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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 06:40

"Le mauvais sujet" :  Deux meurtres ont été commis dans des pubs de Long Piddleton, village anglais typique. Richard Jury, inspecteur de Scotland Yard, est envoyé sur place avec son maladif adjoint, le sergent Wiggins. Jury fait vite connaissance avec les principaux habitants de la bourgade. Ceux-ci se trouvaient dans ces deux pubs les soirs des crimes. Pour eux, les victimes étaient des inconnus, étrangers à leur village. Le policier en est moins sûr. Il apprend aussi que Ruby, la jeune bonne du pasteur, a disparu depuis une semaine. Cela surprend peu les gens, car elle est réputée volage.

Jury sympathise immédiatement avec Melrose Plant, un châtelain dilettante, qui va l’aider dans son enquête. L’agaçante tante de Melrose, Lady Agatha, se prétend capable de découvrir le criminel. Jury ne la soupçonne pas vraiment, mais s’associe à son neveu pour s’en moquer. Les suspects sont variés, tous ayant des choses à se reprocher. Parfois, c’est grave : un meurtre non élucidé, une tentative de captation d’héritage. D’autres cas sont moins sérieux.

Après un troisième cadavre, on retrouve le corps de Ruby. Elle apparaît bientôt comme le pivot de ce dossier. Elle avait couché avec tous les hommes argentés du secteur. Surtout, elle taisait des secrets et semblait pratiquer le chantage. On ne sait où elle cachait son journal intime, ni son coûteux bracelet. Quand le pasteur est assassiné, Jury interroge une fois encore l’ensemble de ses suspects. Aucun n’a d’alibi. Grâce à ses renseignements, il devine maintenant la face cachée de chacun. Une reconstitution d’un passage d’Othello permet à Melrose d’établir la vérité sur une affaire vieille de seize ans…

"Le collier miraculeux" : Richard Jury, de Scotland Yard, est envoyé à Littlebourne, village près duquel une jeune femme a été assassinée. Il y rencontre le policier local, Peter Gere, et les plus remarquables habitants de la bourgade. Emily, dix ans, passionnée de chevaux et de coloriage, lui paraît bien curieuse. D’autres faits divers se sont produits ici. Un an plus tôt, un collier d’émeraude de grande valeur fut volé à Lord Kennington. On suspecta Trevor Tree, son secrétaire décédé depuis. Récemment, la jeune Katie (fille de la patronne du pub) fut agressée dans le métro londonien. Elle est toujours dans le coma. Autre affaire : plusieurs habitants ont reçu des lettres anonymes, qui ne semblent guère sérieuses. Enfin, cette Cora Binns est victime d’un meurtre, et ses doigts sont sectionnés.

Tandis que son ami Melrose Plant s’installe à Littlebourne, Jury enquête à Londres dans le quartier où vivaient Cora et Trevor Tree. Katie fut attaquée non loin de là. Un pub, Le Collier Miraculeux, pourrait être au centre de l’affaire. Les habitués y jouent à un jeu de stratégie, autour d’un mystérieux plan. Trevor Tree fit partie de ce groupe. La petite Emily confie à Jury un étrange dessin qui appartenait à son amie Katie. Ce plan incompréhensible pour le policier doit indiquer où Trevor Tree cacha le collier volé.

Melrose Plant observe la population de Littlebourne lors de la fête paroissiale. Alors qu’Emily et son poney font l’attraction, une autre femme est assassinée. Elle connaissait Cora et soupçonnait le tueur. Sans le savoir, Emily est aussi en danger. Pourchassée par le criminel, elle se réfugie auprès de Melrose Plant, au pub. À Londres, Jury s’est d’abord trompé de suspect, mais il rectifie ses hypothèses…

Trois suspenses de Martha Grimes, disponibles chez Pocket

"Le crime de Ben Queen" : L’histoire se passe dans l’Amérique rurale, entre Spirit Lake, Cold Flat Junction, et La Porte. Voilà quarante ans, Mary-Evelyn Devereau, une fillette vivant avec ses trois sœurs, s’est noyée dans le lac. Plus tard, sa sœur Rose épousa Ben Queen. Quand on assassina Rose, Ben ne nia pas. On le condamna à vingt ans de prison. Il est sorti depuis peu. Fern, sa fille, vient d’être victime d’un meurtre. Ben est en fuite, fortement suspecté de ce crime.

Emma Graham, 12 ans, vit à l’Hôtel Paradise dont sa mère est co-gérante. Cette gamine débrouillarde et imaginative se passionne pour l’histoire de Mary-Evelyn. Elle doute de la version de l’accident. Ayant croisé par hasard Ben Queen, elle ne croit pas en sa culpabilité, ni pour Fern, ni pour Rose. Emma n’a pas parlé de cette rencontre à son ami Sam, le shérif, pas plus qu’à Maud, la serveuse du Rainbow Café. Profitant du départ en vacances de sa mère et de son associée, Emma va mener son enquête sur ces trois morts.

