine de vacances, Hélène Dassa. Par hasard, elle est venue en aide à Christine alors qu’elle faisait un grave malaise. Reconnaissante, son épouse s’est arrangée pour qu’Hélène séjourne en Val de Loire auprès d’eux. Cette jeune femme affirme écrire un roman, faisant même des repérages à Nantes. En réalité, elle reste en contact avec Raymond Aulnay, ami d’allure maladive, qui la tient informée des projets de Dan Rovel, actuellement emprisonné.

Voilà plusieurs années, un caïd surnommé le Mandarin dirigeait un club de jeu, se faisant passer pour un honnête d’affaires. À cause de lui, la corruption régnait dans cette ville, touchant même certains policiers. Ce qui hérissait le flic Barnero, qui songeait à quitter le métier. Beau-Sourire et Lupo, les sbires du Mandarin, furent chargés de supprimer le frère d’Hélène Dassa, et de saccager la boîte de nuit de celui-ci, qui refusait le racket du caïd. À cette occasion, Dan Rovel – ami de Dassa – vint trop tard en aide à Hélène. Violentée, il la fit soigner, en se promettant de se venger du Mandarin. Avec son comparse Viletti, Rovel planifia la mort du caïd, tout en se ménageant un alibi grâce à Raymond Aulnay. C’est au club du Mandarin que Dan Rovel et Viletti l’exécutèrent. Beau-Sourire et Lupo ne purent s’interposer à temps. Hélas, un autre homme arrivé à ce moment-là fut tué.

Pour Favenin, dès le début, l’affaire s’annonce véreuse : le commissaire n’envisage pas d’inculper Beau-Sourire et Lupo. Favenin fait pression sur son supérieur afin d’être chargé de cette enquête. Au club du défunt Mandarin, les deux sbires se croient sans doute protégés par le commissaire corrompu. Ils ont tort : Favenin se montre sans pitié. Lupo a compris qu’il ferait mieux d’aller se réfugier chez son cousin garagiste, à Saumur. Il donne le nom de Dan Rovel, rapidement être arrêté par la brigade antigang et torturé. Lorsque Favenin est en présence du suspect, alors en piteux état, il essaie de l’obliger à avouer le nom du tueur. Le policier est conscient que Rovel n’est pas coupable. Mais, puisqu’il refuse de collaborer, Favenin va l’enfoncer. C’est ainsi que, jouant au prisonnier-modèle, Rovel est incarcéré depuis quatre ans, et pour de très longues années encore.

Puisque les circonstances ont fait qu’Hélène Dassa s’est rapprochée du couple Favenin, Dan Rovel envisage de s’évader. Le chétif Raymond Aulnay est prêt à lui apporter toute son aide. Néanmoins, Hélène se pose des questions. Si Dan s’évade et se venge de Francis Favenin, il deviendra toute sa vie un fugitif. Et puis, ça risque de nuire fortement à la santé de Christine, envers laquelle Hélène éprouve de la sympathie…

Pierre Vial Lesou : Un condé–La mort d’un condé (Fleuve Noir, 1970)

Publié sous le titre initial “La mort d’un condé”, ce polar a connu un certain succès grâce à son adaptation cinématographique. En 1970, aussitôt après la publication du livre, Yves Boisset l’adapta sous le titre “Un condé” (autre qualificatif pour "flic"). Michel Bouquet incarnait le policier Favenin, plus cynique et froid encore que le personnage d’origine. Michel Constantin jouait le rôle de Viletti, Françoise Fabian celui d’Hélène. Avec aussi Bernard Fresson, Pierre Massimi, Rufus, Gianni Garko, Théo Sarapo, Henri Garcin, Anne Carrère (future romancière sous le nom d’Anne de Leseleuc). Le portrait négatif du policier incita le ministre de l’intérieur de l’époque, Raymond Marcellin, a faire censurer ce film. Il n’y parvint pas, mais offrit ainsi une certaine publicité à “Un condé”. Théo Sarapo, dernier protégé d’Édith Piaf, décéda dans un accident de la route peu avant la sortie du film.

Pierre Vial Lesou fait preuve d’une belle virtuosité en alternant les scènes du présent et du passé, afin d’éclairer l’ensemble de l’affaire. Il s’agit bel et bien d’un roman criminel très sombre. Quelques pincées d’humour (avec le maton de la prison où se trouve Rovel, avec un adjudant-chef de gendarmerie en dilettante chez les Favenin, ou dans la description du maladif Raymond), mais c’est plutôt l’ironie mordante qui domine. La part de psychologie est apportée par le personnage d’Hélène. Tonalité noire, mais si Favenin est au centre de l’intrigue, l’auteur fait en sorte que ce flic ne soit pas omniprésent dans le récit. Issus du banditisme ou de la police, tous les protagonistes ont une fonction réelle dans l’histoire. Un polar captivant, à découvrir ou à relire.

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