Avec l’aide du braconnier Dwayne, un as de la mécanique, elle visite un cottage pas si abandonné qu’il n’y paraît. Sous divers prétextes, elle se rend dans les bourgades voisines pour interroger ceux qui ont connu les sœurs Devereau et Ben Queen. Elle collecte indices et témoignages. Elle a plusieurs fois remarqué « La Fille », qui pourrait bien être la petite-fille de Ben Queen. Le shérif a deviné qu’Emma enquêtait. Il craint qu’elle prenne des risques pour peu de résultat. Emma comprend qu’une histoire d’amour causa un drame chez les sœurs Devereau. Puisque le shérif ne la soutient pas, Emma va seule au devant du danger. Son adversaire veut la tuer, mais Ben intervient et sauve Emma… ce qui ne blanchit pas si vite Ben Queen…

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 05:55

Luc Gervaix est un fêtard parisien âgé de quarante-cinq ans, au passé agité, qui connaît un beau succès avec ses romans populaires depuis vingt-trois ans. En réalité, Luc serait bien incapable d'écrire un livre. C'est son jumeau Paul, qui est l'auteur des dizaines de titres publiés. Bonhomme disgracieux et boiteux, il habite un château dans l'Yonne, hérité de leurs parents. La demeure manque d'entretien, mais Paul se contente de quelques pièces. Son bonheur, c'est l'écriture : il laisse toute la gloire à Luc. Ce dernier ne lui rend pas souvent visite. Tant mieux, car il se montre parfois violent envers Paul. Pourtant, le 5 août, Luc reçoit un message de détresse de son jumeau, qui l'incite à revenir au château.

C'est par une nuit d'orage que Luc arrive jusqu'à la demeure familiale. Personne n'est là pour l'accueillir. Un majordome se présente, ce qui est étonnant, Paul vivant seul. Il reste introuvable, le jumeau ! Bientôt, Luc se retrouve ligoté, face au majordome, à un vieux monsieur et à sa jeune femme. Qui sont ces inconnus, ayant une étrange manière de s'exprimer en français ? L'explication du monsieur, évoquant un séjour involontaire ici, n'est pas très plausible. La version de sa jeune épouse s'avère encore plus énigmatique. Elle dit se prénommer Eve, son mari Adam, et leur serviteur Caïn. En débarquant dans ce château hanté, Luc aurait dérangé les "esprits" qui y ont trouvé refuge de longue date.

Il s'agirait de "squelettes luminescents" qui donnent des "ordres mentaux" au trio que Luc a rencontré. Ces êtres fantomatiques se comportent tels des vampires, en témoignent les cous abimés des trois personnages auxquels ils ont sucé le sang. Le trio disparu, Luc est surpris par trois coups de gong théâtraux, suivis de longs gémissements lugubres. Rien de rassurant, d'autant qu'apparaît un spectre squelettique très menaçant. Au matin, Luc découvre le cadavre de son frère Paul dans le jardin. C'est un meurtre. Il alerte le maire et le gendarme du patelin voisin, revenant avec eux sur les lieux. Les cahiers posthumes de Paul accablent son frère, indices accusateurs qui conduisent illico Luc en prison.

Le juge d'instruction organise une reconstitution des faits au château, transport de justice avec Luc et son avocat, ce qui ne révèle rien de plus. Par contre, Luc espère que M.Gilles, détective particulier, pourra l'aider à prouver son innocence. L'enquêteur va attendre le 5 août suivant pour passer une nuit au château. Entre-temps, le procès de Luc s'est déroulé, aboutissant à une lourde condamnation. Apparitions fugaces de fantômes et autres faits étranges se produisent en présence de M.Gilles. Pour un début d'explication, il va même voyager à travers les siècles. Le coupable ayant tué Paul, il le trouvera sûrement. Mais le reste de son aventure exceptionnelle, il devra garder tout ça secret…

Marc Agapit : Parade des morts-vivants (Fleuve Noir, 1968)

Encore un délicieux roman de Marc Agapit, mêlant une part de Fantastique, un brin de Science-Fiction, et une intrigue quelque peu criminelle, dans un château hanté et isolé. Un savoir-faire indéniable et une grande inventivité, donnant une sorte de conte maléfique… et souriant. Car l'auteur ne cherche pas tant à effrayer ses lecteurs, préférant les entraîner au gré de son imagination. Des jumeaux dissemblables en tous points, au départ. Plus un improbable détective privé, dans la seconde partie. Avec Adam, Eve et Caïn, en vedettes invitées du spectacle. Ce n'est pas vraiment caricatural, mais ça signifie que tout est ici irréel, de pure fiction. De la littérature de divertissement, revendiquée par Marc Agapit.

L'histoire étant intemporelle, racontée avec une tonalité enjouée, évitant d'inutiles scènes glauques ou morbides, on se laisse volontiers embarquer. Des péripéties incroyables, ce n'est pas ce qui manque dans ce récit. “Parade des morts-vivants” a été adapté en bande-dessinée, dans le n°13 du magazine Hallucinations, de janvier 1972 (Comics Pocket). On ne se lasse jamais de l'univers des romans de cet écrivain, figurant parmi les romanciers à redécouvrir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 07:30

Après un début de carrière dans les hautes sphères des assurances, Ralph Bakchine dirige sa propre agence à Versailles. Âgé de trente-huit ans, il est marié à Édith. Ils ont depuis peu des jumelles. S'il est expérimenté, Ralph est aussi stressé à cause de soucis récents. Il va déconnecter en allant seul pêcher à la mouche dans le Doubs. Il s'installe pour deux semaines dans une auberge de Lomont, tout près de la frontière suisse. Panel de clients variés, tous étant attirés là par la pêche en rivière. Ralph apprécie le vieux M.Bourgin, et sa femme. Mais il y a un autre couple qu'il remarque davantage : Alexandre Bloch, un industriel sexagénaire chauve fier de sa réussite, et sa jeune épouse Nina, aux cheveux acajous, aux yeux verts et à la flagrante sensualité. Outre la notable différence d'âge, avec leur Jaguar rouge et leur doberman, ils ne passe pas inaperçus.

Alexandre Bloch ne tarde pas à sympathiser avec Ralph. Sans doute partagent-ils un même dynamisme, et une certaine lucidité sur la vie. Bien que de santé faiblissante, Bloch est assez provocateur. Ce qui explique son mariage avec une jeune femme comme Nina. Celle-ci cherche à exciter Ralph, que cela agace : “J'étais venu pour pêcher la truite et l'ombre, pas la morue”. S'il s'interroge sur son avenir familial, Ralph n'a pas l'intention de tromper Édith. “Je n'étais ni prude, ni froussard, ni impuissant. Cependant cette fille me faisait peur.” Il lui faut éviter de succomber aux avances à peine masquées de Nina, alors qu'il est là pour se désembrouiller l'esprit. D'autant qu'il pratique “le coup du soir” en compagnie de Bloch, la pêche en soirée juste à côté dans le Doubs. Pourtant, lui sera-t-il possible de résister longtemps à une femme telle que Nina ?

En Suisse, le village voisin de Pierrelégier est tout proche. Il arrive à Ralph d'y faire un détour, avec une pause au Café de la Poste. Le bistrot est tenu par la blonde Jeanne, vingt ans, et sa sœur. Jeanne ressemble plus à la tendre Édith, qu'à la voluptueuse Nina. Ralph sent une complicité non formulée avec la Suissesse. Mais il n'oublie pas son épouse, avec laquelle il faudra sûrement envisager un nouveau départ, une stabilité sur des bases plus familiales. Céder aux avances de Nina, ce n'est qu'une torride expérience sexuelle pour Ralph, qui espère ainsi que ça permettra de clore leur relation. Nuit d'amour, qu'un client de l'auberge a remarquée, ce qui ne sera pas sans conséquences. Car il va survenir un drame, un accident mortel que Ralph n'a ni causé, ni pu empêcher. Même s'il retourne auprès d'Édith peu après, l'affaire est loin d'être terminée pour lui…

Hervé Jaouen : Histoire d'ombres (Éd.Denoël, 1986)

S'il s'agit bien d'un roman noir, cette intrigue offrait d'abord l'occasion à Hervé Jaouen d'évoquer sa passion pour la pêche (à la mouche). Il y décrit autant les ustensiles que vont utiliser les protagonistes, que les techniques et les moments fiévreux vécus par les pêcheurs, de truites ou d'ombres dans le cas présent : “L'ombre tirait toujours, et plus il s'éloignait, plus j'avais l'impression que sa force augmentait. Je lui avais donné toute ma soie, et j'attaquais le backing. Soudain, l'ombre a cessé de tirer. Il s'est collé au fond. Un instant, j'ai cru qu'il s'était décroché, ma soie s'étant détendue. J'ai repris du fil, sans résistance : l'ombre remontait vers moi.” Ceci contribue fortement à l'intérêt de l'histoire, même si l'on n'est pas soi-même expert dans cette activité.

À l'époque de la publication de ce livre (1986), d'aucuns ont fait le parallèle avec certains titres de James Hadley Chase. C'est assez exact. Un trio de personnages centraux, le mari, la femme, et le troisième larron, rien de plus classique. Mais ils sont, comme chez J.H.Chase, placés dans un univers piégeux, faussement facile ou tranquille. Les nuances sont très subtiles : par exemple, s'il existe une part de cynisme chez le vieux et riche mari, l'homme n'est pas désagréable. Quant au héros-narrateur, il a suffisamment de soucis personnels pour ne pas s'enliser dans un adultère sans avenir. Nina représente la “femme fatale” dans toute sa splendeur, bien entendu. La mort plane autour de Ralph, pas seulement dans les eaux du Doubs. Entre noirceur et nature, un suspense de haute qualité.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story Hervé_Jaouen
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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 06:30

Joseph Britton est un Américain blanc de trente-deux ans séjournant en Europe : “Son trait physique le plus caractéristique était encore ses yeux, qu'il avait d'un bleu près pâle, presque incolore, et ronds comme des billes. Bien qu'ils fussent d'une belle couleur, il n'émanait d'eaux aucune sensibilité. Son teint pâle mais légèrement hâlé de blond à la peau transparente et parsemée de tâches de son avait une coloration verdâtre. Sa barbe blonde se voyait à peine.” Désargenté, Joe loue une chambre chez l'habitant à Palma de Majorque. Venant de Paris, il végète là depuis cinq mois, ne parlant pas un mot d'Espagnol. Il vit aux crochets de son amante du moment, Pamela Grabs, arrivée ici de son côté. Elle est originaire de Boston, comme quelques Américains louant des villas à Majorque. Dont Roger et Douglas, chez lesquels Joe et Pam ont passé la soirée, la veille.

Buveur de gin invétéré, Joe apprécie de pouvoir en absorber des quantités à peu de frais, dans ce pays. Moroses lendemains d'ivresse pour lui : “Sa gueule de bois se traduisait par quelques grimaces en guise de remords… C'était toujours la même chose après une cuite : on ne se rappelait de rien. Si on y parvenait, les quelques souvenirs qui venaient titiller votre cerveau ne vous procuraient que du désespoir. C'était insupportable. À la moindre réminiscence, on n'avait qu'une envie : se trancher la gorge.” Le gros problème de Joe, c'est qu'il ne sait plus trop ce qu'il fait s'il est en état éthylique : “D'habitude, quand je suis pété, je continue à me déplacer, à parler et à agir normalement. Seulement, je ne me rends compte de rien. J'ai des trous de mémoire. C'est l'absence totale.”

Lorsque le policier Sabater (des services secrets espagnols) interroge Joe, il ne peut lui raconter que des bribes anecdotiques de la journée précédente, très arrosée. N'ayant pas les moyens financiers de quitter l'île, la priorité serait de retrouver Pam. Joe croise Ramon, qui se dit avocat. C'est ce dernier qui l'aurait raccompagné à son logement quand Joe est revenu à Palma. Ramon lui offre un bon repas dans une auberge, avant que Joe ait affaire à une bohémienne de mauvais augure.

Joe retourne à Puerto de Pollensa, chez Roger et Douglas, espérant retrouver Pam et éclaircir ses souvenirs disparus. Susie et Nookie, couple qu'il a rencontré la veille lui apprennent qu'il y a eu meurtre. Et qu'il pourrait être suspect, ayant eu une vive altercation avec la victime. Le couple a peut-être un plan de fuite pour Joe, grâce à des contrebandiers pouvant l'amener à Tanger. Volant une voiture de touristes, l'Américain préfère retourner à Palma. Retrouvant Ramon, il doit d'abord démêler un problème marital avec deux prostituées bohémiennes. Faute d'argent, sans nouvelle de Pam, Joe doit-il compter sur Ramon, Susie et Nookie pour s'en sortir ?

Chester Himes : Un joli coup de lune (Points, 1989)

Ce roman de Chester Himes (1909-1984) fut publié en 1988 aux éditions Lieu Commun, puis réédité en poche chez Points l'année suivante. L'action se déroule en Espagne (encore franquiste), où l'auteur s'installa dès 1965 jusqu'à son décès. Si Chester Himes évoqua surtout les Noirs dans ses livres, ce sont ici des Américains blancs qui en sont les héros. Des gens de la bonne société de Boston, claquant leur argent sous le soleil espagnol. Un milieu auquel n'appartient pas Joe Britton, gigolo sans fortune ni grand avenir. Il est plongé dans une cascade de mésaventures, dues à sa mémoire défaillante (à cause de l'abus de gin). Une histoire agitée à souhaits.

Hormis l'intrigue, il faut souligner l'écriture de Chester Himes. Percutante, dans les scènes d'action ; impeccable, quant aux dialogues ; précise dans les descriptions. Exemple avec cette auberge où débarque Joe : “Près de l'entrée, des tonneaux de vin à robinets de bois s'entassaient jusqu'au plafond. Plus loin se trouvait le comptoir, devant des étagères remplies de bouteilles souillées de chiures de mouches. Au fond de la salle, des tables étaient occupées par des hommes au masque grave qui buvaient à longs traits solennels leur vin blanc. Il n'y avait aucune femme. La fumée des cigarettes conférait à l'air une certaine épaisseur. L'endroit paraissait incroyablement sale, la nourriture peu appétissante.” En quelques lignes, on est immédiatement dans l'ambiance du lieu.

Un roman bien moins connu que sa série avec Ed Cercueil et Fossoyeur Jones, mais qui mérite d'être lu ou relu.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 05:55

En Belgique, Léopold Develde est un artiste peintre bénéficiant d'une certaine notoriété. Il prépare une nouvelle exposition pour la galerie bruxelloise Pascal Berg, sur le thème des tarots. Ses sujets s'avèrent plutôt sinistres, proches du Fantastique, genre H.P.Lovecraft. Ce matin-là, Léopold est agressé chez lui par un inconnu masqué, qui massacre sa dernière série de toiles. Même s'il apprécie sa voisine du dessus, la veuve Jeanne Bogaert, pas question pour Léopold de lui faire des confidences sur ce fâcheux incident. Convoqué par la police, le peintre est reçu par Verhaeren, un drôle d'enquêteur. Un nommé Alexis Brigard a été assassiné à son domicile. Léopold ignore totalement qui est la victime.

Avec Verhaeren, ils se rendent sur le lieu du crime. Surprise : Alexis Brigard était un collectionneur possédant vingt-trois tableaux de Léopold. Comme chez l'artiste, toutes les toiles ont été saccagées par le criminel qui lui a tranché la gorge avec un couteau. Léopold évite de révéler à Verhaeren ce qui s'est passé dans son atelier. Mais le policier ne tarde pas à relancer le peintre, chez lui. Léopold sera obligé de montrer à l'enquêteur les dégâts sur ses toiles. Si Pascal Berg ne connaît pas non plus Brigard, son amie Élisabeth Goldberg semble avoir disparu depuis trois jours. Léopold se sait surveillé par Maréchal, l'adjoint de Verhaeren, mais aussi par une jeune homme inquiétant rôdant autour de lui.

Le peintre interroge Pascal Berg sur le cas Brigard. Pour lui, l'assassin est un fou : “Il n'a pas nécessairement détruit tes œuvres, il a détruit ces tableaux comme il l'aurait sans doute fait s'il y en avait eu d'autres.” Léopold n'en est franchement pas certain. Deux noms de clients attitrés, passionnés de ses tableaux, apparaissent : James Vandeputte et Fabrice Delrock. Le second semble absent de Bruxelles depuis quelques jours. Léopold prend contact avec James Vandeputte. Le soir même, il se rend sous une pluie battante à Rixenart. La demeure de son client, dans le genre manoir anglais hanté, lui apparaît aussi sinistre que ses propres tableaux. Ceux que possédaient Vandeputte ont été tailladés, et lui-même a été égorgé. Léopold fuit les lieux sans prévenir la police.

Bien vite informé, Verhaeren est en droit de considérer Léopold comme très suspect. Il juge malfaisante son œuvre : “Lorsque je dis que votre peinture est malfaisante, c'est que j'en suis convaincu… Vous savez parfaitement que vous êtes au centre de quelque chose qui vous dépasse, et qui dépasse aussi la police. Vous savez que vos tableaux jouent un rôle capital dans cette lamentable affaire...” L'exposition doit être annulée, ce qui est une catastrophe pour Pascal Berg. Dans les albums d'archives de celui-ci, Léopold découvre une piste. Parmi les photos, figurent celles d'un nommé Hervé Boon, passionné de l'univers pictural de Léopold. L'homme s'est suicidé voilà quinze mois…

Jean-Baptiste Baronian : Tableaux noirs (Éd.Clancier-Guénaud, 1984)

Ce roman fut initialement publié en 1984 aux Éd.Clancier-Guénaud sous le pseudonyme d'Alexandre Lous. En 2004, il est réédité avec la signature de Jean-Baptiste Baronian, Éd.Paperview "Collection Noire". Il se compose de quatre-vingt-une séquences, scènes courtes et intenses formant autant de chapitres.

Puisqu'on baigne dans une ambiance déjà assez troublante – voire morbide – l'intelligence de l'auteur consiste à ne pas rajouter de noirceur pesante. À l'inverse, on trouve ici une narration fluide et précise. Gros fumeur (de cigarettes Saint-Michel), Léopold est d'un naturel anxieux, tourmenté, ce qui explique ses toiles. Il sera réellement soupçonné par le policier Verhaeren (sans rapport avec le poète homonyme). De son côté, se sentant cible, il cherche qui et pourquoi on s'en prend à son œuvre, et à ses admirateurs. Probablement, il ne faut pas s'attendre à un “happy-end”, qui ferait contre-sens à l'histoire. Un captivant suspense, à redécouvrir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 05:55

Ça fait onze ans que Jeff Sutton est chauffeur de taxi à Dallas. Âgé de trente-six ans, il est un des rares Américains bancs employés par la compagnie Dillon. Lors d'une journée de repos, il reçoit la visite intrusive de trois policiers. Bien qu'il n'y comprenne rien, Jeff est bientôt menotté et transféré au poste de police de Westboro, quartier chic des environs. Fiché pour un vieil incident sans importance, il est accusé de l'enlèvement d'une gamine de douze ans, Gara Worth. Il a effectivement conduit la mère de cette collégienne à son domicile, la veille. On a trouvé les empreintes de Jeff sur une fenêtre chez cette cliente. Une explication pourtant rationnelle ne suffit pas : les enquêteurs sont convaincus d'avoir arrêté le coupable. Les médias adoptent immédiatement la version des policiers.

Jeff Sutton est placé en détention sans délai. Le lendemain, l'avocat commis d'office ne lui paraît nullement motivé, n'évitant pas son inculpation. Devant les caméras de télé, la mère de la kidnappée provoque un esclandre. Présomption supplémentaire de culpabilité pour Jeff. Il est enfermé dans le Couloir de la mort à la prison, afin de ne pas être mêlé aux criminels et délinquants ordinaires. Au parloir, il rencontre un inspecteur noir de la police de Waco, Larry Watson. Celui-ci a un autre suspect, Vernon Brightwell. Mais il est conscient que ses collègues bornés de Westboro ne suivront pas cette piste. Pour le reste, rares sont les discussions entre les quelques détenus du Couloir. Éviter tout affrontement est préférable, Jeff ne l'ignore pas.

Robert, psychopathe dénué du moindre remord, est son principal interlocuteur. Un homme à l'allure normale, plutôt attachant et clairvoyant, tant qu'on ne l'appelle pas Bob. Quand Jeff est hospitalisé pour une appendicite aiguë, il ne cherche pas à tricher pour rester plus longtemps loin de la prison. À son retour, l'avocat négocie un arrangement. Impossible, puisque Jeff n'est pas en mesure de dire où est la jeune victime. Si la Dr Comming est une séduisante psychologue, Jeff n'est pas sûr de pouvoir lui faire totalement confiance. Après dix mois de détention, le procès va commencer. L'avocat n'a pas retrouvé les étudiantes qui auraient pu expliquer une partie de l'affaire. Peu de témoins en faveur de la défense, tandis que l'accusation en présente deux, pourtant des repris de justice.

Dans son costume ayant appartenu à un condamné qui a été exécuté, Jeff n'a plus guère d'espoir. Même s'il est avéré que, pour le policier qui l'a arrêté, c'était sa première enquête criminelle, qu'il était inexpérimenté. Les jurés ne lui semble pas bienveillants, non plus. La police de Waco reste favorable à Jeff. L'inspecteur Watson vient d'ailleurs témoigner, mais ne paraît pas convaincre. Suit une longue délibération du jury, qui finalement condamne l'accusé. Jeff ne peut qu'espérer un miracle, un improbable rebondissement pour ne pas retourner dans le Couloir de la mort…

Iain Levison : Arrêtez-moi là ! (Éd.Liana Levi) au cinéma début 2016

Ce roman extrêmement vivant de Iain Levison a connu un beau succès depuis sa sortie en 2011. C'est largement mérité, car l'auteur nous fait partager (par un récit à la première personne) les épreuves traversées par le chauffeur de taxi Jeff Sutton. Une exploration du système judiciaire et carcéral américain, ainsi que des dérives policières lors d'enquêtes. On montre ici comment, lors d'un débat-télé, la censure s'opère dès que la police est tant soit peu mise en cause. Ce livre est dédié à la mémoire de Richard Ricci, mort des suites d'incarcération, soupçonné à tort de l'enlèvement d'Elizabeth Smart âgée de quatorze ans. L'auteur nous décrit les conditions d'emprisonnement, avec les chaînes aux pieds, les cages du Couloir de la mort, la nourriture infecte, et de rares gardiens compatissants.

C'est Robert, le psychopathe, qui évoque le mieux toute l'hypocrisie judiciaire : “Au cours de l'audience qui a fixé ma peine, mon avocat et la juge ont décidé d'un commun accord que je devais présenter mes excuses aux familles des victimes. Que je devais les écouter me raconter pendant deux heures que les gens que j'avais tués étaient merveilleux, et ensuite lire une déclaration disant combien je regrettais… La juge avait entendu trois experts psychiatres affirmer que j'étais incapable de remords, et elle venait me demander d'exprimer mes regrets par écrit… Mes victimes étaient un tas de merdes exigeantes, collantes et cupides. Et elles n'auraient donné leur chemise à personne. La plupart n'auraient pas filé dix cents à un mendiant… Tout ça c'est des connerie. C'est un spectacle.”

Réalisme et humour caustique vont de pair dans cet excellent roman, qu'on dévore avec passion. À noter la sortie au cinéma le 6 janvier 2016 du film de Gilles Bannier, avec Reda Kateb, Léa Drucker, Gilles Cohen, Erika Sainte, Stéphanie Murat, adapté d'après ce roman. L'action se passe en France, à Nice. Reda Kateb incarne Samson Cazalet, un coupable idéal détruit en toute bonne conscience par les dérives de la justice.

Iain Levison : Arrêtez-moi là ! (Éd.Liana Levi) au cinéma début 2016
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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Suspense Story
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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 05:55

Armand Roux est un romancier parisien. Veuf tôt, il apprécie sa vie de célibataire endurci. Il doit effectuer un séjour thermal d'un mois à Vichy. Il choisit de louer une maison, un peu à l'écart de la ville. Sans être sinistre, l'endroit n'est pas exempt de mystères. Ce qui excite sa curiosité. Les deux occupants de la maison, Salomon Denis et sa mère, se sont récemment pendus. On a suspecté l'homme d'être le criminel qui étrangla neuf jeunes femmes, six victimes puis trois autres, dans la région. Plutôt des ragots, sans doute. Explorant la pièce où furent retrouvés les corps des pendus, le locataire découvre une statue du Christ de grande taille, inversée, avec les pieds de Jésus vers le haut. Après s'être installé, il accepte l'invitation de l'octogénaire d'en face, Mlle Locre.

La vieille dame raconte qu'avec sa défunte sœur, elles naquirent dans la maison des Denis. Un revers de fortune les obligea à partir, pour habiter de l'autre côté de la même placette. On appela longtemps cet endroit La-Croix-de-Judas. Mlle Locre est convaincue que le fils Denis était un assassin. Sa mère devait supporter ce jeune homme ombrageux, souvent violent envers elle. D'ailleurs, Mlle Locre fut indirectement témoin d'un de ses crimes. Elle et sa sœur en avisèrent la police, sentant qu'on ne la croyait pas tellement. Il y eut bien une vague surveillance de Salomon Denis par un policier. Plus tard, l'étrangleur récidiva, en toute impunité. Son comportement restait bizarre aux yeux de la vieille demoiselle. Il disparut pendant six ans, et trois derniers crimes furent commis après son retour.

La version de Mlle Locre n'apparaît finalement pas si crédible. Néanmoins, le locataire rêve à Salomon et à Judas, pensant même entendre des bruits nocturnes. Il va trouver une collection d'articles sur les six premiers crimes, ainsi que des cadavres de poupées. Ce qui ressemble davantage à des gamineries qu'à de la monstruosité. Il contacte l'ex-notaire de la famille Denis, désormais retraité. À l'opposé de Mlle Locre, M.Delavigne déclare que le fils était quelque peu simplet, et plutôt victime de la cruauté de sa mère. Celle-ci savait se faire plaindre, alors qu'elle était très dure avec Salomon. La disparition durant six ans de Salomon Denis s'explique par son état de santé. Il se produisit également une sombre histoire de femme et d'enfant en bas âge, mal éclaircie par l'ancien notaire.

S'interrogeant toujours après les versions contradictoires, le romancier croit discerner des signes d'une présence fantomatique dans la maison. Il déniche bientôt trois cahiers de la main de Salomon. Un relevé des crimes de l'étrangleur, des poèmes, et des "Mémoires" intitulés "Ma Croix". À part son somnambulisme, l'auteur retrace quelques indices sur son existence. Ce qui fait de lui “un sympathique crétin”, selon le Parisien. Convoqué par le commissaire de police local, Roux lui livre ses trouvailles. Malgré tout, il lui reste bien des choses à découvrir concernant l'univers du défunt Salomon Denis…

Marc Agapit : La Croix de Judas (Fleuve Noir, 1972)

Sachant qu'il publia dans la collection Angoisse de 1958 jusqu'en 1974, ce roman de 1972 appartient à la dernière période de l'œuvre de Marc Agapit. S'il eut toujours une aisance dans l'écriture, on sent là une virtuosité d'auteur chevronné. En particulier grâce à la structure de l'histoire : récit à la première personne d'Armand Roux jouant au détective, témoignages de la commère voisine puis de l'ex-notaire, textes de Salomon Denis. Basé sur une série de mystères, un scénario qui n'a donc rien de linéaire. L'auteur se permet même un souriant "clin d'œil" final. Un suspense avec de la psychologie, des références au controversé Judas, des moments intenses voire durs, et d'autres bien plus légers : voilà la belle manière utilisée par Marc Agapit pour captiver ses lecteurs.

Soulignons cet hommage de Marc Agapit au créateur de Sherlock Holmes, éloge pouvant servir de leçon à quantité de romanciers de toutes les époques :

“Il suffit de lire Conan Doyle. Vous connaissez la façon de procéder de cet émérite conteur : au lieu d'exposer, comme font tant d'autres, un petit problème de rien du tout qui se complique à mesure que le temps passe jusqu'à devenir un véritable imbroglio absolument incompréhensible grouillant de personnages nouveaux et d'actions nouvelles entassées, si bien qu'on crie "Grâce" et qu'on ferme le livre avant d'avoir tout lu… Sherlock Holmes lui, ou si vous préférez Conan Doyle, vous met au contraire sous les yeux un problème très difficile en apparence, lequel peu à peu s'amenuise avec de plus en plus de clarté jusqu'à la solution finale. Et alors on s'écrie "Ah, ça n'était que ça !" Eh oui, c'est là le grand art : aller du compliqué au simple. Faire surgir la clarté de l'obscurité, et non pas le contraire.”

Prenez-en de la graine, amis auteurs.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 05:55

À Paris, au milieu des années 1980. Âgé de trente-cinq ans, Charles Gaubert habite rue de Sèvres. Célibataire, il n'est guère attirant et s'habille de façon vieillotte. Il occupe un poste d'aide-comptable dans l'entreprise Renard-et-Richard, cent quarante-trois employés. À l'opposé de cette vie routinière, Charles Gaubert est un tueur sadique. Il aime maltraiter ses victimes, les frapper avant de les supprimer. La première fut une jeune Anglaise, qu'il rencontra par hasard. La deuxième était une brune antiquaire des Puces de Saint-Ouen. Il vient d'en éliminer une troisième : Évelyne, dix-huit ans, travaillant à la RATP. Il suit dans les journaux l'avancée de l'affaire, quand le commissaire Bouvier fait le lien avec le cas de l'antiquaire. On traite bientôt le tueur de Monstre, des psys s'expriment sur sa folie. On indique qu'un clochard était été témoin du meurtre d'Évelyne.

Chez Renard-et-Richard comme partout, le personnel commente le double crime. Denise Liénard, jeune rousse excitante, est intérimaire depuis la veille à la Comptabilité. Elle ne tarde pas à soupçonner Charles Gaubert. Celui-ci la frappe mortellement dans les bureaux de l'entreprise, avant de cacher le corps dans un placard. Ce soir-là, il va voir “Vera Cruz” au cinéma, une histoire de tueur cynique avec Burt Lancaster. Puis il faut se débarrasser du cadavre en le jetant dans la Seine, non sans contre-temps. D'ailleurs, on retrouve bien vite le corps de Denise Liénard. Dès le lendemain, le commissaire Bouvier interroge les employés de chez Renard-et-Richard, en particulier ceux de la Compta ayant tant soit peu connu la nouvelle victime du tueur. Charles Gaubert ne présente qu'un alibi incertain. Il sent que le policier est sûr que l'assassin est membre du personnel, et qu'il le coincera.

Charles Gaubert estime prudent de jeter aux égouts quelques indices pouvant l'incriminer. Le soir même, un inspecteur de l'équipe du commissaire Bouvier s'invite à son domicile, rue de Sèvres. Bien qu'il ne paraisse pas vraiment le suspecter, il vaut mieux jouer profil bas, ce dont l'aide-comptable a l'habitude. En fait, c'est son collègue Georges Dumonier qui se trouve dans le collimateur de la police. Il est vrai que cet homme marié se prend pour un grand séducteur. Au sein de l'entreprise, les petites secrétaires s'inquiètent, aussi organise-t-on un covoiturage pour les protéger.

C'est ainsi que la décomplexée Babette devient l'amante de Charles Gaubert. Pour lui, le sexe reste moins puissant que sa cruauté de tueur. Tandis que Georges Dumonier est toujours absent, on pense à une dépression. La direction en profite pour complètement restructurer le service comptabilité. Au bénéfice de Charles Gaubert, qui monte un peu en grade. On apprend l'arrestation de Dumonier. Néanmoins, la police possède également des indices pouvant, après examen, les orienter sur la piste de Charles Gaubert. Il va se mettre au vert en Corrèze, dans une ferme abandonnée du côté d'Uzerche. À l'heure où toute la France recherche le criminel, pas sûr qu'il y soit véritablement à l'abri…

Gérard Delteil : Un garçon ordinaire (Fleuve Noir, 1985)

Il s'agit là du cinquième polar de Gérard Delteil, publié en 1985 dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir sous l'égide de Patrick Mosconi, après Solidarmoche, Kalashnikov, Votre argent m'intéresse” et Les Chiens de garde” (parus en 1984). Si la France d'il y a trente ans ne nous paraît pas si lointaine, certaines ambiances sont néanmoins assez différentes. L'entreprise Renard-et-Richard veut garder l'aspect d'une "grande famille", plus besogneuse que dynamique. L'habillement du jeune inspecteur Tridon (jeans, boots, blouson) tranche avec celui des policiers de génération précédente. Surtout, même si des affaires se sont déjà produites en France, il n'est pas si fréquent que l'on parle chez nous de "tueurs en série". Une notion encore souvent réservée aux Américains ou aux Anglais, avec leurs "serial killers", à l'époque.

Il y a aussi des situations qui ne changent pas, décrites avec une bonne dose d'ironie : Plusieurs individus, dénoncés par des voisins ou des collègues, ont été appréhendés, interrogés et relâchés. On compte parmi eux trois Arabes, un Chinois, et un réfugié polonais qui ne parle pas un mot de français… Ça me rassure un peu sur l'efficacité de la police et de la collaboration de la population. Le pays se mobilise, paraît-il, pour la chasse au monstre, des associations d'anciens combattants proposent leurs services pour effectuer des battues, un ancien candidat aux présidentielles en profite pour se faire interviewer et rappeler qu'il a toujours réclamé le renforcement des effectifs des forces de l'ordre et l'îlotage systématique de la région parisienne. Un autre politicien déplore la suppression de la guillotine. L'ex-fiancé d’Évelyne déclare qu'il fera justice lui-même si le maniaque lui tombe entre les mains. La famille de l'antiquaire offre une prime et veut engager un détective privé. Les médias sont assaillis de coups de fils et de lettres anonymes...

Gérard Delteil choisit ici la narration à la première personne : c'est le tueur qui raconte son histoire. En effet, le récit est plus percutant en employant ce procédé. Son héros sadique prétend maîtriser ses instincts, contrairement à l'interprétation par les psys. Ce qui ne l'empêche pas de commettre quelques bourdes. Il nous invite à partager son jeu du chat et de la souris (et ses tourments) face aux enquêteurs. Les péripéties ne vont donc pas manquer. Un livre à classer parmi les romans noirs, pour son climat et son excellent portrait de "tueur en série".

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